III. Lamort qui passe
Connaissez-vous la vieille souveraine du monde, f[ui marche toujours et ne sefaligu».' jamais ?
Toutes les passions déréglées, toutes les VI il ui liés égoïstes, toutes les forces effi'énées de liiumanité et toutes ses faiblesses tyrannifpies |trécèdent la propriétaire avare do n»)lre vallée de douleurs : et, la faucilh; j\ la main, ces ouvrières infatigables font une étf'irielle moiss»)n.
La reine est vieille comme le tem|)s ; mais elle cache son srpielette sous les déb.is de la beauté des femmes (pi'elle enlève à l»;ur ji;unesse et à leurs amours.
Sa têt»; est garnie de cheveux froids (pii nosont pas à elle. Depuis la »;hevelnr(î «le Bérénice, toute brillant»; d'étoiles, jus(praux ch»;veux blanchis avant l'Age <pi»' 1»; bourreau »»nip.i sur la têt»; d»; Maii<'-AMloitielto, la sp<j|ialii»:«; »l«!s fr»)nts »;oui<»iinés s'»;st parée de la dép»)uill<! »Jes reines.
S»)n »»>rps pAI»; et gla»é est couv»;rtfle |tnruies llétries et <le suaires en lambeaux.
Ses mains oss<;us»'S «;t »:hargé»'s d»; bagu»;s tienn»!iil des diadèmes <;t »les fers, des sc<;ptn-s et des ossements, d(;s pien»)ries »;t d»; la cenili»'.
Ouand ell»; pass»', les p»ut(;s s'»»uvr(;nt »relles-mêm»;s; »;ll(; «iiitre <» liavers l»;s niuradl»;s, elle péiiètc»; jusfiu'i ralc('')VO des rois, (;ll<! vi»;nt surpi»;n<lre les s|ioliateurs du pauvre da'is leurs plus secrètes orgies, s'assie»l a leur table et leur vers»; à boire, rican»; à li;ui's chansons avec ses dents dégamie.'i do B'*»cives, et (M»;nd la i)laco do la couiîi-
FICTfON
FICTION
saiie impure qui so cache sous Fcurs rideaux.
Elle aime à rôder autour des voluptueux qui s'endorment; elle cherche leurs caresses comme si elle espérait se réchauffer dans leurs étreintes ; mais elle glace tous ceux qu'elle touche et ne se réchaulfe jamais.
Parfois cependant on la dirait prise de vertige : elle ne se promène plus lentement, elle court; et si ses pieds ne sont pas assez rapides, elle presse les flancs d'un cheval pâle et le lance tout essoufflé h travers les multitudes. Avec elle galope le meurtre sur un cheval roux ; l'incendie , déployant sa chevelure de fumée, vole devant elle en balançant ses ailes rouges et noires, et la famine avec la peste la suivent pas ù pas sur des chevaux malados et décharnés, glanant les rares épis qu'elle oublie pour lui comjUéler sa moisson.
Après ce cortège funèbre viennent deux petits enfants rayonnants de sourire et de vie, l'intelligence et l'amour du siècle à venir, le double génie de l'humanité qui va naître.
Devant eux les ombres de la naort se replient, comme la nuit devant les étoiles do l'aurore; ils effleurent la terre d'un pied lé-
Sor, et y sèment h pleines mains l'espérance 'une autre année. Mais la mort ne viendra plus, impitoyable et terrible, faucher comme de riierbo sèche les épis mûrs du siècle à tenir; elle cédera sa place à l'ange du progrès, qui détachera doucement les âmes de leur clwine mortelle pour les laisser monter vers Dieu.
Quand les hommes sauront vivre, ils ne mourront plus : ils se transformeront comme la chrysalide, qui devient un papillon brillant.
Les terreurs de la mort sont filles de notre ignorance, et la mort elle-même n'est si affreuse que i)ar les débris dont elle se couvre et les couleurs horribles que lui prôlenl nos vices et nos frayeurs.
L'homme |)assc par deux naissances successives ; et quand la science harmonieuse l'aura initié aux secrets de l'immortalité, il ne croira plus «» la mort.
Qu'elle; achève donc son voyage, la vieille souveraine du monde , et qu'elle so liAle d'arriver nu lieu de son renos : car Dieu a marqué l'iKuire d<i la lin de; son règne, et bientôt elle se couchera sur un lit d'ossemenls cl de cendres, inclinera sur sa poitrine sa tête appesantie, et ne ta relèvera plus.