‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 24 sur 233 · BASILE · texte numérisé non relu

BASILE

DASILE

innl sonor^tioil blesse'! se redressa, il voulul avoir du moins le triste cournge do la persùiMilioii ; mais trois plumes se rompirent dans sa main lonju'il allait signer contre saint Rasile un arrôt d'exil, et il s'arrôta épouvanté.

Saint Basile est le premier qui ait soumis il vie monastique en Orient h des observances régulières. Fntièrement détaclié des l'icns du monde, plein de lYsfirit des temps apostoliques, son idéal était la vie de communauté, et il savait la rendre si belle et si |)ure, qu'il en inspira l'amour à un grand nombre de disci[)les ; il se trouvait lieurcux surtout d'avoir près de lui saint Grégoire, l'ami de ses premières années et de toute sa vie. La correspondance do ces doux Pères est d'un grand cliarme, on y retrouve les di^ux brillants élèves do l'écoic d'Athènes,vieillissant dans la piété la plus ardente «'t simples toujours comme deux enfants. Basile fait h (irégoire la plus po''tique description de sa solitude : ce sont les ilos Fortunées, ce- sont les Echinades; et il prépare <h son ami dos banquets dignes d'Alcinoiis. <irégoire se laisse tenter non par les festins «lAlcinous , sur lesquels il sait un peu h quoi s'ei tenir, et va passer (juolquc temps au désert; |)uis, lorsqu'il est do nouveau éloigné de son ami , il lui rappelle avec gaieté les souvenirs delourbonne chère. « Il m'en souviendra, de vos tristes légumes, et de ces })ains si mal cuits et si durs que les dents, |)arv('nui^s à y entrer par une lutter désespérée, avai(>nt à rocoiumonrer les mèuies etforts pour on sortir ! Kt ce chariot qu'à nos heures de récréation il nous fallait Irniner ou'^einblo, croyez-vous que je l'aie oublié? .Mes épaules et mes mains sont bien forcées de s'en souvenir; elles en portent encore les tristes marques. Oui, je lai voiture'; par monis et par vaux, ce chariot d'heureuse mi^noire 1 Nrxis y élio is attelés de compagnie, Basile et moi, mais d'une si ingénious»-? manière que Basile était h^ rieur et moi lo pauvre [lalienl. O torio! ù nuM's ! avais-jo envie do m'écrier sin* le ton de la tragédie aniirpio. Il no s'agissait point toutefois du remaniement rJoGalpée et d'Abyla ; tant de travaux si nobles avai(Mii uni(]ueinent [>our but do combler une fondrière. »

Mais Grégoire craint bientôt do fatiguer par ses innocentes plaisanti^ries la gravité de son ami ; il prend un ton jtlus sérieux et donne un libre cours h ses regrets. « O

f»rières cpie nous adressions h Dieu cnsem- •l<.' ! ù pieuses veillées accompagnées du eliant des ftsaumes ! ô vie des anges sur la terre, fju'èles-vous devenues, maintenant que les deux amis srxit si'parés ? Bonheur d'une céleste utuon mitre dinix grandes Ames, (pii peindra dignement tes délices?» La bttre de saint (fn''gnire a commencé par un sonrire, elle se termine par des larnies, n)a s les larmes du poêle d«> Nazian/.e ont encore

auelque ( hose de la sérénité du sourire, et lins la tendresse si enfantine do son sourire , il semble qu'on devmait déjà d n pleur:».

Les lettres de saint Basile sont plus constamment graves, mais non moins alfoclueuses que celles de son ami. Avant 18,'JO , M. Génin, alors professeur de rhétori(iue au petit séminaire de Sainl-Nicolas-du-Chardonnet, publia une traduction de la correspondance de ces deux immortels amis, et en lit un petit recueil plein d'élégance, qu'il mettait avec raison eniro les mains do ses élèves, conmie un modèle d'atticismc chrétien et do piété aimable, s'exprimant suivant tontes les règles de la grammaire et du l)on goAt.

Les homélies du saint évèque de Césaréc sont pleines do force et de raison. L'esprit évangélitpjc s'y montre dans toute son énergie, et il n'y ménage pas plusl'égoïsme et la mollesse des riches do son t(^mps, qu'il n'avait épargné la susceptibilité dos complaisants de l'empereur. Connnent osez-vous , leur dit-il, revêtir vos murailles de tapisseries spendidos, tandis que les membres (lo Jésus-Christ sont nus ? Voiis laissez les moissons se pourrir dans vos greniers, et les pauvres meurentdefaim à votre porte. Vous dites que votre superllu est h vous, et vous ressemblez sur la terre h des gens qui seraient entrés les |)romiers au cirque, et qui s'omparant h eux seuls de toutes les places, vou- (IraitMit empêcher les autres d'entrer.

^'ers la lin divsa vi(\le saint docteur écrivit son traité sur rinslnict ion des jnincs gens, o.t \h il donne les règles les plus sages pour prévenir les dangers qui [louvent résulter do l'étude des auteurs profanes. Il en reconimando toutefois la lecture, parce que les chefs-d'ipuvrodo l'esprit humaui ouvrent l'intelligence do la jeunesse, la préj)aront h une élU(lo plus sérieuse, en la prédis|)osant aux grandes pensées. « Arrêtez-vous, dit-il, à ce (pii est bien, aux préceptes de saine morale, aux éloges de la vertu ; mais passez rapidement sur les fab'os, sur les passions des dieux et sur les faiblesses des héros ; craignez ces peintures licencieuses (jui emiioisonneraient vos Am(>s après avoir amolli vos coMirs ! » Au précepte il joint l'oxenqde, et otVre lui-même h ses disciples un choix d"ex(Miiplos et de préceptes qti'il extrait des ancifMis, et dont il oinichit les études chrétiennes, connue s'il sancliliail. en épurant l'or et l'argent de hnirs temples, la dépouille f)|»ime des faux dieux. L'a\itorilé de saint Basile e>l grande dans rj-igliso, mais elle doit être souveraine dans la lille'nature chrétienne, dont il est aussi un Avs pères. On peut le regarder connue le patron des bonnes étudi-s, en même tomns qwo le fondat(MU" de la (lisciplino (pii a tait la gloire des communautés savantes. Par l'austérité do sa vie, par l'autorité do sa science, |>ar la gravité (\o sa parole, saint Basile doit (M1 imposer non-seubinonl aux dociles enfants do la foi, mais encore aux adeptes les plus dédaigneux de la philosophie humaine, et le dernier grand nom de l'école d'Athènes ne saurait être inditri-rcnl h ceux mémo qui no partagent pas les convictions religieuses de révé(|ue de Césaréc.

BEUNARD

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