‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 174 sur 194 · F0E9IE · texte numérisé non relu

F0E9IE

POeSK

llrt

nineux de TécbeUe die Jacob. Le verbe bumain ehert*be ainsi à exprimer et à peindre la féçoodité du Verbe oivin. La yoix biiH maine se fait l'écho de la voix divine. La

Késie de Dieu est écrite sur les pages ilaai^ vaotesdu qiel avec des soleils pour majus* cuies et des mondes pour ponctuation. Les harmonies des ^phèrei sont le rby tbme de sa parole» et l'homme a reçu de lui un sens in-* térieur pour Tentendre. Ce qu'il entend de loin à travers Timmensité» l'homme s'efforce de le répéter, et il accorde sa pensée )^ ceilo de Dieu comme un élève qui chercherait à reproduire les sons de la musique d'un f^rand maître. L'homme devient ainsi créaeur à l'image de Dieu et cherche à expliquer

Ton dit que la poésie est une imitation embellie de le nature. On pourrait la définir aussi de cette manière : La poésie est l'ex-

Eression humaine de la création divine; ou : i poSsie est le sentiment des harmonies universelles, exprimé par up langage barmo^ nieux et mesure. La poésie est donc essen-: Uellement religieuse dans son qrigine et dans son e^ence. L'hymne et la prière ont di être ses premières formes, elle ne saurait exprimer le désordre et le meo^onge sens se perdre et se dégrader.

Le sentiment poétique est dans l'huma-^ pité un besoin universel et insatiable, {1 va-r rie avec les Ages et les ^aisoo^ dQ la vie humaine, soit dans les individus, çoU dajos les giuples. Il subit les mpdiQcations des cli* ats, mais il se manifeste toujours. La poésie semble être une fille du soleil et se manifester comme lui de l'Orient à l'Occident ; aussi la Grèce avait-elle imaginé que Fhébus était le frère et l'inspirateur des Muses. La Bible, qui est l'épopée universelle, contient le commencement et la tin de toute poésie. Entre la Genèse et l'Apocalypse il y e un espace immense, où l'ombre de Dlen est assise dans le temps, touchant l'éternité des deux main?*

La poésie sanscrite n'est qa*ijin reflet de celle de la Bible sous un voile souvent bizarre d'allégories et d'apologues plus spér cialement appropriés au génie merveilleux de l'Inde.La Chine et l'Egypte avaient fait de la langue poétique une algèbre biéroglyphicrue dont l'ésotérisofe gardait la clef. La Grèce, dont le génie touche à celui de la, Bible par les hymnes d'Orphée, oublia bientôt l'idée pour la forme, dont elle poussa le culteiusjju'à l'idolâtrie. C'est ainsi que pour elle I unité divine disparut dans la confusion des images, et que le polythéisme naquit d'une poésie enivrée aelle-méme, qui s'a« dorait partout où elle voyait se refléter son sourire ou se projeter son ombre.

Homère résuma cette poésie excessive et se Qt le conducteur aveugle des Muses égarées. La civilisation latine suivit et imita (a civilisation çrecque. Virgile vint après Homère; puis les oracles se turent devant l'éteruelle vérité. La vraie et éternelle poésie

sortit de la Bible, comme un fruit d*oM Qeur, sous la forme des sainte Eva&gQes, Saint Jean résuma et compléta tous les prophètes. Le ciel et la terre furent changée : répée das barbares défricha le monde pour des semailles nouvelles ; Charlemagne ba-» laya à son tour les barbares et posa sur leur base les colonnes de la société moderne : le pontificat et l'empire, ces deux pouvoirs dont l'équilibre devait être celui du monde* L'œuvre de Charlemagne finit où commence l'épopée du Dante» cette arche colossale d^ la poésie chrétienne, bâtie un peu avant les cataclysmes du grand schisme et de la réforme»

La poésie a trois formes suooesaives :

rode, l épopée et le drame. Tout se rapporte à ces trois genres. L'ode est comme la syI-> lepse poétique; l'épopée est la synthèse; le drame, c'est Tépopee en action. Entre l'ode et l'épopée il doit y avoir toute une philosophie et toute une civilisation* Le monde nellénique marche précédé par Or^ phée et suivi par le vieil Homère. L'un montre le chemin et règle le pas des nations avec sa lyre; l'autre fait passer devant lui le$ peuples comme un grand troupeau, et se 9ert de son bâton d'aveugle et de mendiant comme d'une houlette de pasteur. Euripide et Sophocle viennent ensuite et jouent en tragédie les poèmes d'Homère, dont ils ne $ont que les interprètes et les commenta-^ teurs. La poésie chrétienne a pour guide Moïse au lieu d'Orphée ; pour épopée elle a la Bible, dont le Dante, le Tasse, Hilton» KIopstock et Alexandre Soumet, ne sont qu^ les commentateurs. La passion d'un Dieu et la résistance de l'homme qui se damne mal*

Îfé la rédemption sont ses grands drames, .e mystère de la passion et le mystère de Faust marquent deux grandes époques dans la poésie moderne,, et symbolisent tour à tour la foi du moyen âge et la philosophie des siècles d'incrédulité.

Selon quelques moralistes plus sévères quf) savants, la poésie ne serait que la sorapondance de l'imagination exaltée et le luxe en quelque sorte de la nature déchue et condamnée à mourir. Pour eux là poésie chrétienne est impossible, car trouver de la poésie dans les mystères de la loi, c'est les profaner : les réalités terribles de l'éternité qui nous menace doivent épouvanter et décourager tous les inventeurs de fictions ; la foi a'a pas besoin qu'on l'amuse. Tout cela est vrai en un sens. Hais si le Saint-Esprit n'a pas dédaigné d*orner $a parole des plus

Sandes beautés littérairest nous est^ll dé- [idu de les voir? Est-il défendu à la mé* ditation d'honorer les saintes images qui re> présentent les mystères, et de représenter è notre esprit les scènes touchantes de Beth* léhem et du Calvaire? La foi n'a pas besoin qu'on l'amuse, sans doute, mais il faut l'ios-* traire ou proportionner rensei^ement à toutes les intelligences. Or combien d'bommes pour arriver h la foi doivent y être attirés comme les enfants par l'imagination et par le cœur? L'espérance d'ailleurs nV

fOESlE.

POESIB

Mt(h

t-elle pu» besoin d*6(re eocouragét et consolée i>Kr Tiroage des biens qu-elle attend, et la charité ne sait -elle pas parler toutes les lang\ieSf mais^ la langue poétique surtout, parce que e*è8t la langue de-rbarmonie et de ramourî Nier, la poésie chrétienne* c'est nier un fait, c*est fermer les yeux à une splendeur, c'est refuser son cœur à une beauté existante. Il n'est plus question de^sa- Toir si la poésie chrétienne peut ou ne peut pas ètre;.elle est.

Pascal, ce penseur trop sublime, qui deirint janséniste parce qu il n'avait pas la religion du cœur, Pascal, qui calomniait Tin^ dulgesee, ne croyait pas à la poésie; il n'y voyait que des accouplements de çrand»

mots^ vides de sens, comme : fatal /otiner, M 6$ire^ à nulle autre eeconde. N'avait-il dono jamais lu de poésie que dans Chapelain ou Scudéri? EUAi-il incapable de comprendre Corneille ou Racine 7 Ce serait triste à supposer.

La poésie est dans la nature, la science en a fait un art, la religion en fait un culte et un enseignement. L*art poétique s'est formé d'après les exemples des premiers maîtres* et ceux-ci n'eurent pour guides que la nature et leur propre génie. Aristote chez les Grecs et Horace chez les Latins ont composé des poétiques fort connues. En France l'art poétique commença par les rapsodies des chanteurs errants, dont les règles traditionnelles formaient ce qu'on appelait alors la gaie eeieeue. Sous le règne de Charles YllI, un anonyme, connu seulement sous le nom de l'infortuné, publia en vers un art poétique intitulé : Le jardin de plaisance et Fleur de rhétorique. Il y appelle la poésie une seconde rhétorique :

losQyviz faat son éloqaence Afin que Tinspiration , Don de seconde rhétorique , Et la réverbération De rinfliteflce colorieque De son regard scleniîfiqae DoBoe la clère vision.

La poésie donc,. selon Vinfortuni^ est une éloquenoe inspirée et plus vivement colorée. Ses précep^s sont bons, mais son style n'est ni harmonieux ni clair. Pierre Fabrv, curé de Méray, composa peu de temps après •t publia, en 1539, Le grand et vrai art de pleine rhétorique^ où, après avoir donné les préceptes généraux, il indique dans un second livre « comment chacun pourra composer toutes sortes de descriptions en rhythmes, oommecbants royaults, nallades, etgénéralement toutes sortes» taillées en manière de composition. ».

Plus de dix ans après, Thomas SybiUet publia pour la première fois un Art poétiq[ue français. Il y envisage son sujet d'un pomt de vue très-élevé. La poésie, dit-il, a une origine commune avec la vertu, c'est-à-dire qu'elle prend naissance en ce profond abtme céleste où est laDivinité. Il distingue comme nous la poésie de Fart poétique. L*art, seloii lui, n'est que « Técorce de la poésie, qui recouvre sa ualmelle sève et son Ame uatu-

reHement divine. ^ Sybillet avait Vx Horace et Virgile, dont il parle avec admiration* et cherche déjà à ramener la poésie française à l'imitation des anciens. Joachim Dubellay le suivit dans cette voie et proscrivit en quelque sorte la poésie des troubadours. Il renvoie aux jeux floraux de Toulouse et au puy de Rouen « les rondeaux, baUades, virelais, chants royaux et autres épiceries^ qui corrompent le goût de notre langue, et n» servent sinon à porter témoignage de nostre ignorance. » Nous ne parlerons pas des art poétique de Claude Boissière Daulphlnois et de Jacguas Pelletier du Mans, si ce n'est peur oiter une phrase de ce dernier s e Les poètes, dit-'iU selon le divin Platon, sont interprètes des dieux, quant i2 sont an leur saincte fureur : car eus raviz et abstrez des pansemans terrestres, conçeevent ]es secrets célestes, divins» naturez e mondains pour les manifester aux hommes. »

Ronsard, le grand restaurateur de la poésie païenne, considère la haute poésie comAie une théologie allégorique,. pra|)re à faire entrer dans le cerveau des hommes gros-* siers, par le moyen des fables, les secrets qu'ils ne pourraient comprendre par le secours seul de la vérité. Cette définition aurait dû amener Ronsard à l'étude des légendaires ; car si les traditions sont exactes, le poète vandomois, si profane dans ses vers, était dans ses convictions un rude catholi** que, et fit à èe% frais une guerre impitoyable aux protestants. Hais il ne suffit pas d'être homme de guerre pour bien comprendre tout ce qu'il y a dans l'enseignement catholique de touchant et de maternel.

En l!W*«arut VAri poétique de La Fres- DayVauqueiin,GomposéiNir ordre de Henri lil, devenu très-rare par suite du soin que les héritiers du poëte apportèrent à en faire dis-

f paraître les derniers exemplaires. Vauque*in n'a guère foît autre chose qu'une amplification de l'épltre d'Horace aux Pisons, et a f)réjparé les voies à la poétique de Dcspréaux^ e dernier ouvrage didactique que nous ayons sur cette matière.

Le Père Bufiier, l'abbé Dubos, Rémond de Saint-Marc et quelques autres, ont commenté Boileau et y ont igouté quelques amplifications tirées d'Aristote. Biais per*^ sonne n'a encore eu l'idée d'écrire une poétique exclusivement chrétienne. Nous n'au* rons pas la témérité de l'essayer : non que les convictions, le courage et les matériaux nous manquent, mais parce que nous man-

Îuons nous-mème de Tau tonte ccHivenable. 'outefois nous espérons avoir fourni dans ce dictionnaire la plupart des éléments- nécessaires à la composition de cette œuvre importante. On doit sentir que ni Aristote ni Horace ni Despréaux même, leur imitateur et leur disciple, ne peuvent imposer à la littérature de la Bibfe et des légendaires leurs règles tirées d'Homère et de Virgile. L'épopée de Dante échappe telloment à tou*r tes les mesures de l'antiquité, qu'il faut refaire les mesures ou condamner l'œuvre.

Awsi Boileau n'en a-t-il fait aucuna vun-

Page 1