‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 177 sur 194 · POESIE · texte numérisé non relu

POESIE

Entre ses bras elle prii Son enfant, oui lui sourît .

Pourvu que Fabeille vive Dit-il, je veux bien souffrir £i j^offre à Dieu cette larme , pour que mon mal la désarme , Hais sans la faire mourir.

Nous ne multiplierons pas davantage nos essais d'imitation, qui ont pour unique but d*indiquer ce qu'on pourrait faire avec tout le taJent et toute la grâce que nous n'avons pas.

En français les odes même anacréontiaues doivent toujours être divisées en strophes* et c'est par cette forme surtout que l'ode se distingue des poésies fugitives inspirées par le sentiment et traitées avec grAce ou enthousiasme. Les strophes dans nos plus belles odes sont ordinairement réeulières. Cependant les chœurs d'Esther et dAthalief qui sont dans le genre lyrique d'une inspiration élevée ce que la littérature française possède de plus parfait, sont en strophes irrégulières et en vers libres : peut-être peut-on dire que ces chœurs ne sont pas des odes, bien qu ils puissent servir de modèles aux odes les plus savantes et les plus correctes dans leur forme.

L'ode chez les peuples primitifs a toujours eu deux empfois : louer, invoquer et remercier d'abord la Divinité ; puis conserver le souvenir des événements, et exciter les hommes à l'imitation des héros. L'ode bistorique en se développant a produit la poésie épique, comme les chroniques particulières unies ensemble et coordonnées entre elles composent enfin ce au*on peut appeler une histoire. On a prétendu qu'Homère n'avait fait que réunir en un seul corps de poème les chants de tous les rapsodes dont il avait appris les vers et avait composé son Iliade à peu près comme les Espagnols ont formé leur romancero. S'il n'est pas vrai que les beaux poëmes d'Homère soient des tissus des rapsodies (ce que l'homogénéité du style ne permettrait pas d*admettre, quand même il v aurait moins d'unité dans le plan derUiadi), il est probable du moins qu'Homère a recueilli et l'ondu ensemble, en les traduisant en belle poésie, les chansons des rapsodes, comme ou a depuis, dans l'antique Allemagne, en rassemblant les anciens bardiie$t composé et complété la légende guerrière des Niebelungeo.

U. — Poésie épique.

Nous avons dit que l'épopée est une synthèse, et c'est en cela que le poëme épique diffère de la chronique en vers ou du roman poétique. Les argonauliques d'Orphée étaient sans doute l'épopée de la Grèce primitive, dont l'élégant et médiocre poëme d'Apollonius nous offre à peine une pAle imitation, (.ucain n'a pas fait une épopée, parce que César n'a pas été le génie constituant de son époque : il tua la république et avorta dans le travail de l'empire. Varius avait été plus ht'iireu^ en choisissant Auguste pour son

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héros ; et Virgile le comprit si bien, que, dans son enthousiasme pour le génie d'An-

Suste, il voulut sacrifier le fils de Vénus et 'Anchise au héros de Varius. Mais le génie du poëte de Maotoue l'emporta sur l'étoile d'Octave ; d'ailleurs, n'était-ce pas Auguste

3 je Virgile avait chanté sous le personnage légorique d'Ënée 7 C'est ainsi que dans les tragédies de Racine, le Virgile de la France, on retrouve toujours Louis XIV sous le casque d'Achille, sous la tiare d'Assuérus et sous le turban de Bajazet.

A partir de la promulgation de l'Evangile, l'épopée ne peut plus avoir pour héros im homme, car le monde a connu un Homme- Di0u ; elle doit passer, comme saint Christophe dans sa légende, de la cour du plus grand roi qui soit au monde au service du Koi des rois, en passant peut-être par l'es* clavage du génie du mal. L'Antéchrist aura peut-être son épopée en résumant toutes les tendances de la littérature moderne, mais le Sauveur du monde aura la sienne tôt ou tard. La Divine Comédie de Dante, le Paradis perdu de Milton, n'en seront que des épisodes. Cette épopée, un poëte allemand l'a rêvée, car l'Allemagne devance toutes les réalités par la hardiesse de ses rêves. Klopstock a esquissé le poëme de la rédemption sur des pioportions gigantesques, l'avenir le fera plus simple et plus complet. Alexandre Soumet, plus audacieux que tous les autres, a dépasse rimmensité du dosme catholique, et, Clans une fiction dont il abandonne d ailleurs l'audace à toute la sévérité des juKe>» ments ecclésiastiques, il a osé combler les gouffres de l'enfer, en y précipitant le Calvaire... : idée titauique d'orgueil, si elle n'était pas peut-être sublime de génie et de charité, du moins dans l'immense désir de pardon qu'elle révèle, et dans ses efforts malheureux pour exagérer le caractère miséricordieux de ce Sauveur que la pensée humaine,abandonnée à tous ses excès, soit dans le bien, soit dans le mal, ne pourra jamais égaler ni décourager dans son amour.

Dante a fait une somme de poésie plutôt qu'une vériiable épopée. Son livie est une svnthèse plutôt divine qu'humaine ; c'est le cnantre de l'idéal.

Le Tasse et l'Arioste sont plutôt d'ingénieux romanciers-poëtes que des créateurs épiques. Milton est un vrai poëte épique, parce qu'il a personnifié la révolution dont il était l'aveugle apôtre sous la figure de Satan, et son poëme du Paradis perdu a magnifiquement résumé l'époque protestante et révolutionnaire dans laquelle nous nous débattons encore. KlopstocK a prédit le retour de la raison révoltée et ses pleurs au pied* de la croix, et a personnifié le génie humain repentant dans cet ange déchu qui pleure sur le Calvaire, et que Dieu doit régénérer au dernier jour, Andiel Abaddona, ce démon qui aime Dieu sans espérauce, et qui seul parmi les esclaves des enfers ose résister à Satan. Soumet détrône Satan luimôme et fait usurper son empire par un homme qui est l'incarnation du mal ; mais

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seC Antf chrbi se fait ainsi TanfagMlfll^ da iiauTeur au imiiil de proToqoer un duel eiH Ire les deux ineaniatioos opposées* el dans ce duel le mal est Taiocu par le bien : le Christ est crucifié une seconde fois dans les enfers et triomphe de rAnlechrîst dans 1*6* lemilé, comme il arait triomphé dans le temps de Tesprit do mal el de la mort.

Cette fiction téméraire en théologie nous jetterait dans Torigénisrae et dans le panthéisme de Zoroastre» si le poète lui-même n*arait demandé pardon pour les beautés hétérodoies de son osorre, et n'arait oondanmé d'avance tous les abus qu'on pourrait faire de ses gîgaotesgues inventions.

^ Milton a commente la Genèse, Klopstock rEvangtle, et Soumet l'Apocalypse : or ce srmt bien là les trois chants principaux do la grande épopée biblique. Vienne un Homère chrétien qui résume Milton, Klopstock et Soumet ddus un poëme de la ré* demptioo, divisé en trois parties, comme la tril(%ie du Dante, et que dans son invoca* tiou il s'adresse au génie infaillible de la sainte Eglise universelle, dont le dogme seul sera le guide et le frein de ses élans, alors les livres d'Homère et de Virgile ne seront plus que de beaux contes d'enfants, et le véritable poème épique des temps modernes se révélera par une synthèse universelle 1

Les légendes du moyen Age doivent être pour la poésie chrétienne ce que les rapso- ^f«* a« la Grèce primitive om été à la poésie d Homère, et les chansons des |bardes aux romans chevaleresques du temps des croisades : les passions humaines soumises par la fei, ou même rebelles et châtiées par la justice divine, peuvent en fournir l'élément dramatique. La religion, comme son adorable fondateur, étant divine et humaine tout a la fois, sait allier aux plus inflexibles rigueurs les plus ineffables tendresses. De là peuvent naître dans les caractères les contrastes les plus sublimes. Ne voir dans la

r-^^'H"" jwotiu a j impieie, c esi séparer lespérance et la charité de la foi. Lorsqu'on ua, comme Boileau, avec toute l'expression du dégoût et de l'ennui :

Et quel objet enûo à présenter aux yeux

Uue le diable toujours burlaoi contre les deux !

vnuff^' *^^^? P!?* .^^ ^'«^ «^«^ '« persiflage vollairien de Marie-Joseph Chénîer :

Ah! vous pariez du diable; U est biea poétique !

JiHi^Tv^î^x^ ^''^ craignent Dieu, disait sainte Thérèse, mais je crains ceux oui ont peur du mable, et sainte Thérèse avait bien raison. (Voy. Merveilleux, Fiction, Allé- Goaii, et, pour la poésie dramatique, les articles Mystère et Tragédie.)

-iI?^'^^'*"?'^*'*'S(Saintsoffices).^.Les absurdes rigoristes en religion, dil un des

Ki^Tft ^^^i^^ ^?™^^- nTcoïiSsS; Vàs i effet des cérémonies extérieures sur le

guple : ils n'onl janais vu notre aaoration la croix, le vendredi -saint ; Teotbousiasme de la multitude à la procession de la Fète*Dieu, enthonsiasme qui me ngne moimême quelquefois. Je n ai jamais va ceuîe longue nie de prêtres en habits saceitlotaui, ces jeunes acolytes vêtus de leurs aubes blanches, ceints de leurs iarges eeiotnres bleues , et jetant des fleurs devant le SaiaW Sacrement; cette foule qui les précède et

aui les suit dans un silence religieux ; Uai ^hommes le front prosterné contre la terre ; je n*ai jamais entendu ce chant grave et pathétique, entonné par les piètres, et r^ pondu affectueusement par une infinité de voix d*homme$, de femmes , de jeunes fiUes et d*enfants, sans que mes entrailles ne s'en soient émues, n*en aient tressailli, et que les larmes ne m*en soient venues aux jeui. U ; a là«*dedan8 je ne sais quoi de sombre, de mélancolique. J*ai connu un peintre protestant qui avait fait un long séjour à Rome, et qui convenait qu'il n'avait jamais va le souverain pontife officier dans Saint-Piene, au milieu des cardinaux et de toute la piélature romaine, sans devenir catholique. »

Cet hommage rendu au culte catholique n*est pas suspect dans la bouche de Diderot,

Sui se faisait quelquefois Tenfant terrible es encjdopédistes. Mais si la seule majesté des cérémonies pouvait en imposer ainsi à son orgueilleuse raison, qu'aurait-il dit.

2uels cris d'admiration n'eût--il pas laissé chapper, s'il en avait pénétré le sens, et s'il avait médité la théologie profonde el b poésie sublime qui se réTèleni el se dért^ loppent si harmonieusement dans leejde des saints offices?

Nous avons dit crue, au point de rue Méraire, la Bible est le grand poëme de Dieu, ayant pour sujet Dieu lui-môme manifesté dans ses œuvres , et divisé en trois chants sublimes, qui sont les trois grands mvstères du christianisme. L'Eglise, dépositaire de ce livre divin, l'explique a ses euiants, et le dramatise en quelque sorte dans un cycle annuel de solennités. Le culte chrétien, c'e^l le livre sacré mis en action ; les offices n'eii sont que la distribution el le commentaire. Ce que Dieu a dil dans sa révélation tout entière, l'Eglise le répète, le chante cl le représente dans la série complète des sûlea* uités qui composent son année sainte*

Les premiers chrétiens s'assemblaient dans la galerie de Salomon. «Saint Pierre et saiot leau , dit le savant abbe Fleury , allaient prier au temple à l'heure de none. Cet eiem* pie fait croire qu'ils observaient dès lors les mêmes heures que lEgUse a toujours gardées depuis. ;»

La division des heures de la prière remonte donc è la plus haute .antiquité, el nous rappelle Faocienne division du joar établie par les Romains. On ne céléhnsi point les saints mystères dans le teoipie.

Brce que l'on n'y aurait pas joui d'assea de »erté : on se retirait dans des maisoi» particulières ; on y priait de nouveau ; ou

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