EPITHALAME
EPITRE
philosophique, qui gagne de tous cCAôs, peut bien en ^'tre cause ; mais j'ose assurer que cela vient aussi, en partie, de ce que presque tous nos prédicateurs donnent trop h l'esprit. Ce ne sont pas toujours, il est vrai, des antithèses écolières, des épithètes entassées, des images poétiques, des allégories forcées, de lyriques transports, des détnls pompeux, une érudition sujierflue, etc. J'avoue fpie celte sorte d'éloquence n'est plus aujo!ird'hui guère de mise, e? ne brille qu'aux yeux dos personnes sans lumières et sans goût. Le fard de l'éloquence d"; -présent consiste principalement dans des miroirs qui représentent la vie molle et voluptueuse des gens du monde, et qui répètent, pour ainsi dire, leurs goûts et leurs plai irs. Ce sont des portraits agréables des personnes vicieuses ou ridicules; portraits qui flattent la malignité humaine, et qui ne peuvent manquer de procurer de la vogue au pe-ntre. C'est une délicate métaphysique du cœur, à laquelle un ingénieux orateur sait donner du corps et des couleurs par des expressions vives et brillantes. Voilà une sorte d'éloquence qu'on admire aujourd'hui, qui ne peut être fort commune, à la vérité, et qui mérite peutêtre des éloges, mais qui ne passera jamais pour la vraie éloquence de la chaire. Le belesprit ne sera jamais l'espi-il aposloli(jue ; c'est avec les armes du roj-ur et non av(;c celles de l'esprit qu'on doit com!<atlre les /ices du c/Rur.
ENFLURE. 'Voy. STYr.E.)
ENTHOi:SL\S.\iE. Vo?y. Poésie lyrique.)
EPIQIE. IVoi/. Poésie.]
EPITHALAME, chant nuptial. — Les anciens c/'lébraient b-urs mariages, et siirtnut ceux de leurs [)rinc<'S, pnr des jioésics d'un genre f)articulier. C'étaient des es.èces de chansons avec des refrains où Ion invoipiait l'hyménéc. Jo hymen! io hymrnœn ! disaient les Latins, et il nous reste, sur ce sujet, des poésies charmanles de Catulle. L'usage des «jpithalames n'était f»as étranger <'i r()ii(;rit, et nous en avons d'admirables modèles <!ans la Bible. Le Canlirpie des cantiques, qu'r>n croit avoir été composé h l'occasuin du mariage de S.'lomon avec la lille du roi d'Egypte, a mérité d'«Hre conservé parmi les livres propbéli'jiie.s, et d'être cnnsidéré [tar li'S l'èr-s coiiuiie ré,»illialame du maiiage (]■' Jésus-Christ avec j'Eglis»;. N'érilabh- rjuint♦•.s^eflce d«; (»rié.sie et de gnlee, chef-d'oîuvre de [Hirelé et d aniour. Heur d'insfiinitio i céle^leijDJl ti(. f,iiil (la*» |r» iclier averti s mains piofj'iies, et rpii s'; fléliiraiJ au souille drs passions hum lines ; le Canli<pie des caiili- (\ui % ne [leul être lu (pje par des sages, iné- •li'é qufc par des .saillis, et analysé que [)ar dc^ nii^'e".
Le |»saiirno xi.iv est aussi un épilhalame fOMiitosé sans doiilo pour nu des mariages de l)avid ou rlo SnîoinrMi, et rjui, d.ins le »ons prophélirpje, célèbre l'allian'cr! étemelle du Sauveur et de sf>n Eglise. Voici comment ê'exjirime le noete sacré :
« l'fie o/irole heureuse M'é(:liaj»[»e de mon <«i;ur : c est au r»>i rpie je dédie mon ou-
vrage. Ma langue est la plume du scribe qui écrit avec vélocité.
« Vous êtes plus beau que les fds des hommes, la grâce s'est épanchée sur vos lèvres, et c'est I our cela que Dieu vous a béni dans l'éternité 1 Ceignez-vous de votre glaive sur le fémur, ô le plus puissant des guerriers I Marchez dans votre éclat et dans votre beauté; avancez dans la voie prospère et régnez. Régnez selon la vérité, la mansuétude et la justice, et votre droite vous conduira à Iravers les miracles. Vos flèches sont aiguës, les peuples tomberont sous leurs coups : elles voleront au cœur des ennemis du roi.
« Dieu donne l'éternité (;our base à voire trône, et le sceptre de votre règne est le bâton qui relève et qui soutient le voyageur. Vous avez chéri la justice et vous avez bai l'iniquité ; c'est pourquoi D eu vous a choisi entre tous vos livaux , pour vous donner l'onction sainte , l'onction du trionq he et de la joie.
« La myrrhe, le baume et les parfums sortent de leurs maisons d'ivoire et se lépindent sur vos vêtements ; ce sont les délices que les filles des rois offrent à votre gloire- Debout à votre droite est la reine dans î-es vêtements d'or, toute resplendissante de mille parures.
« Ecoutez, jeune princesse, et voyez ; et inclinez votre oreille, et oubliez votre p(niple et la maison de votre père. Et le roi désirera votre beauté , parce qu'il est votre Seigneur et votre Dieu, le loi d'un peu|)h! (pii l'adore. Et les filles de Tyr, | ar des pi('\sei Is, sollicileront un de vos legards, aiiibi ([uo tous les riches de la foule.
« Mais toute la gloire de la fille tlu roi est cachée sous ses f anges d'or, elle esi voiléo par ses jjarures. Après elle on amènera au roi des vierges; ses s(eurs vous seioîit i)résentées ; on lis | orlera en triomphe avec des chants d'allégi'esse, on les amènera dans Io temple du roi. Au lieu de vos [lareiils vous aurez désormais i\i's lils, et vous les établirez princes sur toute la terriî. Ils se souviendront de votre nom de génération en génération. Et les peuples vous remiront gloin; éternellement et pendant un siècle de siècles, n
EPITRE. — L'épître, en jtoésie, n'est autre chose qu'une lettre en vers. Tous les styles (teuvenl convenir?! l'épitre, mais le styhi familier et le stsie tempéré sont ceux qu'on y emploie h; plus ordinaireiiKUit. L'épilrci es' iiiK! foriiu; moins favoiabh; (ju'une autre peut-être, pour traiter des sujets religieux sans tomber dans la sécheresse d(! la dissert.'ilion. On saittpie Roileaii a fait sur l'aiiioiir de Dieu une éj)itre (jui n'est pas son meilleur ouvrage.
La poésie, éhiiit rexftressiou du sentiiiienl plulêit (pie de la pensée, se prêh' mal aux formes absti;iiles du raisonnement philosophique ou de la théologie scolasti(pie. Pour ipj'uiif! épttre sur l'amour de Dieu, par (;xemple, bit inléressaiili!, il faudrait (pi'elle e\liiimât les é|iauchement s al1'(;i'tueu\ (ruim (Juie suinte qui bc compluil h parhn' de tw
Kl'ITRE
EPITRE
?u"olle aitne. Si saint François de Sales eiM ont en vtM's avec aiitniil de y^nV-v el de facilité qu'en prose, il eiU pu faire d'excellentes épîtres sur l'amour de Dieu. Saiule Théi'èse, qui faisait (juchpiefois des vers pleins de feu el d'élégance, nous eiU donné sans doute aussi d'excellents modèles dans ce genre, si elle avait pris la peine d'écrire en vers au bienheureux Jean de la Croix ou ci (pielque autre serviteur de Dieu capahle de la bien comprendre.
L'épilre du genre badin est celle dont la lecture est ordinairement la plus facile et la plus agréable, mais il est exlrômement difiicile d'y bien réussir, et d'ailleurs c'est un genre qui n'a{)parlient pas à notre sujet, l.es é|)îtres sérieuses se font ordinairement en grands vers à rimes suivies, ou en vers de dix syllabes ; les épitres badines s'accommodent nneux des petits vers ; on fait aussi des épitres en vers croisés et inégaux, c'est ce (ju'on aj)[)elle des épitres en vers libres.
Il y a aussi des é|)îtres héroïques contenant le récit de quelques grandes infortunes, et qu'on nomme des héroides. Les histoires des martyrs, l(>urs adieux à leurs familles, les lettres de mèresclirétiennes qui, h l'exemple de la mère de saint Sym[thnrien, exhortaient leurs fils <^ soulfrir vaillammer.t les supplices, les derniers aveux des grands [)énitents, et autr(;s sujets de la même sorte, conviennent parfaitement à l'héroïde. Ce genre de [»oëme, inventé probablement par Ovide, avait été mis h la mode en F.ance, au siècle dernier, par Colardeau. Doraf, Gilbert et (juehpjes autres poètes du \vm' sièle ont laissé sur (lilférents sujets profanes des béroides (ju'on ne lit plus.
Jean-Baptiste Rousseau, dont les épitres sont inférieures h ses autres ouvrages, h cause de son affectation du style maroti(iue, était en général pins heureux en inspirations lors(pi'il traitait des sujets religieux. Son épilre à Racine, sur le poëme de In Jieiifjion, ne manque ni de gravité ni de raison ; le style en est majestueux et simple, quoi(pie un peu froid. La réponse de Louis Racine est plus belle encore, et nous citerons ici ces d(nix épitres comme les exemp'esdu genre dont nous nous octnipons, l(\s plus remar(niables (pie nous ayons trouvés dans la bltin'atnre française.
FpUrr (U JrnnHtiplislr floiissrau à ïldcinc le fils.
De iiDs orroiirs, tu le s:ns, cher Racine,
La (Icpioralili; el fiuiolc oii^'iiie
^ esl pas loiijoiirs, roniino on vont l'assincr
Dans noire csinil, facile à s"oj;arcr.
Kt sa lierl(' ilc-pendanle et captive
^ Cn fiU jamais la sonice |)riinilive.
(lest le ( (iMir seul, le e ciir (|iii le conduil,
Kt (|iii tiHijoiiis l'cclaiie ou le séilnil.
S il piiMui son \ol vers la celesie vctiile,
1,'espiit (loi ile y vole mit si roule.
>i (le la terre il siiil les faux appas.
L'esprit ser^ile y rampe sur ses pas.
I, esprit euiin, I esprit, je le répète,
.N'est que du ( o'iir lesciaxe on rinlerpr('>to.
Kl c'est pourquoi les divins pn-curs'iirs,
De nos autel.-. anli*incs dcfcnscms,
Sur lui toujours se sont fait une gloire
De si^'naler leur première victoire.
Oui, cher Racine; et poin- n'eu point doMlcr
Chacun en soi n'a (pi'à se consulter.
Celui (pii veut do mon esprit rehello
Domp;er, comme eux, la n^volie iulidde.
Pour parvenir à s'en rendre \ain(|uenr.
Doit commencer par soinnoilre mon cœur;
Kt plein du feu de ton illustre j)ère,
M»; pn'parer nn chemin nécessaire
Alix vêiil(is qu'Ksihor va me tracer.
Par les soupirs qu'elle me fait pousser.
C'est par cet art que l'auteur de la grâce,
Versant sur toi sa lumit^rc t'flicacc,
Daigna d'abord, certain de son snccc;s.
Toucher mon cH'ur dans tes premiers essais;
El (praujonrd'hui consommant son ouvrage,
Kt secondant ta force et ton courage.
Il hrise enfin le funeste cercueil
Où mon esprit retranchait son orgueil.
Kl grave en lui les derniers carach-res,
tltii de ma foi consacrent lt"s niyslères.
Quelle vertu ! quels charmes tonl-piiissants
A son empire asservissent mes sens!
Kl quelle voix céleste et iriomphante
Parle à mon cœur, le pénètre, '.'enchante!
C'e>t Dieu, c'est lui, dont les traits glorieux
De leur éclat fra|)penl cidin mes yeux.
Je vois, j'entends, je crois : ma raison iiKhne
"^"écoule plus ([ue l'oracle supn'ine.
Qu'atleuds-tu donc? loi dont l'œil éclairé
Des vériltïs dont il m'a p-m'lré.
Toi dont les cliaiils, non moins doux que siihlinies.
Se sont ouv<Mt tous les di\ins ahimes,
Où sa graiiileiir se plail à se voiler?
Qu'attends -tu, dis-je, à nous les révéler
Ces véril(vs (|ui nous la font connaitre?
Kl que sais-lu s'il ne le (il point nailrc
Pour ramener ses sujets non soumis.
Ou consoler du moins ses vrais amis?
Dans quelle nuit, lu'las! plus déplorahlc
Pourrait briller sa lumière adorahle.
Que dans ces jours où l'ange ténébreux
Olïusquo tout de ses brouillards alTrenx ?
Où, francliissant le stérile domaine
Donné pour l.oriie à la sagesse humaine.
De vils mortels jiisiiu'aii plus haut des cieiix
Osent lever nu front audacieux ?
Où nous voyons enlin, ros('-je dire?
La vérilt" soumise à leur empire.
Ses feux éleinls dans leur sombre fanal
Kl Dieu cilé devanl leur Irilmual?
Car ce n'es! plus le temps où la licence
Daignait encor copier l'innocence,
Kt nous voiler ses excès inouslriieux
Sous un l)andeau mo.lesle el vertueux.
Quel(|ne iiK'pris, quelque horreur que uK'rile
K'arl sfducleur do rinràine liypocrile.
Toujours poiirlanl du scandale ennemi.
Dans >os(li>h<us il se moiilre alVermi;
Kt [dus priideul ipie soinenl nous ne sommes,
S'il ne craint Dieu, respecte au moins les lioiiur.es.
M.iis en ce sii'cle à la révolte ouvert,
L'impiélé inarclie à front di'couverl :
Rien ne r('lonn(>; el le crime rebelle
^'a ]ioiiil d'appui plus inirépide ipét^lle.
Sous ses drape, iiix, sons ses (ieis élendards,
K'o'il assure, couicnl de joules paris
Ces li'gions, ces bruyanles arnu'cs
D'esprits subtils, d'iugonienx pygmées.
Qui, sur des inouïs d'arguments enlassés,
(Contre le ciel buib-squement hausses.
De jour en jour, superlx^s Kncelades,
Vont redoiililaut leurs folles escalades,
Jus(|ues au si'in de la Di\inilé,
PorlenI la guerre avec impiinili";
ViendnMil bienl''>l, î^ans scru|»ule cl sans Iionte,
EPITRE
EPITRE
De SOS arrêls lui faire rendre compte;
Et déjà même, arbitres de sa loi.
Tiennent en main pour écraser la foi,
De leur raison 1 s foudres toutes prèles.
Y songez-vous, insensés que vous êtes?
Votre raison, qui n'a jamais flotté
Que dans le trouble et dans lobscurité,
Et qui, rampant à peine sur la terre,
Veut s'élever au-dessus du tonnerre,
Au moindre écueil qu'elle trouve ici-bas.
Bronche, trébuche, et tombe à chaque pas r
Et vous voulez, fiers de cette étincelle,
Chicaner Dieu sur ce qu'il lui révèle?
Cessez, cessez, héritage des vers,
D'interroger l'auteur de l'univers :
Ne comptez plus avec ses lois suprêmes ;
Comptez plutôt, comptez avec vous-m -mes :
Interrogez vos moeurs, vos passions :
Et feuilletons un peu vos actions.
Chez des amis vantés pour leur sagesse
Avons-nous vu briller votre jeunesse?
Vous a-t-on vus, dans leur choix enfermés,
Et de leurs mains à la vertu formés,
Cliérir comme eux la paisible innocence.
Vaincre la haine, étouffer la vengeance,
Faire la guerre aux vices insensés,
A l'amour-propre, aux vœux intéressés
Dompter l'orgueil, la cofére, l'envie,
La volupté des repentirs suivie?
Vous a-l-ofi vus, dans vos divers emplois.
Au taux marque par l'équilé des lois
De vos lrés<^>rs mesurer la récolle,
El de vos sens apaiser la révolte?
S'il est ainsi, pai kv, : je le veux bien.
Mais non. J'ai vu, ne dissimulons rien.
Dans votre vie, au grand jour exposée,
Une conduite, hélas! bk'n opposée.
Ene jeunesse en proie aux vains désirs.
Aux vanit/'S, aux coupables plaisirs.
En fol essaim de beautés eflrénées,
A la mollesse, au luxe abandonnées.
De faux amis, d'insipides (latleurs,
furenl d'abord vos sages précepteurs.
iJienlôt après, sur li;urs rJocUrs maxime»
En gentillr;ss^; érigeant tous les crimes.
Je vous ai vus a tiire de bel air
I)iviriis(T des idoles de chair,
El mettre au rang des tw-lles aventures
Sur leur pudeur vos victoires impures.
Je vous ai vus, esclavi-s de vos sens.
Fouler aux pieds les droits les plus puissants;
Compter pour rien IfMiles vos injustices;
Irfmiol'T l/)Ul à vos moindres caprices,
A votrr; hainrr, à vos airf«:lions,
A la fureur de vo'- préventions;
Nouloir enlin, par vos df;sordres même*;,
Justifier vos r|(>ordns extrinns;
El sa»^ rougir, enflés par le su* ces,
Vous honorer de vos propre» excès.
Mais, au milii:u rl'un si gracieux songe,
O; ver r a<:hé, te, remonis (pii vous ronge.
Jusqu'au plus fort de vos iJeréglemeirtH
Vous exposait a de trop durs lournnnti.
Il a f:dlii, p. irions s.uis indie feinte.
Pour I ét/MilT'T, éloiiffer toute «rairi e,
Tout vnlimeril d'un fâcheux avenir ;
D un l>ii;u vengeur chasvr le souvenir
Fos/;r en f.iil qu'au «;orps subordonnée
E",^me avec Un meurt ainsi rpielle est néef
Panvr enfin de rendurcisM-inr-nl
lu- »olre cfHiir au plein Honlevemenl
FlȔ votre esprit, f.ar tout libertina(^:
Marcfi*; aver ordre; »«l v»n vr;ii peiHonnagc
t'MiU: gliHMT par degré non p<iiv>n,
t)f% vn* au «ri'iir, du cfKur a la rai>t4in.
th: la Vint iu-%, mo lernes An lippes,
t«-> nenrcilUrux n l'ommrxles prinripet,
Qui, vous bornant aux voluptés du corps.
Bornent aussi votre âme et ses efforts
\ contenter l'agréable imposture
Des appétits qu'excite la nature.
De là sont nés, Epicures nouveaux,
Ces plans fameux, ces systèmes si beaux.
Qui, dirigeant sur voire prud'hommic
Du monde entier toute l'économie.
Vous ont appris que ce grand univers
N'est composé que d'un c<)ncours divers
De corps muets, d'insensibles atomes,
Qui par leur choc forment tous ces fantômes
Que détermine et conduit le hasard.
Sans que le ciel y praine aucune part.
Vous voilà donc rassurés et paisibles :
El désormais au trouble inaccessibles
Vos jours sereins, tant qu'ils pourront durer,
A tous vos vœux n'ont plus qu'à se livrer.
Mais c'est trop peu. De si belles lumières
Luiraient en vain pour vos seules paupières;
Et vous de^ez, si ce n'est par bonté,
En faire part du moins par vanité,
A ces amis si zélés, si dociles,
A ces beautés si tendre?, si faciles,
Dont les vertus conformes à vos mœurs,
Vous ont d''avance assujetti les cœurs.
C'est devant eux que vos langues disertes
Pourront prêcher ces rares découvertes,
Dont vous avez enrichi vos esprits :
C'est à leurs yeux que vos doctes écrits
Feront briller ces subtiles fadaises.
Ces arguments émaillés d'antithèses.
Ces riens pompeux avec art enchâssés
Dans d'autres riens, fièrement énonces.
Où la raison la plus spéculative
Non plus que vous ne voit ni fond ni rive.
Que tardez-vous? ces tendres nourrissons
Déjà du co'ur dévorent vos leçons.
l s comprendront d'aiiord connue vous-même»
Tous vos secrets, vos dogmes, vos problèmes
Et comme vous iiienlôl même affermis
Dans la carrière où vous les aurez mis,
Vous les verrez, glorieux ni'ophyies.
Faire à leur tour de nouveaux prosélytes .
Ia'uv enseigiu'r rpie lesprit et le corps.
Bien (pTagitr-s par diflèrents ressmts.
Doivent pourtant tonte leur hannonie
A la matière elernelh-, infinie,
F)onl s'est forim; ce merveilleuv essaim
D'êtres divers émanés de son sein :
Que ces grands mois d'âme, dinlelligence.
D'esprit céleste, et d'éternelle esseiu-e,
Sont de beaux noms forgés pour exprimer
iU'. qu'on ne peut ( oniprendri! ni nommer,
El fiu'en lin niot noire pensiM; aliière
N'est rien au fond «pie la seule iiialière
Organisée en nous pour cinice\oir,
(;<»ninie elle \'r.>l pour sentir et pour voir,
D'<Mi nous pouvons com lure, sans rien cr.iindrc/
Qu'au présent seul riioinme doit se resireindic ;
Qu'il vu (-1 meurt tout entier; et qu'enlin
Il est lui seul smi |ii iiici|ie et sa lin.
Voilà le terme où, sur votre p;iiole,
El sur la foi d(> voire illustre école,
Doil s'arnler dans noire cnlendeiuenl
TriiiK; ri'clieiche et loiil laisonneineiit.
C;ir tb' vouloir lombatlri; les iiiyslcies
On iM)lre foi puise ses caractères,
(Test, dites-vous, gicler sur h's roseau».
Est-il eiHor d'assez f.iibles <eiveanx
Pour adopU-r ces «(Miles ap«icry|)lies,
Du mmiai hisiiie «disiur.s liieroglyphes'f
Tous ces id jels d(; la cri-diilili;
Dont s inlaliie un mystiipie eiilèli-,
F'ouvMieiit j.nlis aliiiser des (iyiilles.
Des Augiislin.i, des Leims, des Basile» :
Mais quant :i vous, grands hommes, grands ospnli;
r.IMTRE
C'o-t pu un in'.il.> 01 g.'ncreiix irn'pi''i?
^ii'il vous coMvioiil ;i'(>xtirj>cr cos cliiinèrcs
Kpoiivanlail tfonfaiils cl de graiiil'mi'rcs.
Car aussi bien, par où se ngiirer,
I'»tiirsiiivoz-vous, do pouvoir poin'irer
I>aii> ee qui n'est à llioniine vénérable
Qii'à forée delre à I lioniine impéni'lrable?
Quel (il nouveau, quel jour liileli- el sur
Nous guiderait dans ee d('dale obseur?
Suivre à tâtons une si sombre roule,
C'est s'égarer, c'est se perdre. Oui, sans doute :
C'est s'c'garer, j'en conviens avec vous,
Que de pnHendrc avec nn cirur dissous
Dans le néant (les vanités du nionilc,
Dans les faux biens dont sa misère abonde,
Dans la mollesse el la corniplion,
Dans l'arrogance et la présouq>tion,
Vous élever aux vérités suîdimes
Qu'oui jusqu'ici démenti vus maximes.
Non, ce n'est point dans ces ol)scurités
Qu'on doit clierclier les célestes clartés.
Mais vaule/.-vons par des roules plus sûres
Vous élancer vers ces clartés si pures
Dont aulrefids, dont encore aujonrd'bui
Tant de héros, l'inébranlable appui
Des vi-rils parle ciel révél('es.
Font adorer les traces dévoilées,
El tous les jours pleins d'une sainte ardeur
Dans leurs écrits consacrent la splendeur?
Faites CDiume eux : commencez votre course
Par les ( hercber dans leur première source :
C'esl la vertu, dont le fl -.mbeau divin
Vous en peut seul indi([uer le chemin.
Domptez vos cœurs, brisez vos nœuds fuiicstcs :
Devenez doux, sinq)les, ( hasl;"S, modestes :
Approchez-vous avec humilité
Du sanctuaire où gil la V('riié.
C'est le trésor où voire espoir s'arrèle :
Mais, croyez-moi, son heureuse con(|néte
N'est point le prix d'un liavail orgueilleux,
Ni d'un savoir superbe el pointilleux.
Pour le trouver ce trésor adorable.
Du vrai bonlieur principe inséparable,
Il faut se mettre en règle et conimencer
Par asservir, détruire, terrasser
Dans noire cœur nos penchants indociles :
Par écarter ces recherches futiles,
Où nous conduit l'allrail impéiieux
De nos désirs follement curieux :
Par fuir entin ces amorces perverses;
Ces amitiés, ces profanes commerces,
Ces doux liens que la vertu proscrit,
Charni(> du c<Hiir, et poison de l'esprit.
Dés qn'iuie fois le zèle el la prière
Anniiit pour vous franchi celle larrière,
N'en lioiili'Z point, l'auguste v('ril(!
Sur vous biculùl np.indra sa clarlt'.
Mais, diif/,-\(>us, ( t- Irioniplie liei()i(pie
N'est qu'une idi'C, nn son.;-!' pl;aonii|iie.
Quoi ? goiirm \ndcr toutes nos voluplo?
AniMiilir jusciua nos volonlés'.'
Tyrauni'» r des passions si belles?
K ptidier des amis si lilèles?
Vouloir de riiomuie nn tel delaclieineut.
C'est abiiliren lui tout senlimnil :
C'est condamtnT son àme a la ti>rlure;
C'est en nn mm revidli-r la nature.
El nous prescrire un cU'ort incerlain ,
SiifH-rieur à tout elfort humain.
Vous le <Toye/, ; mais maigre tant d'o'.slai les,
Dieu tous les jours fait de plus grands miracles:
Il |teut changer nos glaçons eu bûchers,
Hriser la pierre et fondre les rocliers.
Tel aujour l'hui dégagé de sa chaîne,
N'eroiiie plus (pi(> sa voix souveraine,
El de lui seul faisant son entretien,
Voit toulc;i lui, hors de lui ne voit tien;
EIMTKE 4SI
Qui comme vous comment^anl sa carrière.
Ferma louglenqis les yeux à la Imuiere, El qui piîui-èlre envers ce Dieu jaloux Fut autrefois plus coupable que vous.
Pour toi, rempli de sa splendeur divine. Toi, qui rival et fils du grand Racine, As fait revivre en tes premiers élans Sa pié'lé non moins que ses talents.
Je lavoùrai : quelques rayons de tlammc Que par avance eût versés dans mon àme La vérité qui brille en tes écrits; J'en eusse élé peut-être moins épris.
Si de les vers la chatouilleuse amorce N'eût secondé sa puissance et ta force ; El si nmn cœur attendri par tes sons, A mon esprit n'eût dicté se» leçons.
Ep'ilrc (le Louis Racine, en réponse à celle de J.-Ii. Rousseau.
Mieux que loi, cher Rousseau, qui pouvait les con-
[ fondre?
Ce n'est qu'en l'imitant qu'ils doivent te repondre. En vain dans la révolte ils s'étaient affermis : Qu'ils lombeul tous aux pieds du Dieu qui t'a souinis. Et ne rougissent point d'avouer leur folie. Quel esprit sera lier, quand le lien s'humilie? Frappés de ton exen)ple, étonnés de la voix. Qu'ils commencent du moins à douter, quand lu
[crois.
Ce n'était point assez d'adorer en silence Celui que hautement brave leur insolence : Ce n'élail point assez de renfermer en loi Le respect que ce Dieu t'inspire pour sa loi. Tu lui devais encor cet éclatant hommage. Puissent les derniers vers qu'a dictés ton courage Montrer a'ix ennemis de la religion El sa gloire, el la tienne, el leur confusion !
Elle n'est en effet que lionle el que faiblesse, (]elte force d'esprit, qu'ils nous vantent sans cesse. Un grand homme, Rousseau, si l'homme est jamais
[grand, Plus il est éclairé, plus il voit son néant. Il sait (pi'il ne sait rien ; il l'avoue, cl sa gloire Est celle d'écouter quand Dieu parle, cl de croire. Il laisse à l'ignorant la folle vanité. Et met tout son repos dans son humilité. Exemple peu commun dans le siècle où nous som-
[mes.
Serait-il donc passé le siècle des grands honnncs ?
Eh ! (l'.iel temps, nous dit-on, de clnriii plus rempli ? Du honlenx préjugé l'empire est a oli Nos aïeux sous sou joug vieillissaient dans l'enfance ; Aujourd'hui rejelaiil toute aveugle puissance, Nous ne taisons sur lums régner que la raison.
Que béni soit le ciel, cpii sur notre horizon
Fit lever lonl à coui» ces asires salutaires,
Ce grand jour dont l'i'clat n'a point lui sur nos pères.
Coûloie^ notre avant \!,'e, el plaignons liMir «nalhenr.
Quels hommes cepeiiilanl! et (piel leiiips fui le leur!
J'y vois dans sou midi le soleil île la France.
Oui , ce même soleil, si ph\c en s.i naissance,
De scs nombreux rayons rassemblant la splendeur,
Vient briller à mes yeux dans toute sa grandeur.
Mabillon, Uenairlot, Itossiii'i, Hourdaloiie,
pour ses pères encor l'Eglise vous avoue;
Tels furent de sa foi les premiers piolecteurs;
Ils reviveiilen vous ces illustres docteurs.
Conservanl au milieu de vos grâces aimables
De leur antiquité les rides vénérables.
Sur vos graves écrits d'un sainl zèle enllammés.
Je me lais, c'esl assez de vous avoir nommes.
El sans peindre Pascal dont la plume et la vie
Sera dans lous les temps la lerreur de l'iuipe,
EPITRE
EPITRE
Je ne veux m'arrcler qu'à ces esprits charmants,
Agréables auteurs de nos amusements.
Que de néros! Je crois entendre dans Athènes
Les Piatons discourir, tonner les Démoslhènes,
Par de nouveaux plaisirs tour à tour enchanté,
Et loin de la tribune au théâtre emporté.
Près de Socrale assis, je trouve Thucydide •
Ils admirent Sophocle, ils aiment Euripide.
De tous côtés alors les chefs-d'œuvre naissaieul ;
Les juges éclairés qui leur applaudissaient.
Assuraient d'une longue et brillante fortune
Phèdre, le Misanthrope, Armide, Rot'ogune.
0 pères trop fameux, que vos noms triomphants
Sont pesants à porter par vos faibles enfants!
A la religion soyons du moins fidèles :
<^et amour nous rendra dignes de nos moièles.
Cherchaient-ils à briller par d'insolents propos?
Le ciel fût-il jamais l'objet de leurs bons mots?
A-(-on vu dans leurs vers ces sublimes génies,
Faire aux dépens de Dieu rire leurs Uranies?
Le peintre dangereux, dont le hardi pinceau
Du psrfide hypocrite entreprit le tableau,
A ses noires couleurs en oppose d'aimables,
Et peint la piété sous ses traits véritables :
Peut-cire que lui-même il l'almire en secret.
A des sujets honteux se livrant à regret
La Fontaine en gémit : à ses remords rebelle
Sa main sert malgré lui sa plume criminelle :
Vrai dans tousses écrils, vrai dans tous ses discours,
Vrai dans sa pénitence à la fin de ses jours,
Du maître qui s'approche il prévient la justice;
Et l'auteur de Joconde est armé d'un cilicc.
D'Arnaud l'aini constant, le sage Despréaux,
Lança se> premiers traits contre les Desbarreaux.
Couronné par les mains d'Auguste et d'Emilie,
A côlr; d'Akempis Corneille shuniilie.
Toi qui peignis Monime et s<'S tendres douleurs,
Tu te fis a ti>i-mème un crime de nos pb-urs.
Pour nous a\oir coûté tant de larmes aimables,
t)n t'en a vu sur Un verser de véritables.
Puissent ceux qu'au théâtre entraîne un même at-
[Irait, S'ils imitent la faute, imiter ton regret !
0 France, riche alors en .'imes si parfaites,
Oui, la religion c'iplivait tes poélfs.
Faut-il s'en étoimei ? L'honneur, la bonne foi,
L'ausl«;re probiti'; fut leur prcniii;re loi.
Dans leurs écrits charniants aul<:urs iniiriilabics,
El dans un doux commerce hommes toujours aima-
Ibles, flolbert, à double litre épuisant s^'S faveurs, l'.éf/»nip'nsait fu eux lc> talents ft b-s inoMirs. IN ne préten îaienl pas fiu'iin accrs prés drs Muses, A des vires honteux pût fournir des ••xrusr-s. Tous les dons de rf-.prit, (piel rpie soit leur pouvoir, ^i'affrancliissent jauia s le ca;ur di' son dc\oir. ViTlueux citoyens, amis temlres, leur ziie Fit régner même e:ilre eux une paix éternelle : LfUr e>»time sincère en était le lien.
Qu aiw-ment, cher Piousseau, riionnète homme est
(«hrétii II!
P.animn/. un momr-nt votre illustre poussière, 0 morU : si vous daig r-/. revoir notre hiuiicre, SorU:/ i\f vos toinix-atix, et ronsidiTc/nous. MorlH faim'iix, dans noi irais vous reronnaissr-z-vons?
Vos (ils vous rcloinbe/, vous ne pouvez h-
l'riiirc.
Qui non» a donc cbangé»? Trop d amour pour la