‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 176 sur 194 · I. — Poésie lyrique · texte numérisé non relu

I. — Poésie lyrique

La poésie est une musique parlée, comme la musique est uae poésie chantée. Ces deux expressions de l'harmonie sont sœurs et s'al* lient parfaitement l'une avec l'autre. C'est le chant qui a donné l'idée du rhytbme, et le chant est tellement naturel, que l'enfant chante avant de savoir parler. La première forme poétique a donc été un chant sur le* quel on a successivement modulé des paroles. Ce chant était une prière ou une action de grAce, une invocation ou un hymne triomphal. La poésie lyrique a donc été la première confidente des besoins, des ioies et des larmes de l'humanité au berceau. (Foy. JItmnes.)

La marche de la poésie lyrique est con* forme à celle du sentiment qu'elle exprime. Elle procède par élans et n'a d'autre logique que celle de l'enthousiasme. Aussi a^^t-elle peu varié parce qu'elle appartient au fond wéme de la nature qui ne change pas.

Le moment où commence l'ode doit être celui où l'inspiration, ne pouvant plus être contenue, éclate. Ainsi le poëte, dès son dé-' but, doit-il être si plein de son sujet, que sa première parole soit un cri sublime dans lequel le sentiment de son œuvre se révèle et se résume tout entier. Puis la digue une fois rompue, la poésie doit se précipiter & flots toiiyours croissants, et rouler entin calme et souveraine, avec la majesté et TabondaDce d^m fleuve.

Les plus beaux modèles de la poésie lyri- «|ue sont dans les livres des prophètes, Isaie et Habacuc sont remarquables entre tous les autres pour leur enttiousiasme et leurs expressions hardins; car le style figuré convient surtout au genre lyrique, et ces deux prophètes y ont excellé. Les psaumes de David sont tout à la fois des hymnes et des odes, dont l'imitation élojgaée a fait la

Sloire de Jean-Baptiste Rousseau. Les granes figures jde l'Apocalypse conviennent aussi magnifiquement au mouvement et è rinspiration dé la poésie lyrique. Le ta-r bieaude la chute de Babylone, par exemple, tivec les lamentations de ceux qui la pleu-

rent, est une ode toute faite et de la plus saisissante beauté.

Auprès de ces grands modèles, on bous permettra de trouver bien froides les inspirations mythologiques du grand Pindare luimême, lorsqu^il tourmente son génie et passe tous les dieux en revue à propos de chevaux et de chars. Les guerriers de TApocal^rpse qui représentent tour à tour des empires et des fléaux, et qui se renvoient, sous le galop de leurs chevaux symboliques, la poussière des générations, sont d'une bien autre portée poétique et d'une grandeur comme images bien autrement imposante que les coursiers olympiques d'Hiéron et toutes les palmes de rhippodrome. U faut admirer néanmoins que le génie du grand lyrique grec ait pu créer encore des beautés du premier ordre pour déguiser la stérilité et l'ingratitude d'un pareil suyet.

Les deux lyriques grecs les plus célèbres, Pindare et Anacréon, ont donné leur Dom dans la poésie classique des anciens à deux genres bien opposés : l'ode anacréontique, remplacée par la chanson chez les modernes, n'a guère d'équivalents dans la poésie purement chrétienne que parmi les créations gracieuses des auteurs mystiques, comme on peut le voir en étudiant les poé^ sies de sainte Thérèse et de saint Jean ae la Croix. Les images de piété même présentent quelquefois des emblèmes et des pensées délicates qui pourraient fournir des sujets charmants à rode purement anacréontique, si l'on voulait la régénérer et la consacrer à l'amour divin. Ce genre de poésie pourrait fournir de jolies légendes à ces mêmes images dont nous venons do |>arler, et accompagner convenablement de pieusos allégories. Supposons, par exemple, que l'image représente une colombe qui plane sur un tombeau :

Voyez-vous cette colombe Qui plane sur une tombe ?

L^enfant Jésus rencontra ^ pris au mUieu des épines, Cet oiseau, qu*il délivra.

En blessant ses mains divines* Son sang fit nalu« des fleurs Près des épines écloses , Qui recueillirent ses pleurs Dans leurs calices de roses.

Puis les abeilles du ciel Ont changé ces pleurs en miel.

Dont la colombe est nourrie ; Et le soir elle s*endort , Comme une àme dans la mort.

Près du saint cœur de Marie,

On pourrait imiter de cette manière toutes les odes d*Anacréon, et créer une multitude de petites poésies semblables. Prenons, par exemple, pour siqet d'imitatiop {'aiuotir piqué par une abeille.

L*eQfant-pieu toujours sauveur, En relevant d'upe fleur La tête bumide et vermeille»

Fut piqué par une abeille La Vierge, le lendemain.

Vit une enfluns âi sa main i Car la douleur était vive,

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