IODE
EXODE
ehappiT de son oœar brisé par l'iriffratitade des hommes ? les cimes arides du Nébo ne l'ont pas raconté, et Dieu seul en a gardé le secret et le sourenir. Peut-être, dans cette solitude, le doute vint-il enTahir son cœur ; peut-être regretta-t-il Toubli qu'il pouvait trouver dans la maison de Jétnro avec l'amour de Séphora. Des visions tournoyèrent devant ses veux fatigués de larmes, le sable rouge du désert se changea en un lac de sang, et sur ce lac se soulevërent*les ombres de ceux qu'il avait livrés au glaive; les rochers volcaniques qui avaient enelouti Coré, Dathan et Abiron, s'entrouvrirent de nouveau , et les fantômes poudreux et noirs des schismatiques du désert se dressèrent contre Moïse. Toutes ces ombres le montraient du doigt; et leur gémissement ressemblait à un rire amer. Toutes élevaient vers le ciel leurs mains pleines de sang, et ils accusaient leur meurtrier. Moïse détourna les yeux du côté de la Terre^inte,dont le soleil levant faisait resplendir les campâmes et enrichissait les vallées d'un luxe solennel.
Alors Jérusalem se montra au prophète, rayonnante de toute la pompe de Salomon ; et son cœur se remplit de confiance et de joie. Il oublia le désert rouçe de sans et n'entendit plus les imprécations des fantômes.
Mais tout à coup les sons d'une musique lascive lut traversent le cœur comme des glaives... 11 ne s'est pas trompé : ce sont encore les fêtes du veau d'or ! Israël tout entier se prostitue à des idoles; ils dansent, ils chantent, puis ils dorment, les insensés I et ils ne voient pas ce nuage noir tout étincelant d'armes qui accourt k l'horizon. Mo se entend le hennissement des chevaux, le grondement des chars d'airain qui roulent comme le tonnerre; il voit les éclairs du bouclier et de la lance. Il veut encore sauver son peuple, il veut crier..., mais sa voix n'est pas entendue; et la vision achève de dérouler devant ses yeux les plus épouvantables images.
L'auréole de Dieu a cessé d'entourer le saint temple; une épaisse fumée roule ses nuages le long des portiques déserts, la flamme s'élève eu colonnes sanglantes; Jérusalem n'est plus qu'un immense holocauste... Moïse détourne les yeux ayec horreur, et il revoit plus mraaçanU les spectres de ees victimes, rendus plus livides par les reflets de i'incendie. Tous les proscrits du désert grincent les dents et semblent triompher en regardant tomber Jérusalem... Déjà le reflet rouge s'est éteint : une lumière Blafarde et morne, s'étend dans le ciel comme un linceul. Moïse reporte malgré lui ses regards du côté de Jérusalem..., il ne voit plus qu'une montagne couverte de cendre et de ruines ; et au milieu de ces ruines, le dernier df*s prophètes pleure inconsolable, comme cette mèrequi ne veut plus rien écouter parce que son Bti^t n'est plus.
PaIpUant d'épouvante, assailli presque de remords et le cœur brisé d'angoisses, l'élu û\i Sinaï lève les yeux au ciel pour interro-
ger son Dieu... Le ciel est d*a{rain, et la voix de Dieu ne se fkit plus entendre. Le prophète expirant se dresse sur &es pieds par un suprême effort ; il est debout : ses cheveux se hérissent, ses mains crispées se portent k ses yeux, un cri déchirant s'échappe de sa poitrine : Mon Dieu ! mon Dieu I ditil, tu m*as abandonné I Puis comme si la vie s'échappait de son sein avec ce cri désespéré, il tombe affaissé comme un temple qui s'écroule, et le dernier sentiment de l'existence humaine estpour lui un désespoir irrémédiable et profond comme l'enfer.
Cependant une voix le réveille de cet assoupissement de mort et le fait tressailUr; une main le touche et le fortifie ; il voit près de lui quelqu'un dont il reconnaît le visage sans ravoir jamais contemplé. C'est lui I doux et souriant avec sa figure pftle et résignée I II tient k la main un livre fermé de sept sceaux ; ses cheveux dorés, qui tombent en boucles sur ses épaules, sont pressés d'une couronne d'épines ; ses mains et ses pieds sont ensanglantés d'avance des plaies
Ju'il doit recevoir un jour ; il parle k l'oreille u prophète mourant et il lui raconte les gloires k venir de la nouvelle Jérusalem. Pourquoi donc as-tu douté, ô mon filSrSjoute-t-il 7 Tu n'as pas souffert comme je dois souffrir ; et c'est moi qui sauverai le monde ! Quitte maintenant la terre ; viens te reposer; les anges prendront soin de ta sépulture 1
L'Ame de Moïse alors s'éleva radieuse ^ns le- ciel, appuyée sur le Verbe divin , et son corps resta sur le Nébo , les mains croîsées sur sa poitrine , contre laquelle il semblait presser le signe du salut k venir. ^Deux ançes terribles s'avancèrent alors dés deux points opposés du ciel , et vinrent se disputer le corps de Moïse : c'étaient Lucifer et l'archange Michel.
Le Livre des Symboles sacrés He nous dit pas quel fut le résultat de leur lutte ; mais il nous apprend que l'archange ne crut pas fvoir le droit de maudire Lucifer, et qu'il en appela au jugement du maître suprême. ..Toutefois le corps de Moïse ne put être retrouvé; et la tradition des vpyoïUs est qu'il fut emporté par deux anges dans la terre promise , oik il fut caché avec le dépôt sacré qu'il tenait toujours sur son oosur, dans un sépulcre du mont Moria , dont une des collines s'appela depuis le Calvaire.
— Dans la triple esquisse qu'on vient de lire sur les grands tableaux de TExode, auxquels nous réunissons celui de la mort de Moïse , nous avons seulement voulu indiquer les ressources poétiques, morales et politiques même qu'on peut trouver dans le second livre de la Bible. On pourrait y trouver d'abord le sujet d'un poème en trois chants, dont le sommaire pourrait être indiqué par nos trois études et dont les chants seraient consacrés k ces trois tableaux : le
Sassage de la Mer Rouge, le peuple dans le ésert, et Moïse sur le mont Nébo. H existe d^k plusieurs poèmes sur Moïse. Dn entre autres de Saint-Amand dont Boileau a dit :
EZECIIIEL
Ainsi tel aalrefois qu*on til avec Farct Chailioiiner de ses vers les mors d*ttn cabaret, S*e& va mal à propos d*une voix insolente C;)Aiiter du peuple hébreu la fuite triomphante El poursuivant Ifoise à travers les déserts Court avec Pharaon se noyer dans les mers.
Cest ce même Saint-Amand qui, décrivant le passage des Israélites entre les deux montagnes d*eau suspendues.
Met, pour les voir passer, les poissons aux fenêtres , Peint le petit enfant qui va, saute, revient. Et joyeux à sa mère offre un caillou qu'il tient.
Cette citation suffit pour nous convaincre
3ue Saint-Amand, quoiqu'il ne manguit pas 'imagination et de verve , manquait absolument de goût et que son poëme a été justement oublié.
BZÉCmEL. — Le prophète Ezéchiel est le plus sombre, le plus énergique et le plus mystérieux des prophètes. Né de la race sacerdotale, c'est au sacerdoce surtout qu'il adresse ses prophéties; les initiés à la théologie secrète doivent le comprendre, et il ne craint pas d'entrer dès son début dans la nuit des plus formidables mystères. Le sphinx antique lui apparaît non plus comme dans TEgypte avec son unique tète de femme; car Isis pour le prêtre hébreu n'est plus la reine de l'initiation ; le sphinx prophétique a quatre faces: cellederhomme, celle de 1 aigle, celle du taureau, et celle du Uon, ligure du génie viril de la nation juive soutenue par la prophétie, l'aigle, par le sacerdoce, le taureau, et par la guerre, le lion. Ces symboles de la politique juive sont écrits dans les constellations du ciel. Ezéchiel voit tourner les cieux étoiles les uns dans les autres comme des roues mystérieuses, et met pour frontispice à son œuvre prophétique le double tableau allégorique du monde religieux, politique et moral , figuré par les quatre animaux qui ne forment ensemble qu'un seul corps, et du monde planétaire figuré par les roues mystérieuses. Il annonce ainsi son autorité par les emblèmes synoptiques de la science universelle et de fa gnose sacerdotale ; prophète , prêtre et initié, il a une triple autorité pour parler au monde, aux Israélites et à la tribu de Lévi-
Le livre qu'il va écrire , il ne l'inventera pas ; il i*a lu tout entier écrit de la main de Dieu même , ou pour parler son langage hardi , il l'a dévoré. • . Alors ses entrailles ont été pleines de menaces ; Dieu l'a enlevé de la terre et lui a donné un front inexorable, pour qu'il annonçât sans pâlir les terribles décrets du ciel. Son visage est devenu dur et immobile comme le diamant, et il s'est armé d*un style de fer comme d'un couteau de sacrifice. L'esprit de Dieu qui le remplit le condamne d'abord à des macérations étranges ; il doit figurer en sa personne tous les malheurs que la cité sainte va souffrir. Dieu le frappera comme Job et le trouvera insensible a toutes les douleurs ; il lui étera une épouse chérie , et Ezéchiel ne pleurera pas ; u lui dira de se livrer à des jeûnes ter-
EZEaiIEL
ribles, de coucher sur la dure, sans qull lui soit permis de se retourner d*un flanc sur l'autre pendant ses insomnies doulcureuses; de se nourrir d'un pain amer cuit sous des cendres immondes, et le prophète obéira sans se plaindre. Car en présence de Tave* nir de son peuple il est devenu insensible à ses propres maux ; il voit les fléaux s'avancer sur Jérusalem comme des nuages terribles poussés par le vent ; la faim, la guerre, la peste étendent à la fois leurs ailes funèbres sur le soleil , et passent en balayant devant elles les cités comme de la poussière et les hommes comme des tourbillons d'insectes que la pluie abat.
Crie, fils de l'homme ; Voici ce que dit le Seigneur : La fin 1 Voici la fin de la terre d'Israël ; je l'ai abandonnée aux quatre fléaux du monde; son dernier jour est arrivé, et toutes ses abominations vont s'élever contre elle ! . . . Sonnez la trompette : aux armes I Mais il n'y aura plus personne pour aller au combat! La famine et la peste vont prévenir le glaive ; le glaive moissonnera les champs; la contagion et la faim dévoreront les villes. . . Ceux qui échapperont au carnage et à la mort se cacheront dans les montagnes comme des colombes effrayées. Us se sont livrés au culte de l'or , ils ont mis leur or-
Eeil dans les parures , ils ont élevé des pas superbes , et voilk les plus vils d'entre les esclaves des nations qui vont entrer dans ces richesses abandonnées comme dans un héritage que Dieu leur donne I La terre sera arrachée au peuple , la loi aux prêtres, la couronne aux rois ; Dieu va leur rendre selon leurs œuvres, et les juger selon leurs jugements , afin qu'ils sacnent que lui seul est le Seigneur.
Telle est l'analyse rapide des sept premiers chapitres d^Ezéchiel qui sont comme la préface ou le prologue de sa prophétie.
La prophétie débute au chapitre vni par une scène des plus dramatiques. Le prophète voit Dieu sous les symooles de l'intelligence et de l'amour, la flamme et la lumière. Depuis les reins jusqu'en bas, dit^il, son aspect était celui du feu ; plus haut c'était une splendeur. Alors une main prend Ezéchiel par les cheveux et le transporte dans le temple ; la porte en était fermée, mais l'esprit perce les murailles et dévoUe aux veux du prophète les abominations qui souillent le lieu saint. Ici des femmes étaient assises et pleuraient Adonis ; plus loin des hommes tournaient le dos au sanctuaire et adoraient le soleil. L'âme d'Ezécbiel se rassasie d'indignation et d'épouvante , et alors les menaces de la colère divine se personnifient à ses yeux. Dieu envoie un chérubin Îiourmarouer au front d'un Javm]rstérieux le signe ue la croix) tous ceux qui doivent \ïre épargnés, le très-petit nombre des justes; car les exterminateurs vont passer.
Dieu leur crie : Frappez , et commencez par le temple ! Le sanctuaire qu'ils ont profané sera leur tombeau 1 Qu'on y entasse les cadavres I... Une vision de meiulre passe alors devant les yeux du prophète qui tombo
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5it
tout tremblant ]a face c^iotre terre, et il entend range charge de marquer au front les élus dire à Dieu : J ai fini mon ouvrage.
Au chapitre \ une autre vision commence. Un trAne posé sur une pierre de saphir apparaît et parie. Il commande à Thomme vêtu de blanc, celui qui représente toujours le Verbe dans les prophéties, de prendre sur Tautel une poignée de charbons ardents rt de les jeter sur la terre... Ainsi le feu du sacrifice est dispersé et sa braise est chan-
Î;ée en semence d'incendies. Le bruit des aies des chérubins se dit entendre ; la vision des roues et des animaux mystiques reparaît multipliée, comme si la science se divisait, et on les voit remonter au ciel en s*éloignant de la terre. La voix qui crie : Les dieux s*ea vont 1 peut se faire entendre. Cependant les mauvais prêtres s'endurcissent dans leur oi^eil ; ils croient que le temple de Dieu est une marmite à leur usa^e ; cette parole impie est attribuée au pnnce des prêtres, Pbeltias. Si le temn!e de Dieu est une marmite, vous en êtes 1 écume, dit Ezéchiel indigné, et Dieu va vous rejeter avec dégoût. Cette parole a Teffet de fa foudre ; Pbeitiaa tombe le visage contre terre et meurt. Mais Dieu console le prophète épouvanté, par des promesses de réconciliation et de retour ; car la captivité du peuple est maintenant inévitable, mais elle ne sera pas étemelle.
Après ces visions, Ezéchiel prophétise encore par signes, selon la coutume orientale. On le voit préparer et déménager ses bardes comme s'il partait pour Texil ; il rentre dans sa maison par une brèche ; il marche à tâtons en plein jour avec un voile sur les yeux ; nuis, quand le peuple s'assemble autour de fui, il lui parle avec force et lui explique ce qu'il vient de faire, en prenant de là occasion de les rappeler à la pénitence en leur prédisant leurs malheurs prochains. Puis il tonne contre les faux prophètes qui endormaient le peuple dans une fausse sécurité. Vous avez foi en de pareils hommes I dit-il au peuple ? mais quand vous auriez maintenant parmi vous Noé, Daniel et Job, ils se sauveraient peut-être eux-mêmes à lorce de vertus, mais ils ne vous sauveraient pas 1 Vous êtes la vigne arrachée, à quoi peut servir Je sarment lorsqu'il est mort 7
Après ces terribles menaces commence une allégorie plus terrible encore. Sous la figure de deux prostituées qu'il nomme Olla et Ooliba, le prophète décrit les désoi^ dres de Jérusalem et de Samarie. Ici la prophétie ne garde plus aucuns ménagements, t't fait palpiter sans voiles sous le soleil les plus monstrueuses turpitudes. Juvénal,dans toute la verve de ses sanglantes invectives, n*eat pas allé plus loin aue le prophète. Aussi^ à cause de ces tableaux aune trop affreuse vérité, défendait-ou chei les Juifs la lecture du proplièie Ezéchiel aux jeunes gens et même aux hommes âgés de moins de trente ans.
^ Au chapitre xvii on trouve la parabole des deux aigles, dont lun plante et l'autre
arrache une vigne. Nouvelle menace de des* tructioa pour la triste Jérusalem. Darid est Taigle qui Ta fondée en ragraudissaiitet en la rendant glorieuse : an autre aigle' ft venir, par qui la vigne sera arrachée : car il s y est embarrassé avec ses serres, et il est pris dans les Qlets du roi d«9 Babylone. La captivité se prépare : mais Dieu ne frapperj pas les enfants à cause des pères, et quaud &on ire sera apaisée, il ramènera les restes d'Israël dans leur pairie : car ce n*eêt pas moi qui veuxla mori dt ceux qui mfiirnil, dit le Seigneur : revenez à moi et vivez t c*est par cette parole si touchante que finit le chapitre xviii de la prophétie d'Kzéchiel.
\u chapitre xix se trouve la paratwle de la lionne, imitée en vers par Lefiraue de Pompignan.
Israël, poorqnoi donc ta mère A-lreUe, atti veoi des natîoas»
Souillé son divin caradéie Dans fantre sanglant des 1mm?
Le texte dit : « Pourquoi ta mère s*esMle couchée lionne parmi les lions pour j pourrir ses petits ? Elle a élevé un de ses lionceaux, et il est devenu lion, et il a appris i ravir la proie et à manger de Thomme.
« Les nations ont entendu parler de loi, et non sans être blessées au combat , elles Tout pris et Tout conduit enchaîné dans U terre d'Egypte. Quand«sa mère $*est vue affaiblie par sa perte, elle a pris un autre de ses lionceaux et Ta fait lion. En marchant parmi les lions, il devint lion lui-même et il apprit à ravir la proie et à dévorer les hommes. 11 apprit a faire des viuves et i changer les villes en solitudes ; et la terre désolée fut remplie de son rugissement. De tous côtés les nations se réunirent contre lui et elles tendirent leurs filets, et elles le
C rirent enfin après avoir reçu de lui des lessures ; et elles le jetèrent dans une fosse et ramenèrent enchaîné au roi de Bab^Ione, qui renferma dans une cage de fer,aun que I on n*entendlt plus désormais ses rugissements sur les montagnes d'Israël. »
Après cette imase de la captivité successive des deux rois Joachas et Joachim,le prophète compare Israël à une vigne plantée clans le sang qui va être arrachée et transplantée dans le désert, où elle ne trouvera qu'un sable aride.
Le prophète revient ensuite sur les ioBdélités de Jérusalem et sur les jpéchés du peuple, et prédit encore une fois les vengeances prochaines de la souveraine justice; puis il étend le cercle de la colère et des lléaux ; sa menace se déploie comme uo incendie et envahit les cités des enfants d*AiDmon : les corrupteurs de Jérusalem seront châtiés avec elle ; Dieu, comme un époux irrité, veut anéantir les complices de Taduitère Moab ; lldumée et la superbe Tyr sont condamnées tour à tour. Les vaisseaux (jm passeront devant les plages où fût Tyr sétonneront de leur solitude et du silence de la mer. Le prophète chante Thymne funèbre de cette capitale des délices et des n*
EZfiCHlEL
EZECUIEL
cbesses de Tancien inonde, et son chant sur la ruine de'Tyr a été répété plusieurs siècles après Gomroe par un écho prophétique, lorsque saint Jean, dans Tile de Pathmos, pleurait la chute de la grande Babylone.
Dieu paye les exécuteurs de ses hautes œuvres : il donne r£gj^pte à Nabuchodonosor pour prix de la ruine de Tvr ; Pharaon et Assur sont comme deux cèdres superbes que Touragan des justices célestes va briser Tun contre 1 autre; Assur renversera Pharaon, mais la scie et la hache sont déjà dans les racines d*Assur. A la chute de Pharaon, la terre tremble et tous les arbres ont tressailli, mais l'arbre gigantesque est tombé, son front traîne dans la poussière avec les dépouilles des morts, et une voix dit : Yoiià ce Pharaon avec iouSe aa multitude I
Ezéchiel adresse ensuite à la monarchie égyptienne des adieux funèbres semblables à la complainte de Tyr.
« Tu as été le lion des nations et le grand dragon de la mer ; Dieu ta pris dans ses filets, et les nations t'ont traîné sur le sable; ton sang noircit de sa vapeur les étoiles du ciel, les astres sont ea deuil de ta gloire, mais Dieu consolera l'ombre de Pharaon en lui envoyant bientôt ses vainqueurs pour lui tenir compagnie dans la tombe. »
Ezéchiel, après avoir prédit tant de désastres, justifie sa mission redoutable et se compare à la sentinelle dont le devoir est de jeter le cri d'alarme ; puis il éclate en invectives contre les mauvais pasteurs qui oublient leur devoir sacré et n'avertissent pas leur troupeau des dangers qui le menacent.
Mes pasteurs, dit Dieu, ne s'occupaient pas de mon troupeau ; ils se repaissaient eux-mêmes au lieu de paître mes brebis. C'est pourquoi, pasteurs, écoutez la parole du Seigneur : Je reprendrai moi-même mon troupeau des mains des pasteurs, afin qu'ils ne se repaissent plus de la chair de mes brebis et j'arracherai mes agneaux de leur bouche. Je sauverai mon troupc'au, afin qu'il ne soit plus un objet de rapine, et je le réunirai tout entier sous la houlette d'un seul pasteur.
c Bonne espérance donc au troupeau l Montagnes de Seïr, plaines de l'idumée, malheur à vous I mais vous, montâmes d'Israël, consolez-vous, car le salut doit vous visiter encore ! Les cités désertes vont se repeupler, les troupeaux d'hommes se multiplieront, et ils sauront que je suis le Seigneur, dit le Dieu d'Israël. »
Après cette promesse vont venir les pa- >t>les d'espérance et de salut qui forment la seconde partie du livre d'Ezéchiel. Cette seconde partie a pour introduction la vision célèbre des ossements desséchés qui reviennent à. la vie : tableau plein d'une jpoésie qui fait frémir, el que la plupart de nos )K>etes religieux se sont efforcés de traduire. Lamartine l'a imité en l'abrégeant:
L'Eternel emporta mon esprit au désert.
n*08sements desséchés le sol était couvert.
J*approche en frissonnant; mais Jéhova me crie : Si je parle à ces 08 reprendront-ils la vie^ —Etemel, tu le sais.— Eh bien ! dit le Seiffoeor, Parle à ces ossements, prophétise, et dis-leur ' Ossements desséchés, insensible poussière. Levez-vous! revoyez la vie et la lumière!
Et ce champ de la mon tout entier se leva, Redevint un grand peuple et connut Jéhova.
Cette campagne couverte d'ossements, c'est Israël pour qui toute espérance seiùblo morte et que Dieu veut rendre à la vie. Puis viendront les derniers combats contre les armées de Gog et de Magog, les rois de l'hiver et de la nuit. Ces armées terribles, au sentiment de tous les commentateurs, re-
Iirésentent les derniers eiOforts oue doit tenter a force brutale pour anéantir dans le monde le règne de l'intelligence et de l'amour. Ainsi, après la captivité, qui est l'image de la mort, une résurrection ; après la ré^ surrection, la grande et suprême bataille, tel est, selon Ezéchiel, le programme de la fin des temps. Gog et Magog sont vaincus et encombrent la terre de leurs morts ; les enfants du peuple de Dieu sont occupés pendant sept mois à rechercher et h ensevelir les cadavres ; puis on commence à rebâtir la cité sainte et l'on élève un nouveau temple plus magnifique que celui de Salomon. Les neuf derniers chapitres d'Ezéchiel sont consacrés à la description de ce temple, dont il indique minutieusement et longuement les pro{K>rtions et les mesures, mesures et proportions qui ne peuvent se rapporter au second temple, et qui doivent s'appliquer à un troisième édifice plus vaste et plus splendide que les deux autres. C'est d après cette prophétie que plusieurs commentateurs ont imaginé la rééaification future du temple do Jérusalem à la fin des temps ; mais, d'un autre côté, Jésus-Christ a prédit qu'on ne le rebâtirait jamais. 11 faut donc que la prophétie d'Ezéchiel ait un seiiS allégorique et se rapporte à l'Eglise : en ce cas, toutes les figures et tous les nombres auraient un sens mystérieux, qu'il faudrait chercher pour trouver dans cette partie de la prophétie d'Ezéchiel un plan complet de l'édifice divin qui est l'Eglise et la société universelle ; mais cette explication n'appartient pas à notre sujet.
La prophétie d'Ezéchiel, dont Voltaire s'est amusé d'une manière si peu digne, est peut-être ce qu'il y a de plus fort et de plus énergique dans la poésie des livres saints. Lefranc de Pompignan en a traduit les principaux passages, et ces traductions, qui laissent beaucoup à désirer, n'en sont pas moins les productions les plus vigoureuses de ce magistrat distingué. Mous ne les citerons pas, parce qu'on les trouve partout, mais nous placerons ici une étude inédite sur la vision des roues d'Ezéchiel, qui a été lue dans un de nos salons littéraires les mieux composés, et a obtenu l'assentiment des poètes les plus distingués de notre littérature moderne.
Lei Roues SEzéchiei.
Le char de Jébof a ronle dans l'élendue, El hïi trembler loos lui la yoAie suspeodiie
Oè t^iDcliiienl les cieui : L*orbe de cbaqoe roue a poor cbiia des éloiles El des soleils perçant ronbre de too« les Toiles^
Poar flamhojants essieox.
Leur lumière aimantée, ^ Par rorbe reflétée,
T fixe ses rayons ;
Et leor marche sfrfendide
Ensemence du iri«le •
Les ténébreux sîUont.
Semence de chaleur» de lumière et de flammos» i|u*amise de ses pteurs rescbvage des 4mes
Par le cnar emporté :
Car le char étemel vole et rerient sans oesso Sans reculer Jamais ; unissant la Titesse
A runuiobiliié :
Aux pointe qui se répondent
Les rayons se eonfondeol
En on cercle de feu :
Et le char esi lui-même
Comme un ^rand diadème
Qui tourne autour de Dieu.
Ibis le foyer central de la lumière pure
Est aux yeux de la chair ki nuit la plus obscure
El les anges irembbnte Qui sont du char sacré Forbe le phis intime. De leur aile qu*agite une crainte unanime
Couvrent leurs fronts brûlants:
Seul, Taigle symbolique
D*un regard prophétique
Peut percer celle nuit ;
Et franchir la barrière
Que ferment le tonnerre
La fumée et le bruit.
Ainsi dTxéchid raventareux génie.
Mesurait dans son vol ta hauteur infinie
Des mystères sacrés, Dans œl abîme immense où tout orgueil échoue. Embrassa hi rondeur de la céleste roue
Et ses rayons dorés :
Puis, dans un moindre orbite
U la vit circonscrite.
Et compta les retours
De la roue enfermée
Dans la roue enflammée
Qui se meuvent touiour*.
EiéehM ainsi précéda Galilée,
A qui de Punivers la sphère dévoilée
Par son centre de feu, Montra dans le soleil, du Christ larme féconde. Comme dans ToBil humain qui lui-même est un monde,
La figure de Dieu :
Et vers Taxe poussée.
Mais toujours relancée
Par Tactive splendeur;
Sur un fli de lumière,
8e balanei»r la pierre
Du céiesia frondeur.
Si le fil se rompait, notre terre brAlante, Déchirant riofini de sa course sifllante
EZECmEL
Comme un trail mnrmi, Iraii frapper au frool, dans son trîye Le chaos, noir géant.
Sur son Irtae
Oubies, soBurita
Rendant guerre pourguenê
A rinfemal tyran.
Inattendue et sère.
Fracasser sous r
Le crftne de Satan !
MitsIMeu nous retiendra dans m
Et d'ailleurs les rayons de la nmeétciMlfe
Aux dons de dhmams.
Sont foraés d^m or pur, eélesie,
Que ne latignepolnl rcftrt irrésisiible
Dà«coursiers écumante.
Les ooursierB que Dieo guide
Soni Palgie au vol rapide.
Le lion rugissant.
Le taureau qui rumine.
Et rhonune qui domine.
Mais en obétfsanL
Yin.
L*aigle est le confident du soleQ de justice : Le taureau, qu'immolait Tanlique sacrifice.
Travaille résigné :
Lliommepar la prudence est fort dans sa faiblesse Et soumet du lion la fureur vengeresse
Et Torgueil indigné.
L'aigle, c'est la prière;
Le bœuf, la vie austère
Et ses privations ;
Le lion, la puissance:
Et l'homme, ri^péranoe
Dans les aflKctlons.
I^ voyant de Patmos comme un aide superbe Nagea d'un vol hardi dans la darte du verbe
En fixant le soleil :
Le médecin, fidèle ami de la Justice, Décrivit du Sauveur offert en sacrifice
Le douloureux sommeil.
Marc, le disciple austère,
I^ fit craindre à la terre»
Lion ressuscité,
El, devenu fidèle.
Vers Dieu, Matthieu rappdie
La triste humanité.
Et les quatre animaux, dans un cèrde rapide. Semblent tirer le char que l'Eternité guide
De son centre voilé ; Ils reviennent sans fin dans la même carrière^ Sans s*arréter jamais.ni courir en arrière
Dans leur cirque étoile.
Soleil qui toujours brille,
Ce cadran sans aiguille
Et sans divisions,
Marnue Fbeure étemelle
Où Dieu crée et rappelle
A lui les nations.
Voici une imitation en prose d'une autre tision d*Ezéchiel.
La plaine eouverie touemeniê.
Parle, dit l'esprit de Dieu au fils de l*bomroe. — Seigneur, h qui parlerai-je? Je suis seul au milieu des morts I Les lannes ont usé leurs yeui; le blasphème a dévoré leurs lèrres; le doute a fdit évanouir leur
EZEOHIEL
pensée ; 00 sont des crftoes vides et desséchés 1 Sa vain le soleil de Dieu se lève sur ens; ils ne savent plus s'il v a un Dieu» parce qu'ils ne sentent plus la chaleur de son soleil. Les intérêts rivaux leur ont mançé le cœur, Tégoïsme a décharné leur poitnne, et leurs entrailles se sont corrom*
1>ues, jMrce que les affections humaines ne es faisaient plus tressaillir. Ceux qu'ils avaient pris pour chefs les ont conduits dans le champ de la mort et chacun d'eux s'est empressé d*y choisir une place, parce qu*ua lourd sommeil les courbait déjà vers la terre ; et quand ils ont dormi du sommeil de la tombe» les pasteurs de ce troupeau de cadavres se sont applaudis en disant : Nous avons donné la paix au monde I
viens maintenant, toi que Fesprit d*avenir tourmente; fais le tour de ce royaume de la mort, et vois si tous ces squelettes ne sont pas immobiles et froids 1 Chacun d'eux a creusé dans la poussière une petite fosse pour servir de lit à son crâne ; et au fond de cette fosse il a enfoui ouelques pièces d'or Mir lesquelles rampent les vers qui le rongent. Soulève dans tes mains toutes ces tètes Tune après l'autre, et parle-leur d'avenir, de patrie, de gloire, de dévouement^ de liberté, de Dieu I.. Puis abandonne-les à elles-mêmes; elles retomberont lourdes et froides sur leur chevet de corruption et de métal imour.
Que vas-tu faire dans Texil de ta pensée et de ton cœur? N'es-tu pas eff^rayé du bruit de ta voix sans échos 7 Vas-tu t'asseoir, morne et découragé, au milieu de cette plaine de cendre, et laisseras-tu tomber ta tète sur tes mains et se figer les larmes dé sang de tes yeux* comme celles des statues qui semblent pleurer sur les morts I Aspireras^u, pour cesser de souffrir, à devenir froid comme les figures de marbre qui sont accroupies sur les tombeaux 1 Non) nonl tu ne le dois pas; tu ne le
Eeux pasl l'esprit de Dieu te le défend I ève-toi et marche, car bientôt la terre va trembler I N*enlends<-tu pas fermenter quelque chose dans ses entrailles? Ne sens-tu pas, dans Kair lourd et chargé d'orages, je ne sais quoi se mouvoir et s'avancer? Parle toujours au nom de Dieu et de la justice I car si tu gardes le silence, le tonnerre parlera.
La terre est étouffée dans le suaire de cette société morte qui l'emprisonne ; se^ entrailles commencent à sentir les douleurs de l'enfantement, elle est en travail d'un nouveau mon Je I Sous les cendres placées
£i la couvrent, sous les ossements mertes ceux qu'on appelle les vivants» s'agitent les cendres brûlantes encore de ceux qui sont morts pour revivre dans l'avenir !
Quoi 1 des pécheurs contents de leurs chaînes, dorment dans leur ivresse sur le tombeau des saints martyrs, et ils ne ré vent fès que le tombeau s'ouvre; et ils n'ont pas peur que la terre ne s'agite 1 Quoi 1 des impies, le front chargé de couronnes et les \oteinents brodés (for, sommeillent sur le