ÉTAT 332 ÉTAT
publiée à la date du 31 janvier 1872.
ÉTAXOS. — Voy. EAUX, sect. II,
in.
ÉTAT. — Ce mot est synonyme de Nation; il sert aussi à dési^mer le Gouvernement, c’est-à-dire l’ensemble des pouvoirs et des droits d’une société d'hommes, d'un peuple.
I, — La mission principale de l’Eltat consiste à garantir aux membres de la Société le libre et paisible développement de leurs facultés individuelles dans les limites déterminées par les lois générales. En France, malheureusement, au lieu de se borner à demander à l'Etat la sécurité, toute la sécurité possible, et pour ainsi dire rien que la sécurité, on est toujours porté à attendre tout de l’Etat, a tout lui demander. Les excès de la centralisation et les envahissements de la bureaucratie ont, comme le dit très-justement M. Le Play, dans son beau livre : la Réforme sociale en France, « perverti les esprits en les habituant a croire
lie l’Etat a qualité pour se charger
e toutes les tonctions (]ui, chez les peuples libres et prospères, appartiennent exclusivement aux individus et aux familles. » — On ne saurait trop réagir contre ces déplorables tendances qui nous conduiraient au socialisme.
J. -B. Say s’élevait avec raison contre la fausseté de toutes ces images qui assimilent le chef de l’Etat au chef de la famille, et qui comparent les peuples à des troupeaux dont les Rois sont les pasteurs. « ... Dans la vie sociale, » oisait-il, le 2 décembre 1820, à l’ouverture de son cours d’économie industrielle au Conservatoire des Arts et Métiers, « par la nature même des choses, l’impulsion ne réside point dans le Gouvernement (il serait injuste de la lui demander), mais dans la Nation. Ce sont les hommes dont elle se compose qui sont chargés de se tirer d’affaire.
C’est là qu’est la pensée, c’est là qu’est l’action qui fait subsister la Société. C’est un emblème trompeur que celui qui représente l'Etat comme
une famille dont le c^ef de TAdministration est le père. Ces deux choses sont entièrement différéntes. Dans la famille, c’est du père que viennent tous les moyens de subsistance ; c'est dans sa tète que germent toutes les
fiensées utiles; c’est lui qui procure es capitaux nécessaires pour entreprendre l’ouvrage; c’est lui qui travaille et dirip le travail de ses enfants; c’est lui qui pourvoit à leur éducation et à leur établissement.
« Dans l’Etat, c'est tout le contraire : les conceptions qui procurent l’entretien du corps social, les capitaux, l’exécution des entreprises, se trouvent chez les gouvernés. C’est là que l’on étudie les lois de la nature, bases de tous les travaux humains, que l’on pratique les arts qui nous font vivre et d'où naissent les revenus de tons les membres de l'Etat, depuis les plus humbles jusqu'aux plus eminents. La nature a créé la supériorité du père sdr les enfants.
C’est elle qui a voulu qu’il fût, dans leur enfance, le plus fort, ensuite le plus expérimente. Loin ^ là, dans la société civile , non-seulement la force morale, mais la force physique est du côté de ceux qu’on a nommés, non sans quelque niaiserie, des enfants; car plusieurs millions d’hommes, endurcis à la fatigue, sont plus forts que quelques centaines seulement qui les gouvernent.
« Ce n’est pas un tableau plus fidèle que celui qui représente les citoyens comme des brebis, et ceux d’entre euxqiii sont chargés de veiller sur les intérêts communs, comme des Pasteurs. Un tel langage n’est propre qu’à rabaisser la dignité de l’homme à l'importance des brebis. Ces bergeries politiques ne conviennent plus à un siècle parvenu à sa maturité. »
— De nos jours, de nombreux publicistes ont aussi élevé la voix contre les dangers de cette absorption de l’individu par l’Etat. L’un d’eux, M. Charles Dollfus, dans un vigoureux écrit intitulé : Liberté et Centralisation, s’exprime ainsi (page 64] :
« On a, chez nous, confondu sans cesse l’Etat avec la Société. L’Etat
ETRA