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fanU en bas Age, est mille fois plus heureuse que celle qui« après les avoir élevés avec des soins infinis» se les voit arra*
cherl »
Deui bonnes vieilles avaient coutume d'être avec ces eniants : lune était la mère du surintendant» Vautre, sa tante. Elles voulurent savoir toute mon histoire, et je la leurtmcontai brièvement. « Que nous sommes malheureuses, disaient-elles avec Teipression do la douleur la plus vraie, de ne pouvoir vous servir en rien 1 Mais soyez sûr que nous prierons pour vous, et que si un jour votre grAee arrive, ce sera une fête pour toute notre famille. » La crémière, que je voyais le plus souvent, savait donner des consolations avec un art merveilleux , avec une éloquence bien douce. J'étais pénétré, en les écoutant, d'une reconnaissance toute filiale, et elles s» gravaient dans mon cœur. Elle me disait des choses que je savais déjà, et qui me frappaient comme des choses nouvelles : — Que le malheur ne dégrade pas l'homme, s'il n*est vil, mais l'élève au courtraire; — que si nous pouvions pénétrer les desseins de Dieu, nous verrions que souvent il faut plaindre beaucoup plus les vainqueurs que les vaincus, les heureux que les ailligés, les riches que les pauvres privés de tout ; — que la tendresse particulière que 1 Homme-Dieu témoignait aux infortunés est un fait d'une haute portée ; — oue nous devons nous glorifier de la croix, depuis qu'elle a été portée par des épaules divines.
Eh Sien, ces deux bonnes vieilles, que je voyais avec tant de plaisir, durent bientôt, pour raisons de famille, quitter le Spidberç; les petits enfants cessèrent aussi de venir sur la terrasse. ComUen ces pertes m'afiligèrent 1 »
Les chapitres suivants contiennent l'his* loire d'Oroboni. Nous les citerons en entier.
« La gène que j'éprouvais d'avoir les fers aux pieds, en me privant de sommeil, contribuait à ruiner ma santé. Schiller voulait que je fisse des réclamations à ce siyet, et prétendait qu'il était du devoir du médecin de me les faireôter. Pendant un peu de temps je ne l'écoutai pas, puis je cédai à se^ conseils^ et je dis au médecin que, pour recouvrer le bienfait du sommeil, je le priais de me faire retirer la chaîne, au moins pour quelques îours^ Le médecin répondit que mon état n'était pas encore tellement grave qu'il pût me satisfaire , et qu'il fallait nécessairement que je m'habituasse à la chaîne. La réponse m'indigna, et j'enrageai d'avoir fait une demande inutile. • Voilà ce que j'ai gagné à suivre votre conseil obstiné, »dis-je à Schiller. Sans doute je lui dis ces paroles d'un ton fort dur : car le brave homme, un peu brusque de sa nature, s'en offensa. « S'il vous liéplatt, s'écria-t-il, de vous être exposé à un renis , moi, ii me déplaît que vous fassiez le fier avec moil » Puis il continua, en me faisant un long sermon : c Les orgueilleux font consister leur grandeur k ne pas s'attirer de refus^ à ne pas acccfyter ce qu'on leur
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offre, à rougir de mille niaiseries. Attt leym I Aneries que tout cela ! vaioe grandeur I ignorance de la vraie dignité l La vraio dignité consiste surtout à ne rouffir que des mauvaises actions ! » Il dit, et s^a alla en faisant un fracas infernal avec ses deCs» Je restai ébahi. — Eh bien, disais^e, cette Iranchise brutale me plaît» Elle part du coeur, comme ses offres, comme ses conseils, comme sa compassion. Et ne m'a-t^l nas dit la vérité ? Coinbien de iaibiesses je déeorf du nom de dignité » qui ne sont réellemea. qu'orgueil I
A 1 heure du dtoer, Schiller laissa le condamné Kunda m^apporter dans ma prison l'eau et les pots de fer, et a'arréta sur la porte. Je l'appelai. « Je n'ai pas le temps, » répondit-il avec sécheresse. Je quittai te lit de camp, j'allai à Im, et lui dis : « Si voei voulez que mon dtner me fasse du bien, ne me faites pas mauvaise mine. — Eh I quelle mine voulez-vous quei'aîe ? demanda-t41 eu e déridant. — Celle d'un homme joyeat, 'un ami, répliquai-je. — Vive la joie 1 s'é-
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eria-t-il. Et si, pour que votre dîner foiis iasse du bien , vous vouiez encore me voir danser, vous voilk servi h souhait. « Et ii se mit à gandMder avec ses maigres et longues perches, d'une manière si plaisante, que j'éclatai de rire. Je riais, et mon ccaor éisii ému.
Un soir» Oroboni et moi nons étions i k fenêtre, et nous nous plaignions k l'envi dé souffrir de la faim* nous élevâmes un peu k voix, et les sardes crièrenL Le surintendant, qui par malheur passait de ce c6té, se crut obligé d'appeler Schilter , et de le gronder vertement de ce qu'il ne veillait pas nùeux à nous faire garder le silence. Schiiler, tout irrité, vint s'en plaindre à moi, et m'intima l'ordre de ne plus parler jamais à la fenêtre. Il voidait que je le lui promisse. « Non, répondis-je, je ne veux pas vous le promettre. -^ Oh I der ieufetl derêeufelt cria4-il, c'est à moi qu'on dit : Je ne veux pas l kmoi qui reçois une maudite algarade à cause de vousl — Je regrette, mon cher Schiller» que vous ayez reçu une alj^arade; je le regrette bien sincèrement ; mais je ne veux pas iaire une promesse que je sens oue |e ne tiendrais pas. — Et pourquoi ne la tiendriez-vous
Kas? — Parce que cela me serait iaipessile; parce que cette solitude continuelle est un tourment si cruel pour moi , que je oe résisterai jamais au besoin de laisser écbap> per quelques mots de ma poitrine, et d'ia* viter mon voisin à me répondre. Et si te voisin se taisait, j'adresserais la parole aux barreaux de ma fenêtre» aux caUines qui sont là en face de moi» aux oiseaux qui volent. — Der teutel / Et vous ne voulez f^ promettre? — Non, non^ non l » m'écriai-je. n jeta à terre son bru) anl troosseaa de clefs, et répéta : « D^r ieufcl i éer InÊfdl • Puis il s'écria en m'emhrassant : • Eh bisn, dois-je cesser d'être homme pour ees ca* uailles de clefs 7 Vous êtes un ^ant homme, et je suis charmé que vous ne vouliez V^ me promettre ce que vous ne tiendnat ps*
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A Totre place j*en ferais autant. » je ramassai les clefs et les lui rendis. « Ces clefs, lui dis-je, ne sont pas si canailles^ puisqu'elles ne peuvent faire d'un honnête caporal comme TOUS, un sbire farouche. — Et si je croyais qu'elles pussent le faire, répondit-il , je les reporterais à mes supérieurs , en leur disant : Si vous ne voulez pas me donner d'autre pain que celui du bourreau, j'irai demander Taumône. » Il tira de sa poche un mouchoir, s'essuya les yeux , puis les tint levés, en joignant les mains, dans l'attitude de la prière, le joignis les miennes, et je priai comme lui en silence. 11 comprenait que je faisais des vœux pour lui, comme je c«>mprenais qu'il en faisait pour moi. En s'en allant il me dit tout bas : « Quand vous causez avec le comte Oroboni, parlez au moins le plus doucement que vous pouvez. Vous ferez ainsi deux bonnes choses à la fois : d'abord, vous m'épargnerez les réprimandes de M. le surintendant ; ensuite vous ne laisserez pas entendre des conversations... dois-je le dire?... des conversations qui, si on les rapportait, irriteraient encore davantage celut qui peut punir... » Je l'assurai que désormais il ne sortirait pas dé nos lèvres une seule parole qui, rapportée à qui que ce fût, pût nous compromettre.
Nous n'avions réellement pas besoin d'avertissement pour être sur nos gardes. Deux l>risonniers qui se mettent en communication l'un avec l'autre, savent fort bien se créer un jargon qui leur permette de tout dire, sans être compris de quiconque les écoute.
le revenais un matin de la promenade : c'était le 7 août. La çorte d*Oroboni était ouverte, et dans sa prison se trouvait Schiller, qui ne m'avait pas entendu venir. Mes gaities veulent presser le pas pour fermer cette porte. Je les préviens, je m'élance, et me voilà dans les bras d'Oroboni. Schiller fut déconcerté; il s'écria : Der teufeU der ieufel 1 et leva le doiçt pour me menacer. Mais ses yeux se remplirent de larmes, et il d:t en sanglotant : « O mon Dieu, ayez pitié de ces pauvres gens et de moi, et de tous les malheureux, vous qui avez été si malheureux sur la terre I » Les deux gardes pleuraient aussi. La sentinelle du corridor, s*étant approchée, pleurait de même. Oroboni meuisait : « Silviot Silvio I ce jour est un des plus beaux de ma viel » Je ne sais ce que je lui répondis; la joie et la tendresse m'avaient mis hors de moi.
Quand Schiller nous conjura de nous séparer, et qull fallut lui obéir, Oroboni versa un torrent de larmes, et me dit : « Nous ne nous reverrons plus ici-bas. » Et je ne le revia plus ! Quelques mois après sa chambre était vide, et Oroboni gisait dans ce cimetière que j'avais devant ma fenêtre I
Depuis que nous nous étions vus un instantt il semblait que notre amitié fût encore plus tendre et plus étroite qu'auparavant; il semblait que nous fussions devenus plus nécessaires 1 un à l'autre. Oroboni était 41Q beau jeune homme» de noble aspect.