‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 62 sur 194 · X. tes noces de Cana · texte numérisé non relu

X. tes noces de Cana

C'est au milieu d'un mariage et d'un banquet que le Christ fait éclater pour la crémière fois sa puissance divine ; c*est ainsi qu*il commence à parcourir cette carrière merv dilleuse qui s'ouvre par une noce et finit par un festin funèbre. A Cana, il clian* gé l'eau en vin , et à la dernière cène , il ebange le vin en son saiig. C'est ainsi qu'il ramène tout à lui , on perfectionnant la nature , et qu*il se donne ensuite tout entier tuinooème pour le salut de l'humanité.

Le Christ est venu pour affranchir la femme esclave de l'homme et l'élever à la dignité d'épouse ; il est venu lui-même épouser la liberté sainte, et faire de la société ré|K>use légitime et chérie de Dieu. Hais, pour célébrer dans la joie cette sainte alliance, il faut qu'une nouvelle effusion d'amour réchauffe et ranime nos cœurs glacés. Le Christ , par sa parole pleine de la toute-puissance de l'amour divm t fait couler le vro brûlant de la clHirité, au Ueu des eaux froides de la philosophie humaine, et , pour que Thumanité se {riaise à son céleste banquet , il enivre tous es convives de ce vin miraculeux dont il Jetait dire plus tard : Buvez-en tous , ceci est mon sang.

Ici se révèle la tendre sollicitude de la femme, et cet instinct divin qui lui fait comprendre toutes les gènes et tous les besoins de l*homme pour la dévouer tout entière à nous secourir. Aux noces de Cana , on oublie le fiancé et la fiancée pour ne s'occuper 3ue de Jésus et de Marie ; et ces deux tètes ouces et rayonnantes sont en effet les véritables é(Kmx de cette noce symbolique. Marie dit. à Jésus : Ils n'ont pas de vin. C'est une prière maternelle qui ressemble h un ordre ; c'est tout Fempire insinuant et invincible de la femme; l'homme aussi, représenté par le Christ, est jaloux de garder son iiiilépeqdance , et il répond froidement en apparence : Femme^ qu'y a-t-il entre vous et

moi l mon heure n'est pas encore venue. Cependant le coeur de la femme est sûr d'avoir

laits en disant aux hommes , qu'elle adopte pour ses enfants, et qui seront ainsi les frè* res de son fils : Faites tout ce qu'U vous dirai

XL Les miracles.

Notre siècle croit aux merveilles du magnétisme qu'il ne comprend pas, et ne vou« drait pas croire aux miracles du Sauveur sous prétexte qu'il ne saurait les comprendre. Pauvres raisonneurs que Dieu gêne I Comme s'ils pouvaient espérer d*ètre bien à l'aise dans leur raison, si Dieu et son infini se retirent I « Ob 1 heureux, dit l'auteur du Génie du christianismif mille fois heureux ceux qui croient ; » et il a bien raison, parce que croire c'est aimer ; et aimer, lorsqu'il s'agit de Dieu, n'est-ce pas toujours avoir raison 7 Mais ces miracles ne sont pas seulement des faits historiques incontes* tables, ce sont aussi des enseimements, et il y a cela d'admirable dans nos livres saints, que l'allégorie y existe partout sans fictions,

3ue la vérité des faits y représente la vérité e la doctrine. Sublime caractère que veulent méconnaître los froids raisonneurs de l'exégèse socinienne t Selon eux, tout n'esl que mythes et symboles ; sont-ils sûrs alors que la personne même de Notre-Seîgneur Jésus-Cfhrist ne soit pas également un rêve de la philosophie et une abstraction de résotérisme? £t voilà le christianisme tout entier qui s'évanouit en fumée, emportant avec lui le mot éternellement introuvable de l'énigme du sphinx 1 Malheureux imitateurs d'OEdipe, depuis le jour où ils ont offensé leur mère, la sainte Eglise catholique, ils se sont aveuglés eux-mêmes 1

Mais nous qui avons le bonheur de croire à la fois, à la divinité et à Thumanité de notre maître , nous ne renonçons à aucune des beautés de son Evangile ; si nous admettons la vérité des faits matériels, nous n'en recherchons pas moins la vérité, des feits spirituels, dont les premiers sont la figure; et c'est avec cet esprit que nous voulons rappeler ici à notre mémoire les principaux miracles du Sauveur.

Le paralytique.

Le Christ trouva le Renre huipaia couçbé comme un pauvre paralytique au bord de la piscine dont un ange remuait tous les ans les eaux pour la guérison des malades.

L'homme attendait, pour être guéri, que Dieu agitât de nouveau les doctrines saintes qui le purifient, et leur donoAt une nouvelle chaleur. Cette fois, c'est Jésus lui-môme qui vient agiter les eaux de la piscine avec le doux bruit de sa voix : Tes crimes sont effacés, dit-il à l'homme languissant, et comme les docteurs orgueilleux se sçaDdaJisent d'un Dieu qui pardonnCi le Christ ju*-

Ml

EVANGILE

EVANGILE

tiOe la grâce par 1 évidence dor progrëSi et dit à rhomme : Lève-toi et marche 1

La tempilt apaisiz.

Jésas et ses disciples étaient sur une bar^»^ que au milieu de la mer ; les disciples ramaient, et le maître se laissait aller au som* raeil. Cependant la mer était grosse et le ciel se cllargeait d'orage* le monde allait périr dans la tempête, et Dieu dormait... L'orage redouble, les apôtres crient... Jésus se- ré-* veille et sourit... Vent, tais-toi ; mer, calmetoi, dil-il, et il se fait un çrand calme, ei alors,8e tournant vers ses disciples, l'Homme- Dieu leur dit : Hammeê de peu de Jfoi^ pourquoi avez-^ouê douté t — Symbole divin qui doit nous consoler dans l'époque orageuse que* nous traversons. Le ciel est noir, la mer est furieuse ; mais le Sauveur est avec nous, et nous ne sommes pas en danger, puisqu'iF dort 1 Attendons qu'il s'éveille, et nous saurons alors nuel est celui auquel les vent^et la mer obéissent.

Jésus marche sur Feau.

Une autre fois les apôtres voguaient dans la nuit ei luttaient seuls contre la tempête : car le maître n'était pas avec eux, et voilà qu'au milieu de la nuit il vient à eux en marchant sur la mer, et comme ils crient de frayeur* il leur dit : Cest moi^ ne craignez rien. C'est ainsi que le Christ vient au secours des malheureux en soumettant sous ses pieds les vagues agitées des passions et des vicissitudes humaines. Maître, si c'est vous, dit Pierre, celui ^ui représente le l>ettple, celui à qui le Christ a dit : Je bâtirai mofi église sur toij si c'est vous, dit ce disciple plein de foi, dites que j'aille à vous en marchant aussi sur les flots... Viens,, dit le Doaltre, et le peuple chrétien marche aussi sur la tempête... Mais bientôt vient un coup de Teat terrible... des révolutions muçissenS les lumières du ciel se couvrent, et rhomme chanceUe, le disciple du Ghrist a peur... Aussitôt la puissance de Dieu l'abandounc, et les vagues noires vont l'engloutir... Priais le Christ lui tend la main et lui reproche son peu de foi. C'est maintenant, Seigneur, que nous sommes prêts h périr : tendez-nous la main de nouveau, car nous avons douté, et les flot5 des passions humaines ne nous obéissent plus.

La guérison des dix lépreux.

Un jour dix lépreux irnplorèrqnt la compassion de Jésus. Allez vous montrer aux préireê^ leur dit-il, et comme ils y allaient ils furent guéris ; or un seul d'entre eux retourna se jeter aux piols de son Sauveur, et celui-là était un Somarilain. Tous les dix n'ont-ils donc pas été guéris ? dit Jésus : où sont donc les neuf autres t

Tous les hommes sont couverts de la lèpre du péché, mais les i)rêtres de l'ancienne loi ne sauraient les guérir. Si c'est par l'ordre de l'esprit de Jésus que les lépreux se mettent ei; route pour montrer Leur maladie à des

médecins .mpuissants, ils sont déjà guéris avant que d'arriver. Si tu te repens sincèrement de tes fautes, ô mon frère, va d*abord les confesser à un prêtre, qui soit le représentant, non de la loi de crainte, mais de la loi de grâce, à un prêtre catholique qui puisse ^absoudre. Laisse là ces pratiques humaines de la loi pharisaïque, et reviens te donner tout entier au Christ qui t'a sauvé 1 Mais les prêtres juifs n'aiment pas qu'on parle ce langage; ils aiment mieux qu'on

de venir à eux , cetai qui préfère la grAce évangélique aux observances légales, celuilà ils le nomment un Samaritain, c^est-àdire un hérétique et un maudit... Que nous importent les injures des Juifs ! ils ont ap-^ pelé Beizébuth le père de famille; Ecoutons plutôt le Sauveur qui nous bénit en nous disant : Tavais pourtant off^t le salut à tous les hommes: d*oti ment que cet étranger seui est revenu à moi?

Aveugles et sourde^

Le^enre humain était plongé dans la nuit avant la venue du Sauveur, et une surdité morale l'empêchait d'entendre le Verbe éternel que toute la nature écoute. C'est pour- Îuoi Jésus nous est représenté guérissant; es aveugles et des sourds ; il. touche leurs yeux et leuKS oreilles en gémissant, et leur dit : Ouvrex-vous, Pour quelaues-uns la

Suérison est lente et laborieuse. Que vois-tu? it Jésus à un aveugle dont il vient de toucher les yeux.— Je vois les hommes comme des arbres qui marchent^ répond le matériauliste. Beaucoup d'hommes de no» joui*s ressemblent à cet aveugle : ils commencent à voir, mais ils voient mal, et. leur état est plus dangereux pour eux au'ùn aveuglement complet, car maintenant ils ne veulent plus so laisser conduire. Le Christ, pour guérir les aveugles^ délaye un peu de poussière avec sa salive et leur met de cette noue sur les yeux. Cela signifie que l'orgueil étant la principale cause de l'aveuglement de l'homme, il faut lui mettre aux. yeux tout ce qu'il est, pour les lui faire ouvrir : un peu do poussière humectéo par la bouche de Dieu, voilà l'homme, et Jésus, après avoir mis cette souillure salutaire sur les yeux encore fermés d'un aveugle, l'envoie- se laver à la piscine de Siloé. C'est dans les eaux pures de la sagesse éternelle que l'homme doit débarrasser ses yeux de la faige qui les couvre; qu'il cesse de se voir lui-même avec complaisance, et ses yeux, ne seront plus voilés par un peu de boue, et il reverra la belle nature queDdeu bénit, et la douce lumière du ciel.

La fille de Jatre.

It y avait en ce temps-là un chef de la Synagogue dont la OUe se mourait. La fille (lu chef de la Synagogue représentait la religion de Moïse. Or ce bon père, image de

EVANGILE

EYANGmE

ce qu'auraient dA être tous les prêtres lors de ]a Tenue du Sauveur, comprit que Jésus seul, le Verbe nouveau, le Verbe de vie,

Îouvait rendre la santé à sa frile agonisante, ésus se leva et dit à ce père désolé : Je vais au secoure de votre fille. Mais comme ils étaient en chemin, ils rencontrèrent des gens

Îui dirent au père : Ne iourmenie pas le Tattre : ta fille est morte. C'est ce que les hommes superficiels disent aussi aujourd'hui de la reliçion catholique, cette belle filie du Christ, qui à son tour est, selon eux, devenue malade et a lutté, disent-ils, contre plusieurs siècles d'aeonie. Mais le père, qui avait la foi, et le Christ, qui était Dieu, marchaient toujours.

Arrivés à la maison où la jeune fille était étendue sans mouvement, ils trouvèrent une foule de gens qui faisaient un grand bruit de lamentations et de musique funèbre.

Jésus leur dit : Ne troublez pas cette jeune fille f elle n'est pas morte^ elle dort; et ils se moquaient de lui. Vaines plaintes des hommes sans foi, vous n'êtes qu'un bruit importun. La vérité éternelle, représentée par une jeune fille, s'endort quelquefois pour se réveiller plus vivante et plus belle ; mais elle ne saurait mourir I ne la troublez pas par vos gémissements insensés : elle est silencieuse, elle sommeille; mais voici le Verbe de Dieu qui va la réveiller 1 Que nous importe que les inseusés se moquent de Dieu et de nous I Dieu sauvera les insensés, et nous nous vengerons d'eux en les embrassant dans les joies prochaines de la fraternité nouvelle.

Car, écoutez ce que fit le Christ : il ne prit .ivec lui que trois de ses disciples ; Pierre, l'apôtre de la foi ; Jacques, le pèlerin de l'espfrance, et Jean le disciple dfe l'amour, et brenant la main de la jeune fille, il lui dît a haute voix: Ma fUle^ levez-vous! et la jeune fille se /et?a, et il la rendit à sa mire.

Non, tu n*es pas morte, jeune fille aimée de nos pères ; déjà reviennent doucement sur ta jpaleur les douces couleurs de la vie, et le Christ va bientôt te rendre à ta mère en unissant, par un miracle de puissance et d*amour, le passé avec l'avenir f

Lhémorroisse.

Ce jour-là môme, comme Jésus était pressé par la foule, une femme tourmentée d'un flux de sang s'approcha de lui par derrière : Car^ disait-elle, si je puis toucher seulement la frange de son vêtement^ je serai guérie. Or il y avait de longues années que cette femme était malade, et l'art des médecins avait été impuissant pour la soulager. Elle s'approcha donc du Christ et toucha son vêtement, et tout à coup elle se sentit guérie. Quelqu'un m'a touché, dit le Christ en se retournant... Maitre, disent les apôtres, ne voyez-vous pas que la foule vous presse de tous côtés? — Je vous dis que quelqu'un m'a touché^ car j'ai senti une vertu sortir de moi. Alors la femme épouvantée se jeta aux pieds du Sauveur et lui confessa ce qu'elle venait de faire. Alfrz, ma fillc^ lui dit Jésus, c'est votre foi qui vous a guérie.

Cette femme, qui perdait depuis si lougtemps la substance de sa vie, c'est la saeesse humaine que personne n'avait pu guénr; il a fallu qu'elle se rapprochât du Christ et qu'elle se mit en contact avec lui par la foi, par Fespérance et par Famour. il a fallu

gu'elle touchât de- la QQain le vétemeat du hrist,^ c'es^-dire qu'elle comprit les paor boles où il enveloppe sa doctrine. Et quand le Christ sentit (ju une puissance salutaire était sortie de lui, la sagesse humaine, étonnée de trouver tant de divinité dans ua homme, se prosterna devant lui et l'adora; mais lui , divin Fils de Dieu . et Dieu luimême, répond h Fhumanité proslernée:

C'est votre foi qui vous sauve ; aimez et vi* vez, puisque vous avez cru l

Le serviteur du centenîer.

En ce tempH^f un otOcier de la milice romaine vint conjurer Jésus de guérir son es^ clave. — J'irai, dit le Sauveur. — Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en tna maison: tnais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. — En vérité, s'écrie alors Jésus, je n'ai pas trouvé une si grande

{bi en Israël; allez, ei qu'il vous soit fdit Be" on que vous avez cru; et le centenîer, ca rentrant dans sa maison, trouva son servitear guéri.

Le eentenier représente Fempire romaiji qui, penchant alors vers sa ruine, implorait un Sauveur qui pût le guérir de sa grande maladie : FaviKssement et l'esclavage. Le peuple romain, qui commandait alors au monde entier, était le maître d'un esclave malade, et ne sachant plus que faire dans si détresse, il appelait un libérateur.

Jésus ne devait pas entrer dans la maison des Césars, et Rome ne se sentait pas digne de recevoir la doctrine trop pure de FEvan-

f;ile; mais le Christ envoya sa parole, et 'empire romain ayant eu à cette parole plus de foi que le Sauveur n'en avait trouvé même en Israël, vit son esclave non-seulement guéri de toutes ses corruptions, mais encore de sa servitude.

Le démoniaque et les pourceaux.

Jésus, chassant toutes les erreurs qui oIk scurcissaient l'esprit de l'humanité et toutes les mauvaises passions qiii torturaient son cœur, nous est montré délivrant des malheureux frénétiques de l'obsession des esprits impurs.

Mais comme le bien de Fhumanilé est dans Fharmonie et l'amour, le plus mauvais de tous les esprits c'est l'esprit de division et de guerre. L'homme possédé de ce mauvais démon nous est offert sous une image dont le sens est facile à deviner.

Jésus rencontra un homme furieux qui brisait toutes ses chaînes, fuyait la société des hommes, cherchait la solitude et vivait dans les tombeaux. A l'approche de Jésus, ce possédé du démon de la guerre trembla et s'écria : Pourquoi viens-tu nous tourmenter avant le temps? Car, à l'époque de la venue du Christ 9 la discorde pouvait se

EVANGILE

EYÂNeiLB

soe

promettre encore de longues années do triomphe : Comment te nommes-tu? dit le Christ. — Je me nomme Légion^ dit Tesprit rosuTaiSf parce que nous sommes plusieurs. R il coniurait le Christ de leur permettre d*eutrer dans un .grand troupeau de pourceaux qui paissaient là, sur le rirage. Jdsus le leur ayant permis, les pourceaux, emporta d'une soudaine fureur, coururent tous se précipiter à la mer, et le malade fut guéri.

Le génie de la guerre, depuis la prédication du Christ, doit cesser de tourmenter rhorome éclairé. Il n'est plus un besoin de gloire pour les peuples, mais un moyen de salubrité pour les Etats; il enrégimente des troupeaux inutiles, et les poussant par la brutale puissance du faux honnetir et de la tyrannie mutuelle, il les engloutit dans la mort.

Le filt de la veuve de Natm.

Jésus entrait dans la petite ville de Naïm, lorsqu'il rencontra le convoi d*an jeune homme que Ton portait en terre : c'était le tils unique d*une pauvre veuve, et la mère désolée suivait le triste cort^e en pleurant.

Jésus fut touché de la douleur de cette mère, et s'approchant d'elle il lui dit : Ne pleurez pas; puis il fit arrêter les porteurs» et il cria au mort : Jeune homme^ levex-vouSf •V vous le commande. Et te jeune homme, étonné, se leva sur son séant, et Jésus le rendit à sà mère.

C'est ainsi que le Christ, touché des larmes de Thumanité, lui a rendu Tavenir, ce fruit douloureux de ses entrailles, oui un jour avait paru lui échopper, et qu elle croyait mort pour toujours.

Page 1