‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 94 sur 233 · UO · texte numérisé non relu

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Dktio^^. or. LiTrf.RATtBr cifiitf.T.

les mystères de toutes les religions toujours la même allégorie astronomique, prouvant clairement que le signe du Bouvier, par exemple, ne peut être autre chose que saint Joseph . puisque dans l'étable de Bethléem on représente ordinairement un bœuf; puis encoie que nos prêtres adorent Milhra, attendu qu'ils portent sur la tète une tonsure ronde comme le disque du soleil ; et d'autres billevesées qu'on ne réfute pas, mais doul on rit . comme i'a îsii très-spirituellement l'auteur d'une petite brochure ayant pour titre : Comme quoi Xapoléoti n'a jamais existé, parodie du livre de Du; uis. qu'on pourrait refaire en l'ap. liq-iant à tous les événements contemporain?. Ne pourrait-on pa>, l)âr exemple, dans la chute du roi Louis-Philippe, mort en exil i)our avoir voulu empêcher un banquet . trouver l'histoire de Pharaon engîouii dans la m* r Rouge à l'occasion de la Pâque des Israélites ? La mer Rouge re[Tésenterait la république , ou réciproquement, comme on voudra ; les douze membres du gouvernement provisoire seront, s'il vous plait, les douze tribus ; les ateliers nati<jnaux deviendront le campement du peuple df<ns le désert, où le pain tombait du ciel, etc., etc.; car on pourrait prolonger indéfiniment ce'.te mauvaise plaisanterie, et en conclure, avec Dujiuis, que tout cela étant évidemment copié sur la Bible, qui est non moins évidemment copiée sur les traditions égyptiennes, lesquelles sont copiées sur le soleil, la lune et les étoiles, il s'ensuit que l'histoire contemporaine n'est [as plus vraie que le christianisme : conclusion qui ne sera pas celle de Dupuis, et qui se déduira rigoureusement pourtant des prémisses de son syllogisme, si janiais il en a fait un.

Pour en revenir au P. Hardouin, on assure qu'il eut pour [lartisaii' des hommes asstv distingués, et entre autres le cardinal de Tenciri. Il n'est pas {)robable, cependant, que des personnes raisonnables aient jamais approuvé toutes les extravagances de ce savant homme, dont il fiiut laisser reposer la cendre sous cette épiiaphe, qui, dit-oo, lui fut faite sans malice :

Ci-çil le Père Ifanlouin

ilneiinuîif mémoire ï.n a;tenil;inl le jngeincnl.

HÉLYOT. — Pierre Hélyot, de l'ordre de Saint-FraïK.ois, est l'auteur d'un ruivrage savant et consiMenrieusenr'nt écrit sur l'histoire des ordres nion.i!>li(|ues. C'est le livre le [dus romplel qu'on ait fait sur cette matière. Pierre- Hélvol éLiit né en IGOO. et mourut Cl 17ir».

HKUMAS. Voif. .Vpocbyphks.)

mSTOlKKSALMK. J'oy. Livres nisioui-

•JlKS.)

HLKT. — EviViuo il'Avraneiies en lG8o .

était |toele , matliéniatnieii , géogi;qi|ie , t l savait plusieurs langues. 11 a rendu d'iuquM tanls servH-es à la science et h la liUéralur' Frappé de l'analogie «pii exisU; entre les fa blés du pa>:atnsme , expliquées «l'une rer- Ininc manière , cl les v.'riles de la religion , iless.iN.i de prouver due loules les mvllid-

HYMNE

HYMNE

l<>;^ifs >(iitl |ir)>|('fieuros î» I.t BiMc, cl n'en sont (lu'iine altiT-iliou. 11 f;ul à ce sujet des rapprochcmoiils curieux, et aunit \ni en r.iire d'autres encore , comme noas l'avons prouvé en analysant les allégories religieu- :«es des Indiens. ( Voy. Ai.légorik. ) Mais il tombe un peu dans le travers du P. Har-

• louin, en voulant tout rapporter invariablement à une seule idée. Il veut absolument i[ue Moïse et sa femme Sénhora soient les deux types de toutes les divinités anciennes, et veut retrouver en eux non-seulement IsLs et Osiris , sauvé des eaux , mais Jupiter ^■t Junon et toutes les autres divinités de la «îrèce. Les raisons qu'il en donne ne sont pas concluantes , el d'autres savants ont pensé avec plus de [probabilité que la révélation primitive, originairement unique et conservée dans la famille de Noé, a dii s'altérer après la dis[iersion des hommes, lors-

• pi'ils cessèrent de s'entendre, et se séparèrent à la place môme où ils voulaient élever la tour de Babel : mais que les principales vérités, tout en s'elTaçant de la mémoire des hommes, ou en se déligurant dans leurs souvenirs, laissèrent partout ([uelques empreintes qui forment , dans les traditions religieuses de tous les peuples du monde , une sorte de concordance et de symbolisme commun. (Voij. Allégorie.)

HYSiNE.— L'hvmne est un chant en l'honneur de la divinité, d'une forme relevée et grave, destinée h l'instruction du peuple ou au culte pul)lic.

On peut distinguer les hymnes d'initiation des hymnes liturgiques. Les hymnes d'initiation sont dogmatiques, les hymnes de liturgie sont plus spécialement eucharistiques, tout en se |irôtant aussi à rex|)Osition des vérités du dogme.

L'hymne a été parmi les hommes la première forme d'enseignement religieux : le rhythmc et le chant aidaient la mémoire à retenir et à transmettre de génération en génération les enseignements des premiers prol>liètes.

On chantait dans la Grèce les vers de Linus etd'Orphée, auxquels on attribuait l'honneur d'avoir civilisé les hommes : ces poi'les Ulustres célébraii-nt surtout la grandeur et les bienfaits de la Divinité. On n'a rien conservé du premiçT; et si l'on juge di; son mérite par les lionneurs que les anciens lui rendirent, ri*est une perle irréparable. On lui aUribue l'invention du rhythme et de la mélodie : on célébrait dans plusieurs vil'es de la (irèce l'anniversaire uc sa mort par des fêtes funèbres. La ville do Thèbes, où il mourut, lui lit élever \in magniliipie tombeau : c(! fut de lui (pi'Orphée et Tiiamyris ap|)rirf'nt l'ail des vers; et les vers qui nous restent dOr|)hée ont été tellement alti'-rés par le temps, qu'ils ne sauraient [)lus nous donner aujounl luii uno idée juste (hi génie de ce lyrique sacré.

On est étonné, «piand on parcourt les témoignages des anciens à son sujet, du nombre proiligieux de ses écrits : il avait tout étudié, pour [louvnir parler de tout. On • i-

tait avec admiration S(;s Oiignipx du monde et des dieux : on lisait avec iln res[iect religieux ses livres sacrés sur les initiations et les mystères. 11 avait cherché dans l'étude des astres de nouveaux témoignages de la puissance infinie de l'Kternel. C'est dans sa Theoffonie (pi'on trouve l'allégorie ingénieuse du Temps et de l'Amour, pères de la nature : presijue tous ses ouvrages sont perdus. L'on n'a coiiservé que son poëme sur l'expédition des Argonautes, un Traité des pierres précieuses, et quatre-vingt-six hymnes en l'honneur des dieux ; mais le premier de ces ouviages est trop défiguré pour être de lui. On a des doutes les mieux fondés sur le second ; et les hymnes ont été , comme on vient de le dire, tro[) souvent remaniés pour y reconnaître son génie ; mais on le reconnaît dans quel([ues fragments que le temps ne nous a i)as enviés, et ([ui nous donnent la plus haute idée de sa morale et de ses principes religieux.

« Dieu, dit-il, existe par lui-même, et tout « existe par lui : il est partout, sa présence « remplit l'univers; l'œil des mortels ne peut « le voir, et ses regards embrassent l'uni- « vers ; il distribue, dans sa justice, les biens « et les maux ; il gouverne les vents et les « lempétes qui agitent les terres et les mers ; <( il allume les feux qui grondent dans les (< nues; il est assis au sommet des cieux sur « un trône éclatant d'or et de lumière; les « mondes sont sous ses pieds ; il étend sa M main jusqu'aux dernières limites de l'O- « céan, et les montagnes tremblent, à sa prête senco, jusque dans leurs fondements: c'est « de sa main puissante qu'est sorti l'univers « entier ; il est, t()ut h la fois, le cominence- « ment, le milieu, la tin. »

On croit, dans ces derniers vers, entendre David lui-même célébrer Mir sa harpe immortelle la grandeur du Dieu (flsraél. Or- ()hée ajouta deux cordes à la lyre, il inventa le vers hexamètre. Le charme de sa voix avait adouci les tigres ; il ne put adoucir des femmes, qui le déchirèrent cruellement.

Ajoulons h cette appréciation du génie d'Orphée, empruntée à l'auteur d'un ouvrage remarcpiable sur la littérature! des ollices divins, (jue ce poète anticpie, proclamant l'unité et la toute-puissance de Dieu, el mourant victime de sa chasteté, nous apparaît maintenant couronné d'une triple auréole et doit èlrtî mis au rang de ces hommes d'élite (|ui, par leurs chants divins el leurs sublimes exemples, ont travaillé à rendre les autres honimes meilleurs et plus heureux.

Nous ne parlerons pas ici des hymnes d'Homère, dont une mythologie profane déguise (h'-j.*! les beautés; ni de ceux de Callima(pie, dont la poésie e>t si belle, mais dont les pensées religieuses se rapprochent si peu dt.'S nôtres :

Xuïpt ,uîya, KpoviSn îrttvvTri^Toiri, ritjttop tecuv AwTO^ ù.nntÂuiTiC ni 3" joy^»T« xt{ xsv K((r]o( ; oj '/svjt', ov/ ïTTa« TU' xîv i>o< TL^f/vT àfian. Xet'fjt, nirtp. X**/*' ''''^^ SiSou !\ «^-t ijv t vft^ot ri o T tit'STï); «t«p oXCo; èffiTT«T/i avOùa," à=.Çiiv. Ov; >/ T., j i.r,to. i-)ov 0 à'-£rr/i/ Tï />' Ul.(,u*

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HYMNE

HYMNE

Salul, fils de Croiios, pore el maître des dieux, Salul! Fais-nous toujours riches el vertueux. Les biens sans la verlii sont un luxe inutile, La vertu sans richesse est un présent stérile Salut, père immortel ! Que nos vœux soient les tiens, Donne-nous des vertus, mais aussi de grands biens.

L'iiymne du Lycien Cléanlhe offre des sentimeDts plus élevés. Cléanthe, poëte sublime, philosophe religieux, et gagnant sa vie dans les travaux d'un homme de peine, n'aurait pas blasphémé la vertu au point de la subordonner aux richesses matérielles. Aussi a-t-il eu de la divinité suprême une bien plus haute idée que Callimaque, et les belles paroles qu'il adresse à Jupiter ne seraient pas déplacées dans la bouche d'un chrétien parlant au vrai Dieu. Voici son hymne tel que l'a traduit Thomas dans son Essai sur les éloges:

« O toi qui a plusieurs noms, mais dont la puissance est infinie! ô Jupiter, premier des immortels, souverain de la nature, qui gouvernes tout, qui soumets tout à tes lois, je te salue; car il est permis à l'homme de t'invoquer. Tout ce qui rampe, tout ce qui existe de mortel sur la terre est ton ouvrage; nous naquîmes de toi, nous sommes de toi une faible image. Je t'adresserai donc mes hymnes, el je ne cesserai de te chanter. Ces globes suspendus sur nos tôtes, et qui semblent roiiler autour de la terre, c'est à toi qu'ils obéissent. Le tonnerre, ministre de tes lois, repose entre tes mains invincibles; ardent, doué d'une vie immortelle, il frappe 6t la nature s'é{)0uvante; tu diriges lesi rit universel qui anime tout et vit dans tous l.'S fttres, tant, o roi supn'ine, ton f)ouvoir est illimité et souverain! Génie de la nature, dans les cifux, sur la terre, dans les mers, rien ne se fait, ne se produit sans toi, excepté le mal, qui sort du cœur du méchant.

« Par loi, la confusion devient l'ordre; ()nr loi les éléments qui se combattent s'uTiissent. Par un heureux accord, lu fonds lellemenl c(; qui est bien avec ce qui ne I e t pas, qu'il s'établit dans le tout un»; harmOf)ie éternelle el générait;. Seuls, parmi tous I s ôlres, b's méchants romfient celle grandi; harmonie du monde. .Malheureux, ils (•h(;rcheril le bonlM'ur; ils n'ap(;rr;oivfnt pas la loi univ'-rsrib; (pji, en les éf:lairanl, les r(;'idrail loul h la fois bons el heureux; mais tous s'é.:art'Tnt du be lu el du juste, se précipilenl chacun vers l'objet rpjj l'.'iitire. Ils courent à la renomrn^'e, a de v:ls trésors, à de» plaisirs qui, en les séduisant, les Irotnpenl. O dieu qui verses tous les drins, dieu a f|ui les orages f\ la fuij ;re ob'-issenl, écailide \'\\(t\\\\\u'. c(rlte erreur inst-iisée , «laigtie éclairer son Atrie; ailire-la jus(iu'.'i ci-lt'rni*on éternelle «pii le sert df; guide el d'ajipui dans le grnjv(;rneirienl du monde, aliii qu'honorés nous - niAriies , nous puissions t'honorr;r h ion tour, célébnmt les ouvrages par uti liyrruie non interrompu, crxiiiiK; il c^invienl .'i l'être, faible el mortel ; c.'r ni rhnt)it/i'it 'Je la terre, ni l'Iiabilanl des eieux fia pas de devoir plus (iressant rpie d'ho-

norer par ses chants la raison sublime qui préside à la nature. »

Nous n'avons rien dans notre Inngue qui ressemble aux hymnes des anciens, si ce n'est quelques imitations savantes, poétiques, mais écrites d'un style barbare par Ronsard, qui, marchant pas à pas sur les traces de Callimaque, pour la forme, de Cléanthe et d'Orphée pour le fond des idées, nous eût laissé des hymnes admirables, s'il eût su les écrire en français. Pour justifier ce que nous en disons ici", il nous suffira de citer un de ses hymnes, et nous choisissons celui qui nous a paru le plus beau. C'est son hymne à l'Eternité.

Hymne à VEternité.

Tourmente d'Apollon qui m'a l'àme échauffée. Je vetix, plein de fureur suivant les pas d'Orphée, Rechercher les secrets de nature et des cieux. Ouvrage d'un esprit qui n'est point ocieux. Je veux, s'il m'est possible, atteindre à la louange De celle qui jamais par les ans ne se change. Mais bien qui fait changer les siècles et les temps. Les mois et les saisons Vt les jours inconstants. Sans jamais se muer, pour n'être point sujette. Comme reine supresme, à la loi qu'elle a faite.

Immense Éternité, la première des dieux, Seconde de mes vers l'essor audacieux.

Et fais que mes chansons, pour toi seule entonnées, Triomphent, comme toi, des jours et des anné<;s. Tout au plus haut du ciel, dans un trosne doré Tu te sieds en l'habit d'un manteau coloré De pourpre rayé d'or, passant toute lumière. Autant que ta splendeur sur toutes est première : Et là, tenant au poing un grand sceptre aimantin, Tu établis tes lois au sévère destin Qui n'ose les enlivimlre, et que lui-même engrave Fermes au front du ciel, car il est ton esclave.

A tes costés, jeunesse au teint vermeil et franc. D'une bouche d'a/ur ceinte dessus le liane. Dans un vase doré, de la dextre te donne A boire du nectar, atin (|ue ta personne Soit toujours du même âge, et atin que ton front .Nt; soit jamais ridé comme les noslres sont.

Elle, de l'autre main, vigoureuse déesse. Repousse l'estomac de la triste vieillesse , Et l\ bannit du riel à coup d'é'pée, afin Que le ciel ne vieillisse et qu'il ne prenne (in.

A ton autre costé, la |>uissauce éternelh: St; lient di-boiil plantée, atni('(; à la mamelle D'un corselet fei n'; (|ni lui couvre le sein, M(;ua(;ant et branlant un espieii dans la main.

Loin derrière tes pas, ainsi (|ue ta servante,

La Nature le suit, (|ui loiUe chose enfante,

j) nu basloii a|)|»ns(-f, à ipii niénie les dieux

Font bonniriii ilu geuouil, «piand elle vicnlaiixcieiix.

Saturne après la suit, le vieillard vénérable M.irebanl lardi>enienl, dont la main honorable, riji-n (pie vieille el ridée, eleve une graiid'laiix. Le soleil vient dessons a grands pas tous égaux ; r,t laii, qui lii'l di; lois loiiriie, passe el repasse, (liissaiil il'uii p>'"d eerlain pai- une inèiiie trace, Vive HOiine de feu qui nous lait les saisons. Selon <|u'il entre ou hoiI de ses douze maisons.

La lune |iend sous lui, qui, nitiable, transfornu; S:i face tous les mois, en nue Inple tonne (d'.d oiiilireiiv de la nuit, giiidanl par les forenln. Molosse, el limiers, les veneurs el leurs resta Que la sorcien: a.Jori*, cl de nuit réveillée

HYMNE

Il Y M. NE

CSi

l.a rop.irJo ni;ir(.lior, nii.ls pic.ls, nijcvclro, I- icii.inl SOS veux ni ollc 0 gnin lo Klrriiil'- ' Tu in:nniii'n> rmiivcrs en Iraminillt' nnilo ! D." clMiimns ciilacés les siècliN la ail ulios, Kl. rouvé sons ion soin, tout If moii'lo tu raclif's, I.iii (lonnaiil vie el force; aiUrfiicnl il n'atiroil. Mi'iiiltros, ànu\ ni vie, etsiiis forme il nioniToil. Mais la maslc vigueur la conserve en son eslre. ionjoiirs enlier cl sain, sins amoindrir ni croistre. Iii nas pas les niorlols si donceinenl Irnilés, v|ne lu as de vieillesse et tie peine liérilés !

Quand les lois, au conseil, lestai du monde onion

(nenl l-Ax parlant ;\ lesdicnx rjui ton trosne environnent, Trosne qui de régner jamais ne cessera, Ta l)onche no dit p')inl : // fut ou il sera. (/est un langage linmain, pour reniar(pier la chose. Le temps présent tout seul à tes pieds se repose. Sans avoir compagnon; car pour le temps passti, Kl-celui dont le pas nVsl encore avancé, Sont présents a Ion aiil, (jni, din» s Mil clin, rcgar le Le pissé, le présent, voire celui qui larde, Qui larde, qnaiil à nous, el iiin |ias quant à loi, Car ton œil voit toujours tous les temps devant .soi.

Comme haute déesse, clcrnelle et pufaile. Kl non ainsi ipic nous, de masse impure faite, Tu es toute dans loi, la partie et loa tout. Sans nul commencemonl, sans milieu, ni sansliou;. Invincible, immnalile, entière el toute ron le, N'avant partie en loi, qui en loi ne rcspon le route commencement, loule lin, tout milieu. Sans tenir aucun lieu, de toutes choses lieu; Qui fais ta déité, en tout, iiarloul eslendre. Qu'on imagine bien el qu'on ne peut compivmlre.

Regarde-moi, di'osse an grand (cil tout voyant ! Keiiie du grand Olympe au grand tour nanii»oyanl, tirande mère des dieux, gr.nde dame et princesse. Si je l'ai mérité, concède-moi, déesse, Koncède-moi ce don : c'est qu'après mon ircspas, .\yanl laisse pourrir ma déninille çà-bas, Je puisse voir au ciel la belle .Marguerite, Pour qui j'ai la louange en cet hymne décrite.

Les hymnes dos anciens étaient des hymnes d'initiation qu»; les hiéiopliantes faisaient répéter h leurs adeptes; c'est pour- (juoi ils contif.'iincnt toutes les ligures dont 1 ésotérisiuo des anciens couvraient l'idée divine, lis étaient ordinairement écrits en t^rands vers et pouvaient se chanter sur un modo lent et sévère avec acconipagucinent de la lyre.

Les hymnes de saint drégoire de Nazianzisont laits sur le même modeh', et sont autant siipérit'iirs en inspiration h ceux de (lallimaijui', i|U(> le vrai Dieu est au-dessus d<'S fanlùmes du piiganisme. Pourtant ils sont moins connus et doivent moins plaire h ceux qui s'arrète'il iniquemml aux givlces des imar^cs et h la poésie de la forme : trop de beauté el de grandeur peut nuire aux ouvrages dtvs poi'tes en les mettant au-des.sns (je la portée du commun des admirateurs. (Voy. Saint CiUkuoirk i\>) NAZi\>izi:.)

Si l'on compare h l'hymne d'Orphée <pielques fragments <le lliymne sur Dieu, (m r Is parle poelf cliii'iicii, on sera surpris di» ce rapprochement.

Kieux et terre, croule /. ! Kspril-Siinl >ur Icn ailes t'oilema faillie voii aux voùtrs rtcrnelles. Kl que le.* hienheuriMV dans la sainte cile. Tre^'i.idlcnl dune cliasic et p!ire \olupie !

l'n Uieu qui ((uiticnl tout, ipii |>roduil loule chose. Q li n'aur.i point de fin, rpii n'a poini eu de cause. In, incompréliensihlc, immiialile, infini, Père éternel d'un Kilseleni(>l comme lui. On Père avec le Fils rinexplicable essence Uéunissanl en elle une seule existence; Dieu Ions (le\ix, Ions ileiix un, ni second, ni prend. -r, Se di\isanl liii-inènie cl restant tout enlier ; l.e Père égal an Kils par un profoiiil myslère. Le Fils, force, action, image de son Père, Double éternel pouvoir (pii se résont eu un, 1,'un ayant tout créé par un ponvtiir commun, l.aulre gouvernant loiit, cl de qui la sages.se Ne s'épuise jamais en s'exerçant sans cesse; L'Esprit-Saint jaillissant de leur diviniU", Dieu lui-même, formant celle triple unilé Qiicrée, ai me et main lienl chaque être dans sa sphère, felle est de mes discours la sublime matière. Périssent les méclianls que de ses feux sacres L'Esprit-Saint déshérite et n'a point éi lairi'-s , Dont l'orgueil, lils inqiiir d'une science inqiie, Uévollé contre Dieu, le blasphème et le nie; Leur bouche à llols épais verse l'impureté. Kl leur cœur est un gonlTre où meurt la vérité.

Cette poésie ne résumc-l-elle pas en les augmentant et en les éclairant d'une lumière nouvelle toutes les beautés de Cléanlhe el d'Orphée réiuiis? C'est ainsi ([ue les choses grandes et vraies ne périssent pas, mais se transfigurent pendaid que l'humanilé marche dans la voie (ju'il plaît à Dieu de lui faire parcourir.

Au commencement du cimpiième siècle, lo grand Synésius, un des derniers piiil.isoph. s de l'i'cole d'Alexandrie, le disciple distingué d'Hypatie, cette belle et chaste adoratrice îles antiques erreurs, Synésius de Cyrône à peine chrétien fut choisi pour évéïjue par le peuple de l'iolémaide, tant était grande sa ré[)utation de scimice et de vertu. Le philosophe refusa longtemps cet honneur : il avait une femme (ju'il aimait tendrement el dont il ne vouiait pas so séparer; il croyait, disait-il, h la sainteté et à la légitimité des plaisirs honnêtes, ipii seuls peuvent consoler l'Ame dans la Irislc prison où la chair la retient captive ; il renoncerait diincilement à l'étude des anciens el h la chasse ; do plus il avait , au sujet du dogme de la résurrection , des opinions particulières. Néanmoins le iieiiple et le clergé de IMojémaide insistèrent , et Synésius fui porté sur le siège é'piscopal . ipiil honora |>ar ses L'dcnts , par sa science et surtout par ses vertus.

Synésius est le iM'emicr poi'le (hrélien qui ail consacré à des sujels religieux le rliylhme et l'inspiralion ly ri(jue de Pindare : Ses hymnes sont des odes pleines de mouvement el de grandeur. On y trouve jdiis d'enlliousiasnu', mais aussi moins de heaiilés sévèn^s (pie dans les poésies de .sjiinl (liégoire de Na/.ian/,(>, la partie dogmatique y est |dus obscure et moins irréjirochable au point de vue de l'oi thodoxie.

Le poêle moderne, dont les idées reli- L^ieuses el les formes |.oéli(jues nous semideiil se rapprocher le plus de celles de Synésius, est .NI. de Lamarline, ipii dans plusieurs (lassaijcs de ses llarmonicx rrliyiruffs

HYMNE

HYMNE

aa

semble avoir imité l'évôquc de Ptolémaïde et le disciple d'Hypatie.

Voici comment Synésius débute dans son hymne du matin :

Déjà la vigilante Aurore Annonce le lever du jour.

Mon àme se réveille encore rieine d'espérance et d'amour, ('.hanle donc un hymne, ô mon iimel Un hymne à Dieu qui de sa flamme Couronna tant d'asircs.divt-rs, Qui des cieux règle la cadence.

Et des mondes conduit la danse Autour de ce grand univers !

Dans une de ses Harmonies qui est aussi un hymne du matin, M. de Lam.irtine décrit toutes les magnificences de la nature qui semble se renouveler dans l'éclat naissant d'un beau jour et s'écrie ;

Encore un hymne, 6 ma lyre !

L'n hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon honhcur !

Synésius décrit ensuite les merveilles de la création et rap[)elle les chants d'amour des esprits célestes , lorsque la création , vierge encore, apparut à son premier matin.

L'élher s'étendit comme un voile Sur le sein palpitant dllyb, Le feu hrillant comme une éioih- I)ans la nuit somhre élincela.

L'eau descendit dans Icb \allées, El de forets échevelées La terre friss^jnnanl»; encor Couvrit SCS épaules rf>husles, S«; fit des ceintures d'arliusles El prit une couronne d'or.

(iettc couronne de lumière Lui fut olfi-rl«î à s^jn réveil Devant h; troue île son |M-re Far son jeune époux, le soleil.

Le poëlc .se plonge ensuite dans des b))s- Iractions qui rappellent peut-être un peu trop le disciple de l'l,'ilo:i et d(; Pythagorc IJ parle de trois substances distinctes, l'une divine, infinie et incréée, la seconde spirituelle et finie, la troisième matérielle. C'est la matière r|u"il désigne sous le nom d'Hylé ou d'Hyla. Au-dessus de la matière il place ï'hiiiQ universelle, qui se partage selon lui entre les anges, les astres et les hommes. U/est le ss sterne néfHpIatonicien de ré(ole d'Alexandrie avef; des modifications chrétiennes. Kn invo(piant le l'ère, on sfîtit toujours que le [thilosf^phe sf! souvient du Jupiter de (Jéantlie ; h; Fils sr-Miblc se, conroiidcc parfois dans ses souve-iirs avec le U/fjç de IMaton, et son exidicalion du mécanisme de l'univers est pleine de réminiscences des «ombinaisons de Pythagore; mais tout est rarhelé i»ar des as|)irations ard(;iites h la vérité, (pji est la luiuièn; des intelligences, et h la chanté qui est la vraie |)oésii; du corur.

L<'S sujets traités par Synésius dans ses <MJcs, sont >i peu près les mêmes «pie ceux d«» hymnes de saint (irégoire de S'azianze,

et l'on peut d'autant plus justement les comparer et les opposer l'un h l'autre, que saint (irégoire semble avoir pris à tâche de réfuter dans ses poésies cette espèce de gnose philosophique dont Synésius a été l'un des plus éloquents coryphées. On peut dire qu'il y a entre ces deux poètes une différence égale à celle qui existe entre les œuvres spirituelles de saint François do Sales par exemple, et celles deM"^ Guyon : d'un côté est l'autorité, la règle, la discipline, rendues aimables par la charité la plus persuasive et la plus douce; de l'autre les ardeurs d'une imagination pieuse sans doute, mais exaltée par des systèmes. Les idées poétiques de Synésius et les sentiments mysli([ues de M"^ Guyon, pris au sérieux et poussés à leui' dernière conséquence conduisent au panthéisme, tandis qu'avec saint Grégoire de Nazianze et saint François de Sales on est sûr d'être protégé et retenu toujours ])ar l'orthodoxie la i)lus inviolable et toute fautorilé de la foi.

Maintenant si des hymnes dogmatiques nous passons aux hymnes de la liturgie, nous aurons à dé|)lorer d'abord l'antipathie profonde de res|)rit janséniste contre la ])oésie touchante et naïve des chants traditionnels conservés dans le Bréviaire romain, et déligurés, nous dirions presque parotliés dan> la liturgie française ou gallicane par le mèuu! fjoût barbare (jui a fait rajouter des morceaux (l'architecture moderne à nos antiques et vénérables cathédrales. Les belles poésies ecclésiasti(jues du mojen Age et celles même du temps des Pères ont eu leurs Soufllots comme Notre-Dame de Paris a eu le sien. <Jui croirait en effet qu'un recteur de l'Université de Paris, fort en vers latins, a osé raturer et corriger les hymnes de saint Ambroise? Voici pourtant des |)ièces de conviction, et d'abord vuici une hymne de saint Ambroise : c'est l'hymne du dimanche à prime, dans h; Ih'éviaire romain :

■l'im Ihcis orin sidère, hrum pncimnr auppliccs,

Il in diurnis aclibus

Vo» Hcrvcl a noccntibus.

Ijnijiutm tcfraniins imupcyct Se lilii liurror insonrl, \ isiim fuvcndo lonterul Me vanitutes hutiriul.

Sinl puni cordis iiiliinu .\b»istat cl ncordiii Curiiis leriil nupcrbiam l'oliis cibique parcilas-

Il ctnii dirs abK.'cxsrrit SottniKiui- sors rfdii.nii Mnnili per iihulinentidin Ipni ruiKiinu» (jlorium.

l'el est le thènuMle l'illustre écolier : voici maintenant le corrigé du présoiuplueux maHre :

hiin Uirin into Hideii', Diiim piiucinni Hitppliirn .Sti^tra» lU ipitc diriijiil l.u.i iiii ri'iila sciiiitiiA.

i\i7 iingun, nil pcccrl manus ; ,Vi/ inriis iiiune roqilci.

In orc simplt'x vrrilas.

In corde regncl chaulas!

Inca'pta dum fluil die», 0 Chrisle, cusios pcrvigil, Qnns sœvus hoslis obsidct Portas lucre sensuum!

Snperba ne nimis caro Menli licentcr impcret Caruis domel superbiam Polus cibiqiie purcilas, etc.

Traduisons ruaintcnant les deux hymnes.

Hymne de saint Ambroise.

L'astre de la lumière est déjà levé : prions Dieu avec ferveur pour que dans les actions de la journée il nous i)réserve de tout mai.

Qu'il gouverne notre langue avec un frein pour étoutfer, avant sa naissance, le bruit horrible des querelles, que sa grAce éniousse nos regards de peur qu'ils ne puisent aux sources de la vanité.

Que le fond de nos cœurs soit pur, que la lâcheté n'y trouve jamais de [)lace et (pie la sobriété brise l'orgueil de la chair.

Atin qu'au déclin du jour, lorsqu'il faudra que la nuit revienne, nous nous soyons abstenus du monde assez pour être dignes de glorifier Dieu.

Hymne de Coffin

L'astre de la lumière est déjà levé ; prions Dieu avec ferveur pour que lui-môme, lumière incréée, il dirige nos sentiers.

Qu'en rien la langue, qu'en rien la main ne [lèche, que l'esprit ne pense rien de vain; ijue dans la bouche la simple vérité, que dans le cœur règne la charité.

Pendant que le jour commencé s'écoule, ô Christ, gardien très-vigilant, défends les portes des sens qu'un ennemi cruel assiège.

Afin que la chair orgueilleuse ne conrimande pas trop licencieusement h l'esprit, que l'orgueil de la chair soit donqité pir la sobriété dans h; boin; et dans le manger.

Nous laissons aux hommes de piété et de goi"it le jugement entre les deux versions.

On doit être surpris, après un (lareil exemftlc de goi1l, (pic (lofliM ne se soit pas avisé de corriger la latinité ou mémo les pensées de celte hynuie des saints l-itiocents (|u'il devait trouver sans doute dél'erlueuse et (jui est cependant \\u chef-d'o'uvre digrAce et de poésie, bien (pi'clle ait été eoinnosée par Prudence, du temps de Tln-odo^e le (irand :

Salvili', (lorrs uinrliiruiu !

Qho» liicis ipsn in Ihninr t.lirhti insccHlnr smlulil Ccu tiirbo naxccnlrx )i,sas.

Vos primn C.hrisli viritma, (IrcT inimolnlonim tmcr, Arant anlc ipsnm siniplicts Vulma et cornnis liidiiis.

l.c grand Corneille a traduit ces deux slro-

HYMNE

phes dans son style déjà vieilli, mais toujours beau :

Du Ironpo.m dos ni.nrlyrs prémices innocentes. Qui payez pour nn Dieu qui vient p,iyi'r pour Ions, A peine vous vivez, qu'nn tyran fond sur vous. Ainsi qu'un tourbillon sur des roses naissantes.

He ce Pien no>iveau-né victimes les plus prêtes. Tendre excndron moni-nnl aussitôt qne mortel. Vous vous joui'7, ensemble, aux marches de l'autel, De CCS mèm s lauriers qui couronnent vos Ictcs.

Mourant aussitôt que mortel est une belle expression cpii n'appartient qu'à Corneille et qui n'est [)as dans le latin.

C'est à l'ancienne liturgie et au Bréviaire romain que Racine a emprunté ces belles hynuies dont il nous a donné une traduction si heureuse.

Somno refcclis artubus, etc.

Tandis que le sommeil, réparant in nature, Tient enchaînés le travail et le bniit.

Nous rompons ses liens, o clarté toujours pure. Pour te louer dans la profonde nuit.

Que dès notre réveil notre voix te bénisse;

Qu'à te chercher notre cœur empressé T'offre ses premiers vœux, et que par toi finisse

Le jour par toi saintement commencé.

L'astre dont la présence écarte la nuit sombre. Viendra bientôt recommencer son tour :

0 vous, noirs ennemis, qui vous glissez dans l'ombre. Disparaissez à l'approche du jour.

Mous t'implorons, Seigneur, les bontés sont nos armes;

De tout péché rends-nous purs à tes yeux ; Fais qne t'ayanl chanté dans ce séjour de 1. innés,

Nous te chantions dans le repos des cieux.

Exaucez, Père saint, notre ardente prière;

Verix! son Fils, E>pril, leur nœud divin, Dieu qui tout éclatant de ta propre linniére,

Régnes au ciel sans princqwi et sans lin.

Splendor palerna' gloriœ, etc.

Source ineffable de lumière.

Verbe en qui 1 Eleniel contemple sa beauté, .\stre dont le soleil n'est (pie l'ombre grossière. Sacré jour, dont le jour enq>runle sa clarté.

Lève-toi, soleil adorable.

Qui de rélernilè ne fais qu'un heureux jour; Fais briller h nos yeux la clarté secourable, Et répands dans nos canirs le feu de t))n amour.

Prions aussi l'auguste Père, Le Père dont la gloire a devancé les temps, i.e Père tout-puissant en qui le monde espère. Qu'il soutienne d'en-haut ses fragiles enfants.

Donne-nous un ferme courage; Itrisc la noire dent du serpent envieux : Qne le cabne, grand Dieu 1 suive de jircs l'orage; Fais-nous faire toujours ce qui plail a les yeux.

r.arde notre ;\me dans ta roule, Kends notre ( orps doeile à la divine loi; Uenqdis-noiis il'nii espoir (pu- n'ébranle .uicuu doule, El *\»v jamais l'erreur naltère noire foi.

Qne Christ soit notre paix céleste; Qne l'eau d'une foi vive alirenve notre cuMir : Ivres de Ion espril, sobres pour tout le reste. Daigne à les comhattanls inspirer la vigtieur.

Que la pudeur chaste cl vermeille Inite sur leur froid la roHï;eur du malin; Aux clarlés du midi <|ne leur foi ,soil narcillc; Que leur persévérance ignore le déclin.

HYMNE

IlYMNE

Au rang des plus belles hymnes de l'Kplise, il faut compter celles de l'Ofïïce du Saint-Sacrement qui sont également admirables et pour la précision tliéologique et pour les expressions qui sont de la plus liante piété et d'une majesté irréprochable. On sait que l'office tout entier du Saint-Sacrement est le chef-d'œuvre de saint Thomas d'Aquin.

« Les quatre hymnes dont il a enrichi rOffice du Snint-Sàcrement, dit M. de Marcellus, en parlant de ce saint docteur, sont des champs de triomphe qui font tour à tour retentir la voûte de nos temples, quand le Roi de y,loiie y parait, caché sous les voiles eucharistiques. On ne sait laquelle il faut le plus admirer, et chacune a son caractère propre: le Sacris solemniis est plein d'un saint enthousiasme; le Pange lingua brille d'une noble et imposante majesté; une élégante et sublime concision se fait remarquer dans le Verbum supernum prodiens, elVAdoro te, supplex, respire l'humilité, l'anéantissement, la reconnaissance et l'amour. S. Thomas a également varié le mètre de ces odes magnifiques: l'une (c'est le Pange lingua) est écrite en grands vers trochaiques, tels qu'on en trouve dans Catulle, dans Sénèque, chez les Latins, et chez les Grecs, dans Sophocle (1) et dans Euripide (2;. C'est ce vers f.3j qui, dépouillé de la quantité et accentué, fait aujourd'hui ce grand vers , ou vers héroïque des (itecs modernes (i), formé sur le vers politir/ue du moyen âge, que J. Tzetzès a adopté poui écrire ses voluioineuses chiliades (5;. La strophe du Sacris solemniis est la strophe asclé[)iade qu'Horace a employée si souvent et avec tant de succès. Le Verbum tupernum est écrit en [»etits iandjifjues, ou iamhitjues dimètres. La plupart des hymnes de l'Eglise sont écrites dans ce mètre; et on remanjue que saint Ambroise, oui a enrichi l'Eglisede scspoésiescomme ilTaéclairée par ses éloquents traités, faisait fort bien celte espèce de vers, et tournait avec grâce et doureur la stro(>be iambique (Oj. Enfin dans VAdoro le, supplex, sanit Thomas a imité le vers phaleucc, qui a tant de grâce

II) Sijphocl., (#:«lip. Col., V. 880 f:l st-q.

\-i) F>iiri|iiil., Ipliigfii. iii Aulid., v. .117 el seq.

(3) QfS \(;rs, grands lro(:iiai(|in;s, sont appelés par \f.% grammairiens trochnuiueit-H'lrfunrlrrx-rfilaler tique», ca; qui veut dire (in'ils sont eomposes de huit lr<K:liécs, mais qu'il leur manque une syllahe. I,a KyllalM; qui resU; ineoinpiéle san« former de pied , priv^ a la fin du \ers, fail le vers troehaïque; prise au cimmeneemeiil, elle le rendrait iamhiqne, (e (|ui fsl une propriété rie lous les vers IrrxlMiqiies in- «ofiqtletH. 'lerefiiiîinu», dans vm Truili^ t-n vit» din Mt/llubr» , appelle ee vers Irorhtitcnm-rdliili'iliruinunatlralum ; el dans vin Trtiiltf d'-n ini'tn» d eu donne l»'H rejçles ei>riformes a ee que nou» venons d exposer. (Mole dr. M. de }t(irrflllH».)

Hj Voyez (jliantt poimluirr.» de la drecc moderne, par M. Kauriel, Uim. I, DiMours préliminaire, p. 1 l!l.

(.'») Dans le vers politufue, ainsi noirimé rie ce rin'il w < lianUiil rl.ms les rues ries villen, la r|unntit('' n'r-^l point ol»<UTvét; ; o;i n'a «jjard rpi .m noinlii ris s\|- I.iIm's el aux aeeents. {.^ole de M. de Miirccllu*.)

i>i) Voyez. t.Tummiiire lutine de l'orl-Uoijut, o'«;si'' hiino, i-u. Vf.

dans Catulle et dans Martial. Je dis qu'il l'a imité , car saint Thomas écrivait dans un temps où la langue latine comme la langue grecque, devenant l'une et l'autre usuelles et modernes dans les divers dialectes auxquels elles donnaient naissance , perdaient leur pureté et leur génie primitif par le mélange des idiomes barbares. Ainsi la quantité ne s'observait guère {)lus dans les vers. Ses lois sévères étaient remplacées par les règles bien moins rigoureuses dcraccenf, qui président aujourd'hui à la prosodie delà plupart des langues de l'Europe, et même quelquefois par la rime, qui depuis a étendu son sceptre sur la poésie de toutes les nations modernes, et surtout en France, où Ton peut presque dire qu'elle règne presque tyranniquement (1).

« Saint Thomas ne s'est donc pas astreint à la régularité du mètre antique : il païaît avoir compté la quantité à jieu près poui* rien; mais il rachète ce défaut par l'onction de son style , la noblesse et l'élévation de .ses pensées, le choix de ses expressions. C'est le jugement que porte de sa poésie un critique moderne, qui paraît en avoir senti le charme. « Saint Thomas, ajoute-t-il, s'im- « posa une nouvelle entrave, celle de la rin me. Peu d'auteurs d'Iiymnes avant lui la- « valent employée, et bien peu après lui l'ont « conservée. Saint Ambroise, au iv' siècle, « est le premier qui l'ait fait entrer dans la « poésie latine, où, quoiqu'on dise, elle n'est « pas sans agrément. » Saint Thomas en effet a rimé ses hymnes comme sa |)rose, où la rime était de rigueur. »

M. h,' comte de AJarcellus, qui se montre ici l'excellent appréciateur de la [loésie de saint Thomas, a essayé de faire passer dans la langue frarieaise les beautés religieuses de ses hymnes. Les traductions uu noble j)air sont nobles et élégantes, mais peut-être soiitelles un j)eu troj) accommodées au goût du siècle de Louis XIV et ne gardent-elles pas assez h; caractère de l'original latin. lUen do plus dillicih; en elfet (pie <le bien traduire le.-» ()oésies liturgiques et surtout les hymnes du moyen âge. i.e latin do cette épcxpie, tout corroirqiu qu'il était en ellet et tout barbarr; (pi'il p(!Ut paraître, avait une foret; |iartit:ulière pour exprimer les choses tliéoh>gi(puîs ou m.>sti(fues que nos langiies modernes ne f)Ossèdenl plus. Quoi rpj'il en soit, les hymnes de M. de Maicellus sont belles, et nous croyons bien faire en les citant.

Trndnrtion de l'hymne

SACHIS SOI.KMMIS (2).

Il parait rilr)mme-hi<'u, le souverain ries antres; Il rdlrr- à sr's eidanls U- frrunent rlr-s r'dus (.">) ijni' W Z(';l(' et l'amour ins|iirenl nr»s Irtuan^çr-s : l-r- jr)ur hrille, l'ondjrr; n'est plus.

(Il Mnr-iïra, la langiir' Ir aïK.aise n'admt'l pas les \ers l)laiii:s.

(2; Dans mes trar|nrlir)us r-n vr-rs iPliymneH fit (!'• proses, roinme rians rnr-s paraplirasr-s (I(ï |)saume8, je mr- suis |iri sr|urr loujrtuis atlar lir; il trarluirr- vr-rsetpar vrtrset, ri à rr-nrlir- r li:ir|ur' strrqdir' ou eliarpir- vrrset par lUK', stropïir- [larliriilir-rr-. {MarrellitH )

Çi) l'i unie itl mil eleilniiiiii (/.:ii li;ir. i.\, 17.)

IIYM.NK

IUJINK

ft52

Fiiye/, (l'im mon. le impur ailorahMirs frivoles. (}:io ^e^pl■il (lu Tivs-ll;ml, rcnoiivolaiil nos mœurs. Ucgit' nos aillons, pio>itlt> à no.s paroles; Qiic sa lui règne dans nos cœurs.

.Vsns. pii'lre ot vidimi^.on se donnanl lui-mèuio Kpai.s»' lis Irésors ilc la divinilt;.

I,. 'S enfants de Jaco!» n'avaii'nl vu que IVmblème ; Nous voyoiis la iralilc.

J.ulis Ta^nean pas<\d, li;;nro M'.iéra' le. rroplu'lisail un Dieu «pii s'immole panr nous. Josiis près do mourir, de sa main adorable Se donne à ciiacun comme à lous.

O pain nnraculeux snniiont noire faildesse. Sa force vicnl du ciel ; (|ui pourrait l'èbraider'.' i'Ai vin délicieux charme notre tristesse : Il coule pour nous consoler.

I>isciples forlunés qn'il admet à sa l thie ! « Prenez tous, vous dit-il, c'est le sang liu Dieu fort : Uiivez, cnivrez-vo'.is de ce vin deleclalde (I) ; Il vous rcnl vainqueurs de la mort (2)

Il faut un sacerdoce à la sainte vii-lmie Oai nourrit de sa cliair nu peuple adorateur. Le prêtre est à la l'o s, d ns ce hanquel suhlime,

Convive elsacrilicateur.

O miracle d'amour, de !)on!é, de puissance! F-e Clirisl, le Saint des saints, de splendeur couronné, Knricliil de ses d(ms, m)urril de sa substance

L'esclave à ses pieJs prosterné.

Il descend, eutouré des C('lesles plialnnges. I.e voile est dc'cbiré, la véiité nous luit. L'iionime, héritier du ciel , m nige le pain des an-

lgos(-,);

La figure s'évanouit. Puissions-nous adorer, aimer, luMiir et croire In seul Dieu troi-. fo s siinl, innnorteile unité, Ll p.irta^jer un jour le l.(udieur et la gloire

De rinellable Triidle !

Traduction de l'hymne

PVNGE, LI^GLA.

Chantons cette merveille, objet de tant d'oracles, Le Dieu saint ijui, pour i.ous prodiguant Icsmiracles, Devient un piiri de; vie et d'imuu)rtalit(>. Le Très-Haut sliumilie; une vierge est fécomle : Un sang divin, versé pour le salut du monde, Coide ; l'enfer s'ctonniî, et rhommc est racheté. Ce Dieu, pour nous sauver envoyé jiar son père, Nail du sein virginal d'ime morlelle nu;re; II vit, d parle, il sonifre, il expire pour nous. !>'innombra' les bieid'ails sgualent st>s vestiges, l\t sa bonle nous l.iisse, après tant de prodiges, In miracle d'anniur i|iii les surpasse tous.

II choisit i)oiir cr.-er te hublinie mystère ]a'. moment (u'i finit ^on c\il sur la lerre, (tue du joug de l'i-nfer il venail d'allVani hir. l'our nous faire a jamais jiuiirde sa preseuee il >Ne doiww liii-mème, et sa toute puissance D'un don plus précieux ne peut nous enrichir.

Dieu commande à l'amour d'animer sa parole. Ll* Verbe >e fait chair, s'anéantit, s'immole ; Lu nuage li> (;iehe et voile sa splendeur. Faille de sa raison, l'orgueil en v.iin murmure La loi découvre à riiomine une rouli> plus sûre, Triomphe de ses sens et maîtrise son co-iir.

(I) Arcipilc cl comalilc . . . Itihilc ex hoc omîtes. (Mallh. \XM, '2ti, i7.) Ilibilc cl hicbriinttini, churissniii. (Caiitie. v, I .)

{i) Si quis niaiiiliiitnciil ex hoc funie, vivelin nlciritin. (Jo.in. \i, .')l.)

(.">) I*iiiiem nngclorum manduanil liomo. (Psaume

IAkVII, 2o.)

niimlilemeiil prosternés devant le pain des anges, (niellions ses b'cnl.iils dans un chœur de louanges L t iMàee a dissipé les omlires de la loi. Héritiers l'ortuiu's des promesses antiques, Adtnons noire Dieu sous des voiles mystiques, Va captivons nos sens sons le joug de là foi.

Louons Dieu! c'est sa mort qui nous donne la vie,

Mais ce Dieu, ipie l'amour sur l'autel sacrtfie.

D'un nmo:ir sans mesure exige le retour.

O vous, esprit de grâce ri source de lumière.

Vous, l'égal, le lien et du Fils et du l'ère,

Kspril d'amour, nos cœui"s vous oITreiit notre amour.

Traduction de Chymnc

VKKULM SLPKRNLM PR01)IE\S.

Le Verbe, éclat de la himière DonI les rayons sont ("lernels (I), Sans quitter la droilt; du Père Ueiidu visible aux yeux mortels, Voyait s'aiiprocher le supplice One lui pn'i).<re la malice D'un inonde iiigr.it (|ui le poursuit; Son oMivre allait être accomplie; Le jour d'une si belle vie Déjà s'éteignait dans la nuit.

(le bon, cet adornble ni:'ître .\ la mort pour nous s'est soumis.

Il sera livré par un trailrc A ses Tiroucbes ennem's.

Mais il veut se livrer lui-mèmfi Aux dis iples ciioisis (pi'il :iime ; li les coinoltî de ses bienfaits ; LiMir sert nu banquet deleetalde, Ll leur fait goûter à sa taidc Le bonheur, la vie et la paix.

l'n Dieu même à ses créaiures Donne ce qu'il a de plus cher, Ll sous deux diverses ligures Leur oilie son sang et sa «hair.

Ce Dieu, surpassant ses promesses, De ses inelTables richesses Ouvre pour nous lf)us ses trésors.

Le sacrifice se consomme :

L'Iloinme-Dien se prodigue à l'homn.o, Ll nourrit son âme et son corps.

II nail, cl dès lors s'associe A nos douleurs, à nos travaux.

Prêtre à la fois, convive, hostie.

Pain ctdesie, il guérit nos maux.

II meurt : c'est la rançon du monde.

Pour nous, source en grâces léciuMlc.

Son sang ruisselle sur la croix.

Ses faveurs n'exceiiteiit jtersoime; 11 règne, et sera la counuine Des cœurs lidèlesà ses lois.

Victime sainte et salutaire

(hii, vous immolant sur l'.mlel.

Dans cet adorable niyslère

Nous ouvre/, la porte du ciel!

De cruels ennemis nous pressent :

Drise/. «les pièges qu'ils nous dressent

Les liisles cl lionleiix liens.

Soyez, notre appui, notre force

Contre la p(Milleiise amorce

Des faux plaisirs cl des faux biens.

lionneiir sans fin, gloire el lon.ingcs A vons, modèle des pasteurs, 0 Jé->us! qui du pain des anges Nourrisse/, vos adorateuis!

Cloire au Père, sou i<e de vie; .\ l'Lspril <|ni nous sanclilie, .\uleur de toute vérité.

(\)<'.(in(iin (apUmlot) luda atciiiir. \S.ip. vu, 'H>.)

033 IIYALNE

Gluire au banquet dont les délices Soiil pour nous les douces prémices Du banquet de l'cternilé !

Traduction de Vhymne

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