‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 102 sur 194 · LULLE · texte numérisé non relu

LULLE

ess

et il Ta fait à riinage de sa ressemblance. Ces! par l'envie du démon *que la mort est entrée dans le monde, et ceux qui sont avec le démon imitent les œuvres de leur mattre; mais les Ames des justes sont dans la main de Dieu» et le tourment de la mort ne les louchera pas. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, et leur fia a été trouvée triste : car ce qui est pour nous un passage, ces gens-là i)ensent que c'est le terme; mais pour les justes, ils sont en paix; et s'ils ont souffert aux yeux des hommes, leur espérance est pleine d'immortalité. Us ont acheté g\r un peu de douleurs une félicité immense, ieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui ; il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise, il les a reçus comme la vietiuxe d'un holocauste, et il saura les retrouver. Alors on verra briller les justes comme les feux du soir qui voltigent parmi les roseaux. Ils jugeront les nations, ils seront les maîtres des peuples, et leur maître à eux aura un empire éternel 1 »

Tout le livre de la Sagesse est écrit dans ce beau style, et révèle cette inspiration profonde. Les sentiments y sont si chrétiens, que l'on (lourrait hardiment donner k son auteur le titre de prophète, si, comme tout engage à le croire, il a vécu avant Jésus- Christ.

Le livre de l'Ecclésiastique est un monument élevé à la gloire de la sagesse et des hommes sages. Jésus, fils de Sirach, y a réuni des maximes à l'instar de Salomon, et finit son livre par la louange des grands hommes de l'ancienne loi, Moïse, Aaron, Phinées, Josué, Caleb, Samuel, Nathan, David, Salomon et tous les autres iusqu'à Simon, fils d'Onias. Le style de l'Ecclésiastique est orné et pittoresque comme celui de la Sagesse; mais les beautés en sont moins classiques et portent un plus grand caractère d'antiquité.

LITURGIE. (Foy. CéaiiioifiBS, Htiinbs, Propre du tkmps. Proses.)

LULLE (RATMaND), — est un de ces grands hommes problématiques dont le nom appartient k la poésie plutôt ou'à l'histoire, parce uue leur vie se eonfona avec leur légende. Raymond Lulle personnifie la recherche de l'absolu au moyen Age. Docteur sans avoir jamais étudié, alchimiste de la pensée et do la science, il prétendit avoir inventé un art universel. Un génie plein d'aspirations puissantes, une ime passionnée, une activité infatigable ne lui permettaient pas d'être un grand homme ordinaire : il fSaJlait qu'il devint un révélateur ou un fou, et il sut éviter l'une et l'autre extrémité en se précipitant dans le martyre. Ses partisans voulurent en faire un saint , ses ennemis poursuivirent sa mémoire, et, au xvir siècle encore, il lui restait de chauds partisans. Sa légende est des plus romanesques, mais elle emprunte aux idées religieuses de si grandes beautés, que nous ne saurions la mettre en oubli.

Un gentilhomme de Barcelone, nommé Raymoud , de l'antique et illustre fomille des LttUe , ayant servi généreusement

Jacaues I", roi d'Aragon, entreprit de chasser les Sarrasins des Iles de Miyorque et de Minorque , et, ayant réussi dans cette campagne contre les infidèles , vint se fixer dans une des lies qu'il avait reconc^uises à son rai, et y amena sa femme, dont il eut, dix ans après, un fils auauel il donna son non de Raymond, et qui liit notre Raymond Lulle.

Quand cet enfant, qui manifestait une intelligence extraordinaire, fut en âge d'étadier, on lui donna des maîtres, mais il ne put rien apprendre. Son génie était comme ces belles perles de la mer qui ne s'ouvrent qu'à la rosée du ciel, et le ciel n'avait pas encore parlé pour lui. Son père lenvoja donc à la cour de Jacques II, qui, plus lard, fit le jeune Lulle sénéchal des tles et grtiid prévôt ou maire de son palais. Ayant acquis une grande faveur et de grandes richesses, il fit un mariage de convenance, et eut trois enfants, deux garçons , nommés, l'un Guillaume et l'autre Rajmond comme son père ; mais le cœur inquiet de Raymond Lulle ne trouva la paix ni dans la faveur de son prince, ni dans les honneurs qui accompagnent les richesses, ni dans les joies de la famille. 11 aspirait à quelque chose d'immense et d*étemel , qu'il ne savait pas définir , et son ftme était malade de ce vasue désir de Tinconnu. 11 vit un jour une oame dont la piété extraordinaire augmentait encore l'éclataDle beauté; l'expression angélique de cène figure, oji se révélait d'avance la béatitude infinie, trompa les aspirations de Raymond ; il crut trouver dans une pas^on cruninelle le bonheur qui le fuyait toigours , et il se mit à importuner et à obséder môme celte dame, oui était de Gènes et se nommait Ambrosia di Castello. Cette sage personne ne crut pas devoir combattre rudement et ouvertement la passion de cet insensé, en qui elle devinait un grand homme, et peut-être un jour un grandi serviteur de Dieu. Elle lui dit seulement que jamais elle ne se livrerait à des sentiments que la crainte de la moii empoisonnerait toiyours pour elle. < Je sens mon cœur fait pour aimer toujours, et c est pourquoi il se retient d'aimer dans ce monde où tout doit mourir. Mais, ^jouta-telle, on dit que la science peut trouver an élixir qui prolonge indéfiniment la vie. Cherchez le secret de cet éHxir, 6 Raymond I et quand vous l'aurez trouv'é pour nous deux, peut-être alors pourrai-je vous aimer et vous appartenir. »

Ambrosia di Castelio ne parlait ainsi que pour gagner beaucoup de temps, espérant que pendant cet intervalle, l'étude, le temi»s et la ferveur de ses prières éteindraient la passion de Raymond Lulle. Mais cette parole d'unepersonne aimée frappa l'imaginatioa du chercheur. La science 1 il n'y avait pàs encore pensé. Le voilà qui se livre à l'étude de Taichimie avec persévérance, avec opiniâtreté, avec désespoir ; les années se succèdeoti il devient veuf, Ambrosia di Castello uerd ellemême son époux : Raymond semnle avoir oublié celle <]u'il avait voulu rendre coupable ; la science l'absorbe tout entiCi'» ii

ses

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