TROPES
nel. La vertuyqui immortalise les hommes, la Tertu, que l'antiquité se représentait sous Timage grossière d Hercule, devait un jour tuer le vautour dévorant, et délivrer Prométhée; alors Prométhée détrônerait Jupiter. Telles étaient les prédictions du génie des anciens Ages ; mais THercuIe vainqueur des monstres et vaincu par la volupté devait purifier d'abord son enveloppe matérielle dans les flammes d'un sacrifice volontaire, et mourir sur le sommet d'Eta pour revivre immortel. Ici s'arrêtaient les pressentiments d'Eschyle, qui semble avoir voulu donner un prologue humain à l'épopée divine du salut des hommes. Hercule était lederpier mot de la force humaine» c'était en quelque sorte le verbe de la chair. Aussi Hercule a-t-il posé les colonnes de l'ancien monde en écrivant non pour l'avenir, mais pour le passé, cette inscription qui est une digue : Nec plu$ tUtra. Ici la poésie attend la prophétie, et le
Sénie tend les bras vers le ciel dans l'attente e la révélation. '
Après Eschyle, la tragédie dégénéra , et de divine qu'elle était elle devint roj^ale. On crut voir dans les malheurs des rois le résultat du conflit des dieux. Homère avait intéressé l'Olympe et le Ténare aux querelles d'Agamemnon et d'Achille. L'épopée d'Homère, qui était, si l'on peut parler ainsi, la Bible de l'ancienne Grèce , lut mise en actions et jouée sur la scène. Ce fut alors la seconde époque de la tragédie grecque illustrée par Sophocle et par Euripide.
Rome ne fit que répéter la Grèce, et n'eut proprement à elle ni théâtre ni épopée. Virgile avait imité Homère avec un grand génie sans doute; mais enfin ce n'était qu'un sublime imitateur. Aussi le trouvons-nous plus grand dans son églogue à Pollion que dans toute son Enéide : la, du moins. Il n'imite personne, et il semble deviner les prophètes.
Le génie de Virgile n'inspira pas de grands tragiques, et ne fut pas traduit pour la scène avec autant de bonheur que celui d'Homère. La guerre de Troie fut éternellement le thème des poëtes dramatiques , et la source des inspirations sur cet intarissable sujet fut toujours les poëmes d'Homère. Enfin la Rome païenne tomba , la Bible remplaça Homère, et l'Evangile devint la grande épopée du nouveau monde. Le thé&tre dut alors commencer une nouvelle enfance; les re^
frésentations dramatiques se retrempèrent leur source, c'est-à-dire dans les cérémonies du culte. On reieta sur le théâtre ce qui sembla trop exubérant pour l'autel, et le spectacle devint, comme dans la Grèce d'Esch/le, un supplément au sacrifice. Les premiers comédiens chrétiens furent des moines et des prêtres, et l'on joua devaqt le peuple Id çrand drame de la Pasrion^ comme on avait joué autrefois la fable philosophique de Prométhée.
Le théâtre moderne est donc d'oriçine religieuse, et appartient de droit à l'Eglise , qui en a été repoussée par un retour au paganisme à l'époque de la renaissance* Les
mystères du moyen âçe sont les véritable» archives dramatiques des peuples ehrétiens» et nos tragédies modernes sur la famille d'Atrée , la prise de Troie ei autres siyets empruntés è Homère, ne doivent être considérées que comme des versions grecques et latines faites avec plus ou moins de talent.
Il n'est pas inutile de faire des versions lorsqu'on veut apprendre les langues, et l'étude des langues est utile au progrès des sciences. Nos anciens mystères étaient informes, comme les idiomes dans lesquels ils étaient écrits; la renaissance, en exhu-
, mant les chefs-d'œuvre de l'antiquité, rendit aux lançues modernes le grand service de les enrichir de toutes les conquêtes du passé» et révéla aux écrivains chrétiens le secret des belles formes et des expressions élégantes. La poésie helléhique était tout hu-^ maine sans doute , et ne pressentait IKeu qu'en devinant la lumière spirituelle à travers le voile de la beauté physique. Mais la beauté physique n'est qu'un signe qui doit représenter la beauté morale , et à ce titre toutes les recherches de l'antiquité sur la forme devaient tourner au prout de l'idée chrétienne. Corneille et Racine le compri-* rent, lorsque, suivaat les règles d'Aristote et les be^ux exemples de Sophocle et d'Euripide, ils nous donnèrent enfin le mystère du moven flge revêtu de toutes les splen-* deurs de la tragédie antique, et léguèrent à la littérature chrétienne ces deux cheCs^
' d'œuvre immortels qu'on appelle Aihalie et Polyeucte.
Nous ne transcrirons pas ici l'analyse de
'• ces admirables poëmes, parce qu'il nous
semble inutile de la refaire et qu on peut la
trouver partout. Quant aux règles de la tra*
Îédie chrétienne, c'est d'après Athalie et ^olymcte qu'il faut les faire , en attendant qu il ait paru quelque chose de mieux , ce [ui pourra longtemps encore se faire atten* re. {Yoy. Mystères.)
TROPES. — Les tropes ou conversions de mots, du grec rpoiroc, n'appartiennent pas spécialement à la littérature chrétienne, et rentrent dans la généralité de l'enseignement littéraire. II nous suffira donc d'en rappeler la nomenclature en peu de mots.
1" Prendre les êtres animés pour les êtres inanimés, et vice versa (catachrèse, méto* nymie, métaphore ) ; S* les bêtes pour les hommes ( métaphore ) ; 3* le matériel pour rimmatériel, et réciproquement ( métaphore, métonymie )\k* \e naturel pour l'artificiel, et vice versa ( catachrèse, synecdoche ) ; 5* la cause pour l'effet, et vice versa (métonymie ) ; 6* le plus pour le moins ( hyperbole ), et réciproquement ( litote ] ; — utrumqme (synecdoche, antonomase; 7* l'antécédent
f»our le conséquent, et vice versa (metaepse ).
Nous empruntons cette classification des tropes à l'excellent précis de rhétorique' positive publié par M. Choppin d'AmouviUe dans \ Bnctfclopédie portative^
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VERSIFICATION.— Iltfenlrepwdan&noite plan de donner ici un irailé de versiûcaUon ^ v ^ et de répéter des règles générales qui d wU \f^ ^ leurs se trouvent partout. Nos remarques &e ^"^ borneront à tout ce ^ui peut être particulier à la littérature religieuse dans la versification en général.
Lorsqtron traite en vers des sujets religieux, on ne saurait employer une versifiacation trop pure ni trop correcte. Il faut cependant éviter la sécheresse et la roideur : car la beauté poétique, dans le genre religieux surtout, se compose do correction et de grflce.
S'il est un genre dans lequel les négligences ne sont pas permises, c'est incontestablement la poésie religieuse ; mais nulle part aussi ne saurait être mieux à sa place une élégante et douce simplicité : la versi- Scation doit être facile et n'avoir rien de trop recherché dans leâ formes.
La versification ne consiste pas seulement dans la mesure et dans la rime, mais aussi dans l'harmonie des sons, le choix et l'arrangement des mots. Des vers sans poésie ne seraient que de la prose rimée : il faut donc que rharmonie des sons réponde à l'harmonie des idées.
La versification hébraïque a pour base le parallélisme poétique des idées, des mots et des sons, ce qui lui donne trois degrés d'harmonie dont nous ne pouvons apprécier d'une manière bien juste que les deux premiers, le troisième étant déterminé par une accentuation dont la valeur en quelque sorte musicale, échappe à l'oreille môme des plus habiles hébraïsants.
Dans les autres langues anciennes, le mètre des vers est déterminé parles inflexions, régulières de la prononciation. En français, le nombre seul des syllabes, la suspension de l'hémistiche et le mélange régulier des rimes masculines et féminines sont les seules règles précises, et c'est ce ({ui rend les vers français plus difficiles à bien faire que les vers grecs ou latins, parce que le poëte, moins soutenu par la mesure, doit créer le r hy thme et le nombre en choisissant lui-même les sons qui lui flattent l'oreille et qui sont en rapport avec les pensées qu'il exprime.
La versification française fixée par Racine dans Athalie^ le chef-d'œuvre de la littérature de notre nation, n'a pu subir, depuis le siècle
leurs de la vérité sainte, el en ont dtf-
lié le sanctuaire; ils ont forcé les
N de l'Ecriture sainte, que les clefs
ncuvent ouvrir, et se sont appro-
sainte que Dieu ayait donnée
l'icntôt, quand il faudra se dé-
■ feront de la parole sainte
*«tui ^^ ^
auhvrej^sî^?^-.
derti Domini in c^.^^^- .
ctomore grandi, ^p^lj^-;.
ouclier sacrilège et en dés divins. »
\'incent de Lérins sont
il les fait suivre, en
. de ce passage cé-
Paul aux Ephé-
nalUt^é le$ nn$
fp9j tes autrei
• nsommation
< de Jésus-
^fs tous à
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Li poples de« duna ^^t^"^ loc-
Que lulc la Urre rebSdf»* ^ 'là
Et audierunl Philùiu^ '^
dixeruntque : Quœnam ut T*^ ^ magni in castris Hertraorto?/»* 'i runt quod arca Domini «eniu/f •** '
Li Philisticn virenl cest cri Et distrcDl quo deist cesl cri tU rum Àpperceurent sei que Tarch' fud venue*'* ^^^
Respondens autem ille oui nuntiai gity inquitj Israël coram PhiiiituJ^* ^^ magna facta est in populo. insup^J^Î^ filii lui mortui suntj Ophni et p^i^ ^^ arca Dei capta est. *" "*
^eei, ec
Les nos de Fost s'en suiit cnfuiz, £ laidement sunt descuuûz, E mors sunt amiie-dons tes fiz E Tarche dea i uni eil pri&
Après ces traductions rimées vinrent les chroniques également en rimes , et les chansons des troubadours ; mais la versification ne prit pas avant le xii* siècle une apparence de régularité et d^harmonie. En 1130, un chevalier, nommé Béchada, publia un poëme sur la prise de Jérusalem qui fit grand bruit h cecte époque, et dont il ne nous reste rien. Peu de temps après parurent le roman du Chevalier du lyon et le Rou de Normandie ; puis vinrent Hélinant,
Îui chantait ses vers à la table de Philippe uguste, comme Démodocus ou Jopas aux banquets d'Alcinoiis et de Didon; et Alexandre de Paris, qui le premier fit usage du grand vers de douze syllabes auquel on a conservé depuis le nom de vers alexandrin, du nom de son inventeur, et aussi du nom de Louis XIV que âcs modifications peu im- du poëme oiï il fut employé pour la portantes, et ces modifications sont des réfor* ' première fois ; car Alexandre de Pans donna A.-i 1 . — î^* . son nom à son poëme allégorique, ou prit
peut-être lui-même le nom de son poëme.
mes. Ainsi, par exemple, on est maintenant beaucoup plus sévère en fait de rimes qu'on ne l'était au siècle dernier. La rime riche est maintenant de rigueur, et Ton trouverait insuffisantes certaines rimes même de Racine. Fn revanche, on tolère l'enjambement, lorsqu'il doit iSsire image, en rejetant au cornuiencement du vers suivant un mot k eifet qui appartient au sen^ du vers ])réccdcnt.
L'Alexandre dont il est question dans cette composition bizarre n'est pas le conquérant Macédonien, mais bien Pliili|>pe Auguste sous le nom d'Alexandre. Voici comment l'auteur nous représente son confrère en poésie, Hélinant chantant ses vers ^ la tabla de Philippe :
VteCECT
tmCEHT
Quant li rois ol rnanfpé a'apela HélinanK Por li fibaiioier ooiiimande que il cbanU Cil commence à ooicr ainsi corn* li jaiant Monter Toldrent au cieU oome genl mescreanC. Entre les diex y ot uneUataiUe grant.
Si ne fust Juntiev» à la foiuire bru^^nt» Qui tous les desrocba» )à n'é«$seiit garant^ elc
On Toîl que les rime» alors ne varÎMenl guère ; les auteurs du roman de la Base y mirent plus de diversité», sans taire encore la distinction de celies dont le son est plein et de celles qu» baissent par une muette ; Clément Harot lui-même n*y a.aucuji égards Ronsard paraît èlre le prenJer qui les ait régulièrement disposées» en faisant sui^re^ toi^ours deux rimes féminines par doux ri^ mes masculines» dans Ves Ters à vîmes pla-» tes, et en mélangeant artistemenl les rimes masculines dans les vers croisés^ Mais la versiAcation vraiment franQaise et digne d*étre emplovée aux louanges de IMeu £at créée par Malherbe, qui a le premier traduit avec oignité et grandeur la belle poésie df s psaumes. 11 est à remarquer que Harot^ si gracieux dans les si;^ets badins, a complètement échoué lorsqu'il a voulu aborder U |K>ésie sacrée : d*abord parce çua son génie personnel se refusait à la gravité des choses saintes, puis aussi parce qu*il ne disposaM
I^as encore d*une versifiication assez régii^ ière, assez pure et assez forte. C*est Maroi Îui a grotesquement traduit cea paroles du salmiste: Aperi ostuum c( imgiebo Mud,p9Jii
Ouvre ta bouche grande,.
£t je remplirai de viande »
et celles-ci : AmpliuM lata îM' ab iniquitoH mea^ et apeccato meo mundame^ par t
i^ve-moi, sire, et cebve bien Ton De ma commise iniquité mauvaise,.
Et des péchés qui me rendent si ord^
Pour compléter la parodie, les seigneurs delà cour de François I*' chantaient les psaumes de Marot sur des airs de rondes et de mascarades* Malherbe eût imposé plus de respect.
De Malherbe à Corneille il n'y a qu'un
Ks : les vers de Poljeucte sont de la même nille que le beau psaume :
n^espéroQS plus, mon Ame, aux promesses du mosde.
Polyeuei€ et Atkalie sont les deux chefs*d^œuvre de la littérature et de la scène française ; mais pour la versification, Racine, dans son AthaUe^ a posé les colonnes d*IIercule : Née plus ultra.
Les poètes modernes ont essayé de joindre à la correction de Racine la vigueur de Corneille, et de créer un vers nouveau en faisant comme la synthèse de ces deux génies. L'avenir dira s'ils ont réussi. En attendant, nous admirerons Corneille, nous étudierons Racine, et en vers comme en prose, en littérature comme en religion, nous nous défierons d'abord et longtemps de tous les novateurs.
VINCBNT DB LÉRINS. —Parmi les beaux aouvenirs de Tanliquilé catholique, il faut compter cette i)ais]ble solitude de Lénns,
•ù la science et la piété trouvèrent un abri
1>endant que les Qéaux d» Dieu passaient sur e monde. Or, de tous les solitaires de Lérins» aucun n'est plus célèbre q^ue le bien^ heureux Vincent, aumommé de Lécina, auquel ses écrits vraiment catholioufis ont acq^njs une reptation universelle. Il oublia sous le nom db Peregrinuif qui veut aire le voyageur ^ Vétrannr ^ Vhomme qjui passe, une Apologie delà foi catholique contre toutes les nétéaies^ et y répandit toua les trésors de Téioquesce et de l^étuditiou ies^
Elus distinguées» U y établit victorieusement I nécessité d'une aulorité^ infaiUibU^ et la besoin d'uAîté dana la foi qui perpétue en quelque- sorte le concila cocuménique de tous les premieca pasteurs unis ensemble el soumis, au siège (le Rome. U fait vote oookbjen toutes lids nouveautés qui peuvent se produire dans l'Eglise sont dépourvues en même temps d'autorité et de- raisouv puisc|i'uoe croyance qui détruit la foi est eu contradiction avec rije-mème. Or c'est détruire ta foi que de détauire l'autorité i.can la 6>i sans autorité^ ne pjeut être que de lai superstition et du fiinatisme» La vraie ft)i n*est digne dis notre confiance crue par cette autorité invariable qui en rena les dogmes inaccessibles aux caprices de la science eti de l'ignorance btunaine» «t Et cependant^ lyoute Vincent d» Ibérins^ cette immobilité n*est pas la. mort : nous conservons au contraire pour l*a venir un germe de vie. Ce que nous croyons auijpurd'hui sans le comprendre, l'avenir le comprendra et se r^ouira d'en avoir connaissance. PoUenUaa intellectwn graiutetur^ quod auU vetustae non inteltectum veneramtur. Si: donc on nous demande : Est-ce cgJte tout progrès est exclu de k religion de Jésus-Christ ? Non, sans doute, et nous en espérons un très-^rand.. Quel homme, en effet ,.secait assez jaloux des hommes, assez ennemi de Dieu pour vouloic empêcher le progrès ?. Mais il faut que ce soit réellement un progrès, et non nass un changement de cri^ance^ Le progrès^ c'est l'accroissement et le dévetopprâient de chaque chose dans son ordre et dans sa naturel Le désordre, c'est la confiisioa ei lomélange des choses et de leur nature. Sans, aucun doute^ il doit y avoir, tant pour tou&. les hommes eu général que pour chacun eiL
Jarticulier, selon la marche naturelle des ges de TEglise^ différents degrés d'intellirgence , de science et de sagesse, mais eo. telle sorte que tout soit conservé, et que le dogme garde toujours le même esprit et la. même définition. La religion doit dévelop-
Ser successivement les Ames, comme la. vie éveloppe les corps,^ qui grandissent et sont pourtant toujours les mêmes. Quelle diffé^ rence entre la fleur enfantine du premiec Age et la maturité de la vieillesse 1 Les viail-^ lards sont pourtant les mêmes,, quant k 1» personne, qu'ils étaient dans l'adolescence: il n'y a que l'extérieur et les apparences de «changées. Les membres de l'eiuant au berceau sont bien frêles, et pourtant ils ont les mêmes principes rudimentaires et les mê-
TDICENT
VINCENÎ
ISM
met organes que les hommes ; ils grandis* sent sans que leur nombre augmente, et le vieillard D*a rien de plus en cela que n'avait reniant. Et cela doit être ainsi^ sous peine de difformité ou de mort.
« U en est ainsi de la religion de Jésus* Cbristy et le progrès pour eUe s'accomplit dans les mêmes conoitions et suivant les mêmes lois. Les années la rendent i^us fDrte et la grandissent, mais n'^goutent rien à tout ce qui compose son être. Elle est née complète et parfaite dans ses proportions, qui peuvent croître et s'étendre sans changer. Nos pères ont semé du froment, nos neveux ne doivent pas moissonner de l'iyraie. Les récoltes intermédiaires ne chan-i
Î^ent rien à la nature du grain : nous devons e prendre et le laisser toujours le même. Le catholicisme a planté des roses, devonspous y substituer des ronces? Non, sans doute, ou malheur à nous 1 Le baume et le cioname de ce paradis spirituel ne doivent pas se changer sous nos mains en aconit et en poison. Tout ce qui, dans l'Eglise, cette })elle campagne de Dieu, a été semé par les pères, doit y être cultivé et entretenu par les fils ; c'est cela qui toujours doit croître ^t Qeurir ; mais cela peut grandir et doit se développer. Dieu permet en effet que les dogmes de cette pnilosophie céleste soient, par le progrès du temps, étudiés, travaillés, polis en quelque sorte ; mais ce qui est défendu, c'est de les change»; ce qui est un crime c'est de les tronquer et de les mutiler. Qu'ils re^^oivent une nouvelle lumière et des distinctions plus savantes, mais qu'ils ISardent toigours leur plénitude, leur mté* ^rité, leur propriété. »
Ce passage de Vincent de Lérins est des plus remarquables, et semble fait pour résoudre une des questions les plus difficiles 4e notre époque, celle du progrès. Vincent de Lérins 7 croyait, comme on peut le voir; ipais il lui donnait pour sanction l'autorité catholique, et il donnait au niouvemept la stabilité pour contre«poids.
Vincent de Lérins démontre ensuite que )a science, le talent, le génie même ne sont rien sans l'obéissance à l'autorité qui règle l'usage des dons divins, c À quoi peut ser«> vir un flambeau pour le voyageur impru** dent qui se nasaroe à travers les abtmes et fie veut pas suivre les suides qui l'appellent? t.es ^andes qualités oes bérésiargues n'ont servi qu'A rendre leur chute plus irrémédiable et leurayeuglement plus profond. Tertullien n'était-il pas un orateur plein de gé« nie ? Origène n'avait-il pas tous les dons de la science et de la sagesse, lui qui poussa cette Q)éme sagesse jusqu'à la iolie, en se mutilant lui-même, par amour de la chas* teté ? Nestorius n'était-il pas un homme disert et habile? Mais ce sont leurs talents mêmes qui ont perdu ces hommes, que l'obéissance à relise eût rendus si grands. Mais celui qui n'entre pas dans le bercail évangélique par la porte de l'autorité, celui-là est un voleur et un brigand, et ainsi tous les hérétiques se sont faits les
voleurs de la vérité sainte, el en ont dépouillé le sanctuaire; ils ont forcé les portes de l'Ecriture sainte, que les clefs seules peuvent ouvrir, et se sont approprié la loi sainte que Dieu ayait donnée pour tous; bientôt, quand il faudra se délendre, ils se feront de la parole sainte elle-même un bouclier sacrilège et en déroberont les textes divins. »
Ces paroles de Vincent de Lérins sont pleines de force , et il les fait suivre, en terminant son ouvrage, de ce passage célèbre de l'Epttre de saint Paul aux Ephésiens : Cest Dieu qui a constilué les un$ prophiteê^ le$ autre§ évangélisies^ les autres pasteurs et docteurs pour la eonsommcUion ces saints et fidificatton du corps de Jésus- Christ^ jusqu^A ce que nous arrivions tous à Vâae de rhomme parfait^ à la mesure de la
Çleniiude du Christ. « Ces prophètes, d.t incent de Lérins, ces apôtres et ces docteurs que Dieu lui-même a constitués, voilà les maîtres, consultons-les. L'enseignement des maîtres est uniforme, tandis que les hommes sans maîtres et sans frein se oon* tredisent sans cesse. Ici est l'unité, là le ca«
Erice ; ici l'autorité, là le dérèglement ; ici i raison, là tous les rêves de la folie. Atta-^ chons-nous à l'autorité, unissons-nous à la communion des sages ; suivons les maîtres (rovr ^.daffx«>«vc), et c'est par ce mot grec que Vincent de Lérins finit son ouvrage, ouvrage d'autant plus utile qu'il est plutôt philosophiquement pensé que théoIORiquement combiné. C'est de la raison plutôt que du mysticisme ; la dialectique en est sim-
Ele, la logique serrée, la diction élégante, i forme éminemment littéraire. U serait à désirer que ce petit traité fût universellement connu et étudié par les catholiques ; les défenseurs de la religion y trouveraient un modèle d'urhanité et de sagesse, ^ les agresseurs imprudents y verraient que, dans l'enseignement religieux toutes les vérités so tiennent, et qu'il faut nécessairement choi* sir entre un déisme hasardé et sceptique et l'autorité catholique tout entière, sans restriction et sans mélange. Le livre de Vin* cent de Lérins est vieux de quinze siècles* et les vérités qu'il renferme sont encore nouvelles, parce qu'elles sont éternelles et parce que les combats de l'Eglise ne sont pas encore terminés. Pour en faire un li-* vre de polémique religieuse moderne, il suffirait d'ajouter^ un certain nombre de noms à ceux des hérétiques qu'il nomme. Le nombre en effet de ceux qm ont nié l'unité catholique s'est augmenté, mais leur caractère n'a pas chaqgé. Quant à l'Eglise catholique , elle est aujourd'hui ce qu elle était du temps de Vincent de Lérins. Son esprit est le même, ses enseignements n'ont pas changé, ses Tertus la protègent toujours, et pendant que de nouvelles persécutions peut-être se préparent, pendant qu'un nouveau déluge de barbares menace d'ei^ gloutir encore une fois le monde, le petit nombre des croyants, retiré hors du tumulto de la vie présentci contemple la même étur-
ZACIIAIttE
ZiIGHÂRIB
nité qui remplissait déjà les jours des solilaires de Lérins et leur faisait oublier les tumultes du siècle et dos empires qui s'écroulent. Qu'importent des siècles qui passent ? qu'importent dns mortels qui meu« rent ? qu'importent des choses corruptibles
aui se corrompent ? Tout cela n'est-il cas ans la nature ? Et que pourrions-nous fajre pour l'empêcher? Mais ce qui doit nous intéresser, mais ce que nous devons défendre, c'est l'intégrité de noire foi, car la foi c'est en nou^ le sentiment de ce qui demeure tou-
jours ; c'est le gage des réalités que nous espérons au milieu des déceptions et des songes de la vie. Fides est sperandartim iub^ âtanêia rerum^ argummhim non apmarti^ tium. Or notre foi n'a gu'un peint aappui, elle n*a qu'un rempart inaccessible- et une tour ineipugaable 9 l'autorité permanente dans la communion des pasteurs légitimes. Là est la vérité, là est la paix, là est la sancH tion et la règle du progrès véritable. Ecoutons les maîtres, toOc didavxftXovc, comioe dit Vincent de Lérins..
ZACHARIE. — Zacharie est le prophète de la délivrance ; il annonce la fin de la captivité , il montre les quatre grandes nations qui ont régné successivement sur l'ancien monde, passant Comme des courriers que Dieu envoie, ou comme des conducteurs de chars qui se disputent le prix de la course» Allez l Jeur crie l'ange du Seigneur , et ils
fiartent ; ils font en passant du bruit et de a poussière ; mais ils passent et ne rariendront plus ; les chars roulent et se précipitent entre des montagnes d'airain; leur bruit est comme celui du tonnerre ; mais ils passent , et l'ange du Seigneur , debout dans une vallée plantée de myrtes, crie au- Seigneur que fa soixante-dixième année de la captivité est venue. Dieu montre au pro-
Ehète quatre cornes d'airain qui soulèvent I terre, et quatre anges armés de marteaux, comme des forgerons, qui viennent les abattre et les briser. Ainsi tous les grands em- {Ares du monde , toutes les puissances de 'orgueil seront brisées et anéanties ; ainsi le Seigneur frappera la domination humaine, et lui rivera sur son double front ses quatre cornes de taureau. L'heure est venue de rebâtir Jérusalem. Voyez-vous cet ange qui tient le cordeau et qui mesure d^à la place? C'est que l'élu du siècle nouveau va venir. « Réjouis-toi , Sion , va-t-on dire bientôt : voici ton roi qui vient à toi , plein de douceur. 11 est pauvre, et il monte tour à tour sur une ânesse et sur le petit de Tânesse. Revenez , revenez habiter Jérusalem , où le nouveau monarque doit venir ; abandonnez la terre de l'aquilon ; sortez , sortez de Babylone, oh I oh ! oh 1... »
' Entendez-vous les travailleurs qui partent, qui s'appellent et qui se répondent ? Us s'en vont rebâtir le temple. Le sacerdoce va se renouveler , le grand prêtre est debout , au jugement de Dieu, entre son ange qui le défend et le démon qui l'accuse. Ses vêtements ont vieilli dans l'exil, et la blancheur de sa robe s'est souillée dans les fers ; le démon rit de ses malheurs , et l'accuse des effets de sa longue misère. Hais Dieu impose silence à Satan, et donne au pontife une nouvelle tiare avec des vêtements nouveaux.
Zacharie voit apparaître une pierre vivante, et dans cette pierre il y a d's yeux
qvrr sont au nombre de sept. Qu'est-ce que eetle pierre ? C'est la pierre angulaire qui avait été rejetée par les hommes , et que lé Seigneur a choisie. Les yeux représentent Tesprit et la vigilanee du Seigneur; è droite, et a gauche de cette pierre, sur laquelfe brille le chandelier d'or , avec ses yeux de flammes, s'élèvent deux oliviers ; et le Seigneur dit r Voici les deux enfants de rhuile sainte, voici les deux ministres qui aident le Seigneur lui-même- à eeuvemcr toute la terre. C'est le pontife et cest le roi; le temple protège la cité, et la cité entoure le temple. Voilà le monde nouveau reconstruit sar sa double base; L'esprit et la chair ont chacun leur prince qui rendent compte à Dieu de leur pouvoir, et qui veillent l'un sur l'autre. Voilà le pape et l'empereur.
La prophétie de Zachane est pleine de ces étonnantes images. Ce qu'il dit de la fin de la captivité et de l'inauguration d'un règne nouveau pour le Seigneur et pour son Christ, l'Eglise peut Tattenare encore ; car il parle clairement de la conversion future des juifs et de leur repentir amer lorsqu'ils recoonal>tront enfin la divinité de Jésus-Christ. Ht verront celui qu'ils ont pereé^ dit le prophète,. et ils pleureront comme une mire pleure la mort ae son fils unique. L'impiété vient d'être précipitée et renfermée comme un via empoisonné dans une amphore que les vertus emportent de devant la face de Dieu.
« Peuples de la terre ,. n'adorez plus de vaines idoles qui ne peuvent vous donner ni la rosée du matin, ni les douces pluies du soir ; mais priez le Seigneur qui prend pitié de l'herbe des champs, et qui abreuve la. campagne altérée. » Mais ce n'est phas seulement dans la Judée que le vrai Dieu veut être adoré. Elai^issez le sanctuaire du Seigneur, où tous les peuples vont venir. Li*- ^ ban , ouvre tes portes , et que le feu dévore tes cèdres l Pleurez, sapins , les cadres sont tombés I Pleurez , chênes de Basan , car vos forêts sont démantelées , et les vieux arbres qui vous servaient de remparts se renversent coupés à leur racine. Voix des hurlements des pasteurs , parce que leur empire est dévasté; voix du rugissement des lions, parce que les rives du Jourdain sont dépouillées de ce qui faisait leur orgueil! Vcici
iUi
ZACliARlfi
ZACHARIfi
ce que le Seigneur a dit : Conduisez aux pA<turàges les troupeaux de la mort. Ils ont tué, parce qu'ils étaient les maîtres; ils vendaient la chair de leurs victimes , et ils disaient : Béni soit le Seigneur ! nous sommes devenus riches » et ils étaient sans pitié pour mon troupeau. £h bieni moi , dit le Seigneur , je n'aurai pas pitié des habitants de la terre : je les livrerai aux mains de leurs semblables; je les abandonnerai au pouvoir qui découpera les empires avec les glaives» et je ne les en délivrerai pas. Voilà pourquoi , ô pauvres de mon peuple ! voilà pourquoi je conduis au pâturage les trou-
Keaux de la mort. J'ai pris à la main deux âtons ; l'un, je l'appelle l'honneur, et l'autre l'hérita^ , et je pousse mon troupeau à la pâture. Et je leur ai dit : Je ne veillerai plus sur vous; que ceux-là meurent que vous laissez mourir; que ceux-là soient frappés que vous frappez , et que le reste s'entre-déchire 1
« Cette verge, qui s*appe]le Thonneur, je l'ai coupée « et je la leur jette pour rompre avec eux Talliance que j'ai faite avec tous les peuples de la terre. Aujourd'hui lé pacte est rompu, et les pauvres du troupeau vont savoir ce que c'est que le Verbe de Dieu.
« J'ai dit aux ingrats : Arrêtez, ou, si vous voulez me repousser à jamais, payez-moi comme un serviteur congédié; mettez un prix à ma tête, et proscrivez-moi; et ils m'ont payé trente pièces d'argent I Jetez cela dans le temple; donnez cet argent au potier. Trente pièces d'argent I voilà le prix magnifique qu ils ont bien voulu offrir de leur Dieu, afin qu'il les abandonnât pour toujours I
^ « La seconde verge que j'ai coupée, et qui 8 aopelle héritage , je l'ai jetée entre Juda et Israël , pour y mettre la division et détruire toute fraternité.
^ « Le Seigneur m'a dit encore : Prends les insignes d'un pasteur stupide; car je susciterai sur la terre un pasteur qui ne visitera pas ceux qu'on abandonne, qui ne cherchera pas les brebis égarées, qui ne soignera pas les malades , qui ne nourrira pas celles qui se portent bien ; mais tout ce qu'il trouvera de gras , il en mangera la chair , et il leur brisera les ongles. O pasteur et idole qui abandonnes le troupeau! le glaive de ma justice a touché ton œil, et ton bras droit est devenu aride, et ton œil s'est couvert de ténèbres I j»
On ne peut s'arrêter au milieu de cette analyse de Zacharie, tant les images sont saisissantes, tant le style est rapide, et tant les choses qu'il dit vous serrent le cœur et vous effrayent I Mais , rassurons-nous, voici que
les eaux de la fontaine de David vont couler pour tout le monde : les faux prophètes vont disparaître de la terre. Epée, lève-toi sur le pasteur. Je frapperai le pasteur , dit l'Eternel , et les brebis seront dispersées ; mais j'étendrai la main pour sauver les petits. Le
firophète, après ces paroles, que le Sauveur ui-même s applique dans l'Ëvangile , annonce que le troupeau du Seigneur sera divisé en trois parts, et que la plus petite part sera conduite au salut de croix en croix et d'épreuves en épreuves ; puis viendra la dernière guerre , la guerre des nations contre Jérusalem , et ^e triomphe définitif de l'Ëglise, de la vérité et des saints. Ici se renouvellent les piomesses qui doivent s'accomplir à la fin des temps , et les images du bonheur des élus après le jugement universel.
On peut voir, d'après cet aperçu rapide , que la prophétie de Zacharie est une des plus importantes de la Bible , et combien ce prophète a de véhémence dans ses mouvements et de poésie dans ses images.
Ce qu'il dit des mauvais pasteurs annonçait clairement à la Synagogue qu'elle était répudiée , et qu'un nouveau sacerdoce allait être institué par celui-là même que la Synagogue devait excommunier et condamner à mort. La prophétie de Zacharie a trois objets représentatifs les uns des autres ; premièrement, la fin de la captivité et la réédi-
la servitude do l'Eglise à la fin des temps, et le second avènement du Sauveur. On trouve, entre plusieurs images de Zacharie et celles de l'Apocalypse, une concordance qui indique aussi nécessairement des harmonies proportionnelles dans le sens de ces mêmes images symboliques et allégoriques. ( Yoy, Apocalypse et Allégorie.) La prophétie relative aux trente pièces d'argent et au champ du potier est une des plus claires et des plus remarquables parmi celles qui se trouvent réalisées dans rEvangile.
Nous avons tracé à grands traits l'analyse de Zacharie , en nous laissant guider plu4ôt par le mouvement des idées que par la succession des chapitres. Nos lecteurs n'oublieront pas que nous ne faisons ni une traduction nouvelle ni un commentaire, mais une simple indication des beautés qui frappent l'esprit dans la forme extérieure de la prophétie , beautés qu'il ne nous appartient d'approfondir qu'au seul point de vue littéraire, et que des littérateurs plus habiles fe« ront mieux comprendre que nous.
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