‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 27 sur 233 · DEAU · texte numérisé non relu

DEAU

BEAU

l'arbitraire se subdivise, toujours suivant le rpêrae auteur, en beau de génie, beau de goût et beau de |)ur caprice ; le beau de génie se rapproche du beau essentiel ; le beau de goût n'est autre chose que le beau naturel, et le beau de caprice étant purement imaginaire, n'existe que dans l'opinion et doit être variable comme elle.

Le P. André apfdique ensuite ces règles aux ouvrages d'esprit , et y distingue le beau essentiel, qui constitue un b n ouvrage ; le beau naturel, qui s'applique à un ouvrage bien fait selon les lois de la nature, et le beau artiliciel, qui caractérise un ouvrage bien écrit selon les lois de la grammaire et les règles de la bonne littérature. Il nous semble que le P. André eût nu s'mplifier son ouvrage en rattachant ses aivisions à une définition générale. Ainsi, en reconnaissant dans tous les ôtres une vérité de nature conforme h l'idée du Créateur, à sa parole créatrice, à son Verbe, et une vérité de relations conforme aux lois établies par sa providence, qui est une création permanente et une manifestation continuelle de ce même Verbe divin, il eût trouvé que le beau, en métaphysique, n'est que le sentin)cnt de l'harmonie du vrai ; en morale, rex[iression extérieure de l'honnête, et il eût défini le boan métaphysique, la forme du vrai dans les idées et dans leur juste affpjication ; puis, conqtrenaiit (|ue les formes extérieures sont aussi le résultat d'une idée d'orJre et d'harmonie nui est l'affirmation du \ erbe créateur, il eût trouvé la beauté i)hysique dans l'harmonie de la forme, et y eût vu comme un premier refiet de la bt-auté méta(»hysi(pj(; ; puis enfin, considérant que l'art n'est «piune imitation de l'ffcuvrc du Créateur, il eût trouvé que le beau artificiel était la forme du vrai dans l'imitation, et les autres divisions rentrant naturellement dans celles-là, lui eussent semblé inutiles.

Dire que le beau dans l'art n'est que la forme du vrai ou de l'exactitude dans l'imitation de la nature, c'est su[)poser le Iteau dans la nalur»; elle-même ; et, en effet, ce que la philosophie purement humaine pourrait conlest'.T, la religion ne nous laisse aucun li(!u d'en douter, et nous aflirme (pie h; mal dans la nature, et par coriséipjfMit la laideur, sont le résultat d un désordre iiilrr>duil jiar le péché. Ce sr>til donc des négations de la nature elle-mêine, «pii est u e allirmation «lu Verbr;. La laideur n'est dans h natnn; rpie comme un comiiieMeeme'it d(j destruction. Tout ce que l)i(;u a fait au cominencenierit était e^lrèineiuetil bon, dit la <ienés(! : Vidii Domiunn nimln (/nw firrrat, ft erant ralfle honn.ih, d.uis les langues anciennes, on sait (jue hoH est le syi.oi.nic de hmu, et celle parlicnlarilé giaiiniialiiide confirme ikjIk; détûiilir^ri du beau, ou plulût celle de saint Ambn^ise : « Le b< au, c e-)l la forrn»; du vrai. •

liodeaii n presqur; foiiiiult': eetlr- rlt'linilioii l(»rvpj'il ;i dit :

Kieu II cul beau fj'i li; vi.ii, l<; VI ji hculujl Jiiiial>lt ,

et l'on pourrait retourner la proposition en affirmant qu'en littérature rien n'est vrai que le beau : car le beau en littérature ()eut résulter de l'imitation môme des laideurs naturelles.

Il n'est point de serpent on de monstre odieux. Qui, par l'art imite, ne pnisse plaire aux yeux,

a dit le même Despréaux, qui a peut-être mis là les yeux au figuré, et a voulu parler des yeux de l'esprit, puisqu'il est question d'art poétique. Boileau n'a donc pas proscrit de la |Joésie les imitations de la laideur, et a voulu seulement que l'art, dans l'imitation, suppléât aux défiiuts de la nature. Ce qu'il dit de la poésie peut s'appliquer également à la peinture : or, examinons ce qui, dans la peinture, peut faire une beauté des imitations de la laideur.

Ce sont premièrement les contrastes.

Nous voyons avec plaisir saint Michel teirassant le diable, ou sainte Marguerite foulant aux pieds le hideux dragon ; mais un tableau qui ne représenterait que des diffo mités et des objets d'horreur ne serait nas un tableau agréable, et ne plairait ni h l'imagination , ni aux yeux. Ce tableau , toutefois, pourrait encore être beau, non pour le fond, mais pour les accessoires. Ainsi, par exemple, il pourrait être d'une belle couleur; le modèle et la perspective [lourraient en être excellents, les lumières pourraient y être ménagées avec beaucoup d'art; mais ces beautés en elles-mêmes n'auraient rien (|ui se rattaclult directement à la l.iideur du sujet, et seraient toujours le résultat d'une vérité d'ordre et d'harmonie dans les procédés d'imitation ; jmis la lumièr(! elle-même et ses dégradations harmonieuses sont des b(;autés (pii contrastent avec la laideur des objets sur les(piels ello passe ou se reflète. Un tableau où rien do beau, mais absolument rien ne serait liabi- I(.'ment imité [xiiir contrast(;r avec les laid(!iirs de l'ensemble, ne saurait être un beau t.djieau.

Kn s(!Cond lieu, les laideurs d'un tableau peuvent être; conipen.sées par la beauté do la composition. Likî pensé<; (h; géni(î iiinit s'exprimer sous la forme même des Kuries qui tourmentent Oreste. l'exprimer riiorreur (lu vice [lar l'eflVoi de la lai(l(!ur, c'(!st faire de la laideur même riiistruiiient d'une belle I>eiis(';(!. Or cette j>ensé(; est belle fiarco (|ii'(!lle est vrai(!. LloigiKjr du vic(5 et du meiisoiige, c'est rendre liomiiiag(î ?» la vérité et <i la verlu. Les ligures du tableau sont laides, mais la peiisé(; du p(Mntr(! est belh; : il tii(! la lumièrcMles l(''iièbr 'S ; il fait do l'oidre avec, \r désordre ; C(^ (pii est beau dans sou l;ilj|eau, rv, n'est pas le désordre (pj'il représente, (;'c'st la pensée d'ordr(! (pii y présid(;.

il en ( st absolument de même en liltératiin; : les laideurs morales (jiii sont le lésiilliil des mensonges méfapliysi(pies , et les Ijiidcuis physiipies (pii ii'suitent des laideurs iiior lies, peuvent y être dépeiulivs et icpiésuiilécs coiuine lu consé(iuuiicc du désordre,

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al'ui d'oxritor p.ir rél()ii;nomeiit (m'clles iiispitenf rnrnoiii- <1(* l'ordro ft du la vihitr.

Ainsi la pciiiliiro du pécht^ ot (lf> sos turpitudes [tout f^lro uno [)uissa!Ue oxlioilatio i h la vorlii ; miis alors lo vice sera peint avec «les couleurs verlutMises, si je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire, avec les vraies cou- ItMirs qui lui coiivionneut. Ou ne lui pri'ilera pas m jour ([ui puisse le rendre ou aimable ou ui«-'uie excusable : car alors la littérature se salirait d'uu doui)lc mensonge, et serait doublement mauvaise.

Cependant, pourra-t-ou nous dire ici, ne trouve-t-O'i pas dans les auteurs anciens, et même dans les modernes, de véritables beautés littéraires prodiguées en faveur du vice? I es chants passionnés d'Anacréon ou de Saplio, les odes licencieuses ou du moins épicuriennes d'Horace, n'ont-clles rien de beau au seul point de vue littéraire? On l>eut répondre fjue, dans les anciens comme dans les nioilernes, les peintures du vice, lf»rs([u'elles sont faites avec vérité, ne sauraient jamais être belles. Pour que le vice j»laise, d faut le parer des attraits de la vertu, ou lui prêter du .moins la candeur de linnoccnce : alors roi)j(;t qu'on déguise peut plaire non pour lui-m«'mc, mais pour Je vêtement brillant qu'on lui prête ; un beau masque n'en est pas moins beau pour couvrir un visage difforme. Lorsque le vice parle un langage délicat et poli, il se dissimule lui-même, et les succès ([u'il peut obtenir sont un hommage rendu à riionnèlelé dont il |)rend les ap[)arences ; s'il se nion- If-ait sous ses formes révoltant(!S, et s'il parlait son langage grossier, il ferait horreur même 5 ceu\ ([ui lui font la cour.

On nous demandera peut-être si la firme ilu vrai est toujours la beauté, et si, par exemple, le r<''.-«ultat d'une é(juation algébri- (pie, la s(»lulif)nd'un problème, une démonstration géoniétri(pie, une simple proposition mathémaliipie dans le genre de celle-ci : Deux lV)is deux font ([uatre, sont (piel [ue chose de beau par cela même qu'ils expriment qu(^l(jue chose de vrai. Kt si l'on trouvait le beau dans d • pareilles expressions du vrai , il s'ensuivrait aussi (|uc dans les choses plus vulgaires, dans cette proposition, par excm|)le: Il pleut ou il fait bi>au temps, on trouverait des expressions du vrai, et i)ar consé(}uent des beauti'S.

Ces objections ne sont pas sérieuses. L'expression banale d'une vérité relative est , si je puis m'exprimer ainsi , nue [«arcelli; du vrai, et peut contenir jiar là mêiiui une parcelle de beauté ; et s'il faut pn-ndre un evemjde dans la beauté matérielle, tout hî monde couviondra (pi'une belle chevelure, est une beauté ; mais un seul cheveu peut-il être beau ? El non |)as nu'^me un chevmi , niais un segment de cheveux? id labe.iuli' édiappc par la ténuité de l'objet, et toutefois un naturaliste armé d'un micros(;ope pourra trouver encore de l'harmonie, et par consi-quenl <le la boautt; dans la conlexture dt; l'objet oflerl. On voit que la vérité , |)our nous sembler belle , doit ôtrc d'un ordre as^cz élevé

pour frapper notre esprit ou intéresser notre cœur; or ce qui nous frap|)e et nous intéresse ordinairement , ce sont les beautés d'ensemble; ce (pii ravit notre intelligence et attire notre c<eur ce sont les harmonies de la grAce et de la nature ; il faudrait donc j)eut-êfro, pour préciser davantage notre détinition du beau, y ajouter quelfiue chose et dire: Le beau, c'est la forme du vrai dans l'harmonie des êtres. Cette détinition exprimera le beau réel ou divin ; quant au beau artilicicl et humain, nous dirons (pie c'est la forme du vrai dans rimilation de la nature, et nous croirons avoir prévenu toutes les objections.

La définition du beau est plus importante qu'on ne saurait dire; car celte détinition sert de règle à ce q Ton appelle l'idéal dans les arts. Exclure l'harmonie de l'idéal, c'est faire l'apothéose de la laideur, c'est déifier le mensonge, c'est adorer le démon ; or,telle était l'accusation excessivement grave qu'on n portée contre les chefs de l'école moderne, improj)rement appdée romantique ; on leur re[)rochait de chercher l'absolu dans le désordre , en se créant un idéal de laideur. Si ce reproche était vrai, des auteurs ainsi dévoyés ne pouvaient faire que de la littérature' négative, et leurs disciples pouvaient admirer non j)as les beautés, mais les laideurs de leurs ouvrages. Il existe un cercle de vérités et de beautés vulgaires d'où sortent difiicilement les hommes, en dehors do co cercle ; mais plus haut on trouve le subliuK» , en dehors aussi de ce cercle; mas nlus bas on tombe dans l'absurde. Que d(\s hommes»désespérant d'atteindre ou sublim(\ se 5oiont réfugiés dans l'absurde plutêt (jne de rester dans Je cercle vulgaire, cela n'a rien (jui doive étonner. L'houune est ttnirnienté dans sa misère intehectuelle , et no saurait reslerdansle crépuscule de comond>^; il lui faut le jour ou la miit ; sa nature e>t de chorcher le ciel, mais s'il pervertit la nature , son essor se retourne , et il est altirii vers l'enfer. Lorsque l'échelle de Jacob s'e^-t retirée j)Our lui, lorsqu'il n'a j)lus d'ailes pour monter, il creuse pourdescendrc.

Le beau <'!rlili( ici en général , et le beau littérain; en jiorticulier , consistent non-seulement dans les harmonies du sujet , mais aussi dans celles de la forme. La forme harmonieuse «'st la forme vraie de l'idée vraie ; et sa vérité consiste en deux choses, l'exactitude et la correction, qui sont les dmix vérités du langage. L'exactitude est le vrai logique , la correction est le vrai grammatical, et toues les vérités se tiennent et dépendent les unes d(\s autres. I^t logi(pie est l'expression des harmonies de la pensée dans le mécanisuu' de leurs mouvements ; la gran»niaire est la Iogi«pie de la pande extéritnire. Ces trois choses sont donc inséparables , et pour qu'd existe vnu> beauté littéraire, il fuit réunir d'abord une pensée d'harmonie , une forme logiipie et une expression correcte.

Quand nous disons une pensée d'harmonie , nous ne prétendons pas re^l^cindre la beauté littéraire aux peintures de la vertu cl

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(lu bonliour. Les ombres sont nécessaires à lY'crivain comme au peintre, pour donner du relief à ses tableaux; mais dans les tableaux comme dans les ouvrages d'esprit les ombres sont rendues harruonieuses par la lumière; la laideur rend hommage à la beauté ; les misères humaines proclament la grandeur de Dieu seul , et c'est ainsi que Bossuet s'est élevé souvent jusqu'à des beautés qu'on pourrait appeler surhumaines, dans ses appréciations du néant de la vie et dans ses peintures de la faiblesse et des misères de l'humanité. {Voy. Bosslet.)

La source première de toute beauté c'est Dieu. Il n'y a que Dieu qui soit abïOlument beau, parce que lui seul est absolument bon et absolument vrai. C'est en lui que toutes les harmonies ont leur raison d'être , il est la cause unique de l'ordre dans les esprits et dans la nature. L'expression nremière et souveraine de cet ordie , c'est le Verbe divin, parole éternelle de lumière et de beauté. C'est donc en lui qu'il faut chercher le vrai pour trouver le beau, et comme le Verbe de Dieu se communique de deux manières , par la parole extérieure tracée dans l'Ecriture saint'", et par la [larole intérieure communiquée aux ijuies recueillies et dociles, il s'ensuit que pour trouver les vraies inspirations el les beautés durables de la 1 Itéralure religieuse, il y a suriout deux moyens à prendre : l'étude de la sainte Kcriture et cette prière de recueillement qu'on aj)pelle l'oraison.

Saint Thomas d'Aqiiin disait qu'il avait plus a[)pris au pied de sonciucifix que dans tous les livrf.'S , el ce n'était pas principalement de théologie mystique, mais de vérités logiques et de beautés sc.entiliques cpies'occup.'vit le pieux docteur. Sa Somme est un véritable univers de doctrine où, dans un ordn; harmonieux, toute-s les connais>a:u;es humaines, comme des astres, gravitent autour du Verbe divin qui c-st leur soleil. (>'esl dans la méditation des (euvres de Dieu que le Docteur Angf'-lique trouva celle simj)li(,ilé de [ilan avec celle disposition immense et magnilique. Aussi en lisant la Somme de saint '] homas, ne peut-on s'empêcher d<; s'écrier : Col beau [)ar(;e que c'est vrai ! et l'on [louirait égalf;m'nl dire : C'est vrai parce (pie c'(;sl beau 1

Il V a des beautés d'ensemble et dc's beautés lie détails. Tel ouvrage nwjiiquf; de plan cl se compose de pages l)ien é* rites; on nourrail dire d'un t(;| livre (pie c'est une liasse de feuilhrs rjêtacliées. Tel autre est sageujeril tracé el avorte dans lexéeiilion ; c'est un livre justement pensé , (l «pii reste h écrire. On peut trouver un lj(au pass.ige dans un livre mal éerit, comme un ('•< h.inlillon d»î hni dans une ébiujche ; m«is pour nu'iMi ouvrage d'eiprit soil vraimc-nl l)eau, rifaut'pi'il ne pèche ni f»ar rensemble, ni par le» détails ; (pi'il soit harmonieux dann non U}u{ et d;in» ses parties ; (jnil no lalil^ui; p«H l'atlenfif;!! pir la sécheresse de s,i /iié»iip|i|«u(pie , ni limagirialirm par l'éclat indiscret de ses iniaye»» ; mais (Juc tout y

soit mis à sa place et dans son jour , nuanc('3 convenablement et habilement disi)Osé. {Voy. Composition.)

BIBLE. — Considérée seulement comme un monument littéraire, la Bible est encore le livre par excellence. Ce n'est pas seulement une œuvre littéraire, c'est une littérature complète ; ce n'est pas un livre , c'est une bibliothèque. Résumé de la sagesse du vieux monde pour l'enseignement du monde nouvei'.u , ce recueil colossal renferme les archives de l'humanité tout entière. C'est la grande épopée du Verbe rendu accessible aux hommes ; c'est la parole écrite annonçant la parole incarnée ; c'est la poésie du passé et la proi)hétie de l'avenir. On f)eut appliquer au gigantesque génie de ce monument sacré ce qu'Orphée disait de Dieu dans un de ses hymnes :

La mer csl à ses pieiis, il s'assied s^ir les nues ; Ses mains louchent du ciel les bornes inconnues. L'une est à l'orienl et l'autre à l'occident, Et ses rejjards sont clairs comme un soleil ardent.

Le génie de la Bible, si l'on peut le personnifier ainsi , touche de ses deux mains étendues les deux extrémités du teinjis et s'appuie d'un C(jlé et de l'autre sur l'éleinité ; sous SCS pieds mugit l'océan des Ages ; il a pour trône les nuées du Sina , d'où partent les éclairs et les tonnerres de la prophétie, et ses yeux qui contemplent et éclairent le monde entier, sont fixes el resplendissants comme le soleil.

Les livres dont se compose la Bible sont ou historiques ou dogmatiques , cl légaux ou [ihilosophiques , el moraux ou i)oéli(pies et prophétJfpies. Les cinc] livres de Moïse, connus sous le nom (hî i\'ntaleu(|uo , e: reganhVs spécialement par les juifs comme lo livre de la loi , sont à la fois hislori(iues , dogmati(iue5, légaux et proiihéliques. La (ienèse, ([ui est le premier de tous , commence par une imposante et magnilitjue cosmogonie. La terre est informe et vide, et l'esprit d(! Dieu plane sur les eaux. Dieu dit une {larole, et la lumière se fait ; pendant sixj(jurs la paroh; diviiU! travaille le chaos cl en tir(; toutes les iiK^rveilles (h; la créalion : Faisons Vhommr, dit t'iilin le Créateur, comme s'il recueillait |)(mr ce dernier ouvrage sa pensée (!t son amour. L'homme est formé du limon (h; la terri;; Dieu lui .soiilllo la vie et en fait le ministre! dti son \ CiIk', en lui conlianl le soin (h; donner un nom h tous les êtres vivants ; puis , comme p(mr l'iissocier en (juehpn; sorti! à sa (hirnièro création , il tire de la substance même (1(5 l'homme l'être ipi'il veut lui donner |»our compagne, el veut (|ue la femiiK! soit eiifanlée du côté de rhnniiK!, alin (lu'elh; ne s'enorgueillisse [las trop de ses prérogatives d<i mèri! , (jiiai.d rhoiiime h son l(>ur sortira de ses llaiirs ; car la feiiimi!, plus faible et [dus ardente «pie rhoiiiiiK! , ii'est ipio trop portée <'i la présomption et ii l'orgiKîii. l'ilhs le pr.>uv(j en écoulanl les nroiiK.'sses du .serpinil, r,i se laisse cnlrahKîr a goiUer, contre Itt défense de Dieu, le fruit du la science

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du bien .-t <lu in.il. Kllc toinho ninsi dans l'lj;in)r.sni»' ot d.'uis la mort on faisant tomber smi ('midiu avec ollf». Dion b\s chasso du para. lis do délices où s'étaiiMit ('m'ouIôs les |ir(Mniors inslanls de leur vie ot de leur itiiiocciice. Ils sont condanriés h travailler pour vivre, et h vivre pour soulTrir. La doul<Mir se révèle h riminme, comme son nnicpic destinée sur la terre. Mais par celle douleur, (pie doivent sanctitier les souiïrarices et l'amour d'uti Dieu , il trouvera le comracncc- \nc.n d'une félicité éternelle.

L"K\o(le contie-U les magnili pies tableaux de la délivrance du peu|)lc de Dieu sauvé l^ar Moïse de la servitude d'Egy|)te ; les scènes terribles et merveilleuses du désert; la loi donnée sur le Sinaï nu mileu des Irompctles et du lo-nierre. Le Lévitiique est le livre du culte; les Nombres et le Deutéroîiome, les livres de l'organisation sociale des Juifs; les Juges contiennent l'hisloire du gouvernement des [>ro[)hétes, successeurs do Moïse : ce sont les annales de la république tbéocratiquedes Hébroix, tour à tour esclaves des rois étrangers et délivrés par les élus (pie J)ieu suscite: Samgar, Aod , Géiléon , Débora , Je|)bté , Samuel , noms glorieux et [)KMns d'épouvante. Samgar le laboureur, (jui lue les ennemis de sou [)euple avec un contre de cbarrne ; .Aod combattant des deux mains après avoir abattu le roi de Moab ; Gédéon, avec sa [V)iguée de braves, éclairant tout à cou|) l'énouvaidc des Maiïianiles , sonnant leur détaile sans les combattre , et entrecho(piant des vases de terre au milieu des(picls se broie et disparaît une fornndable armée ; Débora victorieuse cbantant la gloire de Jabel, (jui vient de clouer contre terre la lèto allrcuse de Sisara ; Jepbté avec son V(juu resté pour riiistoire un elFrayant mystère ; et le merveilleux Samson , (^uo Hous allions passer sous siloucc , ce vairi- (jueur des lions vaincu si souvent par les femmes étrangères ; cet arracheur des portes Je daza |)ris aux pièges de la volujtté, |>uis cnscvelisNant le souvenir de sa honto dans le Iriomnbe de son désespoir ; puis enlin Samuel , le malheureux nère , torcé de donner un roi h ce peuple (ju ont fatigué les exaltions de sesenlanls ; la royauté, lille du saceriloce , luttant bient('»t contre son père ; Saul usurpant les fonctions po itilicalcs , et livré par Sanniel ;\ l'aiialhème , tels sont les tableaux (pie nous i)rés(nilc dès son début l'hi-toire contenue dans les (piatrc livres des Itois. La ré()rot)alion de Said , (jui s'obslino h régner maigre» la volonté du ciel , semble pr(''lu(ler h ces excomumnicalions du moyen Age et h ces guerres gigantescpios (Uitre l'cnnpire et la papauté, dont la Uéforme et la révolte de tant de peuples contre l'Kglise n'ont pas encore signait'' la lin ni prononcé le dernier mol. Pendant (pje Saul vieillit sur un tn'tne ipii no. lui appartient plus, David gia i- (ht en sd(;nce, vl n'a|)|iarait tout i) coup dans le monde rpi'avec l(^ dr)uble l'clat d'une prouesse et (l'un miracle. L(> j(>une vain- »pieur de Tiolialh n'est (ju'un berger pbnn de beauté cl de douceur. Les dons de la poésie

et de la musi(pic préludent en lui h la plus haute inspiration (\qs pro|)hèles ; il a con(juis son peuple [)ar sa beauté et | ar sa gloire ; il enchaîne par ses chants et j^ar les accords do sa harpe le mauvais géni(,' de son rival qui so croit (nicore son roi. SaiU veut se v(niger et achève de se perdre en persécutant la vertu et la gloire ; re[)Oussé par le sanctuaire, il le souille du sang de ses prêtres. David , forcé de vivre au désert avec une troupe de fugitifs comme un rebelle, se montre viainient roi en faisant grAcc à son [)crsécuteur , et so rend digne de la couronne en éjiargnant deux fois la tète couronnée de Saul. Eulin Saïd , condamné même par l'enfer, sort furieux de la vie et laisse son diadème à David.

Le règne de David est une époque de gloire pour Lsraél, et l'espi it de Dieu dont ce |)rincG est rempli fait de ses chants | ro[ihéliques une sorte de révélation nouvelle. David chante le rédempteur qui doit naître de sa race, et semble pressentir toutes les merveilles de sa charité et toutes les grAccs do sa loi d'amour ; l'Ame humaine soui)ire pour Dieu dans les psaumes, et Dieu semble prêt îi descendre du ciel pour partager les douleurs de sa créature exilée. De nouveaux horizons so découvrent, l'avenir rayonne, et déjà , dans les profonileurs du ciel , à l'orient , on voit poindre une nouvelle étoile.

Mais pour que tant de grandeurs n'égarent pas l'orgueil de Davicl, Dieu le laisse un instant à ses i)ro|)res faiblesses, et le voilà (lui tombe dans le meurtre et dans l'adultère. Ses chants di; joie et de triouq)hes n'étaient que pour l'avenir, et rinter[irète de l'Amo humaine avait h traduire, en attendant, bien des sanglots et des douleurs. La j^énitenco fait de lui le prophète des larmes. Job n'avait pas pleuré avec tant d'élo(iuencc, et Jérémie plus lard ne devait pas se lamtnUer avec une plus sublime tristesse. Salomon et son règne sont le fruit de tant de larmes : Dieu mesure ses bénédictions dans la mesure mémo de ses vengeances, et le roi lo plus sage, le plus magnilitpie et le [dus puissant (pii ait jamais paru sur la terre [lorle h son apogée la grandeur du loyaumed'Lsraël.

Plus l'Iiomme s'élève , plus il s'expose «^ tondxn*. Sa'omon allait se (M*oir(> plus cprun homme, lorsipi'il lond)a dans la serviUnlo des femmes, ([ui courbènnit la maj(>slé de ce grand roi devant les aul(ds des idoles; son empire se brisa avec sa gloire» , et les morceaux de son rovaunn» S(> séitarèrent entre les mains inexp(*nimentées de Uoboani. Arrivent le schisuK* des dix tribus et les lein()s de la d(M-ad(nic(>. On élèvir autel contre autel, les pro[)hètes se cachent au désert, l(>s règnes sanglants se précipitent et se dévorent les uns les autres. A peine la piété (1(! Josias, de Josaphat et d'K/.échias nous laisse respir<n- un instant au milieu de tant de crimes. Les prophètes fatiguent le p(niple et l(> roi de leurs clannnirs : Dieu détourne^ (Milin la tète, et sillhs dit le prophète, pour ap[»(der les Assyriens des extrémités de la terre. Drjh Nahara entend le frémisse-

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nieul dos niullitmlos aniK^os, le piétinement d( s chevaux qui hennissent, et le tonnerre roulant de la roue des chars; mais les rois s'endurcissent, et le peu[)le est corrompu; ils croient qu'ils anéantiront les menaces du ciel en tuant les prophètes. Enfm l'orage prédit éclate, un souffle de colère a passé sur Jérusalem, et Jérusalem n'est plus qu'un amas de pierres encore fumantes, sur lesquelles est assis Jérémie qui pleure, image de l'éternité qui viendra un jour s'asseoir immobile sur les débris des mondes.

Voici la captivité et l'histoire de Daniel. Les soiïanle-dix semaines commenrent; Dieu humilie dans Nabuchodonosor l'orgueil des fastueux empires d'Orient, et brise contre terre la tète d'or du colosse aux pieds d'argile. Daniel voit sortir d'une mer agitée les fantômes monstrueux de tous les Eouvoirs qui doivent successivement envair la terre ; aucun d'eux n'a la figure humaine, et Daniel, qui sait corninent l'ange du Seigneur ferme la gueule des lions, ne craint point que toutes ces bètes furieuses dévorent l'espérance des élus. II a vu l'homme vêtu de blanc qui se tient debout sur les eaux , et il attend celui dont le royaume doit être éternel.

Les temps s'accomplissent : « Cyrus appelé par son nom dans une célèbre prophétie, obéit à Dieu et vient régner po .r relever Jérusalem. Le sacerdoce reprend un instant son empire avec Zorobabel et Esdras, et Lsraël se cro t revenu aux beaux jours de sa ré|)ublique. Mais un homme s'élève <lans le monde qui le remplit tout entier du bruit de ses armes et s'y trouve trop à l'étroit. Les régions les plus éloignées et les f)liis barbares apprennent le nom d'Alexandre, et la terre se tait devant lui; [)uis il tombe sur un lit et se sent mourir. Nous corrunencons le livre des Machabées. Les succe-sséurs d'Alexandre se partagent le monde, et la Judée tombe danslajjart d'Anliochus Lpipha- Hfs, <\\n ouvre l'ère des martyrs, et do-irie lieu aux gr^ndc-s batailles des M.ichabées. Judas, Siifion, Kléazar, accomplissent les [dus grands [»rodiges de la vaillance sontenuf! [)ar la loi, el donnent à leur épée autant de glone que David et Sab^mon eu avaient acquis à leur sceptre. Ln autr<; Kléazar, un \ieill.ird de plus dfî cent ans, meurt sous l(;s coups en refusant de violer la loi de ses pères; Hazias se dér:tiire les e-itiailles (ir»ur ne |ias inmher entr»: les manis des cnruMins de son Dieu : tant de résistance irriie enliri lesupeibe Antiochus; il |(.-ut pr,(ir détruire Jérusaleiu, tombe en chemi'i et m(;tjrt rongé dr- vers.

l/eiri|(ire des sijcc(;sseurs iJAb xa'idre avait démembré le monrje ; Home vient i u réijuiir U'S débris, et recompose erdin le içrand empire qui devait être ro i(/uis p.ir l'Kvangile. Ajurs i)i»'n des billes el des di';chireiri(.-nls, la paix uiiverselle se fait sous Je rè^ne de César Auguste, cl le Fil» de Dieu vient au monde.

I i la Hible se ferme et l'Kvangile s'ouvre; mais I Kvangile, r;'esl encore la Hible réalitéaûàm se- * promesses el accomplie dons

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ses figures. Les quarante-cinq Ivres do l'Ancien Testament et les vingt-sept livres du Nouveau se servent mutuellement de commentaire , tant il y a d'unité dans l'esprit de tous ces ouvrages écrits h des époques si dilférentos et par dos auteurs si divers!

Nous avons dit que la Bible est une immense épopée dont Dieu môme est le poète et le héros; l'humanité y joue d'abord le rôle secondaire ; puis s'allïe étroitement avec la Divinité dans l'incarnation de l'Homme- Dieu. Or ce triomi)he de la charité divino dans l'assomption de la faiblesse humaine est le dénouement de l'action du poëme ; noëme véritablement typique, dont toutes les créations sont vraies par la volonté toute-puissante de celui qui seul peut créer; poème encyclopédique, espèce d'arche li-téraire où sont renfermés, pour nager sur tous les déluges, les principes de toutes les connaissances humaines, les éléments de toutes sciences, les tyf)es de tous b-s chefsd'œuvre littéraires. Telle est la Bd)le dans son ensemble. Nous en avons rapidement analysé l'idée générale en nous tena-U uniquement au point de vue littéraire, dont nous ne devons [)as nous écarter. Entrons maintenant dans (|uelques détails.

La littérature de la Bible se compose, comme nous l'avons dit, de modèles en prose et en vers : les livres en prose sont ou des lois ou des histoires; les livres en vers sont des poèmes, ou des canticjues, ou des prophéties. Les styles varient avec les sujets ; celui de la (ienèse est simple et gra'i(iios(! h la fois, comme doivent l'être les récits de l'enfance du monde; la cosmogoni»; y est tracée à grands traits : c'est un dessin pur et sévère, esquissé par un grand maître. Longin, nui était païen, y a, le premier que nous sacliions, remanpié des lormes qu'il ne craint pas de jtroposer aux amis de la belle littérature comme dos modèles du genre sublime : Oicii dit .- Que la lumière soit, cl la luniine fut. Jamais les dieux de l'anlipiité, jamais le Ju()iter d'Homère, do Cléanthe, (»u même d'Orphée , n'avait été iteiril en deu\ mots si majestueux dans leur concision, si beaux dans la simplicité de leur force. Les tableaux du paradis terrestnj sont des sujels did^llcs enchanteurs. Le drame tU' la chiile de l'homme joint ht gracieux AU terrible avec des proportions si saisissaiiles , (pi(! h; sublime poëme de -Milton ne doit ê:r«! reganlé qu(! comme un (•(tiiimeiitain! fidèle, mais insudisant (piel- (pielois, d'un < hajtilri! de la (ienèse. La division (pii se niariilesie entn- les enfants d'Adam, t\ pes de deux races oniH'inies parmi les hommes, est une révélati<»n profonde des deslitii'-es humaines, cl doit porter la Juiiiièrfî sur- des ipieslions physiologi(pics dont la s(dnlioii est encore du nosjoui.s le tourment fies penseurs.

La guern; nest pas finit; entre les enfants d'Abel et («Mix de (iain, et t(;lle sera la destinée iiiMiiuable de ces deux r/ices, (pn; les enfanis d(! Oain serr»nl toujours bourreaux cl vaincus, le» eufoiils d'AKl tuujouis vi';-

niniE

Imios ol v,T!n(jiiours. I/(>x|)iation sur 1;> torn^ se r.iil p.ir If snni;; innis lo saii^ <lu juste ;i seul une vcrlii expiatoire, et c'est prmnjuoi la vertu toujours immolée raelii'tcra toujours îe monde, parce qu'ainsi Ta voulu la sagesse (lu ^'erl)(^ qui a sanctifié par le sien le sang de toutes les victimes, et a voulu perpétuer tlans un sacrilico nouveau la mort volontaire |>ar laquelle il nourrit !e monde de sa propre vie.

l/histoire d'Abraliam et dos pnlriarclies rst (JeriiitérOlloplus saisissant et de la plus naïve poésie. On j trouve au plus haut degré ce qu'on appelle de nos jours la couleur locale. C'est bien l'Orient primitif avec ses chefs de tribus nomades et ses rois pasteurs. On trouve dans les mceiu's des patriarches je ne sais (|uoi de primitif et de sauvage (jui étonne notr(î imagination, mais qui lui niait. Dieu d'ailleurs semble marcher dans le désert avec ces familles errantes, roi su- |)réme de ces maîtres subalternes, pasteur de ce troupeau de bergers ([u'il conduit la houlette haute, toujours prùt h cluUier les écarts de ces natures impétueuses et bouillantes encore de la première sévc de la vie /unnaine.

L'Exode est grand comme le gé:iie de Moïse; l'histoire des dix lléaux et colle du passage de la mer Kouge, les révo'les cl les châtiments du désert , tout cela est empreint d'un merveilleux divin qui ne s'efface janiais de la mémoire. 11 fallait de pareilles imi)ressions à l'enfance d'un grantl j)eu()le, et de [)areils souvenirs h toute sa vie morale et poliliciue, pour en faire celle race Ji part toujours en lutte avec toutes les nations, et toujours vivace même après ses défait(>s; car les principes de la religion de Mo.se étaient ceux <[u\ devaicMit survivre h. toutes les révolutions religieuses des siècles suivants, et Moïse ne les avait pas, sans une grande intuition prophétiipie, incarnés en <juel(pie sorte dans un [leuple qui devait être si souveiU dispersé, si dillicilement abattu, tant de fois vaincu, mais jamais changé; souvinit proscrit, toujours errant, jamais détruit.

Les livres poétiques delà Bible sont : un poème dramalicpie ; celui de Job, un épi- Ihalanu' inystiipie, le (',aiiti(pie des cantiipies <le S.domon ; plusieurs fragments des livres tsapieiitiaux. hvs Psaumes de David et les livres des |)ronhètes.

Les savants hébraisanis ne sont i)ns encore ])nrfailemenl d'accord sur le rh.vlhnK^ particulier de la pf)ési(! Ii('braï(pie. L'opinion du savant M. (iarnier, supérieur général de la société des prêtres de Saint-Sulpice, était que le parallélisme seul y tenait lieu île mesure et de rime; la plirasi' poé-litpie se ("oinposanl ainsi de deux hémislii lies qui riment par l'idée, si je puis m'exprimer ainsi, et dont les mots s'accentuaient sans doute dans le rhytlime musical avec un certain parallélisme de mesure qui ajoutait une harmonie nouvelle au parallélisme de la ncmsée.

Le parallélisme «le la poésie lH''l)iaiquc consiste en une répétition de la mO

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en term(\s dillérents et sous un autre point de vue. Ainsi |»renons pour exemple lo psaume qui se chante tous les dimanches h vêpres : Jn criht Israrl de /Er/ypto.

— LoiS(pi'lsiaéI sortit d'Kgypte,

— Quainl la maison de Jacob se délivra d'un peuple barbare,

— La Judée fut faite la sanctification du Seigneur;

— Israël devint sa puissance;

— La mer le vit et s'enfuit;

— Le Jourdain retourna en arrière.

On voit par cet exemple que dans le parallélisme le second hémistiche de phrase ajoute toujours au sens du premier, s'il répète exactement la même idée, ou produit les i>Ius grands effets par le raj)procIiement de deux beautés ou de deux pensées analogues, bien ([ue distinctes.

La poésie oiientale en général se distingue d'ailleurs par un luxe de com|.araisons et une richesse d'expressictns (jui lui sont propres. La vivacité des sentiments y multiplie volontiiM's l'hypeibole, et les comparaisons y ont plutôt une grande vérité de sentiment ({u'une parfaite exactitude de raison. Ainsi, quand Salomon dit à l'épouse du Canti(jue : Votre nez ressemble à lu tour du Liban qui regarde vers Damas, il n'a certainement pas songé à établir entre les deux choses comparées une narfaile similitude : il veut seulement peindre une grande rectitude de lignes, et il compare h un cnefd'œuvre d'arehitecluie noble et hardie un des traits les plus caracléli^ tiques du visage de sa royale liancée.

Voltaire, (ju'il ne faudrait jamais nommer lorsqu'il s'agit des beautés delà Bible, Voltaire, qui n'était pas capable de les comprendre ni de les setitir, a fait nreuve de la plus complète ignorance du génie des langues orientales, ou de la [ilus insigne mauvaiso foi, lorsiju'il s'est niocpié si peu judicieiisenumt de certaines comparaisons des livres poétiques des Hébreux; mais un aveu de co triste philosoplif! peut nous donner la mesure de sa conscience coiuiik' criticpu^. « David, dit-il (pielcjne part, lui |)lairait assez, s'il ne v.inlait un pini trop sa triste cité sainte. » ('e n'est certainement pas au patriotisme du roi d'Israël ipie h^ reproche; peut s'adresser, c'est aux aspirations célestes du prophète, et h» sectaire de Ferney, atteint d'un mal jusipi'alors inconnu dans l'humanité, et ipi'on pourrait nommer Ihf'ophobie, si toutefois une pareille manie peut avoir un nom, calomniait le prophète de la cité sainte (m haine diPciel, et tous les prophètes >a is doute en haine de l'esprit qui les inspire, parce que c'est l'esprit du Pèri; et du Fils qui sont au ciel !

(J'o//.. h leurs tiljes particulier?, Icus les livres de la Hible.)

lURLIOTHfcorK, - collection de livres.

L'art de composer ou de ranger une bibliothèque n'est pas aussi facile (|u'on poiinail se l'ima^^iner. Un amas confus de livres n'est pas une bibliotluVpie : pour faire un choix parmi t ml de matériaux (car la quantité de

233 DIBUOTIIEQLE

livres qui existe est innombrable}, pour les classer dans un ordre vraiment logique, il faut nécessairement adopter un système bibliographique, c'est-à-dire un plan de divisions et de subdivisions qui puisse diriger les recherches dans ce labyrinthe d'ouvrages. Un bon plan de bibliothèque serait le plan d'une encyclopédie, et pourrait servir non-seulement à classer convenablement des volumes dans leurs casiers, mais encore toutes les connaissances acquises dans l'esprit et dans la mémoire. Le plan d'une bibliothèque complète, avec ses subdivisions, ses divisions et son unité, ne serait rien moins que l'esquisse d'une synthèse universelle ou d'une somme de toutes les connaissances humaines.

Rapporter tout ce qu'on a écrit et tout ce qu'on peut écrire à des divisions générales rattachées ensemble par une idée mère, c'est préparer les voies pour l'organisation d'une science universelle qui, au point de vue catholique , ne saurait être qu'une théologie transcendante, puisque toutes les connaissances humaines et l'usage qu'on en peut faire ont leur raison d'être et leur règle dans la connaissance de Dieu. Cette théologie universelle pourrait, comme la notion môme de Dieu, se diviser en trois branches principales , conformémrrnt à l'idée des trois personnes divines. Dieu manifeste en effet ses trois personnes par une triple opération : Père, il est créateur; Fils, il est rédempteur; et Saint-Esprit, il est sanctificateur.

A Dieu considéré comme créateur, c'està-dire à Dieu le Père, on pourrait ra[)porter la philosophie, sorte de théologie naturelle qui procède du connu à l'inconnu, et [)asse au sen.sible «'i l'intelligible par voii' de déduction et de raisonnement. — A Dieu considéré comme rédem[)teur se rap[)ortc tout ce qui tient à la science du salut et toutes les parties dont se couipose la théologie soit dogmatique, soit morale; et enfin à Dieu satictific'ileur se raftporte tout ce qui fient à la théologie mystique, en classant tous les hagiographes selon les (higrésde la vie spirituel]»', dont sainte Thérèse et plusieurs autres nous ont indiqué la synthèse d.nis les traités complets qu'ils en ont donnés.

Bien entendu que la Bible avec tous ses commentaires doit Itjnir la première place dans une Ijibliotlièrjue ainsi con<;ue; [)uis on disposera troi', grands compartiments distincts consacrés aux trois notions distinctes des personnalités divines. Sous l'iiivoration du Père on clissera tous les livres de sf;ience» philosofjjiiques et naluntllfs; la démonologic, ou la science poétique fies myllirs et des fables de l'aniirpiité; la [)hysiologie, à laquelle on rapportera tout ce qui lient à la science sociale et à la politique des associations humaines divisées eu royaumes, «m républiques et en empires; puis toute la partie Je l'histoire rpii se rapporte à l'Ancien Testament et .m règne du Pèn-, et comme comfdériienls ^ inoiiunieuls <|f cetl': histoire, tous lei inonumenls littéraires d- •> DiCTioii. i)K LiTT/^.iuTt'nK uînfr.

BIBLIOTHEQUE 23i

anciens peuples classés par ordre de date et divisés en séries correspondantes aux périodes historiques qu'elles représentent : tout cela sera rangé dans le domaine de la philosophie soit spéculative , soit pratique , comme documents authentiques à ra])pui des théories et pièces juslilîcatives j)our ou contre la philosophie purement humaine.

Les sciences naturelles viendraient ensuite, comme complément de la philosophie, si l'on veut faire sa classification selon l'ordre de dignité, et ranger la science des esprits avant celle des corps; si au contraire on voulait suivre dans la classification des livres un ordre plus conforme à la marche et aux progrès de l'esprit humain , on commencerait par la physique, dont toutes les sciences naturelles sont les dépendances et les parties. La chimie viendrait à son rang, puis l'anatomie comparée, la zoologie, la médecine, et tout le dédale enfin de ces sciences positives dont les mathématiques nous font coordonner entre eux tous les détours, à l'aide de leur fil conducteur.

En les rapportant à l'idée de Dieu rédempteur, on disposera par rang d'autorité tous les lieux théologiques. Le Nouveau Testament, les écrits des Pères et des docteurs, les livres des théologiens présidés par la Somme de saint Thomas, les conciles et leurs actes, les livres de droit canon et de liturgie, les apologistes, les sermonnaires, les historiens de l'Eglise et les littérateurs chrétiens.

Enfin, dans la série placée sous l'invocation du Saint-Esprit, pourront se trouver les ouvrages de j)iété de tous les siècles, les légendes des saints, les traités de théologie mystique, les livres de pieux désirs ou de prières, les poésies qui traitent du divin amour, les traités allégoritiues, les livres de j»ieuses images et d'ingénieux emblèmes, enfin tout (•<; qui tient à la direction que la religion doit donner aux facultés aimantes de notre co;ur et aux puissances créatrices de notre esprit dirigé f)ar la charité. La symbolicjue chrétienne, la poésie religieuse, les commentaires laissés par les plus grands hommes et les plus saints personnages do l'Eglise sur les livres qui restent encore |)iophéli(pies pour nous, après ravéncmcnt du Sauvt.'ur, tels (pic l'Apocalypse et Icdai:lique des canlirpies, les méditations sur les psaumes, les oeuvres de saint François de Sales, (jne nous prenons ici pour tyjjc des écrivains inspirés par le véritable amour do Dieu et de leur jjrochain, (pii savent répandre dans leuis écrits toutes les suavités do la charité diviiu;; enfin tout ce. «pii |)eut consoler, avertir, relever, loilili(!r l'Ame, l'initier aux (uitrefiens avec Di(!U et .'i cette vie iiitérieuH! (pii est le royaume de Dieu sur la terre, tout ce qui peut porter à aimor Dieu, .'i l'exalter, h le bénir, .'i le faire aimer des autres, tout (w. qu'il y a dans la religion de beau, du gracieux, d'aimable, tout (•(; oui peut adoucir les mo;uis, nous rendre plus heureux en nous rendant d'abord meilleurs,

2,-5 DIBLIQIE

tout ce "jui pont rontriI)iior à la concor.lc rnlro los IVrros, ou paido;! dos injiiros, h la ronsolalioii des afiligés, h la récréation tlos malades, h lYMlification dos justes et h la couversion des pécheurs, trouverait naturellement sa place dans la partie de notre l)ibliotlièque mise sous l'invocation du Saint- Ksprit.

Il nous semble qu'une bibliothèque ainsi disposée aurait ([ueltiue chose d'abord de ]iieusenicnt monumental, et serait rommo une espèce de temple consacré h l'étude, mais que, dans cetlc classilication toute siml>lo, on trouverait un grand avantage soit |!f)ur ranger et retrouver au besoin tous les livres qu'on pourrait avoir, soit pour classer et coordonner dans son esprit toutes les connaissances déjh acfjuises, ou (jui nous restent encore .^ acquérir.

On pourrait distinguer les classes générales par des signes |)articuliers, les subdivisions par des couleurs, et n'employer l'ordre alphabétique que pour les livres des mômes séries qui n'auraient pas un arrangement ])lus logique et moins arbitraire, indirjué par les degrés hiérarchiques de la science et de l'autorité.

Nous ne donnons d'ailleurs cette idée de classilication que comme un exemple et comme un es^ai, et nous ne prétendons en aucune manière avoir résolu la grande question non-seulement de la bibliographie, mais <le la science encyclopédique et de l'enseignement universel.

BIBLIQUE (Stylk). — On appelle ordinairement style biblique non pas le style môme de la Bible, mais une imitation, ou, comme on dit en peinture, un pastiche du style de la Bible. Cette imitation a presque toujours (pi'l(|ue chose de prétentieux et d'atîecté. Ce n'est qu'en citant les paroles mômes de la Bible que les anciens Pères en ont imité le style, et quant aux auteurs des temps apostoliques, ils ont mie manière de s'exprimer et de couper leurs phrases qui ressemble à celle de l'Evangile, mais naturellement, et parce que étant ph'ins du môme esprit que les apôtres, ils devaient s'exprimer de la môme sorte. Les hérésiarques de tous les temps et les enthousiastes de toutes les sectes ont adeclé au contraire de se servir du langage ligure des pro|>hètes, et de r)arler la langue des écrivains inspiri'S potncacher les mystères souvent honteux de leurs dogmes, et se donner de rauîorité en «loiuiant l'imagination du vulgaire. Les anabaptistes de Munster, les («urilains d'E- (osse et d'Angleterre ne parlaient pas un iiutre langage, et Cromwell lui-môme lombait en extase et pro[)hétisail h sa manière, lorsqu'il fallait Ironqx-r les soldats ou le peuple , alin d'en r»btenir quel(|ue cliose. t)n n'entendait jurer ces tôles rondes (|uc par Gog et M<'igng. Béhémoth et Léviathan. Leurs ennemis étaient des (iolialh . des Sen'iarhérib , des Téglat-IMialasar. C'était les vers'-ts de leur Bibl(> h la bouche qu'ils égorgeaient les calholupies, et le régicide fut accompli en Angleterre avec les circonslan-

IJOFCR

ces aggravantes d<' rhy{)ocrisie et du sacrilège, Dieu voulant faire voir au monde que la foi pervertie et séparée du principe d'autorité aboutit aux mômes résultais que l'incrédulité et l'athéisme : la révolte et le parricide national, qui s'en prend aux rois pour se venger de ne pouvoir atteindre à Dieu.

Un grand génie déchu a renouvelé de nos jours, dans vni livre que Home a condamné , les plus enthousiastes prédications de l'anabaptisme allemand et du radicalisme anglais. Le style biblique devint h la mode, et la librairie fut inondée d'élucubrations par versets, alfectant une manière plus ou moins orientale, et aiïichant la prétention do réfuter les Paroles (hm Croyant. Cette manie donna naissance h un flux de mauvaises paroles , qui restèrent heureusement sans réponse et sans échos.

Nous avons dit en commençant que lo style biblique est un [>astiche ; or, jamais le pastiche ne constitue un genre qui puisse être avoué par le bon goût et avoir un succès durable. Il faut laisser aux puritains de théâtre et aux illuminés de la rue Croix-des- Petits-Champs l'abus ciu'ils font des alinéa commençant par la conjonction et, les phrases obscures qu'ils surchargent de mots hébreux et leur lyrisme épileptique. Cette littérature est plutôt du ressort de la médecine que de la faculté des bonnes études , et demande une guérisoo mieux qu'elle ne provoque la ciitique.

BLOSIUS (LinovicL's). — Louis de Blois , auteur d'une Tliéologie mystique et de plusieurs ouvrages de piété, rem|)lis de grAce et d'onction , est un de ces auteurs qu'il faut étudier et méditer pour s'initier aux mystérieuses beautés que répand sur le style des écrivains catholi{jues adonnés à l'oraison la tendresse du divin amour. C'est toute une poésie intérieure et surnaturelle qui ne s'analyse pas , et qu'il faut sentir pour la comprendre. M. de Lamennais, que sa chute n'empô^he pas d'ôtre un des premiers écrivains de notre siècle , n'a pas dédaigné do prêter son beau style aux inspirations du pieux Louis de Blois, et a traduit un de ses opuscules. Il en est un [)lus gracieux imcore dont nous ne connaissons pas de traduction française, et qui est intitulé : Le Bouquet des douces prières : Fasvicnliis mellipuaruin prernni. Nous y renvoyons nos lecteurs.

BOECE, — une des plus grandes Ames dont s'honore la littérature chrétieiuie, fut un de ces vrais philosophes (jui savent résister aux. rigueurs connue aux faveurs de la fortune. .Modeste dans la prospérité , il ne fut pas abattu par le malheur , et composa, au fond <le la prison où l'avait jeté la calomnie , ini livret de consolation, (pi'il dédie aux grands malheurs et aux grands courages. Le livre de Bo<Me , intitule : Des Com^nlalions de hi philosophie , prouve dans son auteur un c-iraclèie élevé, inie force morale vraiment virile et une grande foi en la Providence. On est fâché d'y trouver quehjuefois des formes un peu trop classiques dans le sens des éco-

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