‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 145 sur 194 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

E.VOS , Arikl , Gardes.

ENOS

Voilà donc la faveur de ce peuple imbécHe, Toujours et sans raison remuant et servile ! Il s apaise au hasard comme il s*est irrité ; Téméraire sans gloire, orgueilleux sans fierté. De l'audace effrénée 11 tombe à la bassesse. Et se fait pardonner à force de faiblesse. Comme il sait bien venger son tumulte inconstant De nous avoir aimés et suivis un instant ! Au seuil de ce palais, où tout nous abandonne. C'est lui qui maintenant déjà nous emprisonne. Mais ne nous plaignons pas I ces malheurs nous sont

[dus.

Ton déplorable amour, hélas! nous a perdus. Le peuple à ton exemple allait frapper un traître; Lorsqu'il t'a vu subir le prestige du maître. Son courage énervé Ta trahi sans retour. Tant les plus nobles cœurs sont trompés par l'amour ! Mon fils, le droit divin, le droit de la justice. De tout grand criminel consacre le supplice; Si le peuple est victime, et le tvran bourreau. Le tyran doit régner par le droit du tombeau. Sur la corruption Dieu lui donne l'empire. Et livre tous les morts au néant qui Tinspire. Mais si comme un senl homme un peuple en se le-

[vant Repousse le cercueil et se montre vivant. Si Dieu lui souflle au cœur le sublime courage De secouer le joug d'un indigne esclavase, 11 est maître à son tour, et peut rendre la mort Par le droit du plus juste et celui du pins fort. Quant à nous , aiyourd^huii nos mams sont crimî*

[utiles.

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Et D0U8 ne sommes plus que d^impuîssants rebelles.

ARIEL

Hélas! on tarde bien, mon père, à nous punir.

ENOS

J*entends : à ta Zelpha tu veux te réunir, Piitscfu'en nous perdant tous tu ne Tas point sauvée. Ah ! l'heure du salut n'était pas arrivée.

ARIEL

Père, notre salut maintenant n*est qu'au ciel ! Pardonnez en mourant à Terreur d'Ariel, Et, dans Zelpha martyre adoptant une fille. Réunissez enfin votre heureuse famille.

Pour sauver les humains vous avez fait assez, ' L lissons à leurs tyrans ces troupeaux insensés, ^uand nous allons mourir , est-ce donc moi , mon

[père, Oui dois vous rappeler au mépris de la terre !

ENOS

Non, mon fils, mais pardonne aux regrets d'un vIimI-

[lard Qui jelte sur la vie un douloureux regard. J'ai vieilli dans Texll et dans les solitudes. Ma main s'est endurcie aux iravaux les plus rudes ; J'ai vieilli, j'ai pleuré, j'ai langui-, j'ai crie, Dans mes nuits sans sommeil jusqu'au jour j'ai prié ; Kl pour tant de tourments, de pleurs et de prières. Je ne voulais qu'un bien!... le salut de mes frères. J'aurais pour les sauver renoncé même au ciel ; Dieu m'en punit peut-être! Oh! vois, mon Ariel,* Comme ils sont retombés dans leur sommeil esclave. Comme de Thabitude ils ont repris l'entrave. Tout est silencieuT, et déjà, sans retour, Babel vient d'oublier sa liberté d'un jour. Et moi qui me vouais pour eux à l'anal bème. Je ne puis en mourant affranchir que moi-même.

ARIEL

Père, c*est au Seigneur de sauver les humains.

ENOS

Oui... remettons, mon fils, notre &me entre se

[ mains.

D'un zèle trop amer je blâme les tristesses ;

Mais qui peut ici-bas être homme sans faiblesses?

A la tin de ses jours tel se croit triomphant,

Qui pour le ciel cncor n*esl qu'un débile enfant.

Te l'avouerai-je aussi, dans cet instant suprême.

Mon œil cherche en pleurant une autre enfant que

[j'aime;

Je tremble pour Ada, pour le livre sacré.

ARIEL

Je vois s'ouvrir enfin ce palais abhorré. Un cortège funèbre ! ô fUle infortunée ! Morte eu sauvant son père, et morte assassinée Par lui!

ENOS

Que veut cet homme au visage insolent ?

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