‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 5 sur 194 · AH! AH! AH · texte numérisé non relu

AH! AH! AH

11 faat un instrameni, une bêche, une pioche,

Un outil qui de Th h peu près se rapproche ;

Vh est le seul moyen de sauver un thrésor. Voilà ce qulls onl fait; ce n^est pas tout cncor :

ps vénérable Y, troublé dans son empire,

A di^[»ara du lis, des aieux, de la lire;

Qui mieux que lui pourtant retraçait à nos yeux

La tronc et les rameaux de l'arbre des a Yeux ?

La lYrc, comme lui, née au sein de la Grèce, De ses deux bras ouverts déployait la souplesse. Tandis que, d*une tige et d'une fleur formé,

Le IJfs était pour nous un y embaumé.

J'ai pariédela lYre; bêlas! ainsi brisée,

La lire n*e$t pas seule un objet de risée ;

Le poète lui-même a subi leur affront :

Au lieu de ces deux points qui brillaient sur son front,

De ce noble tréma qui, tel qu'une planète.

Couronna si longtemps sa radieuse tête,

Us ont courbé ce front sous le poids d'un accent,

Virgule prosaïc^ au biseau menaçant,

4}ui, de sa destinée emblème dérisoire,

Seoible être un ennemi suspendu sur sa gloire.

J*ai fini : j*ai voulu raconter dans œs vers

Tout'ce que le langaffe essuya de revers,

Dire par quels excès la réforme bcrctique

Souilla la sainteté de l'écriture antinue.

Vainement, ipour venger l'orthographe aux abois,

Chaque jour je réclame en faveur de ses droits ;

Vainement je m'obstine à Uncer sur Tépreave

Mon prote forcené pour la méthode neuve;

Mou exemple, ma voix, mes plaintes, mes regrets.

Rien ne peut du torrent arrêter les progré» ;

Et Terreur, poursuivant la détestable orgie,

Foule aux pieds la raison et l'étymologie.

Ah! si j^avais un jour, par la faveur du ciel,

Dans la litlérature un titre officiel.

Si jamais, introduit sous la grande coupole, *

La palme académique, éclatante auréole, ^

Dilatait ses rayons sur mon front r^oui.

Je fen fais le serment, 6 paternel Jouy !

Avficat du malheur, je prendrais la défense

f)es caractères saints qu'honora mon enfance ;

Aux rois de TAIphabet en congrès réunis

Ma voix demanderait grtice pour les bannis;

Tu m'entendrais, du haut de ma chaise curule.

Sur les réformateurs secouer la férule.

Foudroyer leur système absurde, impie et sec,

Et rendre à leurs honneurs l'H, rX et l'Y.

L'auteur de Némésis.

AH 1 AH ! AH ! exclarnatton qui se trouve

{>Iusieurs fois dans les prophètes. C'est, scon Bossuet, le bégayement de l'âme qui veut parler à Dieu et ne trouve aucune parole articulée pour exprimer ses aspirations yers TinCai. Le Akl ah I ahl des prophètes est une expression pleine de mystères et de désirs. C'est une triple interjection formée de la première lettre de Talphabet répétée Irois fois et d'une triple aspiration. Dieu dit souTent dans les saintes Ecritures : Je suis rkvpBÂ et TOmâga, le premier et le dernier : la lettre A, qui semble exprimer le premier cri de la voix humaine, est aussi la voyelle qui exprime le mieux Tadmiration et Tamoar. Or, comme le premier cri de nos âmes doit s'élever vaguement peut-être , uiais nécessairement vers la cause premièro de notre être, le cri d'admiration et de joie que pousse l'enfant à la vue de tous les speo lacles de Tun'vcrs est une sorte de cantique

DicTio" X. LE Littérature cunÉT.

d*aetion de grftces : un cri poussé vers Dieu, voilà aussi en quoi se résume toute la poésie primitive, et tel a dû être le premier cantique d'Adam, Le ah l ah! ah t dos prophètes s'échappe de leur Ame lorsqu'elle est comme paralysée par l'extase, el que les pensées, trop grandes et trop pressées, no peuvent plus se faire jour que par cette exclamation, répétée depuis tant de siècles dans les soupirs de tous les saints. Le mystérieux Alléluia lui-même» ce mot qui remplit seul l'éternité d'une bénédiction et d'une allégresse infinie, cet hymne résumé dans le langnge des anges, VAlleluia n'ajoute gu'un mot au Ah! ah I ah t des prophètes, si bien senti par le sublime auteur des Elévations sur les mystères. Quelle est donc cette littérature étrange où toute une ode, toute une prière, tout un dosme se fait entendre dans une interjection, dans une émission de Ia voix , dans une seule lettre de l'alphabet 1 Nous disons ioui un dogme^ car cette même voix, trois fois répétée et toujours la même, ce triple et unique commencement de tout ce qui peut se dire par la parole, est une imago mystérieuse du dogme ae la Trinité pressenti par les prophètes qui en appelaient la manifestation de tous leurs vœux, de tous leurs soupirs et de toutes leurs larmes. Ainsi sur la terre letf hommes de désir, les yeux baignés de larmes et les mains tendues vers le ciel, crient versDieuenbégavant le ^A/oA/aA/desprophè' tes, et dans leciel les chéru bins qui se couvrent la face de leurs ailes devant le trône du Tout- Puissant, répondent Sainte sainte saint; est le Seigneur y le Dieu des armées. Ainsi le Dieu trois fois saint est trois fois désirÀ et trois fois béni sur h terre, et la prière universelle est renfermée toute entière dans le nom unique et trois fois répété du trois fois saint, car il s'appelle Alpha et Oméga ; il s'appelle le 5atn/, -et c'est seulement en criant vers lui ou en chantant les louanges de ses per^ l'eclions divines, que les êtres créés peuvent articuler son nom. Le nom dont il se nomme lui-même est incommunicable, et personne lii dans leciel, ni sur la terre ne peut le prononcer, ni le lire, ni l'écrire. Le nom de Jéhova lui - même est une sorte de Ah! ah ! ah! un assemblage de syllabes qui ressemblent à des inteijections, et qu'il est difQcile de bien prononcerdans ia langue originale. Le Ah! ah! ah ! d'Ezéchiel a été travesti par Voltaire, dans une de ces déplorables bouifonneries qu'on ne doit pas lire maintenant même pour les réfuter, et dont rougissent les derniers partisans du calomniateur de la Bible.

Voltaire, comme tout le monde en convient maintenant, avait infiniment d'esprit» mais il avait peu de tact, parce qu'il manquait de cœur. (Foy. l'article PoéstE.) 11 semblait surtout entièrement dépourvu do ce sens intérieur qui adore et qui prie, et dans ces pa^es pleines de tristesse où Ezéchiel, accablé des malheurs à venir de son peuple, el se faisant d'avance le représentant des misères d'Israël, crie vers Dieu avec des sanglots et des larmes pour obtenir un pain moins impur et des aiuictions de la chair

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