LA BRUY. II
— ÉTYM. Dés.... préfixe, et intéresser.
t DÉSINVERTIR (dé-zin-vêr-tir), ». a. Terme d'art militaire. Remettre une troupe dans son ordre naturel, dans un ordre qui n'est plus inverti.
— ÉTYM. Dés.... préfixe, etinvertir.
t DÉSINVESTIR (dé-zin-vè-stir), e. a. || 1° Cesser d'investir, d'entourer, de bloquer. Désinvestir une place de guerre. || 2" Fig. Retirer un droit, une fonction dont on était investi. Désinvestir la chambre de l'examen des lois. || 3" Se désinvestir, v. réfl. Renoncer à. Les attributions dont le ministre de l'intérieur s'est désinvesti en faveur des préfets.
— ÉTYM. Dés.... préfixe, et investir.
■t DÉSINVESTISSE.MENT (dé-zin-vè-sti-se-man) , s. m. Il 1* Action de désinvestir, de lever le blocus. Il 2" Fig. Privation d'un droit, d'une fonction.
— ÊTYM. Désinveitir.
fDÉSINVITER (dé-zin-vi-té), V. a. Rétracter une invitation.
— ETYM. Dés.... préfixe, et inviter.
j DÉSINVOLTE (dé-zin-vol-f), odj. || l" Qui est à l'aise, sans embarras ni gêne, dégagé, alerte. En sa place [de Kosen], le roi mit Artagnan, homme désinvolte, et qui n'entendait pas moins bien les souterrains de la cour, st-sim. tos, tie. Après tou-
DES
tes les scènes de carnage dont il venait d'être témoin , Birton était aussi gai et aussi désinvolte que s'il était revenu de la comédie, volt. Jenni, 7. Ne suis-je pas un grand politique'/ et cette politique n'est-elle pas très-désinvolte 1 id. te». d'Argental, n sept. (760. Il 2' S. m. Le cardinal de Rohan avait une facilité de parler admirable et un désinvolte merveilleux pour conserver tous les avantages qu'il pouvait tirer de sa princerie et de sa pourpre, ST-SIM. 245, 32.
— ÉTYM. liai, disinvollo, du préfixe négatif dis, et inrolto, enveloppé, embarrassé, de in, en, et volto, participe du verbe volgere , formé irrégulièrement du latin volvere (voy. volume) : qui n'est pas enveloppé, qui est dégagé.
t DESINVOLTURE (dé-zin-vol-tu-r") , *. f. Tournure désinvolte, pleine de laisser-aller. La désinvolture de ce cavalier. || Il se dit aussi des choses. Selon le privilège des hommes maigres, il avait conservé toute la désinvolture de sa taille, CH. os BERN. la Chasse atuc amants, § l. |1 Fig. Ce style a de la désinvolture.
— ETYM. ItaL disinvoltura, de disinvolto, désinvolte.
DÉSIR (dé-zir;plusieur3, dit l'Académie, écrivent desiretprononcentde-zir),». m. {[ 1° Envie d'obtenir, d'avoir quelque chose. Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde, et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, desc. Uéth. m, 4. C'est en la paixque toutes choses Succèdent selon nos désirs; Comme au printemps naissent les roses. En la paix naissent les plaisirs, malh. m, ï. Le désir de l'immortalité est le plus violent aussi bien que le plus fort de tous nos désirs, pathu. Plaidoyer la, dans richelet Comme notre esprit.... Toujours vers quelque objet pousse quelque désir, corn. Cinna, ii, (. J'ai perdu le désir avecque l'espérance, both. Vencesl. m, 4. Former des désirs pour leur damnation, pasc. Prov. H. Je suis venu pour vous découvrir toutes choses, parce que vous êtes un homme rempli de désirs, SACi, Bible, Daniel, ix, 23. Maintenant, que le temps a mûri mes désirs.... j'aime mieux mon repos.... boil. Ép. v. Pour contenter ses frivoles désirs, L'homme insensé vainement se consume, rac. Esth. Il, 9. Rions, chantons, dit cette troupe impie; De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs Promenons nos désirs, m. Athal. n, 9. Une esclave empressée Qui courait de Roxane accomplir le désir, ID. Baj. m, I. L'on est né quelquefois avec des mœurs faciles, de la complaisance, et tout le désir déplaire, la brut. xi. Un vain désir de gloire a séduit mes esprits, volt. Mérope, u, 2. Le désir est une volonté exaltée, bonnet. Œuvres mêlées, t. xviii, p. 233, dans pougens. || 2° Bon désir, désir conforme à la volonté de Dieu, bonne intention. Daignez écouter là-dessus mon désir, si c'est un bon désir, bourd. Pensées, t. i, p. 42. Ils forment mille bons désirs, mass. Or. fun. Prof. t. \\ Dans un sens général. Compte mes bons désirs comme autant de services, corn. Au roi, sur Cinna, Pompée, etc. Il 3° Désir a quelquefois le sens de désir ardent. || Il signifie aussi le sentiment qui pousse ua sexe vers l'autre. Chemin faisant, Hispal expliquait ses désirs Moitié par ses discours, moitié par ses soupirs, LA FONT. Fianc. Son miroir lui disait : prenez vite un mari; Je ne sais quel désir le lui disait aussi, id. Fabl. vn, 5. Et, sans parler du reste, on sait bien que Célie A causé des désirs à Léandre et Lélie, mol. l'Étour.y, *3. || 4° L'objet même du désir. Léon seul est ma joie, il est mon seul désir, œRN. Pulch. m, 2, Tout ce qui de mon cœur fut l'unique désir, rag. Bérén. m, <. Tous vos désirs, Esther, vous seront accordés, id. Esth. III, 4. Il B° Terme d'ancienne pratique. Au désir de l'ordonnance, au désir de la coutume, suivant l'ordonnance, suivant la coutume.
— HIST. XII' s. Assez aim [j'aime] mieus mourir en bon désir Que vivre irez et m'amie haïr, Couci, IX. Mais fol désir fait souvent cuer penser En si haut lieu qu'il n'i peut avenir, ib. x. Et si [je] me suis mis à sa volenté Que nuls travaus mon désir ne refreigne, ib. xiv. [Cela] Me fait resouvenir De là où tuit mi bon désir Sont et seront jusqu'au mourir, ib. xvin. Au mont [monde] [je] ne truis [trouve] tant bêle ne si sage. Ne nule riens n'est tant à mon desir, ib. XIX. Mais bien me pourra grever Lcns desirs sans conforter, ib. p. n». Il xiii' s. Pour Dieu [je] la pri, qui tant l'a honorée Que chascuns qui la voit en a désir, Qu'ele ait merci de moi sans demeurée, viDAME DE CH. liomancero, p. il 4. Moût [il]
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fli en gpant oesir que il pulst venir, Perte, xm. En la «erre [il] avoit mis cuer fcœur] et cor et désir, i6. LXiii. Tant ela ot grant (iesir de venir à «a fille, ib. Lxxxvii. D'amour et de désir tout 11 cuers lui esprent, ib. ex. Et vont trançant parmi ces rue». Pour Teoir, por eatre veOes; Por faire a» compaignon» désir De Toloir avec eus gésir, Jn Hoj<>, 9i)70. || xV g. Je n'en savoye nul avoir Oui peust contenter mon désir, Se non quant voua povoye voir, Ma joye, mon seul souvenir, CH. d'orl. liai. 17. Mon cher dezir, o bouteille m'amie, Secourez-moi, basskun, XLi. Il XVI' g. Et s'il luy estoit possible luy mesme y estre en personne, c'est le plus grand desir que |)Our ceste heure il faict, ukkg. Lett. U. J'aycongneu de long temps à VOUS ung desir au soulagement des subjects du roy sigrant, que....lD.tb.(69. Maisdeciuoy sert le désirer, Sinon pour l'homme marlirerT Le desir n'est rien que martire, noNS. 47). Desir ne peut mourir, le boux dp, lincv, Prov. t, ii, p, 28».
— ETYM. Vny, Df.smBH; provenç, dezir, detire; Ital, désire. Désir n'est pas formé du latin desiderium, qui avait donné dans l'ancienne langue, à côté de désir, desirier; c'est un substantif créé par les langues romanes sur le verlie désirer ; former un Bubstanlif sur le verbe est un procédé très-commun dans les langues vulgaires. L'ancien français disait aussi desirimee.
nCSIUABLE (dé-zi-ra-br -, plusieurs, dit l'Académie, écrivent désirable et prononcent de-zi-ra-bl'), adj. Qui mérite d'être désiré, ôilésirable finde leurs peines passées, ¥ALH. i, ♦. Elle ne peut l.iisserce lieu tant désirable, voii. dans bichelet. Je te vois attendue à ce port désirable, roth. St Gen. m, 7. État oublié parmi nous où la viduité est regardée, non plus comme un état de désolation, car ces mots ne sont plusconnus, maiscomme un état désirable où, affranchi de tout joug, on n'a plus à contenter que soi-même, Boss. /Iniw de Gonx. Il serait désirable pour le plaisir des honnêtes gens et pour la vengeance publique qu'un coquin ne le fût pas au point
d'être privé de tout sentiment, la brut, xi Un
bien si désirable Est trop prompt et trop grand pour être vraisemblable, volt. Triumv. ii, 2,
— HIST. XIV* s, Delettacion est désirable et plaist, OBESME, Eth. «8. Désirable chose, c'est estre sain, m. t(). 20. Il XVI* 8. Je ne vous souhaiteray rien Des dons que les cieux favorables Font aux dames plus désirables, st-oel. Sï«.
— ÉTYM. Détirer.
t DÉSIRANT, ANTE (dé-zi-ran, ran-t'),odj. Oui désire. Les saintes âmes que Dieu purifie sont désirantes, BOSS. Lett. Corn. 483.
DÊSlRfi, ÊK (dé-zi-ré, rée; plusieurs, dit l'Académie, prononcent de-zi-ré,rée), part, posi^. Peutêtre nous touchons au moment désiré, cobn. Sert. III, 4. Commander est bon; être riche est bon; et ces bonnes choses, mal prises et mal désirées, font néanmoins tout le mal du monde, boss. Libre arb.ii . Il Louis le Désiré, surnom donné à Louis XVIII, à cause du désir de le revoir qu'avaient eu si longtemps et en vain ses partisans, et du désir de paix que la France éprouvait après les longues guerres de l'Empire, || Substantivement, Le désiré des nations fie Messie] était venu, Boss, Hiit. u, 7.
DËSIKER (ilé-zi-ré; plusieurs, dit l'Académie, écriventdesireretprononcentde-zi-ré),«,o, || l°Avoir désir de quelque chose. Il désirait de combattre avec sa cavalerie, vauoel. Q. C. m, 21. Pour ce qui est de moi, je désire seulement d'avoir bientôt l'honneur de vous voir, voit. Lett. 35. Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient Mettre à fin ce qu'un seul désire, la pont. Pabl. viii, 2B. ô femme, vrtre foi est grande ; qu'il vous soit fait comme vous le désirez, saci. Bible, Év. St Math, xv, 28. Et les choses que nous désirons, désirons-les peu, nonseulement parce qu'elles ne méritent pas d'être autrement désirées, mais parce que, les désirant beaucoup, elles deviennent le sujet de mille peines, BOURD. Pensées, t. i, p. 379. Nous ne demandons que faiblement le royaume de Dieu que nous ne désirons pas avec affection, fléch. Serm. 11, 447. Phédime, au nom des dieux, fais ce que je désire, BAC. Mithr. IV, {. Voilà ce que vous désirez de savoir, KÉN. Tél. X. Il y a de certains biens que l'on désire avec emportement et dont l'idée seule nous enlève et nous transporte, la bbuy. xi. On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas, volt. Zaïre, 1, 4. Il Familièrement. Se faire désirer, ne pas se rendre à l'empressement que les autres ont de nous voir. Il Ne laisser rien à désirer, être achevé, parfait en son genre. Voyant ma Caliste fi belle 0"e l'on n'y peut rien désirer, malh. iv, 40. La débauche la plus immodérée laisse quelque chose à disirar au dérègle-
ment des sens, hass. Carénée , Prod. || Dans le sens contraire. Il y a quelque chose , beaucoup de choses k rié.sirer; c'est-à-dire il y a quoique défaut, Imaucoup de défauts, jj 8° Absolument. L'homme désire sans cesse. Lorsqu'on désire, on se rend à discrétion à celui de qui on e.spère, la bhuy. xi. La vie est courte et ennuyeuse, elle se passe toute à désirer, 10. ib. L'ftme se lassera enfin de désirer, et elle tombera dans une sorte d'inaction, bonnet. Est. aruilyt. dmc, ch. 47. Il 8» Souhaiter. Je vous désire toutes sortes de prospérités. Il est à désirer qu'il réussisse. Je vous désire tout ce que je vois de beau, voit. Lett. (28. C'est le bien qu'à tous deux Polyeucte désire, cobn. Polyeucte, iv, 4. jj 4* Convoiter. Vous ne désirerez point la femme de votre prochain, ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son breuf, ni son flne, ni aucune chose qui lui appartienne, saci, Bible, Deutirort. V, 21. C'est un vilain amant qu'un homme qui vous désire plus qu'il no vous aime, Marivaux, Marianne, impart. Il 6* Se désirer, ». réfl. Avoir du désir l'un pour l'autre. Ces deux personnes se désirent sans cesse. || Être désiré. De tels biens se désirent justement.
— REM. 1. Désirer avec que gouverne le subjonctif; je désire que vous parliez. || 2. L'Académie essaye d'établir une distinction entre désirer suivi d'un infinitif avec ou sans de, disant qu'avec de cela exprime un désir dont l'accompli.ssement est incertain, éloigné, difficile : il désire de réussir; et sans de un désir dont l'accomplissement est prochain, facile, dépendant de la volonté: il désire vous parler. Mais l'usage réel ne fait aucune difT^Tence. Autrefois on disait aussi désirer à ; voy. l'historique.
— niST. XI' s. Sire Alexis, tans jurs t'ai desirret, St Alexis, xcv. Ententivement se purpensent cil qui les jugemens ont à faire, que si jugent com si désirent quant il dient : dimitte nobis débita nostra, Lois de Gxiill. 44. Comme il le vit, à ferir le [il] desire, Ch. de Roi. cxii, || xii* s, D'aler en l'aive [eau] estoit moût désirant, Konc. p. 400. La mort me vient, que tant ai désirée, ib. p. 475. J'aim et desir ce qui de moi n'a cure; LasI que en puis-je? Amor le me fait faire, Couci, p. 425. Et la chair vaincre et plagier Qui tousjours e.st de péché desirans, ouesnes. Romancero, p. 96. Deus ne li volt [voulut] encore duner le fruit desired de sun ventre, Rois, 2. Kar les tuens comandemenz je desirowe [désirais] , Liber psalm. p. 4 94. || xiii* s. Et arbrissel désirent qu'il fussent parfieuri, Iterte, l. Pour sa fille Bertain qu'el [elle] désire veoir, ib. Lxv. Pour ce que longuement [elle] vous avoit désirée, ib. Lxxxii. Requis avons ma dame de cuer très désirant, 16. cvii. [Qui les vît] Bien deïst que ce fust joie de desirier, ib. cxxix. Ce n'estoil pas merveille se on la [Berte] desiroit, ib. cxxxv. Et li rois Ferrans li remanda qu'il l'auroit volontiers, et moult en estoit desirans, Chron. de Rains, p. 76. Et s'il vient que li cas désire qu'elles soient mises en prison, beaum. 4). En tele manière qu'il soit seUr.s de le [la] partie d'avoir son salaire, selonc ce que le [la] jornée désire, id. v, 4 9. i| xv* s. Si venoient souvent les compagnons qui desiroient les armes et leurs corps à avancer, oscarmoucher aux barrières, fhoiss. Il, II, 3. Pour combattre aux Escots qu'ils desiroient moult à trouver, id, i, 4, »8. La connoissance en vint au gentil comte Guy de Blois, comment Bretons, Bourguignons et autres gens qui ne desiroient que pillage, menaçoient le bon pays de Hainaut, id, 11, u, 4o(. [Lo roi d'Angletene en débarquant en Normandie tombe; ses chevaliers l'engagent à différer son débarquement] Pourquoi [répond le roi]? mais est un très bon signe pour moi , car la terre me désire, ID. 1, i, a«6. Nul ne desiroit plus de combattre, coHH. I, 4. 11 desiroit à la prendre d'assault, iD. III, 40. Il XVI* s. Sans point de faute un bien fort retiré Est d'un chascun beaucoup plus désiré, ST- GEL. 204. Je ne vous en diray plus pour ceste heure, sinon que je prie nostre seigneur vous donner l'aise que vous désire vostre etc. maho. Lett. 2. Madame m'a dict qu'elle de.sire merveilleusement à vous voir en ce lieu, id. tb. 44. C'est une vertu et suffisance qui ne laisse rien à désirer de soy, m. m, 494. Secourans l'un l'autre au besoin, de nos vies et moiens, comme l'occasion le désirera, en toutte diligence et promptitude, d'aub Ilist. u, 22s. Hz crioient qu'ilz ne vouloient la guerre qu'aux Romains, et au demourant desiroient d'eslre amis de tout le monde, amyot, Com. 30. Nous ne sommes pas tousjours incitez à désirer faire ce que nous trouvons bien fait, ID. Péric. 4. Ayant nouvelles que Antigonus estoit mort , de maniera que les affaires le desiroient et l'appelloient, id. Agit, et Cléom. 67.
Et l'homme mort est bienheureux: Heureux qui plus rien ne désire, bons. 471. Mais de quoy sert le désirer. Sinon pour l'homme martirer? Le desir n'est rien que martire, ID. ib. Cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire, LEROUX de linct, j'ror. 1. 11, p. I76. Ne prends pas tout ce que tu désires, id. ib. p. 354,
— ETYM. Provenç. detirar; catal. desiijar; espagn. desear; porlug. desejar; ital. drtiare; du latin detidirare.
t DfiSIRECR (dé-zi-reur), t. m. Néologisme, Celui qui désire. Caligula et Néron, ces grands chercheurs de trésors, ces désireursderimpossihle,ALEX.