OUN
oim
La graphie an représentera toujours ici le son AN
— in — — IN
— on — — ON etc.
Le son B comme dans bas sera représenté ici par
— ç — ça, ce, si —
— CH — chat —
— D — du —
— F — fat
— G — gare —
— J — jet —
— K — képi —
— L — lait —
— M — mal —
— N — nu —
— P — plus —
— R — rat —
— T — tuer —
— V — val —
— Z — zèbre —
La graphie b représentera toujours ici le son B — bas
ch d f
gr
ç devant a, o, u;
; ou, au
i; eu
L la fin de la
syllabe
ch
- bas
- ça, ce, si
CH
— chat
-du
— fat
— gare
— jet
— képi
— lait
— mal
— nu
— plus
— rat
— tuer
— val
— zèbre
Tous les groupes de sons (1) sont ici représentés par un
(1). Nous disons « groupe de sons » et non « son » tout court, parce que le
A-ie DICTIONNAIRE
signe , et chacun de ces signes correspond à un seul groupe de sons.
Indiquons ce que notre notation peut avoir de particulier, et précisons un peu ce à quoi elle correspond.
Parmi les sons-voyelles nous distinguons les groupes de : a, é, è, i, o, u, ou, eu, e; an, in, on, un, oun.
Tous les sons que nous avons notés é ne sont pas identiques. C'est ainsi que (couime nous l'exposons dans le « traité de diction »), lorsque le son noté é traduit la graphie AI, ou El, ou E suivi de SS, il est É moyen, c'est-à-dire un é qui est entre l'é fermé typique et l'è ouvert typique, mais plus rapproché de Fé fermé. Ce son aurait dû être représenté par un signe E surmonté d'un accent vertical; mais, comme cela aurait constitué un caractère nouveau, nous avons employé à sa place le signe é, qui représente le son le plus voisin.
Le signe é représente encore un son é moyen , quand il y a dans la syllabe suivante deux voyelles qui se suivent (formant une diphtongue vraie ou approchée) , comme dans les mots : sérieux, antérieur, abréviation, etc.
Il est à remarquer que le signe é de notre notation, traduisant un son é fermé , correspond quelquefois à un signe e de l'orthographe ordinaire ou classique. En dehors des cas, partout indiqués, où le son correspondant à ce signe e est suivi d'un son-consonne dans la même syllabe (comme dans espace-ès pa ce) , et de ceux où il s'agit d'une terminaison en eterie (comme dans : mousqueterie , briqueterie, etc.), il faut citer le cas d'un certain nombre de mots comme : coreligionnaire, credo, recepage, revision, tétine, à posteriori, etc. , qui ne se rangent pas dans un groupe homogène.
Le signe è ne correspond pas toujours au même son è ouvert. Le son représenté est tantôt plus, tant moins ouvert. Il est moins ouvert que l'è ouvert typique , quand il traduit la graphie é, comme dans médecin, par exemple. Il l'est encore dans le cas des finales en AI, AID, AIE, AIX, AY, AYS.
Le son è est ouvert sans exagération dans les monosyllabes : mes, tes, ses, les, des , ces, tu es, il est.
même signe peut être affecté à plusieurs sons d'un même groupe, particulièrement quand il s'agit des voyelles. Les sons-voyelles sont représentés par un signe qui correspond à tout le groupe des sons analogues. Le signe a, par exemple, correspond aux sons A ouvert et A fermé, A long et A bref; de même pour les signes : é, c, i, o, u, ou, eu, e et les sons correspondants.
Le signe e de notre notation ne correspond pas à un son d'une valeur toujours identique. Ce son — nommé e muet — est quelquefois peu perceptible, d'autres fois plus facilement perceptible. Gomme la manière dont il doit être accentué dépend plus de la fonction de la syllabe ou du mot qui le contient que de sa propre position dans le mot, nous ne pouvions ici — où la prononciation des éléments du mot est indiquée dans le mot d'après la position que chacun y occupe — nous ne pouvions , disons-nous , faire disparaître pour ainsi dire ce son en le notant au moyen d'une simple apostrophe. Ce son, dit de e muet, est plus ou moins faible, quelquefois très faible, mais toujours sensible : même dans les cas où il est en principe très faible, il peut devenir exceptionnellement fort, par suite de la position du mot dans la phrase ou de l'importance du sens de ce mot dans une phrase donnée. Si ce son e est représenté par une apostrophe , comment le lecteur peut-il être conduit à le prononcer éventuellement, quand l'apostrophe n'entre dans aucune classification des voyelles? Pour éviter toute erreur, il suffit de savoir que le signe e correspond en principe à un son faible, qui ne devient qu'exceptionnellement assez fort.
Le son oii^ comme dans fou^ est un son simple. Dans un alphabet phonétique il devrait y avoir un seul signe pour l'écrire (par exemple un o barré) , et un signe qui lui soit propre , tandis que ce son s'écrit ordinairement en empruntant à d'autres sons, 0 et u, les caractères qui leur appartiennent. Dans notre écriture, ou représentera toujours le son simple ou, et le son simple sera toujours représenté par le signe ou : pour distinguer cette graphie de celle des deux sons o et u se suivant, le son ou simple sera représenté en caractères italiques , tandis que les sons o et u se suivant seront représentés par les caractères romains o u.
Le son eu, comme dsinspeu, est un son simple (que l'on représente d'ailleurs quelquefois dans l'écriture ordinaire, quand il est faible, par le signe simple e). Nous emploierons pour traduire le son simple eu le signe eu, quand il est fort, et le signe e quand il est faible. Nous écrivons ce groupe eu avec des caractères italiques, afin qu'on ne puisse confondre cette représentation avec celle qu'on pourrait avoir accidentellement à faire des sons e et u se suivant.
Les sons-voyelles eu fort et eu faible seront toujours repré-
sentes par les signes eu et e; et les signes eu et e représenteront toujours les sons eu fort et eu faible ou muet.
Le signe Y, sans aucune utilité pour l'écriture, puisqu'il fait double emploi, tantôt avec un i, tantôt avec deux i, est exclu de notre notation.
Le son an (a ouvert nasalisé), comme dans pan, est un son complexe , il est vrai , mais formé par la superposition de deux éléments sonores et non par leur succession. C'est à tort qu'on le note au moyen des deux signes a et n se suivant : rigoureusement, on devrait l'écrire a surmonté d'un tilde, signe de la nasalisation. Pour montrer que le son an ne doit pas se prononcer comme la succession des deux sons a et n, nous écrivons an, en caractères italiques, le son a nasalisé, tandis que nous écrirons a n , en caractères romains , les sons a et n se suivant.
Le son in (è ouvert nasalisé), comme dans fin, est formé par la superposition de la nasalisation au son è ouvert. Rigoureusement on devrait l'écrire è surmonté d'un tilde. Nous l'écrirons in, pour nous conformer à l'orthographe courante; mais, afin d'éviter toute confusion avec le cas des sons i et n se suivant, nous le noterons en caractères italiques.
Le son on (o ouvert nasalisé), comme dans ton, est formé par la superposition de la nasalisation au son o ouvert. Rigoureusement on devrait l'écrire o surmonté d'un tilde. Nous l'écrirons on, mais en caractères italiques, afin qu'on ne puisse faire confusion avec le cas des sons o et n se suivant, que nous noterons en caractères romains.
Le son un [eu ouvert nasalisé), comme dans chacun, est formé par la superposition de la nasalisation au son eu ouvert. Rigoureusement on devrait l'écrire e barré surmonté d'un tilde. Nous l'écrirons un, pour nous conformer à l'orthographe courante ; mais , afin d'éviter toute confusion avec le cas des sons u et n se suivant, nous le noterons en caractères italiques.
Le son oun [ou nasalisé), comme dans ayunlamiento, est formé par la superposition de la nasalisation au son ou. Rigoureusement on devrait l'écrire o barré surmonté d'un tilde. Nous l'écrirons oun, mais en caractères italiques, afin qu'on ne puisse faire confusion avec le cas des sons o, u, n se suivant ou des sons ou, n se suivant. Ce son, qui n'a pas été signalé, semble-t-il, parles auteurs dans notre langue, mérite à peine de l'être, à cause de son extrême rareté.
Quand deux sons-voyelles se suivent, ils se prononcent, ou bien sans temps d'arrêt intermédiaire apparent, ou bien avec temps d'arrêt intermédiaire apparent (1). Dans le premier cas, on dit que les deux voyelles forment diphtongue et appartiennent à une même syllabe; dans le second cas, on dit que les deux voyelles appartiennent à des syllabes distinctes.
Quand deux sons-voyelles forment diphtongue, l'un est accentué (généralement le second, comme dans fiacre), et l'autre demi -muet. C'est le premier son- voyelle qui porte l'accent d'intensité, quand il s'agit, à la fm du mot, de l'articulation dite de L mouillé (comme dans bail — bai) , qui fournit un son i demi-muet suivant une autre voyelle accentuée. Quand la syllabe dans laquelle se traduit le L mouillé est muette (comme dans paille — pa ie) , l'E muet ne peut pas prendre l'accent d'intensité : alors les deux sons de la diphtongue se trouvent avoir la même valeur, parce qu'ils sont tous les deux demi-muets. On peut dire que le son i qui est la représentation de L mouillé, a, dans la diphtongue dont il fait toujours partie, une valeur sonore inférieure, ou tout au plus égale, à celle de l'autre voyelle.
Parmi les diphtongues, il en est une, assez fréquente dans notre langue , que l'orthographe ordinaire note oi, comme dans foi. Elle fait entendre un phonisme intermédiaire entre oa et owa : généralement c'est plutôt oa que l'on entend; dans quelques mots la tendance vers owa est plus accentuée qu'on ne le perçoit dans le cas général. Nous avons toujours noté oa cette diphtongue écrite oi.
Quand deux voyelles se suivent, elles ne se trouvent pas nécessairement dans l'une des deux situations nettes que nous venons de signaler : elles peuvent être dans une situation intermédiaire, indécise, telle que, sans appartenir d'une façon nette à des syllabes distinctes, elles ne forment pas non plus avec netteté une diphtongue. Le trait d'union (dont nous parlerons plus loin) que nous avons placé parfois entre deux voyelles indique cet état particulier.
Si deux sons-voyelles peuvent se trouver dans une même
(1). Si l'on voulait pousser plus loin la rigueur de l'étude phonétique, on devrait dire plutôt « apparence de temps d'arrêt» que « temps d'arrêt apparent »; car, s'il y a une apparence réelle de temps d'arrêt, cette apparence est fournie plutôt [)ar l'accentuation spéciale de cette suite de voyelles que par l'arrêt de la voix opéré entre elles dans la prononciation.
syllabe, il arrive aussi, mais rarement, que trois sons-voyelles appartiennent à la même syllabe : on dit qu'ils forment une triphtongue. Le cas se présente pour quelques mots comme: agenouilloi)% bouilloire, cueilloir, plioir, lailloir, etc. y où la graphie de L mouillé est suivie de oi. On a alors la triphtongue ioa (bouilloire — hou ioa re) , dans laquelle le son a est le plus accentué.
Pour ce qui concerne les consonnes, nous n'aurons qu'un petit nombre d'observations à faire.
De môme que tous les signes é ne correspondent pas à un son identique, ni tous les signes-voyelles è, a, etc., tous les signes-consonnes b, d, etc., ne correspondent pas à un son identique. En particulier, les signes-consonnes z et g devant m ou n (comme dans fatalisme, drachme, technique) représentent, dans notre notation, une consonne douce qui tend vers la consonne dure correspondante.
Nous avons exclu de notre notation les signes : H, PH, Q, W, X, qui sont inutiles, qui n'ont pas de son propre, dont le son peut toujours être indiqué par un autre signe dont la prononciation est invariable.
Rigoureusement nous aurions dû supprimer les signes G et S, qui font triple emploi avec le signe ç, quand il s'agit de représenter le son ç (comme dans ça). Nous ne l'avons pas fait, afin de ne pas choquer trop l'œil de ceux qui ne sont pas habitués à notre écriture : nous pensons qu'il faut parfois, dans un livre comme celui-ci, se départir un peu de la rigueur scientifique, si l'on veut être 'consulté plus souvent, et par là être plus utile. Nous ne l'avons pas fait, encore pour une autre raison : en effet, des trois signes principaux ç, G, S, concurremment employés dans l'écriture ordinaire pour représenter le son ç, si le signe ç est le plus logique — puisqu'il n'a jamais que le son ç —, il est le plus incommode à écrire, à cause de sa cédille. Si donc on devait un jour adopter dans l'écriture courante un seul signe pour représenter le son ç, il faudrait prendre — parce qu'alors il n'y aurait plus de confusion possible — ou G ou S, et non ç. Si nous employions ici exclusivement le signe ç, nous contribuerions à mettre en circulation une monnaie qui pourrait bientôt n'avoir plus cours.
Pour l'emploi de ces trois signes ç, G, S — représentant un môme son ç — , nous nous sommes réglé sur l'usage ordinaire.
Nous avons mis généralement ç devant a, o, u; c devant e, i; s à la fin des syllabes.
Le son CH est un son simple, et non la succession de deux articulations , comme pourrait le faire croire l'écriture ordinaire. Rigoureusement il faudrait Técrire avec un seul signe, c barré, par exemple. Pour qu'il n'y ait pas de confusion possible, nous noterons le soncli en caractères italiques, comme nous le faisons pour les voyelles : ou, eu, an, in, on, un, oun. Le son simple ch, comme dans cheval, est le son dur qui a pour correspondant le son doux j.
Dans notre notation, le signe g représente toujours le son dit de g dur (comme dans galère) , et jamais le son doux j , comme dans pigeon. Nous ne saurions trop insister sur cette remarque, qui a pour but de prévenir toute erreur. Comme d'après la prononciation courante le signe g se prononce doux, comme j, quand il est suivi de e ou i, certains auteurs ont cru devoir dans leur notation, quand ils ont voulu marquer pour le signe g le son dur, le faire suivre soit de h (gh), soit de u (gu). Gela nous a paru constituer une exception insuffisamment justifiée à la règle qui veut que tout son simple soit représenté par un signe simple.
On peut remarquer que nous n'avons réservé aucun signe pour la représentation du son dit de L mouillé (généralement noté 1 barré par les phonéticiens) , ni pour celle du son dit de N mouillé (généralement noté n tilde par les phonéticiens). C'est que L mouillé et N mouillé ne sont pas, dans le parler actuel de l'Ile-de-France, des sons réellement distincts de tous les autres.
Là où l'on dit que le son de L est mouillé, l'oreille ne perçoit rien autre que le son i faible ou demi-muet formant diphtongue avec une autre voyelle , qui est acccentuée (à moins qu'elle ne soit un e muet) (1). Nous avons noté i le son i qu'on entend dans le cas dit de L mouillé.
Ce son dit de L mouillé correspond :
tantôt au signe L (comme dans babil — ba bii),
tantôt au signe IL (comme dans travail — travai),
(1). Liltré dit que celte prononciation est défectueuse : pour nous, nous ne recherciions pas si telle prononciation correspond ou non à un idéal que nous nous serions formé d'avance, mais seulement si telle est la prononciation française actuelle, c'est-à-dire usitée actuellement dans la bonne société de Paris. Nous ne prétendons faire ici que de l'observation.
tantôt au signe LL (comme dans famille — fa mi ie),
tantôt au signe ILL (comme dans tailler — ta ié).
Dans les cas oi^i Ton dit que le son de N est mouillé , l'oreille perçoit la suite de sons NI, dans laquelle le I, très faible, forme diphtongue avec la voyelle qui suit toujours. Ce son dit de N mouillé se présente dans un certain nombre de cas oia l'orthographe ordinaire écrit le signe GN. Nous avons noté ni la suite de sons n, i qu'on entend alors.
Le son N mouillé typique est en réalité différent du son N yod (N -|- i très faible), comme le montre l'emploi du palais artificiel (qui garde la trace de la langue aux points sur lesquels elle appuie) et même l'étude du son produit faite attentivement par une oreille exercée. Si nous notons NI le son dit de N mouillé, ce n'est pas parce que nous confondons les deux sons, mais parce qu'il nous semble que, dans la majorité des cas (mais non dans tous les cas) , le N mouillé typique a disparu de la prononciation et est remplacé par N yod. Nous nous conformons ainsi à notre programme , qui est d'indiquer, non pas ce qu'on devrait faire, mais ce qu'on fait actuellement dans la bonne société de Paris.
L'opinion qu^ nous exprimons ici, sur le remplacement de N mouillé typique par N yod, est contestable ; elle est d'ailleurs contestée. L'observation pure ne peut suffire pour vider cette question délicate : il faut employer l'expérimentation instrumentale et la faire porter sur un très grand nombre de sujets.
D'ailleurs, au point de vue pratique, qui est celui qui nous préoccupe surtout ici, la différence entre les deux articulations (N mouillé typique et N yod) est assez peu sensible pour qu'on puisse sans choquer l'oreille employer l'une pour l'autre.
Il nous a semblé pourtant que dans un cas la prononciation dite de N mouillé se rapprochait assez du N mouillé typique : c'est quand il s'agit de traduire la syllabe GNI, (que nous notons nii pour la prononciation) comme dans mafjnifique. Il nous a semblé que la langue, au lieu de n'appuyer que sa pointe contre les dents supérieures — comme elle le fait pour l'articulation de N — , appuyait une surface plus grande de sa partie antérieure. Le sujet perçoit une différence entre l'articulation de ce N mouillé et celle de NI, mais la différence perçue est plutôt dans le mouvement musculaire et le toucher lingual que dans le son produit, où elle est peu sensible.
Nous avons noté i, u, ou, les sons nommés par les phonéticiens i consonne, u consonne, ou consonne, qui ne sont pour l'oreille pas autre chose que les sons i , u , ow appartenant à une diphtongue, dans laquelle ils jouent d'ordinaire le rôle de première voyelle, et où ils sont, par conséquent, très brefs et très peu accentués.
Dans les cas où le signe composé GH est dans l'écriture ordinaire suivi de M ou N, tandis qu'on le note généralement pour la prononciation R (comme dans drachme), nous l'avons noté G, parce que c'est en effet cette prononciation que nous avons observée. L'erreur est là explicable, car si le son qu'on entend est plutôt un son doux G, il n'est pas — dans la série des G — tellement éloigné du son dur K qu'on ne puisse s'y tromper quelquefois, surtout quand il s'agit du signe CH suivi de N (comme dans technique). Dans ce dernier cas, nous avons alors noté entre parenthèses , comme prononciation secondaire, le son K.
Nous observons là un cas particulier de la règle générale qui dit que, lorsque deux sons-consonnes se suivent, le second détermine la force du premier, qu'il fait semblable à la sienne. Si le second est doux (comme ici M ou N) , le premier est doux aussi (K devient G); s'il est dur, le premier est dur aussi.
Nous avons conformé notre notation à cette prononciation observée.
Nous avons noté il le pronom il. En effet , devant une voyelle il se prononce toujours ainsi , et devant une consonne généralement aussi. Cependant dans un certain nombre de cas, dans la conversation familière, il se prononce i devant une consonne. Cette prononciation secondaire, qui a été notée par les auteurs depuis longtemps, ne nous semble pas devoir devenir plus fréquente par la suite , en particulier pour cette raison que l'influence de l'écriture sur la prononciation tend à se faire sentir de plus en plus.
Dans notre notation nous avons employé des signes qui ne sont pas des lettres, et dont il s'agit d'indiquer la signification et de fixer la valeur.
Le trait d'union (-) a été placé quelquefois entre deux voyelles. Ce signe indique que les deux voyelles unies ainsi sont moins liées que dans une vraie diphtongue, et le sont plus cependant que si elles appartenaient à deux syllabes différen-
tes. Il semble à priori, quand on veut trouver de l'absolu partout, que, lorsque deux voyelles se suivent, ou bien elles appartiennent nettement à la même syllabe , ou nettement à des syllabes distinctes. 11 n'en est rien. Entre ces deux positions nettes, il est un certain nombre de positions intermédiaires, de passage, qu'on est obligé de noter, quand on veut faire de l'observation et non de la fantaisie, quand on veut, non imaginer des systèmes sur lesquels on tâchera de forcer la nature à se modeler, mais simplement observer ce qui se passe dans la nature.
En règle générale, le trait d'union indique ici que les voyelles unies tendent plutôt à former une vraie diphtongue qu'à appartenir à des syllabes séparées.
Il est un cas oii le trait d'union semble correspondre à la notation de voyelles appartenant à des syllabes séparées. C'est celui des mots terminés en TRIER, par exemple (et en général des terminaisons où deux sons-voyelles, comme I, É, étant précédés d'une consonne liquide, L ou R, cette liquide est elle-même précédée d'une autre consonne T, D, G, etc.). La plupart des auteurs actuels notent en effet dans cette terminaison deux syllabes séparées TRI, É, là où nous notons tri-é en une syllabe (voisine, il est vrai, de deux syllabes), là aussi où les anciens auteurs notaient une seule syllabe, parce que cette prononciation paraissait correspondre à l'usage de leur temps. Il nous semble que, en dehors de la demi-séparation réelle des deux voyelles , ce qui est apparu de nouveau pour ces terminaisons dans la prononciation de notre temps, et qui nous fait indiquer la notation tri-é , c'est une séparation entre le T et le R ; si la terminaison TRIER semble comprendre plusieurs syllabes, ce n'est pas tant parce qu'il y a une vraie séparation entre I et É , que parce qu'il y en a une supplémentaire (une demi-séparation) entre T et R. Rigoureusement nous aurions dû noter cette prononciation te-ri-é, ou mieux t'ri-é, avec une demi-séparation entre i et é et une demi- séparation, permettant d'entendre un e très faible, entre t et r (comme dans meurtrier = meuv te-ri-é = meur t'ri-é).
Dans notre notation^ la parenthèse a été utilisée quelquefois. Elle indique, pour la prononciation de la syllabe ou du mot, une forme secondaire, moins usitée que la première mais employée cependant par une minorité importante. Dans quelques
cas , on peut voir cette minorité grossir et tendre à devenir la majorité.
Dans certains cas, la parenthèse indique, non pas que la forme contenue est celle qu'emploie une minorité importante de personnes, mais que chez la généralité des personnes qui prononcent le mot suivant la première forme (celle qui est en dehors de la parenthèse), il y a une tendance vers la seconde forme (celle qui est dans la parenthèse) , comme on l'observe pour les mots cerf, poitrine, poitrail, etc. ; cette tendance est telle que parfois, exceptionnellement, pour les besoins de l'expression ou pour quelque autre cause, la deuxième forme est nettement employée.
Quand le même mot ne se prononce pas toujours de la même manière, la forme entre parenthèses indique la prononciation la moins fréquente des deux notées. Ainsi le mot « donc » se prononce généralement « don » ; cependant , quand il est mot de valeur, quand il semble formera lui seul une proposition, ou une phrase, résumer pour ainsi dire ou poser nettement une conclusion, il se prononce « do?îk ». Nous avons noté ainsi : donc — àon [àonk, quand est mot de valeur).
L'astérisque * placé devant un mot indique qu'il faut prononcer celui-ci comme s'il commençait par une H dite aspirée, c'est-à-dire qu'il faut alors s'interdire la liaison éventuelle de la première voyelle du mot avec la consonne terminale du mot qui précède.
Ce signe * est placé presque exclusivement devant des mots commençant par un signe H : on dit alors que l'H est aspirée. Mais il est placé aussi devant quelques autres mots, où sa fonction est la même, comme : onze, onzième, oui, ouate, ouaté , uhlan, yacht, yatagan, yole, yucca.
Nous avons dit comment nous avons noté les sons de notre langue, comment nous avons attribué à chaque son un signe particulier (exceptionnellement plusieurs, dans le cas du son ç, qui a trois signes spéciaux ç, c, s pour le représenter) : il semble que chaque signe doive correspondre toujours au même son. Gela n'est vrai que dans une certaine mesure. En effet : 1° Tous les sons principaux de notre langue n'ont pas été représentés ; 2° toutes les nuances d'un même son principal n'ont pas été représentées.
1° Tous les sons principaux de notre langue n'ont pas été représentés.
Ainsi on peut saisir dans notre langue , quand on observe avec attention, un son particulier (employé exceptionnellement, il est vrai, mais dans quelques cas cependant). Il ne peut être noté en français, où on ne l'a pas signalé, que nous sachions; il ne semble pas pouvoir l'être non plus dans les autres langues, au moins dans les langues européennes. Il s'agit du premier son du mot tenaille (et des mots analogues) prononcé rapidement, quand on a l'intention de faire muet le premier E, en disant T'N AILLE ou TN AILLE. Dans ce cas , fa position de la langue , dans la bouche et contre les dents, et des lèvres, est la même pour l'articulation de T et l'articulation de N, qui sont toutes les deux des articulations linguo-dentales (seule la position du voile du palais diffère dans les deux cas). La position préparatoire de la bouche prise pour l'articulation du T pouvant servir pour le N , on a tendance à ne pas déranger cette position; tandis que pour articuler le ï correctement il faut, une fois la position préparatoire prise, éloigner la langue des dents pour produire l'explosion caractéristique , on ne l'éloigné pas , afin de n'avoir pas à reprendre immédiatement après, pour l'articulation du N, la position qu'on vient de quitter : l'explosion caractéristique du T ne peut alors être produite, et on la remplace par une autre. Le son que l'on fait entendre à la place de celui du T est ce son explosif nasal (que les alphabets ne notent pas) qui se produit quand , ayant la bouche fermée , on chasse brusquement une certaine quantité d'air par le nez; c'est le son que quelques personnes, qui semblent avoir le nez obstrué, produisent habituellement et par manie inconsciente.
Ce son remplaçant celui du T se présente , chez nombre de personnes, dans la conversation courante, quand il s'agit de prononcer le T ou D d'une syllabe muette (TE ou DE) suivie du son N ou même quelquefois du son M.
Un autre son, employé quelquefois en français, qu'on ne peut guère noter avec les caractères actuels, est le son employé par certaines personnes dans certains cas ou dans tous les cas où le son K est indiqué.
Ce son explosif est intermédiaire — objectivement, pour la position des organes d'articulation, et subjectivement, pour l'audition — entre le son dur T et le son dur CH. Cette consonne est unelinguo-palatale explosive dure, qui se prononce comme le T, avec cette différence que l'extrémité de la langue,
au lieu de se poser contre la face postérieure des dents supérieures (comme pour la prononciation du T), se place un peu en arrière contre le palais. Elle se prononce comme le CH, avec cette différence essentielle que le son est explosif au lieu d'être continu, c'est-à-dire que la position des organes — de la langue, en particulier —, au lieu de rester la même pendant toute la durée du son continu (comme pour le CH) , change aussitôt que le son est commencé , la langue s'éloignant du palais. Elle se prononce comme le K , avec cette différence que , au lieu d'être la partie médiane et postérieure de la langue qui s'applique contre le palais en arrière (comme pour le K) , c'est la partie antérieure de la langue seulement qui s'applique contre le palais et en avant.
Si l'on voulait à toute force noter avec les caractères actuels le son émis ainsi, la notation — inexacte, il est vrai, mais moins inexacte que toute autre — qu'on pourrait employer serait celle de la succession des deux sons T et CH se suivant très rapidement. Le son dont nous parlons est un son simple , c'est-à-dire n'est pas formé par la succession de deux sons , mais pour l'oreille la sensation que la succession rapide T, CH donne est presque semblable à celle du son indiqué.
Ce son est employé par quelques individus toutes les fois que le son K est indiqué, et par un certain nombre d'autres individus seulement quand le son indiqué K est représenté par les signes CU (comme dans cueillir) ou QU (comme dans queue).
Le son émis est voisin de celui qui correspond à la notation TI, quand le son 1 est la première voyelle brève d'une diphtongue, comme dans « queue », qui doit se dire keu, et que certains prononcent lieu.
2° Toutes les nuances d'un même son principal n'ont pas été représentées.
On remarquera, en effet, que nous n'avons donné que les indications principales. Nous avons indiqué quelles étaient les lettres (voyelles ou consonnes) qui se prononçaient, et le groupe auquel leur prononciation se rattachait : nous avons indiqué, par exemple, que tel signe se prononçait a et tel autre o, mais nous n'avons pas indiqué si c'était a fermé ou a ouvert, o fermé ouo ouvert. Pour les groupes de sons qui contiennent deux formes, la forme ouverte et la forme fermée, nous n'avons pas dit laquelle des deux formes il fallait em-
ployer. Les sons , en minorité , qui contiennent ces deux formes sont les voyelles orales: a, (é, è), o, ou y eu; nous n'avons marqué que le son était ouvert ou fermé que pour la voyelle (é, è). Nous n'avons pas non plus indiqué si le son était bref ou long. Plusieurs raisons nous ont fait adopter cette manière de faire.
Le présent dictionnaire est destiné à l'usage courant de tous ceux qui écrivent ou parlent le français : il doit donc donner les indications que le grand public est disposé à y chercher : noter la forme ouverte ou fermée des voyelles autres que é, è, cela aurait été compliquer, pour tous les lecteurs, la notation, tandis que seulement un petit nombre aurait été appelé à en tirer parti.
D'autre part, s'il n'y a guère de controverse possible sur les indications données ici, l'accord, qui parait à peu près complet en théorie, touchant les cas de prononciation ouverte ou fermée, longue ou brève des voyelles, ne semble pas l'être autant en pratique. Quelques points peuvent être controversés, et nous ne voulons pas donner dans ce livre, dont tous doivent pouvoir faire usage, des indications qui seraient contestées : nous ne voulons livrer ici que la partie de la prononciation qui est suffisamment élaborée pour qu'on puisse l'admettre telle quelle et immédiatement à Tassimilation.
Les indications que nous ne donnons pas ici , -concernant les voyelles ouvertes et fermées, longues et brèves, se trouvent, sous forme de règles, dans notre « traité de diction ».
D'ailleurs, si cela nous paraissait plus tard être le désir d'un assez grand nombre de personnes, d'avoir cette indication dans un dictionnaire de la prononciation, nous n'hésiterions pas à satisfaire à ce désir.
REMARQUES SUR LA PRONOxNCIATION ET SES TENDANCES
Nous avons dit quel était le but poursuivi dans ce travail , nous avons dit comment nous l'avons poursuivi , c'est-à-dire quelle méthode nous avons employée pour bien observer la prononciation; nous avons dit comment nous avons noté les particularités observées : il nous reste à exposer quelle? choses nous avons observées.
Nous ne pouvons examiner dans leur ensemble les règles et tendances de la prononciation. Ce travail, long, a été fait et consigné ailleurs , dans notre « traité de diction » , auquel nous renvoyons pour une étude plus complète. Néanmoins, quelques indications doivent être données ici , parce qu'elles sont à leur place, non seulement dans un traité de diction, mais aussi dans un dictiomiaire de la prononciation.
La langue française est une langue vivante : en vivant elle se transforme; sa transformation peut être suivie dans ses différents éléments, en particulier dans la prononciation. On pourrait peut-être dire , en principe , que dans un mot quelconque tous les éléments de la prononciation sont continuellement en voie de transformation (qui serait pour le plus grand nombre d'entre eux inflniment petite dans un temps court donné, dans une année, par exemple); mais on peut certainement affirmer que la transformation est sensible pour un certain nombre de mots.
Ces transformations reconnaissent diverses causes, signa lées par les linguistes. Nous ne dirons quelques mots ici que d'une seule de ces causes, qui prend à notre époque une importance qu'elle n'a jamais eue : nous voulons parler de l'influence de l'écriture sur la prononciation.
L'instruction se répand chez nous : à peu près tous les Français savent lire. Comme il y a une orthographe officielle, indiquée dans les dictionnaires, enseignée à tous, sévère-
ment sanctionnée dans les examens, comme les livres et les journaux l'emploient à l'exclusion de toute autre , on connaît assez bien la partie de la langue qui se rapporte à l'écriture; comme, d'ailleurs, on n'enseigne pas la prononciation, que les livres l'indiquent peu, pas, ou mal, et -'d principe la langue parlée et la langue écrite doivent se correspondre , quand on ne sait pas comment un mot doit se prononcer, on a tendance à le prononcer comme il est écrit. On a un point fixe, qui est l'orthographe du mot, et on y ramène, en le déformant, ce qui parait mobile ou mal fixé, la prononciation du mot (1). Si la règle est qu'il faut prononcer les mots comme ils s'écrivent, cette règle subit actuellement de nombreuses exceptions : ces exceptions tendent à disparaître, on tend à faire entrer tous les cas dans la règle. L'influence de récriture sur la prononciation se fait de plus en plus sentir : nous en voyons tous les jours les effets se produire sous nos yeux. Si l'on note la prononciation donnée comme habituelle par les livres du commencement du siècle (2), par exemple, et qu'on la compare à la prononciation actuelle des mêmes mots, on constate une marche dans un même sens, qui s'explique très bien par l'influence de l'écriture sur la prononciation, et qui ne semble pas pouvoir s'expliquer par les autres causes connues.
C'est ainsi que des lettres autrefois muettes dans le corps ou à la fin de certains mots sont aujourd'hui couramment prononcées, et d'autres lettres le sont déjà par quelques personnes et tendent à être prononcées par toutes. Les doubles lettres semblent devoir se prononcer de plus en plus. Des prononciations exceptionnelles de certaines voyelles ou consonnes tendent à disparaître, la prononciation devenant conforme à la règle. Par exemple.
Dans les mots suivants, des consonnes autrefois muettes se prononcent aujourd'hui ou tendent à se prononcer dans un avenir plus ou moins prochain.
(1). Si nous voulons éviter certaines déformations de notre langue parlée (la vraie langue, celle de tous les Français), réformons notre langue écrite, notre orthographe.
(2). Pour ce qui est de la prononciation antérieure à la nôtre, ne pouvant contrôler les dires des auteurs, nous sommes forcés de croire ceux-ci sur parole, — tout au moins quand ils se sont montrés bons observateurs sur les points qui peuvent être observés et vérifiés actuellement.
Le mot
prononcé d'abord se prononce aujourd'hui
mercredi
mé credi
mè /• credi
dot
do
do t
but
bu
bu t
granit
grani
grani t
gratuit
gratui
gratui t
district
distri
distri c
échecs (jeu)
éché
échè c
cep
ce
cèp
symptôme
sym tome
sym p tome
etc.
Pour d'autres mots , la déformation est moins avancée : la consonne d'abord muette n'est pas prononcée par la majorité de ceux qui prononcent bien, mais par une minorité qui
grandit.
Le mot
prononcé généralement
tend à se prononcer
encore aujourd'l)ui
dompteur
don teur
don p leur
amygdale
ami dale
ami g dale
signet
si net
si ^rnet^si ni et
cheptel
che tel
chè p tel
bœuf gras
beu gras
beu f gras
orang-outang
oran outan
oran g outan
cerf
cèr
cèr f
almanach
almana
almana c/i=almanak
ananas
anana
ananas
cric
cri
cri c
legs(l)
le
lèi/
etc.
Dans les mots suivants , des voyelles autrefois muettes se prononcent aujourd'hui ou tendent à se prononcer dans un avenir plus ou moins prochain.
Le mot
prononcé d'abord
douairière doua rière
souhaitable souha table
(et les mots analogues) (avec i muet)
gruyère etc.
gru ère
se prononce aujourd'hui
doua i(ai = é)rière souha * (ai=:é)table (avec i, ou son équivalent, sonore) gru y ère
(1). Le mot legs est actuellement prononcé par quelques personnes lég. Or, si on récrit legs, c'est parce que, au moment où on lui a donné cette ortho-
Pour d'autres mots, la déformation est moins avancée : la voyelle d'abord muette n'est pas prononcée par la majorité de ceux qui prononcent bien, mais par une minorité qui grandit.
Le mot
prononcé généralement encore aujourd'hui
tend à se prononcer
poignet
(et les mots analogues)
po gnet (avec i muet)
po * (oi=:oa) gnet (avec i, ou son équivalent , sonore)
empoigner
poitrail
(et les mots analogues)
empo gner po Irail (avec i muet)
empo i (oi=oa) gner po i (oi--=oa) Irail (avec i, ou son équivalent, sonore)
poireau etc.
po reau
po i (oi=oa) reau
Dans les mots suivants, des consonnes prononcées autrefois d'une manière se prononcent aujourd'hui d'une autre, ou tendent a se prononcer d'une autre manière dans un avenir plus ou moins prochain.
Le mot
prononcé autrefois
se prononce aujourd'liui
vermicelle
vermi ch elle
vermi c elle
violoncelle
violon ch elle
violon c elle
semoule
semou m e
semou l e
secret
se g ret
se c ret (k)
péril
péri l (1 mouillé)
péri l
gisant, gisons
gi ç ant, gi ç ons
gi ;:; ant, gi z ons
transi
Iran c i
Iran z i
etc.
Pour d'autres mots, la déformation est moins avancée : la consonne dont la prononciation exceptionnelle tend à se conformer à la règle générale n'est pas prononcée suivant la nouvelle manière par la majorité de ceux qui parlent bien , mais seulement par une minorité qui s'accroît.
graphe, on croyait qu'il venait de léguer, tandis qu'il vient de laisser. Ainsi, une étymologie erronée ou fausse, qui a fait insérer dans un mot une lettre (g), arrive à fausser la prononciation, en faisant prononcer cette lettre qui n'a aucun droit à se trouver écrite.
Fort heureusement les erreurs d'étymologie commises autrefois, — pour les mots : poids, forcené, remords, heureux, etc. — et qui ont influencé l'écriture, n'ont pas toujours agi sur la prononciation.
Le mot
second
épizootie
machiavélisme
reine-claude
etc.
tend à se prononcer
prononcé généralement encore aujourd'hui
se g ond épizoo t le machiavélisme reine g laude
se c ond (k) épizoo c ie ma k iavélisme reine c laude (k)
Dans les mots suivants, des voyelles prononcées autrefois d'une manière se prononcent aujourd'hui d'une autre , ou tendent à se prononcer d'une autre manière dans un avenir plus ou moins prochain.
Le mol
prononce autrefois
se prononce aujourd'hui
ou è te fou a fou a té
ou a ii} fou è fou é té
cr e [cYeu) çon
cr e çon
ouate
fouet
fouetter
cresson
etc.
Pour d'autres mots , la déformation est moins avancée : la voyelle dont la prononciation exceptionnelle tend à se conformer à la règle générale n'est pas prononcée suivant la nouvelle manière par la majorité de ceux qui parlent bien, mais seulement par une minorité qui s'accroît.
Le mot
prononcé généralement
tend
à se prononcer
encore aujourd'hui
hennir
h a nir
h en nir
moelle
mo a lie
mo è Ile
poêle
po a le
po è le
aiguiser
aig u iser
aig iser
faisons, faiseur
f esons, f e seur
f é sons, f é seur
gageure (1)
gage u re (gajure)
gag eu re (gajewre)
etc.
(1) Quelques personnes prononcent gajeure le mot écrit gageure. La faute en est à l'orthographe plutôt qu'à ces personnes.
Le mot gageure est formé du radical gag (qu'on retrouvé dans le substantif gage et le verbe gager, par exemple) et du suffixe ure. Si l'on avait accolé directe ment la désinence au radical, on aurait obtenu la graphie gagure, qui aurait correspondu à un son autre (du mot) que celui qu'on voulait traduire. Pour obtenir avec le signe g devant u le son continu doux j , on a placé entre g et u une sorte d'e euphonique, comme on l'a fait devant toutes les voyelles a, o (gagea, gageons, etc.) : il faut alors considérer, dans ces mots, ge comme un signe composé correspondant au son doux j, — ga (ge) ure = ga j ure. — Cette
C'est une règle générale, indiquée par Tobservation, que le sone accentué placé devant une syllabe sonore se prononce e moyen, plutôt fermé, quelle que soit la manière dont il est représenté. Cependant, quand on a lu dans certaines grammaires qu'en règle générale le son e représenté par é, ai ou ei doit être prononcé è ouvert (tandis que cela n'est vrai que pour le cas où ces graphies sont suivies d'une syllabe muette), on applique cette règle dite générale même aux cas où elle ne doit pas s'appliquer. C'est ainsi qu'on observe chez ceux qui portent attention à l'écriture , ceux qui ont une instruction plutôt littéraire que scientifique , une tendance très nette à prononcer avec un son è ouvert tous les signes ê , ai , ei , dans les mots : fêter, mêlons y abêtir, têtard, abaissons, j9ei?zer^ payer, etc. Or, ces signes, quand ils sont suivis d'une syllabe sonore, se prononcent correctement é fermé (e moyen plus près de é fermé que de è ouvert).
C'est par suite de l'influence de l'écriture sur la prononciation que les doubles lettres tendent de plus en plus à se prononcer. Dans les mots d'un usage courant les doubleslettres ne sont pas prononcées doubles par la majorité de ceux qui font la loi en la matière ; seuls les plus attentifs à l'écriture , les lettrés, les prononcent. Dans les mots dont l'usage n'est pas commun , qui sont écrits et prononcés à peu près exclusivement par les lettrés , les doubles lettres doivent être prononcées, parce qu'elles le sont par ceux qui se servent de ces mots. Par suite, on peut remarquer ce fait que, dans un groupe de mots de même famille , comme : littéraire , littéral , littéralement, etc. , ceux qui sont le plus employés ne font entendre qu'une consonne, quand celle-ci est redoublée, tandis que dans les mots d'un usage moins fréquent, on fait entendre les deux consonnes.
Quand la prononciation d'un mot passe d'une forme 1 à une forme 2 nettement différente, il y a entre elles, quand elles sont suffisamment éloignées, des formes de passage; il y a aussi, entre la période où l'on emploie la prononciation 1 et celle
ortliographe , quoiqu'explicable , est défectueuse, puisqu'elle prête à la confusion.
Il y aurait à dire la même chose pour les mots vergeure etmangeure. On doit d'autre part signaler cette anomalie, que, dans le mot mangeur, e appartient au signe eu et au son correspondant, tandis que dans mangeure, e appartient au signe composé ge et au son correspondant j.
de la prononciation 2, une période plus ou moins longue pendant laquelle la prononciation est douteuse : une partie de ceux que l'on considère comme prononçant bien prononce suivant la forme 1, l'autre partie suivant la forme 2. Dans les cas de prononciation indécise, nous avons indiqué les deuK prononciations usitées. En règle générale, c'est la prononciation qui nous parait être actuellement la plus employée des deux que nous avons donnée la première : c'est celle-là qu'il faut préférer.
La bonne prononciation d'un mot étant celle de la majorité des gens considérés comme prononçant bien, quand cette majorité n'est nettement, ni pour telle prononciation déterminée, ni pour telle autre, nous ne devons pas — • si nous voulons rester fidèle à la méthode d'observation — prendre trop fermement parti, en excluant l'une des formes.
Un des cas où l'incertitude pourrait être permise , c'est celui des mots étrangers naturalisés français ou en voie d'acquérir la naturalisation.
En effet, un mot du français actuel, comme redingote ^ qui est d'origine anglaise (riding-coat) , n'a pas été du jour au lendemain prononcé par tous les Français comme il l'est actuellement dans notre langue : il y a eu , entre le jour de la première introduction et le jour — imprécis — où la naturalisation du mot a été nette pour tous , un certain espace de temps pendant lequel les uns prononçaient le mot à l'anglaise , tandis que d'autres déformaient sa prononciation dans le sens de celle qui est actuellement acceptée en français. L'auteur qui aurait eu à noter la prononciation de ce mot pendant la période de transition indiquée aurait dû noter la prononciation anglaise et la prononciation déformée, devenue aujourd'hui française. Quand la majorité des individus prononçant bien a été nettement pour la prononciation française actuelle, on n'avait plus qu'une seule forme de prononciation à noter.
Le mot redingote est bien un mot naturalisé français à l'heure actuelle ; il l'est à tel point qu'il a perdu non seulement la prononciation anglaise , mais encore l'orthographe anglaise.
Nombre de mots venant de l'anglais — ou d'autres langues — sont naturalisés français, car ils sont employés couramment par nous , non seulement dans la conversation courante de chacun, mais encore dans les écrits des meilleurs auteurs. Ces mots, bien qu'ayant conservé l'orthographe étrangère,
doivent être prononcés à la française , parce que la majorité des Français prononçant bien les prononce ainsi. C'est pour cela que le mot budget sera prononcé budjè; rail sera prononcé rai (1) (avec 1 mouillé). Nous prononcerons rai le mot écrit rail, bien que la tendance à prononcer rèl à l'anglaise se fasse sentir chez uq certain nombre d'ingénieurs, depuis que les communications sont devenues plus fréquentes avec l'Angleterre et avec les industriels anglais. Le mot rail est un mot se rapportante l'industrie, mais qui est prononcé à l'occasion par tout le monde , et non exclusivement par les industriels : la prononciation des industriels ne peut faire loi ici. Yacht sera prononcé yak, et non yot (prononciation anglaise) , malgré la tendance des gens de sport, parce que ceux-ci ne forment pas la majorité des gens parlant bien et qui ont l'occasion de prononcer ce mot, d'un usage assez fréquent.
Le mot turf, au contraire, d'un usage moins commun, étant employé le plus souvent par des gens de sport, qui adoptent généralement la prononciation anglaise, ieurî, a droit à la notation de la prononciation anglaise mise à côté de la française.
Nous ne pouvons donner un plus grand nombre d'exemples de ces mots naturalisés ou en voie d'acquérir la naturalisation : on les trouvera à leur place alphabétique dans le cours du dictionnaire.
La naturalisation des mots étrangers nous amène à parler des noms propres. Le nom propre est en principe un nom qui, porté par une personne ou par un lieu géographique, est sujet à être prononcé par un petit nombre d'individus (il faut excepter cependant les prénoms). C'est la prononciation de ce petit nombre d'individus qui doit faire loi. S'il s'agit du nom d'une personne, par exemple, (qu'elle soit française ou étrangère) , on doit adopter pour sa prononciation celle qui est usitée dans la famille et dans le pays dont la personne est originaire. Comme ces noms ne sont pas à proprement parler des mots français, des mots contribuant à former l'ensemble de la langue française (même quand ces noms sont ceux de familles françaises ou de lieux situés en France), ils
(1) Dans notre notation, comme nous l'avons déjà exposé, chaque signe écrit représente un son : dans la notation rai les trois signes r, a, i sont prononcés séparément.
ne doivent pas nécessairement se trouver dans un dictionnaire de la prononciation des mots français. Comme, d'ailleurs, le nombre de ces mots serait indéfini, comme aussi la prononciation dans les lieux d'origine est insuffisamment connue (l'expérience personnelle jointe aux indications données dans les livres ne nous paraissant pas suffisante dans tous les cas) , nous nous dispenserons d'indiquer cette prononciation.
Nous dirons néanmoins qu'un certain nombre de noms de lieux étrangers — des capitales , en particulier — dont on a assez souvent à parler cbez nous doivent être considérés comme naturalisés. Pour ces mots, quand ils sont prononcés dans une phrase française , on doit adopter la prononciation française, même quand l'orthographe étrangère a été conservée. C'est ainsi que Berlin se prononcera en français bèrliîi (avec in voyelle nasale).
Ilestclairque Vienne, d'Autriche, dont l'orthographe étrangère a été changée, doit se prononcer viène, à la française, et non vin' , comme lorsqu'il est écrit WIEN, suivant l'orthographe allemande. De même Londres, qui a une orthographe française, se prononce à la française, et non comme lorsqu'il est écrit LONDON, suivant l'orthographe anglaise. De même pour Copenhague, Lisbonne, et nombre d'autres noms propres étrangers devenus d'un usage courant en France.
Certains ont tendance à prononcer de vraies diphtongues là où nous n'avons marqué le plus souvent que des demi-diphtongues, et par suite de cette tendance déforment le son de la première voyelle de la diphtongue. C'est ainsi qu'en prononçant UA en diphtongue dans le mot situation (et les mots analogues où Ù est suivi de A, en dehors des cas, étudiés partout, où il s'agit des graphies GUA ou QUA), ce n'est pas véritablement la diphtongue ua que l'oreille perçoit, mais owa.
De même, dans quelques cas où l'on prononce à tort en diphtongue l'O suivi d'une autre voyelle, le son de l'o est déformé , et devient ou. Ainsi , Noël est prononcé nowèl par ceux qui ont tendance à faire nombreuses les diphtongues.
De même, le son de l'u est quelquefois déformé, et devient eu, quand on veut le prononcer en diphtongue avec le sonvoyelle qui suit. Ainsi, dans la bouche de quelques-uns cruel devient krewèl, duel devient dewèl, tuer devient tewé, etc.
Quand , dans ces derniers mots et les mots analogues , la diphtongue est bien nette, on entend un eu consonne (qui n'a
pas encore été signalé, croyons-nous) analogue à l'i consonne, u consonne et ou consonne des phonéticiens. Cet ew consonne se rapproche , comme articulation , du v.
Une tendance , moins fréquente que les précédentes (plus fréquente cependant qu'on n'est d'abord porté à le croire), est celle des personnes qui prononcent le mot extraordinaire en faisant le premier a muet — extrordinaire — , et de celles qui prononcent le mot aujourd'hui comme s'il était écrit aujord'hui.
Certaines personnes, à Paris, prononcent encore à tort /% dansée Vai vu et autres expressions semblables, comme si le signe 1 était redoublé — je 1* lai vu — .
Nous avons déjà signalé en passant la tendance, (plutôt physiologique que psychologique), non particulière à quelques individus, mais générale, à faire toujours dure la consonne immédiatement suivie d'une consonne dure, et douce la consonne immédiatement suivie d'une consonne douce.
Cette tendance arrive quelquefois à déformer tout un mot, comme on l'observe pour le mot concevoir, par exemple , et les mots de constitution analogue. Quand on fait la seconde syllabe réellement muette (au lieu de la faire demi-muette), c et V se touchant, la seconde consonne, v, qui est douce fait prononcer douce la consonne précédente c, qui, au lieu du son dur ç, prend le son doux z. Quand la prononciation est rapide, la déformation va plus loin : elle atteint la première consonne du mot. La prononciation étant rapide, la première consonne du mot touche presque les deux autres c, v (prononcées z, v), et se laisse influencer par elles : au lieu du son dur k traduisant le signe c , on a alors le son doux g. Pour le mot entier on a ainsi la prononciation gonzevoir (gonz'voir), au lieu de koncevoir.