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])Oinl votre secours à ces ouailles qu'il vous a plu de ramenpr dans votre heureuse ber-
rrie, et qui sont maintenant si obéissaines votre voix; départez-leur toujours vos faveurs en abondance ; environnez-les de votre grâce comme d'un mur inébranlable, et ne cessez point d'illuminer leurs esprits et crenflammer leurs cœurs, afin qu'en accomplissant toutes vos volontés ils se rendent dignes de posséder la vie éternelle. Ne me renisez pas aussi, s'il vous pl«iît, votre assîblance dans mon ejctrôme faiblesse, et no m'imputez point comme un péché ce que je me hâte de les quitter. Car vous savez, moa Dieu, vous qui connaissez toutes choses, que je ne soupire qu'après vous seul, et que je vous regarde comme mon Seigneur et comme mon maître. » Ayant achevé cette
1)rière et fait trois fois en partant le signe de a croix sur ce bourg, il s'en alla secrètement en un autre lieu où il se cacha le mieux qu'il put.
Le peuple étant selon sa coutume venu le matin à l'église, et ne l'ayant point trouvé, ils furent tous saisis d'un merveilleux étonnement, et comme des brebis égarées furent de tous c6tés chercher leur pasteur, et reni-
1)lissant l'air de cris, ils l'appelaient tous en ondant en larmes. Après l'avoir cherché très*longtemps, et ne le pouvant trouver, alors, tout abattus de douleur, ils furent dire à l'évêque l'affliction qui leur était arrivée, ce qui le toucha extrêmement, et il envoya aussitôt plusieurs personnes chercher l'homme de Dieu, afin de consoler son troupeau, qu'il voyait être dans une tristesse nonpareille. Chacun l'ayant cherché comme on chercherait une pierre précieuse, mais inutilement, l'évêque tint conseil, puis, se faisant accompagner de tout son clergé, il s'en alla dans ce bourg, où» pour consoler ce peuple, il leur fit une prédication si pleine d'amour et de charité, qu'il adoucit en quel-
Sue sorte la douleur qu'ils avaient conçue e la retraite de ce saint homme ; et les voyant si fermes en la foi de Jésus-Christ, il en choisit entre eux quelques-uns d'une vertu éprouvée, lesquels il établit prêtres, diacres et lecteurs. Saint Abraham l'ayant su en eut une joie tout extraordinaire, et dit en glorifiant Dieu : « O mon Dieu et mon Diattrelqui êtes le Père très-doux et l'ami très-charitable des hommes, quelles actions de grâces vous rendrai-je de tant de faveurs, que vous m'avez faite3 T J'adore et admire votre conduite. » Aussitôt après» il s'en retourna en son ancienne cellule, et en fit une autre plus reculée, dans laquelle il s'enferma avec joie.
N'est-ce pas un miracle, mes chers frères, dont on ne saurait trop s étonner, et qui est digne d'une louange éternelle , que, durant tant d'afflictions ou il avait souffertes dans ce bourg, il ne se cfépartit jamais de sa règle ? et peut-on trop admirer la grandeur et la puissance de Dieu, qui le rendit si patient et si ferme qu'il se trouva capable de convertir les autres, et de se conserver en même
temps dans la grâce de la sainte manière de vivre qu'il avait embrassée.
Chapitre VII. — Le démon tente en diterstt manières saint Abraham, sans lui poutoir jamais donner la moindre crainte.
Le démon, qui ne saurait souffrir les gens de bien, voyant que tant de persécu* tions qu'il avait excitées contre ce saint homme n'avaient pu lui faire perdre courage, ni diminuer en aucune sorte son eitréme amour pour Dieu , mais qu'au contraire, ainsi que l'or sort plus éclatant de la fournaise, sa patience et sa charité s'aug* mentaient toujours et le comblaient de joie dans ses souffrances, alors, tout transporté de fureur et de rage, il l'attaqua par une grande vision, espérant de le pouvoir tromper en suite de la crainte et de la frayeur qu'il jetterait dans son esprit.
Ainsi, lorsque, au milieu de la nuit, il était debout et chantait des psaumes, il vit reluire dans sa cellule une grande lumière semblable à celle du soleil, et entendit une voix comme d'une grande troupe de personnes qui lui disaient : « Tu es heureux, Abraham, et véritablement heureux ettidèle, puisque, dans la vie que tu fais, il d y en a un seul oui ait accompli toutes mes volont'és si parraitement que toi. » Le saint, connaissant la tromperie du malin esprit , éleva sa voix, et dit : « Que tes ténèbres soient maudites avec toi, ô esprit plein d artiQces et de tromperies I car je sais bien que je suis un homme pécheur ; mais, tout i>ible que je suis, l'espérance me fortifie; je ne crains, par la grâce de Dieu, aucune de tes embûches, et tous ces fantômes ne uie sauraient étonner, d'autant que le nom de Jésus-Christ, mon Sauveur et mon maître, lequel j'ai toujours aimé de tout mon cœur, me sert d'un très-puissant rempart contre toi, et me donne le pouvoir de te menacer, monstre infernal que tu es, esprit impur et plus misérable que l'on ne saurait le dire. > A ces paroles , le démon s'évanouit de devant ses yeux comme une fumée, et le saint, plein d'une extrême joie, rendit des actions de grâce à Dieu avec un esprit aussi trauquille que s'il n'eût point eu cette vision.
Quelques jours après , comme il était la nuit en prières, le diable, tenant une cognée en la main, s'efforçait de renverser sa cellule, et lorsqu'il semblait y avoir déjh fatt une ouverture, il cria à haute voix : « Hâte..-vous , mes amis , hâtez-vous de venir pour entrer et pour lui faire perdre la vie. > Alors saint Abraham n'employa pour toute défense que ces mots du psaume cxvu :
Toutes les nations m'ont environsié; mais éiani fortifié du nom du Seigneur, je suis assuré de triompher d'elles. Le démon n*eut pas plutôt entendu ces* paroles qu'il ibsfàrut, et la cellule demeura en son eutier.
A peu de jours de là , ce bienheureux homme , chantant des psaumes sur le oùnuit, une grande flamme commença à brâ- 1er le jonc sur lequel il était couché, ilors. sans être touché d aucune crainte, il taàt-
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cha sar ce feu et dit : Je marcherai sur les aspics et SUT les basilics ; je foulerai aux pieds les lions et les dragons ; et au nom de Notre-- Sei^Mur Jésus-Christ^ qui est mon appui et mon secours , je surmonterai toute la puis» sance de l'ennemi (Psal. xc). Le déojon $*eafuit, et criait en s*enfuyant : « Je te ferai mourir de quelque mort malheureuse, et trouverai des inventions pour t'écraser, toi
3ui me considères maintenant comme digne e mépris. »
Un jour, comme il mangeait, le démon prit la figure d'un jeune garçon et entra dans sa cellule, oii , s'approchant de lui, il tâchait de renverser son pot à boire ; mais Abraham le tint ferme et continua de manger sans crainte. Alors le diable, en sautant, prit soudain une autre figure, et mit devant lui un chandelier sur lequel il y avait une lampe allumée , puis , u une bouche abominable, commença de chanter à haute voix : Bienheureuses sont les âmes pures qui marchent dans la voie du Seigneur {Psal. cxvi), et continuant aussi à chanter plusieurs versets du même {)saume, le saint ne lui répondit un seul mot jusqu'à ce qu'il eût achevé de mander ce qu'il avait accoutumé ; et après il se leva et lui dit avec une fermeté d'esprit et une constance merveilleuse : « Malheureux et abominable esprit, qui n'es que faiblesse et que mensonge» si tu crois, comme il est très-véritable , que ceux qui marchent dans les voies de Dieu et qui l'aiment de tout leur cœur sont bienheureux, pourquoi leur es-tu si importun ? — Je les tourmente, répondit-il, afin de m'en rendre maître, et qu'ainsi, en les détournant de tou* tes sortes de bonnes œuvres, ils soient complices de mes méchancetés. » Le saint homme repartit : « Tu n'auras pas ce contentement, maudit que tu es, de vaincre aucun de ceux qui craignent Dieu, ni de pouvoir les détourner de la piété ; mais ce sont ceui qui te ressemblent ii|^qui, par leur propre volonté, s'éloignent ue lui, que tu peux tromper et que tu peux vaincre, parce qu'il n'est pas en eux; au lieu que ceui qui onX son amour gravé dans le cœur te font disparaître et évanouir ainsi que Je vent dissipe la fumée. Mais je prends à témoin mon Di«u, qui est le Dieu vivant, qui est béni dans tous les siècles, et qui est toute ma gloire, que, quand tu demeurerais ici durant tout te reste de ma vie, je ne te craindrai jamais, et je ne ferai non plus de compte de toi que d*un chien mort. »
Cmq jours après, ayant achevé la nuit de chanter les psaumes, le démon lui fit paraître une autre vision comme d'une grande troupe de gens qui s'exhortaient les uns le^ autres par de grands cris à le jeter dans une fosse ; ce que voyant il dit ce verset : Ils m'ont environné comme un essaim de mouches à miel, et se sont allumés de fureur contre moi^ ainsi que le feu s'allume dans les ^ines ; mais, fortifié du nom du Seigneur, je triompherai d'eux. Alors le démon s'écrfà : € Hélas 1 malheureux que je suis, je ne sais plus que faire pour te nuire. Tu demeures
DlCTlONX. DE LlTTÉBlTUUB CDRÉT«
victorieux dans tous les combats que j'entreprends contre toi; tu méprises toutes mes forces et tu me terrasses partout; mais cela ne me fait pas perdre courage, et je ne te quitterai jamais jusqu'à ce que je te réduise à t'humilier sous ma puissance. »
Alors le saint lui dit : « Que tu sois à jamais maudit avec toute cette puissance dont tu te vanles , impur et abominable démon ! et que Dieu soit a jamais honoré et glorifié, lui qui seul est saint et plein de sagesse, et qui, te livrant à tout ce que nous sommes qui l'aimons, afin que nous te foulions aux
gieds, fait que nous nous moquons de tes nesses, et méprisons tous tes artifices. Reconnais donc, 6 esprit également faible et malheureux, que nous ne craignons, ni toi, ni tous tes fantômes. »