RÉFORME DE L'ORTHOGRAPHE FRANÇAISE
Étudier la correspondance plus ou moins exacte qu'il y a et peut y avoir entre l'écriture (orthographe) et la prononciation, c'est encore s'occuper dp. la nrononr.iation.
de la prononciation
Il est peu de questions telles qu'il soit permis à chacun, sans y rien connaître, de juger ce qu'en connaît celui qui parle. La réforme de l'orthographe est parmi les questions qui offrent cet avantage. Si vous entendez quelqu'un dire que la réforme de l'orthographe serait une mauvaise chose, vous pouvez affirmer qu'il n'a pas étudié le sujet. Non pas qu'il soit absolument impossible qu'une personne l'ayant étudié trouve la chose mauvaise (je crois même qu'il existe de telles gens), mais parce que le nombre de ces personnes est si petit que l'on a bien peu de chances de se tromper en n'en pas tenant compte.
Je puis exprimer ma pensée sur ce point avec d'autant plus de liberté que j'ai été moi-même, avant d'avoir étudié la question, du nombre des personnes tendanciellement hostiles à la réforme. J'avais alors un avis (on a presque toujours un avis sur les choses que l'on ne connaît pas !) , mais je me serais bien gardé de l'exprimer, n'ayant pas alors dans l'esprit les raisons qui, seules, peuvent permettre de porter un jugement.
Aujourd'hui, quand je cherche à me rendre compte de la
cause de ce préavis , je ne trouve pas d'autre raison que celleci : on m'avait dit au lycée « il faut écrire tel mot de telle manière , et tel autre mot de telle autre manière ». Et dans ce « il faut » je voyais comme une nécessité dérivant de la nature des choses : il fallait écrire ainsi, et il me semblait bien établi qu'il faudrait toujours écrire ainsi. Je suis revenu de cette idée de jeunesse.
Je donne maintenant à « il faut » un autre sens, et je dis seulement : « pour écrire selon l'orthographe actuellement adoptée , il faut écrire tel mot de telle manière ; et pour écrire selon une orthographe rationnelle , il faudra (ou il faut) écrire d'une autre manière ».
Je suis bien contraint d'avouer que cette raison qui , inconsciemment, déterminait mon jugement était une fort mauvaise raison.
Avant de traiter de \di Réforme de l'orthographe, il faut dire ce qu'on entend par là, afin que chacun puisse juger si, sous ce mot que bien des gens emploient, tous mettent la même idée, et afin que l'on puisse voir si c'est réellement là une chose nouvelle. Une des raisons inconscientes qui causent l'hostilité passive ou d'inertie de beaucoup de personnes est que ce serait là une nouveauté, et que toute nouveauté est mauvaise, puisqu'on a pu vivre sous le régime qui l'a précédée.
La Réforme de l'orthographe est-elle donc une chose nouvelle? J'ai sous les yeux le relevé des « changements orthographiques introduits dans le Dictionnaire de TAcadémie — édition de 1877 », qui contient environ 3.500 articles (1). Gela montre que l'Académie française, ayant à donner une édition de son Dictionnaire pour l'année 1877, a réformé l'orthographe de 3.500 mots contenus dans l'édition précédente, celle de 1835. Elle a donc en 42 ans fait porter la réforme sur 3.500 mots. Ceux qui se plaisent à accuser l'Académie française d'inertie et ceux qui, essentiellement conservateurs, croient pouvoir abriter leur inertie derrière la sienne, n'ont, semble-t-il, guère de raison de le faire. « Mais quedemandez-
(1) Dans un certain nombre d'articles, le changement orthographique ne se rapporte pas directement à une réforme à tendance phonétique de l'orthographe. Il en est ainsi, par exemple, quand l'orthographe nouvelle provient simplement de ce qu'un mot nouveau (sens, graphie et prononciation) est admis dans la langue.
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VOUS donc? — dira-t-on à ceux qui demandent quelque chose — Si l'Académie, fait elle-même la réforme de l'orthographe, il est inutile que d'autres s'en occupent ». Aussi n'est-ce pas la «Réforme de l'orthographe » que nous demandons, mais la « Réforme logique de l'orthographe », la réforme faite d'après un plan déterminé d'avance, et non d'après des règles spéciales que l'on apphque à quelques mots et non à d'autres, non la réforme que l'on applique à quelques-uns, pour la renverser quand il s'agit de certains autres mots.
J'accepte et j'énonce comme principe que, toute règle reconnue bonne doit être appliquée dans tous les cas, sauf quand l'exception peut être justifiée par une bonne raison en sa faveur (ce qui arrive rarement, mais peut arriver). Or, ce principe est loin d'être toujours mis en pratique, non parce qu'on est hostile à son application , mais parce qu'on oublie de l'appliquer.
Ainsi , l'Académie admet — ou semble admettre — comme principe qu'il faut représenter le son è ouvert par le signe è. En conséquence , dans la dernière édition de son Dictionnaire, elle change é en è dans les mots : affrètement , allège , arpège, avènement , barège , collège, dérèglement, ^'^^,9'^^ ^^9^j liège, manège, orfèvre , piège , privilège , sacrilège, sève, siège, solfège, sortilège y spicilège, stratège, tènement y j'abrège , etc.; ê en è, dans j^rèle; e en è dans soutènement; ë en è dans les mots : ciroène , poème , poète, troène, etc. — Mais, contrairement, pour traduire le son è ouvert, elle laisse subsister le signe é, dans les mots : blésement, événement , allègrement , réglementaire , réglementation, réglementer, etc., et dans la forme aimé-je et les formes semblables des verbes, et le signe e dans les mots : marqueterie, mous quêter ie , etc.
Elle admet comme règle que le son é fermé doit être représenté par le signe é (à moins qu'il n'y ait à sa suite , dans la même syllabe, un son- consonne). Elle applique cette règle aux mots : antéchrist (é au lieu de e) , alléluia (e) , duodénum (e) , éjoitomé (e) , fac-similé (e) , pélamide (e) , pépie (e) , pépin (e) , pétillant (e), pétillement (e), pétiller (e), etc.; goéland (é au lieu de ë) , goélette (ë) , goémon (ë) ; alénier (é au lieu de ê), tempétueux (ê) etc., — Mais, contrairement, pour traduire le son é fermé , elle change é ou è en e dans les mots : à posteriori (e au lieu de é), proscenium (é), revision (é); optime (è), etc. La règle ne s'applique pas non plus aux mots : credo, coreli-
gionnaire^ recepage^ tetin, tétine, teton,cœcum, etc. , qui conservent leur ancienne orthographe.
L'Académie admet comme règle — d'ailleurs peu défendable — que, lorsque le signe N devrait se présenter devant B, M ou P, il faudra le remplacer par M. Or, dans le mot embonpoint^ où le cas se présente deux fois, la règle est appliquée la première fois (em) et ne l'est pas la seconde (bon). Dans les mots : bonbon, bonbonnière, 7iéanmoins, etc., et dans les formes en înmes des verbes, la règle n'est pas appliquée.
Elle admet comme règle que, lorsqu'un signe est redoublé (ou fait double emploi) dans l'écriture , tandis qu'il n'est pas redoublé dans la prononciation, on doit dans l'écriture supprimer un des deux signes. Gomme conséquence, elle supprime la forme accoquiner, pour ne laisser subsister que la forme acoquiner. — Mais, tout près de là elle fait l'inverse : elle supprime la forme abéquer pour ne laisser subsister que la forme abecquer.
Elle supprime un L à cannelier, ficelier^ vermicelier , etc. — Par un renversement de la règle ^ elle en met deux à triqueballe, qui n'en avait qu'un. Elle laisse subsister les deux L dans les mots : aller, coller, balle ^ salle ^ etc.
Elle ôte un R à certains mots. — Par un procédé contraire, elle supprime les formes : attérir, attérage, etc., pour ne laisser subsister que les formes atterrir, atterrage, etc.
Elle ôte un T aux mots : baisoter, buvoter, gigoter^ aiguilletier, lunetier^ raquetier, etc., qui en avaient deux; elle préfère butée à buttée. — Contrairement, elle redouble le premier T dans empattement.
L'Académie admet que le signe I peut, pour traduire le son I, remplacer avantageusement le signe Y. En conséquence, elle exclut les formes : abyme , anévrysme , asyle , conchyte , syrop, stygmate, etc., pour ne laisser subsister que les formes : abîme , anévrisme, asile, conchite, sirop, stigmate, etc.; elle préfère cimaise à cymaise, liiémal à hyémal, strige à stryge, vétiver à vétyver. — Mais, contrairement, elle supprime la forme azime , pour ne conserver que la forme azyme; elle supprime amigdale, pour ne conserver que amygdale; elle supprime : cimbalaire, hippocras, juri, etc., pour ne conserver que : cymbalaire, hypocras, jury ; elle introduit la forme nouvelle aryen, à côté de la forme arien.
Quand la graphie G traduit le son K ou G dur, elle peut
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être avantageusement remplacée par l'un des signes G ou K. Aussi, l'Académie exclut-elle la forme asiarchat, pour la remplacer par la forme asiarcat; elle supprime la forme chiste, pour ne conserver que la forme kijste du même mot; à côté de la forme varech, elle signale la forme varec. — Mais, contrairement, à côté de la forme nouvelle tétrarcat, elle admet la forme nouvelle tétrarchat.
La graphie PH traduisant le son F peut être remplacée avantageusement par le signe F. Aussi, FAcadémie préfère-t-elle jt9am/(? à paraphe, joara/'e?- à parapher. — Mais, contrairement, elle préfère phlegmon à flegmon, phlegmoneux àflegmoneux.
La graphie RH, traduisant le son R, le signe H est là inutile. En conséquence , l'Académie exclut la forme cirrhe , pour ne conserver que la forme cirre. — Mais, à côté des formes : rabdomancie, rythme, rythmique, etc., elle admet encore les formes rhabdomancie ^ rliythme, rhythmique , etc.
La graphie TH, traduisant le son T (sauf dans le cas actuel de chrestomathie), le signe H est inutile. Aussi, l'Académie le supprime-t-elle dans les mots aphte (autrefois aphthe) , apophtegme , autochtone , diphtongue , exophtalmie , lagophtalmie, ophtalmie f phtisie^ phtisique, sclérophtalmie , triphtongue, X ér ophtalmie , etc. — Mais, contrairement, elle supprime la forme taler, subst., pour ne conserver que la forme thaler; et dans ichtyolithe, si elle a supprimé le H du premier TH (ty au lieu de thy), elle a conservé le second (the). Elle conserve en général le TH dans les mots où la graphie lith a le sens de pierre (Xi6oç).
L'Académie admet que le son Z peut être avantageusement représenté par le signe Z. En conséquence, elle préfère la forme sizain à la forme sixain. — Mais, contrairement, elle introduit dans la langue , à côté des formes anciennes alizé et alizier, les formes nouvelles alise et alisier, qu'elle préfère.
Ces quelques exemples suffisent pour montrer que la réformation ne se fait pas toujours suivant un plan nettement tracé d'avance, et que telle règle qui paraît rationnelle n'est pas toujours appliquée — ne l'est pas, par oubli, semble-t-il. — Comme on vient de le voir, celui qui voudrait appliquer, dans tous les cas , dans son écriture , la règle reconnue bonne par tous serait exposé à commettre, rien que de ce chef, un nombre assez important d'infractions à l'orthographe actuelle.
Ceux qui s'occupent de réformer et fixer pour un temps
l'orthographie devraient se conformer aux principes suivants et dire :
Si la règle est mauvaise y changeons-la ; si elle est bonne y appliquons-la.
Faisons des règles générales (qu'il sera relativement aisé de connaître), et non des règles particulières à un ou quelques mots, qui sont exceptés des règles générales sans que personne sache pourquoi, (règles particulières que l'on ne peut arriver à connaître dans leur totalité).
En dehors de la tendance à l'uniformisation de l'écriture, ceux qui parlent de Réforme de l'orthographe (Réforme logique de l'orthographe, devrait-on dire) en manifestent une autre, c'est la tendance à l'écriture phonétique. L'écriture phonétique serait celle qui aurait pour chaque son un signe déterminé, et pour chaque signe un son déterminé, où, par conséquent, il y aurait comme un parallélisme rigoureux ou une correspondance exacte entre l'écriture et la prononciation. Je me hâte de dire que c'est là un idéal que tous les partisans de la Réforme rationnelle de l'orthographe envisagent, mais que tous ne croient pas devoir viser immédiatement. Certains, dont je suis, veulent qu'on applique aujourd'hui avec modération ce principe — celui du phonétisme — , non parce qu'il serait en règle générale logiquement mauvais de l'appliquer, mais parce que son application complète faite d'un seul coup changerait trop pour quelque temps l'aspect de notre langue écrite, ce qui aurait quelques inconvénients pratiques. Si nous devons aller un jour jusqu'au phonétisme pur dans notre écriture de l'intérieur des mots (1), il convient au moins que nous fassions sagement le chemin par étapes convenablement réglées.
C'est ici — quand il s'agit du phonétisme — que les gens qui, sans avoir étudié la question, sont hostiles à la Réforme trouvent de quoi rire. « Comment, disent-ils, avec votre
(1) Bien que cela soit bon en principe à adopter comme règle, il ne faut pas cependant rejeter toute exception. Ce qu'il faut repousser, c'est l'exception qui ne se justifie par aucune bonne raison, celle qui n'a pour cause que l'oubli de la règle ou la fantaisie des auteurs. La clarté de la langue, en ellet, peut exiger, par exemple, — comme certains auteurs l'ont montré — que les formes grammaticales, qui affectent la lin des mots, soient conservées en principe. On gardera ces formes — dans lesquelles toutes les lettres ne sont pas prononcées —, mais on le fera seulement dans la mesure utile, et on tâchera de les unifier le plus possible.
système on écrira comme on parle! Mais alors, l'auvergnat écrira c/îabre le mot sabre , puisqu'il le prononce ainsi , le provençal écrira can'deur (ou quelque chose d'approchant) le mot candeur et peidi le mot petit, etc. (d). »
La réponse se trouve dans une simple remarque. Jamais personne n'a soutenu que on doive écrire comme on prononce, mais au contraire que on doit écrire le français comme ceux qui prononcent bien le français le prononcent (Î2). Quand on prononce mal, il est absolument interdit d'écrire comme on prononce. S'il en était autrement, celui qui voudrait pousser la plaisanterie plus loin pourrait dire que , de même que l'auvergnat écrira clmhre le mot sabre , l'Anglais écrirait nécheun le mot nation; on pourrait même aller jusqu'à dire, en entrant d'un degré de plus dans la fantaisie , que l'Allemand écrirait pferd le mot cheval, et ainsi de suite. La prétendue objection — à la Réforme orthographique — dont nous parlons ici n'est bonne qu'à amuser un moment celui qui la présente : le sérieux lui manque.
Les réformateurs demandent que les Français écrivent leur langue comme ils la prononcent, quand ils prononcent bien, et non qu'ils l'écrivent comme la prononcent ceux qui la prononcent mal : Auvergnats, Anglais ou autres. D'ailleurs, nous ne nous occupons pas ici de l'écriture de la langue anglaise ou de l'auvergnat, mais exclusivement de l'écriture de la langue française; c/iabre et nécheun ne sont pas des mots français : laissons-les à leur langue et passons.
Cette tendance au phonétisme est-elle d'apparition ou d'invention récente? doit-on la mettre à l'actif de ceux qui prêchent la Réforme rationnelle de l'orthographe? Pas le moins du monde. Depuis sa fondation, l'Académie française applique le principe (3) — dans une mesure qui varie avec l'édition
(1) L'auvergnat el le provençal insuffisamment instruits ne sont pas seuls à avoir une prononciation défectueuse. Les Français de toutes les régions de la France — le parisien , quand il n'appartient pas au groupe pris comme sujet d'observation — ont tous, plus ou moins, dans leur prononciation quelque chose qui est à reprendre.
(2) Comment ceux qui prononcent bien le français le prononcent, le « dictionnaire de la prononciation française » et le « traité de diction » l'indiquent.
(3) L'écriture française est phonographique , et non idéographique : elle a pour but de représenter des sons. Toute écriture phonograpliique est nécesrairement à tendance phonétique. Même quand l'écriture fait à l'étymologisme la part la plus grande possible — comme dans la première édition (1694) du (Mctionnaire de l'Académie —, la part du phonétisme est plus grande encore.
de son Dictionnaire qui est considérée — ; mais elle l'a appliqué avec une timidité trop grande , et sans suivre toujours un plan bien déterminé. Nous demandons moins de timidité — tout en rejetant la témérité — et un plan.
Je suis de ceux qui repoussent avec énergie le principe d'autorité dans la science : je ne crois pas qu'il suffise, pour défendre une idée, d'invoquer l'autorité de gens savants qui l'admettent ou le consentement universel (ce consentement universel qui, par exemple, avant Copernic était contraire à l'idée du mouvement de la terre autour du soleil, — ce qui, d'ailleurs, ne gênait en rien ce mouvement et n'empêchait pas l'idée de Copernic d'être juste). Je ne crois pas qu'il suffise d'invoquer l'autorité des gens compétents, et que cela dispense de donner les raisons qui militent en faveur d'une thèse : je dis seulement que la thèse ou Fopinion adoptée par l'unanimité (ou la presque unanimité) des gens compétents mérite de retenir l'attention. Cette opinion n'est pas de celles dont peut avoir raison le mépris ou le simple sourire.
Or, la Réforme rationnelle de l'orthographe a pour elle le monde universitaire : les membres de l'Université, qui ne passent pas pour être des révolutionnaires, demandent que l'orthographe soit rationnellement réformée. Ceux d'entre eux qui ont eu à donner un avis sur ce point l'ont exprimé nettement, et ils ont, en outre, donné, dans des brochures et des livres , les raisons qui le motivaient. La littérature du sujet est déjà abondante, bien que la phase vraiment active de la propagande pour la Réforme ne date guère que d'une dizaine d'années. Linguistes, philologues, professeurs s'accordent à dire qu'il faut réformer, parce qu'ils ont pu constater, dans le cours de leurs études ou dans l'exercice de leur profession, combien le besoin d'une épuration de notre orthographe se fait sentir. Je rie donnerai pas ici la liste complète des universitaires et des professeurs qui se sont déclarés partisans de la Réforme , elle serait trop longue ; il suffira de citer — un peu au hasard — quelques noms parmi les plus connus, comme ceux de MM. Gréard, Gaston Paris, Lavisse , Liard , Rabier, Ruisson, Rréal, Havet, Glédat, Darmesteter, Lebaigue, Renard, Dussouchet, P. Passy, Ernault, Chevaldin, Ch. Richet, Gazier, Gebhart, Lintilhac, Petit de JuUeville, Rrunot, Foncin, Compayré, Ravaisson, J. Steeg, J. Zeller, Ch. Dupuy, Routmy, Perrot, Carré, Meyer, Rel-
jame, Cartault, Crouslé, Decharme, Larroumet, Marion, Ribot, Psichari, etc. Les littérateurs, les publicistes, les hommes marquants dans toutes les branches de l'activité humaine ont eu quelquefois l'occasion d'exprimer leur avis sur la question : ils l'ont donné favorable. Parmi eux : MM. H. deBornier, Francisque Sarcey, Léon Bourgeois , Poincaré , Lockroy, Francis Charmes , Malvezin, Limousin, etc.
Si nous nous reportons aux époques antérieures à la nôtre, nous voyons que ceux qui ont tenu les premières places dans la littérature étaient des réformateurs. Certaines des réformes qu'ils proposaient ou pratiquaient sont encore réclamées par les auteurs actuels, parce qu'elles n'ont pas été admises et sanctionnées depuis par les dictionnaires et les grammaires. Parmi ces hommes de lettres, les suivants firent partie de l'Académie française : Corneille, Bossuet, Dangeau, abbé Girard, abbé de Saint-Pierre, Duclos, Beauzée, Voltaire, Volney, Destutt de ïracy, Nodier, Andrieux, Littré, Sainte- Beuve, etc. D'autres, bien connus aussi, se nomment : Meigret, Ronsard, du Bellay, Baïf, Ramus, Rambaud, Montaigne, Chiflet, grammairiens de Port-Royal, Ménage, grammairiens de Trévoux, Buffier, du Marsais, de Wailly, Domergne, Marie, Vanier, etc.
Gomme on le voit, nombre de bons esprits ont demandé qu'on réformât, dans une mesure plus ou moins large, l'orthographe. Mais si personne ne l'avait demandé, il suffirait, pour me pousser à le faire , de la réflexion suivante.
En cherchant à déterminer quel a été l'emploi de mes facultés pendant les six premières années de ma vie intellectuelle scolaire, j'arrive à peu près à ce résultat : j'ai consacré un an et demi environ à l'étude du latin , six mois à celle du grec, un an et demi à celle des sciences, deux ans et demi à celle du français. Sur les trente mois environ pris par l'étude du français, vingt ont été employés à l'étude de l'orthographe défectueuse actuelle (que je crois ne pas connaître dans tous ses détails, malgré les recherches que je n'ai jamais cessé de faire sur ce sujet). Si l'orthographe était rationnelle, il faudrait au plus quatre mois pour l'apprendre. En résumé, je trouve que seize mois de ma vie intellectuelle (en ne comptant que ceux employés pendant les six années indiquées) ont été perdus à meubler, je ne dirai pas mon intelligence, mais ma mémoire de décisions bizarres et injustifiées. Qui me rendra
jamais ces seize mois de travail, dont je déplore tous les jours la perte, et dont j'aurais tant besoin pour des études moins vaines? Où les retrouverai-je jamais?
Cette perte sèche que je viens de calculer, je ne suis pas seul à l'avoir subie : tous les Français à peu près peuvent répéter pour leur compte ce que je viens de dire pour le mien, tous ont perdu une partie, plus ou moins grande, de leur vie dans l'étude de ce qu'il y a d'irrationnel dans notre orthographe.
Épargnons à nos contemporains des jeunes générations et aux générations futures la perte de temps — et d'argent (1) — qui nous a été imposée.
Ceux qui ne veulent pas entendre parler de concessions à la tendance phonétique disent volontiers, — quand ils ont quelque chose à dire, — que c'est l'étymologisme qui doit régner dans notre écriture, et non le phonétisme. Ils veulent que l'écriture des mots — qui est incontestablement phonographique , sinon rigoureusement phonétique , au sens étroit du mot — indique leur étymologie, même si cette écriture doit être contraire à la prononciation. Et bien des irrégularités et des bizarreries de notre orthographe viennent, en effet, de ce qu'on a suivi la voie ainsi marquée , quelquefois en s'y égarant. On a dit : « en se rapprochant du phonétisme l'écriture s'éloigne de l'étymologisme; ou autrement, en devenant plus conforme à la prononciation l'écriture s'éloigne de la forme étymologique. Or, la forme étymologique aide à trouver l'étymologie du mot français, et l'étymologie aide à déterminer le sens du mot ». C'est ce qui se remarque en particulier pour les mots scientifiques, construits fréquemment avec des radicaux grecs. Les sciences naturelles particulièrement font usage de ces mots grecs ou latins habillés à la française, qui servent souvent à dénommer des espèces, des genres ou d'autres groupes de la classification.
Voilà une raison qui m'a touché, parce qu'elle montre un incontestable avantage de l'orthographe étymologique. Reste à déterminer au prix de quels inconvénients cet avantage doit être acheté. Quand une réforme est proposée, ce qui importe,
(1) Féline croit pouvoir conclure de ses calculs que la réforme, si elle était rigoureusement phonétique, entraînerait une économie annuelle de ooO à 1100 millions pour la France.
ce n'est pas de savoir s'il y a un inconvénient ou un avantage à l'opérer, mais seulement si dans la balance le plateau des avantages pèse plus que celui des inconvénients. En effet, il n'est pas de si bonne chose qui n'ait un petit inconvénient, de même qu'on ne peut trouver une chose , si mauvaise soit-elle, qui n'ait un petit avantage (1).
Comparons donc ce qui se passe actuellement, au point de vue de l'étymologie, à ce qui se passerait si l'on avait une orthographe logique et phonétique. Si je considère que j'ai perdu au moins seize mois de ma vie à apprendre l'orthographe actuelle, et que, si la réforme de l'orthographe avait été opérée, j'aurais pu disposer de ces seize mois en faveur d'un autre emploi, je n'ai pas de peine à voir que ce temps ne m'aurait pas été tout entier nécessaire pour approfondir l'étude de l'étymologie d'une façon telle que je puisse me passer, pour trouver l'étymologie du mot, du guide — quelquefois peu sûr — fourni par l'orthographe étymologique.
D'ailleurs , si l'orthographe phonétique n'est pas nécessairement conforme à l'étymologie , elle ne lui est pas non plus nécessairement contraire : les mots de même famille auront généralement entre eux assez de ressemblance de prononciation pour que l'écriture phonétique marque bien leur parenté, et que la connaissance que l'on aura de l'étymologie d'un mot de la famille indique celle des autres mots.
Puis, si l'écriture à tendance phonétique très accentuée rendait plus difficile la recherche de l'étymologie du mot écrit (2), quelle influence aurait-elle sur la' recherche de l'étymologie du mot prononcé, — sans orthographe, par conséquent — ? Or, il y a au moins autant de mots prononcés que de mots écrits, et celui qui a étudié les langues mères de la nôtre n'a pas besoin de voir le mot écrit pour en déterminer les origines (3).
Mais , même si l'on voulait admettre que l'orthographe ac-
(1) Pour mon compte personnel, quand je vois ou entends quelqu'un préconiser un système qui n'a aucun inconvénient, je suis tout disposé à voir en lui un cliarlatan.
(2) Sainte Beuve écrivait : « Et puis cette raison qu'il faut garder aux mots tout leur appareil afin de maintenir leur étymologie est parfaitement vaine; car, pour une lettre de plus ou de moins, les ignorants ne sauront pas mieux reconnaître l'origine du mot, et les hommes instruits la reconnaîtront toujours ».
(3) Cet argument n'est pas, je crois, aussi décisif qu'il peut le paraître au premier abord. En effet si celui qui prononce ou entend prononcer le mot
tuelle facilite énormément la recherche de l'étymologie, et que cette recherche est d'une importance extrême, cette importance n'existe que pour ceux qui ont étudié les langues anciennes et s'en souviennent encore suffisamment. J'admets, pour en user avec largesse , qu'il y a une personne sur dix parlant le français qui soit capable de trouver actuellement l'étymologie des mots dont elle se sert. Où ce dizième de la nation peut-il trouver le droit de contraindre les neuf autres dizièmes à perdre seize mois de la vie pour apprendre une orthographe qui n'est utile qu'à lui seul?
Si le naturaliste trouve aujourd'hui quelque avantage à l'orthographe actuelle, hémi-étymologique, il ne doit pas perdre de vue que cet avantage lui a coûté plus de seize mois d'étude, qu'il aurait bien mieux employés, soit à approfondir l'étymologie, soit à étudier la science qui l'intéresse. Donc, le prétendu avantage est largement compensé par un inconvénient plus grand- D'ailleurs, le jour où l'orthographe rationnelle à tendance phonétique accentuée sera adoptée , le naturaliste pourra fort bien — si bon lui semble — inventer à son usage, pour les mots techniques, une orthographe exclusivement étymologique : il aura le droit de le faire, parce que, s'il en souffre, il sera seul à en souffrir.
D'ailleurs, la considération de l'étymologie a produit quelquefois des effets déplorables, quand l'étymologiste s'est égaré. Elle a fait écrire legs un mot qui vient de « laisser » , parce qu'on a cru qu'il venait de léguer. On écrit poids, qui vient de « pensum », parce qu'on a cru qu'il venait de pondus. On écrit forcené^ qui vient de « for sens » (hors de sens), avec un G, comme s'il dérivait de force. On écrit heur^ heureux j bonheur j malheur y qui viennent de « augurium » , avec un H, comme s'ils venaient de heure. Remords, qui vient de « remorsum » , s'écrit avec un D. , etc.
Gomment l'étymologie explique-t-elle que on (qui vient du latin homo-homines), avoir (habere), orge (hordeum), ordure (horridum..), etc. s'écrivent sans H, tandis que huit (du latin octo), huile (olea), huître (ostrea), huis (ostium), etc. (1) s'écrivent avec H? Gomment l'étymologie explique-t-elle que
n'en a pas réellement la forme écrite sous les yeux , sa mémoire visuelle peut quelquefois lui en apporter l'image.
(1) L'orthographe de huit, huile, huître, huis, s'explique historiquement, mais ne se justifl pas, tout au moins à l'heure actuelle.
les signes M et N soient redoublés dans les mots suivants, quand le signe n'était pas redoublé dans le mot d'origine?
homme
homo
personne
persona
honneur
honor
tutelle
tutela
donner
donare
rationnel
rationalis
ennemi
inimicus
couronne
corona
monnaie
moneta
échelle
scala
sonner
sonare
etc.
Celui qui veut que notre orthographe continue à être étymologique (parce qu'il croit y trouver des avantages), et en conséquence soutient qu'elle l'est déjà, peut se voir opposer des exemples comme ceux qui précèdent.
Tel est le biban de l'étymologisme.
Un certain nombre de ceux qui, ne connaissant pas la question , aiment à en parler semblent croire que faire la réforme (logique) de l'orthographe c'est faire que chacun écrive à sa fantaisie , de telle manière que le graphisme deviendrait une sorte de chaos où l'on ne pourrait se reconnaître, qu'il y aurait pour les orthographes ou les écritures une confusion semblable à la confusion des langues des constructeurs de la tour de Babel. Je ne sais quel est le plaisant qui a réussi à accréditer ce bruit : je dis qu'il est bon de ne pas accepter naïvement le dire des plaisants. Faire la réforme logique de l'orthographe, c'est remplacer les règles illogiques par des règles logiques (en conservant celles déjà existantes qui sont logiques), et introduire des règles un peu générales là où il semble y avoir une règle différente presque pour chaque mot.
Certains qui sont plus ou moins ouvertement hostiles à la réforme de l'orthographe invoquent contre elle la bizarrerie d'une orthographe à tendance phonétique.
On peut dire, il est vrai, que l'orthographe actuelle et l'orthographe réformée logiquement seraient assez différentes, et que l'une des deux doit paraître bizarre ou ridicule. Quand on admet à priori que l'orthographe actuelle est bonne, on trouve l'orthographe réformée bizarre : pour celui qui comprend que c'est l'orthographe logiquement réformée qui est bonne , l'orthographe bizarre , c'est l'orthographe actuelle.
Comme j'ai eu l'occasion de l'observer quelquefois, il y a dans l'esprit de nombre de gens une objection latente, que
l'on peut exprimer ainsi : « réformer l'orthographe , ce serait bouleverser la langue ». Il semble, à ceux qui n'ont pas réfléchi sur le sujet, que ce que nos grands littérateurs ont écrit ne serait plus de la langue de notre temps , si l'orthographe de leurs écrits était changée , il semble que du jour au lendemain leur français deviendrait du vieux français.
L'illusion vient de ce que, lorsque nous parlons d'orthographe différente de Torthographe actuelle, nous nous représentons en même temps quelque chose d'analogue à ce que nous appelons le vieux français (ancien et moyen français) — nous pensons au français de Rabelais , par exemple — . Si nous comparons ce français à celui d'aujourd'hui , nous constatons, en effet, des différences assez profondes, non seulement dans l'orthographe (qui n'était pas fixée, comme aujourd'hui, pendant l'intervalle de deux éditions successives du dictionnaire de l'Académie, et variait pour un même mot, chez un même auteur, d'une page à l'autre) , mais aussi dans la grammaire (morphologie et syntaxe), et le lexique. Comme nous n'analysons pas volontiers nos impressions, il nous semble que ce qui est uni dans un exemple connu l'est nécessairement, le sera dans les cas subséquents : il nous semble que, l'orthographe du seizième siècle (ou des siècles précédents) ayant été liée à un français spécial — quant au lexique et à la grammaire — , toute orthographe est liée à un français spécial, et que modifier Tune, c'est modifier l'autre, changer l'orthographe c'est changer la langue.
Il suffit de porter son attention sur le fait pour reconnaître qu'il n'y a là qu'une simple illusion : réformer l'orthographe, ce n'est pas nécessairement réformer le lexique et la grammaire. Avec l'application de la réforme orthographique, aucune partie de la langue parlée ne sera touchée , et dans la langue écrite le lexique ne sera pas modifié, la syntaxe non plus, et si les formes terminales de quelques mots subissent des modifications, ce ne sera que dans la mesure nécessaire pour faire disparaître de la morphologie les irrégularités injustifiées.
Certains poètes ont dit qu'il fallait respecter l'orthographe actuelle des mots, parce que, en dehors de son sens, le mot produit un effet particulier, par sa forme môme , par la forme de ses lettres, par son orthographe. Et d'abord, on peut dire que le mot aura toujours une forme propre , une forme déter-
minée, une forme classique, et si le mot éveille des idées ou des images, des impressions, par sa forme particulière, il le fera pour les poètes de l'avenir comme il le fait aujourd'hui.
Mais si, par hasard, la forme actuelle des mots, la forme irrationnelle, était seule à pouvoir éveiller des impressions (ce qui serait impossible, par conséquent, à la forme rationnelle) , qui empêcherait les poètes qui en ressentiraient le besoin de créer, pour leur usage , une écriture aussi irrationnelle qu'ils le voudraient? Personne, je pense. Mais ils ne peuvent décemment vouloir contraindre les nombreux millions de Français (sans compter les étrangers qui ont à apprendre notre langue) qui ne sont pas poètes à se torturer l'esprit et à perdre leur temps dans l'étude d'une construction que la raison ne peut approuver.
Si le phonétisme était plus accentué dans notre écriture, il serait plus facile d'apprendre la sténographie, qui a pour moyen de représenter chaque son par un signe qu'on peut écrire plus rapidement que le signe ou la lettre commune. La sténographie suppose chez chacun de ceux qui en font usage la connaissance de tous les sons de la langue qu'il écrit. Ce n'est pas là le cas ordinaire. Si tous ces sons nous étaient enseignés dès nos premières années et étaient indiqués nettement par l'orthographe , l'étude de la sténographie paraîtrait moins difficile , et bien des gens à qui elle serait utile (les étudiants, par exemple), et qui ne l'emploient pas, l'emploieraient.
On rencontre des personnes qui pensent que l'adoption d'une orthographe phonétique — ou à tendance phonétique très accentuée — est chose impossible à réaliser. La meilleure manière de prouver que la chose est possible, c'est de montrer qu'elle été faite. Ce ne serait pas une révolution tellement extraordinaire que celle qui nous donnerait une orthographe analogue à celle des Italiens et des Espagnols.
L'italien et l'espagnol , qui ont la même origine que le français, auraient pu (ayant les mêmes raisons que lui de le faire) adopter une orthographe hémi-étymologique, semblable à la nôtre ; mais l'étymologisme , heureusement pour ces langues, n'a pas sévi chez les savants de ces pays comme chez les nôtres. Les Italiens écrivent : filosofo (philosophe) , fisico (physique), fisionomia (physionomie), azione (action), nazione (nation), onore (honneur), ipocrisia (hypocrisie), etc. Les Es-
pagnols écrivent : fisionomia ( physionomie) , nacion (nation), accion (action).
Les Latins et les Grecs avaient aussi une orthographe sensiblement phonétique. Les Allemands et d'autres parmi les modernes l'ont aussi.
Ce qui ne paraît pas faisable à quelques-uns , nos meilleurs auteurs l'ont fait.
Montaigne écrivait: home, famé, come, différant, comancemans (au pluriel), stile, paranthèse , douons, recomandation, ressentimans (au pluriel), fidelemant, prandre, presanter, persone, etc.
Corneille écrivait : orizon, alte, vanger, vangeance, etc.
La Fontaine écrivait : grote, trézor, atend, diférent, atraits, trompeuzes , apas inconstans, carière, dézirs, arière , quiter, sufizoient, plaizirs, récompence, loizir, tranquile, quitons, apelle, charmans (au pluriel), vanger, à prézent, etc.
Bossuet écrivait : vangeance, atandons, tandre, panchant, tems , commançons , aprenons , atendre , abatre , atantif , aprendre, flater, froter, constament, contanter, cepandant, commancer, etc.
Racine écrivait : avanture , vanger, vangeance , etc.
Racine et Boileau écrivaient : complimens (au pluriel), ornemens, combattans, querele, conter (avecle sens de compter), etc.
Fénelon écrivait : les avantures de Télémaque.
M™° de Sévigné écrivait : tandresse, commancement , entandre , contante , carosse , abé , etoufée , vangé , come , etc.
La Bruyère écrivait : vanger, avanture, avanturier, restraindre, soupante, paranthèse, sifler, aranger, flater, échaper, chaufer, stile, peristille, hiperbole, patetique, tim, onix, phisionomie, synonime^ magazin, carrouzel, embrazement, cizelé, etc.
Voltaire écrivait : avantures, sotise, reconu, chaufer, efrayer, raporter, nourir, aprobation, acorder, suplier, embelissement, échaper, afaire, il poura, il afalu, sindic, sindicat, enciclopedie, stile, chatau, potau, fardau, scandalizé, eau roze, dictionaire, instament, vangée, contants, apoticaire, teologal, pouriez, philosofe et filosofe, aparence, entousiasme, apartement, cristianisme , etimologie, biblioteque, teologie, metaphisique, apuyé, tirannie, catécumène, historiografe , piramide, cretien, etc.
L'idée et l'affirmation de ceux qui ne croient pas qu'une réforme logique de l'orthographe soit possible est une conséquence ou une application du principe qu'on peut formuler ainsi -.puisque la chose na pas été faite , elle n'est pas faisable.
Ce principe, personne ne l'avoue (tout le monde même le désavoue) , personne ne consent à l'énoncer pour son propre compte, mais presque tout le monde l'applique inconsciemment de temps à autre. C'est un fait intéressant à remarquer— dans toutes les catégories ou parties du savoir humain et dans la conduite de la vie — que cette opposition , quelquefois très nette, entre les principes que l'on admet sans en vouloir tirer les conséquences nécessaires, et les conséquences que l'on tire ou les applications que l'on fait d'un principe qu'on désavoue. Ce sont des raisons affectives qui causent souvent nos actions, et c'est par des raisons intellectuelles que nous voulons toujours les expliquer. Quand le sentiment commande, nous cherchons quelle est l'idée qui le fait. Si le principe qui nous fait agir ou décider est encore dans le domaine des idées latentes ou non clairement énoncées, peu nous importe, nous n'en croyons pas moins aux conséquences plus ou moins fantaisistes que nous en tirons sans nous en rendre bien compte.
Que de découvertes, générales ou de détail, que de perfectionnements — sur le terrain des sciences physiques et des sciences naturelles, en particulier — ont été déclarés impossibles à réaliser, simplement parce qu'ils ne l'avaient pas encore été , et qui ont été réalisés quelque temps après l'affirmation contraire. Les plus grands savants (un mort récemment, entre autres) ont quelquefois commis l'imprudence d'affirmer une impossibilité démentie plus tard par les faits. En appliquant ce principe — qu'on. refuse d'énoncer — , on aurait pu nier toutes les sciences actuelles, si on l'avait appliqué séparément, avant qu'elles fussent faites, à chacune des découvertes qui ont constitué ces sciences.
En dehors des raisons logiques grammaticales , linguistiques et philologiques qui devraient faire adopter une réforme rationnelle de l'orthographe , il s'en trouve une d'un ordre tout différent et très importante.
L'influence, intellectuelle, politique et commerciale, d'un peuple se répand surtout par l'intermédiaire et avec l'aide de sa langue. La langue se répand d'autant plus, toutes choses
égales d'ailleurs , qu'elle est plus facile à apprendre ; et elle est d'autant plus facile à apprendre que la concordance des deux formes (écrite et parlée) sous lesquelles elle se présente est plus grande.
Si nous voulons que notre influence s'étende sur le globe, rendons notre langue facile à apprendre, rendons l'écriture conforme à la prononciation. C'est ce que la logique indique d'abord, mais c'est aussi ce que disent les hommes qui, par leur situation ou leur fonction, sont bien placés pour apprécier les conditions nécessaires à l'expansion de notre influence. L'amiral Réveillère écrivait dans une lettre reproduite en 1890 dans le Journal des Débats :
« Dans la lutte pour la vie, sur la vaste scène du monde, les langues, comme toutes choses vivantes, ont à lutter; le français a tous les désavantages : il n'a pas l'écriture phonétique de l'espagnol, il n'est pas logique comme l'anglais, dont les conjugaisons sont si simples. Tout, chez nous, est livré au caprice, au hasard, c'est le désordre systématique... Ah! si les ennemis de la Réforme avaient entendu ressasser aussi souvent que moi, dans les cinq parties du monde, ce désolant refrain : « Votre langue est si difficile ! » peut-être comprendraient-ils combien il est mauvais d'ajouter aux difficultés inhérentes à son génie des difficultés artificielles et sans raison d'être, aux difficultés de la langue parlée les difficultés de la langue écrite.
« Le marin qui ne sort de France, hélas! que pour entendre résonner à ses oreilles les langues étrangères, surtout l'anglais et l'espagnol, a qualité pour dire : « Messieurs les académiciens, certes vous ne l'ignorez point, en dehors des frontières et par delà les océans , les langues combattent pour conserver ou conquérir une place au soleil. Mais beaucoup d'entre vous n'ont jamais quitté le sol bien-aimé de la patrie. Or tout autre chose est de suivre une bataille par télégraphe ou d'y assister. J'ai passé ma vie sur ce champ de bataille universel des langues et je me crois le droit de dire : armez notre langue ; la victoire est aux gros bataillons : si vous voulez le succès, mettez-la à la portée du grand nombre.
« Nous cherchons à répandre nos produits, nos mœurs, nos idées; nous avons sous notre domination des noirs, des arabes, des madécasses, des indiens, le vaste empire de l'Annam, de la Cochinchine et du Tonkin... Voulez-vous seule-
ment les maintenir par la force , ou voulez-vous les assimiler? Pour que nos protégés s'assimilent, il faut qu'ils nous lisent, il faut leur faciliter la lecture de nos ouvrages. Faciliter la lecture de nos livres, c'est pacifier les esprits, fonder notre domination intellectuelle et morale, la seule qui n'ait point de retours. Simplifier V orthographe , c'est répandre dans le monde entier notre génie : en tous lieux, c'est coopérer à notre influence; dans les colonies c'est consolider notre autorité ».
D'autres encore, bien placés pour savoir comment notre influence s'étendra avec l'usage de notre langue, se sont prononcés dans le même sens. IS Alliance française pour la propagation de la langue française dans les colonies et à V étranger ^ ayant eu dans un congrès à s'occuper de la question, décida à l'unanimité de faire adhésion à la pétition Havet adressée à l'Académie française. La section de l'Enseignement de l'Association française pour V avancement des sciences a émis à l'unanimité un vœu en faveur de la simplification de l'orthographe (Congrès de Carthage, 1896. — Paris, 1889.)
Notre orthographe étant souvent peu rationnelle , il est très difficile de la connaître : on peut même dire que c'est impossible.
L'orthographe actuelle est difficile à apprendre et à retenir : des hommes qui sont ou furent parmi les plus instruits avouent ne pas en avoir une connaissance parfaite. M. Thurot, membre de l'Institut, directeur de l'École Normale Supérieure, faisait, dit M. Gazier, cet aveu à ses élèves : « Si je réfléchis en écrivant un mot douteux, je suis perdu, j'écris aggrégation , allourdir, consonance (ce mot prenait alors deux n) , etc. Je n'ai plus alors qu'une ressource : je laisse aller ma plume en songeant à autre chose, et je me demande ensuite si les mots, tels que je viens de les écrire, m'auraient attiré des réprimandes, quand j'étais écolier. »
Quant à ceux qui n'avouent pas volontiers leur insuffisance , on peut leur dire qu'il y a au moins dix mots dont ils ne connaissent pas l'orthographie , pour cette raison, qu'il n'y a pas pour ces mots de graphie correcte, incontestablement correcte. La graphie, l'écriture correcte est celle que donne le dictionnaire de l'Académie ; or ce dictionnaire écrit :
angélus (avec é) à l'article angélus , et angélus (avec e) à l'article pardon;
riche en biens- fonds [avec s) à l'article bien, et riche en bien- fonds (sans s) à l'article fonds ;
Saint-Mathieu (avec un t) à l'article évangéliste, et Saint- Matthieu (avec deux t) à l'article évangile ;
gomme résine (sans -) à l'article guttier, et gomme-résine (avec -) à l'article gomme-résine ;
laisser aller {sd.ns-) à l'article laisser, et laisser-aller [Q.Yec -) h l'article désinvolture ;
libre •- échange (avec-) à l'article libre- échange, et libre échange (sans -) à l'article échange ;
hindou [siYec h) à l'article gong, eiindou (sans h) à l'article rajah;
tomber en ruines (avec s) à l'article abbaye, et tomber en ruine (sans s) à l'article ruine ;
un sans-cœur (avec-) à l'article sans, et un sans cœur (sans-) à l'article cœur ;
sous-seing privé (avec-) à Tarticle sous seing, et sous seing privé (sans-) à l'article seing.
Il faut ajouter que ces mots écrits de deux façons différentes dans le dictionnaire de l'Académie ne doivent pas, d'après l'Académie, être écrits indifféremment ou facultativement de l'une des deux manières; car, lorsque telle est sa pensée, elle l'indique, et généralement met en tête de l'article les deux formes qu'elle admet. Dans les cas cités, l'Académie n'admet donc qu'une forme : des deux qui sont écrites , l'une a été produite par erreur. Laquelle? Quelle que soit la forme que l'on adopte comme bonne, il sera toujours possible de discuter la justesse de cette décision.
Pour d'autres mots, que l'Académie n'a écrits que d'une seule manière, il semble que la graphie adoptée soit la conséquence d'une faute d'impression. Et là encore le doute peut entrer dans l'esprit de celui qui veut écrire le mot.
bai, s. m. est écrit sans ^ sur l'a.
trinôme y s. est écrit sans ^ sur l'o.
rubace ou rubabelle, s. f. Rubaôelle doit avoir été mis par erreur pour rubacelle.
eucraisie, s. Cette forme , mise à la place de eucrasie , l'a été probablement par erreur.
excision, s. il est probable que le masculin a été mis à la place du féminin par suite d'une erreur typographique. — L'orthographe du qualificatif peut se trouver influencée par le changement de genre.
gabionnade, s. m. Il est probable que m. (masculin) a été mis
a la place de f. (féminin) par suite d'une erreur typographique.
Les difficultés, les bizarreries, les inconséquences que l'on rencontre dans l'écriture de notre langue sont nombreuses. Pour les signaler toutes, il faudrait, comme plusieurs personnes l'ont déjà fait, écrire un assez gros volume (1). Ce n'est pas ici le lieu. Je laisserai à M. Gréard , dont la compétence est incontestée, le soin d'exposer les grands traits ou le cadre d'une réforme modérée de l'orthographe : il indique dans sa « note présentée à la Commission du dictionnaire de l'Académie française » les principaux défauts de notre orthographe et les moyens de les corriger, les remèdes à apporter. Je me contenterai de montrer dans les pages suivantes un certain nombre de bizarreries touchant l'écriture , soit de lettres — voyelles ou consonnes — , soit de mots.
Le principe de toute écriture phonographique (2) rationnelle est celui du bon accord entre l'écriture et la prononciation , obtenu par l'application de ces deux règles :
1" un signe écrit pour chaque son — 2° et un seul.
avec les complémentaires :
1" un son pour chaque signe écrit — 2° et un seul.
Dans notre langue , il y a généralement plusieurs manières d'écrire un même son (ou mot entier) , et plusieurs manières de prononcer un même signe écrit (ou mot entier).
Par exemple, si l'on demande d'indiquer la prononciation du mot notions^ pris seul, il est impossible de la donner, parce que ce mot en a deux , employées chacune dans un cas différent : « notions », pluriel du substantif notion , se prononce nocion; «notions», première personne du pluriel du présent de l'indicatif et du subjonctif du verbe noter, se prononce notion.
De même pour les formes de mots terminés en tions qui appartiennent à la fois à un verbe et à un substantif.
(1) Le premier tome de mon « traité de diction » est consacré à la « diction claire et correcte » : il indique la manière de prononcer correctement les différentes graphies. En examinant les différentes graphies pour indiquer com ment elles se prononcent, et les différentes phonies — ou phonismes — pour indiquer comment elles s'écrivent, on est amené à montrer combien il y a de désaccord entre graphies et phonies, entre signes écrits et sons. La chose est tellement sensible, qu'il peut sembler au premier abord que ce volume n'a été écrit que pour montrer combien peu rationnelle est notre orthographe.
(2) L'écriture française est phonographique — et non idéographique—, puis- (lu'elle a la prétention de traduire au moyen de ses signes écrits les sons émis dans la parole.
Il est impossible de dire comment se prononce le mot pré^ sident, parce qu'il se prononce de manières différentes, suivant qu'il est substantif ou adjectif ou bien verbe. « Président », substantif ou adjectif, se prononce présidan; « président», verbe, se prononce préside.
De même pour les formes de mots terminés en ent qui appartiennent à la fois à un verbe et à un substantif ou adjectif.
Il est impossible de dire comment se prononce le mot convient, parce qu'il a, suivant le cas, deux manières différentes de se prononcer. Il « convient » , troisième personne du singulier du présent de l'indicatif du verbe convenir, se prononce convim; ils « convient » , troisième personne du pluriel du présent de l'indicatif du verbe convier, se prononce convi.
Il est impossible de dire comment se prononce le mot fier, parce qu'il a, suivant le cas, deux manières différentes de se prononcer. «Fier », adjectif, se prononce fier; « fier », verbe, forme du présent de l'infinitif, se prononce fi-é.
Il est impossible de dire comment se prononce le mot fils. « Fils » , pluriel de fil — à coudre — , se prononce fil ; « fils » — de son père et de sa mère — , singulier ou pluriel, se prononce fis.
On ne peut dire comment se prononce la terminaison lent. Dans « ils lient », elle se prononce i; dans « il vient », lin; dans « inconvénient » , \-an.
Si nous voulons nous faire une idée du nombre de formes différentes qui peuvent servir à traduire un même son, nous pouvons prendre un à un les différents sons. Nous nous en tiendrons à l'examen des sons- voyelles , afin d'abréger.
Le son A est, suivant le cas,* représenté par l'une de ces différentes graphies :
a dans la aon dans paonne
à — là ap — baptiser
â — âme aps — draps
ac — estomac ars — gars
ach — almanach as — tas
aclîs — almanachs at — plat
acs — tabacs àt — qu'il aimât
ag — Magdeleine ats — chats
ah -- ah! âts — mâts
ahs — schahs e — indemnité
ai — Cavaignac ê — poêle
a m — damner ea — il chargea
eâ
dans
nous mangeâmes
ient
ils croient
eam
obligeamment
ies
voies
ean
Jeanne
jg
doigter
âet
qu'il plongeât
igt
doigt
el
moelle
igts
doigts
em
femme
is
trois
en
solennité
it
toit
ha
haïr
ît
croît
hà
hâter
its
toits
han
hanneton
îts
croîts
has
haschisch
voix
hat
tétrarchat
ua
quadrille
hats
exarchats
uâ
prodiguâmes
hen
hennir
uât
qu'il impliquât
loi
uem
éloquemment
boîte
Fontenoy
id
froid
ye
Millevoye
ids
poids
yes
Troyes
ie
qu'il croie
etc.
Le son E accentué (É, È) est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différentes graphies :
dans
Ccecum
eai
geai
ai
plaisir
eais
geais
aî
faîte
ec
grecque
aid
laid
ect
aspect
aids
laids
ects
respects
aie
monnaie
ed^
trépied
aient
ils étaient
eds
pieds
aies
baies
ee
Beethoven
ais
fais
ée
lycée
ait
trait
ées
fées
ait
il naît
ef
chef-d'œuvre
aits
portraits
efs
clefs
aix
paix
egs
legs
ay
tramway
eh
eh!
aye
je paye
ei
peine
ayes
tu payes
en
étrenne
ays
tramways
en
Laënnec
re vision, tel
ep
septième
été
er
aimer
père
ers
volontiers
même
es
mes
Noël
es
dès
est
dans
il est
hè
thèse
et
mulet
hê
hêtre
et
prêt
hée
Rhée
ets
valets
hées
athées
êts
intérêts
hés
thés
ey
bey
œsophage
eys
deys
oi
foible
ez
nez
ois
harnois
hai
haine
ue
mousqueterie
haie
haie
ué
guérir
haies
haies
uè
guère
hais
tu hais
uê
guêtre
hait
souhait
uer
guerre
hails
souhaits
ués
gués
haye
La Haye
uet
guet
he
thermal
etc.
hé
rhéteur
Le son I est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différents graphies :
hi
ht
hie
hies
his
hit
hit
hy
les
ict
icts
id
ids
ie
ïe
ient
ies
ïes
dans
hiver
vous trahîtes
envahie
ils
trahies
is
trahis
ïs
il trahit
ist
qu'il trahît
it
hyène
ît
si
ït
gîte
its
haïssable
cric
iz
crics
amict
Ih
amicts
nid
ui
nids
uî
mie
uit
Isaïe
uît
ils plient
vies
yi
haïes
etc.
dans
outil
ailleurs
fusils
tu fis
haïs
Jésus-Christ
habit
il gît
il haït
puits
prix
riz
babil
gentilhomme
billet
quinine
vous naquîtes
il naquit
qu'il naquît
nous bayions
Le son 0 est, suivant le cas , représenté par l'une de ces différentes graphies :
ao
dans
curaçao
hon
dans
honneur
aô
Saône
hot
cahot
aos
curaçaos
hots
cahots
au
autrui
poli
aud
chaud
rôle
auds
chauds
oa
toast
aul
aulne
broc
ault
Hérault
ocs
accrocs
aulx
aulx
oh
oh!
aus
fausseté
oi
oignon
aut
saut
om
automne
auts
sauts
alcool
aux
faux
op
trop
aw
Law
ops
sirops
eau
peau
os
dos
eaud
rougeaud
ost
Prévost
eauds
rougeauds
ot
lot
eaux
cadeaux
ôt
dépôt
rougeole
oth
Goth
eô
geôlier
oths
Wisigoths
hau
haubert
ots
mots
haut
haut
ôts
impôts
hauts
hauts
album
heau
heaume
uo
quolibet
ho
écho
uos
quiproquos
hô
hôtel
etc.
hom
homme
Le son U est, suivant le cas , représenté par l'une de ces différentes graphies :
eu
dans
eu, gageure
uc
dans
buccal
eu
nous eûmes
ue
vue
eus
j'eus
uë
ciguë
eut
il eut
uent
ils tuent
eût
qu'il eût
uënt
ils arguënt
hu
humide
ues
rues
hue
cohue
uës
tu arguës
huent
ils huent
uh
uhlan
hues
cohues
ul
nulle
hut
bahut
um
nummulaire
buts
bahuts
un
tunnel
dune
us
lu fus
dû
ut
il fut
Ësau
ùt
fût
Uts dans
attributs
ux
ûts —
affûts
etc.
dans
reflux
Le son ou est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différentes graphies :
aou
dans
saouler
oues
joues
aoul
saoul
oui
soûl
aouls
saouls
ouïs
pouls
août
août
oùls
soûls
hou
houblon
oup
coup
houe
houe
oups
loups
houes
houes
ous
fous
houx
houx
out
tout
groom
oût
ragoût
ou
ou
outs
bouts
où
où
oùts
goûts
où
croûte
eux
choux
oubs
Doubs
ow
clown
ouc
caoutchouc
équation
oucs
caoutchoucs
uc
yucca
oud
il coud
tramway
ouds
tu couds
wh
whist
oue
roue
etc.
ouent
ils louent
Le son eu est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différentes graphies :
es
eu
eu
eue
eue
eues
euh
eus
eut
eux
heu
dans
se
perles
leur
œud
jeûne
œuds
Saint-Brieuc
œufs
lieue
œux
lieues
ue
euh!
ues
bleus
ueu
il veut
ueue
cheveux
ueues
heure
ueux
chœur
etc.
œil
dans
œillet
œuvre
nœud
nœuds
œufs
vœux
algue, orgueil
figues
liqueur
queue
queues
gueux
Le son a?i est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différentes graphies :
aen
dans
Caen
em
dans
emporter
aën
Saint-Saëns
emp
exempter
am
Adam
emps
temps
amp
camp
empt
exempt
amps
champs
empts
exempts
ams
quidams
en
en
an
an
end
il prend
anc
banc
ends
tu rends
ancs
francs
eng
hareng
and
llamand
engs
harengs
ands
allemands
enh
enhardi
ang
sang
ens
gens
angs
rangs
ent
prudent
ans
sans
ents
dents
ant
tant
ham
Alhambra
ants
diamants
han
hanche
aon
paon
hans
Léviathans
aons
faons
hen
appréhender
enivré
uan
cinquante
ean
Jean
uant
piquant
eans
Jeads
uen
éloquente
eant
obligeant
uent
éloquent
eants
obligeants
etc.
Le
son in est , suivant le
cas^ représenté par l'une de ces
différentes
graphies :
aim
dans
faim
en
bien
aims
daims
ens
siens
ain
pain
ent
il vient
aine
il vainc
hein
hein!
aines
tu vaincs
bien
Enghien
aing
parpaing
hin
cahin-caha
aings
parpaings
hym
thym
ains
humains
hvms
thyms
aint
maint
im
imprimer
aints
saints
in
destin
eim
Reims
în
nous tînmes
ein
frein
ïn
coïncider
eing
blanc-seing
ine
succinctement
eings
seings
inct
instinct
eins
pleins
inets
instincts
eint
teint
ing
poing
eints
peints
ings
coings
em
sempiternel
ingt
vingt
ingts
dans
quatre-vingts
ulns
dans
coquins
inq
cinq mots
uint
Charles-Quint
ins
chemins
ym
symbole
int
il vint
yn
synthèse
înt
qu'il tînt
etc.
uin
Tarquin
Le son on est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différentes graphies :
aon dans
1 taon
on dan
s on
aons —
taons
onc —
jonc
eon —
pigeon
oncs —
troncs
eons —
bourgeons
ond
rond
hon —
honte
onds —
blonds
om —
ombre
ong —
long
omb —
aplomb
ongs —
longs
ombs —
plombs
ons —
bons
omp —
compte
ont —
front
omps —
tu romps
onts —
ponts
ompt —
prompt
um —
umble
ompts —
prompts
un —
jungle
oms —
noms
etc.
Le son un est, suivant le cas, représenté par l'une de ces différentes graphies :
eun dan:
s à jeun
un dan
s un
hum —
humble
uns —
tribuns
hun —
Hun
unt —
défunt
huns —
Huns
unts —
emprunts
um —
parfum
etc.
oms —
parfums
Le son oun, très rare, de provenance étrangère récente, n'a encore pour le représenter qu'une graphie , un :
un dans ayuntamiento
Je viens d'indiquer pour un certain nombre de sons les formes écrites qui leur peuvent correspondre.
Indiquons pour quelques formes écrites — pour quelques mots — les différents sons qui leur peuvent correspondre. Ces mots sont tels que , si l'on en trouve un isolé , on ne peut dire comment il se prononce , parce que sa prononciation diffère suivant qu'il a tel ou tel sens, telle ou telle fonction.
Dans la liste suivante, quand la terminaison tions appartient à un verbe , elle se prononce tion ; quand elle appartient à un ubs tantif, elle se prononce cion.
nous acceptions (ti)
— adoptions —
— affections —
— attentions —
— contentions —
— contractions —
— dations —
— désertions —
— désinfections —
— dictions —
— éditions —
— exceptions —
— excrétions —
— exécutions —
— exennptions —
— infections —
— injections —
— inspections —
— intentions —
— interceptions —
— inventions —
— mentions —
— notions —
— objections —
— options —
— persécutions —
— portions —
— rations —
— relations —
— réfractions —
— rétractions —
— sécrétions —
les acceptions
— adoptions
— affections
— attentions
— contentions
— coatractions
— dations
— désertions
— désinfections
— dictions
— éditions
— exceptions
— excrétions
— exécutions
— exemptions
— infections
— injections
— inspections
— intentions
— interceptions
— inventions
— mentions
— notions
— olDJections
— options
— persécutions
— portions
— rations
— relations
— réfractions
— rétractions
— sécrétions
(ci)
Dans la liste suivante , quand la terminaison ent appartient à un verbe au pluriel, elle est muette (ne se prononce pas du tout) ou demi-muette; quand elle appartient à un substantif ou à un adjectif, elle se prononce an.
ils ardent
— affluent
— coïncident
— confluent
— content
— convergent
— couvent
ardent, adj.
un affluent coïncident, adj.
un confluent content, adj.
convergent, adj.
un couvent
{an)
ils divergent
divergent, adj. (
— émergent
émergent, adj.
— équivalent
un équivalent
— évident
évident, adj.
— excellent
excellent, adj.
— expédient
un expédient
— ferment
un ferment
— influent
influent, adj.
— insolent
insolent, adj.
— négligent
négligent, adj.
— parent
un parent prééminent, adj.
— président
un président]
— pressent (v.
^presser) (e)
proéminent, adj.
purulent, adj.
— résident
un résident
— strident
strident, adj, urgent, adj.
— violent
violent, adj.
(an)
La terminaison ent se prononce comme an, bien qu'appartenant à un verbe, quand elle indique le singulier il pressent [an) du verbe pressentir.
Dans la liste suivante — comme dans la précédente — la terminaison ent est muette quand elle appartient à un verbe, et se prononce an quand elle appartient à un substantif ou à un adjectif; mais — à la différence de ce qu'on voit dans la liste précédente — la forme du verbe et celle de l'adjectif ou du substantif ne sont pas identiques : tandis que dans le verbe l'e de Tavant-dernière syllabe est surmonté d'un accent grave, dans le substantif et l'adjectif cet e est surmonté d'un accent aigu. Cela provient de ce que l'e devant une syllabe muette devient è ouvert, et que l'è ouvert s'écrit généralement au moyen d'un e accent grave.
adhèrent (e)
un adhérent
(an)
afférent —
afférent, adj.
compétent —
compétent, adj.
diffèrent —
différent, adj.
excèdent —
un excédent
précèdent —
précédent, adj..
On peut — et des auteurs l'ont fait — mettre l'un près de l'autre, dans la même phrase, les mots qui ayant une même orthographe se prononcent différemment. Voici quelques-unes de ces phrases :
Les limons de l'affluent affluent.
Les gens du réside/?^ résident..
Les avis de cet homme excelle?2^. excellent à...
Les domestiques d'un homme négligent négligent de...
Les assesseurs du président président quand...
Il presse» f qu'ils le pressent pour lui faire avouer sa faute.
L'a* (as) que tu as (a) dans ton jeu...
Il est fier (fier) de ce qu'on veut bien se fier (fî-é) à lui.
Le fort de Y Est (est) est (è) vers Y est (est) de la Seine.
Les lois convient (convi), comme il convient (convim), les hommes à la vertu; mais il est sans précédent (précédan) qu'elles précèdent (précède) le crime.
Ils usent d'expédient (expédi-an) et expédient (expédi) des portions (porcions) qu'il faut que nous por/ion* (portions) aux poules du couvent (couvan) pour qu'elles convenu (couve).
Cette mercière a de bons fils (fis ou fil).
Cette dernière phrase , étant écrite seule , il est impossible de dire ni comment le dernier mot doit être prononcé , ni quel est le sens de la phrase (le sens du dernier mot et sa prononciation n'étant déterminés que l'un par l'autre).
Si , au lieu d'examiner les différentes prononciations qu'un même mot peut avoir, nous examinons les différentes manières de prononcer une même partie de mot ou un même signe (ille, uille, aou, août, oi, ch, etc.), nous trouvons des exemples dans les phrases suivantes :
Un anac/iorète (k) vint avec un catéc/îumène (k) chercher (c/i, ch) M. l'arc/îevêque {ch) ou son arc/iidiacre {ch) au palais arc/îiépiscopal (k).
Le c/zirurgien {ch) et le c/îiromancien (k) chantèrent {ch) un choral (k) qui charma, {ch) les échos (k) de Ykchéron {ch).
La biche a faonné (a) auprès de la Sadne (o) ; nous avons pris son faon (an), qui avait été mordu d'un taon {on) pendant que nous jouions au pharaon (a on).
La citrouille était bien aowtée (a ou) ; on l'a donnée aux aoûterons (a ou) à la fin du mois d'août {ou); ils l'ont mangée dans une encoignure (o) avec des oisons (oa), des poissons (oa) et des oignons (o) qu'ils ont pris dans un coin (oin) de l'oignonière (o).
Tranqui//e (i le) avec sa béquille (i ie), il entra dans la ville (i le) avec sa fille (i ie) , qui perça une anguille (i ie) avec son aigui//e (ui ie).
Il serait bon , quand un signe est écrit, qu'il se prononçât : quand des mots écrits différemment se prononcent de même, il peut y avoir confusion.
A ce propos, voici ce que conte Bonaventure Desperriers : ... « On parla de cet homme (un veuf qui demandait la main d'une jeune fille) en diverses sortes; et il y eut quelqu'un, entre autres, qui dit : « je ne serais pas d'avis qu'on la lui baillât; c'est un homme de mauvais gouvernement : il a mangé le dot (1) de sa première femme. » Cette jeune fille ouït cette parole, qu'elle n'entendait point telle que l'autre l'entendait; car elle était jeune, et n'avait point encore ouï dire ce mot de dot, lequel on dit, en certains endroits de ce royaume et principalement en Lyonnais, pour douaire; et elle pensait qu'on avait dit que cet homme avait mangé le dos ou l'échiné de sa femme. Et la fille, bien marrie, qui va faire triste mine devant sa mère, lui dit franchement qu'elle ne voulait point du mari qu'on voulait lui donner. Sa mère lui demande : « Eh ! pourquoi ne le voulez-vous pas , ma mie? » Elle répond : « Ma mère , c'est le plus mauvais homme : il avait une femme qu'il a fait mourir; il lui a mangé le dos. »
Si l'on veut se conformer toujours à la règle qui dit que les lettres doivent être prononcées avec leur son propre, on tombe dans l'erreur quand il s'agit d'une exception à la règle.
Dangeau raconte à ce sujet : « M"'® de... était scandalisée contre Eliogabale. — 0 que ces empereurs romains étaient cruels! s'écria-t-elle un jour en bonne compagnie, ils faisaient prendre des paysans et leur faisaient arracher la langue pour s'en nourrir. — Elle venait de voir un livre qui disait que cet empereur mangeait des pâtés de langues de phaisans, et s'imaginant qu'un p se prononçait toujours ^9;, elle avait lu des langues dejoaysans au lieu de langues de faisans. »
Les règles régissant les rapports de l'orthographe et de la prononciation sont d'ordinaire peu logiques : aussi tout le monde est-il exposé à se tromper à leur sujet. L'erreur n'épargne personne : si le vulgaire est soumis à ses lois, la coupole de l'Institut n'en défend point les membres de l'Académie française. Je n'en veux pour preuve que le dialogue suivant, entre Nodier et Dupaty. « Lisant à l'Académie des remarques sur la langue française, il (Nodier) disait que le T
(1) Au seizième siècle dot était du masculin et se prononçait do.
entre deux I a d'ordinaire, et sauf quelques exceptions, le son de rS : c( Vous vous trompez, Nodier; la règle est sans exception, lui cria Emmanuel Dupaty. — Mon cher confrère, répliqua le malicieux grammairien avec une humilité sarcastique , prenez picié de mon ignorance , et faites-moi l'amicié de me répéter seulement la moicié de ce que vous venez de dire. » L'Académie rit, et Dupaty resta convaincu qu'il y avait des exceptions. »
Je viens de montrer, je crois, dans ces pages que notre orthographe a besoin d'être réformée et que les meilleurs esprits pensent ainsi (1). Maintenant, il s'agit de dire quelles sont les réformes qu'il faut et qu'on peut dès maintenant opérer. Pour cela, je ne saurais mieux faire que de céder la parole ou la plume à M. Gréard, vice-recteur de l'Université de Paris, qui, dans la note présentée (en 1893) à l'Académie française — dont il fait partie — , traite le sujet aussi bien qu'il est possible.
(1). Une commission de réforme orthograpliique — chargée d'examiner les simplifications de l'orthographe française qui pourraient être admises dans l'enseignement — a été constituée par un arrêté ministériel en date du 20 avril 1896. Cette commission se compose de MM. : Gréard, président, Buisson, Gaston Paris, Liard, Rabier, Félix Hémon, Lebégue, J. Gautier, Wisemans, secrétaire.