CRAVATE (kra-va-f), s. m. \\ 1° Cheval de
Croatie Vite, mon cheval; Comment, c'est un
cravate.... abbé Régnier, Voy. de Munich, dans RiciiELET. Il Adjectivement. Cheval cravate. || 2° Soldat de cavalerie légère. Il fut poursuivi par un cravate. Le régiment de royal-cravate. S'enrôler dans une compagnie decrav.ites,voiT. Letl. 20. La crainte des embiichesdescravatesleurdonne l'alarme, m. i6.07. Je vois fort bien que ce sont des cravates de l'armée ennemie, iiamilt. Gramm. v.
— HIST. XVI' s. M. le prince croyant que ce fust toute l'armée qui se retiroit, dit au sieur de Tavannes de pousser à la cravatte [comme des Cravates ou Croates, charger à la têle] avec son régiment, pour tascher d'engager quelque combat, tavannes, Uém. p. 201 , dans lacjrne.
— ÉTYM. Croate, dont Voiture, lettre «9, s'est servi : Il y a un certain liras de fer qui est la plus redoutable créature que le ciel voye aujourd'hui; il bri.se tout ce qu'il touche; et toutes les cruautés des Croates ne sont point comparables aux siennes.
2. CRAVATE tkra-va-t'), s. f. \\ 1° Pièce d'étoffe légère que les hommes et quelquefois les femmes se mettent autour du cou. Cravate blanche. Cravate de taffetas. Les hommes portaient alors des cravates de dentelle, qu'on arrangeait avec assezae peine, volt. Louis XIV, 16. Vous figurez-vous Ce diable habillé d'écarlate? Bossu, louche et roux; Un serpent lui sert deeravate ; lia lenez crochu, bérang. II. rouge. Il Fig. Une cravale de chanvre, la corde avec laquelle on pend un homme. || 2° La cravate d'un drapeau, sorte d'écharpe brodée dont on orne la hampe d'un dnipeau. || 3" Au trictrac, marque qui, mise au fichet, indique qu'on a grande bredouille. || 4° Cravate blanche, pie-grièche à collier blanc. || Cravate jaune, alouette à gorge jaune. || Cravate noire, colibri à cou noir. || Cravate verte, colibri à cou vert. Il Cravate dorée, nom vulgaire du jeune âge du colibri topaze, jl 5° Terme de vétérinaire. Cravates œsophagiennes, bandes mu.<culaires disposées en cravates autour de l'orifice œsophagien de l'estoraacdu cheval. || 6°Terme de marine. Cordage fixé à la tête des bas mâts d'un bâtiment abattu en carène. || Cordage qui suspend une ancre à l'une des extrémités d'une chaloupe. || Ancre prise en cravate, ancre levée au moyen d'un cordage qui entoure la verge, en passant sous les deux bras.
— ÉTYM. Cravate i ; parce que cette pièce d'habillement fut dénommée d'après les Cravates ou Croates qui vinrent au service de France.
t CRAVATÉ, ÉE (kra-va-té, tée) , part, passé. Qui a une cravate. Un fat bien cravaté.
t CRAVATER (kra-va-té), v. a. Mettre une cravale. Il Se cravater, v. réfl. Mettre sa cravate.
— ÉTYM. Cravate 2.
f GRAVE (kra-v'), s. m. Terme d'ornithologie. Nom donné par quelques auteurs au genre frégile.
t CRAVÈTE (kra-vè-f), s. f. Nom de la barge brune.
t CRAVlcnON (kra-vi-chon), s. m. Un des noms vulgaires du prunellier.
t CRAYÉ (kra-ié), jt. m. Nom de la macreuse en Picardie.
t 1. CRAYER (krè-ié), s. m. Cendre du charbon vitrifiée par un feu ardent.
t 2. CRAVKR (krè-ié), t). a. Marqueravecdela craie.
— HIST. XV' s Ne puisse tailler draps.... qui
aura trace de croye en taille de robe ou autre garnement.... sans avoir congié du mai-stre qui paravant aura croyé ou taillé ledit habillement, Ordonnance 1 187.
— ÉTYM. Craie.
t CRAYEUX, EUSE (krè-ieù, iert-z'), adj. Qui tient de la nature de la craie. Nos chevaux enfonçaient dans une terre molle et crayeuse, chaïeal'D. itin. n, 159. Il Terme d'agriculture. Terrains crayeux, terrains qui, traités par l'acide nitrique, laissent un résidu de cilice libre et d'argile ne s'élevant pas i\un dixième pour chacun de ces éléments. || Acide crayeux, ancien nom de l'acide carbonique, tiré de la craie ou carbonate de chaux.
— HIST. xiii" s. Les terres creouses et sablenoses, Bibl. des Charles, i' série, t. n, p. 135. || xvi' s. Terres bourbeuses , croieuses, glaireuses , o. de
— ÉTYM. Craie.
CRAYON (krè-ion), s. 7n. ||1' Petit morceau de minerai, projire à écrire ou à dessiner. Crayon noir, blanc. Si, au milieu des tableaux de Rubens ou de
CRE
Paul \eron65e, quelqu'un venait placer ces dessins au crayon, n'aurait-il pas tort de s'égaler à ces maîtres? volt. Drutus, Pri'ace. Le grand coloriste [HubensJ perdait sa palette quand il retrouvait son crayon, ciiateaub. Italie, 44. || Fig. Mujes, pour le tracer, cherchez tous vos crayons, boil. Épit. iv. La nature aujourd hui de ses propres crayons Vient d'armer une main qu'éclairent ses rayocs, a. chên. 152. Il Le crayon d'un censeur, d'un critique, la note critique qu'il met à un passage. [Un censeur].... dont le crayon sûr d'abord aille chercher L'endroit que l'on sent faible et qu'on se veut cacher, boil. Art p. IV. Il 9' Petite baguette de bois ou de métal garnie fi'uû crayon; le bois généralement employé pour la confection de ces crayons e«t celui du genévrier virginien ou genévrier rouge, dit aussi cèdre rouge. |{ 3° la manière d'un dessinateur. Cela est d'un crayon large, d'un crayon aisé. Il 4° Tout dessin fait au crayon. Il pourra se délasser l'esprit et se réjouir les yeux, sur les crayons que vous lui meltrez entre les mains, balz. Axis écrit. \\ Portrait fiit au crayon. Il a fait le crayon d'un tel. || 5° La description qu'on fait de quelque personne. Vous nous avez bien dépeint cet homme-là; vous nous en avez fait un fidèle crayon. Quelqu'un n'a-til point vu Comme on dessinesur nature?On vouscampe unecréature. Une Eve ou quelque Adam; j'entends un objet nu; Puis force gens, assiscomme notre bergère. Font un crayon confirme àcetoriginal, LA PONT. Cns.\\i' La première idée, la première esquisse d'un tableau qui se fait au crayon. Il Fig. Esquisse, en parlant des écrits et des discours. Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix, CORN. Cinna, 1, 3. Ce n'est ici qu'un simple crayon, un petit impromptu dont le roi a voulu se faire un divertissement, mol. l'Am. méd. Préf. On n'apporte point à ces mémoires ni le savoir, ni l'esprit, ai la méditation qu'il faudrait pour en tracer même un crayon imparfait, PELLiss.jKem. pour les gens de lettres, p. 71. Les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science de ces esprits, Boss. Démons, 1. Vous trouverez dans ma description un léger crayon de leurs mœurs, j. J. nouss. llél. I, 23. Il 7° Terme de géologie. Sorte de marne, où domine l'argile et le sable, qui se trouve sous la couche de l'humus, {j Terre dure et de culture difficile.
— HIST. XVI' s. Soit dit pour un craion [esquisse] de la cour, l'aub. Hist. 11, 183. Et pour mettre la dernière main à ce très excellent crenn, elle n'avoit pas encores saeze ans accomplis, carl. m, 7. Quoique la variété et discordance continuelle des événements les rejecte de coing en coing et d'Orient en Occident, ils ne laissent de suyvre pourtant leur esteuf, et de mesme creon peindre le blanc et le noir, MONT. I, 248. Dites moy pour(|Uoi c'est qu'on vous représente, vous autres messieurs les avocats, sous le creon des harpies; cela ne nous ceriifie chose autre, sinon que vous aimez fort la grippe, Contes de chouères, I*" 82, dans lacurne.
— ÉTYM. Craie; saintong. cr^on.
CRAYONNÉ, ÉE (krè-io-né, née), part, patte.
Ces porlraiis colorés par la flatterie ou crayonnés par le bel esprit, volt. Mceurt, 16O.
CRAYONNER (krè-io-né), t). a. || !• Esquisser, dessiner au crayon. Crayonner une tête. Il ne lait encore que crayonner son tableau. Qu'il crayonne une maison sur une maison, un arbre sur un arbre, un homme sur un homme, afin qu'il s'accoutume à bien observer les corps et leurs apparences, j. t. ROuss. Ém. II. Il 2' Fig. Souvenlefois le ciel en ses augures De nos maux à venir crayonne les figures, MAiR. Soliman, 11, 2. Ce roi.... Voulut bien que ma main crayonnât ses exploits, boil. EpU. x. Dont je veux bien ici te crayonner l'histoire, m. Soi. x. Insipide écrivain, qui crois à tes lecteurs Crayonner les portraits de tes trois Imposteurs, D'où vient que, sans esprit, tu fais le qualrièmeT volt. Ép. »7. Ce Corneille qui crayonna L'ime d'Auguste, de Cinna, De Pompée et de Cornélie. voi.T. U Temple du goût. Il Tracer, écrire rapidement. 11 ne fit que crayonner sa réponse aux objections.
— ETYM. Crayon.
CRAYONXErR (krè-io-neur), ». m. Celui qui dessine ou peint fort mal. Ce n'est qu'un crayonneur.
— ÉTYM. Crayonner.
CRAYONNEUX, KCSE (krè-io-neû, neO-z"), adj. Qui est de la nature du crayon. Pierre crayonneuse.
— ÉTYM. Crayon.
t CRÉABLE (kré-a-M'), adj. Qui peut être créé.
— ÉTYM. Créer.
f CRÉAC (kré-ak), ». m. Voy. crat.
CRÊ
t CRÉADIER (kré-a-ilié), s. m. Terme de pêche. Sorte do filet de l'espèce du traîneau.
1. CRÉANCE (kré-an-s'),s. /■. || 1° Action de croire, d'ajouter foi. Les opinions que j'avais reçues en ma créance, desc. l^éth. S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde.... rotrou, Vencesl. i, 2. Aveuglons leur créance, et passez pour l'époux, ID. tb. m, 2. Ceui qui demeureront dans la créance que l'espace n'est pas divisible à l'infini, pasg. Géom. Si l'antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle, ro. dans cousin. Rendre raison de sa créance, id. ib. Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu'ils les soutiennent, mais dans la créance qu'ils vous nuisent, m. Provinc. te. Ce Jérémie qu'Esdras venait de forger avec tous les autres prophètes, comment a-t-il toutd'un coup trouvé créance? eoss. Hist. ii, )3. Si vous avez créance à sa doctrine, id. Soum. 2. Si l'idée de ce jugement pouvait ôtre effacée de mon esprit en sorte qu'il n'en restât nul souvenir, nulle créance, bourd. Carême, 1, Jug. dern. 259. Dans la créance commune et dans les principes.... id. tb. Prédestination, 309. || Hors de créance, invraisemblable. Et la chose à chacun Hors de créance doit paraître, tiOL. Amph.n, i. Il Donner créance à une chose, la rendre croyable. Son caractère donne créance à ses paroles, la bruy. V. Il Donner créance, ajouter créance, croire. David, ce roi qui avait l'espnt de prophétie, ayant donné créance aux impostures de Siba, pasc. Prov. t8. On ne songe qu'à multiplier les bulles, afin que ce soientautantde titres de l'infaillibilité qui en a besoin, et que le monde s'accoutume à ajouter créance, id. ib. (a. Quelle fable incroyable pourrait-on inventer? et peut-on y donner créancesans joindre l'ignorance au blasphème? Boss. Hist. ii, 4 3. Seigneur, à vos soupçons donnez moins de créance, rac. Brit. m, 6. Il 2° Croyance religieuse. Avec le lait, pendante à la mamelle. Je suçai des chrétiens la créance et la foi, ROTR. St Gen. m, 6. Il aura vécu conformément à sa créance et à sa religion, bourd. Avent, 56. Pour avoir droit de dire aux athées soit de créance, soit.... ID. ib. Le? soins qu'on prend de notre enfance Forment nos sentiments, nos mœurs, notre créance, VOLT. Zaïre, 1, 4. Il 3° Confiance qu'on inspire et qui fait qu'on est cru. Et tâchez, comme en vous il prend grande créance.... mol. Éc. des f. v, 6. Perdre toute créance dans les esprits, pasc. Prov- i. Ils ont appris quelle créance on doit avoir à ce calomniateur, ID. tb. 13. Pour faire perdre à vos auteurs toute créance, id. tb. 9. Quoi, mes pères? Est-ce ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d'honneur ont en vous? id. tb. 4 3. Lettres qui fussent assez autorisées pour obtenir créance, boss. Lelt. (t6. Il fallait un homme qui, pour ne pas irriter la haine publique déchaînée contre le ministère [lors de la Fronde], sllt se conserver de la créance dans tous les partis et ménager les restes de l'autorité, ID. le Tellier. Vous refusez votre créance à des prodiges qui lui sont très-possibles, mass. Panég. St Franc. Le livre qui mérite le plus de créance, id. Car. jltienir. Traitez bien vos domestiques, mais ne leur donnez pas trop de famiharité et encore moinsde créance. Paroles de louis xiv, dans volt, iouts XIV, 28. Il 4° Terme de diplomatie. Instruction secrète qui, remise à un ambassadeur, lui permet de conférer avec le souverain auprès duquel il est envoyé. || Lettres ou lettre de créance, lettre par laquelle un ambassadeur justifie de sa mission. || Par extension, lettre de créance, lettre par laquelle un négociant ou un banquier autorise un tiers à toucher de l'argent selon ses besoins ou jusqu'à concurrence d'une somme déterminée. Il S" Terme de vénerie. Chien de bonne créance, chien sûr à la chasse. Chien de peu de créance, chien peu sûr. || Terme de fauconnerie. Oiseau de peu de créance, oiseau dont les indications ne sont pas sûres. {| Ficelle ou filière avec laquelle on retient l'oiseau qui n'est pas encore bien assuré. Il 6° Ancien terme de marine. Mouiller en créance, faire porter une ancre d'affourche, avec tout le câble, par une chaloupe qui rapporte ensuite le bout du câble à bord du vaisseau.
— SYN. CRÉANCE, CROYANCE. Comme croyance et créance ne sont que la double prononciation d'un même mot, ils doivent nécessairement se rapprocher singulièrementdans la signification. Toutefois l'usage a profité de ces deux prononciations pour introduire les nuances suivantes : au sens de croire une chose quelconque ou une religion, croyance est présentement plus en usage que créance ; mais, au sens de con- Uance , créance est employé de préférence à croyance. "f^'''- "l's. Bons fut li secles al tens ancienur; bi ert [était] créance, dunt or n'i a nul prut [preu, dvontage] ; Tut est muez, perdut ad sa colur, Saint
CRE
Alexis, 4. Il XII" s. Sur celé gent qui en Deu n'ont créance, Ronc. p. 62. 11 guerpira sa créance et son Dé [Dieu], ib. p. 4 47.... Ne t'esmaier mie,empereres courtois; Tousjours te conduira ta créance et tes drois [ton droit], Sax. xviii. || xiii' s. De foi et de créance entérine et meure, Jlcrle, xlii. Mes ce ne fust bone créance Dont nus ne doitavoirdoutance, Ren. 40(63. L'on peut plaider en la haute court de totes carelles, mes que de sa fei, ce est de sa créance, et de mariage et de testament, Ass. de J. 47. Et Haali, quant il vit ce, si trait à li du peuple ce que il pot avoir, et leur aprist une autre créance que Mahommet n'avoit enseignée, joinv. 260. Il disoit que foy et créance estoit une chose où nous devions bien croire fermement, id. 4 «7. S'il a foy et ferme créance, Qu'on doit en sept choses comprendre, j. demeukg, Tr. 47. Il xiv s. Créance, c'est la ligne qui est attachie à la lesse du faulcon, ifodus, f°Lxxxiii. || xv s. Quand il ot monstre ses lettres de créance, froiss. Il, II, 223. Il fut déterminé de déployer [l'oriflamme du roi de France] , pour la cause de ce que les Flamands tenoient opinion contraire du pape Ch-ment et se nommoient en créance [en matière de foi] Urbanistes, m. II, II, 4 96. Pourtant que je ne les vis ni scellées, ni approuvées, je n'y ajoutai point de foi ni de credence, id. ii, m, 4 03. Lequel avoil une lettre de créance adressante audit Symon escriple de la main dudit duc, comm. m, 9. Luy devoit bailler la dicte lectre et dire sa créance, qui estoit.... lu. IV, 6. Sa créance [du héraut envoyé par Louis XI au roi d'Angleterre] estoit fondée sur le désir que le roy avoit dès long-temps de avoir bonne amytié avec luy, id. iv, 7. Par très ferme credence qu'il avoit au St Sacrement du baptesme, louis xi, Nouv. Lxx, 1 1 XVI' s. Voire contre sa propre creance[croyance] , MONT. I, 21. Que ne peult la coustume en nos jugements et créances, id. i, 4 09. Nostre créance [religieuse] a assez d'aulBes fondements, sans.... ID. i, 248. Jamais chef de guerre n'eut tant de créance sur ses soldats, ID. m, 4 75. [Ces chefs] qui avoyent une merveilleuse créance entre ceux de la religion, desployerent tout leur art, crédit et éloquence pour persuader un chacun, langue, 626. Que l'audace estoit mère de la créance, la créance de la force, elle des victoires, et partant des suretez, d'aub. Hist. m, 4 80. Et de qui pouvez vous attendre une telle mutation en la créance que de celui qui n'en auroit point? id. ib. m, 486. Et connoissant la vérité dont la créance lui causoit plus de mal que la mort, MARG. Nouv. lxiv. 11 me depescha devers sa majesté pour luy porter, tant par créance que par escrit, tout ce qu'il avoit faict, carl. x, 25.
■ — ÉTYM. Autre prononciation de croyance, et qui provient du verbe creire, tandis que croyance vient du verbe croire; creire et croire appartiennent à des dialectes différents de l'ancienne langue.
2. CRÉANCE (kré-an-s'), s. f. Terme de droit. Droit d'exiger l'accomplissement d'une obligation. Exercer un simple droit de créance. On oppose les droits de créance aux droits réels. || Dans l'usage ordinaire, droit d'exiger le payement d'une somme d'argent. Créance commerciale, litigieuse. Avoirune créancesurquelqu'un.Transportersacréance. || Dette active fondée sur un titre. Sa créance est bonne. Il Le titre même. Transférer sa créance.
— ÉTYM. Le même mot que créance i . La créance , dette active, est un titre qui donne croi/ance que telle somme est réellement due.
CRÉANCIER, IÊRE(kré-an-sié, siê-r'), s. m. et/'. Celui , celle qui a une créance sur quelqu'un. Frustrer ses créanciers. Créancier privilégié. C'est une fort mauvaise politique, que de se faire celer aux créanciers, mol. Don Juan, iv, 2. Elle ne se permit pas avec ses créanciers ces compositions adroitement colorées qui souvent ne sont qu'une injustice couverte d'un nom spécieux, BOss. Anne de Gons. L'État peut être créancier à l'infini, mais il ne peut être débiteur qu'à un certain degré; et, quand on est parvenu à passer ce degré,, le titre de créancier s'évanouit, montesq. Esp. xxii, 4 8. || Fig. Les habitants de la campagne, ces créanciers de la terre et de la nature, mirabeau. Collection, t. ii, p. 238. Il Adjectivement. Bacchus et peut-être l'Amour L'occupent souvent tour à tour, Sans compter l'hydre créancière, la font. Lett. xxiu.
— HIST. xii" s. Et li prophètes cumandat que elo s'en alast, e vers ses créanciers s'en aquitast, e del surplus seie ses fiz suztenist e cunreast, Rois, 350. Ilxui' s. Tous mes créanciers en deçui [je déçus] , Si que ge n'en poi nus paier, S'en me devoit pendre ou noier, la Rose, 7976. Le créancier qui tient le gage n'est pas possessor, Liv. de just. 90. Nous disons que en cest cas li créanciers pot fere les biens
CRE
arrester là ù la dete fu fête, beaum. 58. \\ xvi" s.Ke pouvans payer, ilz estoient adjugez à leurs créanciers.— La bruaulté des créanciers usuriers, aktot, Solon, 20.
— ÉTYM. Créance 2.
CRÉÂT (kré-a), s. m. Terme de manège. Le sous-écuyer dans un,e école d'équitation. Il était créa' dans telle académie.
— IilST. XVI* s. Ce discoureur en savoit jusqties là de faire vouloir au roi de deux choses l'une, ou elTacer les exploits des liguez par son créât, ou, si la victoire tournoit en faveur des relTormez, se voir deffait d'un ingrat trop eslevé, d'aub. Hist. m, 47.
— ÉTYM. Ital. creato; espagn. criado, serviteur, élève, de criare, élever, du latin ereare (voy. créer).
CRÉATEUR , TRICE (kré-a-teur, tri-s"), s. m. pt f. Il l°S. m. Celui qui crée; Dieu. Le créateur du ciel et de la terre. Ces premiers arts que les hommes apprirent , et apparemment de leur créateur, sont l'agriculture, l'art pastoral, celui de se vêtir et peut-être celui de se loger, boss. Hist. i, 4. Les deux substances [l'âme et le corps] étant de nature si différente, que l'une ne pourrait rien sur l'autre, si Dieu, créateur de l'une et de l'autre, n'avait, par sa volonté souveraine, joint ces deux substances par la dépendance mutuelle de l'une à l'égard de l'autre, id. Conn. m, 2. Créateur incréé de la nature entière, volt. Guèbr. m, 5. Au lieu d'une substance spirituelle essentiellement distinguée da la matière et qui ne pouvait être unie au corps que par l'institution d'un créateur tout-puissant, boullainvilliers. Réfutât, de Spinosa, p. 484. Créateur tout-puissant, principe de tout être; Toi pour qui le possible existe avant de naître. Roi de l'immensité, lamart. Iléd. i, 7. Salut, principe et fin de toi-même et du monde, Toi qui rends d'un regard l'immensité féconde; Ame de l'univers. Dieu, père, créateur. Sous tous ces noms divers, je crois en toi. Seigneur, id. tb. 1,4 6. Il Le souverain créateur de toutes choses, et, absolument, le Créateur, Dieu. Ce qui appartient à la sagesse du Créateur semble être encore plus au-dessus de notre faible portée, que ce qui appartient à sa puissance, fonten. Leibniti. Lorsque du Créateur la parole féconde Dans une heure fatale eut enfanté le monde Des germes du chaos, la.mart. Méd. i, 7. Il Recevoir son Créateur, communier. || 2° Par extension, l'inventeur, le premier auteur de quelque chose. Homère est regardé comme le créateur de l'épopée. Corneille qui fut parmi nous le créateur de la tragédie, même en copiant le Cid espagnol, VOLT. Lett. Faugères, 3 mai 4776. Je reUs Corneille; c'est un créateur; il n'y a de gloire que pour ces gens-là, id. Lett. d'Argental, 26 juin 1764. Il a suivi son plan avec tant d'activité et de succès que, s'il s'est montré dans ses autres ouvrages comme un physicien exact et profond, il a été vraiment créateur dans la physiologie, cONDoacET,//aiier. Il S. f. Créatrice, celle qui crée. Phémonoé passe pour la créatrice du vers hexamètre chez les Grecs. |l 3° Celui qui produit. Le créateur d'un produit. || 4° Adjectivement, créateur, créatrice. Cet esprit créateur qui, dans toute l'étendue du siècle le plus heureux, ne tombe guère en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des pays savants , FONTEN. Newton, Quand la Russie prenait une forme nouvelle sous ses mains créatrices [de Pierre I"], CONDILLAC, Études hist. part, m, ch. a. Quand l'imagination créatrice eut élevé les premiers monuments, qu'est-il arrivé? Le sentiment général fut sans doute celui de l'admiration, laharpe, Cours de liitér. Jntrod. Mais ce feu créateur [la vie] qui sert à l'animer [un être vivant], Si je l'avais éteint, comment le ranimer? nucis, Othello, v, 4. En France, sous le nom de seconde époque, je désignerai le temps où les quatre génies créateurs du xvm' siècle n'agissent plus seuls sur la littérature, et sont remplacés ou entourés par le nombre assez grand d'esprits inférieurs mais brillants, qui concoururent à donner aux lettres françaises un caractère de popularité dans toute l'Europe, villemain, Litt. fr. 4 8' siècle, 2* partie, 4" leçon.
— REM. Quand créateur est pris absolument pour signifier Dieu, l'Académie y met un grand C.
— HIST. XII' s. Li criere del monde, Uachab. II, 7. Li unsertsire, li autre sers, 'i uns faitre [facteur, faiseur], l'autre faiture, l'uns crierre, l'autre créature, wace. Vierge Marie, p. 45. Cil qui estoit encore à naistre Connut son seignor et sun maistre, Deciples maislre, sers seignor. Créature su Creator, tb. p. 46. Tais [tais-toi], Oliver, por Deu le Creator, Ronc. p. 44. Pour lui [je] m'en vais sou»pirant eu Syrie ; Car je ne doi faillir mon creatour, OUESNES, Romancero, p. 93, Se sauve l'honor Du
CRE
CRE
CRE
cr- ntor Estoit, tout temps [je] voudroie [qu'il] Nuit feïst (lu jor; Jamais dolor Ne pesance [je] n'auroie, ib. p. 68. Car plus criement asez le terrien seignur, Oueil ne funtJesu le puissant crealur,r/i. lemart.i». Ezechie e David e maint autre plusur , Quant il orent mesfait vers Deu lur creatur, Mult s'unt humilié.... ib. 78. En vain se travelleroit pour esleveir nos cuers, s'il ne savoit ke li creeres de nostre salveteit fust assigiez [assis] en ciel, st bern. 525. {| xm« s. Mes il ne plot au creatour, Qu'on appelle le roi de gloire, Queli nostre eussent victoire, bkrbazah, Fabliaux, t. I, p. 60. Il XV" s. Parla grâce du souverain roi des rois, qui est notre créateur et sauveur et creeur et donneur de toute paix, monstbel. liv. i, ch. 4 02. Il xvi* s. En la semence gist la vertu créative et formatrice, PABÉ, xviii, 2.
— ÉTYM. Provenç. creaire, creator; portug. et espagn. criador; ital. creatore; du latin creatorem, de creare (voy. créer). Dans le vieux français et le provençal, creere et creaire est le nominatif, du latin cr'edtor avec l'accent sur a; creator est le régime, du latin creatorem, avec l'accent sur to.
t CRÉATINE (kré-a-ti-n') , s. f. Terme de chimie. Matière inodore, insipide, cristallisant en prismes quadrangulaires, découverte dans l'extrait alcoolique de la viande.
— ÉTYM. Kpéac, viande.
fCRÉ.4TININE (kré-a-ti-ni-n'), s. f. Terme de chimie. Principe immédiat qui existe dans les muscles avec la créatine et dans le sang.
— ÈTYM. Créatine.
CRÉATION (kré-a-sion; en poésie, de quatre syllabes), s. f. Il 1° Action de Dieu qui crée. La création du monde. Ceux que Dieu, par la régénération , a retirés gratuitement du péché (qui est le véritable néant, parce qu'il est contraire à Dieu, qui est le véritable être) pour leur donner une place dans son Église, après les avoir retirés gratuitement du néant au point de leur création pour leur donner une place dans l'univers, pasc. Lettre, i" avril 1648. La création, qui paraît être un acte arbitraire, suppose des règles aussi invariables que la fatalité des athées, MONrESQ. Esp. I, ■<. Il y a des philosophes qui distinguent deux créations, celle des choses et celle de l'homme, m. Leit. pers. U3. Femmes, anges mortels, création divine. Seul rayon dont la vie un moment s'illumine, lamart. Ilarm. iv, ii.|| Absolument. Depuis la création. L'an 6000 de la création. Il 2° L'univers visible. Les merveilles de la création. C'est l'heure où la nature, un moment recueillie. Entre la nuit qui tombe et le jour qui s'enfuit. S'élève an créateur du jour et de la nuit. Et semble offrir à Dieu, dans son brillant langage, De la création le magnifique hommage, m. ile'd. i, ie. Dans la création le hasard m'a jeté; Heureux ou malheureux, je suis né d'une femme, Et je ne puis m'enfuir hors de l'humanité, A. de musset. Espoir en Dieu. || 3" Action d'établir une rente, etc. La création de la rente trois pour cent. 1| 4° Action d'inventer, de fonder, de produire, de nommer à un emploi. La création d'un genre littéraire. Le roman peut être cons'idéré comme une création des modernes. Les créations de l'industrie. On a fait des créations d'un président et de quatre conseillers, siîv. 687. Il Cela est de sa création, c'est-à-dire il a imaginé, supposé la chose. Ces deux charges de proconsul et de maître de la milice sont purement de sa création [de l'abbé Dubos] , montesq. Espr. xxx, 24. Il Par extension, action de former un homme et de faire sa fortune. Ce maréchal [Bessières] devait son élévation à d'honorables services et à l'affection de l'empereur, qui s'était attaché à lui comme à sa création, ségur , Ilist. de Nap. ix, 3.|| Création d'un rôle, se dit, au théâtre, de celui qui le joue pour la première fois. Ce rôle est une de ses plus belles créations. || 5° Résultat de la création, ouvrage d'art ou de littérature, établissement politique, social, etc. Ce tableau est une belle création. Les salles d'asile sont une création utile.
— HiST. xm' s. Pouvoirs et vouloirs et bontez. Ces trois sont en ung Dieu comptez. Créèrent toute creoison, j. de meung, Tr. 447. || xiv* s. La première creacion dos tribuns, bercheuhe, f° 61 , recto. Il XV' s. Ainsi fut cette grande et dure chevauchée départie, que le roi Edouard, le premier an de sa création, fit contre les Escots, froiss. i, i, 4"i. Chasoun me fuit, ne nulz ne me parente; Les riches voy [je vois] trop bien emparentez ; Ceuli ont indignacion De moi veoir, de qui création [famille] Je sui esirais.... eust. dkscii. Poésies mss. 1° 213, dans LiCURNB. Il xvi" s. U y avoit eu erreur en leur création, et ilz avoient esté induement esleus, amyot, Uarcel. *.
— ÉfVM. Provenç. creatio, creaio; espagn. creacion ; ital. creaiione; du latin creationem , de creare, créer. Creoison est formé suivant ranti(|ue règle de cliangement, comme orotson on oraison; création a été refait sur le latin.
t CRÉATOPUAGE (kré-a-to-fa-j'), od;'. Terme de zoologie. Voy. cbKophage.
CRÉATURE (kré-a-tu-r'), s. f. || 1° Tout ce qui est créé. Les créatures visibles. Les créatures inanimées, les choses brutes. Les créatures animées, les êtres vivants. Que toute créature, à ta sainte présence. S'impose le silence et laisse agir ta voix! CORN, iuniation, i, 3. Il faut que je m'élève audessus de l'homme pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu, boss. Reine d'Anglet. 11 [l'homme] .se fait un monde du petit cercle de créatures qui l'environnent, sur lesquelles il agit ou qui agissentsurlui,NicoLE,kw. de Jdor.l" traité, ch. 3. S'd se pouvait faire que nous eussions de la raison et que nous ne fussions pourtant pas hommes, et si d'ailleurs nous habitions la lune, nous imaginerions-nous bien qu'il y eût ici-bas cette espèce bizarre de créatures qu'on appelle le genre humain ? FONTEN. Mondes, 2« soir. La voix de l'univers, c'est monintelligence;Surles rayonsdu soir, sur les ailes du vent. Elle s'èlèveà Dieu comme un parfum vivant; Et, donnant un langage à toute créature, Prête, pour l'adorer, mon âme à la nature, lamart. SIéd. I, lo. Ce monde qui te cache est transparent pour moi ; C'est toi que je découvre au fond de la nature; C'est toi que je bénis dans toute créature, ID. ib. 112° L'homme par opposition à Dieu. Et moins la créature aura chez toi d'accès. Et plus du Créateur les dons auront d'excès, CORN. Itnit. VA, <2. Carie ciel laisse agir l'ordre de la nature Et n'a pas toujours l'œil sur une créature, hotr. Àntig. y, 6. Votre cœur tient un peu trop aux créatures, pasc. Prov. 9. Quelque mal qui nous arrive par la créature, boss. Lett. Corn. B. Parmi les créatures, ceux qui ont le mieux connu cette vérité.... ID. Culte. En nous attachant aux créatures, nous multiplions nos liens, mass. Panég. Mart. Tu n'étais pas encor, créature insensée, Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein; Déjà, comme son fruit, l'éternelle pensée Te portait dans son sein, lamart. Hédit. i, 8. Créature d'un jour qui t'agites une heure. De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure: Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir, a. de musset. Poésies nouv. Lett. à htmartine. Qu'est-ce que leur vie [des mondains]?... un assujettissement servile à la créature, c'est-à-dire au caprice, à la vanité, à la légèreté, à l'infidélité même, bourual. Carême, Sur la paix chrétienne. Ce n'est pas une faiblesse à l'ime d'avoir besoin de s'appuyer sur quelque chose de véritable et de solide; ou, si c'est une faiblesse, elle est essentielle à la Qréature, qui, ne se suffisant pas à elle-même, a besoin de chercher ailleurs le soutien qu'elle ne trouve pas en soi, Nicole, Ess. mor. i" traité, ch. H. Il 3° Une personne Les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes, la FONT. Fabl. n, i. Et ne sais comme il y manqua [l'âne], Caril est bonne créature, ID. 16. viu, ) 7. Avec une jeune créature que milord aimait, hamilt. Gramm. 9. La créature de France qui avait le plus de charmes, id. tb. 9. || Une femme dont on parle sans considération. Il y a longtemps que cette créature-là parlait mal de vous, sÉv. 15. Et non pas pour dîner avec des créatures Qui viennent, comme vous, chercher des aventures.— Des créatures! Ciell quels termes sont-ce là? regnard , Uénech. 11 , 5. J'ai quelque souvenir de cette créature, id. Démocr. v, 3. Le père d'Heudicourt mangeait tout à son âge avec des créatures , st-sim. 278,(0. Cette dangereuse et impudente créature était la fille de liesmaux, gouverneur de la Bastille, id. 140, 48. Mailly prit par le bois de Meudon pour n'être point vu, et pour arriver dans le quartier des Incurables où logeait une créature qu'il entretenait, ID. 66, 100. Il 4° Personne qu'on a gagnée par des bienfaits, des présents, et qu'on protège par son crédit. On perdait de Néron toutes les créatures, corn. Othon, I, 1. Je puis, quand il me plaît, faire des créatures, ID. ib. II, 1. Elle s'indignerait de voir sa créature X l'éclat de son nom faire une telle injure, ID. Nicom. I. 2. Je ne veux que le nom de votre créature, id. Sertor. 11, 2. Elle avait des créatures dans la confidence du roi, hamilt. Crani.ll. Il répand ses trésors pour se faire des créatures, BOSS. u, Nativ. 2. Un art de se faire des créatures, ID. C/«ir. frat. 1. Certes, plus je médite, et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature, bac. Brit. i, 2. Personne ne se fit un
point capital d'arrêter un désordre qui donnait aiw gens puissants la facilité de placer toutes leurs créatures, RAYN. Ilist. phil. II, 23. Certaines gens qui ne s'acquir^rent des amis que pour s'acquérir de» suffrages par leurs moyens; créatures de la calale, bien différentes de cet Espagnol qui se piquait delrt fils de ses propres œuvres, la pont. Contes, préfact du 1" vol. Il 5° Il se dit des cardinaux, en tant qu'ils sont de la création de tel pape. Les créatures de tel pape avaient la prépondérance dans le conclave. Le pape a fait une promotion de ses créatures : c'est ainsi qu'on l'appelle, sév. 188.
— HIST. xn' s. Si [l'Amour] me hait plus que nule créature, Et aux autres [je] la voi si debonaire, Couci, p. 126. Il xw s. Onques, ce croi, mais une créature N'ot tant de mal pour aimer loiaument, eustacme le peintre, dans Couci. Selon ce qu'ele ert [était] tendre et jeune créature, Berte, xlu. Il xV s. Que à créature du mond ,fors entre eux, ils ne reveleroient leurs secrets ne leur voyage, froiss. II, II, 65. J'ay toutveû, quant j'ay veU madame.... J'ay toutveû, à parler par droiture, Quant j'ay veû si génie créature, id. Poésies mss. p. 317, dans LACURNE. Lesquels disoient pleinement que c'estoit une créature de Dieu [une sainte personne], llitt. de la pucelle d'Orl. p. 5i3, dans lacurnb. ||xvi*s. Certes et l'yvoire, etl'or, et les richesses sont bonnes créatures de Dieu, permises, mesme destinées à l'usage des hommes, Calvin, Instit. 664. Je suis votre créature; tout le bien et l'honneur que j'ai viennent de vous, MARG. Nouv. xii. N'estant chose moins esmerveillable qu'un simple citoyen [Jacques Cœur] durant sa prospérité eust faict tant de créatures, que de voir tant de créatures avoir recogneu leur bienfaiteur au temps de son adversité, est. pasquier, Lettres, liv. m, t" lettre à M. de Uarillac. On le disoit estre son disciple et sa créature de guerre [de Pescaire] , brant. Gouast. Leur honneur est d'avoir des serviteurs qu'ils appellent créatures, uontluc, Mém. p 448, dans lacurne.
— ÉTYM. Provenç. et ital. creatura; espagn. crioduro; du latin crealuro, de creare, créer.
CRÉCELLE (krè-sè 1') , t. f. Instrument de liois, qui sert à faire du bruit et dont on se sert les jours de la semaine sainte , durant lesquels les cloches ne sonnent pas, c'est-à-dire de jeudi à samedi midi; cet usage de' la crécelle n'existe plus. Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle , boil. Lutr. IV. Il Instrument dont se servaient les lépreux pour avertir de leur approche, [i Jouet d'enfant.
— REM. Furetière n'a que crécelle pour le nom de l'instrument et celui de l'oiseau (crécerelle). Richelet écrit cresselle. Au iv* siècle, créceUe se dit de l'oiseau de proie.
— HlST. XVI" s. Et ce petit moulinet dont nous usons le jeudy et vendredy de la sepmaine sainte au lieu de cloches, que nous appelions cresserelle, a emprunté ce nom du son qu'il produit, pasquieh, Recherches, liv. viii, p. «"i, dans lacubne.
— ÉTYM. Génev. crénelle. Origine inconnue. J. Scaliger le tire de querquedula, nom de la sarcelle; Sauinaise, de crepitacella, dérivé de crepitaculum, jouet qui fait du bruit; Ménage, du grec y.pèS, nom d'un oiseau.
CRÉCERELLE (kré-se-rè-l'), *. f. Oiseau de proie du genre faucon. La pie-grièche combat contre les pies, les crécerelles, buffon, Pie-grièche.
— HlST. XV* s. S'amoursvoloient aussi bien Comme ceroelles et faucons, E. hesch. Poé.^ies vus, l'Un, dans LACURNE. Ostoirs, faucons et espreviers, Gerfaux , saicres , butors, lanniers. Aigles, voultoirs, hobes, cresselles, Esmerillons, huas, cercelles. Et maint autre gendre d'oyseaulx, id. t6. t"*»». Tandis qu'elle disoit ces mots, elle perceut que une cercelle volletûit à l'entour du visage de Nero; elle qui la veut destourner, print le gant de sa main senestre, car elle avoit esgaré celluy de la deilre ; si en chassj la cercelle, Perce forest, t. v, f» 32. || xvi* s. La cresccrelle de son naturel espouvente les espreviers, de sorte qu'ils fuyenl sa voue et sa voix , paré, Animaux, 21.
— ÉTYM. Origine inconnue. Voy. crécelle.
t CRÉCERELLETTE (kré-se-rè-lè-f), s. f. Nom vulgaire du faucon tiunonculoîde , appelé aussi cresserine.
— ÉTYM. Crécerelle.
CRËCUE (krè-ch"), j. f. || !• Mangeoire des bœufs, des brebis, etc. Mettre du foin dans la crèche. Quelquefois dans la crèche une alTreuse vipère Loin du jour importun a choisi son repaire, delille, Georg. m. Sous la fougère de la crèche, la brebis lui aLiandonue son lait, crateaub. Génie, 1, m, 2. jj L? crèche, la sainte crèche, celle où Jésus fut mis au
CRfi
CRE
CRE
moment de sa naissance. Je prie le saint Enrant de TOUS attacher à sa crèche, boss. Lett. Corn. H 3. Un ange, dans la nuit, aux pasteurs qu'il éveille, D'un Diîu né clans la crèche annonce la merveille, delille, Parad. perdu, xii. {| 2° Nom de quelques hôpitaux où l'on reçoit les enfants trouvés, ainsi nommés par allusion à la crèche de Jésus-Clirist. || Ëlablissemeat où l'on donne asile pendant lejour aux petits enfants pauvres âgés de moins de deux ans. || 3" Enceinte de pieux préservant les fondations d'un ouvrage hydraulique. Il Terme de marine. Etabli qui, dans une corderie, porte les peifines qui servent à préparer le chanvre.
— ÉTYM. iiu" s. Et armenz [troupeau] ne sera mie as cresches, f'sautier, f-tse. Depuis que fu nez en la greche Diex de Marie, Ne fu mes tele espouserie, ruteb. 6. [Dieu le père] De la crèche te fit ta coche [à toi Jésus], id. ii, 20. Dou toriel [ils] loent la hiauté: Sorlui n'a ordure ne tache; N'a pas esté norri en crache, Iloman de flahoinmet, (56.'J. Aies, dist-il, em Belleant [Bethléem], Ilueques trouvères l'enfant Jouste le mur en unecrehe, uu CANGE, craccia.
— ÊTYM. Berry, écrèche; bressan, crèce; bourguig. creiche ; wallon, crêpe, cripe; provenç. crepia , crepcka, crupia; ital. greppia; du germanique: allem. Krippe; danois, kryùbe; angl. crib; suéd. crvbba; anglo-sax. crybbe; anc. h. allem. krippa; comp. aussi le celtique : iriand. grib.
t CRÉCIIET (kré-chè), s. m. Un des noms vulgaires du motteux.
t CRÉCISE (kré-si-z'), s. f. Instrument employé dans la construction des fourneaux et des pierres factices.
t CRÉCY (kré-si), s. (. Variété de carotte trèsestimée. Potage, purée à la crécy.
— ÉTYM. Crécy, non d'une localité en Picardie. CUÉDENCE (kré-dan-s'), s. f. \\ 1° Meuble sur lequel
on place les verres qui doivent servira table; Imiïet, garde- manger. {| 2° L'endroit où l'on tient les provisions df. bouche dans un séminaire ou un collège. Aller à la crédence. || Ce sens n'est plus en usage dans les collèges actuels. || 3° Sorte de petite table -placée au côté de l'autel, où l'on met les burettes et le bassin servant à la messe. L'urne qui était sur une crédence et qui contenait les entrailles [de la Grande Mademoiselle] se fracassa, st-sim. 6, 73.
— HIST. xv« S. Il avoit en Rome grande crédence [crédit], et estoit moult aymé, Perceforest, t. m, f" <02. Ilxvi" s. Ung petit arbre d'or, nommé crédence, garny de sept houppes de grands saphirs et deux petis et de huict langues serpentines, de LABOUDE, Émaux, p. 233. Seront mis les essays tout tranchez de pain pour faire la crédence à chascun plat de viande quand ilz seront posez sur la table, Honneurs de la cour, ms. p. 72, dans lacurne.
— >ÎTYM. Ital. credenza, bufi'et, créance, croyance, AecTeaere, croire, parce que c'était ordinairement au buflet que se faisait l'épreuve des liqueurs pour la sûreté des princes, ce que les Italiens appellent far credenza.
CRÉDENCIER (kré-dan-sié: l'r ne se lie jamais; au pluriel, l's se lie -.des kré-dan-sié-z actifs), s. m. Celui qui, dans un collège ou un séminaire, a la garde et la distribution des provisions. || Ce mot n'est plus usité dans les collèges actuels.
— ÉTYM. Crédence.
CRÉDIBILITÉ (kré-di-bi-li-té) , s. f. Ce qui rend une chose digne de croyance. Celui qui doute parce qu'il ne connaît. pas les raisons de crédibilité n'esi qu'un ignorant, dider. Pens. phil. Si. Je laisse à part le grossier sophisme d'employer la preuve morale à constater des faits naturellement impossibles, puisqu'alors le principe même de la crédibilité, fondé sur la possibilité naturelle, est en défaut, J. J. rouss. Leil. de la Montagne, m. Des témoins qui réunissent, au plus haut degré, les conditions qui fondent aux yeux de la raison la crédibilité de quelque fait que ce soit, BONNET, Paling. 2i'part. ch. 8. 11 a commencé par nous dire qu'il allait nous donner un exemple de la crédibilité due aux attestations que nous présentions, Mirabeau, Collection, t. m, p. 2i2.
— IIIST. xiirs. Se le vallet aporte avec soi bone creableté et certaine qu'il ait fait le gré de son mestre, iiv. des met. 69.
— KTYM. Lat. credibilis, ôecredere (voy. croire). CRÉDIT ^kré-di; le ( ne se lie pas dans le parler
ordinaiie; au pluriel, l's se lie: les cré-di-z ouverts), s m. lit» Confiance en la solvabilité. Le crédit est l'ilme du commerce. Notre trio [de marchands] poussa maint regret inutile. Ou plutôt il n'en poussa point; Le plus petit marchand est savant sur ce point: Pour
sauver son crédit, il faut cacher sa perte, i.a font. Fahl. XII, 7. Les Allemands que le fidèle Sancy avait levés sur son propre crédit, anquet. Ligue, m, 84. L'on sait qu'une personne qui a du crédit emprunte à meilleur marché qu'une personne qui n'en a pas, J. B. say. Traité, t84(, p. 388. || Faculté d'obtenir des prêts; disposition des détenteurs de capitaux à en faire l'avance à ceux qui les demandent. Le crédit règne dans un pays lorsque les prêts y sont abondants et faciles. Un particidier a du crédit lorsqu'il emprunte facilement les fonds dont lia besoin. Il Crédit personnel, celui qui dépend du caractère personnel et des facultés de l'emprunteur. Crédit réel, celui qui repose sur des sûretés spéciales. Crédit hypothécaire. || Crédit agricole, industriel, commercial, celui qui procure des avances à l'agriculture, à l'industrie, au commerce. Crédit foncier, territorial, celui qui prête à la propriété foncière. Il Société générale du crédit mobilier, société destinée à faire des prêts sur dépôts de valeurs mobilières, actions, coupons de rentes, etc. || Crédit public, confiance dont jouit un gouvernement pour le payement des intérêts de sa dette, pour les emprunts à faire, etc. La France et l'Espagne ont leurs trésors; l'Angleterre, un grand crédit national, raïnal, Ilist. phil. XVIII, 50. L'usage du crédit public, quoique ruineux pour tous les Etats, ne l'est pas pour tous au même point, ID. tb. XIX, n. Le crédit public, comme le crédit personnel, consiste dans la persuasion où est le public, que le débiteur, qui est l'Etat, s'acquittera fidèlement des engagements qu'il a contractés envers ses créanciers, j. b. say, Cours, t. II, p. 443, t840. Il Prêter son crédit à quelqu'un, engager sa signature, s'obliger pour faire emprunter à quelqu'un une somme. j| Crédit est mort, on ne prête plus, c'est-à-dire on ne vend que contre argent. Il Kig. Notre siècle vit sur le crédit du siècle de Louis XIV, volt. lett. à Mme Dubocage, 3 sept. 1758. Il 2° Terme que le créancier accorde à son débiteur. Accorder un long crédit. Acheter, vendre des marchandises à crédit, c'est-à-dire sans payement immédiat. Mais nous avons là vingt bouteilles. Et le traiteur nous fait crédit, bérang. Fortune. On achète des étoffes à crédit, pasc. Prov. 8. Je lui ferai crédit de trois mois, sÉv. 74. Votre plaisir serait-il qu'à crédit J'en puisse avoir, non pas pour grosse somme? la font. Comment l'espr. Les sauvages, pendant l'été, mettent leurs chiens en pension , à crédit, chez des gardiens, chateaub. Amer. 276. Mon hôte à crédit me traite; J'ai bonne chère et vin vieux, BÉRANG. Homme rangé. \\ Familièrement. Faire crédit de la main à la bourse, ou depuis la main jusqu'à la bourse, ne livrer sa marchandise que contre payement. || Fig. Faire crédit d'une chose, en dispenser. Je fais crédit à mon fils de cette reconnaissance, sÉv. dans le Dict. de bescherelle. Il Fig. A crédit, inutilement, sans fondement. C'est jouer en amour un mauvais personnage Et se rendre après tout misérable à crédit, mol. le Dép. i, 2. Mais les gens de mon air, marquis, ne sont pas faits Pour aimer à crédit et faire tous les frais, id. Mis. m, <. Qui peut trouver moyen d'être fait de la sorte Ne soupire guère à crédit, m. Psyché, ni, ). Cela se dit à crédit et sans démonstration, gui patin. Lettres, 727. || Elle a pris à crédit un pain sur la fournée, se dit d'une fille devenue grosse avant le mariage. || 3" Somme mise à la disposition de quelqu'un dans une banque, chez un commerçant. Il Ouvrir un crédit à quelqu'un, et aussi faire un crédit à quelqu'un , l'autoriser à toucher à une caisse , jusqu'à concurrence d'une somme déterminée, et aussi s'obliger à prêter sur demande à la personne désignée une somme à des conditions déterminées. Avoir un crédit chez un banquier, être autorisé à toucher chez !ui une certaine somme. || Lettre de crédit, lettre dont le porteur peut toucher de l'argent chez ceux à qui elle est adressée. || Terme d'administration. Somme allouée, pour tel usage déterminé, par voie de budget. Crédit ordinaire, supplémentaire, extraordinaire, etc. || 4° La page droite d'un livre de compte qui s'intitule avoir, et où l'on écrit ce qui est dû à quelqu'un, ce qu'on a reçu de quelqu'un par opposition à détitt, partie d'un compte où l'on porte ce qui a été fourni à quelqu'un ou payé à quelqu'un. Tout compte courant est tenu par crédit et par débit. Portez cet article à mon crédit. Il Avoir crédit en banque, être inscrit comme créancier sur les livres de la banque. || Crédit se dit aussi pour signifier la note de ce qu'un marchand doit faire entrer à son profit dans le tableau d'un compte, et encore la note de tous les articles qui doivent être portés en recette sur un compte. || 5° Terme de commerce et de banque. Confiance dont jouissent cer-
tains effets sur la place. Les billets de cette compagnie prennent crédit. || 6° Considération, influence dont jouit une personne. Elle aura du crédit en l'empire d'amour, Régnier, Sal. vu. La fameuse Macette, à la cour si connue. Qui s'est aux lieux d'honneur en crédit maintenue, m. Sat. xiii. Quelque peu de crédit que chez vous il obtienne, corn. Poly. I, 3. Et vous pensez jiar là leur ôter tout crédit, ID. Nicom. m, 5. Mais pour peu qu'il m'aimftt, du moins il m'aurait dit Que je garde en son âme encor quelque crédit, id. Tite et Bérén. ii, 7. Certes, vous m'allez mettre eu crédit par la ville, ID. le Ment, m, 5. [Il] Passe pour homme illustre et se met en crédit, m. ib. i, 6. Si mon crédit peut obtenir sa grâce, rotrou, Bélis. i, 2. Ahl ma sœur! si sur vous je puis avoir crédit, mol. le Dép. 11, 3. Rome où Diana [un casuiste] est en >i grand crédit, pasc. Prov. 6. Par le crédit qu'ils ont dans le monde, id. ib. i&. Si j'avais du crédit en France, iD. ib. 2. Sauver la vérité sans perdre notre crédit , ID. ib. Les jésuites ont assez bonne opinion d'eux-mêmes, pour croire qu'il est utile et comme nécessaire au bien de la religion, que leur crédit s'étende partout et qu'ils gouvernent toutes les consciences, id. ib. 5. Ils s'acquirent un grand crédit par la pureté de leur doctrine, boss. Hist. ii, 5. M. Colbert commença à prendre auprès du roi le crédit qui le rendit depuis le premier homme de l'Etat, LA FAYETTE, Henriette d'Anglet. Œuvres, t. m, p. 112, dans pougens. Pour .se mettre en crédit auprès du roi, HAMILT. Gramm. 8. Par l'entremise de quelque personne d autorité et de crédit sur son esprit, fléch. Serm. i, 285. Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit, rac. "Bril. i, 1. Princesse, en leur faveur employez mon crédit, id. Esth. m, 6. Son adroite vertu ménage son crédit, ID. Brit. IV, 4.... X peine elle vous vit Que votre exil d'abord signala son crédit, id. Phèd. I, i. Us ne souhaitent point de voiries méchants en crédit, FÊN. Tél. vin. Un amant mort pour nous nous mettrait en crédit, regnabd, Joueur, ii, <). Le crédit impérieux qui voudrait (n\ahir avec orgueil et violence des honneurs destinés à la réunion du mérite et des vertus, d'alemb. Éloges, Lang. de Gergy. Alvarez aurait-il as.sez peu de crédit? volt. Als.iy, 3. Ce crédit si vanté doit-Il durer toujours? ID. Tancr. i, 4. Il 7° Autorité dont jouit une chose. Mettre une nouvelle, une opinion en crédit, la répandre, lui donner de l'autorité; lui donner du crédit, la confirmer. Quand celte femme aurait dit vrai Dans une chambre tapissée. On s'en serait moqué; la vogue était passée Au galetas; il avait le crédit, LA FONT. Fabl. vu, 15. Et voir si ce n'est point une vaine chimère Qui sur ses sens troublés ait su prendre crédit, mol. Amph. m, i. La fable en son nom la demande; Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous, la font. Fabl. vu, dédie. Tant d'autres histoires qui ont eu crédit au monde, PASC. Juifs, 6. C'est de la prose rimée qu'Horace a mise en crédit, sÉv. 293. Votre rang ne donnait-il pas du crédit à vos passions et à vos exemples? mass. Myst. Miser. || 8" Créance, confiance. Je crois sur sa parole et lui dois tout crédit, corn. Sert, ii, 4. Donnez-vous à l'erreur encor quelque crédit? id. Héracl. iv, 4. N'écoute pas tout ce qu'on dit. Et souviens-toi qu'une âme forte Donne malaisément crédit A ces bruits indiscrets où la foule s'emporte, ID. Imit. i, 4. Quand son instruction est salutaire et bonne. Donne-lui prompt crédit. Et. sans examinerquel maître te la donne, Songe à ce qu'il te dit, ID. tb. I, 5. Des gens à qui l'on peut donner quelque crédit, MOL. Éc. des maris. II, 3.
— SYN. crédit, faveur. Le crédit est, proprement et étymologiquement, la confiance qu'inspire notre solvabilité, et qui fait qu'on nous prêtera de l'argent et, figurément, qu'on aura pour nos avis ou nos demandes une déférence méritée par notre caractère, par notre position, par notre talent, etc. Au contraire la faveur est toute gratuite; c'est un sentiment favorable qu'on a pour nous. On dit la faveur du prince, le crédit d'un ministre. Le crédit de Sully triompha souvent de la faveur des maîtresses.
— HlST. XV' s. Deux chevaliers qui avoient grant crédit avecques ledit conte de Charolois, comm. i, 2. Ceux qui goiivernoient ledit roy appellerent en cour, en authorilé et à crédit, ledit duc de Lorraine, pour en avoir part et aide, id. vu, l.||ivrs. Oui pour acquérir le nom de sçavans, traduisent à crédit les langues, dont jamais ils n'ont entendu les premier, éléments, dubell. i, », recto. Qu'on aille donc maintenant baiser les reliques au crédit de si lourds menteurs, calv. Instit. <6t. Les oracles avoient
I commencé à perdre leur crédit, mont, i, is. Qu'il
CRÉ
CRÉ
CRÉ
ne loge rien en sa teste par simple auotorité et à crédit, ID. I, <82. Et craignoient tous, à crédit, un que personne n'avoit veu, la boétie, 60. Et si on considère combien la pluspart des hommes sont aujourd'hui mal montez et mal dextres à la lance, on aura honte de les mettre en un corps simple, qui est autant que se faire battre à crédit, langue, 293. Quand ces paradoxes auront esté bien examinez, aucuns leur donneront paravanture autant de crédit qu'à l'opinion vulgaire, id. 307. En ce pays-là le charroyn'a point de crédit, et n'y en peult-on mener, CARL. X, 24. Nous croyons, jugeons, agissons, vivons, et mourons à crédit, selon que l'usage public nous apprend, charron, Sagesse, i, il. Homme et femme conjoincts par mariage sont uns et communs en biens, meubles, debtes et crédits faits tant devant leur mariage que durant, Coust. génér. 1. 1, p. 9)9. Toutes leurs debtes et crédites, ib. t. il, p. 200. Je m'adresseray à ceux qui n'en parlent point à crédit, ains semblent avoir de quoy payer, 11. fst. Apol. d'Hérod. Préface. Servir Dieu à crédit et par procureur, COTGRAVE. Assez a qui bon crédit a, id.
— ÉTYM. Ital. crédita, du latin credere, croire (voy. croibe).
CRÉDITÉ, ÉE (krér-di-té, tée), part, passé. Oui a un crédit, une somme à toucher. Crédité d'une somme considérable. || 5. m. Celui auquel on a ouvert un crédit. Le crédité.
CRÉDITER (kré-di-té) , V. a. Terme de commerce. Inscrire au crédit ce qu'on doit à quelqu'un, ce qu'on a reçu de lui. Je vous ai crédité des 500 fr. que vous m'avez versés. Être crédité sur une ville, avoir des lettres de crédit sur cette place.
— F.TYM. Crédit.
f CRÉDITEUR (kré-di-teur), s. m. Terme de commerce. Celui qui a des sommes portées à son crédit sur les livres.
— f.TYM. Créditer. Autrefois crWtteur avait le sens de créancier: Monsieur, mon bon ami, j'estois icy à mesme pour payer ma debte; mais j'ay trouvé un bon créditeur qui me l'a remise, mont, iv, 333.
CREDO (kré-do), s. m. || 1° Le premier mot et le nom du symbole des apôtres, qui contient en douze articles les dogmes principaux de la foi. Le credo se chante à toutes les messes chantées le dimanche, excepté aux messes de mort; mais en semaine on le chante ou on ne léchante pas,suivant la férié. || Apprendre son credo, apprendre les premiers éléments de sa religion. || 2° Par extension, ce que l'on prend pour règle de ses opinions. Il prend son credo dans son journal.
— inST. XVI' s. On parle de luy comme de Pilate dans le credo, otiDiN, Curios, fr. add.
— ÉTYM. Credo, je crois (voy. croire). CrcJo s'est dit pour crédit : Il vous plaise nous envoyer quelque peu d'argent pour nous povoir entretenir jusques à la venue de nostre dit maistre; car, madame, nous n'avons plus que frire synon sur credo, Lett. de LOUIS XII, t. m, p. <72, dans lacijbne.
CRÉDULE (kré-du-l'), adj. || 1° Qui croit trop facilement. Écoute, père aveugle, et toi, prince crédule, CORN, lléracl. iv, 4. Et ton esprit crédule ose s'imaginer Qu'Auguste pouvant tout peut aussi me donner, m. Cimia, m, 4. Avoir pour deux méchants une Ame si crédule, id. Nicom. m, 8. Un fol allait criant par tous les carrefours Qu'il vendait la sagesse; et les mortels crédules, De courir à l'achat.... LA FONT. Fabl. IX, 8. L'éclat de tant de gloire avait jusqu'à ce jour Ébloui mon âme crédule, quinault, Àmad. 1, 3. Je ne puis plus tromper une amante crédule, rac. Baj. 11, 6. Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule? id. ib. IV, 7. Je sais combien, crédule en sa dévotion. Le peuple suit le frein de la religion, id. ib. i, 2. ....Crédule, je l'aimais, id. Ipliig. 11, v. Crédule jusqu'à croire à tous ces vains discours Et qu'il était encor d'éternelles amours, segrais, Égl. 2. Il a ressenti le malheur d'être trop crédule pour une femme, kên. Tél. xix. Puliphar, trop crédule aux paroles de sa femme, entra dans une grande colère, ROLLiN, Traitédes Et. hv. y, i' part ch. 2, art. 2.J'ai^i trompé son esprit crédule à mesdiscours, lemierre, Charlem. m, 3. Que l'aîné, peu crédule à la vie, à la gloire, v. hugo, rot.Tinl^r»e«res,ii, B.Trop crédule en ton serment perfide, lemerc. Agam. v, 5. Habile à soulever le crédule vulgaire, demlle, Enéide, a. Crédule par espoir, par désespoir peut-être, il s'enivre quelques instants de celte apparence [de négociations], et, pressé d'échapper au sentiment intérieur qui l'oppresse, il semble vouloir s'étourdir en s'abandonnant à une joie expansive, ségur, Ilist. de Nap. vui, (O. || Substantivement. Or je vous demande, qui est ici le crédule? mass. Car, Avenir,
d:ct. de la langub française.
[| 2' En parlant des choses. Avec une facilité trop crédule, pasc. dans cousin. Attendrons-nous qu'un nouveau LuUe, Fier de ses chimiques travaux. Promette à notre espoir crédule L'art de commander aux métaux? lamotte , Odes, t. i, p. 522, dans pouoENS. Je ne m'aveugle point; d'un sot orgueil épris. Mon crédule Apollon sur son faible génie N'a pointfondél'espoir de leur ignominie [de Voltaire et des autres écrivains ses amis et sectateurs] , Gilbert, Mon apologie. Partouneaux crut à cette fausse nouvelle; car, en fait de malheurs, l'infortune est crédule, SÉGUR, Hist. de Nap. xi, 7.
■— HIST. xiv s. Et se maistre Jehan estoit si crédule à eulz et à leurs douces paroles es quelles il se fiast trop ... Ménagier, 11, 3.
— ÉTYM. Lat. credulus, de credere, (voy. croire). fCRÉDULEMENT (kré-du-le-man) , adv. D'une
manière crédule.
— ÉTYM. Crédule, et le suffixe ment.
CRÉDULITÉ (kré-du-li-té), s. ^. État d'esprit du
crédule. Avec quelle insolence et quelle cruauté Ils se jouaient tous deux de ma crédulité ! rac. Baj. IV, 5. Pardonne, cher Hector, à ma crédulité, id. Andr. m, 6. Moi-même, rougissant de sa crédulité, ID. Baj. m, 4. [Il faut] De la crédulité donner à tous l'exemple, volt. Fanât. 11, 5. Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, Notre crédulité fait toute leur science, id. OEdipe, iv, t. Mais depuis que l'aspect des hautes vérités Le retira, dit-il, de ses crédulités.... lemerc. Clovis, i, 2. Que faitesvous par vos crédulités et vos complaisances? vous animez le médisant, vous réchauffez le serpent qui pique, PLÉCH. dans le Dict. de dochez. La crédulité des peuples, qui est toujours au-dessus du ridicule et de l'extravagant, réparait tout, montesq. liom. t. VI, p. 246, dans pougens. Votre inépuisable crédulité ne me fâche plus, mais elle m'étonne toujours, J. 1. Rouss. Lett. d'Ivernois, Corresp. t. vi, p. 364, dans pougens. On sait qu'un vif intérêt enfante la crédulité, et qu'ainsi le nombre des charlatans dans chaque science croît en raison de l'importance plus grande que les hommes attachent à son objet, coNDORCET, Bucquet.
— HIST. XII* s. Li àgaitanz anemis fait à la fois alcun semblant de piétéit, por ke il à la fin de creduliteit puist parvenir. Job. 454. || xiv s. La crédulité ou opinion. — Teles crédulitez et suspections, ORESME, Thèse de meunier.
— ÉTYM. Lat. credulitatem, de credulus (voy. crédule).
t CRÉE (krée), s. f. Terme de commerce. Ancienne sorte de toile de Bretagne. Dispensons Jes fabricants de tramer de barres transversales aux deux chefs des toiles nommées Bretagnes et de celles nommées crées [la marque de ces toiles devait porter créas nuevas] , Lettres paten tes, < 6 déc. (780.
— ÉTYM. Espagn. créa, sorte de toile.
CRÉÉ, CRÉÉE (kré-é, kré-ée), part. pa^é. 111° Tiré du néant. Le monde créé de Dieu. Et moi je passe aussi parmi l'immense foule D'êtres créés, détruits, qui devant toi s'écoule, lamart. Harm. IV, (t. Il 2° Produit. Les industries créées dans ce pays. Une suite d'opérations faites sur des corps pour ainsi dire étrangers à la nature et créés dans les laboratoires, condorcet, Bucquet. Si la vie et la mort ne sont pas même, hélas I Deux mots créés par l'homme et que Dieu n'entend pas! lamart. Ilarm. iv, < ( . || Rôle créé, se dit, au théâtre, d'un rôle qui est joué pour la première fois. Elle n'ose aborder un rôle créé par cette grande tragédienne. Il 3° S. m. Celui qui est créé. Si un être intelligent avait créé un être intelligent, le créé devrait rester dans la dépendance qu'il a eue dès son origine, monteso. Esp. I, i.\\ Le créé, l'ensemble des créatures. Afin que nous soyons contraints de sortir de nous-mêmes, il faut qu'une plaie profonde de notre coeur fasse que tout le créé se tourne pour nous en amertume, FÉN. Leit. ,?pi"rti. 195. || On emploie rarerement créé comme substantif, et seulement dans les cas tout spéciaux comme ceux qui sont indiqués dans les exemples.
CRÉER (kré-é), je crée, tu crées, il crée, nous créons, vous créez, ils créent; je créais, nous créions, vous créiez; je créai, nous créâmes; je créerai; je créerais; crée, créons, créez; que je crée, que nous créions, que vous créeiez; que je créasse; créant; créé, créée, v. a. || 1° Tirer quelque chose du néant. Dieu a créé le ciel et la terre. La première époque vous présente un grand spectacle : Dieu qui crée le ciel et la terre par sa parole et qui fait l'homme à son image, boss. Hist. i, 1. Selon Platon, Dieu ne crée rien, il ne meut rien; il règle seulement autant qu'il le peut le mouTémont
que la matière a déjà p.ir elle-même, conpri.ac, Ilist. anc. m, I9. Pour iréer l'univers et le réduire en poudre. Que te fallait-il? deux instants, c. m- LAV. Paria, iv, 7. || Absolument. Une dérision d'un être habile à nuire, Qui s'amuse sans but à créer pour détruire, lamart. fform. iv, t). || 2» Inventer, imaginer, en parlant de l'homme. Créer des mots, Lavoisier a créé la chimie pneumatique. I.a paléontologie a été créée par Cuvier. Notre esprit qu'Amour seconde, Au coin du feu crée un monde Qu'un doux ciel toujours féconde. Où .s'aimer tient lieu de bien, bérangeb, l'Hiver. Celui-ci [Boileau] passe Juvénal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui et se rendre propre tout ce qu'il manie; il a, dans ce qu'il emprunte aux autres, toutes les grâces de la nouveauté et tout le mérite de l'invention, la brut. Disc, à l'Acad. fr. || Absolument. La nature est à vous, et votre main féconde Dispose pour créer des éléments du monde, delille. Jardins, I. Il Terme d'histoire naturelle. Créer un genre, une espèce, l'établir en en indiquant les caractères particuliers. || Créer un rôle, se dit, au théâtre, de celui qui le joue le premier. C'est Levasseur qui a créé le rôle de Bertram dans Robert le Diable. Il 3" Produire, susciter. L'ordre de choses que la Révolution a créé en France. Il avait une armée et j'en forme aujourd'hui, 11 m'a fallu créer ce qui s'offrait à lui, volt. Catil. 11, 3 Je sus, créant une
armée. Me faire le vengeurde la terre opprimée, SAURIN, Spartac. m , 4. Et le nom d'un tel chef e;ll créé des soldats, c. delav. Vêpres sicil. iv, 4 || Se créer, créer à soi. Il sut se créer des ressources. Par leur maladresse, ils se sont créé bien des difficultés. Les besoins factices qu'il s'est créés. || 4°Foiïder, instituer. Créer une académie. Créer des emplois. C'est alors qu'on créa les préfectures. On créa une seconde compagnie, une troisième, plusieurs successivement; et le gouvernement, qui se fai.sait une habitude d'en créer, croyait toujours qu'il lui était avantageux d'en créer encore, condillac, Comm. gouv. part. 2*, ch. 17. |{ .Nommer à un emploi qui n'existait pas. On créa des préfets. On jugea pourtant à propos de créer de nouveaux magistrats, avant que de nommer des députés, bollin, Hist. anc. OEuvres, t. x, p. 93, dans polgens. Il 5° Créer une rente, fournir l'argent nécessaire pour la rente. Créer une pension, allouer une pension sur les fonds à ce consacrés. Créer des actions, fonder une opération industrielle ou financière à laquelle on fait face pécuniairement à l'aide d'actions. Il Créer une pension sur un bénéfice, se dit proprement du pape qui octroie l'établissement dune pension sur un bénéfice. || 6' Se créer, ». réft. Être créé. Suivant la doctrine de Démocrite et d'Épicure, rien ne se crée dans la nature.
— HIST. xii* S. Loez lui, soleil et lune; loez lui, tûtes esteilles e lumière; loez lui, ciel des ciels ;kar il dit, e fait sunt; il medesœes manda, e cried suia. Liber psalm. p. 229. Net cuer crie en mei, Deus [Dieu, crée en moi un cœur pur], 16. || xjv» s. Le dittateur creoit un antre office que il apeloit mestre des chevaucheurs, bercheure, (° 2, verso. |)xvi' s. Les prebstres le créèrent augur, amyot, Marcel. ï. Estant nos villes pauvres et troublées comme elles sont, nos gens de guerre mal créez et discipiiîi'iz, viLLEROT, Mém. t. II, p. 208, dans lacurne. I! n'y a insolence que le soldat mal créé, et en de tol.-î endroits, ne fasse, brant. Cap. fr. L i, p. 2»8, dans lacurne. Quitte des debtes créez par le défunt son mary, si elle ne s'est expressément obligée, Coust.
I gén. t. 1, p. (54.
1 — ÉTYM. Provenç. et espagn. erear; ital. ereare;
' du latin ereare; de même radical que le zend kéM,
I faire; .sanscrit. Art, faire.
-[ CREMA (kre-ma), s. f. Terme de métallurgie. Le résultat de l'oxydation du fer dans le fourneau.
I — ÉTYM. Lat. cremare, brûler, qui a donné à
î plusieurs patois cremer.
j CRËMAaLËRE (kré-ma-Ilêr', « mouillées.et non
I kré-ma-yê-r') , s.f. || 1» Pièce de fer plate, dentelée el
! recourbée par le bas, qu'on suspend dans les cheminées pour soutenir la marmite et d'autres vaisseaux sur le feu. Hausser , baisser la crémaillère. Il Familièrement. Pendre la crémaillère, donner un repas pour célébrer son installation dans un nouveau logement. || Aller pendre la crémaillère che» quelqu'un , être invité à ce repas. || 2* Terme de mécanique. Pièce munie de crans, qui sert à relever ou à baisser une partie mebile. Fauteuil à crémaillère. Il Terme d'horlogerie. Pièce d'une montre ou pendule à répétition qui sert à la faire sonner. Il Tringle de bois dentelée qui reçoit les tablettes d'ima bibliothèque. || Pièce d'un pupitre mobile.