‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 70 sur 194 · EZECHIEL · texte numérisé non relu

EZECHIEL

tombeau des hommes de Galilée, et ils ne sentent pas se soulever déjk, peur les repousser, les reliaues encore vivantes des pauvres qui ont juge le monde 1

Ceux qui, semblables à la chenille, ont filé des tombeaux pour y faire languir l'E- Klise en captivité, se tiennent pour assurés de leur captive, et ils dorment sur cette terre prophétique que travaille depuis près de deux mille ans le génie de saint Paul I Le peuple dort, fatigué de ses efforts inutiles pour s'affranchir; il dort, parce que la faim a affaibli son cerveau et appesanti sa tète. Les oppresseurs du peuple dorment aussi, parce qu'ils sont ivres .de sang et de larmes..

Mais un spectre terrible soulève lentement la terre, et regarde si l'heure est venue. Ses bras décharnés sortent l'un après l'autre de sa tombe; d'une main il tient une torche fumante que son soufile s'apprête k rallumer, et de l'autre un marteau sanglant. Malheur! malheur à ceux qui ne se sont pas levés à l'appel des anges de paix lorsqu'ils ont passé en chantant la fraternité et l'amour !

Prophète de l'Apocalypse, toi que Jésus avait nommé le fils du tonnerre, toi cfm as tant pleuré le Dieu que tu as vu mounr; toi qui as pris le» ailes d'un aigle pour aller le chercher au ciel, et'la voix d'une trom[»ette de guerre pour annoncer son second avènement au monde, h'as-tu pas vu le Crucifié sortir de son sépulcre et revenir vers nous? Etait-il encore doux comme une femme et soumis comme un enfant ? Etait-ce toujours l'agneau paisible qui tend la gorge au couteau des sacrificateurs. — La premier^ fois que le Christ est venu au monde, il est venu |30ur semer, répond le prophète : maintenant il va venir pour moissonner; et c'est pourquoi il viendra armé d'une fauxl Sa parole est un glaive à deux tranchants qui sort de sa bou* che, et oui va et vient parmi les institutions fiétries au vieux monde, comme parmi des branches sèches et des épis morts. 11 est monté sur un coursier terrible que rien n'arrête: il est vêtu d'une robe triomphale* tachée du sang de ses ennemis; il est paré des diadèmes qu'il a repris aux rois : et l'exterminateur vole devant lui en invitant tous les vautours du ciel h un immense festin i II a jeté la faux dans la moisson, et les épis tombent : il a envoyé la serpe dans la vendange, et le sang coule! — Car Babylone doit disparaître pour faire place à la nouvelle Jérusalem qui aescend du ciel sur la terre, brile comme une fiancée qui vient au-devant de l'époux 1

Dormez votre sommeil, générations épuisées; dormez, immondices humaines, grap-^ pes pressurées qui n'avez plus ni jus ni sève, épis arides qui brûlerez comme de la paille sèche quand le monde passera par le leu I Dormez, riches 1 bétail paresseux que sa graisse énerve ; dormez, pauvres, dormez, brebis maigres et tondues jusqu'à la peau,, qui n'avez plus la force do marcher ni de bêler I

Je vois au Nord Attila qui se lève, le fouet

FAUST

à la main; je vois flamboyer les yeux rouges de ses chiens, et j'entends leurs aboiements ; la grande chasse va recommencer, et les trompes infernales vont retentir bientôt du Nord au Midi.

Réfeillez-vousl réveillez-vous, vous tous

FAUST

qui avez peur 1 ne vous endormez pas, tous qui broutez dans les parcs de la seryitude ! Héias! vous avez cru que l'esclavage c'était le repos et que Tavilissement c'était lapaii; mais il n'y a pas plus de repos pour les esclaves qu*il n'y a de paix pour les lâches I

FABLE, APOLOGUE. (Voy. Paradolb.)

FABLE POÉTIQUE ou Fiction. {Vop. Fienon.)

FAUST (Jban). — Comme inventeur de l'imprimerie et comme ayant publié et répandu en Europe les premières éditions de la Bible» Jean Faust mérite d'être mentionné dans le Dictionnnaire de littérature religieuse. Son nom appartient d*ailleurs à la poésie des légendaires, et a été popularisé par le drame allégorique de Goethe.

A l'époque où nous vivons, il est permis encore de douter si Tinvention de l'imprimerie fut pour rhumanité un bienfait ou un fléau : toujours est-il que par le moyen de cet art, l'arbre de la science du bien et du mal secoua ses feuilles sur le monde, et a déjà fait goûter aux nations ses fruits les plus amers. C'est donc avec une grande raison que la tradition populaire des légendes, toiQOurs si vraie aans ses symboles et si poétique dans ses allégories, a supposé qu'en la personne de Faust l'orgueil humain avait fait alliance avec l'esprit superbe qui nie Dieu.

Dans la légende de Faust écrite par Widmann, que nous donnerons à la suite de cet article, il n'est pas parlé de l'imprimerie, mais on en décnt les effets dans les conditions du pacte que fait Faust avec Méphistophélès : ainsi le démon s'engage à prendre toutes les formes et à obéir au docteur, môme les formes du génie, même celles de la beauté; il s'eoKage à venir quand on l'appellera, à aller ou on l'enverra; or n'est-ce })as tout ce que (>eut faire l'esprit du mal au moyen de l'imprimerie? Au moyen de cette alliance, l'esprit de Thomme peut évoquer les morts de leur tombe, et vivre dans la société des anciens, comme nous voyons dans la légende que Faust évoqua le fantôme de la belle Hélène et vécut avec elle dans les liens d'un fantastique et criminel amour. Cette explication jette une lumière nouvelle sur la légende de Faust, qu'on ne relira pas ici sans intérêt, et qu'on peut regarder comme une des plus belles fictions du génie populaire qui préside aux allégories merveilleuses et aux fantastiques légendes.

Légende de Faust par Widmann, traduite en français^ au xvi* siècle, par Palma Cayet.

L*origiBe de Faust eisetéuulfts.

Le docteur Faust fut fils d'un paysan natif de Veinmar sur le Rhod, qui a eu une grande parenté à Witlenberg, comme il y a

eu de ses ancêtres gens de bien et bons chrétiens ; même son oncle qui demeura à Wittenberg et en fut bourgeois fort puissant en biens, qui éleva le docteur Faust, et le tint comme son fils; car, parce qu*il élait sans héritiers, il prit ce Faust pour son Bis et héritier, et le fit aller k l'école pour élud er en la théologie. Mais il fut débauché d'avec les gens de bien, et abusa de la parole de Dieu. Pourtant, nous avons vu telle parenté et alliance de fort gens de bien et opulents comme tels avoir été du tout estimés et qualifiés prud'hommes, s'être laissés sans mémoire et ne s'être fa t mêler parmi les histoires, comme n'ayant vu ni vécu en leurs races de tels enfants impies d'abomination. Toutefois, il est certain que les parents du docteur Faust (comme il a été sa d'un chacun à Wittenberg) se réjouirent de tout leur cœur de ce que leur oncle l'avait pris comme son fils, et comme de là en avant ils ressentirent en lui son esprit excelleot et sa mémoire, il s'ensuivit sans doute que ses parents eurent un grand soin de lui, comme Job, au chap. 1, avait soin de ses enfants, à ce qu'ils ne fissent point d'offense contre Dieu. 1) advient aussi souvent que parents qui sont impies ont des enfants [)e^ dus et mal conseillés, comme il s'est vu de Cham,Gen.iv; deRub, Gen.xLix;d*AhsalOD, II, Reg. XV, 18. Ce que je récite ici, d autant que cela est notoire, quand les parents abandonnent leur devoir et sollicitude, par le moyen de quoi ils seraient excusables. Tels ne sont que d<'S masques, tout ainsi que des flétrissures à leurs e'ifants; singulièrement comme il est advenu au docteur Faust d'avoir été mené par ses parents. Pour mettre ici chaque article» il est à s^ voir qu'ils l'ont laissé faire en sa jeunesse à sa fantaisie, et ne Tout point tenu assidu à étudier, qui a été envers lui par sesdits pa« rents encore plus petitement. Item, quand ses parents eurent vu sa maligne tête et inclination, et qu'il ne prenait pas plaisir à la théologie, et que de là il fut encore approuvé manifestement, même il y eut clameur et propos commun, qu'il allait après les enchantements» ils le devaient admonester à temps, et le tirer de là, comme ce nétait que songes et folies, et ne devaient pM amoindrir ces fautes-là» afin qu'il n'en demeurAt coupable*

Mais venons au propos. Comme donc 1»

.' docteur Faust eut parachevé tout le cours

de ses études, en tous les chefs plus subtils

de sciences, pour être qualifié et approuvé,

FAUST

il passa outre de Ik en avant, pour être etaminé par les recteurs» afin qu il fût examiné pour être maître, et autour de lui il y eut seize maîtres, par qui il fut ouï et eoquis, et avec dextérité il emporta le prix ae la dispute.

El ainsi, pour ce qu'il fut trouvé avoir suffisamment, étudié sa partie, il fut fait docteur en théologie. Puis après, il eut encore en lui sa tête folle et oreueilleuse, comme on appelle des curieux spéculateurs, et s'abandonna aux mauvaises compagnies, mettant la Sainte-Ecriture sous le oanc, et mena une vie d'homme débauché et impie, comme cette histoire donne suffisamment a entendre ci^près.

Or, c*est au dire commun et très-véritable : Qui est au plaisir du diable, il ne le laisse reposer ni se défendre. 11 entendit

re dans Cracovio, au royaume de Pologne, y avait eu ci-devant une grande école de magie, fort renommée, où se trouvaient telles gens qui s'amusaient aux paroles chaldéennes, persanes, arabiques et grecques, aux figures, caractères, conjurations et enchantements, et semblables termes, que Ton peut nommer d'exorcismes et sorcelleries, et les autres pièces ainsi dénommées par exprès les arts dardaniens, les nigroraances, les charmes, les sorcelleries, la divination, rincantation, et tels livres, pamles et termes que Ton pourrait dire. Cela fut très-agréable à Faust, et y spécula et étudia jour et nuit; en sorte qu'il ne voulut plus être appelé théologien. Ainsi fut homme mondain, et s'appela docteur de médecine, fut astrologue et mathématicien. Et en un instant il devint droguiste; il guérit premièrement plusieurs peuples avec des drogues, avec des herbes, des racines, des eaux, des potions, des receptes et des cljstères. Et puis après, sans raison, il se mit à être beau diseur, comme étant bien versé dans l'Ecriture divine. Mais, comme dit bien la règle de notre Sei-

SDeur Jésus-Christ : Celui qui sait la volonté e son mattre, et ne la fait pas; celui-là sera battu au double.

Item. « Nul ne peut servir deux maîtres. » Item. * Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. • Faust s'attira tous ces châtiments sur soi, et mit son âme à son plaisir pardessus la barrière; tellement qu'il se per* suada n*être point coupable.

La larvileur de Faost.

Le docteur Faust avait un jeune serviteur qu*ii avait élevé quand il étudiait à Witten- Ix'rg, qui vit toutes les illusions de son mattre Faust, toutes ses maries ot son art diabolique. Il était un mouvais garçon, cou-» reur et débauché, du commencement qu'il Tint demeurer à Wittenberg : il mendiait, et personne ne voulait le prendre à cause de sa mauvaise nature. Ce garçon se nom<mait Chrîstofle Wagner, et fut dès lors serviteur du docteur Faust : il seHint très-bien avec lui , en sorte que le docteur Faust rappelait son fils. Il allait où il voulait, (]uoiqu'il allât boitant et de travers.

FAUST 5S8

Le docteur Pantt eoo)dre le diable pour la premièra fob.

Faust vint en une forêt épaisse et obscure, comme on se peut figurer, qui est située près de Wittenberg, et s'appelle la forêt de Hangealle, qui était autrefois très-bien connue de lui-niême. En cette forêt, vers le soir, en une croisée de quatre chemins, il fit avec un bâton un cercle rond, et deux autres qui entraient dedans le grand cercle. Il conjura ainsi le diable en la nuit, entre neuf et dix heures ; et lors manifestement le diable se relâcha sw le point, et se fit voir au docteur Faust en arrière, et lui proposa: Or sus, je veux sonder ton cœur et ta pensée, que tu me Texposes comme un singe attaché à son billot, et que non-seulement ton corps soit à moi, mais aussi ton âme, et tu me seras obéissant, et je t'envoierai oix je voudrai pour faire mon message; et ainsi le diable amiella étrangement Faust, et Tattira à son abusion.

Lors le docteur Faust conjura le diable, à quoi il s'efforça tellement, qu'il fit un tumulte qui était compie s'il eût voulu renverser tout de fond en comble; car il faisait plier les arbres jusques en terre; et puis le diable faisait comme si toute la forêt eût été remplie de diables, qui apparaissaient au milieu et autour du cercleài environ comme un grand charriage menant bruit, qui allaient et venaient çà et là, tout au travers par les

Suatre coins, redonnant dans le cercle comme es élans et foudres, comme des coups de gros canon, dont il semblait que l'enfer fût entr'ouvert, et encore y avait-il toutes sortes d'instruments de musique amiables, qui s'entendaient chanter fort doucement, et encore quelques danses; et y parurent aussi des tournois avec lances et épées, tellement que le temps durait fort Ions à Faust, et il pensa de s'enfuir hors du cercle. Il prit enfin une résolution unioue et abandonnée, et y demeura, et se tint rerme à sa première condition (Dieu permettant ainsi, a ce qu'il pût poursuivre), et se mit comme auparavant à conjurer le diable de nouveau, afin qu'il se fit voir à lui devant ses yeux, de la façon qui s'ensuit. Il s'apparut à lui, h l'entourdu cercle, un griffon, et puis un dragon puant 1q soufre et soufflant, en sorte que, quand Faust faisait les incantations, cette bêto grinçait étrangement les dents, et tomba soudain de la longueur de trois ou quatre aunes, qui se mit comme un peloton de feu» tellement que le docteur Faust eut une horrible frayeur. Nonobstant il embrassa sa résolution, et pensa encore plus hautement de faire que le diable lui lût assujéti. Comme quand Faust se vantait, en compagnie un jour, que la plus haute tête qui fût sur la terre lui serait assuji^tie et obéissante, etsf'S compagnons étudiants lui répondaient qu'ils ne savaient point de plus haute tête crue le. pape, ou l'empert^ur, ou le roi. Lors répondait Faust : La tête qui m'est assuiétie est encore plus haute, comme elle est écrite en l'Epltre de saint Paul aux Ephésiens : « C'est le prince de ce monde sur la terre et dessous

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le ciel. » Ainsi dooc, il conjura cette étoile unefoiSj deux fois, trois fois, et lors devint une poutre de feu, un homme au-dessus

3ui se défit, puis après, ce furent six globes e feu comme des lumignons, et s'en éleva un au-dessus, et puis un autre par-dessous, et ainsi conséquemment, tant qu'il se chan-

Sea du tout, et qu'il s'en forma une figure 'un homme tout en feu, qui allait et venait tout autour du cercle, par 1 espace d'un quart d'heure. Soudain ce diable et esprit se changea sur-le-champ en la forme d'un moine gris, vint avec Faust en propos, et demanda CA qu'il voulait.

Le non do diable qui ?lslu Paatt.

Le docteur Faust demanda au diable "Comme il s'appelait, quel était son nom. Le diable lui répondit qu'il s'appelait Méphistophéiès

Les eondUions du pacte, qaeUea elles sooL

Au soir, environ vêpres, entre trois et quatre heures, le diable volatique se montra au docteur Faust derechef, et Je diable dit au docteur Faust : « J'ai fait ton commandement, et tu me dois commander. Partant , je suis venu pour t'obéir, quel que soit ton désir, d'autant que tu m'as ainsi ordonné, que je me présentasse devant toi à cette heure ici. » Lors Faust lui fit réponse, avant encore son âme misérable, toute perplexe, d'autant qu'il n'y avait plus moyen de différer Theure donnée. Car un homme en étant venu jusque-là ne peut plus être à soi; mais il est, quant à son corps, en la puissance du diable, et de là en avant la personne est en sa puissance. Lors Faust lui demanda les paclions qui s'ensuivent^

Premièrement, qu'il peut faire prendre une telle habitude, forme et représentation d*esprif, qu'en icelle il vint et s'apparût à lui. Pour le second, que l'esprit fit tout ce qu'il lui commanderait, et lui apportât tout ce qu'il voudrait avoir de lui. Pour le troisième, qu'il lui fût diligent, sujet et obéissant, comme étant son valet. Pour le quatrième, qu'à toute heure qu'il l*appellerait et le demanderait il se trouvât au logis. Pour le cinquième, qu'il se gouvernât tellement

Sar la maison, qu'il ne fût ni vu ni reconnu e personne que de lui seul, à qui il se montrerait, comme serait son plaisir et son commandement. Et finalement, que toutes fois et quantes qu'il l'appellerait, il eût à se montrer en la môme figure comme il lui ferait commandement.

Sur ces six points, le diable répondit à Faust qu'en toutes ces choses, il lui voulait être volontaire et obéissant, et qu'il voulût aussi proposer d'autres articles par ordre, et lorsqu il les accomplirait, qu'il n'aurait faute de rien.

Les articles oue le diable lui proposa sont tels que ci-après : Premièrement, que Faust lui promît et jurât qujil serait sien, c'est-àdire en la possession et jouissance du diable. Pour le second, qu'afin de plus grande confirmatioDi il lui ratifiât par son propre sang, et

que de son sang il lui en écrivit un tel tnns- ()ort et donation de sa personne. Pour le troisième, qu'il fût ennemi de tous les chrétiens. Pour le quatrième, qu'il ne se laissât attirer à ceux qui le vouaraient convertir. Conséquemment, le diable voulut donner ï Faust un certain nombre d'années qu'il aurait à vivre, dont il serait aussi tenu de lui, et qu'il lui tiendrait ces articles, et qu'il aurait de lui tout son plaisir et tout son désir. Et qu'il le pourrait en tout presser, que le diable eût à prendre une belle forme et telle qu'il lui niairait.

Ledit Faust lut tellement transporté de 4a folie et superbité d'esprit, qu'avant péché une fois, il n'eut plus de souci ae la béatitude de son âme; mais il s'abandonna au diable, et lui promit d'entretenir les articles susdits. Il pensait que le diable ne serait pas si mauvais, comme il le faisait paraître^ ni que l'enfer fût si impétueux, comme oa en parle.

Le dodear Faust t'oMige.

Après tout cela, le docteur Faust dressa par dessus cette grande oubliance et outrecuidance, un instrument au diable et une reconnaissance, une briève soumission et confession, qui est un acte horrible et abominable. Et cette obligation-là fut trouvée en sa maison après son misérable départ de ce monde.

C'est ce que je prétends montrer évidemment pour instruction et exemple des bons chrétiens, afin qu'ils n'aient que faire arec le diable , et qu ils puissent retirer d'entre ses pattes leurs corps et leurs âmes, comme Faust s'est outrageusement abandonné à son misérable valet et obéissant, qui se disait être par le moyen de telles œuvres diaboliques, qui est tout ainsi que les Parthes faisaient, s'obligeant les uns aux autres; il prit un couteau pointu et se piqua une veine en la main gauche , et se dit un homme véritable. Il fut vu en sa main ainsi piquée un écrit comme d'un sang de mort, en ces mots latins : 0 homo , fuge I qui est à dire : 0 homme, fuis-t'en de là, et fais le bien.

Puis le docteur Faust reçoit son sang sur une tuile et y met des charbons toutcbaudsi et écrit comme s'ensuit ci-après :

« Jean Faust, docteur, reçois de ma propre main manifestement pour une chose ratifiée, et ce en vertu de cet écrit ; qu'après que je me suis mis à spéculer les éléments, et après les dons qui m'ont été distribués et départis de lâchant, lesquels n'ont point trouvé d'habitude dans mon entendement; et de ce que je n'ai peut-être enseigné autrement des hommes, lors je me suis présentement adonné à un espnt qui s'appelle Méphistophélès, qui est valet du pnnce infernal en Orient, par paction entre lui et moi, Îu'il m'adresserait et m'apprendrait, comme m'était prédestiné, qui aussi réciproquement m'a promis de m'ètre siijjet à toutes choses, partant et à l'opposite. je lui ai promis et lui certifie que d'id à vingt-quatre ans, de la date de ces présentes» virant ju^

FAUST

que4à eomplétement , comme il m'enseiçiera en son art et science, et en ses inventions me maintiendra^ gouyeraerat conduira, el me fera tout bien, avec toutes les dioses nécessaires à mon Ame, h ma chair , h mon tBug et à ma santé, que je suis et serai sien A jamais. Partant je renonce à tout ce qui est pour la yie du maître céleste et de tous les iiommes, et que je sois en tout sien. Pour plus grande certitude et plus grande confirmation, j*ai écrit la présente promesse de ma propre main , et l'ai sous-écrit de mon propre sang, çiue je me suis tiré expressément pour ce faire , le mon sens et de mon jugement, de ma pensée et volonté, et Tai arrêté, scellé et testiBé, etc. »

Faust tira cette obligation h son diable, et lui dit : Toi, tiens le brevet. Mépbistopliélès prit le brevet et voulut encore de Faust avoir cela, qu'il lai en fit une copie, que le malheureùi Faust dépécha.

Ijf9 bôies do docteur Faost le ?eoleni ooupor le oei.

Le docteur Faust avait, en un certain lieu, invité des hommes principaux pour les traiter sans qu'il eût apprêté aucune chose. Quand donc ils furent venus, ils virent bien la table couverte, mais la cuisine était encore froide. Il se faisait aussi des noces , le roème soir, d un riche et honnête boui^eois, et avaient été tous les domestiques de la maison empêchés , pour bien et nonorablement traiter les gens qui y avaient été invités ; ce que le docteur Faust ayant appris, commanda à son esprit que de ces noces il lui apportât un service ae vivres tout apprêtés, soit poissons ou autres, et qu'incontinent il les enlevât de là pour traiter ses hùtes. Soudain il y eut en la maison où l'on faisait les noces un grand vent par les che* minées, fenêtres et portes, qui éteignit toutes les chandelles. Après que le vent fut cessé et les chandelles derechef allumées, et qu'ils eurent vu d'où le tumulte avait été. Ils trouvèrent qu'il manquait à un mets une pièce de rôti , a un autre une poule , à un autre une oie , et que dans la chaudière il manquait aussi de grands poissons. Lors furent Faust et ses invités pourvus de vivres ; mais le vin manquait, toutefois non pas longtemps, car Méphistophélès fut fort bien au voyage de Florence dans les caves de Fougres, dont il en emporta quantité. Mais après qu'ils eurent mangé, ils désiraient (qui est ce pour quoi ils étaient principalement venus; qu'il leur fit pour plaisir quelques tours d'enchantement. Lors il leur fit venir sur la table une vigne avec ses grappes de raisin dont un chacun en prit sa part. II commanda puis après de prendre un couteau et le mettre a la racine comme s'ils reossdnt voulu couper; néanmoins ils n'en purent pas venir à but; puis après il s'en alla hors des étuves, et ne tarda guère sans revenir. Lors ils s'arrêtèrent tous et se tinrent l'un l'autre par le nez et un couteau dessus. Quand donc puis après ils voulurent, ils purent couper les grappes. Cela leur fut •iQ$i mis aucunement ; mais ils cui ont bien

FAUST Mi

voulu qu*il les eût fait venir toutes mûres.

Attjourdodiinaiidie, Hélène cadiaBlëe.

Au jour du dimanche, des étudiants vinrent, sans être invttés, en la maison du docteur Faust pour souper avec lui, et apportèrent avec eux des viandes et du vin , car c'étaient gens de dépense volontaire.

Comme donc le vin eut commencé à mon-> ter, il y eut propos à table de la beauté des femmes, et l'un commença de dire à l'autre qu'il ne voulait point voir de beUes femmes, sinon la belle Hélène de Grèce, parce que sa beauté avait été cause de la ruine totale de la ville de Troie , disant qu'elle devait être très-belle de ce qu'elle avait M tant de fois dérobée, et que pour elle s'était faite une telle élévation.

Le docteur Faust répondit : Puisque vous

Svez tant de désir de voir la belle personne ¥t la reine Hélène , femme de Ménélaijs et fille de Tvndare et de Léda, sœur de Castor et de Polfux (qui a été la plus belle femme de la Grèce), je vous la veux faire venir elle-même, que vous voyiez personnellement son esprit en sa forme et stature comme elle a été en vie.

Sur cela, le docteur Faust défendit h ses compagnons que personne ne dit mot , et qu'ils ne se levassent point de la table pour s émouvoir à la caresser, et sortit hors du poêle.

Ainsi, comme il entrait dedans , la reine Hélène suivait après lui à pied, si admirablement belle que les étudiants ne savaient pas s'ils étaient eux-mêmes ou non , tant ils étaient troublés et transportés en euxmêmes.

Ladite Hélène apparut en une robe de pourpre noire précieuse; ses cheveux lui traînaient jusques en bas si excellemment beaux qu'ils semblaient être fin or, et si bas qu'ils venaient jusques au-dessous des jarrets , au gros de la jambe, avec de beaux yeux noirs, un regard amoureux et une petite tête bien façonnée, ses lèvres rouges comme des cerises, avec une petite bouche, un beau long cou blanc comme un cygne, ses joues vermeilles comme une rose, un visage trèsbeau et lissé, et son corsage longuet, droit et proportionné. Enfin il n^ût pas été possible de trouver en elle une seule imperfec-* tion. Elle se fit ainsi voir par toute la salle du poêle avec une façon toute mignarde et poupine, tellement que les étudiants furent enflammés en son amour, et si ce n'est qu'ils savaient que ce fût un esprit, il leur fût facilement venu un tel embrasement pour la toucher. Ainsi Hélène s'en retourna avec le docteur Faust hors de l'éttive.

VenlùM de Faut et (THélèee.

Ici la légende de Faust raconte comment le démon prit pour séduire ce docteur la &• gnre de cette Hélène célèbre dans l'antiquité pour avoir causé tous les malheurs qui accompagnèrent la guerre de Troie. Faust en eut un fils qui périt malheureusement et fut englouti tout vivant dani l'enfer avec le Dm-

FAtST

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tome de sa foère. Cette allégorie nous semble caractériser d'une manière remarquable le génie de la renaissance, qui fut une passion malheureuse de Tesprit humain pour une beauté morte qui était le fantôme du

eganisme. 11 en naquit une littérature proie condamnée d*aTance à périr comme le fils de Faust et d*HéIène. Nous substituons ici notre analyse au texte même de la légende» qui, dans sa naïveté , nous a paru manquer un peu de gravité et de réserve.

Lat lameauiioM al géoiiMeaeûti da docteor Fmtl.

Au docteur Faust coulaient les heures comme une horloge, toujours en crainte de casser; car il était tout aiffligé, il gémissait, et pleurait, et rêvait en soi-même , battant des pieds et des mains comme un désespéré. Il était ennemi de soi-même et de tous les hommes, en sorte qu'il se fit celer et ne voulut voir personne, non pas même Héphistophélès ni le souffrir auprès de lui. C'est pourquoi j'ai bien voulu insérer ici une de ses lamentations qui ont été mises par écrit.

Ah I Faust , tu es bien d'un cœur dévoyé et non naturel qui , par ta compagnie, es damné au feu éternel , lorsque tu avais pu obtenir la béatitude, lors tu Tas instamment perdue. Ah I libre volonté, est-ce que tu as réduit mes membres , que dorénavant ils ne peuvent plus voir que leur destruction I Ah I miséricorde et vengeance, en quoi j'ai eu occasion de m'engager pour gage et abandon 1 O indignation et comoassionl pourquoi ai-je été fait homme ? 0 la peine qui m'est apprêtée pour endurée 1 Ha ! ha 1 malheureux que je suis 1 Ha 1 ha 1 que me sert de me lamenter?

Ha I ha 1 ha ! misérable homme que je suis 1 O malheureux et misérable Faust I tu seras fort bien en la troupe des malheureux, que je suis pour endurer les douleurs extrêmes de la mort, et même une mort plus pitoyable que jamais créature malheureuse ait endurée. Hal ha I mes sens dépravés, ma volonté corrompue , mon outrecuidance et libertinage ! O ma vie fragile et inconstante I 6 toi qui as fait mes membres et mon corps, et mon flme aussi aveugle comme tu es, 6 volupté temporelle, en quelle peine et travail m'as-tu amené, que tu as ainsi aveuglé et obscurci mes yeux 1 Ha 1 ma triste pensée, et toi, mon Ame troublée, où est ta connaissance ? 0 misérable travail 1 ô douteuse espérance ! que jamais plus il ne soit mémoire de toil Hal tourment sur tourment, ennui sur ennui I Hélas 1 déploration 1 Qui me délivrera? où m'irai-je cacher ? où fuirai-je? Or je suis où j'ai voulu être : je suis pris 1

Sur un tel regret ci-dessus récité, il apparut à Faust son esprit Méphistophélès, qui vint à lui et l'attaqua par ses discours injurieux de reproche et du moquerie.

CooNucDt le docteur Faust fut eu eofer.

Le docteur Faust s'ennuyait si fort, qu'il songeait et rêvait toujours de l'enfer. Il demanda à son valet Méphistophélès qu'il fit

en sorte qu'il pût enquérir son maître Lucifer et Bélial , et allèrent à eux ; mais iU lui envoyèrent un diable qui avait nom Mzébub, commandant sous le ciel, qui vint et demanda à Faust ce gu'il désirait. U répond que c'était s'il y aurait quelque esprit (|m le

t»ût mener en enfer et le ramener aussi, telement qu'il pût voir la qualité de l'enfer, son fondement, sa oropriété et substance, et s'en retirer ainsi. Oui, dit Belzébub , je te mènerai environ la minuit, et t'y emporterai. Comme donc ce fut h la minuit, et qu'il faisait obscur, Belzébub se montra k lui, et avait sur son dos une selle d'ossements, et tout autour elle était fermée, et y nM)Dta Faust là-dessus , et aiasi s'en va de là. Maintenant , écoutez comment le diable IV veugla et lui fit le tour du singe ; c'est qu'il ne pensait en rien autre chose, sinon qu'il était en enfer.

Il ]'em|X)rta en un air où le docteur Faust s'endormit, tout ainsi que quand quelau'ua se met en l'eau chaude ou dedans un bain. Puis après il vint sur une haute montagne, au-de9sus d'une grande lie. De là les foudres, les poix et les lances de feu éclataient avec un si grand bruit et tintamarre, aae le docteur Faust s'éveilla. Le serpent diabolique faisait de telles illusions en cet abtroe au pauTre Faust; mais Faust, comme il était tout entouré de feu, comme il lui semblait, c'est qu'il ne trouva pourtant pas aucune roussure ni brûlure ; mais il sentait un petit vent comme un rafratchissement et une récréation. 11 entendit aussi lè-desstis certains instruments dont toute l'harmonie était fort plaisante; et toutefois il ne put voir aucun instrument ni comment ils étaient faits, tant l'enfer était en feu, et n'osa pas demander de quelle forme ils étaient laits , car il lui avait été défendu auparavant au'il ne (louvait absolument parler ni demander d'aucune chose , parce qu'il était ainsi englouti de son diabolique serpent « de Belzébub et de deux ou trois autres. Alors le docteur Faust entra encore plus avant dans l'abîme, et les trois s'en étant allés avec le susdit Belzébub, il se rencontra au docteur Faust sur cela un gros cerf-volant avec de grosses cornes et trompes qui voulut fracasser ou enfondrer le docteur Faust en l'abîme susdit, dont il eut grande frayeur; mais les trois susdits serpents chassaient avec ledit ceri. Comme donc le docteur. Faust se vit entrer plus avant au fond de la caverne, il vit que tout à l'entour de lui il n'y avait rien que des verminiers et couleuvres puantes. Mais les couleuvres étaient fort grosses ; après lesquelles vinrent des ours volant comme au secours, qui combattirent et joutèrent cootro lus couleuvres et les vainquirent tellement, qu'il lui fut sûr et libre de passer par là, ci comme il fut arrivé plus en avant en descendant , voici un gros taureau volant qui ve^ naît d ssus une grande porte et tour, qtn s'en courut ainsi furieux et bramant contre Faust , le poussa si rudement contre son siège, que le siège et le serpent avec vint à donner dessus dessous avec ledit Faust

FAUST

FAUST

Le docteur Faust tomba encore plus bas dans rabtme avec de grandes blessures et arecuo grand cri; car il pensait déjà maintenant : c*e$t fait de moi ; même il ne pou- Tait plus avoir son esprit. Toutefois il le vint encore attaquer pour le faire tomber plus bas; un vieux» tout hérissé magot vint le tourmenter et irriter. En la supréroité de Tenfer il y avait un brouillard si épais et ténébreux , qu*il ne voyait rien du tout » et au-dessus il se forma une srosse nuée sur quoi montaient deux gros dragons, et mernaient un charriot avec eux où le vieux ma-

(;otmit le docteur Faust; après $*ensuivit, 'espace d'un gros quart d*heure, une grosse nuée ténébreuse , tellement que le docteur Faust n'eût su voir ni les dragons ni le chariot, ni s*y prendre en tâtonnant ; et en allant plus avant, il descendit encore plus profonaément. Mais aussitôt que cette grosse nuée ténébreuse et puante fut engloutie, il Tit un cheval et un chariot suivant après. Et après, fut le docteur Faust remis à Vair, et au même instant il entendit plusieurs coups de foudre et éclairs, tellement que cela allait si menu, que le docteur Faust se tint coi sans dire mot, ayant grande frayeur et tout tremblant. Sur cela , le docteur Faust vint sur une eau erosse et tempestueuse, où les deux dragons le poussèrent dedans pour y être submerxé; mais il n'y trouvait point d'eau. Ainsi il y trouva une grosse vapeur de chaline ardente , et les vapeurs et les ondes venaient à battre tellement le docteur Faust, qu'il perdit le cheval et son chariot, et tomba encore de ^}ns en plus au profond et en une impétuosité de Saut en bas, tant que finalement il vint ^ tomber dans Tabtme, quj était fort creux et tout pointu par le dedans des rochers ; c'est pourquoi il se tiut là comme s'il eût été mort : il regardait de tous côtés» et ne vit personne m ne put rien entendre. Hais enfin il lui commença à naître une petite lumière : comme il fut descendu encore plus bas , il vit de Teau à Tenlour de lui. Le docteur Faust regarda alors ce qu'il devait faire , disant : « Puisque tu ps abandonné des esprits infernaux , il faut que tu t'enfonces dans ce SfoafTre ou dans cette eau, ou que tu te déàsses comment que ce suit. » Alors il se dépita en soi-même, et se va mettre en un courage désespéré au travers un endroit qu'il vil tout en feu 9 en disant : « Maintenant, TOUS, esprits, recevez cette offrande dévouée à voire serrioe, à quoi mon Ame est condaiDuée. » Gomme il se fut ainsi jeté à tra^ vers par précipitation, il entendit un bruit et tumulte fort efiTroyable qui faisait ébranler les montagnes et les rochers, et tant plus que loi pensait qu'il se passAt, le bruit se faisait encore plus grand ; et comme il liit venu jusqu'au fondement, il vit dans le fcn pluateurs bourgeois, quelques empereurs, rois, princes^ seigneurs , et des gens d'amas tout enhamachés A nûUiers. Autour eu feu it y en avait une grande chaudière plekie d'eau, dont quelques-uns d'mix buvaient; les antres se rafratchissaient et bai-

gnaient ; les autres , sortant de la cbaudièret s'en couraient au feu pour s'échauffer.

Le docteur Faust entra dans le feu , en voulut tirer une âme damnée , et comme il pensait la tenir par la main, elle s'évanouit de lui tout à coup en arrière. Hais il ne pouvait alors demeurer là longtemps à cause de la chaleur; et comme il regardait cA et là, voici que vint le dragon ou bien Belzébub avec sa selle dessus , et s'assit dessus et le passa ainsi en haut ; car Faust no pouvait là plus endurer à cause des tonnerres, des tempêtes , des brouillards , du soufre , de la fumée, du feu, froidure et chaleur mêlés ensemble; de plus, à cause qu'il était las d^endurer les effrois, les clameurs, les lamentations des malheureux, les hurlements des espits, les travaux et les peines, et autres cnoses. Le docteur Faust n'ayant eu en tout ce temps-là aucun bien au dedans de cet enfer, aussi son valet n'avait pensé autre chose d'en pouvoir rien emporter, puisqu'il avait désiré de voir l'enfer, il eût mieux aimé le voir une fois et demeurer toujours dehors, puis après. En cette façon vint Faust derechef e!) sa maison. Après qu'il se fut ainsi endormi sur sa sella, l'esprit le rejeta tout endormi sur son lit ; et après que le jour fut venu et que le docteur Faust Tut réveillé, il ne se trouva point autrement que s'il se fût trouvé aussi longtemps en une prison ténébreuse, car il n'avait point vu autre chose, sinon comme des monceaux de feu et ce que le feu avait baillé de soi. Le docteur Faust, ainsi couché sur son lit, pensait après i'onfer. Une fois il le prenait à bon 4^scieiit qu'il eût été là-dedans, et fu'il l'avait vu; une autre fois il doutait là-desaais que le diable lui eût fait quelque illusion et tNÛt d'enchaciterie par les yeux, comme cela fui vrai ; car il n'avait garde de lui faire voir effectivement l'enfer, de crainte de lui causer trop d'appréhension. Cette bialoîre et cet acte, touenant ce qu'il avait vu, et comoHHit il avait é4é transporté en enfer, et comment le diable l'avait aveuglé , le docteur Faust lui-même l'a ainsi écrit, et a été ainsi trouvé après sa mort en une tablette de la propre écriture de sa main, et ainsi couebé en un Uvre fermé qui fut trouvé après aa mort.

EspriU iDfefiiaui, rnlre 1(fft|tieh les sepi prfaKipiBX tant

Le diable, qui s'appelle Déliai , dit au docteur Faust : Depuis le septentrion j'ai vu ta pensée, et est telle que volontiers tu pourrais voir quelques-uns des esprits infernaux qui sont princes; pourtant j'ai voulu m'ai>iiaraitre à toi avec mes principaux conseillers et serviteurs à ce que tu aies ton désir accompli. Le docteur Faust répond : Or sus, où sont-ils ? Sur cela Bélial les fit venir. Or Bélial était apparu au docteur Faust en la forme d'un éléphant marqueté et ayant 10pine du dos noire; seulement ses oreilles lui pendaient eh bas, et ses yeux tout remplis de feu , avec de grandes dents blandie» comme neige, et une longue trompe qui avait

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trois aunes de longueur démesurée, et arait au col trois serpents volants. Ainsi vinrent au docteur Faust les esprits l'un après l'autre dans son poêle; car* ils n> eussent pu être tous à la fois. Or Bélial Tes montra au docteur Faust Tun après Tautre comme ils étaient et comment ils s'appelaient. Ils vinrent devant lui, les sept esprits principaux, à savoir : le premier» Lucifer, le maître gouverneur du docteur Faust, lequel se deci it ainsi : c'était un grand homme, et était chevelu et picoté, de la couleur comme des glands de chênes rouges , qui avaient une grande queue après eux. Après venait Belzébub, qui^avait les cheveux peints de couleur, velu par tout le corps; il avait une tête de bœuf avec deux oreilles effrovables, aussi tout marqueté de hampes, et cnevelu, avec deux gros floquets si rudes comme les charains du foulon qui sont dans les champs, demi-vert et jaune, qui flottaient sur les Ooquets d*en bas, qui étaient comme d*un four tout de feu; il avait une queue de dragon. Astarotb, celui-ci, vint en la forme d'un serpent, et allait sur la queue tout droit; il n'avait point de pieds; sa queue avait des couleurs comme de briques changeantes; son ventre était fort gros; il avait deux petits pieds fort courts, tout jaunes, et le ventre un peu blanc et jaunâtre, le cou tout de chAtain-roux, et une pointe en façon de piques et traits, comme le hérisson, qui avançaient de la longueur des doigts. Après vint Satan, tout blanc et gris , et marqueté ; il avait là tête d'un Ane et avait la queue comme d'un , chat, et les cornes des pieds longues d'une ' aune. Suivit aussi Annabry : il avait la tête d'un chien noir et blanc, et des mouchetures blanches sur le noir, et sur le blanc des noires; seulement il avait les pieds et les oreilles pendantes comme un chien, qui étaient iongu<»s de quatre aunes.

Après tous ceux-ci, venait Dythican, qui était d'une aune de ionç ; mais il avait seulement le corps d'un oiseau, oui est la perdrix ; il avait seulement tout le cou vert et moucheté te ombragé.

Le dernier fut Drac, avec quatre pieds fort courts, jaune et vert, le corps par-dessus flambant brun, comme du feu bleu, et sa queue rouge itre. Ces sept, avec Bélial, qui sont ses conseillers d'entretien, étaient ainsi habillés des couleurs et façons qui ont été récitées.

D'autres aussi lui apparurent, avec semblables figures, comme des bêtes inconnues, comme des pourceaux, daims, cerfs, ours, loups, singes, lièvres, buffl s, chevaux, boucs, verrats, Anes et autres semblables. Ba telles couleurs et formes, ils se présentèrent à lui selon que chacun sortait dudit j)Oêle, Tun après l'autre. Le docteur Faust s'étonna fort d*eux, et demanda aux sept qui s'étaient arrêtés, pourauoi ils étaient apparus en autres? ils répondirent et dirent qu'autrement ils ne pourraient plus rentrer en enfer, et pourtant qu'ils étaient les bêtes et les serpents infernaux ; quoiqu'ils fussent fort effroyables et hideux, touteîois, ils pou-

vaient aussi prendre forme et barbe d'honh me quand ils voulaient. Le docteur Ftnst dit la-dessus : C'est asseï, puisque les sept sont ici, et pria les autres de prendre leur congé, ce qui fut fait.

Lors le docteur Faust leur demanda qu'ils se fissent voir en essai pour voir ce qu il en arriverait, et alors ils se changèrent Tua après l'autre, comme ils avaient fiiit aupara* vaut, en toutes sortes de bêtes, aussi eo gros oiseaux, en serpents et en bêtes de rapine à quatre et à d ux pieds. Cela plut bien au docteur Faust, et leur dit : Si lui aussi le pourrait davantage? Ils dirent oui, et lui jetèrent un petit livre de sorcellerie, et qu'il fit aussi son essai, ce qu'il fit de lait. Toutefois le docteur Faust ne put |)as laire davantage. Et devant qu'eux aussi voulussent 1>rendre congé, il leur demanda qui avait fait es insectes ? Ils dirent : Après la faute des hommes ont été créés les insectes, afin que ce fût pour la punition et honte des hommes, et nous autres ne pouvons tant, que de faire venir force insectes, comme d'autres bêtes ; lors tout incontinent apparurent, au docteur Faust, dans son poêle ou étuve, toutes sortes de tels insectes , comme four* mis, lézards, mouches bovines, grillons, sauterelles et autres. Alors toute la maison se trouva pleine de cette vermine. Toutefois, il était fort en colère contre tout cela, trans* fK)rté et hors de son sens ; car entre autres de tels reptiles et insectes, il y en avait qui le piquaient comme fourmis le mordaieut, les bergails le piquaient, les mouches lui couraient sur le visage, les puces le motdatent, les taons ou t>ourdons lui volaient autour. Tant qu'il en était tout étonné, les poux le tourmentaient en la tête et au cou, les araignées lui filaient de haut en bas, les chenilles le rongeaient, les guêpes l'attaquaient. Enfin il fut tout partout blessé de toute cette vermine, tellement qu'on pourrait bien dire qu'il n'était encore qu'un jeune diable, de ne se pouvoir pas défendre de ces bestions. Au reste, le docteur Faust ne pouvait pas demeurer dans lesdits étuves ou poêles ; mais d'abord qu'il fut sorti du poêle, il n'eut plus aucune plaie, et n'y eut plus de tels fantômes autour de lui, et tous disparurent, s'étant dévorés l'un Tautre vivement, et avec promptitude.

llo.|Mri«d6 Mé|ihitft*iihélèa. oigéwiaemMNidadecteir

Kauic.

Comme le docteur Faust se tourmentait tellement qu'il ne pouvait plus parler, son esprit Méphistophéles vint à lui, et lui dit : D'autant que tu as su la sainte Ecriture, et qu'elle t'enseigne de n'aimer et adorer qu'un

mais au

is comme vous n'avez pas fait cela, ainsi contraire, vous l'avez abandonné, et re-

nié, vous avez perdu sa grftce et miséricorde ; et vous vous êtes ainsi abandonné en corps et en Ame à la puissance du diable $ c'est pourquoi il faut que vous accomplis*

FAUSV

FAtST

ftSO

sie2 votre promesse ; et entends bien oies rhjChiui'S :

As-tu clé, ainsi quoi !

Tout bien te sera sans émoi.

As-tu cela, tiens-le bien, Le malbeur vient en un rien.

Partant» tais-toi, souffre et accorde.

Nul ton malheur plaint ni recorde.

C'est ta honte, et de Dieu Toffense.

Ton mal court toii^ours sans dépense.

Partant, mon Faust, il n'est pas bon de manger avec de grands seigneurs et avec le diable» des cerises, car il vous en jette les noyaux au visage, comme tu vois maintenaot ; c*est pourquoi il te faut tenir loin de là. Tu eusses été assez loin de lui, mais ta superbe impétuosité Ta frappé ; tu as un art que ton Dieu t*a donné, tu Tas méprisé, et ne Tas pas rendu utile ; mais tu as appelé le diable au logis, et vous êtes convenu avec lui pour vingt-quatre ans, jusqueaujourd'hui. Il t*a été tout d*or, ce gue TEsprit t*a dit : Partant, le diable t'a mis une sonnette au col comme à un cbat. Vois-tu ? tu as été une très-belle créature dès ta naissance ; mais tout ainsi qu'un homme porte une rose en sa main» elle est passée et écoulée ; il n'en demeure rien; tu as mansétout ton pain, tu peux bien chanter la chansonnette ; tu es venu jusqu'au jour du carême-prenant, tu seras bientôt à Pâques. Tout ce que tu appelles à toa aide ne sera pas sans occasion ; une saucisse lôtie a deux bouts. Du diable il ne peut rien venir de bon ; tu as eu un ffloufais métier et nature, pourtant la naiure ne laisse Jamais la nature; ainsi un chat ne laisse jamais la souris. L'aigre principalement fait l'amertume. Pendant que la cuiller est neuve, il en faut user à la cuisine ; après

Suand elle est vieille, le cuisinier la jette, 'autant que ce n'est plus que fer. N'est-il pas ainsi de toi ? N'es-tu pas un vrai pot neuf, et une cuiller neuve pour le diable ? Maintenant il ne t'est point nécessaire qxie le marchand t'apprenne à vendre. En après, n'as-tu fias suffisamment fait entendre, par la préface, que Dieu t'a abandonné? De plus, mon Faust , n*as-tu pas abusé par une témérité grande, qu'en toutes tes affaires et en ton département tu t'es appelé Tami du diable? Tu as voulu être appelé le maître Jean en tous bourgs ou villages ; ainsi pourrait être un homme fou, de vouloir jouer avec les pots au lait ; quiconçiue veut beaucoup a?oir aura fort peu. Fais maintenant cette mienne doctrine entrer dedans ton cœur ; et mon enseignement, lecj^uel tu as possible oublié, c'est que tu n'avais pas bien connu qui est le diable, d*autant qu'il est le singe de Dieu. Aussi est-il un menteur et meurtrier, et la moquerie apporte diffame. Obi si vous eussiez eu Dieu devant les yeux I mais tu t'es laissé aller. Après donc oue le diable eut assez chanté ces choses à Faust, il dispa* rut incontinent, et rendit le docteur tout mélancolique et troublé.

La damoatloB.

Les vingt-quatre ans du docteur Faust

étaient terminés, quand en ta dernière semaine l'Esprit lui apparut. II le somma sur son écrit et promesse, qu'il lui mtt devant les yeux, et lui dit que le diable, la seconde nuit d'après, lui emporterait sa personne» et qu'il en fût averti.

Le docteur Faust, tout effrayé , se lamenta et pleura toute la nuit. Mais son esprit lui ayant apparu, lui dit : Mdn ami, ne sois point de si petit courage : si tu perds ton corps, il n'y a pas loin d'ici jusqu'à ce qu'on te fasse jugement. Néanmoins tu mourras à la fin, quand même tu vivrais cent ans : Les Turcs, les Juifs, et les'empereurs qui ne sont pas chrétiens, mourront aussi, et pourront être en pareille damnation. Ne sais-tu Eas bien encore qu'il t'est ordonné ? Sois de on courage, ne t*affliçe pas tant, si le diable t*a ainsi appelé, il tA veut donner une Ame et un corps de substance spirituelle, et tu n*endureras pas comme les damnés. 11 lui donna de semblables consolations, fausses cependant et contraires à l'Ecriture Sainte. Le docteur Faust, qui ne savait pas

trouver ses plus hilèles compagnons, maîtres bacheliers et autres étudiants, lesquels l'avaient souvent cherché ; il les pria qu'ils voulussent venir avec lui au village de Romlique, situé à une demi-lieue de Wittenberg, pour s'y aller promener, et puis après prendre un souper avec lui, ce qu*ils lui accordèrent. Ils allèrent là ensemble, et y pre^ naient un déjeuner assez ample, avec beaucoup de préparatifs somptueux et superflus, tant en viandes qu'en vin que l'hôte leur présenta ; et le docteur Faust se tint avec eux fort plaisamment ; mais ce n'était pas de bon cœur. U les pria encore derechef qu'ils voulussent avoir agréable d'être avec lui, ,et souper avec lui au soir, et qu*ils demeuras-' sent avec lui toute la nuit, qu'il avait à leur dire chose d'importance ; ils le lui promu ent et prirent encore un souper. Comme donc le vin du souper fut servi, le docteur Faust, contenta 1 bête, et pria les étudiants qu'ils voulussent aller avec lui, en un autre poêle» et qu'il avait là quelque chose à leur dire. Cela fut fait, et le docteur Faust parla k eux de la sorte.

Mes amis fidèles et du tout aimés du Seigneur, la raison pourquoi ie vous ai appelés est que je vous connais depuis longtemps et que vous m'avez vu traiter de beaucoup d'expériments et incantationst lesquels toutefois ne sont provenus d'ailleurs que du diable, à laquelle volupté diabolique nen ne m'a attiré que les mauvaises compagnies qui m'ont circonvenu, et tellement que je me suis obligé au diable ; à savoir, au dedans de vingt-quatre ans, tant en corps qu'en Ame. Maintenant ces vingl-cjuatre ans-là sont à leur fin jusqu'à cette nuit proprement, et voici à présent, l'heure m'est présentée devant les yeux, que je serai emporté : car le temps est achevé de sa course ; et il me doit enlever cette nuit, d'autant que je lui ai

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obligé mon corps et mon flroe, si sûrement que c*est avec mon propre sanç.

Finalement, et pour coudusion, la prière amiable que je vous fais est que vous vou<^ liez vous mettre au lit et dormir en repos, et ne vous mettez pas en peine si vous en^ tendez quelque bruit à la maison, ne vous levez point du lit, car il ne vous arrivera aucun mal ; et je vous prie, quand vous aurez trouvé mon corps, que vous le fassiez mettre enterre ; car je meurs comme un bon chréiien, et comme un mauvais tout ensemble ; comme un bon chrétien, d'autant que j*aiHiue vive repentance dans mon cœur, avec un graïKi regret et douleur ; je prie Dieu de me faire grâce, aûn que mon Ame puisse être délivrée, le meurs aussi comme un mauvais chrétien, d*autant que je veux bien que le diable ait mon corps, que je lui laisse volontiers, et que seulement il me laisse avec mon Ame en paix. Sur cela, jn vous prie que vous vouliez vous mettre au lit, et je vous désire et souhaite la bonne nuit ; mais à moi, die sera pénible, mauvaise et épouvantable.

Le docteur Faust fit cette déclaration avec une aVection cordiale, avec laquelle il ne se montrait point autrement être ai&içé, ni étonné, ni abaissé de courage. Mais Tes étudiants étaient bien surpris de ce qu'il avait été si dévoyé, et que pour une science trompeuse! remplie d'impostures et d'illusions, il se fût ainsi mis en danger de s'être donné au diable en corpus et en Ame ; cela les affligeait beaucoup, car ils l'aimaient tendrement. Ils loi dirent : Ah 1 monsieur Faust, où vous étes-vous réduit, que vous ayez si longtemps tonu cela en secret , sans en rien dire, et ne nous ayez point révéléplustM cette triste affaire? Nous vous eussions délivré de la tyrannie du diable par le moyen des bons Ibéologiens. Mais maintenant c est une ditfamie et une chose honteuse à votre corps et à votre Ame. Le docteur Faust leur répondit : 11 ne m'a été nullement loisible de ce faire, quoique j'en aie eu souvent la vo«lonté. Conune là^^essus un voisin m'avait averti, j'eusae suivi sa doctrine, pour me retirer de tdies illusions et ma convertir ; mais alors oue j'avais fort bien la volonlé de le faire, le diable vint qni me voulut enlever, comme il fera cette nuit, et me dit qu'aussitôt que jie voudrais entreprendre de ine convertir à Dieu, il m'emporterait avec soi dans l'abtme des enfers.

Comme donc ils entendirent cela du doo*tûur Faust, ils lui dirent : Puisque mainte* ntnjt il n'y a pas moyen de vous garantir, invoquez Dieu, et le priez que, pour l'amour de son eber fils Jésus-Christ, il vous pardonne, et dites : Âhl mon Dieu 1 soyez miséricordieux à moi, pauvre pécheur, et ne venez point en jugement contre moi ; car je lie puis pas subsister devant vous, et combien iitt'il me faille laisser -mon corps au diable, veuillez néanmoins garantir mon Ame : sll piait à Dieu, il vous garantira. Il leur dit qu'il voulait bien prier Dieu, et qu'il ne voulaii pas se laisser aller comme Gain,

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lequel dit que ses péchés étaient trop énoN mes pour en pouvoir obtenir |[NirdoQ. Il leur récita aussi comme il avait fait ordonnance

Ear écrit de sa fosse pour son enterrement, es étudiants et bons seigneurs donnèrent le signe de la croix sur Faust pour se départir, pleurèrent et s'en allèrent l'un après l'autre.

Mais le docteur Faust demeura au poêle, et comme les étudiants s'allaient mettre au lit, pas un ne put dormir; car ils voulaient entendre l'issue. Mais, entre douze et une heure de nuit, il vint dans la maison un grand vent tempétueux qui l'ébranla datons côtés, comme s'il eût voulu la faire sauter en l'air, la renverser et la détruire entièrement : c'est pourquoi les étudiants pensèrent être peixlus, sautèrent hors de leurs lits,*et se consolaient l'un l'autre, se disant qu'ils ne sortissent point de la chambre. L'hôte s'encourut avec tous ses domestiçiues en une autre maison. Les étudiants oui r^ posaient auprès du poêle, où était le docteur Faust, y entendirent des sifllements horribles et des huriements épouvantables, comme si la maison eût été toute pleine de serpents, couleuvres, et autres bêtes vilaines et sales : tout cela était entré par la porte du docteur Faust dans le poêle. Il se leta pour crier à l'aide et au meuKre, mais avec bien de la peine et à deroi-voix ; et un moment après on ne l'entendit plus. Comme donc il fut jour, et que les étudiants, qui n'avaient point dormi toute la nuit, ftireol entrés dans le poêle, où était le doctear Faust, ils ne le trouvèrent plus, et oa W* rent rien, sinon le poêle tout plein de aan*,; répandu : le cerveau s'était atta4^hé aui murailles, d'autant que le diable l'avait jeté de l'un à l'autre. Il y avait là aussi ses yeux et quelques dents, ce qui était un spectacle abominable et effroyanle. Lors les étudiante commencèrent à se lamenter et à pleurer, et le cherchèrent d'un côté et d'autre. A la fto ils trouvèrent son corps gisant hors du Doèle, ce gui était triste à voir ; car le diable lui avait écrasé la tête et cassé tous les os.

Les susdits maîtres et étudiants, après que Faust fut ainsi mort, demeurèrent auprès de lui jusqu'à ce qu'on l'eût enterré au même lieu ; après, ils s en retournèrent a Wittenberg, et allèrent en la maison du docteur Faust, où ils trouvèrent son servi^ teur Wagner, qui se trouvait fort ïï^Ul cause de son maître. Ils trouvèrent au»i rhistpîre de Faust toute dressée et décrite par lui-même, comme il a été récité ci-d^ vaut, mais sans la fin, laquelle a été ajoutée des maîtres et étudiants, semblablemeot au môme jour, Hélène enchantée avec son Ois d'enchantement ne furent plus trouvés depuis, mais s'évanouirent avec lui. 11 y ^u^

es dans s

le persoi

apparut!

gner, encore plein de vie, en la même nuit, et lui déclara beaucoup de choses secrètes. Et même on l'a vu encore depuis paraître à

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FAUST

la fenêtrCy qui jouait avec quiconque y fût allé.

Ainsi finit toute Thistoire de Faust, qui est pour instruire tout bon chrétien» principalement ceux qui sont d'une tète et d'un sens capricieux, superbe, fou et téméraire» à craindre Dieu eC a fuir tous les enchantements et tous les charmes du dmbie, comme Dieu a commandé bien expressément, et non pas d'appeler le diable chez eux et lui don-ner consentement, comme Faust a fait ; car ceci nous est un exemple effroyable. Et tâchons continuellement d'avoir en horreur telles choses et d'aimer Dieu surtout ; élevons nos yeux vers lui, adorons-le et chérissons-le de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces : et à l'opposite, renonçons au diable et h tout ce oui en dépend; et qu'ainsi nous soyons nnaiement Lienheureux avec Notre-Seigncur. Amen. Je soutiaite cela è un chacun du profond de mon cœur. Ainsi soit-il.

Soyez vigilants, et prenez garde; car votre adversaire le diable va autour de vous» comme un lion bruyant» et cherche qui il dévorera : auquel résistez» fermes en la foi. iintefia

Cette légende» comme on le voit, n'offre aucune donnée qui se rattache h l'invention de rimprimerie dont Faust partage l'honneur avec Guttemberg et Schœffer : nous avons choisi la plus curieuse; mais un grand nombre d'autres constatent ce détail et supposent que Faust s'était donné au diable pour réparct sa fortune, perdue dans les essais de s^on invention. Le plus ancien auteur qui ait parlé do ces documents» Conrad Durieux»

pense que ces légendes ont été fabriquées |)ar des moines irrités de la découverte de Johann Fust ou Fausty qui leur enlevait les utiles fonctions de copistes de manuscrits. Klinger» l'auteur allemand du livre remarquable intitulé les Aventures de Faust ^ et sa descente aux enfers, a admis celte version.

Cependant à Leipsik, où l'on voit encore la cave de VAuerbach, illustrée par le souvenir de Faust et de Méphistophélès (comme on le verra dans la pièce), les peintures anciennes conservées dans les arcs des voûtes et qui viennent d'être restaurées, portent la date de 1525, et l'invention de l'imprimerie date environ de IHO; il faudrait (Jonc admettre, ou qu'il a existé deux Faust différents, ou que Faust était très-vieux lorsqu'il fit un pacte avec le diable; ce qui rentrerait du reste, dans la su;iposition qu'a faite Goethe, qu'il invoque le diable pour se rajeunir.

Suivant l'opinion la plus accréditée, Faust naquit à Mayence où il commença par être orfèvre. Plusieurs villes, du reste, se disputent l'honneur de lui avoir donné naissance et conservent des objets que son souvenir rend précieux ; Francft)rt, le premier livre qu'il a imprimé; Mayence, sa première presse. On montre aussi, à Wittcmberg, deux maisons qui lui ont appartenu et qu'il légua à so!i disciple Wagner. L'histoire du vieux

DicTio?iïf. DE Litt^:raturk curét.

Paris conserve aussi des souvenirs de Faiist>

3ui vint apporter à Louis XI un exenaplaire e la première Bible, et q^ui» accusé de maf'e» à cause de son invention même» parvint se soustraire au bûcher, ce que l'on attribua, comme toujours» à l'intervention du diable.

« L'histoire de Faustf populaire tant en Angleterre qu'en Allemagne, et connue même en France depuis longtemps» comme on peut le voir par la légende^ a inspiré un grand nombre d'auteurs de différentes époques. L'œuvre la plus remarquable qui ait paru sur ce sujet, avant celle de Goêtne» est un Faust du poëte anglais Marlowe, joué en 1589, et qui n'est dépourvu ni d'intérêt ni de valeur poétique. La lutte du bien et du mal dans une haute intelligence est une des grandes idées du xvi' siècle» et aussi du nôtre; seulement la formé de l'œuvre et le sens du raisonnement diffèrent» comme on peut le croire» et les deux Faust de Marlowe et de Goethe formeraient sous ce rapport un contraste intéressant à étudier. On sent dans l'un le mouvement des idées qui sisnalaient la naissance de la réforme; dans 1 autre» la réaction religieuse et philosophique qui l'a suivie et laissée en arrière. Chez l'auteur anglais» Tidée n'est ni indépendante de la religion» ni indépendante des nouveaux principes qui rattaquent ; le poëte est à demi enveloppé encore dans les liens de l'orthodoxie chrétienne» à demi disposée les rompre. Goethe» au contcaire» n'a plus de préjugés è vaincre, ni de i)rogt*ès philosophiques à prévoir. La religion a accompli sotI cercle» et Ta fermé; la philosophie a acccom* pli de môme et formé le sien. Le doute qui eu résulte pour le penseur n'est plus une lutte h soutenir» mais un choix à faire; et si quelque sympathie le décide à la fin pour la religion, on peut dire que son choix a <^té libre et qu'il avait clairement apprécié les deux côtés de cette superbe question.

« La négation religieuse qui s'est formulée en dernier lieu ciiez nous par Voltaire, et chez les Anglais par Byron, a trouvé dans Goethe un arbitre plutôt qu'un adversaire. Suivant dans ses ouvrages les progrès ou du moins la dernière transformation de la philosophie de son pavs» ce pôëte a donné à tous les principes enluîte une solution complète» gu'on peut ne pas accepter» mais dont il est impossible de nier la logique savante et parfaite. Ce n'est ni de l'éclectisme ni de la fusion ; l'antiquité et le moyen âge se donnent la main sans se confondre, la matière et l'esuritse réconcilient et s'admirent; ce qui est <léchu se re'ève ; ce qui est faussé se redresse : le mauvais principe lui-même sa fond dans l'universel amour. C'est le panthéisme moderne : Dieu est dans tout. » Cette appréciation du Faust de Goethe est de M. Gérard de Nerval. Mais ici la voix populaire aura encore raison contre un homme de science et d'esprit. En pratique le panthéisme détruit Dieu, puisqu'il confond les notions du bien et du mal et anéantitia morale : or, si les notions fondamentales de la

morale ref osent rar celle de Dieu, on peut tUre aussi que réciproquement l'idée de Dieu est fondée sur les notions morales, dent eHe est la règle et Vabstraction rivantes, f^ panthéisme spéculatif est donc Tathéisme pratique, et l'athéisme pratiaue doit conduire bientôt à Tathéisme spéculatif. La ▼eîi publique a donc raison lorsqu'elle aocftse Goethe d*aToir été athée : car on nie tout aussi bien Meo en voulant ajouter qn*en voulant retrancher quelque chose à son être; dire plus de Tiafini, c'est nécessairement en dire moins^ et iQOuter seulement un au noml>re universel, c'est retrancher tout. Voilà ce que Cuit le panfthéisme.

Mais noua n'avous pas è donner ici des preuves de notre opinioTi sur Goethe, dont le drame n'appartient à la littérature religieuse que par ses emprunts à la légende et par son magnifique début, que nous avons rapporté ailleurs, et oui est imité des plus belles pages du livre de Jobb

FÉNELON. — Fénelon, qu'on pourrait appeler le Platon du cfaristianismey est célèbre, surtout en littérature, parsoD beauroman poétique de Télémaqwif si mal à propos ridiculisé de nos jours k cause même de son excessive popularité. Mais le Te/^noouen'appartien t pas a la littérature spéciale dont nous avons à nous occuper. Fénelon, comme écrivain, appartient à la philosophie beaucoup plus quà la religion. Son Tratié de Fexisêence de Iheu^ celui de FEducation de$ fUlee^ son Histoire des pkilosopheSf ses CorUes et ses Fables sont des livres purement philosophiques et littéraires; mais on peut dire qu'ils contiennent la plus saine philosophie et les modèles littéraires les plus irréprochables au'on puisse rechercher pour l'éducation de la jeunesse.

Fénelon avait autant d'esprit et de talent qu'il est possible d'en concevoir, et il réunissait la piété d'un ange à toutes les vertus d'un sàfe et à toutes les élégances d'un écrivain digne des plus beaux siècles; mais il était loin de pouvoir opposer au génie de Bossuet un génie aussi éminemment ecclésiastiaue et aussi vigoureusement créateur dans Tordre des beautés qui appartiennent exclusivement à la littérature chrétienne. On trouve entre ses œuvres spirituelles* et celles du grand évèque de Meaux la môme différence qu'on peut remarquer entre Apollonius» par exemple, l'auteur du correct et élégant poème des Àraa$iautes , et le vieil Homère, qui sommeille quelquefois, mais dont le réveil est toujours si lumineux et si magnifique. Fénelon sera toi^ours cher aux femmes spirituelles ; Bossuet est le docteur des hommes de génie ; l'un est d'une inallél rabledouceur et d*une grâce peut-être un peu monotone, l'autre est plus inégal, parce quït s'élève souvent plus haut. On reprocherait presque à Fénelon d'avoir :t(p peu la coquetterie du talent, et à Bossuet de mal dissimuler la rudesse du génie. C'est dans leur controverse surtout que ces deux illustres rivaux se montrent dans toute la diversité de leur caractère. Fénelon a plus de patience, Bossuet

plus d1mj>étuosité, et les violeiiees mènuN decedernierontnne apparence de franchise

3ui échappe peut-être a notre appréciation ans la défense toujours mesurée et toujours prudente de son rival. Fétielou esl l'Athénien de la controverse, Bossuet a de« brusqueries de Spartiate, et semUe être dans son tort, parce qu'il sait moins se contenir. En lisant Fénelon, il est impossible de ne pas aimer l'auteur de ces pages si douces et si sages ; en méditant Bossuet , on est traospoKé de lenthousiasme de la vérité, et Ton aime la religion qui peut inspirer d'aussi admirables choses. Aussi Fénelon est-il éplement vanté par les ennemis de la religion ei

Kr ses amis, tandis que la réputation de «suet est plus franche et plus exclusive. Enfin, l'un semble avoir été catholiqjiie par philosophie, tandis que l'autre n'était tout ce qu'il était , et philosonhe comme autre chose, que par principe ae catholicisme et sous la garantie de la foi. Nous exprimons d'ailleurs ici notre sentiment sans juger entre ces deux gloires de l'Eglise, et nous ne prétendons préférer à l'autre aucun de ces deux prélats également illustres, Tiui jpar sa soumission, l'autre par son zèle à déieodre la vérité» Bossuet et Fénelon honorent également le siècle de Louis XIV, et si uou^ croyons devoir donner ici un avantagea Bossuet, c'est uniquement au point de vue du sujet de notre ùictiowMire^ et par rai»port à la différente influence de ces ieui écrivains sur la littérature chrétienne.

FICTION. — Fiction, en littérature et surtout en poésie , n'est pas le synonyme de mensonge. Fiction veut dire création , du verbe latin fingere^ faire. Les beaux-arts ne subsistent que par la fiction. Tous les tableaux historiques sont des fictions quant h la mise en scène du fait représenté et auant à la disposition des personnages, laissée au libre arbitre du peintre. II en est de même bien souvent des récits de l'histoire : on sait le mot de Vertot : Jlfon siège est fait. L'art de la fiction consiste k donner aux choses vraies leurs apparences probables. La fictioD est recommandée même par les maîtres de la vie spirituelle, qui, dans leurs méthodes d'oraison , conseillent de faire mentalement la construction du lieu et de se re[>résentcr le plus vivement possible » soit la crèche , soit le Calvaire, soit tout autre lieu sanctilié par TaccompUssement des mystères, et de se représenter la scène comme si elle se passait sous nos yeux. On comprend que, dans une représentation pareille , les accessoires ne peuvent être aue des fictions plus ou moins

poésie, et c'est pourquoi la jpoi sie, qui est une sorte de divination, était rogiordie par les anciens comme ayant quelque chose de divin. {Yoy. Poisic)

Dans la poésie religieuse, l'immobilité de la loi doit toujours servir de règle h la fiction et la contenir dans de justes bornes.

On peut distinguer trois sortes do Qctiooi:

FICTION

nCTlOîî

nè9

la Getion simple et autorisée , la fiction hardie ou douteuse , et la Action téméraire ou bUmable. La fiction simple, et qui est auto* risée par les exemples ae tous les poètes sa^ eré$9 consiste dans ia supposition des circoDSIances et des discours probables , dans la personnification des êtres métaphysiques, et dans !es descriptions du monde suniaturel. Les fictions hardies sont ceHes qui sortent de Tiâsage reçu, et qui supposent des choses nourelles et inouïes dont on peut tout au «oins contester la possibilité même poétique. Enfin, la ficUon téméraire est celte qui suppose des choses directement contraires aux vérités reçues et aux dogmes éterneUement établis , comme , par exemple ,

Îuand Alexandre Soumet suppose, dans sa Hvine Epopée ^ que Notre-Seigneur descend aux enfers pour y être crucifié une seconde fois, afindesaurerles damnés, et qu'il sauve eo effet tous les habitants de l'enfer, y compris TAntechrist et Satan lui-même.

L'avantage de la fiction, en poésie, est de suppléer facilement et vivemeni à des dissertations métaphysiques et arides. Ainsi, par exemple, daos une fiction que nousallons citer, l^ulaur a voulu prouver que la vraie liberté est le prix de l'obéissance , et que l'orgueil , par sa révolte , ne pourra jamais conquérir que la servitude,ei voici par quelle fiction il arrive à son but:

La thute de Lucifer,

CMune «Me apparat grande adx yeux ravis des auges La sainte Liberté, reine de leurs phalanges, Lorsqa*oavrant ses deux bras dans un ciel câline et

Dîoi la laissa sortir 4e son manteau d*asur]

Pleine de m^^esié dans sa grâce immortelle,

EUc marchait riante, immaculée et belle.

Dieu dit : Voici ma fiUe ; au plus humble de vous

Je la donne aujourd'hui pour qu'il en soit Tcpoux.

Car il faut 2i ma fiHe une chaste alliance.

Et si d^un fol amour la coupable espérance

Lui donne, au lieu d époux, un téméraire amant,

LHngrat n'aura choisi qu'un étemel tourment.

Comprenez sa pudeur en la voyant si belle.

Sel est celui de vous qui se croit digne d'elle ? *il parle, car le ciel et i'ablme. infini Aujourd'hui le verront triomphant ou puni ^

Ainsi parla le père, et la vierge mystique Au milieu de» neuf chœurs 4lu concert angélique. Comme une fiancée attendant sou époux, Baissait modestement ses yeux chastes et doux«

Cependant Lucifer, l'ange le plus sublime, D'an regard scrutateur fixait déjà l'aMnie. De la damnation sondant la profondeur, U crut j voir descendre une ombre de ^randenr. Son oeil vertiffineux, qui feint d*étre paisible, S*e8t relevé puis sombre; et, le front impassible, U sourit, il s avance, et d'un geste de roi. Prenant sa jeune reine, il crie : Elle est à moi! Puis, comme en défiant Dieu même de l'absoudre. Il s'âance avec eDe aussi prompt que la foudre. Il fuit. Il vole, il tombe!... et Tablme béant Soulève autour de lui les spectres du néant : Sea diadème d'or traîne dans la nuit sombre Des aUloos lumineux qui se perdent dans Tombre : Et comme des soleils détachés, ses regards Attirent en fuyant quelques globes épars. De la création dermers grains de poussière, Ua*agilr un faible souffle au seuil de la lumière :

Hais sa main les écarte ; il ne veut que la nuit. Il croirait que du ciel la clarté le poirrsuti. Il faut la nuit immense aux tourments de sa joie. Il cherche un infini pour y cacher sa proie, Son rêve, son bonheur, sa transfuge des cieux, L'objet de ses désirs enfin victorieux, H la tient, il la presse, il la cache, il îentrahie Avec des cris Œamour, de triomphe et de haine! A travers la tompéte et le chaos grondant La couvant de son ombre et de son souffle ardent. Plus loin, toujours plus loin dans ses bras il Tem-

{porte.

Enfin, quand il s^arrête, il regarde... — Elle est morte. .Alors, d'un rire affreux attristant l'infini. Je suis trompé, dit-il, je ne suis pas puni. Eh bien ! puisqu'il son tour le ciel me l'a ravie. Seul et malgré le ciel je lui rendrai la vie ! Les humains le verront, ce fantôme adoré. Leur sang ranimera son front décoloré ; Les mondes, secondant ma révoito agrandie. Réchaufferont son cœur par leur vasto incendie. Tu ressusciteras. Liberté, Liberté!

Pour faire un nouveau ciel du chaos révolté. Moi, pour te réveiller et te rendre enfin mère, rirai jusqu'à Dieu même arracher son tonnerre.

C'est ainsi que de haine et de rébellîons S'arma l'ange irrité des révolutions, Qui promène depuis sur la terre fumante Leeerps toiqours glacé d'une impossible amante. Aux tremblantes lueurs de Tinfernai fiambeau. Pâle et sans mouvement, ce cadavre est si beau , Que rumvers entier, dans son délire, envie La gloire de mourir pour lui rendre la vie.

0 peuple, 6 Lucifer! ton bras est in^issant. Egaré par la haine et souillé daos le sang ! Ton épouse vivra quand, déposant les armes. Dans tes yeux attendris to sentiras des larmes; Ton épouse vivra lorsque, libre en tout lieu. Ta seras assez grand pour te soumettre à Dieu ; Et si jamais au ciel, entre le père et Tange, Le pardoA ne doit faire un ineffable échange Toi du moins, pauvre peuple enfin ressuscité, Tu reverras au eiel vivre la Liberté!

Les pensées philosophiques et chrétiennes de ce morceau sont assez clairement indiquées par la fiction même, pour qu'il ne soit pas nécessaire de les expliquer davantage.

Cette Action de Tange rebelle enlevant la Liberté qu'il n*est pas digne de recevoir des mains de Dieu, Tétouffant dans ses bras et incendiant le monde sans [louvoir la ressusciter, parce qu'elle ne peut vivre que d'un soufQe du céleste amour, n'a rien, malgré sa grandeur, qui ne soit simple et autorisé tant par les données de la foi que par les exemples des grands poètes.

Voici maintenant une .fiction d^un autre ordre, que nous qualifierons de fiction hardie, parce qu'elle suppose ce que Dieu tient cache à la science humaine et n'a pas mémo révélé à la foi, c'est-à-dire le secret de ia plu ralité des mondes habités et de la dispensation du salut à leur égard.

La communion de$ mondes.

Que la rédemption s'étende à tous les mondes iiOnviés par le Verbe à ses clartés fécondes, El qu*un Sauveur unique et multiple k la fois Partage aux univers sa présence et ses lois ; Qu*il revive incamé dans toute la nature. Pour offrir le salut à toute créature.

Est-ce donc un miracle impossible à ce Dieu

FICTION

FICTIWI

Que 1 liosiie à la fois multiplie eo ioul lieu. Disons donc que du ciel nminense Eucharistie Voit dans chaque soleil sa rayonnante bustie. Le Christ universel, domptant tous les enlèrs, ^S'immole tous les jours dans tous les univers. L éternel sacrifice ainsi remplit le temple Où dans son divî» Fils le Père se contemple. Et dans chaque soleil, miroir de sa cUrte« U iiicanie un rayon de sa divinité.

Los soleils sont de Dieu les vivapts tabernacles Où le conseil des saints médite ses miracles. Et pour les présider le grand Verbe de Dieu Dans son 4me et sa chair est présent en tout lieu. Comme on sait parmi nous qu*aui paroles du prêtre. Sur mille autels divers tout entier Dieu peut naître, Et vient au même instant de tant d'bo.*nnies divers Régéilcrer les cours, ces autres univers. Eglise des soleils, communion des mondes. Dissipez de nos ccnirs les t'nèbres profondes; Beaux astres présidés au service de Dieu Par des évêques d*or, à la mitre de feu. Priez pour nous, priez pour la terre assoupie. Qui se meurt dans la nuii d^une ignorance impie; Priez, pour que le Verbe en lui rendant le Jour, RéchaufTe tous nos caMirs par on souflle d^mour; Pour que TarJent soleil s'incline enfin vers elle. Et rajeunisse encor cette é|)Ouse infidèle : Qu'admise à partager le froment et le vin. Elle reprenne encore place au bimquet divin; QuVlle comprenne enfin les douceurs fraiemeilei Et de Taltraction les lois universelles. Pour ne plus attrister de murmures pervers Le long recueillement de llnimense uni vers.

Cette fiction peut être appelée hardie , parce que rien n'autorise à admeilre ce qu'elle suppose. Elle n'est cependant pas téméraire j parce qu'elle ne suppose rien de contraire ni au dogme , ni aux analogies de ia foi, ni à la saine raison.

Nous ne citerons pas d'exemples de la fie* lion téméraire, il nous aura suiB de les indiquer comme nous l'avons fait plus haut.

La fiction , en poésie , revêt des formes aussi diverses que les nuances du talent et que les ressources de l'imagination; elle généralise, elle abstrait, elle personnifie , elle symbolise; les larmes et les sanglots du monde sont iK)ur elle les échos de la voix qui pleure ; les hymnes et les cris de joie des enfants de Dieu sont les accents de la voix qui chante. La fiction nous montre dans la mort un fantôme qui passe suivi de l'espérance et de la vie pour ceux qui croient et 3ui aiment; elle nous montre toutes les graneurs de la terre se couchant tour à tour pour dormir leur sommeil , comme dit Bossuet, et au-dessus de tout ce qui tombe, audessus de tout ce qui passe , elle nous fait voir celui qui est toujours debout. La fiction ici n*est aue Touvrière de la vérité chargée de lui préparer un vêtement ; puis , sous la figure de Tétoile et de la comète, elle per^ sonnifie rintclligence et le génie , ces deux sentinelles de Dieu chargées de fonctions différentes. Ces idées , que nous jetons ici sans les développer, parce que la place nous manque, les lecteurs les trouveront répétées dans Quelques esquisses qui suivfsnt cet article. Nous sommes oblisé de resserrer ici en quelques pages ce qui demanderait des volumes , et d'expliquer mieux par des essais rapides ce qui ne pourrait être exprimé en

préceptes, que par de longues et esoujeuses dissertations.

Fiunt oralores^ wucmUwr pêekt. Nous écrivons ici pour être compris , surtout de oeux auxquels ia Providence a départi le dtm douloureux et dangereux de la poésie , et nous invitons les hommes graves , aux yeus de qui la poésie u*esl qu une maladie du cerveau , de passer ces pages et les suivantes. Du reste, les quelques esquisses poétiques ajoutées ici sont plutôt ce qu'on è\h pelle dans les classes des maiièrt$ it tn$ que des suiets traités même en prose- Ce sont des idées, et rien de plus,

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