GÉMINÉ
GÉMINÉ, ÉE (jé-mi-né, née), adj". || 1* Terme de palais. Réitéré. Arrêts, commandements géminés. Il 2» Lettres géminées, se dit des réduplications de lettres qui se trouvent dans les anciens monuments, comme coj», qui signifie les deux consuls, Àugg. et Impp. pour deux augustes et deux empereurs. || 3* Terme d'architecture. Colonnes géminées, colonnes groupées deux à deux, mais avec quelque intervalle. Il 4° Se dil,en botanique, de parties qui sont disposées deux à deux, ou qui naissent par pairs d'un même point. Feuilles géminées.
— ÉTYM. Lat. geminatus, doublé, de geminut, double (voy. gémeaux).
GÉMIR (jé-mir), t). n. || 1° Exhaler sa souffrance, sa peine, d'une voix plaintive et inarticulée. Mais et les princes el les peuples gémissaient en vain; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements.... la mort plus puissante nous l'enlevait entre ces royales mains, Boss. Duch. d'Orl. Vous l'avez vue si souvent gémir devant les autels de son unique protecteur, ID. Reine d'Anglet. Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime. De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même ! rac. Brit. m, 7. Pleurons et gémissons, mes fidèles compagnes, id. Esth. I, 6. Mon frère, ayez pitié d'une soeur égarée Oui brûle, qui gémit, qui meurt désespérée, volt. Zair«,ili, 4.Jepleure mon destin, je g>:mis sur mon père, ID. Tancr. ii, 6. || Activementet poétiquement. Voilà ce qui fait honte ou ce qui fait frémir ; Gémissement que Job oublia de gémir, LAMART. Rép. aux adieux de W. Scott. || 2° Par extension, se plaindre sous un poids qui accable. D'un peuple sans vigueur el prcs<|ue inanimé Qui gémissait sous l'or dont il était armé, bac. Alex, u, 2. Déjà la pythonisse, errante, échevelée, Sous le pouvoir du dieu gémissait accablée, H. J. chén. OKdipe-roi, m, 4. Il Fig. L'Italie gémissait sous les armes des Lombards, BOSs. Hist. I, 41. Mais je laissais gémir la vertu soupçonnée, p.ac. Phèd. v, 7. J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence, ID. Eslh. m, 4. Le royaume gémissait sous la tyrannie, ff.n. Tdi. xiii. Le juste g-jmil dans l'indigence, mass. Carême, Prospér. Des pécheurs qui gémissent sous le poids de leurs chaînes, id. Carême, itéiange. J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil, Gémir l'humanité du poids de mon orgueil, volt. AU. v, 7. Il 3* ÉU-e péniblement ou désagréablement affecté de quebjue chose. Evrard a lieau gémir du repas déserté, BOIL. iulr. v. Alexandre le sait, Taxile en a gémi, RAC. Alex. V, 3. Il yavingtansqu'ilsfont gémir tous les gens de bien, fén. Tel. iiv. Mais ne crois pa.s non plus que le mien [cœur] s'avilisse l souffrir dos rigueurs, à gémir d'un caprice, volt. Zaïre, m, 6. Il craint de lui parler, il gémit de se taii-e, id. llrutus, m, 2. Il gémissait d'être obligé d'acheter .sa sûreté par des soumissions, ratsal, Hisl.phil.iv, 14. Il faut gémir sur le sort de l'humanité, qui ne permet pas qu'un .seul homme ait à la fois tous les
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talHnts et toutes les vertus, d'alembert, Lett. au roi de Pr. n août <77i. || 4° Il se dit du cri de certains oiseaux. La colombe gémit. La tourterelle gémit. Je criais vers vous comme le petit de l'iiirondelle, je gémissais comme la colombe, saci, Bible, haie, xxxvm, u. || Activement et poétiquement. L'oreille n'entend rien qu'une vague plaintive. Ou la voix des zépliirs. Ou les sons cadencés que gémit Philomèle, lamart. Méd. n, 24. || S° Par analogie, il se dit des choses qui font entendre une sorte de murmure. On se menace, on court, l'air gémit, le fer brille, rac. Iphig. v, 6. La rive au loin gémit blanchissante d'écume, id. «6. v, 8. Los marteaux faisaient gémir les cavernes de la terre, fén. Tél. II. Quand l'aquilon fait gémir les troncs des vieux arbres, id. «6. xvii. La terre au loin gémit, le jour fuit, le ciel grande, volt. Ilenr. viii. Eh! seigneur, est-ce vous drnt la voix lamentable A fait gémir ces murs d'acce'jtssi douloureux? lemerc. Fridég. et Br. IV, 5. Il i' S'affaisser, en parlant des choses qui reçoivent un poid.s, une pression considérable. La frêle nacelle gémit. Quand iEnéas dedans s'y mit, 5CARR0N, Virg. VI. Et son corps, ramassé dans sa courte grosieur. Fait gémir les coussins sous sa molle épais ieur, boil. Lutr. i. L'enclume qui gémissait sous les coups redoublés, fén. Tél. xii. La mer gémissait sous le nombre et sous la grandeur énorme de nos navires, mass. Or. fun. Louis le Grand. || Fig. et familièrement. Faire gémir la presse, faire beaucoup imprimer: locution métaphorique tirée de l'ancienne presse à bras qui faisait entendre une espèce de gémissement quandon tirait le baireai.
— HIST. XII' s. Rapelat il à la remembrance ceaz [ceux] d'EphesoD, cant il, ploranz et gemanz, les comandat à Deu, Job, p. 476. ||xiii'3. Enlertressue, enfer frémit, Enfer dolose, enfer gémit, Quant perdu a la gr'ant gouléo Qu'avoit jà pri.se et engoulée, RUTEB. Tnéoph. || xiV s. Et mon pechié cy gémirai Amèrement, dans burguy , Gramm. t. ii, p. 281. Il XVI* s. La tourterelle en gémit et en mené Semblable dueil : et j'accorde à leurs chants, mahot, m, 2»8. Ayant tant de malheurs gemy profondemont, DU BELLAY, VI, «3, verso. Comme pigeons, qui bec à bec gémissent leur amour, yver, p. 639. Ils hurlent comme les loups, ils gémissent comme les ours, ils rugissent commelions, paré. Animaux,
— ÉTYM. Berry, ffemer; proveno. gémir: portug. gemer; ital. gemere; du latin gcni^c. La formation régulière est geindre (voy. ce mot) ou l'italien gemere. Gémir, remontant aux premiers temps de la langue, suppose un changement de conjugaison, de la 3» en 4'. La très-ancienne langue ne le conjuguait pas comme les verbes en iscere, témoin gemant de gementem ; mais dès le xui* siècle il était conjugué comme un verbe en iscere.
GÉMISSANT, ANTE gé-mi-san, san-t'), adj. Qui gémit. Tu ris! tu ne suis pas ces gémissantes voix I LA FONT. Fabl. VIII, )4. Je peindrai les plaisirs en foule renaissants, Les oppresseurs du peuple à leur tour gémissants, boil. Éptt. i. Et froide, gémissante, et presque inanimée, rac. Phèdre,^, 6. J'ai respecté ton fils; et ce cœur gémissant Lui conserva sa foi, même en le haïssant, volt. Als. v, B. Ils pensent voir errer sur des nuages sombres De Glamis, de Duncan les gémissantes ombres , ddcis, Macbeth, iv , 3.
GÉMISSE.MENT (jé-mi-se-man), s. m. || 1° Cri plaintif de celui qui gémit. Aucun gémissement à son cœur échappé No le montre en mourant digne d'être frappé, corn. Pomp. n, 2. Si l'Espagne pleurait son infante qu'elle voyait monter sur le trône le plus glorieux de l'univers, quels seront nos gémissements h la vue de ce tombeau où tous ensemble nous ne voyons plus que l'inévitable néant des grandeurs humaines? eoss. Mar.-Thér. U tire de son cœur de profonds gémissements, fén. Tél. m. César, voyant sa statue |d'Ale.xandre] dans un temple en Espagne, lorsqu'il en avait le gouvernement après sa préture, ne put s'empêcher de pousser des gémissements et des soujiirs en comparant le peu de belles actions qu'il avait faites jusque-là avec les grands exploits de ce conquérant, rollin, Uist. anc. Œuv. t. vi, p. 629, dans pougens. || Terme de dévotion. Gémissement du cœur, vif sentiment de regret d'avoir péché. || 2° Plainte en général. Les gémissements de l'opprimé. Louis, qui entend de si loin les gémissements des chrétiens afiligés, boss. Reine d'Anglel. Il n'y a personne de nous qui ne se souvienne d'avoir ouï souvent raconter ce gémissement universel [lors de l'assassinat de Henri IV] à son père ou à son grand-p>"re, id. icH. à Louis XIV, 40 juillet <876. Il 3° Il se dit du cri de la colombe,