NARRATION
Mi
Boages M>nt la poussière do ses pieds. 11 sroode la mer et elle se dessèche... Sa colère aéborde comme une lave et les rochers se fendent... Le Seigneur est bon, il donne la force aux siens pendant les jours de la tribulation, et il oonnatt ceux qui espèrent en lui. »
Cette opposition de la bonté et de la puissance des vengeances et de Tamour d'un Dieu sont de la plus haute poésie. Les expressions du prophète sont d*ttne hardiesse qui étonne.
« Le déluge jmsse et dévore la terre ; les ténèbres poursuivent les ennemis du Seigneur. Voyez ces gens qui s'enivrent ensemble, et qui s*eniDrassent comme se tordent les branches d*un buisson aride I... Ecoulez le feu qui pétille!... Demain le vieux monde aura passé comme la cendre qui vole, et voici venir sur les montagnes les pieds de ceux qui évangélisent la paix 1 Israël, relève-toi , et reviens , célèbre tes fêtes ! Le mal n'existe çlus dans le monde, et Baal est mort tout entier. »
Tel est le début et la première partie de l'ode, partie dogmatique où Dieu, ses en* nemis^ ses amis, le présent et l'avenir sont mis en présence ; et pourquoi 7 Pour menacer Ninive.
« Malheur à Ninive I Voici ton vainqueur, voici ton destructeur, ville impie I Regarde sur les chemins, ils viennent 1 ils viennent ! Prenez vos boucliers I... Mais déjà vos boucliers brûlent,... le feu a dévoré les coûr^ roies de vos chars,... vos conducteurs sont ivres, les quadriges s'entre-choqiient sur vos places et courent en trataant des flammes comme des comètes échevelées... Où sont les ^erriers, où sont les braves ? Un ennemi inconnu monte le long des murs, la nuit Je couvre comme un voile, et personne pour défendre la ville... Mdheurl... malheur!
Les portes des fleuves sont ouvertes et le temple est tombé sous le choc des eaux. L'inondation réfléchit les flammes , et le pavé de Ninive a disparu sous des vagues de feu liquide... Tous les combattants sont en fuite... Arrêtez ! arrêtez I... Personne n'entend 1 personne ne revient au combat. Des troupeaux de captives se pressent comme des colombes effrayées, et gémissent comme des tourterelles. A vous tout l'argent 1 à vous les monceaux d'or I... Les richesses sont intarissables , les vases précieux sont jetés à qui veut les prendre. Elle n'est plusl elle est ruinée. Sa pourpre est déchirée , son cœur a défailli, ses genoux ont fléchi... O reine I ô Ninive 1 la fumée a noirci ton visage... Où est maintenant l'antre des lions T Les lions se promenaient sur tes places , et personne ne se présentait pour les chasser; ils venaient tranquillement chercher leur proie y et la pâture de leurs lionceaux , et ils choisissaient , et ils déchiraient, et ils remplis.saient leurs tannières de débris ensaaglantés : mais le Seigneur a dit : Le glaive dévorera les lions , les chariots s*évanouiront en fumée, et l'on n'entendra plus dans
aucune cour du monde la voix de tes embassadeurs t
a Malheur à la cité sanguinaire , à la fi!le du brigandage ! Tu t'es agrandie par le voi, et c'est le vol qui t'anéantira. Entendez-vous eiaouer les fouets des guides, et le tonnerre de la roue qui gronde ? Ecoutez i c'est le hennissement des chevaux qui piétinent , le tourbillon des chars qui mugissent , les cris des cavaliers qui s'excitent I... Regardez I regardez ! ce sont les éclairs du glaive, les étincelles de la lance... Voici le rMe de la multitude qui meurt, le fracas des ruines ui tombent ; le champ des cadavres n'a plus e bornes, et les vivants trébuchent en so heurtant contre les morts. Misérable Ninive I toi qui étais belle et qui vendais tes sourires aux nations, te voilà' hideuse et nue. Tous ceux
3ui te verront reculeront d'horreur et de égoût , et l'on dira : Quoi! cette Ninive est dévastée I Mais qui te plaindra et daignera hocher la tête à cause de tes malheurs ? où chercherai-je celui qui pourra ou qui voudra te consoler ? »
On n'anal vse pas une poésie pareille ; on la lit, et on frisonne.
« O roi d'Assur, » dit le prophète en finissant, « tes pasteurs d*hommes se sont endormis, tes princes sont dans le cercueil , Ion peuple a lui dans les montagnes, et personne ne rassemblera le troupeau dispersé. La calamité qui t'écrase ne t'a pas frappé dans l'ombre, l'horreur de tes plaies est étalée h tous les yeux. Tous ceux qui ont appris *ta chute ont frappé des mains et ont applaudi à ta perte. Sur quelle tète en effet n'avait pas marché ton or^pieil 7 »
Ainsi se termine la prophétie de Nahum , qui a inspiré à John Martvn un de ses tableaux les plus sombres et les plus terribles. Qu'est-ce auprès de cela que tous les chefsd'œuvre de lart profane 7 Ecoutez donc les tambourins et les trompettes, quand un pareil tonnerre vient de gronder I
NARRATION.— Nous n'avons pas h parler ici de la narration en général. Quant à la narration qui appartient à la littérature chrétienne, les modèles en sont dans la Bible et dans l'Evangile. C'est là , en effet , que nos légendaires les plus poétiques se sont inspirés. On ne saurait trop imiter cette simplicité de formes, cette bonne foi si aUc;uste, cette concision souvent si sublime. Jésuêre-^ vint avec s€$parenis à Nazareth^ et il leur itaii soumis, — Les GaliUens méfier eni Jésus sur une moniagnepour le précipiter ^mms lui j passant au milieu aetuc^s'en alla. — Inclinant la téte^ il expira. Comparez cette simplicité si émouvante k toutes les phrases de nos romanciers, et dites où vous trouverez le plus de force et de couleur.
Pour bien raconter, il faut savoir se mettre k la place de ceux qui écoutent ou qui lisent , supprimer par conséquent tous tes détails qui font languir l'intérêt , s'étendre au contraire sur toutes les circonstances qui pei^icnt et qui font mieux saisir les choses vraiment intéressantes , ne pas trop viser k la surprise, et varier avee soin ses couleurs,