BONAVENTURE
nONAYENTLRE
les philosophiques de l'antiquité, et une personnification (Je la Sagesse qui ressemble trop à la Minerve du paganisme. Nous aimerions mieux voir apparaître, dans le cachot de Boëce, le Sauveur couronné d'épines , ou la douce et compatissante Mère de Dieu, qui essuie si divinement les larmes de tous les affligés , et qui peut rendre bien facilement les oracles de la Sagesse éternelle, dont elle a toujours été le temple.
A part ce reproche , qui ne s'adresse qu'à la forme de l'ouvrage , le livre de Boëce est digne d'un philosophe chrétien. Son langage est celui d'une raison éclairée par la lui et élevée au-dessus de toutes les vicissitudes humaines. Son stvle est élégant pour son époque; mais il fait un usage fréqpent de termes scolastiques , et se perd quelquefois dans des distinctions plus spécieuses que réelles , ce qui rend la lecture de ses ouvrages un peu fatigante. Son livre Des consolations est mêlé de vers et de prose ; et l'abbé Régnier-Desmarais en a donné une traduction française, également en prose et en vers. Les vers n'ont rien de remarquable ni dans la traduction, ni dans l'origmal.
BONAVENTURE ( saint ]. — 0 buona Ventura ! s'était écrié saint François d'Assise, en recevant dans ses bras un enfant de quatre ans qui venait d'être guéri , par ses prières, d'une dangereuse maladie. Le patriarche des disciples de la [)auvret6 ne s'était pas trompé : la vie de cet enfant fut précieuse |)0ur l'Eglise, et, en mémoire de sa miraculeuse guérison, on le noiiuan Bonaienture.
On sait qu'il entra dans r<jrdre des Frères Mineurs , où, s'étant rendu illustre par son élo'juencc et [)ar ses vertus, il fut promu au cardinalat. On sait aussi que les envoyés du saint-siége, qui lui a[)jiOrtaient la jiourpre romaine, le trouvèrent lavant la v.iisselle, et rlurenl attendre qu'il eût fini, circonstance vraiment romaine dans le sens antique.
Saint Bonavf.-nture est un des écrivains ascélifpies les plus r<'marquables [)ar la fécondité de l'imagination et fjar cette richesse de sentiments et d'images qui procède du coiMr. Plein de l'esprit de cette humble famille vouée <i la folie de la croix , il fut toujours franciscain et (idèle jusqu'à la mort h sa chaste et sévère amie , la bonne terlu de pnutrit^.
On a de lui une Apologie des pauvres , où il rapfielle ses frères à cette |)effection m peu estimée des hommes , du i)étacliem(!nt entier de toutes les choses de la lene ; l'apparence même de la propriété était un ciime chez un enfant de Saint-François, non rpie ces s«»inls relii^ieux en conleslii'sstMil le droit aux autres , puisqu'il est écrit : Tu ne convoitera» point ce tjui appartient à ton frère ; rnais ils corrqtrenaient «pie la perleclion cluéli»;nne consiste h y renon<:er voloiilaircmenl, et à l'aire ainsi a Dieu le sacnlice d« ce qui nous louche de nlus j»rès et de ce fpio nous avon.s de plu» cher. Il n'y nvail pas trente «Mj» que s«irit François était fiifMl, et déjà i<<iioi(J!e, attaqué de louli .s parts , n'uviul
que trop donné prise aux attaques. Saint Bonaventurc , comme un général intrépide , leur adresse, tout en combattant pour eux , des exhortations et des reproches. Il ne veut pas que le sel du monde s'atfadisse, et il exhorte ces laborieux mendiants à ne pas so départir de cette humilité, qui devait être pour l'orgueil du monde une pierre d'achoppement et un scandale, mais en même temps un salutaire remède. Quoi de plus touchant, en effet , que de voir des ouvriers évangéliques , se dévouant tout entiers aux travaux les plus pénibles du ministère , tendre la main comme des serviteurs inutiles , et solliciter comme une grâce ce qu'ils pourraient si bien réclamer comme un droit. Car l'apôtre saint Paul n'a-t-il pas dit que tout travailleur doit vivre de son travail, et que Vautel doit pourvoir à la subsistance du ministre de l'autel ?
Saint Bonaventure , à l'exeinfile de son maître, saint François, mettait au service de la piété toutes les facultés qui produisent la poésie. Il donne à la science du salut ces formes vives qui la font entrer dans l'esprit des ignorants par l'imagination et par le cœur; il emploie souvent les paraboles et les légendes. L'Ecriture sainte , (ju'il a])plique d'une manière souvent inattendue, semble produire pour lui seul de nouvelles et intarissables richesses ; ses livres sont de ferventes oraisons écrites au courant de la plume et au souffle du Saint-Eisprit. Il n'est guère question pour lui du goût des anciens, ni des règles deCicéron ou d'Horace : qu'en aurait-il affaire? Un homme simple lui disait un jour : Vous êtes bienheureux , vous autres savants , vous pouvez louer Dieu , vous pouvez le faire louer par les autres ; vous éludiez la profondeur de ses mystères ; vous j)Ouvez comprendre tous les livres qui parlent de lui ; et nous , que pouvons-nous faire, pauvres ignorants que nous sommes?
— Vous pouvez faire plus (pie tout cela, lui répond saint Bonaventur*;. — Et comment?
— Vous pouvez l'aimer. Dans cette |)aroIe le génie du saint docleur éclate tout entier.
Il composa, pour l'édification des lilliss de Sainte-Claire , une légende de la vie de Noire-Seigneur, qui est uim; sorte d'amplilication du récit des (jualre évangélistes , comfilété par les traditions des anciens légendaires, et coloré d<! tout et; (pi'uno pieuse imagination a pu suggérer à son auteur. '( ilar f dit-il, no croyez pas (juc nous puissions méditer tout ce qu'il a fait ou dit, ni fpje tout soit écrit ; mais alin (pu! ses actions fassent plus d'impression sur vous, jn les racontt;iai comme! si elJes s'étai(!ut [)assées d«! la manière qu'on peut se le liguror par rimagiuatiori ; car nous pouvons ainsi méditer riMjrilure même, pourvu (uje nous n'y ajoutions rien de contraire à la vérité, h la foi et aux bonnes moiiirs. »
(^es paroles el c(!l exeiiqih! de saint Bon.iventure sont d'une grariih; impr)rlance pour la lilléralurf! chréliciim! , (-1 (hmiient la mesure de l'usage qu'on peut faire en [»oésie des aimables récits do l'Evangile et des ta-