‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 25 sur 233 · BERNARD · texte numérisé non relu

BERNARD

BERNARD (saint). — Les ouvrages de saint Bernard appartiennent à l'ascétisme et à la controverse plutôt qu'à la littérature : nous ne saurions pourtant passer ici sous silence cet avant-dernier des Pères do l'Eglise, si l'on compte Bosquet pour le dernier. Dans un siècle où la littérature sérieuse disparaissait absorbée par la scolastique, le sévère abbé de Clairvauï sut conserver le style des anciens Pères, comme ij avait fait revivre l'esprit des premiers anachorètes. 11 fut un de ces hommes qui résument leur siècle et le dominent en le surpassant ; aussi son inlluenceful-elleimmense dans l'Eglise, comme le prouve son histoire. Pour régner par la vertu sur un siècle grossier, mais croyant, il fallait une bien haute vertu et une foi bien i.ou veraine, ■ or, telles furent surtout les qualités qui éclatèrent dans la vie et qui respilent encore dans les œuvres de saint Bernard. Fortement nourri des saintes Ecritures, il en a fait passer la substance dans celle môme de ses écrits, et sait unir souvent la science de saint Augustin à l'onction et à l'autorité de saint Ambroise ; il sait échapper aux dangers du mauvais goût par une sobriéié de formes et une rigueur de logique qui rejettent tous les ornements inutiles. Saint Bernard avait, f»our ainsi dire, déftouillé tout<'S les faiblesses humaines, et semblait [)arler plutôt comme un esprit que conimo un homme. On sait que, dans les premiers temps do sa retraite, il compatissait difficilement aux im[)t'rfections de ses frères : plus t-ird il devint assez grand pour mieux coni- I)rendre la misériconJe; mais ce([ui (Jomine dans Ses écrits, c'est toujours la sévérité, exceftlé pourtant lorsqu'il épanche son cteur devant Dieu : c.ir alors l'auslère anachorète se transfigure, et sembh; avoir pris les ailes cl les ins()iratioMs endammées d'un séraphin. On lui attribue assez généralement le Mrmorarp,, cette prière si |)ieuse adressée à la Mf-re de Dieu, et si céièl)re dans toute l'Eglise f>ar les miracles (pi'i-lle opère pour la conversirju d<'S pécheurs ; un saint [)rètre, qui [)0rl4')il aussi le nojn de Bernard, avait, coirnne on sait, dans cette prière une confiance illimitée.

Les livres de laConsidi^rniion alressés ail |)ape Eugène sont d'une grande beauté, (j; sont des cons«'ils où respire la sainlfî liberté des «îiifantsde F)ieu, il craint pour les clntfs de l'Eglise cet airaiblissemenl de la foi (pii suit les vertiges du [louvoir; il ne m'-n-ige pas le peuple rrjmain : Tout le monde, dil-d, conriail son in»«olence et son fnslr;. (>'esl nne nation aceoutumét; au tumulte, cruelle, intraitable, (pji no lait se sonmellri! que quand elle n<'peut résister. Ilssont adroits à fiiire le rnal et ne vivent faire aueun bimi. Ils sont odieux au fiel et h la l(!rre, impies envers Dieu, séijitieux entre eux, jaloux .'i l'é-gard de leurs voisins, cruels envers len éliaiigiTs ; ils r*'rtimenl personne, rtl persrnun: aussi rie les peut soulfrir; ils font de rnagniliques promesses et n'«Ti tiennent aur;niie ; ils sont (l>ill<iKs, traîtres, avares et dissimulés. (;<• pas^a^^e peut donner une idée du peu de

ménagement dont saint Bernard était capable envers le vice. En effet, il avait assez de vertu pour oser tout dire et personne n'osait ouvertement s'tn offenser.

Mais le ton du saint docteur est bien diffère ni lorsqu'il parle de la charité et de ses délices. O homme ! s'écrie-t-il dans son explication du Cantique des cantiques, qu'as-tu jamais trouvé de ravissements dans les affections humaines qui égale ce que l'Ecriture lo révèle de l'amour de ton Dieu? car tu n'en peux douter, c'est l'esprit de ton Dieu qui parle et qui te découvre les mystères de son cœur : l'esprit de vérité, l'esprit de Dieu même qui ne peut ignorer ce qui est en Dieu ni annoncer autre chose que ce qu'il voit e i lui. Je ne puis, mes frères, retenir mes transports, quand je vois la majesté souveraine* s'abaisser jusqu'à notre faiblesse avec uncy familiarité si pleine de charmes, s'unir par des liens sacrés à une âme condamnée aux misères et à la tristesse de l'exil, et lui témoigner tout l'amour du plus tendre des époux. Quelles ne seront [)as dans le ciel les délices de cette âme qui dans cette vie tellement comblée des faveurs de son Dieu, portée entre ses bras, cachée dans son sein, gardée avec un^ vigilance qui ne permet à î)ersonnG d'int(>rrompre un sommeil dont l'ilme biei.-aimée doit marquer la lin en se réveillant elle-même.

Ces sermons de saint Bernard sont pleins de ces ardentes aspirations et il console par sa tendre piété tes Ames qu'il avait intimidées peut-être par l'austérité de sa nmralo : oi j)enl le regarder comm(; un des Pères do la théologie mystique. Il excelh; dans l'art de citer à propos et d'employer avec botih mt les passag( s d(; la sainte Ecriture et des Pères ; il [)eut fournir aux prédicateurs de la sainte parole, des modèles d'un style éiii'rgi(pie et iliAtié, el l'on ne i»eul (jue profiter dans l'étude des écrits de ce grand homme.

Quant à son caractère et à son iniluenco sur son sièch;, c'est un des f)lus beaux sujets d'études historiques (pu; nous fournisse le inoyen Age. S(;s disputes contre Ahailard,, terminées par la cond.unn,\tion il(^ ce deini(!r, doivent faire épixpie dans la philosophie conimr;daiis Thistoire. Saint Bernard, riiomiiK! le plus libi-e (J(! son siècle, puisqu'il osait tout dire aux [)apes nièines et aux rois, y représente celle autorité raisonnable, comiiu^ |>arlo saint P.inl.qiii doit toujours abattre les f)roleslations individuelles ou (-ollectives d(î la raison sans autorité, on de l'aulorité sans raison. Si on Iiiia rritrocliéd'avoir été nu peu acerbe dans la poleiiiiipie, c'est (pi'oii n'a point sfMigé au danger (pie faisait courir h lavraie foi, el par suit(î à la sociétf'; tout entière, la popularité d'Abailard. Le combat d(î Jaeob avec lange, la lutte; (h; l'iisprit humain coitr(! r(!S|»ritd(! Dieu, all.iil s(! reiuniveler dans le, monde, et saint Bcnnnrd, par une sorte d'intuition |»roplM'ti(pie, (mi jiressentait toutes les étreintes ; (b'-j/i dans Ahailard il avait ileviné Luther.

Nous avons lu daris une; vieilh; rhronique celle léjiciidc singulière sur i»aiul BuruuiJ-

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