‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 3 sur 233 · DES CITATIONS ET DES EXERCICES FORMANT UN COURS INÉDIT ET COMPLET · texte numérisé non relu

DES CITATIONS ET DES EXERCICES FORMANT UN COURS INÉDIT ET COMPLET

Ancien professeur au Pglil Scminairc de Pans : PLUMÉ

PAR M, L'ABBÉ MIGNIi:, Editeur de la blbllo(he(|uc anlTcrHelIc du ClerA;é,

01' DLS COURS COMPLKTI SUn CHAQUE UnANCIIE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE.

TOMK UNIOUK

rnix : 7 francs.

SMMI'FlIMi: ET SF VEND CHEZ ,I.-1>. MIGNE, ÉDITEUH,

AUX AiKLIi:UH CA'IHOMOLKS, KUl- D'AMUOISK, 20, AU IM<:HT-.M(>MHOlJ(ili,

AUTREFOIS BAHHIKRE DENFEn I»K PARIS, MAINTENANT DANS PARIS.

Vm'\s. — lMi|iiiiiKTitt i.-V. MUiiNfc).

PREFACE ET INTRODUCTION

ïl manque aux études catholiques un cours spécial et complet de littérature chrétienne : nous n'avons pas eu la prétention de pourvoir à cette lacune, mais nous avons recueilli soigneusement, patiemment et consciencieusement, des matériaux qui pourront servir à la combler.

Lorsque Julien l'Apostat eut la folle espérance d'éteindre le christianisme dans l'ignorance et dans le mépris, il essaya d'interdire aux chrétiens l'étude des lettres humaines ; que n'a-t-il réussi dans sa ridicule entreprise 1 nous en aurions eu plus tôt fini avec cette phraséologie païenne qui faisait paraître barbare et trop simple le langage du Verbe incarné! nous n'aurions pas tiré si longtemps les lisières de Cicéion et de Virgile, et cette langue d'une société morte, celte littérature qui s'est flattée de renaître lorsque l'unité catholique, seule sauvegarde ♦ie la foi chrétienne, semblait agoniser en Europe, celte expression désormais insignifiante d'une domination détrônée, la littérature profane, en un mol, n'eût pas préparé les voies à celte philosophie ramassée dans les cendres de Home et d'Athènes, qui préfère les augures aux apôtres, et l'aveugle Fatum si [iroj)ice au libertin igo, à l'œil toujours ouvert de la provident c divine.

Lorque Julien eut celte pensée, il y avait dans le christianisme des hninmos (pji en coniprenait,-nt parf.iilcnienl I s beautés et In puissance, et qui ne f-raignirr-nt ftas de concevoir une litlér.'ilurc nouvelle. Une scmIo chose les en crnpècha, ce fui la rétninisconci; des vieux nuleurs : il était dillicile d'accoutumer au néologisme chréiien les lèvres classiques des (>rèlresses d'Homère. I,es essais de saint Grégoire «le Na/.ianze furent donc plutôt une irmovatirMi dans la poésio antique, qu'une véritable création de la lill^Talure nouvelle. D'ailh.urs, la lillératiiro nouvelle étail-elle encore à créer? Ilinmarii!''-, f« lalivernenl au png/inisnie, n'avait h'-oin alors que d'oubli : rar c'étaient les I fies du tein|)S qui l'em ;)è(hai(;nt

') iv»;riir «le l'éternile. Le beau comme

le VI, )i, en elffl, n'est pas une clirjse (pii s'innove ou qui s'invenle. Des crovnnees ' '•» avaient dil efilnnlr-r un<' lilleralnre il . :': f.l farrJée, Ce uu'il s'agissait de crérrr, c'était jf! souvenir de la vérité et de la beauté éternelles. La (illo do l'écuriie, di-s llfjls , Aphrodile la capricieuse, d»!Vait faire [ilar»à «:t;lle que le Verbe a r:hoi^ie jiour mère, et

Du.iio^'^ ny. Lni/r a ii ne Ciiiii:i.

que le Père, dès l'origine des siècles, avait conçue sans ombres et sans souillure.

Trop longtemps encore après que la croix a purifié les solitudes de Lucrétile ou de Tibur, nous avons appris dans Horace le rhythme des cantiques divins. Qu'avonsnous à démêler avec Bacchus et son cortège ? que nous importe le vent qui a soufflé sur les cendres de Ligurinus ou de Nérée, et pourquoi nous apprend-on encore à compatir aux infortunes de Didon, la femme vaine et adultère, quand nous ne savons pas encore pleurer avec cette mère sans tache qui souffre au pied de la croix où son fils expire 1

Slabat mater dolorosa Juxta crucem lacrijmosa, Diun pendebat filius.

Nous avons tous encore été nourris dans l'erreur qui retint si longtemps saint Augustin captif dos prétendues chaînes d'or qui sortent de la bouche du vieil Hermès. Nos vieux |)rofesseurs ont sollicité pour la Bible et pour l'Evangile notre indulgence cicéionienne , nous nous sommes faits, il notre tour, les Olibrius do nos saints martyrs, et nous avons fait com|)araîtro les apôtres devant notre férule. Nous avons toisé avec des cenlons de Virgib; écrits sur hî ia|)ier écolier (lui nous sert de mesure, les grandes inétafinores des profihètes (U ([('^ pères, et si nous ne nous sommes |)as érigés en petits l»rocustes, c'est (jiie, bien heureusement, l'aiiloril;'! infaillible ne coiiliail k notre main ni les tenailles, ni K's (:is(!aux.

Il est temps (pie ce malentendu linisse, et (pi(! les écoliers cessent (h; condamner les madrés. S'il ny a nas une vérilu au monde qui ne soit soi lie de la Bible, disons aussi, avec non moins de certitude, ipu; dans toutes les liltératiires du mondi! il n'existe [las une véritable et incontestable beauté (pii n'ait dans la Ilibhî son autorité et son niodèh;. Le beau n'est (\\\{\ la forme naturelle du vrai, et l'ahsohi dans la beauté accompagnera toujours l'absolu dans la vérité.

Nous établissons donc ici qu'il cxi.sto un ordre; de beautés paili( iilier au <;hristiaiiisuu!, (il rpii doit tiaii.sligiii'<!r coiupléli!ineiil la lilléiviliire et les arts : licjuités vraies, qu'il faut op|Ujs(!r aux hranti'n conventionnillrif ou feintes de la littératun; profane; beautés révélées, piiisipie h; Saint- l''.sj»ril lui-inêiii(!, en parlant aux liomin(;s, n'a p/n dédai>/né le; fi -lires du l,iir.^ai.M! et les nar-

PUKFACi: F.T INTRODUCTION.

luonios pot' I il j 11 os. D'aillours, (oui a cliangi^ (Iniis le nioiuk' à ravéncmont du dirisliniiisnie. et In loi noiivollc a modilié prolbn- (K'inciit tous les esprits et toiis los cœurs. Ce qui clait en haut, dans k\s choses et datis les opinions humaines, a été mis en has, et ce qui était en bas a été relevé en haut : est-ce que ces grandies révolutions du >4crl)e ont pu s'accomi)Iir sans que la forme du verbe, qui est la parole, fiU changée et dans son esprit et dans ses goûts? Donneronsnous la même parure h la vierge sainle décile qu'à la muse Euterpe? peindrons-nous l'ange Ciabriel avec les traits de Cupidon? Des artistes l'ont fait et se sont rendus ridicules. Les chastes personnifications du spiritualisme sont travesties et même profanées lorsqu'on leur prête les attributs et les grAces hétérogènes des divinités de la chair. 11 est vrai que la prétendue renaissance a tout confondu, et que les révoltes du sensualisme ont porté leurs attentats jusque sur les objets consacrés au culte de la mortification et de la sainte douleur. Depuis cette époque, nous vivons dans un véritable chaos, où la lumière lutte partout avec les ténèbres. C'est pourquoi nous devons nous réjouir : car plus le combat a duré, plus il approche de sa fin, et quand les éléments (jui se heurtent dans le conllil moral que nous traversons rentreront enfin dans l'ordre et feront place à la lumière, il se lèvera sur le monde un soleil dont nos i)lus beaux jours passés auront h peine valu les ombres 1

Alors la littérature chrétienne renaîtra : car la vie aura sa renaissance, connue la mort la sienne; et le monde saluera avec des transports de joie et d'amour cette muse nouvelle rayonnante de toutes les gloires du ïhabor et couronnée de toutes les épines du Calvaire ; celle muse dont la céleste beauté ressemblera à celle de Marie, parce qu'elle aussi sera mère et vierge tout à la fois : mère, parce que jamais inspiration |)1 us féconde n'aura donné au génie humain une ifnpérissabic famille de chefs-d'œuvre, et vierge, parce cjne les souvenirs de la muse profane n'ap|)rocheront jamais do sa jiensée, parce que les voluptés terrestres ne profaneront jamais son sourire, parce qu'enfin les j)assions humaines tu; traverserontjamais de leurs rides la sé-rénité de son front I

Lorsque le Sainl-Ksjjrit ilescendit sur les apôtres sous la forme de langues de feu, il les aruia do la toute-puissance du Verbe, et leur inspira non-seulement la vérité , mais l'élocpience pour la bien dire. Saint Paul, qui st; vantait d'ignorer les artifices do la parole, n'en est pas moins un sublime orateur; cl lorsqu'il brillait les livres du vieux monde, ce n'était pas pour am'annr les lettres et les sciences, mais pour faire place à une science et h une littérature nouvelles. Les formes littéraires sont connue le vêtement de la pensée; or la pensée sen- .sucUo et matérialislo du vieux monde était morte d'une maladie contagieuse; (pie faire (le .SCS vêtements, sinon les brûler? L'esprit humain avait besoin dune robe blanche

et neuve au sortir de la piscine baptismale ; tout était renouvelé })ar la loi nouvelle : il y avait un nouveau ci(d et une nouvelle terre. A de nouvelles inspirations il fallait un nouveau langage. Que le Verbe du Christ habile en vous (ibondanunent, disait saint Paul aux Colossiens; inslruiscz-vous d(nis toute la snfjesse, vous avertissant vous-mêmes par des ehants (psalmis), des hymnes et des cantiques spirituels, laissant chanter dans vos cœurs la (jrâcc de Dieu. C'est ainsi que l'ApùIre indi- (|ue les sources célestes de la nouvelle poésie, et la fait remonter à une inspiration réelle. « C'est le cœur qui fait l'éloquence, » avait dit un ancien, cl l'Ecriture nous apprend que Dieu est le maître des cœurs. La poésie est aussi la voix du cœur, dont elle exprime les affections, les enthousiasmes et les désirs; mais ces désirs,cesatrections,ces enthousiasmes peuvent être de la sagesse ou de la folie : la poésie qui émane des passions exallées est donc elle-même une folie, puisqu'on peut dire qu'elle est ce qu'elle exprime. La poésie de la sagesse chrétienne, au contraire, étant la forme de la sagesse, fait aussi partie de la sagesse , dont elle représente l'harmonie et la îieauté. Saint Paul, énumérant les caractères de la vraie sagesse, dit en premier lieu qu'elle est chaste {pudica est), et tel est aussi le premier, le grand, l'inelfaçablc caractère de la poésie et de toute la littérature chrétienne. Les anciens avaient bien dit que les muses étaient vierges; mais aux discours qu'ils leur faisaient entendre et ré|)éler, on reconnaissait bien que c'étaient des vierges folles. Quelle gravité pouvait conserver en elfet la virginité de Torpsichore, lorsqu'elle accompagnait de sa danse lascive les molles chansons d'Erato? Comment Thalie pouvaitelle être vierge et rire sous son masque des immoralités de Piaule ? La muse chrétienne, au contraire, n'a jamais transigé et ne transigera jamais avec le vice : elle a aussi des larmes et des sourires, mais c'est pour la vertu et l'innocence. Les roses de sa couronne ne se sont jamais llétries <i la vap3ur de l'encens qui brûle sur les autels de rimpudi((ue ^'énus, ni elfeuillées dans les orgies d'Anacréon ; elle n'est pourtant rigoureuse et sévère que dans la haine du mal ; elle approuve tout ce qui est l)ien. accuoillo tout ce (pii est aimable, admet tout ce tiui est Juste, glorifie tout ce qui est honorable, toujours suivant la doctrine du grand apôtre. Elle se plaît au milieu des jeunes vierges cl se joue avec les enfants; elle résiste aux puissances de la terre avec les martyrs, tonne contre liniquilé par la voix des prophètes et des Pères. Tour h tour héroïque cl ent'anline, pleine de douceur (H de force, parifi(jue et guerrière, ceinte d'épines sanglantes ou [tarée de lis dont rien ne llétritia blancheur, elle prie, ell(> pleure, elle bénit, (Ile menace, elle sourit, elle console. Les vertus dont elle (lis|)ose sont celles de toute la hiérarchie céleste, et dans les chœurs des anges elle se reproiluit neuf fois toujours dilfércnle et toujours la même. Elle rem-

PRÉFACE ET INTRODUCTION

place ainsi toute seule les neuf muses qu'elle a détrônées. Le compas d'Uranie mesure dans sa main plus hardie l'orbe des roues étoilées qui tournaient devant Ezéchiel ; elle a remplacé par la Bible le livre de Clio, et en a distribué les trompettes aux anges de l'Apocalypse. Pour remplacer les sept autres muses, elle prend les traits et les attributs des sept vertus chrétiennes ; ses caractères sont ceux de la charité elle-même, dont elle est Torgane.

Elle est patiente, elle est bonne, elle n'est point jalouse, contrairement au génie de ces poètes qu'Horace appelle une espèce irascible.

Elle n'est point inconvenante, elle évite l'entlure, ce qui la distingue spécialement du romantisme et du cynisme de nos écrivains modernes.

Elle n'est point ambitieuse, elle ne cherche point sa propre gloire , bien diflérenle en cela de tous les écrivains profanes.

Elle ne se met point en colère et ne

f)ense jamais le mal, condamnant ainsi es satyriques et les déclamateurs antisociaux.

Elle ne met pas sa joie dans le désordre, comme les exploiteurs de la littérature du crime ; mais elle se compilait dans la vérité, ce gui la rend étrangère aux polémiques du journalisme et aux invectives des partis.

La patience, la foi, l'espérance, la tolérance de tout ce qui n'atteint pas l'honneur de Dieu, l'abnégation de soi-même, le dévouement pour les autres, tel est, dans toute son analyse, le génie de la liltér.iture chrétienne, parce que c'est le génie du christiatianisme, dont cette lillér;iture doit reproduire uniquement les sentiments et les pensées.

La bouche parle de rabondance du cœur, disent les saintes lettres; l'hoiinne dit ce qu'il sait : or la science du chrétien ne doit pas din'érer de celle de rA|)ùtre, qui a (.'U h; droit de dire: Soyez mes imitateurs, comme ie le guis de Jésus-Ckrist. (Jr (juellc était la .science de saint Paul ?« Rien, disail-il luim/;mc, si ce n'est Jésiis-Christ, et Jésiis- Clirist crucifié. Non exislimavi mescire nlif/nid, nisi Jesum ('hrislum et hune critcifî.xum. n Or, \)msi\\\(', noire scicfic»* c'est Ir; <!rucifié, [»uisqiie n^lre .■ifiu)ijr <;.st ég.il'Miu'iil attaché à la croix, Amor mms crucifixns est, notre f»,'irolc doit être le X'cibc de la croix, Verbum crucis, et nous devmis tnjuvfr sur le Calvaire le type cr»iriplel de notre littérature chrétienne. En eiïel, le médiateur |»lacé entre le ciel et la terre, qui .souiïre, saigne et prie pour .ses bourreaux, voilà la plus haute expresHion de la poésie et de la [ilnlosofifiieriiodernes. Sous les bras étendus de la Vf-rbe crur;ihé, la .société ancieruie et l.i sr>ciété nouvelle sont figurées par les deux Mari*', toutes deux belles, mais d'une beauté hi didérente : l'une prosternée, p/irce tpje le «ensu/ilisme rendait la f<nurie eselave ; l'nii- »rc dr-boul, pan»' <i\k- \,\ ( liastelé réiii.inripe; la rourti.«ane «térile 'l li vmrge nieif, «elle

double antithèse vivante qui consacre par son rapprochement la fraternité do l'innocence et du repentir. Puis, saint Jean, le théologien , le confident des secrets du Verbe : In principio erat Verbum; celui qui a vu dans le cœur de son maître le commencement et la fin de toutes choses, le prophète à la double vue, qui, sans avoir besoin de la monstruosité de Janus aux deux visages, regarde en même temps avec le même regard d'aigle dans le passé et dans l'avenir. Foi, contemplation, raison soumise, espérance illimitée , amour humain réparé par la pénitence ; amour divin consacré par le sacrifice du fils et de la mère ; prière, bénédiction, pardon, larmes, consolation et promesse, tout est là, tout complète la pensée de l'avenir, tout ce que peuvent chercher l'intelligence et l'amour, tout ce qui peut s'exprimer par une parole harmonieuse, une littérature complète, un monde moral nouveau, une éloquence vivante, mourante et immortelle, une synthèse de toutes les affections, de toutes les espérances, de toutes les craintes humaines, de tous les héroïsmes surhumains, concentrée, résumée et exprimée par un seul cri d'angoisse, d'agonie, de mort, de résurrection prochaine, de joie et de triomphe, voilà le mystère du Calvaire conçu dans ses rapports avec la littérature chrétienne; voilà la création d'un nouveau monde; voilà le Verbe abrégé, Verbum abbrcviatum, dont l'analyse doit remplir désormais dans tous les âges les œuvres de l'esprit humain. Voilà la sagesse nouvelle qui sort de la fontaine baptismale régénérée dans le sang d'un Dieu, et qui marche parée de pourj)re et de blancheur, dans ses vêtements splendides, à la conquête de l'avenir, en chantant le cantique de sa mère :

« Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, et je suis l'aînée de toutes les créatures. C'est moi (pii fais lever dans le ciel une lumière impérissable, et j'en ai couv(îrt la terre comme d'une nuée splendidcî. Ma demeure est dans les hauteurs étern'elles, mon tiùiie est sur la coloniu; de nuée. J'ai parcouru seule le cercle liu vw.U je suis descendue dans le profond de l'aljhne, et j'ai marché sur les flots de la mer. J(> me suis arrêtée sur tf)ut(î In terre et che/. tous les peuples, et partout on m'a nommée n;ine. J'ai mesuré |».'ir ma vertu les cœurs des superbes avec roux des humbles : les grands elles petits m'ont préparé une derneirre, et j'y resterai comme d.urs l'héritage! do Dieu I

" J'ai reçu les or'dr(;s et la paroh; du Créateur de toutes ( lioscs, et celui qui m'a créée s'est reposé dans ma demeure!; et il m'a dit : (pje Jacf)b s(»il la patrie, et Israël ton lii*ritag(! ; él(!rids tes r'acines dans l'ilme de tous mes élus. Depuis h; commeru'.enn!nl et avant loirs les siècles je suis créée, et dans le siècl(! f'iilur je ne linirsii pas; et j'ai servi sa volonté dans sa demeure sainte.

" Ainsi je me suis alferrriio rl/ms Sion,ain.si j'ai Irouvf'r mon repos dans hi (ité sanctifiée ; <l .féru alem e>t en ma puissance. J'ai jnli^

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ri\LFA(:i: i;t introduction.

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mes racines dans la gloire do mon peuple. Son ht^rilage viont de mon Dieu, et ma [)ossossion est la plénitude des saints. Jo me suis élevée comme le cèdre sur le Liban, et comme le cyprès sur la montagne de Sion. Comme la palme de Cadès je me suis agrandie , et j'ai fleuri comme les plantations de la rose de Jéricho. Comme l'olivier je suis belle dans les campagnes, et comme le platane j'ai crû au bord de l'eau dans les plaines. J'ai parfumé ma demeure comme l'arbre odorant dont on n'a pas blessé l'écorce, et mon odeur est comme celle du baume qui n'a pas soutVert de mélange. Connue le térébintne j'ai élargi mes rameaux, et mes branches ont pour feuillage et pour fleurs la gloire et la grAce. Comme la vigne j'ai fructifié en suavité de parfums, et j'ai lU'uri dos fleurs d'honnêteté et de bonne renommée.

« Je suis la mère du bel amour, et de la crainte respectueuse, et de l'intuition, et de la sainte espérance.... Mon esprit est doux comme le miel , et ma mémoire est éternelle. »

Telles sont les prérogatives et les gloires de la littérature chrétienne, cette harmonieuse expression des pensées de la sagesse. Voilà en quels termes elle peut appeler h elle toutes les Ames pures et les cœurs épris de la beauté éternelle.

La littérature profane , au contraire , ne ressemblait que trop h celte femme dont Salomon le sage a tracé le portrait au vu' chapitre du livre des Proverbes , cette fenune étrangère à la vérité qui fait ses paroles douces pour causer des regrets amers. Ornée comme une créature vénale, attentive à la chasse des Ames, parleuse, vagabonde, impatiente du repos et ne sachant jamais arrêter ses pieds dans sa demeure. Car la gloire mondaine est cai>ricieuse, et ceux (\m la poursuivent doivent s'agiter comme elle.

Voilà donc la muse profane qui court les rues , qui cherche les ap|)laudissements sur les places, et qui, jusque dans les carrefours, tend des pièges h la jeunesse en lui oifrant ses écrits enqioisonnés. Le jeune homme imprévoyant s'arrête, le litre du mauvais livre lui sourit, la musc le prend el le llatle en lui disant : C'est un jour de fêle pour moi ; je suis sortie pour te. voir, et je t'ai rencontré. Viens, j'ai brodé de nouveau pour loi les riches la|)isscries de rKgy|)te, et je les ni étendues sur !e lit de repos où je veux endormir la raison. J'épancherai sur loi la myrrlu;, l'aloês et le ciiniainouie ; viens l'enivrer de |)ensérs el d'imagrs v(»luplueus(>s, puisque la vio est unn nuit ipi'il faut embellir de beaux rêves en attendant le lever du jour.

S'il existe un Dieu, il est loin de nous, et il nous laisse les maîtres dans sa demeure.

Elle [>rond ainsi IfsAnps novices dans les fdets do SOS discours; elle les entraîne par les flalloi U's de son langa/c Kl les insensés qui la suivent ne saveni pas qu'ils sont dans les pièges du la mort, coiuine le bruf ([ui suit le facrilicaleur, attachés l'un à l'autre par une

guirlande fleurie ; comme l'agneau qui so joue avec les liens que lui prépare le boucher.

La littérature antique avait deux idoles : l'orgueil et la volupté ; divinités infernales et terribles, qui ne sont jamais lasses de sacrifices humams ; elle n'acceptait la douleur que comme une vengeance de Jupiter contre l'audace de Prométhée. Les chaînes du Caucase la forçaient à subir les dieux, mais elle los déshonorait en leur attribuant les vices de l'homme, el le fon<l de sa doctrine, pour les initiés, était un athéisme impi(>. Le titan Prométhée , rugissant toujours dans ses chaînes, bravait l'Olympe el attendait Hercule ; Hercule le libérateur profane, violateur du ciel, de l'enfer elde la vie, le monstre qui abat tous les monstres , la synthèse du sensualisme et de l'orgueil incarnés dans la force brutale , tel était l'idéal du paganisme et le messie que la muse profane annonçait.

Ce type terrible et gigantesque d'Hercule apparaît dans la poésie chrétienne des légendes avec toutes ses proportions tilani(iues: pour massue il porte un arbre tout entier, et il s'appelle Reprobus, le nom qui cop.vient h Satan et à l'humanité mauilite. Nous le voyons travers; r un fleuve qui sépare deux mondes, courbé non sous le poids, mais sous la puissance d'un enfant. Ainsi l'antiquité représentait les Centaures domptés et lourmenlés par le jeune Eros ; mais combien l'enfanl-Dieu de la légeatle n'est-il pas plus puissant que le vaintiueur des Centaures et d'Hercule ! Hercule , qui résumait en lui toul(}s les forces de la chair , a dû en ressentir aussi toutes les faiblesses ; sa défaite fut une honte, tandis que notre Chrislophore, courbé sous l'enfant qui l'éclairé, sort du fleuve transitoire , glor.eux et régénéré. Le christianisme seul pouvait soustraire l'Hercule symboliipie aux alTronts d'Omphale el h la tunique dévorante de Déjanire, en lui donnant pour reine la chaste el éternelle beauté, el pour vêlenuMit expiatoire le ciliée de la |)énitence.

C'est ainsi cpie rnitcdligence triompha do la force; m lis l'Hcrcuh^ antifpie, transli^nré en Christophore , laissa dans le nmnde uno postérité insoumise. L'Olympe des Crées , (pii avait préci|)ité les géarUs.fnt précipité h son tour el conlinna de soulever par d'S efforts rebellos les montagnes ipii ré^n-asaient. La chair (pii ava l tenté d'étouller l'esprit au berceau , fut o|)|)rinu'e à son tour jiar wm) ju>le représaille ; la raison sans autorité j)rolesla contre ce (ju'elle osait appeler une autorité sans raison, c'est-à-dire une tyrannie. CiC (jui avait été le ciel devint l'enfer ; mais l'iMifer est élern»d connue le ciel, et après avoir opprimé, il résista. Le christianisme fut accusé d*êtr(> m\o doctrine de mort , ennemie de la société et de la natm-e ; la force s'était brisée contre lui, on essaya les armes du ridicule et de la déclamation ; on tenta même de le corrompre , sous prétexte d'uuo cencilialion chijuériquc dont les grands homuics de l'école d'Alexandrie furent les dupes

PRÉF^ACE ET INTRODUCTION

plutôt que les cùmplices ; mais l'autorité inlaillible du saint-siége romain se déclara et opposa une digue invincible au flux et au reflux de l'opinion liumaine. Le divorce entre les deux doctrines et les deux littératures, entre le passé et l'avenir , fut prononcé solennellement du haut de la chaire de saint Grégoire le Grand , et la théologie , définitivement triomphante , offrit à la ph losophie vaincue une robe de catéchumène et une place sur les bancs de son école.

Nous trouvons au livre de la Genèse une vision de Jacob qui présente à notre esprit une grande et merveilleuse allégorie. Pendant la nuit qui précéda sou retour dans sa patrie, le père des enfants disra 1 rencontra un m\-stérieux inconnu qui s'opposait à son passage ; ils se prirent donc corps à corps et luttèrent toute la nuit ; au point du jour seulement l'étranger révéla sa puissance surnaturelle , en énervant par un simple contact de sa main le genou robuste du pasteur ; alors Jacob se prosterna, et, tenant encore son vainqueur enlacé dans une fervente étreinte, il lui dit : « Je ne te laisserai pas aller que tune m'aiesbéni. » L'ange alors le bénit ( car c'était un ange ) et lui dit : « Tu seras fort contre tous tes ennemis, puisque tu as été fort dans une lutte contre Dieu même, dont je suis le messager et le représentant devant toi. »

Cette lutte du patriarche contre un esprit envoyé de Dieu représente admirablement cette lutte incessante de la chair contre l'esprit que Dieu [termet pour exercer, augmentt;r et glorilier les forces de son Eglise militante. Dieu sauvera la cliniren la soumettant à l'esprit, et c'est ainsi que doit finir le grand combat, h l'aube du jour étern» 1.

Lorsque le clirislianisni<; arriva à l'enijurc du monde, la philoso|)liie avait forcément abdirpié sous la pn^ssioi delà licfice. L'O- Iym()e était envahi par les oinl)res sanglantes des Césars ; le momie était (T-goiilé des excès du sensualisme, et aspirait vaguementaux ex[)iations ; le judaïsme avait produit les cssériiens, et le stoïcisme él.iit venu réformer les dogmr.s d'Epicure. Mais le désespoir de l'orgueil toujours vaincu avait fait crier à Krulus (pit; la vertu n'<-lait qu'un nom, et Caton n'avait trouvé rien (Je plus beau à faire que de se déchirer les entrailles pour [)rolesler contre la fortumj de César. Le stoïcisme avait donc dit son dernier mot, et ce mol c'était le suicide.

IwT croix vint donner .'i la vie tout I héroïsme de la rriorl volontaire, et ii la mort tO!Jte«j les joies et toutes les es()ératices (h; la vie. L'irrnrioialiod vrjloiilaire ne fut plus une désertion , mais un combat. Acceptfr le» maux de la vie devint plus grand que de J«s éviter par hj meurtre de sf»i-mémr'. La péfutence, avec hi-h s-ilutaires rigueurs, devint le ré^irrje sauveur de l'humanilé malade ; la ptidosophie antique ne vovait plus de remède fiue dans la mort, et elle était niorle dans le derruer accès de rage (je Caton. Tout l'arM'ie i monde était mort avec tlïe, lorsque le Hetfiiu^cité, rpn avait prouvé

en traversant la tombe son droit de commander à la mort, ordonna au monde de revivre. Le Lazare alors sortit de la tombe les pieds et les mains encore attachés par les bandelettes de la sépulture : Déliez-le, dit le Sauveur, et qiiil marche! Alors un travail de destruction sembla s'opérer sur les mœurs, sur les monuments, sur tous les usages antiques. Vandalisme apparent qui cachait une œuvre de régénération sociale. Non, ce n'était pas un outrage à la religion des tombeaux, ni une violation des mystères du passé, qui se commettait alors; ce n'étaient pas les bandelettes d'un mort que les disciples du Sauveur s'efforçaient de rompre : c'étaient les entraves d'un vivant !

Toutefois, les morts s'obstinaient à ensevelir leurs morts, et la nature protesta dès le commencement contre la grâce : elle protesta, mais elle dut le faire en silence, lorsque le monde fut rempli des paroles du Verbe de vérité. Les oracles cessèrent alors, et la poésie ainsi que l'éloquence resta muette. Siluit terra in conspcctu ejus. Les persécuteurs n'avaient plus pour avocats que dos bourreaux, et méprisaient eux-mêmes leurs rhéteurs et leurs sophistes. Les chrétiens, au contraire, étonnaient le monde par leurs vertus, l'épouvantaient de leur j)atlence et l'ébranlaient par leurs discours. La Défense de Tertullien dut faire pAlir les juges, qui se sentirent eux-mêmes accusés. Les Césars avaient pu crucilier le Verbe, mais ils ne pouvaient f)as empêcher qu'en expirant il nv. bouleversAt d'un cri toute la surface de la terre , et n'arracliAt de leur tombeau les p/iles ossements des morts l

L'humanité', épuisée et mourante, fut ainsi rajeunieparle baptême du sang d'un Dieu renouvelé sanscesse parcelui des martyrs ; elle reprit une vie nouvelle, et les esprits de ténèbi-es songèrerU alors à la corroinjire encore unefois. Les débris de l'ancienne civilisation s'étaient conservés dans les cloîtres. Les livres de l'antiquité, devenus des objets d études, éîaient rt'servés par h^s (mfants (l(> VI'.glise pour servir h l'histoire de l'esprit humain; rl'un autre coté, les derniers et opini;Ures sectaleuis des vieux cultes se réunis- .saienl sf)uvent dans l'ombie pour célébrer leu rs mystères parmi les tonibeaux. Il y eut des sciences et des initiations occultes au fond dr'Sfpiolles on r(!trouvait toujours le panthéisme indieti ou le diudisme de Zoroastro et de .Mauès. La guerrr; que l'Kglis»; dé<;larn aux hérésies et aux sciences magiipies les eiiipêclin d(! se produin; |iubliqii(;ment, mais ils organisèrent |)<wlout d(! ténébr(!Us(!S associations dont le but (Hait toujours le rêvo aitiqiir; de i*roiiiétliée : donn(*r à l'hommo le feu du c\<'.\ (rt déi(i«!r le génie humain en le rendant seul irbitre de la cn'alion et de la vie. L<! travail imiiienso des alchimistes n'avait jias d'autre but que de découvrir les sr-crets mat<'riiels de l.i naluie (ît de léguer au travail île. I liommu une immortalité; indépendante de Dieu

Tandis que les udoialeura iecitls des

PRÉFACE ET INTRODUCTION

faux dicut sï-puisaiont à forger ainsi leur Pandore, le catholicisnio faisait éclore l'art nouveau qu'avaient ins|iiré ses mystères : laissant aux sectateurs des sciences cach(^cs les liit'-rogl yphes obscurs des anciens symboles, l'Eglise créait toutes les langues de l'Europe, ou du moins les modifiait profondément, narl'introduction dans touslesidiomesdel'élément évangélique. La littérature de la Bible et des Pères forma l'esprit des prédicateurs dont la voix transforma les peuples barbares. Le canon dos livres sacrés et la liturgie romaine, donnèrent une nouvelle littérature au monde, sans mélange de tout' élément profane; cependant l'ancien dominateur du monde, décnu jusqu'au rang d'esclave, lit an christianisme une opposition de valet ; Caïn malheureux se moqua de la prospérité d'Abel, et s'efforça d'intervertir les rôles; ne pouvant plus être tyran, l'orgueil humain se lit victime et tAcha de faire remonter plus haut que l'Eglise ellc-môme l'odieux qui s'attache aux persécuteurs. La convalescence de l'humanité, sauvée de la mort par la tempérance chrétienne, fut signalée par un retour subit d'appétits sensuels. La l^hilosophiede Platon avait essayé de s'allier à la théologie pour échapper aux proscriptions de l'esprit nouveau; l'amour profane essaya de s'approprier les dévouements héroïques de la charité et de se faire tolérer sous les voiles do la tempérance. La chevalerie errante eut alors ses pénitents et ses ascètes, qui parodiaient pour une dame les sacrifices par lesquels on gagne le ciel; les passions humaines se glissèrent ainsi sous le Je cilice pour avoir un prétexte, plus tard, de déshonorer l'ascétisme et de calomnier les saints. La poésie des troubadours et des trouvères se forma d'un mélange de mysticisme anacréontique, de libertinage dévot et de plaisanteries effrontées; l'alchimie ne dissimula plus ses espérances; Promélhée, délivré mais incorrigible, recommençait encore ri attenter au feu du ciel.

L'Eglise cependant, assistée du génie de Charlemagne vivant encore dans ses enfants, hAtissait j)atieiument l'immense édilice de la société chrétionnc , dont elle semblait multiplier les es((uisses et les modèles en .semant |)artout ces merveilleuses cathédrales, qui sont des épopées de pierre et des synthèses monumentales. Trop naliente, peut-être, parce qu'elle était mère, l'Eglise laissait rire les insensés en se contentant de prier pour eux, et n'opposait que les larmes de ses sages h la folle gaieté des jongleurs.

On ertl dit qu'elle touchait au terme de ses efforts. Saint Thomas avait fait sa Somme, Dante son épO[)ée , Ra|)liael ses plus belhîs peintures; Michel-Ange faisait Sainl-Pierro •le Rome, et Léon X faisait luire sur le ca- Iholirisme enriii pacilié aprèi;des luttes semblables h celles des triumvirs, lauror»^ du sièele d'Auguste. La famille humaine avait grandi, et I Eglise accordait déjfi plus de liberté h ses liis; mais une prédu-tion terrible de saint Paul clail sur le i»oint de se réali-

ser : une grande et universelle apostasie devait éprouver l'Eglise et désoler le monde avant la consommation finale. La parabole de l'enfant prodigue devait avoir sa réalisation non-seulement dans la personne de chaque pécheur, mais dans l'humanité presque tout entière. Le temps était venu où l'on protesterait contre le devoir religieux et social au nom du droit individuel , ce père fatal de l'égoïsme moderne. Jean Hus apparut en Bohème prêchant contre la hiérarchie et répondant h ceux qui lui disaient de se soumettre : Prouvez-moi que je me trompe. — L'Eglise l'a dit.— Ce n'est pas assez: prouvez-le moil Voilà donc le mot prononcé : le moi humain se fait le jugedéfinitif de l'autorité divine. On peut brûler Jean Hus, on ne détruira pas sa parole, et cette parole à son tour ira incendierle monde.

« Mon père, dit l'enfant prodigue dans la parabole, donnez-moi la part qui me revient dans votre héritage; » puis le voilà qui s'en va seul dans une terre lointaine où il dissipe sa substance, à vivre dans le luxe et la débauclie.

Le luxe et la débauche de l'esprit humain révolte commencèrent à cette époque, qu'on appelle /a 7-enaissnnce, et finiront avec la révolution française. A la renaissance, le paganisme ressuscita dans les moeurs, dans la littérature et dans les arts. Les poètes de l'école de Ronsard poussèrent la folie jusqu'à sacrifier, non pas en vers, mais réellement et en nature, un bouc à l'idole de Bacclius. La littérature de ce siècle, si l'on en juge par son épopée boull'onne, le Gargantua de Rabelais, fut d'ailleurs une véritable bacchanale : alors les princes et les princessps tles cours de l'Europe dédaignaient les noms du >LTrtyrologe pour exhuiiier ceux de la mythologie, et s'ai)pelaient Phébus, Hercule ou Diane. On brûlait alors les protestants, plutôt |)tnit-ètre en haine de leur austérité <{ue de leurs erreurs; caries princes protégeaient le scei^ticisme et permettaient (le se niO(pier de tous les dogmes, aux beaux osprils (jni faisaient hautement profession de répuilier le schisme l)0udeur do Calvin. On couvrait alors le libertinage du manteau de l'orthodoxie, et dans les deux camps ennemis on conspirait contre l'Eglise.

L'Eglise aU)rs trouva pour défenseurs les enfants si calomniés de saint Ignace. Austères dans leurs mœurs comme les ascètes des jiremiers siècles, indulgents dans leurs doctrines autant que l'orthodoxie la plus sévère permet de l'ètri», aussi indivisil»lem(<nl unis entre eux (pie les hérétirpies étaient nécessairement divisés, les Jésuites furent [irêts pour tous les dangers, rt'pondirenl à tous les bi^soins, réfutèrent tous les reproches; aussi devinrent-ils. dès lors, \o point de mire de toutes lt>s alla([ues combinées, et il sembla toujours depuis, aux ennemis du calholicisine, que les Jésuites, en périssant, enlraîneraie-il avec eux dans la tombe le génie et la fnftunede Rome.

>Lais le génie et la fortune de la Rome chrétienne sont inséparablcmenl unis à la

PRÉFACE ET LNTUODUCTION.

providence divine, et ceux qui espèrent détruire l'Eglise recommencent la fabte des Titans : ils peuvent entasser les montagnes, qui roulent et retombent toujours sur euxmêmes : ils épargnent ainsi à la patience divine la douleur de les écraser.

Les Jésuites poursuivirent au sein de l'Eglise, l'œuvre d'une véritable création scientifique et littéraire pour l'opposer à la renaissance profane. Ils se dévouèrent à l'éducation et cultivèrent avec succès toutes les sciences et tous les arts. Les collèges de la société de Jésus ont été, depuis le règne de François I" jusqu'à présent , l'asile de la science catholique et d'une éducation vraiment libérale, parce qu'il n'y a pas de liberté hors de la discipline et de la foi; là, de prudents et habiles maîtres surent sanctifier, autant qu'elle pouvait l'être, la littérature profane, et firent étudier sans danger à leurs élèves, les chefs-d'œuvre de l'antiquité païenne, sans négliger pour cela les saintes lettres et les beautés bien plus durables de l'antiquité religieuse et catholique.

Nous avons dit que les chefs-d'œuvre de la littérature ancienne avaient été conservés dans les monastères, lors des bouleversements du monde et de l'invasion des barbares. Ces livres ne devaient pas être détruits, car ils a[)p3rtenaient à l'histoire de l'humanité, et devaient servir do trophées au triomphe de l'Evangile. D'ailleurs , une beauté quelconque dans la formo suppose toujours une vérité quelconque dans la pensée. Les gratids maîtres de l'antiquité avaient eu quelquefois comme une onibre d'insj>iration; on voit briller un lointain refiet de la gloire de Jéliovah dans les hymnes d'Orphée eldeCléanthe; plusieurs passages d'Eschyle semblent des imitations du livre de Job; Homère rivalise quehpicfois avec la majesté fcl la simplicité des récits bibliqu(!S. Le travail providentiel d»; rr?s|>rit humain pour épurer et f>our enrichir les langues antifjues ne devait pas être penlu, car la IMftvidence poursuit son oeuvre cl ne st; conlr.:dit jamais. Le catholicisme, en réagissant contre les lettres humaines , ne proscrivait que leur décadence et voulait sauver h-urs giandeurs. Voilà pounpioi la Uome modrrnc est In capitale des arts vl la co'iscrvatricc des cli«-f*-d'(;;uvr(; du monde : elle a transfiguré lo Panthéon en église de tous les saitils, mais «•Ile Uf! l'a [)as rlémoli : elle n'cU'ace aiiciino lif-aulé, pnrc(; que la beauté est l'empreinte du doigt de Diini; elle ne proscrit aucune v<;rité, parce que toutes les vérités sont callioliques, le calholicism*- lui-même n'('lant autre chosr- fpi(; la vérité universelle.

Cependant la |iréleiidiir! rétnrine , (pii cachait VMJS l'apiiarence .d'une grande niislénlé d'esprit les révoltes s(;crètes de la chair, ixxirsuivail son ojuvre de destruction dans If; monde; «'Ile déchirait les livres, bnVait les images, flépoiiillait les temples et anéarili.s- .«ail toute poésie dans sa lillérntur»f d'iconrirlasles. (W'Ile mar-llrr;, qu'f>n a(i|)ell(; la raison humaine, l>risail les tiésors <!(• ses enfanli et déchirait bam pitié les (injures dorées

et coloriées des pages où ils apprenaient à lire. Un voile fut tiré x}ntre le ciel et la terre, les temples devinrent nus et mornes comme des âmes sans croyances. La morale , dépouillée de tous ses ornements et privée de son unique sanction, fut montrée aux hommes comme une férule dans la main d'un pédagogue, et l'on dégoûta ainsi les âmes de ce qu'on n'avait pas osé leur arracher d'abord. De protestation en protestation , où était-il d'ailleurs possible de s'arrêter? A la réhabilitation de la chair sans frein et du génie de Lucifer ; à la négation de l'autorité , de la propriété et de la famille ; au droit de braconnage et de résistance aux lois jusqu'à la mort. Tel est le dernier mot de la révolte, et ce mot , qu'un écrivain catholique seul a osé prononcer comme un paradoxe , a été accueilli par certains hommes comme une vérité , tandis qu'une répression défaillante osait à peine le châtier comme un blasphème.

Le siècle de Louis XIV compléta celui de Léon X , et donna le dernier mot de la littérature chrétienne. Après Bossuet, Corneille, Racine , Fénelon et Pascal, il ne reste plus guère de leçons à donner, il reste seulement de fortes études à faire. Le xvin° siècle arriva enfin pour ensevelir la philosophie et la littérature profanes dans leur triomphe éphémère. 11 y eut alors un homme qui communiait exprès pour outrager la sainte hostie , et qui ne semblait raisonner que pour traîner la raison dans la fiuige , insultant Dieu et méprisant les hommes : ce fléau fut l'idole de son siècle , et ne se coucha sous le sol ébranlé et miné i>ar lui (pie pour attendre un immense tombeau de ruines. Sa dernièie espéranc(; ne fut pas trompée, mais ces ruines ensevelirent à la fois et ses ossements et sa gloire, et les projets de ses disciples. La révolution fut la grande fête des Philistins, dont \'oltaire avait été le Samson aveugle. Amis et ennemis , tout fut écrasé sous la chute do l'édifice, et il ne resta debout (piececiui n.-stc toujours debout sur les tombes , la croix (pi'on voulait seule renverser.

Après ces grands enseignements, l'huiuanit»' devint jiensive. Pendant (pie la religion envoyait encore ses enfants échappés au martyre' consoler les vivants et ensevelir les morts, le iri-nic ducliristianisinr. parut, et opposa aux ri(;anements de Voltaire la mélancolie chri'tienne di; Châleaubiiand. Ce n'était pas en<()i(! sans doute la véiilé font ('litière, mais c'était uik; éhxpieiite protestation cr)iitr(; la caloiiiin(; et le iiK^nsonge. L'Euro|i(! iMitière entendit cette voix ; le g(''nic de Teiliillieii parut alois se réveiller, et LaiiieMiiais nous apporta ses ardenles et aiiières apologies, réiia(ttations anticipées des erreurs (pii (l(!vnienl les suivr(\ Lalitléralin(; de l'orginnl eut un moiiKîtil de (lécourag(!ineiit à ras|>ecl decett(! renaiss/nico callioli(pie : elle S(! couvrit alors d'un voile d(! tiislesso et se réfugia dans le d('ses|toir pour é(;happer à la foi. Satan alors sr. révéla sous ses vraies formes de lépioiivé, et il giin(;a des dents avec. IJvlon (le ne pouvoir [plus rire avec Vultuiic.

PRÉFACE ET lî^TRODUCTION.

On vil paraîlrc alors la lillérature des lonibcaux sans espérance ; la poésie chanla l'hymne du mal, une guerre ridicule s'éleva entre les i)artisans de la littérature morte et ceux do la littérature dos morts : les classiques d'un côté, champions du vieux Parnasse et de ses divinités h jamais mortes et surannées, et les romantiques do l'autre, qui voulaient remplaror des abstractions mythologiques par des imaginations monstrueuses, semblaient vouloir mesiirer ensemble et prendre pour champions , les uns des squelettes, les autres des fanlùmcs. La littérature chrétienne resta étrangère h tout le bruit que firent en passant ces (lucrcllos ridicules. De part et d'autre on finit par se calmer, et l'on reconnut qu'en littérature le beau doit toujours être classique , puis((u'il doit être toujours dans les écoles civilisées l'objet d'un sage enseignement.

A l'époque où nous vivons, la littérature est loin d'être encore chrétienne, mais elle tend aie devenir, et nous devons de toutes nos forces accélérer ce mouvement : telle est la pensée qui nous a dirigé et soutenu dans les recherches et le travail immense qu'a exigés le Dictionnaire que nous j)résentons aujourd'hui au public, et que nous soumettons au jugement de l'autorité compétente.

En entreprenant la composition d'un Z)tctionnairedclittcroturechrclicnne,hOUSSiv[o-is deux écueils à éviter : premièrement les redites, secondement les innovations téméraires. Nous ne voulions pas compiler nos articles dans Laharpe ou dans Le JJalteux, sauf à leur donner, tant bien que mal , une couleur exclusivement religieuse, et nous n'avions pas autorité pour enseigner de nouvelles méthodes ; notre but a donc été de choisir et de classer des matériaux pour un cours S[)écial de littérature chrétienne. Nous donnons nos études pour des études, it nos essais pour des essais , sans autre garantie que la consciencieuse activité de nos recherches et la réserve do nos jugements.

Donner des indications aussi complètes (jue possible sur les hommes et sur les choses de la littérature chrétienne, montrer la relation des formes avec les idées et l'alliance éternelle de la beauté avec la vérité dans les sciences et dans les arts (jui ont la liitérature pour interprèle, indi(i\icr les sources divines et humaines du grand art de bien dire applique! h la scienct; de bien faire : tri a été notre désir. Nous n'avons [)U expli(juer les nuances diverses de la foinio, sans avoir à apprécier souvent les transformations <h: la pensée; nous l'avons fait avec une abnégation entière de notre scmis particulier, un sacrifice complet de toutes les tendances nouvelles , en noii.> jilaçant simplement et uni- •piomonlau point de viu' catlioli(pie tel (pi'il nous n été montré dès nolr(> l'nfance par l'autorité du cur[)s enseignant , ({ui repr('scnlc c(;llo de l'Eglise infaillible et universelle. Si nous nous en étions ('carlé eu (pielquc chose, ro serait h notre insu et c(»nlre notre vr»lonlé; nous siqtplions qu'on nous corrign, et nous (loiinon.s par avance, de tout

ce qui, dans cet ouvrage comme dans tous ceux que nous avons eu le bonheur ou lo malheur de publier, serait jugé contraire ou moins conforme à la tradition catholique , une pleine et entière rétractation.

Du reste , les soins que nous avons apportés à la rédaction de ce Dictionnaire , le soin surtout que nous avons eu de communiquer nos principaux articles à de savants et sévères ecclésiastiques, peuvent nous rassurer un peu sur le jugement que portera de notre travail l'autorité à laquelle nous le soumettons tout entier.

Nous n'avons pas cru qu'il fût suffisant d'entasser par ordre al[)habétique des matériaux informes , et de diriger seulement les recherches de nos lecteurs ; nous avons désiré leur épargner ce que le travail a de plus pénible, en leur offrant des recherches toutes faites , des analyses indiquées , et des ébauches toutes tracées. Nous avons imité le maître de dessin, ou si l'on veut le répétiteur ( car nous ne voulons nous comparer 5 aucune espèce de maître), qui, pour mieux expliquer ses théories, dessine lui-même sur ses cahiers ou sur le tableau de la classe quelques études élémentaires. C'est peutêtre hasarder beaucoup, mais on se résigne volontiers h la critique lorsqu'on enseigne avec le sincère désir d'apprendre soi-même. Nos essais ne seront jamais ajoutés à nosarticles comme des modèles , mais seulement comme des démonstrations. On sait que dans les cours de géométrie on raisonne souvent fort juste sur une figure assez mal faite. Du reste, toutes les fois que nous avons pu nous dispenser d'esquisser nous-mêrae et raisonner seulement sur les compositions des maîtres, nous nous sommes bien gardés d'y manquer.

Voici comment nous avons distribué nos études. La sainte Ecriture d'abord, dont nous avons analysé avec soin l'ensemble et les parties au "point de vue exclusivement littéraire, mais cependant avec toute la foi d'un chrétien. Nous avons cherché surtout h préciser le caractère do la poésie ou do l'élo- (pionce projire «i chacun des auteurs des saints livres ; nous y avons ciiorché les moilèles prinn'tif^s do fous les genres littéraires; nous avons piofondémcnt étudié toute la littérature do l'Orient, le symbolisme piimilif (les anciens cultes dans ses rapports avec les ligures do nos livres divins , la science des allégories et dos harmonies dans les littératures anciennes (pii s(^ rap[)orfenl à celle de la Hible; nous avons fait [>eut-être quel- (pios découvertes dans les champs si cultivés et si souvent explorés de réruditiou religi(>use ; eniin nous avons réuni dans des articles ipii sont de véritables traités, tout ce qui peut servira l'intolligeMico des ligures de langage et dos boautc'S bltéraires de nos livres divins. Une personne (pii voudrait entreprendre la lecture de notre Dictionnaire connue celle d'un cours, devrait, après cette préface, lire d'abord l'article Biblk , puis chercher le mot riKNf:sE, et lire ainsi successivement tous nos articles sur chacun des

PRÉFACE ET INTRODLCTION.

soixante-douze livres qui composent le volume divin.

Le travail que nous avions fait sur la sainte Bible, nous l'avons fait ensuite sur les Pères; mais on doit comprendre qu'il nous a été impossible de lui donner la môme étendue et les mêmes développements : l'espace et le temps nous eussent manqué pour une pareille œuvre. Il a donc fallu nous borner à résumer dans un seul article , intitulé du nom de chaque Père , les beautés générales et la portée littéraire de ses ouvrages. Cette œuvre n'était pas la moins difficile de la tâche que nous nous étions imposée, et nous serions heureux si notre succès égalait seulement la peine qu'elle nous a donnée.

Après les Pères, nous avons étudié la liturgie et la poésie admirable des cérémonies et des saints offices ; nous avons étudié, comparé et analysé les principales hymnes et les plus belles proses de l'Eucolo.ue; la sainte Messe, le Propre du temps, le Rituel ont été les sujets d'articles spéciaux ; nous avons choisi et cité quelques belles traductions de Racine et de quelques autres moins célèbres , nous avons même risqué nos essais quand les œuvres des maîtres nous ont manqué.

Nous avons étudié après les Pères, et cité à leur rang al[)habétique , les hagiograpiies les plus célèbres, et ici nos analyses ont dû être encore plus succinctes et nos indications plus abrégéfs. On ne cherchera pas dans notre ouvrage la biograpliie des saints personnages ni des grands iionnnesdont nous avons choisi les noms : nos lecteurs trouveront ce travail tout f.iit dans les Uiclionnnires d'//(ifjiofjrapfiie ci dn liiof/raphic, <[\i\ fout partie de celle Encyclopédie théolofjif/ur ; toutefois , nous n'avons jas cru rpi'il fût hors de notre sujet de citer, avec un bciu nom, quelque trait touahanl ou sublime qui nous a [)aru de l'éloquence ou de la poé:5ie en action.

Enfin, nous avons coni[iassé les ouvrages d«-s lillér.ileurs et des |to<;'les , choisissant seulement les sornrniti's, inili(iu/inl sonitn.iiremcnt le reste d»'ins h-s articles généraux sur la |)Oésie et sur Ir; style.

Après les hommes , nr)us avons [».nssé en revue les choses , c'e^l-h-dire h's gcnrf'S et le:* espèces, les usages cl les règles de la littérature chrétienn»'. .Nous avons évité de nous rcrKontrer avec le JJiriiotumirc spécial d'Hofjuenre nacrée , et nous nous sonuiies, pour ainsi diir;, ixUsbtww de tout ce ipii appartient i\ la iUii'wi'.. Nous n'avons égalenictit [Mjs cru devoir ropicr ce qui se trouve dans toutes le» rtiélr>riqu«'S »ur les règliîs généra^ les rJe l'art fie jtarltrr i'\ d'écrire; nous avons fait en qucirpu; sorte mémoire en (>assniil /h; la nonj<'iif;lalure rlassi'pie dfs ligures el des Iropcs , ayant Irop de choses irnpfjrlarilrs h faire <'fjlr»'r dans nos ortirlcs pour h-s allonger inulilfiiif;iit f>ar des buialiléset des redites eriipruriléfs h des livres qu" nous avons npj>ns par «a.ur dans notrft infanre, et que loul Jo Uionde peut trouver par-

l'Mlt.

Nous avons dit que plusieurs de nosarticles sont de véritables traités , et nous aurions voulu les faire aussi complets et aussi solides en les abrégeant et en les multipliant davantage ; mais le lecteur judicieux s'apercevra sans doute qu'ils sont déjà fort abrégés et ne contiennent pas tous les développements qu'on y indique et qu'il serait possible d'y faire. Le Dictionnaire de littérature chrétienne, étant un ouvrage entièrement neuf, était à créer tout entier, et nous n'avons pas cru qu'on pût soutenir un pareil édifice sans lui donner de fortes bases. Nous avons donc composé d'abord séparément nos principaux articles comme autant d'ouvrages particuliers , puis nous les avons rattachés ensemble par une succession logique que la série alphabétique ne peut ni indiquer ni rompre, mais que l'ordre même des idées fera suivre facilement.

Tout le monde s'attendra à trouver dans un Dictionnaire de littérature un grand nombre de citatioas , et quelques personnes craindront peut-être de n'y trouver qu'une nouvelle édition plus complète de tous les recueils de morceaux choisis dont les bibliothèques sont encombrées. Il nous eût été impossible, en etl'et, de faire un cours de littérature , et encore moins un dictionnaire, sans citations ; mais nous n'en avons pas été prodigue , et nous nous sonnnes gardé surtout de répéter encore une fois les leçons de notre enlanoe et les lambeaux de littérature qui traînent dans toutes les mémoires. Nous avons remplacé la citation par l'analyse toutes les fois ([ue nous avons espéré h? faire avec avantage. A |)eine avons-nous cédé à la tentation de ré[)éler deux pages de iJo.ssuet (jue tout h; monde sait |)ar cœur et (}u'')'i ne se lasse jamais Jii de relire , ni do ri'péter, ni d'entendre. Nous n'avons pas même copié un seul passage dans les livres cliiiruiants de Féneîon, pn-férant od'rirà nos lecteurs dfs choses moins ( onnues et tiu'il est plus dirficih,' de s(! |)rocuter. C'e>t dans c<'lle intention (jnc; nous avons conquilséles manuscrits et les paichemins godiicpws des hibliothèipies pour en tirer (piehpns léjj;endes inédites ou (juehjues scèntîs de» nos vieux mystères : Nous avons traduit de plusieius langues ariciennes et m(jdernes les poésies de saints personnages Irop peu eoniuis comme poi-tes, tels ipie saint l''rançois d'Assise, saint Jean (h; la (Iroix , saifite Thérèse, etc. Nous avons , autant qu'il nous a été possible, chrjisi desouviviges assez courts, pour (pj'on pût les citer dans hnw (nilier ^ a\ant toujours trouvé pé-nible h; déinendtremr-nt et la inulilalion des (eiivres littéraires. l'ntr belle page n'est viainnml belle (ju'à sa place, et les Iragnienls nous scnublenl toujours le résultat d'une (euvn; d(! desliuction. Lors<pie nf)us reirouvons dans ipielipu^ cilalion nnitiléf; les uniipies restes (!(; (piehpies antiques chcjs-d'<euvi-e , nous nous sentons prAts h trail(!r de barbare celui qui nous apporte ainsi les tronnuis d'iifn^ pinisée meurtrie, (^uf! ce soit un préjdgi* ou une idi'-e ju»lc, nous avons craint d'encourii' le niêmu

rUÉFACE ET INTRODUCTION.

blAnio, et, nu lion de démembrer, par exemple , la belle tra;jçédie iVAthalie , qu'il nous était impossible de ne pas citer, puisipie c'est le ehef-d'œuvre de la littérature religieuse et de la littérature française, nous aimons mieux renvoyer au texte enlier, qui se trouve entre les mains de tous les lecteurs.

Nous avons eu h proliter plus d'une fois des travaux de quehjues écrivains modestes dont les noms sont peu connus, et dont les livres estimables sont heureusement tombés entre nos mains : je les remercie des renseij^nements qu'ils m'ont fournis, et des citations savantes ([u'ils m'ont donné l'occasi(tn de faire. Je suis heureux de pouvoir citer ici avec les éloges qu'ils méritent , les noms de MM. Oseray, Jacoby, Victor do Perrodil, Joly et l'auteur anonyme d'un Essai sur la littérature des offices divins.

L'n mot maintenant sur l'usage de ce Dictionnaire. Il peut servir pour l'étude, pour la composition et [)Our les recherches, r Pour l'élude, il contient d'abord, comme nous l'avons dit , un cours de littérature chrétienne aussi complet qu'il nous a été donné de le faire. Pour suivre ce cours, il faut diviser les articles par séries relatives à l'ordre logique des idées, cl soit qu'on préfère connnencer par l'abstrait ou par le concret, soit qu'on veuille faire passer l'étude des genres avant celle des écrivains, on pourra commencer le cours par les articles Srvi,E, PoiisiE, Puose, etc., ou par 1(;s articles lîiiu.E avec tous ses compléments , Pèues avec tous les noms qui s'y rap|)ortent , et ainsi de suite. On pourrait lire aussi il'abord, en forme de prolégomènes, les articles Allégorie, Altoiuté et d'autres de la môme esi)èce. Nous sommes loin de donner comme certains les résultais d'un travail do jtliis de vingt ans ; car une longue vie ne sullirait pas, employée toute entière, l'ï une élude si attachante. Nous es[)érons toutefois <pie notre peu de science donnera à nos lecteurs le désir d'en acquérir davantage, et (pi"ils jugeront des richesses de la mine d'or par les (juchpies paillellfs (pie nous avons Icuilcmeiit el laborienscnient recueillies.

Le moyen de i)roiiter de nos essais sera de les recommencer soi-même. Nous invitons nos lecteins à véritier nos analyses et h les refaire. On dit qu(> la meilleine manière d'apprendre , c'est d'enseigner. Nous nous |)Osons donc en écolier devant nos lecteurs, el tKMis les prions de vouloir bien, dans leur intérêt et daiis le notre, corriger nos versions el nos thèmes.

Nous avons dit que noire Dictionnaire peut servir encore pour la composition, parce qu'on y trouvera (piehpies indications pr<'cis(îS sur les sujets et sur les genres, avec des appréciatiiuis couscitMicieuses des bons modèles, el surtout des exercices d'analyse sur les livres saints, celle source de toutes les créations littéraires. On y trouvera aussi des résumés du mouvement de l'esprit Immain el des tendances lilléraires à to\ites les f;randcs épixpies du chrisiianisme, des étudci) ^ur les n)ystèrcs de lu re-

ligion dans leurs rapports avec i'imagination et le cœur, beaucoup d'idées indicniées et de plans h denii tracés, des suggestions et des oscpiisses, des recherches sur tous les genres toutes faites et toutes préparées, sans surcharge de textes et d'érudition superflue. 11 y a, dit un moraliste français, la même dilférence entre la bonne et la mauvaise érudition qu'entre les abeilles et l'enfant qui arrache les fleurs : les abeilles prennent le miel de toutes et les laissent vivre, l'autre néglige le miel qu'il ne sait pas recueillir et fait mourir les fleurs dont il s'empare, en sorte qu'elles ne sont plus bonnes h rien. Nous avons lAclié de ressembler plutôt aux abeilles el de rendre nos recherches plus utiles en les débarrassant de tout ce qu'il y a quekiucfois dans l'érudition de diffus et de pédantesciue.

Quant aux recherches, l'ordre al[)habétique et les renvois que nous avons indiqués les rendront faciles. On verra que nous avons resserré nos articles , et que nous avons tenu plutôt à les rendre complets qu'à les multiplier. Chaque idée et chaque sujet se présenteront ainsi dans leur ordre logique, avec l'indication de leurs antécédents et de leurs subséquents : méthode que nous avons crue préférable h des divisions trop mulli|)liées (]ui ne pourraient laisser sur chaque objet que des notions vagues et incomplètes.

Enfin nous avons évité dans la rédaction celte séch(»resse didactique i]ui fatigue trop souvent dans les ouvrages élémentaires. Il faut parler de la littérature en littérateur, el (le la |)oésie en poêle, pour intéresser < t jiour coîivaincre. N'ous en avons senti la nécessité, et si le talent seul a souvent manqué à notre bonne volonté el h nos etforts, on ne nous accusera pas du nu)ins ilètro resté froid aux beautés cpie nous faisions remarquiT aux autres, et d'avoir désintéressé notre cceiir des exercices que nous proposions h l'intelligence et h l'esprit.

Revenons h la pensée dominanle de notre œuvre, l'existence et l'avenir d'une littérature exclusivement chrétienne, ipii doit coopérer à l'œuvre de la régénération du monde moderne, et régner désormais sans contestalions el sans partage. La littérature ex[)rimant l'état des esprits, est ordinairemenl par ses variations le signe indicaleiu" de la croissance, de In gloire et de la décadence des empires; elle se corrompt che/les peuples ipii se corrompent, s'alfaiblil el se p(M'd aux a|)proches des grands boulever semiMils du globe et aux épo(pies de déchéance pour les civilisations. (Jiia'id l'empire romani est tombé, il eiU entraîné les sciences et les aris dans sa ruine si le jeune christianisme ne fiU resté debout et vivant, conservant ilans son simu toutes les semences de gloire, de savoir, de vérité et do beauté pour l'avenir. L'œnjvro du christianisme dans le moyen ;\gc a été la fondation (le l'anldrite infaillible et la conslitulion do l'unité catholique, uUermic à son tour l'Iu-

PRÉFACE ET INTRODUCTION

SO

tôt qu'ébranlée par trois siècles de persécutions. Cette arche nouvelle va peut-être bientôt surnager seule sur les flots d'un nouveau déluge. Hors d'elle, en efl"et, que reste-t-il au monde d'intact, de réel et de fort ? Ceux qui ont pris le parti de n'y plus penser et de dire qu'elle n'existe plus s'étonnent et s'irritent de la rencontrer toujours au-dessus des hommes et des choses : pourquoi s'en étonner, et à quoi bon s'en irriter ? Le monde entier proclame maintenant comme des principes d'avenir la fraternité, l'association, l'unité ; or, cherchez tout cela hors de l'Eglise catholique, vous trouverez partout la division la plus complète. Tout le monde parle d'un retour à l'esprit de l'Evangile ; les révolutionnaires eux-mêmes ont exploité le nom du Sauveur, et l'ont montré aux populations comme le fondateur de la véritable liberté. Ils ont bien fait, mais ce qu'ils n'ont pas dit c'est que la véritable liberté est dans l'abnégation, dans la résignation, dans l'obéissance et dans le dévouement, et que le nom du Christ symbolise et résume toutes ces idées; que la pauvreté est sainte, et que le Rédempteur, en lui léguant sa couronne d'épines et son mantfau , l'a proclamée reine des vertus chrétiennes; que la douleur et le travail sont une expiation salutaire ; qu'il ne faut pas envier le riche, mais le plaindre, et qu'on est au-dessus de toutes les choses dont on sait courageusement s'abstenir.

C'est par de pari'illes doctrines que le peuj)le sera véritablement émancijjé ; or ces doctrines sont dans l'Evangile, et ceux qui les lisent pour y chercher autre chose finiront pourl.:nt par les comprendre. Or du christianisme bien compris au catholicisme il n'y a rpi'un [tas : le catholicisme est la conclusion rigoureuse du syllogisme dont l'Evangile a |»o.sé les prémisses.

Telles sont les tendances de l'esprit qui s'agite maintenant au sein des masses et les I)Ousse comme malgré elles et .'i leur insu à une grande réconciliation avec l'Eglise leur uiiTc. L;\ f)uissance des événements forcera la logique des idées et la rendra dussi rigoureuse que nécessaire : tout ce fjui se remue dans la société d'instincts égoïstes et brulaux doit aboutir h l'alhéisriie, au maléri.tlismc, et (jar suite h la révolte contre toutes les lois; tout ce f{ui est généreux, fraternel, sociable, chrétien en un mot, doit se rallier tôt ou tard au [»rinri(ie fie l'unité, qui est la seiihr garantie de l'associatirjn et de la force, el par une conséquence! rigoureusr*, au enlliolifîisrue, qui ollre aux (hrétirtis rcWi unité déjà consliluéi;, inlailbble et inipérisfcable.

^^u'on examine dans notre siècle le mouvement desscienres et des arts, qu'on interroge les iiressentimeiils de la foule ; tout lo monde \(ni% dira qu'une grande renaissance se [»ré(inrc. El qui done pourra encore enfnnler, Hi ro n'est la mère? Trfnive/, (pjelque part une irjstitution, une «sso» iation, une idée fl.Hse/ féconde et asxe/ vivant»! [i(»ur iJiériler ce iKre, cl si c'est autre chose que

l'Eglise catholique, je vais vous reconnaître pour le plus étonnant génie des temps modernes... ou vous laisser là comme un pauvre fou. 11 n'existe rien encore, direz-vous; mais il va se constituer quelque chose. — C'est comme si vous disiez : Les sables arides du désert, dispersés en tous sens par les vents contraires, Uniront par se réunir et par bâtir tout seuls un palais en pierres de taille. Ce qui tourmente l'humanité, ce sont les premiers regrets de l'enfant prodigue dans les angoisses de sa misère. Oh I quand donc se lèvera-t-elle en criant généreusement : Mon père I mon père 1 il est temps de retourner à lui !

. Cette comparaison de l'état actuel de l'esprit humain avec celui de l'enfant prodigue dans son exil est d'une rigoureuse exactituile. Après les orgies de la raison, la misère du scepticisme; après le luxe de la débauche, le matérialisme grossier et la convoitise bestiale, l'enfant prodigue n'avait plus pour préoccupation que le désir de remplir son ventre des cosses que mangeaient les pourceaux. Où en est maintenant chez nous, dans les arts, l'inspiration, la foi, le désir mémo de la gloire ? — Il faut de l'argent pour manger! Voilà la réponse brutale qui sera faite partout à vos questions sur les tendances do la littérature moilerne. Le roman-feuilleton vous débite à tout prix des poisons de l'impureté ou des cadavres selon le goût des acheteurs, et l'olficine des muses est devenue une succursale de la droguerie de Desrues ou des boucheries de Monlfaucon.

La littérature ne pouvait guère descendre plus bas, et jjourtant elle y est {)arvenue. I>a ferme des annonces a pris les beaux esprits à la journée, et les célébrités littéraires n'ont plus été (}ue des tréteaux |)lus ou moins élevés pour les paillasses de l'industrie. La prostitution du veibe humain est ainsi ariivée aux dernières limites de l'abjection et do rim[)udeur, (!t le dégoôt en doit faire bientôt une justice prctmpti! et universelle.

Oui j)Ourra rester debout, a[)rès tant do chutes, sinon le géui(! de rE;^iis(î (pii no toiid)e jamais et (pii relèveceuvcpii tondx'nt? Où cliercln!ra-l-on des garanties de; durée jtour les croyances et des titr(;s poin* réliahilil(!r la p(!nst!e humaine, sinon dans le tem|)lo vivant de l'aulorilé immoilellf! et des vc'-rilés inébiardables ? Déjà, par un instinct de (onservalion dont on ne se riMnl pas bien compte, on se serre contre les piliers d(î lédilice sacré, et l'on s'y appuie sous prétexte de soutenir la religion, (pii n'a pas besoin d'être soutenue. Tout ce ipii n'est pas souillé par le m(;rcanlilisme littéraire, asjiire aux ensiï'gneiiKîiilsd'unfj morale solid(î et sévère; o'i essayede riivc'iir aux belles formes eldo leur fane exprimer des pi-nsées vraiiîs ; lo besoin du senliiiieiil religieux se tialiil |i<'ir l(! myslicisme dans l'art ; on co|iie instincliveiiieut les o'uvres des siècles croyants ; Itt peinture moderne, avec toutes ses ressourcir.s d'exéculiori, itiivie la naïveté et la candeur (le la plus simple imageiit! go(|ii(pii! : tout nous ramène îi l'ail chrétien, et l'art chié-

tien, comnii^ tout le monde sait, n'existe qiuî dans le ealliolicisme. Les protc>t;\iits et les révolutionnaires ont été partout des Vand.iles, et l'hérésie n'a jamais laissé de son passasse d'autres monuments (pie des ruines.

Pour travailler edicaceuitMit au salut do la soriélé et h.lter le bien que l'avenir nous prépare, il n'y a donc riei de plus urgent à lairc que de rallier autour du centre de l'unité catholique toutes les lumières du monde et d'élever ces lumières réunies comme un phare dans la tempête. Il faut rassembler et rap[)eler dans larchc sainte tous les éléments de la civilisation qui ne doit pas [)érir, et c'est la grande œuvre que M. l'abbé Migne a entreprise par la publication de sa colossale Encyclopédie théologique.

La littérature a deux faces dans le monde : inic qui allirme et l'autre ([ui nie ; l'une tournée du côté du ciel, l'autre du côté de l'enfer. Elle a deux voix : l'une qui [)rio et qui pleure, l'autre qui blasphème et qui rit; l'une ([ui bénit et invite les hommes à la charité, l'autre qui maudit et qui h\s pousse <^ la haine; et ces deux voix dans les mêmes Ames confondent quelquefois leurs échos.

Le monde intellectuel est [)artagé par des opinions diverses comme le monde [)oliticjue; et nous n'en sommes pas surpris, car 1 idéal, soit divin, soit humain, soit qu'il se forme des convictions de la f(ji ou des obstinations de l'orgueil, l'idéal, disons-nous, enfante et régit les pensées ; les pensées dominantes h une époque protluiseut la littérature et les UKRurs, la littérature et les mœurs forment roi)inion, et l'opinion gouverne la polititpie. Dans le siècle donc où nous vivons, la littérature connue les nneurs, connue l'opinion et tout le reste, est retombée dans le chaos, L'ndirmalio i et la négalionse font également absurdes en se poussant dans les extrêmes : les uns veulent la raison sans autorité, les autres veulent l'aulorité sans raison, et peu de personnes |iensent à la solution de ce diU'érend, ([ui si-rait l'autorité raisonnable, ralionabilc ohscfjuium, selon la parole si profonde et si juste du grand apôtre. L'Kglisi; catholique seule peut savoir counuent linira cette guerre, et c'est pourquoi elle s'abstii'ut d'y |)renilre part : elle reste étrangère ;i tout ce (pii se dit et h tout ce cpii se fait dans cette époque esseulicH'iuenl transitoire, et dit coiuim: un mystique célèbre : Tout crin n'a pas le goôl de l'élt'rnilé : lloc (rlcrnitntnn non sapit. Cependant ceux dont elli; ne s'occupe [)as s'occupent d'elle avec uni» activité et untî inquiétude étonnant s : les uns la blAment de re ((u'ellc blAtner.iit elle-même, h's autres la vantent comnu' elle ne veut pas être vantée ; (piimporte tout cela à l'Kglise infaillible, indéfectible et suinaliire bnueut certaine de son av(!nir? l'ille porte encore dans ses liras ceux luêtues (pii la tli-chireul ; c'est elle (piia conservé au monde cette science (pi'on a essayé vainiMuenl de diriger contre elle : tout •(» (pi'on fiit pour elle ou contre elh* tourne é($ak>uient à 3on trio;np!ie ( t a sa

PRÉFACE ET INTRODUCTION

gloire : en la persécutant on réveille sa force, en voulant la tuer on coopère à son immortalité ; on lui reproche d'être immobile, et si elle faisait un pas elfe bouleverserait le monde; on l'accuse d'être arriéré(s et il n'y a pas de {)hilosophie assez avancée pour être digne encore d'adorer ses dogmijs et de se prosterner devant sa morale, et il n'y a pas de sciences dont les plus profonds théorèmes approchent de ses plus simples enseignements. Que lui importent donc l'opinion fluctueuse, la littérature maladj et la politique corrompue d'un présent (pii a horreur (le lui-même et qui n'aspire (pi'à se précipiter dans l'avenir ou dans le passé? Pour l'Kglise, le passé c'est l'avenir, l)arce que l'éternité est toujours pour elle le présent. Elle ne reconnaît pas de progrès fatal; tout pour elle est providentiel de la part de Dieu et volontaire de la part des hommes; c'est pourquoi elle prie et elle prêche : on l'accuse de favoriser l'oppression parce qu'elle n'encourage jamais la révolte, et ceux (jiii l'accusent aujourd'hui d'être complice du meurtre des nations l'accusaient hier d'encourager le meurtre des rois. La vérité est que l'Eglise prêche également la justice aux rois et la soumission aux peuples, et qu'elle protège également les uns contre les mauvaises passions des autres. Seulement elle ne i>ermet jamais aux enfant* déjuger leurs pères, parce qu'elle ne saurait vouloir la subversion du mrmde moral et qu'elle n'a pas institué en vain u;ie magnifique hiérarchie. Elle sait que la justice descend et ne peut jamais remonter que sous la forme de l'obéissance. Se révolter, c'est p M'dro son droit , et c'est p:)ur cela t[ue l'Eglise, I rolectrice des droits île tous et gardienne de tous les devoirs, oi)pose toujours le devoir au droit, alin de les conserver l'un par l'autre. Toutes les luttes do répo(pie actuelle, les elforts des sciences lM)ur bAtir lein- tour de Babel, les convulsions même de la littérature agonisante, tout cela tournera au profit de l'Eglise et agrandiia le domaine de son autorité maternelle. Il faut laisser pass(T le chaos. Dieu a détourné son visage de l'Iiomme ijui voulait être sans Dieu, et la nalun» humaine tout entière est t(uubéo en délaillance; privé do l'assislanco divine, tout ce <pii vient île la poussière n^tondie en poussière. Airrtrute (lulcm Ir fdcinndi'ficicnt cl in pnlrcrcin suuin rrrcrirniiir. .Mais vous enverrez votre esprit. Seigneur, et il se fera comme une créalion nouvelle. lùiiitlca .<>i)iriluin lunni, et crrahuntur, cl rcnovahis fncicm tvrrir.

Nous avons dû, pour toutes les raisons que nous venons d'indiquer, maintenir nos ('•tudes sur la littérature chrétienne entre un souvenir et une espér.iuee, sans nous préoc/- (Miiier des lunniues et des choses du présent. Notre souvenir s'arrêti^ au grand siècle do I,ouis \1V, noire espérance franchit l'ère sair^lante (les révolutions et aspire à l'-nirore de la paix universelle. Nous nous abstenons d'éi'ouîer l(\s voix qui crient, qui menacent ou ([ui chantent dans la luéléo ;

PRÉFACE ET INTRODUCTION

nous nous relirons à l'écart et nous prions pour tous, afin que tous reviennent à la vérité, et qu'ils se convertissent et qu'ils vivent.

Dans le présent, la littérature chrétienne duit se borner à deux humbles fonctions, la jjrière et l'enseignement des simples. Il faut ramener doucement à Dieu ces populations qu'on égare, il faut leur faire aimer cette religion qu'on calomnie, il faut les reconduire à la divinité du Rédempteur par les inépuisables tendresses de son humanité, et pour cela il n'est pas besoin d'un grand génie ni d'un grand style; beaucoup de charité suffit. Des histoires touchantes, des allégories faciles à comprendre, des lectures pour la chaumière et l'atelier, des livres comme ceui de Sdvio Pellico, de Charles Sjinte-Foi et d'autres pieux moralistes, voilà ce qu'il faut faire et ce que les amis des bonnes lettres et des bonnes œuvres ne sauraient trop encourager. Mais dans l'avenir, dans un avenir déjà prochain, quelle magnifique carrière s'ouvre pour la littérature chrétienne! Elle duit reconquérir sa place à la tête du mouvement intellectuel, comme la colonne de lumière qui guidait les Israélites pendant la nuit; elle doit régénérer et créer de nouveau tous les genres qui ont été perdus et rendus impossibles par la littérature profane. L'épopée, le drame, le roman mémo doivent lui demander une existence et des inspirations nouvelles. L'humanité n'est pas lasse de science, mais elle a besoin de foi. Désormais donc elle saura qu'il faut croire, et elle croira pour coiu- {»ren Jre : Crédite, et intcllifjctis.

Un jour le siège de l'autorité suprême en matière de religion sera aussi lo tribin.'d souverain de la littérature et des arts. Rome n'est-eile pas déjii i)Our les beaux-arts une cité-mère et une iiatrie universelle? (^cla sera parce quo cela doit être; puis(pie la beauté est la forme de la vénlé , on ne doit reco'nnaltre pour vrainie'it beau que ce qui est magniliqueinent vrai. Le temple de S.jint- Pierre de Home est déjà la plus iielle synthèse artistiqui; du monde moderne, et remporte en magnilicence et eu grandeur sur toutes les merveilles de l'ancien mondr;; mais les éfjoiiées sculpturales ont préci'-dé les é[*o[iées écrites, et la gloire du catholicisme r»'a été dignement ch/inléc encore rpjo 1»ar des artistes d-uis des pfjemes do \,u;n(:. I reste cncorr; a faire un grand ouvrage : ce sera le résumé des inspiratir^ns, dos élans poétiques, dc'S mouvements <i'olrj(iijiiice , (Je» travaux historiques, des rcolirrr lies Acientifiques produite sfuis l'irMlucnce de la religion chrélieruir' ot d(; l'unilo r.'illioliiprc Alors il se fera dans le mondo un gjand sil'-nce , et l'on écoutera Dion parler : rar n'est-ce pas h Dieu même qu'il faut allribuer cl ra[)porter tarit de beautés ot tant de f^randeurs ! Alors il y aura une inf.nllihiliio dans l'a'rt , parce <pie l'autorité inf.iillibh; qui (jronrnicc sur la vérité des f)ensées df)it rxercer «ton ««lion jusque sur h-.s lorme.s •J? ce» pensées qu'elle juge. Ainsi Ton aura

universellement reconnu qu'une pensée fausse n'est pas belle, et qu'une pensée ne peut ôtre que fausse quand l'autorité infaillible ne ra])prouve pas.

O Rome ! tille immortelle des héros d'Homère, toi qui as recueilli l'héritage des civilisations antiques, et qui es devenue la reine du monde pour piéparer un empire tout formé au christianisme naissant, et enrichir le berceau d'un pauvre artisan de toutes les dépouilles des rois; colosse soumis par un enfant , persécutrice vaincue par tes martyrs , mère convertie par les fils que lu repoussais de ton soin , cité toujours couronnée du laurier de Dante Alighieri enté sur celui de Virgile, salut à toi ! tu es et lu seras toujours la grande école des nations et le foyer de la lumière universelle. Depuis que Dieu et Charlemagne t'ont donné le monde pour empire, bien des erreurs, bien des calomnies , bien des mauvais jours ont passé, et tes innombrables combats n'ont pas épuisé ta force. Ton génie surtout ravonne encore tout entier sur les ténèbres tle notre clgç. Que sont auprès de toi les écoles d'Athènes et d'Alexandrie? Quel Panthéon fut jamais jilus comph't et plus splendide que le tien ? Chaque rayon de gloire qui illumine le front d'un grand génie est détaché de ta couronne. C'était toi qui , par la main de tes pontifes, dé]>osais la couronne sur les tètes refroidies de Raphaël et du Tasse, et l'innuorlalité niôrao, dans les souvenirs de la terre, était dispensée par la main qui tient les clefs du ciel. Rome de Léon X et de Michel-Ange, Rome de (Jrégoiie VII et d'Innocent III, cité royale et poimlaire , mère de l'obéissance et de la liberté , régulatrice des droits et des devoirs, (pielle paiole civilisatrice, conservatrice, régénératrice du monde peut se soustraire h ton autorité divine, à Ion inlarissabh; insjdration , à ta souveraine censure? Autrefois le \'erbo éternel s'était résumé et comme abrégé dans le sein d'une vierge ; Ynbum abhririntum : lu même miracle s'est perpétué eu toi , et de même que l'Kiil'ant- Dieu, en grandisï.mt, n'a \n\s cessé d'ètr,- lo «livin lils de .Marie, tous les [)rogrès de la lillératnre <'l des arts ne so-it ipie les dévelopjiements d'un arbre dont la terre du tombeau (les apôtres contient toujours et alimente les racines. Salut eiicon; une fois, r(;ine du véiiiable j'iogrès , puisque tes décisions ont empêché tant de fois rhiimanité de reculer ! Cité Ihérdogienne, cité savanle, cilé poéii(pio sur toutes les cités de l'ancien et du nouveau nujfide, nouvelle Jérusalem, cité de Dieu ! à toi mes veilles (!t mes ell'ort.s, toi fpie les enlants les plus ingrats ont souvent ainn'e ju'cpio dans leurs im|)aticncc3 et dans leurs cfjlères , toi ipii relèves ceux qui Itmibent etipii ramènes ceux (pii s'égol'onl, toi rpii es patiente commc! Dicni , partie (pie tu es ('•lernclle comme lui; c'est par toi seule (pie lliuiiianitr' s(! rappr'och(,'ra un jour dr; Dieu , c'esl par toi seule i\\U', Dieu ien- <iia la main pour pardonner à la raison lui maine et la rrdever- do ses chutes, et alois le dernier de te« enfants le j)rése!ilera f ( tte

|»riiM"0 jiour que tu la fassos ai^n'or îi co Voilx» (jui osl tout h la fois ton (x^re , et ton t'ponx, et ton enfant.

Véi-ilô l'UM-ncllo, soleil vivant qui fais fructilier si uia,Anitiqueniont d'Age en fige Tarnre des croyances , des joies , des douleurs et des iiiagni licences de la pensée, je ne suis qu'ini inscclc perdu dans tes rayons ; 'e ne sais pas si j'ai nue robe obscure ou des ailes brillantes , une voix qui chante ou ipii bourdonne; mais je sais (|ue ta hnnièrc est splendide et que ta chaleur est douce; sois bénie d'avoir bien voulu que jeté rende ti-inoignage; sois bénie du sort que tu m'as fait et de la tAche que tu m'as iuqiosée, car tout ce que tu fais est bien. Qu'importe à ceux nui liront ce livre mon ignorance personnelle si je parle selon ta science, si je parle surtout au nom de tes docteurs, de tes saints, de tes sages et de tes jirophètes; qu'on les lise et (ju'on ne sache plus ce que j'en aurai dit ; qu'on admire leur génie, qu'on s'instruise h leur école et qu'on oublie mes veilles : je ne suis (ju'un guide obscur dans la nécropole des monuments du passé, et je ne demande ni un souvenir ni un adieu au voyageur que j'aurai introduit dans ces catacon)bes des rcli(iues artisli(jues et littéraires.

Je dis introduit, car cet ouvrage, tout considérabh^ (ju'il est , n'est encori' qu'une introduction il des travaux immenses ([ui se feront bientôt et qui sont déjà connnencés. On exhumera les trésors inconnus de la litti-ralure des siècles croyants, comme on a (b'teiré de nos jours les trésors d'HercuIamnn et de Pompéi. Combien de richesses sont encore cachées 1 Mais le même esprit de foi , d'espéiance et de charité (jui les a produites renouvellera tontes ces choses. Chui (lulcm rrncrit illc S})iritHs rcritatis, docrhit vos omnrm vcritatcm... et suggerct tohis oiiinin (juircinupie (lixcro vobis.

On trouvera peut-être de la contradiction entre les jugements et les ai)précialions contenus dans cet ouvrage, el ([uehpies iiassages des autres écrits du même auteur, ^ons ii"avoiis h répondre ([u'unc chose : c'est t|ue plus on écrit , plus on corrige , si l'on ne lient pas à rester toujours médiocre, absurde

PRÉFACE ET INTRODLCTION.

ou mauvais; d'ailleurs, autres sont les rêves d'un poêle qui écrit par fantaisie des jtaradmes ou des utopies , autres sont les conviftions d'un écrivain sérieux et d'un littérateur chrétien. Ce (pi'on ne sait pas, on ne peut lallirmer qu'au hasard; ce qu'on sait, on doit le dire comme on le sait, mais ce qu'on doit croire est invariable. Ainsi, dans la rédaction d'un livre comme celui-ci , la persoruialité de l'auteur s'elfacc presque entièrement et ne se révèle que par ses fautes. Ce qu'il tient des croyances établies, il doit le rendr-e aux cr-oyances établies; ce qu'il doit h l'étude, il doit le rendre à la science; que lui restc-t-il donc? le souvenir des peines, du travail et les rigueurs de la critirjue.

Nous espér-ons toutefois qu'elle ne se montrera pas trop inexorable à ce livre sér-ieux, traité d'une manière sérieuse. Les fautes qui nous seraient signalées seront corrigées avec soin dans les éditions successives, et nous ne négligerons rien pour rendre notre œuvre moins indigne de l'attention et de l'estime de nos lecteurs.

On trouvera peut-être qu'aux endroits où nous avons traduit nous-même soit l'Ecriture sainte, soit les Pères, nous avons souvent paraphrasé plutôt que rendu littéralement notre texte; mais on ne doit |'as oublier que ces ti-aductions partielles se rattachent h des analyses liftér-air-es; or, en littérature, paraplu'ascr c'est souvent analyser. Une périphrase est quelquefois nécessaire pour bien faire sentir l'éner-gie d'un mot, et nous ne nous sommes jamais écarté de la lettre que pour nous rapprocher davantage de l'esprit.

Puisse ce tr-avail être utile, puisse-t-il être favorablement accueilli par ceux h qui nous l'ollrons I Nous le déposons d'abord aux pieds de ré[>iscopat fiançais, en demandant pour lui une bienveillante protection. Puissions-nous avoir témoigné notre recomiaissance vi la sainte Kglise pour les soins tpi'elle a pris de notre enfance , en lui consacrant les fruits d'un enseignement (ju'elle ruius a si généreusement pr-odigué. Instruit par elle, jtuissions-nous avoir été instruit pour elle et lui laisser au moins ce gage des regrets les plus sincères et d'une reconnaissance éternelle. A. Constant.

DE

LITTERATURE CHRETIMIE.

A, promièro loltrc do l'alphabet dans les langues dérivées du lalin , en grec Alpha et en hébreu Ateph. On sait que les docteurs hébreut versés dans la cabale assignent h. chaque lettre un rang et une signilicalion mystérieuse, et nous trouvons plusieurs fois dans les saintes Ecritures cette parole mise dans la bouche de Dieu même : Je suis rAlpha H rOméfja , le commencement et la fin.

Dans un des Evangiles apocry()lH's (jui nous sont parvenus (VEvangile de l Enfance), on trcuve une légende assez remaïquable qui se rapporte <'i cette science cabalistique (les caractères de l'alphabet. Lorsque le Seigneur Jésus, dit le légendaire, fut en Age d'aller à l'école, on l'envoya chez un maître pour y apprendre 'i lire. (\c, rnaitre lui montra et lui nonima d'abord la lettre Alcph, en lui enjoignant de répéter a(»rès lui le nom de celle lettre : Jésus obéit , [)uis le rnallre lui montra et lui nomma la lettre Hdlcuials Jésus lui dit : A[)[)rends-moi d'abord la valeur et la signilicalion de la premiéie lettre avant que nous passions à la seconde, Le maître resta interdit, et, confus (|u'il était de manquer de science en présence d'un enfant , il manqua aussi de justice et de modération, car il rc-nvr>ya avec colère le divin enfant h Marie et à Jose[»h en leur disant : iW-nb-rmez cet enfant et ne le laissfz jamais sortir; il donne déji'i les ()reuves de la plus elfrayanle malice, et rien ne |»ourra vaincre sa méchanceté native cl ses mauvais |»encl:anls.

Ocllf histoire n'est f»cut-Alre qu'une amjdilicalion ou une version 8ui»|)0sée de ce «pie rap(>orlenl les EvangiN-s autlienlifpHs de l'erilrelien rju'eul Jésus dans le leiuple avec les docteurs de la h»i , b-s interrogeant et leur réftondanl jtisqu'à les laisser éiruîrveillén de sn sagesse, (^iioi qu'il en »r)it, on peut considérer la Ir;ltre A comme la princijfale de« voyelles, »t, h ce lilrc, comme iinf) rej»r黀nlalion «ymboliquo du Verbe de vé-

rité et de la création du monde. A esl aussi le premier son que sachent articuler les enfants , et la langue enl'antine des nourrices termine aussi en A la plupart de ses mots accommodés au bégayement du premier ;1ge. On peut remarquer aussi le retour fréquent de la consonnance en A dans les langues des neuples sauvages , et princi[)alemeiit dan? leurs chansons : cette consonnance, en effet, est douce , et sa répétition a quelque chose de mélodieux.

La lettre A commence le nom iVAdonaï et termine le nom de Jvhova, les deux noms incommunicables cpii exjiriment par dos sons humains l'infinie majesté du Très-Haut. 11 est à remarquer que le nom de Jchora contient nos cinq voyelles avec trois aspirations, jmisque Icj et le v ne sont (jue \'i et Vu aspirés; Vh ajout(; aussi um; aspiration à la lettre 0. Les Chinr)i.s nomment le Créateur Jao, un seul mol en trois voix, comme 7f/- /<oja et comme Adonai , et dans l'Apocalyi)se. Dieu se nomme lui-même Aô , pour signilier (pi'il esl Iv. commencement el la lin «le toute chose, el rpi'cn lui seul est renfermé le Vr-rbe tout entier.

La figure de la lettre A semble ex|)rimer les mystères cfjiileiius dans celle voyelle : c'est un triangle porté sur deux f»ieds; e'ost un compas ouvert dont les deux branches sont unies el séparées en mèiiH! lemps par un Irait; c'est le frrtnloii d'un temph;; c est l'entrée de la tente des patriarches. On sait que la première écriture était louto hiéniglyphifpie , et l'oti ni; doit considérer les caractères (pii nous restent (jue comme des hiéroglyphes abrégés.

Iji jtoete mf)d(!rne,dont la ficililé est prodigieuse pour tiailerttn vers hîs sujiîts les plusarid<;s, s'est exercé moitié sérieus(!iiienl, irif>itié idaisamment, sur cetic! origino et ce caractère distinclif d(;,s hitires : nos lecteurs lie nous saiiifnil pns mauvais grô de citer ici ce morceau assez curieux :

Aussitôt qu'il eut vu la liimièn^ ,

I/lmmine voulut rrocr une langue promière, Kt niaïqiUT par le son, par l'cU'et de la voix I.fs objets tpril voyait pour la promière fois. )..\ nature elle-inènie, envers lui débonnaire, Fournit les éléments de son dictionnaire, Kl riiomme intelligent, à son éeole instruit, Pour nommer une cliosc en imita le bruit. Il sut que rOeéan est berré par la houle, Que le cheval hennit, que le pigeon roucoule ; il nomma bêlement la plainte du troupeau, Knlendil sous les joncs coasser le crapaud, Kit à travers les bois sijjîcr la froide brise, Craquer avec fracas le chêne qui se brise ; l'our tous les animaux aux mugissements sourds. Institua les noms de /ok;», de bœuf et d'owrs, Kl son oreille enlin, de mille sons frappée, ('onslruisil tous les mois par onomatopée. .Mais c'était peu qu'aidé du secours de ses sens, Il eût de la nature imité les accents; Il voulut des objets copier la figure, Kt c'est par le dessin (juil trouva l'écriture. N'en doutons point: au tcmpsde nos premiers;! ux, I^cs lettres n'étaient pas des Irails capricieux, Des lignes au hasard, des empreintes frivoles, Mais des signes réels, des portraits, des symboles, Qui, sur la pierre dure incrustes par l'acier, Uen.laienl de mille objets le type oncor grossier. Ce présent qu'envoya Ihérilier des califes, Ce vaste bloc chargé de noirs hiérogly|>hes. Tout peuplé d'anubis, de couleuvre>, d'oiseaux. Monolithe formé de cinq ou six morceaux, I/obélisque ihcbain, sur sa quadruple face, i'orte un récit muet que le dessin retrace, Un tableau do granit que l'art imitateur Hurina de porlraiîs dans tout'! sa hauteur. Kt ne prétendons pas qu'aux jours du premier ûge I/éloquenle écriture ail borné son usage; (les types descriptifs en Kgyple imprimes. Par d'inhabiles mains (piebpiofois déforiné-s. Mais conservant toujours, symbole alpliabeliipic, Kn vestige apparent de leur ligure antique, <*]uvres des Khaldéens. des Perses, des Indous, Par la Grèce et par Uome ont passé jiisipi'.i nous : Oui, cliatpie mol écril, dans notre langut; même i'orte un jalon parlant, un vériTupic emblème. Ce si;jiio capilal, je ne puis le nier, Taiilol se montre en tèle et lanliU le dernier; Dans l'i-paisscur du mol (picl(|ue(bis il s'enlbiico, Mais un œil cxi'rcé le voit et le dcinonee. Ah! si je ne craignais d'être trop importun, J'en citerais ici mille evemplos pour un :

L'A, qui de l'Angle Aigu porte la ressemb'ance, Ainsi qu'un chevAlet sur ses pieds se balance. Ko I> sort du iJissac. Avec un bon coup d'œil On voit l'G (pii se roule en forme d' o cureuii. K'/ imite la /cnle et f\\\l par la /enètrp. Dans les flancs de la gourde un g dut prendre l'être Convenez avec ujoi que l'Il corre.s|)ond Au chenet de cuisine, au crocllcl, au harpon. K'I chargé de son point est un modeste signe ; C'est un nain résigné qui marche dans sa ligne. I.c V connue un laiton se Plante dans un mur. Sur la lettre qui suit jetons un voile obscur. Ke K que l'Orient mit dans noire écriture, De l'esclave d'un Khan garde l'hinuble poslu.c. I.e. d, que par oubli je laissiis en chemin, l-c (J marque le doigt, rm et l'n la main. L'(.l parait de rigueur dan:- lontr < hosc rOndc ;

Une pOmme, une Orange, une bOule, le mOnde, Un Obus, un canOn, une lOurtc, un grelOt. K'I brille .à la lance, au pal, au javelot. Kst-il une copie, un portrait plus sévère Que le V, qui désigne et le Vase et le Verre? Dans croissant et dans sabre on trouve en commençant L'S qui fait le Sabre, et le G le Croissant. L'Ii est m.ajcst'.JCuse ; on croit voir une Reine Serrant par la ceinture une robe qui traine. L'Ll dans un objet creux a trouvé son patron, II se plaît dans le troU, la cUve cl le chaUdron. Sans le 1 , glorieux de sa haute importance. Il n'est pas de ràTeau, do marTt;au, de poTcncc ; Et le Z bizarre, au corps ratatiné,

Deux fois dans le ZigZag se montre dessiné. Chaque lettre, en un mot, porte en elle un indice, Un but qu'elle ne peut perdre sans préjudice; Et, puisque le bon sens des hommes d'autrefois '\oulut pour l'orthographe instituer des lois. Que leur postérité les suive et les respecte. Comment se peut-il donc qu'une moderne seclC Ose bouleverser ces emblèmes pariants.

Symboles glorieux respectés six mille ans? Novateurs, protégés même à l'Académie, Ils ont changé des mots la physioe.omie; Ils ont destitué des caractères saints De la création véridinues dessins.

Dirai-je les excès de 'leur fureur vandale? Ils ont prive la clef de sa lettre finale; De rf dont la forme étant placée au bout Se révélait aux yeux tonune un passe-partout. S'il exista jamais une image fidèle

D'une fauLx à faucher, celte image est une L Et depuis que celte L est ravie à la faux. Le mot ainsi tronqué n'offre plus qu'un sens faux. Le bled, que par un «> terminaient nos ancèlrcs, La métlio.ic du join- l'a r.-duil à trois leilres, Sans songer (pie ce î) qu'on prive de ses droits neprésentait l'epi qui penche sous son poids. Nulle lelire n'échappe a lear brutale rixe :

Jadis ail pluriel les loi\ prenaient une X ;

Désormais à sa place luie S se fait voir,

El ces lois sur le peuple ont perdu toul pouvoir;

Car l'A d'atitrefois, expressive peinture , Montrait le chevalet, inslrumenl de torture, El rappelait sans cesse au coupable attentif

La croiX de Saint-André pour le rouer tout \',f. Ah ! pour leur rage aveugle il n'est plus de limite ; Ils ont arraché I h au respectable hermile; Darbares! voide/,-vous (pi'il se nielle en chemin Quand il ne trouve plus un bàlon pour sa main? L'h autrefois montrant sa forme principale, Du sipiilthre sortait comme un phant«'une pà!c; L h seide marquait le dessin bien précis. Le llironc véritable oii les rois sont assis. Mais trésor, direz-voiis, pourquoi conime un panache La tèic de ce mol s'ornait- elle d'une h? Je n'en vois pas la cause. — Et njoi je la vois bien, Claire comme le jour, ou je n'y connais rien; Vous savez, (|iic lavare, entoure du nivstèrc, Enfouit ses tlln sors dans le sein de la terre. Sous une dalle humide ou dans le trou d'un mur : Or, pour les enfouir, pour les nicUre eu lieu bùr,

Ail! AH! A5I'.

Ali! Ail! AU!

11 faut un instrument, une bjcilc, une pioche, Un outil qui de lll à peu près se rapproche ; L'h est le seul moyen ilc sauver un tllrcsor. Voilà ce qu'ils ont fait; ce n'est pas tout encor :

Le vénérable Y, troublé duis son empire,

A disparu du hs, des aïeux, de la hre ;

Qui mieux que lui pourtant retraçait à iu)5 yeux

Le tronc et les rameaux de l'arbre des al eux ?

La lYre, comme lui, née au sein de la Grèce,

De ses deux bras ouverts déployait la souplesse,

Tandis que, d'une lige et d'une fleur formé,

Le lys était pour nous un y embaumé.

J'ai parlé de la lYre; hélas! ainsi brisée,

La lire n'est pas seule un objet de risée;

Le poète lui-même a subi leur alfront :

Au lieu de ces deux points qui brillaient sur son front,

De ce noble tréma qui, tel qu'une planète,

Couronna si longtemps sa radieuse tète.

Us ont courbe ce front sous le poids d'un accent,

Virgule prosaïque au biseau menaçant,

Qui, de sa de-tinée emblème déris'àre.

Semble être un ennemi suspendu sur sa gloire.

J'ai uni : j'ai voulu raconter da;is ces vers

Toiifce que le langage essuya de revers,

Bire par quels excès la réforme bérclique

Souilla la sainteté de l'écriture antiijue.

Vainement, pour venger l'orthographe aux abois,

Chaque jour je réclame en faveur de ses droits;

Vainement je m'obstine à tancer sur l'épreuve

Mon proto forcené pour la méllio'lti neuve;

Mon exemple, ma voix, mes plaintes, mes regrets.

llien ne peut du torrent arrêter les progrès;

Lt l'erreur, poursuivant la détestable orgie.

Foule aux pieds la raison et l't-tymologie.

Ah! si j'avais un jour, par la faveur du ciel,

I).uis la liiu-ralure un titre olliciel.

Si jamais, introduit sous la grande coupole,

La palme académique, éclalante auréole,

Dilatait s^;s rayons sur mon (ront n-joiii.

Je l'eu fais le serment, 6 pilornel Jouy !

Avocat du malheur, je prendr.iis la dciensc

Des caracl/;res s;iiiils qu honora mon enfance;

Aux roi-, de lAlphal.et en congres n.unis

Ma voii demamlerait grùce pour les bannis;

Tu m'entendrais, du haut de ma chaise curulc.

Sur les rèforniateur> secouer la fi-rulc,

Foudroyer leur systi;me absurde, impie cl sec,

El rendre à leurs honneurs l'il, iX et l'Y.

VkVJrxH DE Néméiis.

AH ! Alf 1 AH ! oxcl.'irn.iliori qui se trouve iiliisir-iirs fois dntis los (mo|»IiôI(;.s. C'csl, scion Bossiiof, lo h/'gn}<iri( ni (\i> l'.-'inn; qui vriil (»;irIor à Dif'U et i\f Irfjuvc nucuiic p.irola arliculéf |tf*ur ot[>riinfjr ses aspir.iliois vers rirWifii. Le Ah ! ah ! ah ! des mopiicii s est une <;x[>i«ssioii plr-inf! de tiiysloros et de (Jésirs. C'«'sl urif tripli- iiiUîtjrcljoii r.riin'cr rjH Ifl prf-'irii^n; lotir*; df r.'ilpli?il»i"t n'péu'c trois fois et (l'iiru! tripjo /ispjiaiirjn. Dieu «lit souvent dnris les s;iirilos Iv riluM-s : Je kuih /'Ai.pfiA fl H)yii>x,K, le prrmirr ci In (Irrnier ; ]» li-ttff; A, rjui scrnbU; «îxpriirifr la preinic, cri 'Jf; l«i VOIX liurn.'iino, < si ;iiissi la vo>i Ile qui nxpnun; le mioux r.-KJiniration cl l'.inlfjur. Or, rornuio lo prottiur cri <\c i.(<> fttncs «1f»il sV;l(rvor vji^uorriont [HMil-f-iic . utni% n/îOosiairojfKTil vers \>\ enuso premier,' '!*• rioîrrî Alrf», !«• cri fl/Klffiinlion ei ijejoio qtj«« po'1^40 ronf.ifil h j.i vn«* do Iouh les srioc- Ut\c9 de l'iinveM ost une sorte do CfifitifpiC'

(l'acliou do grAces : un cri poussé vers Dieu, voilh aussi eu quoi se résume toute la poésie priuiilivo, et tel a dû être lo premier cantique d'Adam. Le ah ! ah ! ah ! des prophètes s'échappe de leur Ame lorsqu'elle e^t comme paralysée psr l'oxtaso, et que les pensées, trop grandes et ti^op pressées, no peuvent pkis se faire jour que par cetto exclamation, répétée depuis tant do siècles dans les soupirs de tous les saints. Le mystérieux: Alléluia lui-même, ce mot qui remplit seul l'éternité d'une bénédiction et d'une allégres.'^o infinie, cet hymne résumé dans lo langage des anges, VÀllcliiia n'ajoute qu'un mot au Ah ! ah ! ah ! des prophètes, si bien senti par lo sublime auteur des Elévations sur les i7vjstères. Quelle est donc cette littérature étrange oii toute une ode, toute une prière, tout un dogme se fait entendre dans une interjection, dans une émission de la voix , dans une seule lettre de l'alphabet I Nous disons toul un dogme, car cette mémo voix, trois fois répétée et toujours la même, ce triple et unique commencement de tout co qui peut se dire par la parole, est une imago mystérieuse du dogme de la Trinité pressenti [lar les prophètes qui en appelaient la manifestation de tous leurs vœux, de tous leurs soupirs et de toutes leurs larmes. Ainsi sur la terre les hommes de désir, les yeux baignés de larmes et les mains tendues vers le ciel, crient vers Dieu en bégayant le /l/j/o/?.'a/«.Mcs prophètes, et dans le ciel les chéri: bins (lui se couvr(,'nt la face de leurs ailes devanl le trône du Tout- Puissant, ré[tofideiit Saint, saint, saint, est le Siignenr, le Dieu des armées. Ainsi le Dieii trois fois saint est trois fois désiré et (rois foi;) béni sur la terre, et la prière universclh; est renfermée toute entière dans le nom iniiquo et trois fois léjjété du trois fois saint, ( ar il s'appelle Alpha et Oméya ; il s'apjx'llo le Suint, et c'('Sl seulement en crianl vers lui ou o'i «.hantant les louanges de ses per- !• (lions divines, (pie I s êtres créés [)euvenl arli(;ulei-sr»n nom. Le nom dont il se nomm<.' lui-même e.sli'icoinmiinicable, et personne ni dans lecir-l, ni .'^ur la terre ne peut h; prononcer, ni le liie, ni l'écrire. Le nom (hsJéhova lui-même e.sl une soi te de Ah! ah! ah! un assemblage de syllabes ([ui ressemlih ni à des interjections, et qu'il est diflieih! de bien prononcerdans la langiieoiiginale. \A>Ah!ah! ah .'(rK/é( hjel a ('télravesli p.u' N'oilaire, dans une de c(;s dép|(»rabl('s lioullomieries (pi'on ne (loit [»as lire mainlerianl inèine p(jiir les réfuter, et dont congis.sent les deriuers jiarlisans du calomnialeur (h; la lîihie.

Voltaire, connue tout lo mondij en convient mainhMianl, avait infiniment d'espril, mais il avait peu do lad, parci; (pi'il nian- (piail de c(j!ur. (Vat/. l'arlich! roiosiio.) || semblait surtout etitièremnnl (lép(jurvu do ce .sens intérim ur (jiii ad(»ro cl (pii prie, et dans ces puges phnnos di; tristesse où L/éclnel, accabli'; des malheurs à venir de son peuple, et se faisant d'avanc»; lo ropré.sotdflnl des mi.sèros d'Israël, crio vers Dieu av(rr;des sani'Jols ft des larmes noiu' obtenir un pain moinî» iifjpur et des allliciions de la chair

AIJAUAIU)

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