‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 103 sur 194 · LULLE · texte numérisé non relu

LULLE

palpite d^espérance, il va achever le graLd oeuvre :rorse liquéfie et devient potable ; une liqueur vermeille a rempli deux fioles de cristal. Raymond a reconnu tous les signes alchimiques de la médecine universelle.

Dans son enthousiasme il t)oit avidement rimmortalité» et court chez Ambrosia di Castello ; mais, hélas I Télixir qui conservait la vie ne pouvait rendre la jeunesse , et pendant de longues années de recherches le pauvre alchimiste avait vieilli. L'élixir mi'il vient déboire n'a immortalisé que ses rides, mais il ne le croit pas, tant la foi en son (BUTre le transporte : il se sent immortel, et il se croit jeune. Hélas ! est-ce bien la belle Ambrosia qu'il a devant les yeux 7 11 ne voit

3u*une pauvre femme pâle, mourante et éjh ridée. « l'apporte la vie, lui dit-il en lui tendant la fiole avec délire : voici votre part d'immortalité ; buvez sans crainte, j'ai déjà bu la mienne : vous ne me reconnaissez pas sans doute. Oh 1 c'est que je suis rajeuni I . . — Reconnaissez-vous vous-même , lui dit Ambrosia en lui présentant un miroir. Estce avec ces cheveux blancs et ces rides qu'il sied de se rappeler les erreurs de la jeunesse autrement que pour en gémir? N'avez- vous donc à partager avec moi qu'une immortelle décrépitude? Pitié pour moi I Raymond ; je préfère le ciel à votre enfer ; mais pitié aussi pour vous-même I Voyez ce que vous voulez rendre immortel. » A ces mots, d'un geste terrible, Ambrosia entr'ouvre sa robe et fait Toir à Raymond un ulcère hideux qui lui a rongé la poitrine: l'alchimiste pousse un cri terrible eu portant les deux mains à ses yeux ; la fiole tombe à terre et se brise. — « Mon Dieu ! mon Dieu ! ayez pitié de lui ! murmure la sainte femme en tombant à genoux, tandis que Raymond Lulle s'enfuyait éperdu en criant : « Mourir I mourir I » Puis, rentré dans son laboratoire, il brisa ses instruments de chimie, se revêtit d'un ciliée et jeûna pendant plusieurs jours avec d*affreuses macérations et des larmes continuelles. Ses forces ne s'affaiblirent pas , et il murmura en se tordant les mains : < Ah I je suis immortel. . . comme les damnés I »

Après plusieurs nuits de Teilles et de larmes il s'endormit enfin, et Jésus crucifié lui apparut en songe. « J'étais immortel par nature, lui dit le Sauveur du monde, et j'ai donné volontairement ma vie pour toi.

Donne-toi tout entier à moi, et je te sauverai de Tenfer de la science. »

A son réveil, Raymond Lulle avait tout oublié, excepté son ardent désir d'expier ses fautes. 11 assista quelques jours après, Ambrosia di Castelli à son lit de mort, et se chargea pour elle d'un pèlerinage à Saint- Jacfiues de Compostelle : il fit ce voyage pieas nus et demandant l'aumône. A son retouril distribue tousses biens aux pauvres, et se retire sur la montagne des Lauriers, aiipelé en arabe Arienda^ et en espagnol Henda ; là il se bAtit un petit ermitage, ou plutôt une tombe, et devint, malade de la maladie dont il devait naturellement mourir, si i'éUxir qu'il avait bu ne lui eût conservé la

vie. Alors il conjura encore une fois avec' larmes Dieu de le laisser mourir. Sa prière fut si fervente, que le Sauveur lui apparut encore une fois, et lui promit de le délivrer quand il aurait vaillamment combattu pour lui contre les infidèles ; mais lui dit encore une fois que la mort du martyre était la seule porte ouverte pour la délivrance d'un chrétien qui avait eu la folie de vouloir être immortel sur la terre. Raymond eut donc la tristesse de guérir ; mais les anges, pour le consoler de vivre, lui apparurent, ainsi que l'Ame d^Ambrosia di Castello, dans une chapelle consacrée h la Mère de Dieu. Là, Raymond Lulle lut tout h coup illuminé d'un rayon de la science universelle : il vit un grand arbre dont toutes les feuilles étaient chargées de caractères mystérieux en toutes les langues , et il lui filt promis qu'autant de nations profiteraient de ses enseignements qu'il ^ avait de caractères différents sur les feuilles de cet arbre, qui représentait la synthèse universelle. Raymond alors tombe en extase, et un seul mot, qui résume k la fois Dieu et ses œuvres, s'échappe plusieurs fois de ses lèvres : 0 bonitas I

Tous les ans, à pareille époque la maladie revenait, comme si la nature eût reclamé ses droits et protesté annuellement et à chaque anniversaire contre la violation de ses lois. Le Sauveur du monde alors revenait consoler Raymond Lulle, et remplissait la maison qu'il habitait d'une suave et incomparable senteur. En mémoire de ces visions, plusieurs actes authentiques ont été dressés, et plusieurs tableaux ont été peints en manière d'eX'Voto^ dont plusieurs se voient encore tant dans la maison d'André de Gazelles, où avait demeuré Raymond Lulle, que dans les archives du sénat de Majorgue et dans l'église des Pères Franciscains de Palma.

Après la mort de Jacques le Vainqueur, Raymond fonda un monastère pour les Cordefiers, dont il prit l'habit, et commença à étudier la langue arabe pour aller prêcncr la vraie reli^ponaux mahométans : car Tinspiration divine le poussait au martyre ; et comment eût-il obtenu la couronne du martyre ailleurs que parmi les fanatiques sectateurs du Coran? En ce temps-Ja il vint à Paris, et y publia une sorte d encyclopédie.

Le nombre de ses ouvrages n'est pas moindre que trois cents volumes, dit toujours la légende : aussi ne sait-on pas au juste combien de temps se prolongea sa vie. On voit passer les papes, les empereurs, les générations, et Raymond Lulle vit toujours. Il advint cependant une ibis que le saint homme crut toucher à l'heure de sa délivrance : it avait pris pour valet un Maure, afin de se mieux familiariser avec la langue des Sarrasins. Cet infidèle ayant compris que son maître voulait détruire la religion de Mahomet, résolut de l'assassiner pour être agréable à son prophète. Raymond Lulle reçut en effet un coup de «poignard qui ne se trouva pas mortel, et eut encore la force de défondre son assassin contre ceux qui accoururent au bruiti et voulurent mettre le misérable en

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