SCÈNE Mil
Les précédents, Tàu.e de Zr.i.riiA.
l'ame de zelpha.
Retourne, esprit impur, dans les ond)res hiileuses, El vous, amas poudreux, nnirailles orgueilleuses. Remparts que du Très-Haut dédaigne le courroux, Sous un soulûo de leunnc cvanouisse/.-voiis.
(Elle souffle contre la tour ; la tour s'enfonce et Ji.<ip,t rail dans les vagues qui montent toujours.)
1,'ame (étendant sa ntain vers le peuple).
Peuple, dispersez-vous, le Seigneur vous e\ile;
Allez, comme Cain, chercher un autre asile;
Car vous avez trempé dans h* sang innocent.
Travaillez cl pleurez, les pleurs lavent le sang.
Dieu vous avaii donné la vie el la parole
Pour vous soustraire au joug de toute infâme idole,
El ou roi liienfaisanl qu'il gardait aux humains
L'Iiérilage immortel était enlre vos mains.
Mais vous en avez fait un partage adultère,
El Dieu dans vos tourments vous condamne à vous
[taire.
Vos langages divers, désormais confondus Enlre les naiionsqui ne s'entendront plus, V<»iit semer pour toujours la discorde el la guerre. Dispersez-vous ! allez !
(Le peuple se disperse ; \emrod reste seul au /lied de ion palais.)
El loi qui fus mou père , Il en est lemps encor, sois lioiume et rcpens-loi. NF.Mr.on.
Si Je nu^ repentais, je ne serais |diis roi. Va-t'en! '/.elpha , va-l'en! non Ion sang coule pu-
|corc!...
ZF.i.PIIA.
Oui, lu m'as immolée el c'est moi qui t'implore.
I lie larme! un soupir! parle, le CieJ allend; Pour Ion élernilé tu n'as plus qu'un inslant.
NtMROn.
1,'enfer aussi m'attend, c'esl bien? je le mérite, El Ion Dieu me maudit, puisque je l'ai maudite. Je ne suis pas vaincu, non, je suis malhenrcuv.
II triomphe, el je meurs... parce que je le veux. Rainasse qui voudra ma puissance abfltlue.
Je souris à ses coups, el c'est moi qui mo lue.
(// se frappe.) Bois le sang île Ion père, esprit digne du ciel.
MYSTIQliES
(Il tombe, et sa couronne route jusan'auprès d'Arie!, qui la repousse du pied. Son palais s'écroule.)
ESOS.'
Mon fils, ne touche pas à cet or...
ZELPHA.
Ariel !
ARIEL
Ob ! piiis-je me baisser pour voir une couronne El daigner la toucher même du pied ! pardonne, Mon père ! nie voici, Zeipha, je suis à toi.
ZELPHA.
Montez dans ma nacelle, et voguez avec moi.
Je suis range gardien que le Ciel vous envoie,
Et vers les régions de réternelle joie
Je conduirai votre àrae à travers les douleurs,
Malgré les Ilots amers de locéan des pleurs.
Venez, il est un monde où Ion est libre encore.
Où le maître qu'on sert est le Dieu qu'on adore.
(lelui qui fut mon père, helas! et que j'aimais,
Par son orgueil impie a péri pour jamais.
Qu'il soit pour les tyrans un lormidable exemple;
Dieu seul est éternel et la terre est son temple!
Il doit aux nations donner pour leur bonheur
Un roi nommé David, un roi selon son cœur.
Dont Je Fils, couronné d'un sanglant diadème,
Kégnera sur le monde au nom de Dieu lui-même.
Par lui des rois futurs la sainte autorité
Doit sur l'équité même asseoir la royauté.
Et par lui leur pouvoir divin dans sa naissance
Doit des peuples sans frein subjuguer la licence.
iiois, courbez votre front sur le seuil du saint lieu,
Peuples, obéissez oU roi qui vient de Dieu !
{Ils montent dans la barque; tout le ciel s'illumine;
des nuufjes s^abuissent, et des anges leur jellcnl des
Jleurs.)
UN Dt UYSTi^lIlE I>E B\BEL.
Comme on le voit, la moralité du mystère est exprimée dans les di^rruf^s vers, et si les faiblesses de notre talent laissent beaue-oup à désirer dans cetouvrage, nouscroyons du moins avoir prouvé que (Jans le môme ordre d'idées on ])0urTail i'aiie beaucoup mieux.
Nous avons choisi le sujet de noire essai })anni les persorniages primitifs et les événements les [)lus anciens de la iJible , dans la crainte d'aborder nos mystères Nîs plus redoutables, (,-t de paraître iiop peu resp(;clueux par excès de zèle. Nous ne croyons pas (jue le (tersonna^e de ISotre-.Seigneur, par eiemple , [misse refiarailre sur le tlié;Titre, tant que lauditoire ne sera pas composé de vrais clirélien»!, et (jue le rôle ne s(;i;i pas rempli par un prélrf;. Aussi mainleiianl estce uniquement dans IV-jp^lise, l«; dinianclie des l'.arneaux ou b; jour du vendredi sai/it, que le drame de la Pummiou sr; cli.iiile à (rois personnages, le prétrf; i\ l'aulel, le diacre et le chantre , l'un au jubé , l'autre au lutrin ; et ce chant dialoi^ué i)rf)duit rjurore [ii\ elfel des plus saisissants et des plus capables d'exfiler les larmes. (Vot/. '1'ha(;P.I)ik.j
MYSriQIJKS. — Le myslicisuie est h bi fiiélé ce que la j»oésie est h bi lillérnlure. i>e même qu il exute unebomie et inie iriauvaisc poé.Hi»; , il faut reconuailre deux mysticisme» : bî vrai el le faux. La bontu; poésie et \n iriy»tici«nne catholifpie ont pour »an>^tion l'aulorilé , et jiour garantie |,i ,sou- I)icrio>'» m, I.i I i/.HA II nr fiinix.
MYSTIQIjES 874
mission aux règles et aux lois; le faux mysticisme est enfant de Déliai, comme la mauvaise poésie est fille de l'ignorance, de l'inattention et d\in goût dépravé qui ne reconnaît pas de maîtres.
Le mysticisme insoumis est la doctrine de toutes les sociétés secrètes qui se sont succédé depuis le commencement du monde. C'est l'ésotérisme de la loi naturelle interprétée parla philosophie humaine.
Le mysticisme catnolique a pour base le dogme du péché originel , dont les conséquences nécessaires sont la loi d'expiation et la doctrine d'obéissance.
Le mysticisme insoumis est ce que l'Apôtre appelle la profondeur de Satan; le luysticisme catholique est la véritable piété, que les adversaires de l'autorité religieuse proscrivent et poursuivent encore avec acharnement sous le nom de jésuitisme.
Ces deux mysticismes, opposés dans leurs principes , puisque l'un adore la nature comme divine, tandis que l'autre la combat comme dégradée , sont les deux philosophies opposées Tune à l'autre , qui produisent encore maintenant, par leur lutte, tout l'antagonisme du monde moral.
Le mysticisme philosophique n'est pas nouveau dans le monde : il résume les cultes anciens de l'Egypte, de l'Inde et de la Grèce, les opinions de tous les dissidents des premiers siècles du christianisme , les sophismes séduisants de l'école d'Alexandrie, et vient enfin aboutir de nos jours h un panthéisme que ses sectateurs osent appeler catholique , parce (^u'iIs le croient universel. Kt c'est ainsi qu'une fausse religiosité s'insinue ou tente de s'insinuer dans la véritable Kglise pour en usuri)er le nom el en énerver les dogmes.
Le vrai mysticisme résiste et résistera toujours h ces tendances * qui n'ont d'autre but que de renverser la croix et d'anéantir la hiérarchie en détruisant lobéissance.
La |)oésie religieuse, étant l'expression la |ihis naturelb- du mysticisme, doit en exprimer le caractère. Nos j)oëles modernes sont presfpie Ions inysli(jucs , mais malheureusement leurs tendances panlliéistiipies et passionnées les rallachenl pies(pie tous au mysticisme philosophiijue ou rationnel.
(U', mysticisme de; la raison binnaine n'a donné jusqu'à présent fpie deuXjSoliitions aii dogiiK! rtligicux (pi'il interprète : le panthéisme, (pii absorbe Dieu dans l'Iioimiie ou rhorrime CM Dieu, et le dualisme . (jui n'esl qu'un panih.'isnie en (lartie «louble ; mais dans l'un ou da-is l'autu; dfï ces systèmes, son résultat prali'pn; est toujours la négation de la liberté humaine et l'anéanlissenient d(! lout(! morale. Aussi cetbi doclriiu; a-t-elle toujours élé tenue secrètf; jus(prk l'épr^fpie où un bomnie est vr-fui réhabiliter tfjijles les passions au nom de la légitimité <les attraits , et [)rononcer liaubMiienl que les atliactions sont propHrlioiinelles aux destiné.s.
Cette justification de. la nature a toujours
MVSTiOmS
M\snQlES
potir |)riiuipo ro (jui si'paro rndirnU'mo'l les (ioclrinos ralionalisles et soiisnellcs du do;;inc rarhnli(nic : la iu^j;alion du jk'mIk^ oii- };in«>l, dont les anciens gnostiquos faisaient uu^mo un mérite et une gloire au [)reniier lu»nini(\
Cdioso étrange 1 le nivstirisnie insoumis détruit la liherté de l'hoinnie, (juc la lidélilé ( alli(di(pie eonsacre par l'ohéissame. 11 se llatle d(Mre la vraie science du bien et du mal , et il en détruit les notions les |>lus simples ; il ell'ace le dogme en voulant Texpli- (pier; il ramené tout h l'aKraction et détruit ré(piilil)r(> du mo'i(l(» moral ; il croit agrandir Dieu, et il l'anéantit dans la pensée des hommes. Il a toujours été révolutionnaire ot a conspiré de tous les temps contre l'aulorité ; mais ses tendances cf)nduisent fatalement à la plus inconcevable tyrannie ; il adore la nature et la corrompt ; il a pour maxime la fraternité universelle , et pour pratique l'égoïsme le plus abject.
Le mysticisme catholique , au contraire , régénère la natin-e en la combattant. C'est un sel qui conserve , c'est une mort a[)parente qui donne la vie éternelle. 11 fortifie la volonté par la lutte contre les attraits , et fait triompher riramortalité non-seulement de la mort, mais encore de la vie. Il sauve la liberté par l'obéissance, et l'espérance par la crainte , et ne laisse d'autres biens h Ihonane que ceux qu'il sacrilie. Paradoxes divins d'un côté , saianiques de l'autre, qui mettent les deux doctrines en éternelle opposition, et font que l'une i)our l'autre elles sont une monstruosité et un scanuale. Le mysticisme panthéistique est toujours le rè've de Prométliée : c'est la déilicalion de l'honune par l'homme, et il regarde la révélation nositive comme sa chaîne et son vautour. Il cherche à absorber et ?» s'assimiler tous les dogmes, et les explique pour les détruire. Uemontons au christianisme primitif, et nous le trouvons déjà tel ({u'il nousapparait aujourd'hui. Analysons rapidement les doctrines secrètes du ghosticisme, et nous retrouverons les idées de MM. Michelel , Cousin , Pierre Leroux, etc.
En tète ilc toutes ces hérésies des prcnîicrs .Iges, il faut placer d'abord l'ésotérisme hellénicpJC, 1(! n/o-plaloiiisinr. — L'I'-vangile expli(jué par les orthodoxes avait surmonté le jjrcmier obstacle, la volonté des empereurs; restait le néo-platonisme, le i)lus fort des autres ennemis h vaincre. Si un grand nombre de |)hilosophes i)laloniciens eMd)ras,sa h; christianisme , soit orthodoxe, soit hétérodoxe, tous ceux qui restèrent datis les rangs des polythéistes le cond)attirent. Les stoïciens ne défendaient point par écrit la religion expirante déconsidérée dans l'esprit de leurs anciens coreligionnaires ; mais ils eurent de l'autorité ou approuvèrent (il y ad(vs excentions h faire) l'usage (pie l'autorité faisait (Je sa force pour empèclKM- le nombre des chrétiens de se grossir; tels furent les Antonins, pi nombre de gouverneurs el de. tjons regardés comme sages.
Los platoniciens, au «onlraire , crurent
que par un système fondé sur celui de leur cjief d'école , mais mieux combiné , mieux approprié aux circonstances, ils parviendraient par leurs écrits à maintenir la religion de leurs pères. Parce que les chrétiens louaient d'une manière plus ou moins proimncée la philosophie de Platon , ils eurent la folif^ de pré'tend e qu'en la commentant , qu'en l'étendant h leur gré , ils triompheraient de la doctrine de l'Kvangile, de l'éloquence et do la logique de Clément d'Alexandrie, d'Origènes et de tant de personnages éminents dans l'Eglise.
An 2V0 de J.-C. — On doit h Ammonius , philosf)phe d'Alexandrie, le nouveau platonisme. Jésus , selon lui , ne s'était proposé (jue de purger la religion de la doctrine superstitieuse qu'on y avait ajoutée ; et fondant sur cette itléc le [irojetile concilier tous les cultes, il reconnaissait non-seulement lui 6ire nécessaire et intini , lequel est Dieu , mais encore une multitude inlinie de génies, de démons môme. Les Ames humaines étaient une partie de l'Etre-Suprôme. 11 supposait dans l'Ame deux portions, l'une spirituelle et intelligente, l'autre naturelle et sensible. Parle moyen de la [iremière, l'Ame sensible puritiée et perfectionnée pouvait apercevoir les démons, qui avaient un corps très-subtil et très-délié (1).
Avec cette doctrine unie à la théurgie et h la magie, la philosophie néo-platonicienne no, pouvait arrêter la ruine du polythéisnu>. l'hotin est h la tète de ceux (jui combattent le christianisme. I)isci|)le d'.Vminonius et maître de Porphyre, il établit trois principes: Dieu , l'Ame du monde , le monde ou la matière. C'est la do.trine f)ure et sans mélange du fondateur de la secte, de Platon.
Il ajoute : « Le monde est aussi beau que bon; il est l'image de Dieu; il est gouverné par l'Ame du monde émanée de l'Etre-Suprème ; elle le régit comme l'Ame conduit le corps. En général, tout s'y fait selon les lois de la justice , et Dieu lui-môme en prend soin.
Photin pense (|ue ceux qui se croient le pouvoir (lo. chasser les mauvais génies par des paroles et d(\s formuli\s mystiq les no voient pas le mal qu'ils soutirent : les mauvais génies ne sont souvent que de mauvaises maladies.
C(» [ihilosophe ne veut pas non plus ipi'on s'a|)pesautisse, comme font certains héré- (icpies de l'Eglise chrétiiMinc, sur la nature vicieuse des choses visibles. « En méprisant tout ce (jUC l'on trouve autour de soi , on s'ôte tout moyen do se perfectionner. Qut* personne ne s'imagine (pie ce soit un moyei de devenir bon (pie de mépriser le monde, les dieux (lui y régnent et tout ce qu'il y a de beau. Il faut rester sans murmurer el avec résignation dans cette demeure , le corps , (pii nous a été donné par notre bonne saur l'dmc (lu monde , (pii a tant de puissaïue (pi'c.le fait ces corps sans peine.»
(I) Mémoires pour fenir aux ''gnrcmnils de l'csprii liuiihtiii , |>. 1 1"».
5IVSTÎQUES
An 255 (le J.-C. — Porphyre , né l"an 2-23 de l'ère chrétienne, le disciple le plus enthousiaste de Photin, expliquant la doctrine des nouveaux platoniciens à sa manière , dit : « Dieu est tr )p haut pour recevoir les sacrifices ; tout ce qui est matériel est impie pour lui et ne peut lui être offert; la vie môme ne peut être employée à son service. Il faut l'adorer en silence"^et par de simples pensées : tout autre culte est indigne de lui. Les sacrifices s'adressent dans les temples à des esprits trompeurs et malfaisants, il faut rejeter ce culte comme irréligieux (1).
Il avait un esprit actif et entreprenant par amour de la nouveauté. En lui on doit reconnaître l'auteur du langage mystérieux dont la secte ne cessa d'user depuis ; on lui doit la théurgie et la magie auxquelles les platoniciens crurent alors et par lesquelles lis se distinguèrent. Ils crurent procurer aux liomraes, par le moyen dos génies, tout ce qui leur est utile et agréable. Heureux l'initié à la théurgie qui a mérité l'estime et l.i confiance des dieux intermédiaires i2).
Ce philosophe, maître de Janibliquc, ciseignait avant et pendant la [dus tenible dos persécutions, celle de Diocléticn , de 28i à 300 de l'ère vulgaire. Ainsi l'autorité, d'une part , et les faux raisonnements d'une phijosojihie impuissante contre la religion d'autre [»art, semblaient armés de tous leurs moyens de destruction ; mais une force invisible était armée pour sa défense.
Jamblique ne craint pas d'interpréter h 5-a manière 1 antiquité , et il ose dire que Ls lit^yfiùfins n'adoraient qu'un Dieu sous diverses formes. Au contraire, Porphyre, dans sa lettre l'i Anebon , assurait que Cliérébon ol divers savants , en j)arlant de la cosmogonie des Egypli(;ris , ne faisaient mention que des êtres sensibles et des agents corporels, ap()li(juaiil toutes les failles aux divers aspects des étoiles et des astres, h leiirs levers , à leurs couchers , aux saisons et aux changements dans la température de l'air {'.i,.
Il entreprit aussi d'épurer la religion des Romains et des empereurs. Selon renseignement de Porphyre, il composa uihî lliéolo;^ie mystérieuse toute fondée sur h-s be- .v>it)S qu'ont les homrnr's d<;s gé'iies et des inlerméuiaire.s. (>'est jtourquoi il fit une l.ingue h [»art f»our ex(>rim'r ses nouvelles idées (ïj. La théurgie el la magie de Jamblique ne consistaient fjue <la-is des mots dont la signilicjilion n'était pas criiiriue, mais dont la puissance, selon lui, était admirable, jiarce que., s'ils n'ont aucun sens (lour les lionirries, ils signifient bcaucouj» pour les dieux (5;.
An .'J(iO de i-d. — JniicT avait («o ir Jiin-
(I I forplt (!.• \b» iitfnt. — llf»«siifl, l)'ufnur$
tuT l ll'tloire unirertelle, ir p.irl., c. lii.
i±] Tti'odor., Iit*t. fcrlét., lili. m n vu. — J)».^i^wU'A, llntoin- tlf lu l'Inlunophif, l. III, j). iTii, l'/l.
Cif Fri-n-l , «Jl'jivn-'v, in 1 •», l. X , p. -/G, 27, iX.
(i; Ui'^hu U-M-i ihi.j., p. 140.
(."() I>\cvi !<•. f.i'ut't Hi: riliUoire nnciinnp, I. V, p 7»17, r»IH. Il »'.»pp li • sur ni Imlc lr;i liiil lU- Jim I lff|(je : de Mijtler /l'^qi/iihor.
biique une si grande vénération, qu'il le regardait comme un dieu tutéh'iire (1). L'empereur et le philosophe croyaient sans doute à la ruine prochaine du christianisme, battu par des instruments aussi faibles; mais la guerre des Perses mit fin à la vie de cet empereur. (An 363 de J.-C. )
On aura de la peine à se faire une idée do sa crédulité. Il était occupé h chercher dans les entrailles des victimes les augures et les présages, montrant un goût passionné pour l'astrologie, les sortilèges, les horoscojies, la divination, comme pour la magie et les évocations des Ames et des démons. D'un autre coté, il avait toute l'austérité d'un l)ythagoricien, habillé qu'il était de vêtements très-simples, n'ayant pour lit qu'un tapis et une peau de tigre, vivant dans la plus grande sobriété, ne mangeant que des fruits et des légumes, enfin se privant de tous les iilaisirs des sens (2).
Valens, qui lui succéda, regardait comme le signe d'une conspiration la curiosité de certains philosophes qui les portait h chercher dans les opérations magiques la destinée de rem;»creur. Sur le bruit répandu qu'il finirait bientôt ses jours par un horrible genre de mort, A'alens s'en jTit aux philosophes; la plupart d'entre eux périrent par les [)lus all'reux supplices (3).
An iSOde J.-C.— Proclus, qui se rattachait à Jamblique par Syriacus d'Alexandrie, trouvait des ennemis dans les rangs des chrétiens orthodoxes et dans ceux des chrétiens hétérodoxes; il fit, comme Julien, et admit plusieursde leurs opinions dans l'espoir qu'il l)Ourrait les entraîner sous ses drapeaux.
Suivant le système de Proclus, qui n'a rien de nouveau, si ce n'est ce qui lui est [)ersonnel, dans le monde tout est émané d'une monade [irimilive, tons les êtres y forment urn* rhaîne unique. Dieu est celte monade, et lui, Proclus, est le dernier nond»re de cette série d'ériifiiiations. C'est se placer- bien haut. Enfin il se voua au célibat; voulant d'ailleurs vaincre les jtlaisirs des sens, son Ame se reeiieillit de toutes [larls; il s'iin|)Osait nombre de privations (V). Ce ipii n'('mj)è(ha |»as la chute de sa philosophie.
/.m f/nosti(ftirs, oh Im sat/cs. — 1" Krolca de Sijrirrl (Ir Phàiiric. — Salurniii et Il.irdesaiies jouèrent ici le plus grand lôle. L(!ur exaltation n'était nas aussi gramle que leurs prétentions |ihiloso[ilii(pies.
Saturnin est siinitlement un homme qui oxftos»! son opinion. Il part du princi|)e qu'il y avait flans l'univers (Umix actions différ»-ntes riinc d(! l'autre et flfiparlfinant .'i deii\ ruiipne». dill'.'i<'iils, la bimièr*! (t les lénèbres. L'f"itre-Suprèine, selon lui, reste iiir.oniiu. (^'fiendant il dévcloppi; el manifesli! ses [lerteftions par les [luissances (jui émanent de lui (h- (legré cw i\('j,\('.
(I) [)i>Hl:inr|nn (•( ilii I., t. lil, p. I ii, l 'iT*. (i) lliil., p. 174, 17.'..
(7,) Tlir-od.ir., lil». 1. Heshii.lcs il ilii I., j.. O"!, ',)'\. M;iUi'r, llinl.ilit (inii-i!iri^mi' , iMil., |i. 47m, 'i77. ('.) I liil., I». 478.
BTO M\STiQinS
Kilos s'alTiiblisscnt à nuvsiiro (ju'ollos s'éloignent (le leur source. Sur le diTuier dcf;ré tlu monde pur et au delà de In chaîne des émanations, il place sept atiges qui sont ce qu'il y a de plus parfait dans les réj^ions intellectuelles : ce sont les sept cs[)rits sidéiau\ créateiMS du monde (1).
Ceux-ci créèient le monde pour enlever h i'esj)rit des ténèbres un em|)ire indé{)eu- <lant où ils pussent les combattre. Ils n'étairnt C(^pendant que de purs génies de la limiière. Se trouvant sur le dernier échelon du monde sui)érieur, il leur arriva de se séparer de Dieu, et ainsi de séparer de la source du bien toutes les créatures visibles, de sorte qu'il ne tombait plus sur eux qu'un faible reflet tle lumière. Ce reflet leur inspira rependant l'i lée de rentrer dans le domaine (le la lumière, et ne i)ouvant y réussir impunément, ils tirent un eflort jiour iixer ce reflet dans un ouvrage de leurs mains et dont ils fussent les maîtres; ils ne produisirent (]ue l'homme faible qui ne i)ouvait s'élever ju?(pi"à Dieu. Mais la puissance supérieure l'anuna et lui donna une Ame (2).
Le Dieu suprême de Salurnin était Jéhovah, et ce Jéhovah n'était jtoint celui des Juifs. Celui-ci, quoiqu'imparfaif, tenait un rang assez haut, mais sans méchanceté; il était le principal adversaire de Satan (3).
Dans son système, Satan, à la fois esprit et matière, est le principe de tout ce qu'il v a de mal dans le monde spirituel et matériel, et il 0|)pose à des hommes purs des méchants (lui sont ses instruments et ses organes. Les (lestinées de la race sainte élant conq)romises, le père inconnu leur envoya sa puissance sans cor[)s matériel, sans forme réelle, n etant pas né d'une femme. Le Sauveur, le Christ, apparut sous l'aspect d'un honnnc, et portant aux bons plus de secours (pie les méchants n'en avaient n\\i des démons, Co fut le but (lu Christ pour détruire en menu; teni[)S la puissanc(^ des méchants, des démons, du dieu des Juifs et rinlluenc(> morale des proi)hètes de c(> dernier, inspirés (juelquefois par Satan (V).
Saturnin, qui [XMisait que la religion chrélietine élève à de hautes destinées et ((ue la religion juive attache h la terre, ne pouvait se résoudre h croire ([u'elles s'appartuissent (•f)mine mcrr et fUlc, et les déclara einiemies (5).
Kn plaçant la religion chrt'tienne au-dessus de celle d» s Juifs, il lui reconnut une morale plus sublime, mais outra cette morale. Ainsi le mariage, institué par les anges et le Dieu des Juifs, était indigne de la haute perfection des sages. Cependant il n'était proscrit et défendu (p.i(> pour les parfaits. I>'usngedu mariage, des iKturriluresaniuïales et le contact de la terre, siège du mal. fut
MYSTIQIES
(I) Matler et il)i«l.. p.
(i \\M., p. 279. "iSa.
C^) 11.1(1.. p. i.Mr>. i«l.
(i) liiid., p. t>H7. -JHS.
th) lliiil.. «'J.
permis à ceux qui ne prétendaient point s'élever au-dessus du commun des hommes. Mais les méchants étaient prédestinés à ne devenir jamais des enfants de lumière (1).
Les disciples de Saturnin, peu nombreux, ne se ré[)an(lirent qu'en Syrie. Antioche était le S('')our principal du maître. Son école perdit insensiblement du crédit qu'elle avait [»ris dans certains esprits, et il ne resta (ju(î m principe des abstinen(X'S immodérées (pie d'autres sectaires adoptèrent (2).
An 1G3 de J.-C. — Bardesanes, fondateur d'une autre école de gnostiques de la Syrie, est un des hommes les plus célèbres dans les fastes chrétiens du premier âge. Il s'arrêta au système de Saturnin après avoir abandonné la religion orthodoxe dans laquelle il avait été élevé h Kdesse, après l'avoir défendue contre Marcion, système qu'il remj)laça par un autre de sa création et qui donna lieu h un schisme parmi ces sectaires.
L'unique source à la(pielle il croyait devoir puiser n'était pas le recueil des codes sacrés. Comme adversaire de Marcion, qui rejetait ces codes, il devait en défendre l'origine, et il admit, non-seulement l'authenticité de tous les écrits canoniques des Juifs et des Chrétiens, mais encore celle de plusieurs livres apocryphes (3).
A la lète de son système il [)laça , avec une partie de l'Orient, deux principes intellectuels, l'un bon, l'autre mauvais. L'un, le père inconnu, dieu suprême et éternel, vivant dans le sein de la lumière, heureux de la plus parfaite pureté de son êtrf^ l'aulre, la moticre éternelle, masse inerte, informe et ténébreuse, source de tous les maux, mère et siège de Satan (4).
Ce qui distingue ce système de tous les autres, c'est (pi'on n'y considère point Satan conmic une incarnation de lumière dégradée par le fait de son orgueil et de sa chute. C'est le chef des (>sprits méchants et grossiers par suite de leur grossière enveloppe. Il se rattache <^ un piincipo dilTérent de toute éternité (5).
Dieu, éternellement heureux de la plénitude de sa vie et de sa perfection, ayant résolu de répandre ce bonheur et cette vio hors de lui, se mulli[)lia et se (lé[)loya en plusieurs êtres de sa nature, éo'is et émanations intelligentes. I,(^ premier être que produisit le l'ère inconnu fut sa compagne , sa |iensée . la mère du Fils du Dieu vivant, du r/jrjjsMmageouKilsdeDieu. Au Christ succt^ (la sa sdHir et son épouse, le Saint-Hsprit (G). Les aulr(vs générations se liicnt par couple m.Ue et temelle.
Celte hardiesse innovatrice était contraire aux codes sacrés, où la gi'nération unicpie allrihut'e h l'I-'lre suprême s'opéra h l'exclusion de toute idée de feimnc(7). bardesanes
(1) ll)i(l.,p.'2'.)0. -:•»!.
(2) Ihi.l., '■i!)-2. -2!r>.
H) iim.i.,")(U. -or;.
(.'») Iliid., p. ÔOC.
t«) ll»i.l., p. ."iO".
^7) ll)i(l., p. "(18. 300.
admet sept générations par couple ; le nombre de sept formant le nombre sacré de toute antiquité.
C'est avec le secours de quatre couples, types des quatre éléments produits par le fils et l'esprit, sa compagne, que ceux-ci ont fait jp ciel et la terre, ainsi que l'homme et tout ce qui est visible. Les sept couples, avec le pi^re inconnu et sa pensée, forment le pléroma de i lusieurs autres systèmes. Celui-ci reconnaît encore d'autres puissances inférieures qui résidaient dans les sept planètes et dans les douze signes du zodiaque, dont elles portaient les noms. On voit que ce sont des esprits sidéraux (1).
Le soleil et la lune sont les premières des puissances sidérales par leur intluence génératrice. Les autres ne manquent pas non plus de force dans l'ordre des choses |)hysi-
3ues et morales. Le bonheur ou le malheur e 1.3 vie, l'abondance et la disette , en un mot, les destinées de l'homme dépendent de leurs volontés. Cependant Bardesanes défend le libre arbitre contre l'iniluence des astres. « Tout se fait, disait-il, avec l'agrément de Dieu; rien de ce qu'il veut ne peut être évité, car personne ne peut résister à sa volonté. Ce qui paraît y résister se fait par sa bonté, qui accorde à chacun une nature propre et une volonté indéj^endante (2j. »
L'homme est un membre distingué du monde des intelligences; son âme, née des éons, est par conséquent, en dernière analyse , une émanation de l'esfjrit suprême. Elle a transgressé la loi de cet être ; elle a été déléguée pour l'exfdation de ses fautes dans un corps emprunté au monde matériel, qui est la source du mal (3).
Quoique sortie du pléroma, l'âme humaine n'a aucune cormais'ïance de sa nature céleste. Plusieurs éons vinrent au secours des hommes et leur ap[»orlèrent des lois. Enlin le Christ, Fils du iJieu vivant, vient luimême a()prendre leur haute origine , leur ouvrir la [icrspectivc de leurs sublimes destinées et les dégager du fardeau qui pesait sur leur vie.
Né, comme homme , d'une vierge, il ne reçut d'elle rien de terrestre. Il était revêtu d'un corps céleste qui ne lit cpje traverser la naissance terrestre, apforut aux hommes • omme il avait afipnnj aux patriarcluîS, puis ret'.urna d.ins le pléroma après avoir souffert une mort, mais une mort ;ippar<ritr! Ci).
L'autre vie était regardée par iJ.irdesaries comme um; exisleni e qui semblerait solerinelh;, parce qu'il n en parlait et ne la repré- .senlail rpi»- cfinime pleine de jouissances .*embla*)le.i à colles qui font nos délices sur la Ic-rre. Ces bari(pj«-i>, ees unions eonjugale.s , qui reviennent roiist.iinmenl sous sa plume, liennenl à des idées mysli<pies, d u- »age en Orient. M/iis l»-s reproc.h(;s «pie hs orthodoxes 'ui lonts<»nt s.iiis force, puisqii il
(I) ll.i.l.. |). 7,(fj, 310.
it) ll.iil.. 7,|7>.
r>) ll>i<l., I*. 7,\U, 7,<UK
(*i l»»i.l , 1». Zi,, 7yl{i.
MYSTIQUES aS-2
n'admettait pas la résurrection des corps. Les alliances des gnostiques dans l'éternité sont toutes spirituelles (1). Cette secte s'éteignit sans avoir eu une trop longue existence, et se fondit dans les rangs des orthodoxes.
An 13V de J.-C. —2° £co/cs de l'Asie et de l'Italie. — L'école gnostique de l'Asie-Mineure place au premier rang des docteurs Marcion. Elevé par un hérétique, par Cerdon, originaire d'Asie , il propagea des doctrines que son maître n'enseignait qu'avec crainte et avec grande réserve.
11 pensait, comme son maître, que l'institution de la nouvelle religion ne se liait à aucune et qu'elle n'était pas préparée })ar une autre. La doctrine chrétienne lui semblait une antithèse formelle à celle du code judaïque, et il en vint à cette idée qu'il développa , que le Dieu du Nouveau Testament n'était pas celui de l'Ancien (-2). Eu conséquence, il o?a dire que les codes évangéliques étaient falsifiés (3).
Marcion professa hautement l'opinion qu'aucun autre système religieux ou philosophique n'approchait de celui des chréteiis, parce que le Dieu de bonté et de charité qu'a fait connaître le Sauveur s'est révélé par lui seul; il ne s'était jamais manifesté ni dans la nature, ni dans le judaïsme,, ni dans le paganisme (4).
11 avait remarqué aue saint Paul, dans soné[)ître aux Calâtes, s était plaint de quelques faux prophètes qui altéraient la vérité do l'Evangile par des opinions judaïques; il supposa que l'apotre des Gentils re[)rochait h ses collègues dans l'apostolat d'avoir ébianlé par des altérations hi-storiques et doguiatiques l'authenticité des véritables évangiles (5). 11 préféra l'évangile de saint Luc, no pouvant, avec une exégèse défectueuse, les concilier tous (0). Exposons sa pensée.
Marcion admet trois principes : la matière^ qui est éternelle et (jui est le principe du mal ; mm inlelliaence d'une sagesse, d'une puissance et dune bonté bornées, mais d'une justice rigoureuse; enfin, un Dieu parfait, l'Etre suprême, (pii , par sa nature, ne peut avoir aucun rapport avec la matière (7).
Apellos, disciple de Marcion, (;xpli(pia la faiblesse apparente de; Viiitrllif/cncc ou du demiurgt;; il enseignait (pi'elh; était une jiuissance, un angt; du Diou parfait. Le démiurge est un dévelop|ieiiient des puissances de l'Etre sujirême ipii a formé le monde de. la m.itière étcTiiclh,' et mauvaise (pj'il avait f*bleiiue par convention du f»rincipe du mal, et (pi'il i«aint malgré lui p.ir la force. Ses intentions, en foiinunt un mond(!, étaient bornées, mais elles étaient justes. 11 fut in-
(I) ll.i.l., p. 7,20, 7,40.
(i) ll.i.l., p. 7, H, :,ii.
{',) ll.i.l., p. 7,',.-',.
(i) ll.i.l., i.. 7,IH, :,V.).
(:,) 'r.iliilll;in., Cimt. Mure. Iil.. i, r. iO ; lil.. IV, V. %. M.ill.T ilii.l., |i. 7,:,1.
(0) M;ill. r cl ll.i.l., p. r,..,",.
(7; Ilii.l., p. 7,7U.
capable Je les réaliser, sa faiblesse n'ayant pu niattriserenliùremciil ni la matière îii les mauvais esprits (1).
La mônio impuissance se déclara dans la création et dans toutes les destinées de l'homme qiie forme le démiur|;;o. L'homme est, à la vérité, son seul ouvrage, il est fait <^ l'image do. son maître; mais il est impossible h son maître de lui coiinmniiquor assez lie force pour résister h ce que la matière renferme de vicieux.
Les Ames des premiers hommes étaient de la plus pure essence du démiurge; mais le Créateur leur ayant donné un commandement trop sévère , et le génie du mal les ayant enga;;ées, sous la forme du serpent, à manger de l'arbre du fruit défendu, leur nature primitive fut altérée, et la rigoureuse justice de leur maître lit passer sur elles des maui physicjues et moraux (2).
Les générations qui succédèrent aux premiers iiommes, sujets ci la puissance des démons et de la matière , ne valaient pas mieux que leurs pères. De Ih le déluge.
Quelques-uns restèrent fidèles à Dieu , tels que Noé et Abraham fuyant l'idolâtrie. Les Juifs, leurs descendants, tout malheureux qu'ils étaient , peuvent être regardés comme les heureux de la terre : leur Dieu leur nromit la domination sur tous les autres peuples; mais il ne parvint point à réaliser ce projet : son fils, le Messie, devait leur apparaître revêtu d'une très-grande puissance; il devait réunir leurs tribus, juger les païens qui méprisaient son autorité , étendre sur la terre celle d'un dieu juste et conduire les siens au lieu delà félicité éternelle (3).
D'un aulre côté, dos calamités sans nombre pesaient sur la foule des nations (Vj. Par amour pour elles et par compassion pour le démiurge mécontent et aftligé , l'Etre suprême résolut d'appeler le genre bumain tout entier h de hautes destinées. N'étant pas connu des nations, il ne devait s'introduire parmi elles ({u'en prenant le nom et le caractère du Sauv(;ur |)romis aux Juifs (5). Il ne na(|uit pas d'une vierge, mais quitta les cieux supérieurs , traversa ceux du démiurge; et se montra subitement dans la synagogue de Cai»harnaiim , la quinzième année de Tibère.
Il s'annonça comme le fils, l'envoyé ou le Christ d'un (îieu bon et inconnu, et se légitinia par des miracles, ne voulant pas en appeler aux prophètes inspirés du démiurge ou s'(;n rapporter au Christ de ce derniiir, dont il venait de renverser la t.>ranniijuc domination.
C'est pounjuoi il annonça un autrt! dieu ; il appela tous les peuples avec les Juifs h un
(I) Ihifl., p. 7,78, 370. ô8(».
(•2) Ihi!., p. ^H\.
ro IIh'I-. [>. T,y,-2.
ri) TiTliil.. Coiit. Marc. lili. i, c 18. 1!); lili. iv. c. *. — M.UIrr olilii^l. p. 3Sl.
(■'») Trriiil., ihiil., r. l, ••( de Canic C.hrhli , c. 7, \. S. — M;\ttci r[ ihiil , p. r.Xri.
bonbeur non terrestre, mais éternel et céleste; il n'observa ni le sabbat ni les lois du judaïsme, et fonda une société morale différente de l'ancienne, choisissant des coopérateurs qui n'avaient joué aucun rôle dans les anciennes institutions (1).
La mort du Sauvevir n'avait qu'un avantage dans l'opinion de Marcion : elle ne devait produire que l'affranchissement de l'ancienne 101 ; les orthodoxes, au contraire, se croyaient et se croient réconciliés par elle avec le Créateur et ramenés à son amour. Cependant, par une contradiction propre au système, apiès sa mort, le Rédempteur, touché de compassion pour les anciennes générations, descendit aussitôt dans les régions inférieures où se trouvaient les Ames des morts; il leur prêcha le dieu inconnu; mais les bons et les heureux le rejetèrent. Les pervers, au contraire, saisirent un ordre do choses qui les délivrait de leurs soulfrances, et s'éleYôrent avec lui dans les domaines célestes (2).
L'Etre suprême n'a pas la toute-paissanco dans ce système , car plusieurs renoncent, comme on le voit, h la grande rédem[)tion, et attendent le Messie qu'ont prophétisé les organes du démiurge. D'ailleurs ce Messie régnera sur la terre, selon la permanente espérance des Juifs (3).
Les bienfaits de l'Etre suprême sont cependant d'un [)rix infini. Ceux qui les reçoivent librement sont adoptés par Dieu h titre d'enfants, avec l'assurance dune vie divine et vivant dans la charité, la chasteté et la sainteté; leur Ame se dégagera un jour do son envelopjie matérielle pour prendre part aux félicités d'un dieu bon, juste et parfait, revêtue d'un corps ou organe aérien semblable à celui dos anges (V). Point de résurrection des cor[)s.
(.'est en peignant la condition inférieure de rhoiiniie cpio Marcion s'élève au-dessus des Ames vulgaires, mais pour tomber dans un ascétisme qui n'est pas dans la nature. « Les actions du mariage entielonanl des impressions sensuelles sont luauvaisos. L'action conjugale est permise, mais dans cette union la coniinence est si bien un devoir, (pie ceux (pii s'y refusent ne peuvent participer h l'eucharistie (5). »
Les marcionites ne se bornaient point h cotte abstinence : ils évitaient de mang r la chair des animaux nui nourrit le corps, et se contenlaient d'eau, (le lait, de pain . d'huile vt de poisson , m m/'inoirc de In pfche inirthculi'u.sr de Je'sus-Christ, combattaient la chair par toutes sortes de piivations, et s'interdisaient les spectacles avec les babill^nents sonqilueux (0).
Le parti des marcion islcs grossit avec rail) Trrtiil.. Cont. Marc, iltid.. iili. l, c. 2*i; lib. ni. r. l; lil» vu. c. 7.8.— M.aicr el il.il., p. r>8<i, 387.
Ci) Tm., ilii.l.. lil). m, c. i-"); lil). iv, c. ii. - M.iilor, iltiti., p. Tt'.Cj, ô'.H.
(3) M.ilUT l'I iliiil.. |). 7,'X'>, Z'.)\.
[l) llii.L.p. 3!)(;, 3;i7.
(.'.^ ll.i.l., p. 3!)8, 3!)îl.
{'<) Ibi.l , p. idi, ÏOl.
pidité; il frappait parcelallrait que présciilc la nouveauté. Ses disciples Marcus et Apelles modifiaient sa doctrine. Cependant, à raison de sa rigidité, elle se conserva longlemjps. Enfin les marcionistes se perdirent dans us rangs des orthodoxes au vi' siècle , toujours repoussés par la législation byzantine (1).
3° Sectes nées en Egypte. — Basilides est an premier rang des philosophes syncrétistes chrétiens. Né en Syrie, originaire de Perse, il étudia dans l'école d'Alexandrie. Quoiqu'il prétendit ne s'éloigner en rien de l'enseignement véritable et piimitif des chrétiens, sa doctrine était loin de se rapprocher des dogmes de l'église orthodoxe, répandus dans tout l'empire. Il osait affirmer que les écrits apostoliques étaient supposés ou altérés , alléguant qu'il tenait tout ce qu'il enseignait de Glaucias , discii)le de saint Pierre (2).
Son opinion était évidemment basée sur celle de Zoroastre, modifiée en ce qui concernait les deux principes de la théologie tiersane; l'un, auteur de tout ce qui est lODté , pureté, lumière; l'autre, source de tout ce qui est rnal , vice , ténèbres. Les deux principes avaient tiré leur existence d'eux-mêmes , c'est-à-dire qu'ils existaient de tout temps l'un et l'autre (3).
Basilides admet, comme tous les gnostiques , les émanations diverses i)ar coufile mâle et femelle. Les sei)t [)ren)ières de ce système sont les déploiements et les images d'un Être suprême; elles |)roduisent une série d'êtres qui réfiéchissent leurs iuiages. Il en est d»; même de la seconde série, d'où il sort d'autres êtres qui rélléchissent l'imagu de la série suf'érieure. Il en est constamment ainsi dans toutes les séries, (\ni sont toujours composées do sejit intelligences; elles s'élèvent au total de tiois cent soixantecinq et forment autant de mondes intellectuels (k).
La pure et harmonieuse activité de toutes les puissances émanées de l'Klre suprême se maintient toujours. Mais |»lus elles s'éloignent de l'intelligence parfaite, ]Aus elles dégénèrent, sans loulel'ois rnaïKpier à leur destination, qui est de [irésider, sehiU leur rang, au mouvement des astres et à la vie do leurs habitants fSj.
Les deux em|>ires cessèrent de se mainlenirdans leurslimitesres(H;clives. La créalif>ri ne se fait pas dans ce système comme dans lf»us les autres. I.a (onfiision s'o[)éra spiriluellement. Il n'y avait pr^int de matière éternelle, mère du mal physique et moral, r-t de qui provenaient les Atres m.iHaisants. Les puissances des ténebies, qui toin.haieiit aux ilerniers des mondes des ()ures intellig(-ntes , cherchaient h envahir l'empire di; la
(I) ll.i'L.p. 40H. -iCf), ir,.
{ij .M;ill<-r, llitloire du (.nn'.iit imiic , Wiil., i. Il, p^R. 7,'J.
iZ) ll>i.l.. (>. i'i, 4.'.
(i) S. In II., Iili. I, (. i:,. — MalltT Cl ibi . i». éi.ii.
{'■•) ll;il..i». h-,.
lumière. C'est ce (pie Basilides appelait le trouble, ou la confusion (irimitivc (1).
Basilides, tout en admettant une invasion du mal dans l'empire du bien , regardait le monde comme une révélation de Dieu ; il y voyait la manifestation de Dieu et v reconnaissait les soins de la Providence. Quant aux apparences des injustices et du désordre , il regardait ce monde comme un lieu d'épreuves et de purifications, disant ensuite que les doutes élevés par notre ignorance sur la parfaite justice de Dieu tomberaient d'eux-mêmes si nous pouvions connaître l'ensemble des causes et des effets (2).
L'âme humaine, arrivant h un haut degré de perfection, s'unit avec l'Etre suprême, esprit simple, et un. Celui qui n'atteint pas une parfaite pureté ne parvient qu'à un(î sphère qui répond à son état. Ainsi l'âme passe de sphère en sphère, d'existence en existence, de corps en corps ; jusqu'à ce qu'elle ait mérité d'être délivrée d'une enveloppe matérielle (3). Ainsi le dogme de la métempsycose adopté par lui n'avait rien de petit, davilissant et cie désolant pour l'espèce humaine (k).
Cependant l'ange créateur et protecteur des hommes ne connaissait pas l'économie morale tout entière de l'existence terrestre. Dieu résolut de se manifester lui-même aux hommes et de s'élever au-dessus des lois imparfaites reçues du dernier chef du monde des intelligences. Il envoya donc sa première intelligence se réunir, |»ar le baptême , à l'Homme-Jésus , qui se distinguait de SQs contemporains par ses belles qualités.
Dieu donnait ainsi à l'homme un rédempteur, afin de lui faire connaître le haut rang auquel l'appelait son origine, et lui indi- (piait les moyens d'y parvenir par la foi (5). Lhomme, ramené à la connaissance de la vie «liviiie [lar le Christ, devait l'embrasser avec ardeur ^(ij.
Basilides admettait les codes do la piemière et (h; la deuxième révélation. Cependant il n(,' pensait pas (pie ces codes, accessibles <'i tout le monde, renfermassent la vélité tout(! pure et tout entière. Les prophèl(;s n'avaient pas vu tous les my>-tères; c'est pour(pioi, avec la tradition secièt(! de (ilaucias , il admettait c«;rtain(!S prophéties «!l la fausse Ihéosophie de Chaui et de Parchor (7j.
(>; système , comme tous les autres, fut modifié |)ar des esprits (jiii rembrasseicnt. Tous les gnosti(pies, (piarit au Sauveur, avai(!nt (pieNpics similitudes di; doctiiim avec les orthodoxes, et ils «((gardaient la vie de Jésus-(^hiibl comme un tyjie mural (H).
(I) lliid., |). (iO.
iij \U\i\., |t. (i'), GO.
(7.) Iltiil., |(. Ii7.
(4) i:>i<i., |). (iK.
(•;) llii.l., I». 7L
{(>) lliiii., |i. 7H.