VI. La eamêie ei Fétoile
L^étoile fixe est belle, radieuse et calme ; elle boit les célestes arômes et regarde ses sœurs arec amour. Revêtue de sa robe splendide, et le froDt paré de diamants, elle sourit en chantant son cantique du matin et du soir, fille jouit d*un repos étemel que rien ne saurait troubler, et elle marche solennellement, sans sortir du rang oui lui est assigné, parmi les sentinelles de la lumière.
La comète errante, cependant, toute san^
Salante et tout échevelée, accourt des proondeurs du ciel ; elle se précipite à travers les sphères paisibles, comme un char de guerre entre les rangs d'une procession de testales; elle ose affronter le glaive brûlant des gardiens du soleil, et, comme une épouse éperdue qui cherche l'époux rêvé par ses nuits veuves, elle pénètre jusque dans le tabernacle du roi des jours, puis elle s*échappe exhalant les feux qui la dévorent et traînant après elle un long incendie. Les étoiles pâlissent à son approche ; les troupeaux constellés , qui paissent des fleurs de lumière dans les vastes campagnes du ciel, semblent fuir son souffle terrible. Le grand conseil des astres est assemblé, et la consternation est universelle ; la plus belle des étoiles fixes est chargée enfin de parler au nom de tout le ciel et de proposer la paix à la courrière vagabonde.
Ma sceur, lui dit-elle, pourquoi troubles-tu rharmonie de nos sphères? Quel mal t'avonsnous fiit? Et pourquoi, au lieu d'errer au hasard, ne te fixes-4u pas comme nous à ton rang dans la cour do soleil? Pourquoi ne viens-tu pas chanter avec nous Vbymne du $oir, parée comme nous d'une robe blanche
3ui se rattache sur la poitrine par une agrafe 0 diamant? Pourquoi laisses-tu flotter à travers les vapeurs de la nuit ta chevelure qui ruisselle d'une sueur de feu? Ohl si tu prenais une place parmi les filles du ciel, combien tu paraîtrais plus belle! Ton visage ne serait plus enflammé par la fatigue de tes courses inouïes; tes yeux seraient purs, et to*i visage souriant serait blanc et vermeil comme celui de tes heureuses sœurs. Tous les astres te connaîtraient, et, loin de craindre ton passage, ils se réjouiraient k ton ap- Iiroche; car tu serais unie à nous par les iens indestructibles de Tharmonie universelle, et ton existence paisible ne serait qu'âne voix de plus dans le cantique de l'amoor infini.
B& la comète répoud à l'étoile fixe :
Ne ciois pas, ô ma sœuri que je puisse errer à l'aventure et troubler rbarmonie des sphères : Dieu m'a tracé mon obemin comme à toi; et si ma course te parait incertaine at vagabondai c'est q[ue tes rayons ne sauraient s'étendre assai loin pour embrasser le contour de l'elUpse qui m'a été donnée pour carrière. Ma chevelure enflammée est le fanal de Dieu; je suis la messagère des soleils, et ja me rctreœj^e dans leurs fc ux pour les
partager sur ma route aux jeunes mondes, qui n ont pas encore assez de chaleur, et aux astres vieillissants, qui ont froid dans leur solitude. Si je me fatigue dans mes longs Toyagcs, si je suis d'une beauté moins douce que la tienne, si ma parure ed moins virginale, je n'en suis pas moins, comme toi, uue noble fille du ciei. Laissez-moi le secret de ma destinée terrible , laisseznnoi l'épouvante qui m'environne, maudissez-moi si vous ne pouvez me comprendre : je n'en accomplirai pas moins l'œuvre qui m est imposée, et je continuerai ma course sous Vimpulsion du soufile de Dieu I Heureuses Irs étoiles qui se reposent et qui brillent comme déjeunes reines dans la société paisible des univers! Moi, je suis la proscrite qui voyage toujours et qui a l'infini pour patrie. On m'accuse d'incendier les planètes que je réchauffe, et d'effrayer les astres que j'éclaire, on me reproche de troubler rbannonic des univers, parce que je ne tourne pas autour de leurs centres particuliers, et que je les rattache les uus aux autres en Gxant mes regards vers le centre unique de tous les soleils. Sois donc rassurée, belle étoile fixe, ie ne veux pas t*appauvrir de ta lumière paisible : je m'épuiserai, au contraire, pour toi de ma vie et de ma chaleur. Je cuis disparaître du ciel quand je me serai consumée : mon sort aura été assez beau! Sachez Sue dans le temple de Dieu brûlent des fcui ifférents, qui tous lui rendent gloire. Vous êtes la lumière des diandeliers d'or, et moi la flamme du sacrifice : accomplissons nos destinées.
En achevant ces paroles, la comète secoue sa chevelure, se couvre de son bouclier ardent et se plonge dans les espaces iotinis, où elle semble dis^taraître pour toujours.
Outre les fictions hai*die$ ei téméraires, on peut signaler aussi les fictions singulières, bizarres, extravagantes et monstrueuses : ou en trouve de ces derniers genres dans les poèmes sur l'enfer, comme ceux de Milton et de Dante, et elles se rachètent chez ces grands hommes par do véritables beautés. Mais il serait dangereux de les imiter dans leurs écarts. Ce qu'il y a d'admirable dans Milton, ce n'est pas l'horrible accouplement du Péché avec la Mort, et toute la génération incestueuse qui s'ensuit, ni ce bizarre pandérnonium où les démons vont siéger sous des proportions lilliputiennes. Ce qu'il faut remarquer dans la belle épopée du Dante, ce ne sont pas les combats de Graffiacaoe et di* Farfarello, ni l'étrange trompette dont sonnent les démons lorsqu'ils se rangent en bataille, de môme qu'en admirant les belles proportions d'une cathédrale du iBoyen âge il ne faut pas s'arrêter aux quelques figures hybrides qui tirent la langue ou font des contorsions grotesques, autour des clefSi de voâte ou sous les arceaux du portail.
FIGURES. — On appelle figures certains modes d'expression qui, sans altérer le se-^s propre des mots* donnent au discours plus de ^rtce, de variété» de force ou d'éclai .
Ainsi, dans les figures, les temoes consul-