‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 95 sur 233 · ADORO TE, SUPPLEX · texte numérisé non relu

ADORO TE, SUPPLEX

Je vous adore, ô Dieu caché dans ce mystère ! Vous dont la majesté remplit toute la terre. Mais dérobe à nos yeux l'éclat qui linvestit. Mon cœur brûle pour vous d'une ardeur ineffable. Won esprit confondu, que tant de gloire accable, Vous contemple et s'anéantit.

Soumettons à la foi nos sons vains et frivoles. Mais l'oreille d'un Dieu recueillant les paroles, S;'ule a droit d'exiger notre docilité.

I.,i raison subj;iguee applaudit au miracle Le Fils de Dieu l'a dit ; je crois ce grand oracle Proclamé par la vérité.

Le Dieu seul se cachait, mourant s-ir le Calvaire ; Mais, voilés par l'amour au fond du sanctuaire, T'est l'honmie, c'est le Dieu (jiie j'adore cl je crois. A'i pied des saints autels, qu'avec larmes j'embrasse, Humblement prosterné, je demande la grâce Qu'obtint le larron sur la croix.

Moins heureux que Thomas, cl sans voir vos bles-

[sures, M'Mi Sauveur, comme lui, sf)us ces huml les ligures i'. reconnais un Dieu qui s'immole pour nous, l'uissc-je, en attendant le jour de votre gloire. Sous ces voiles sacrés vous honorer, vous croire, N'espérer et n'aimer que vous!

M immieiii di; la mort qu'une sainte victime Voulut souffrir pour no.is ! p.:in vivant ! mets su-

(Llime, Oui nous rend du Très-Haut les heureux posses-

[scursî l'.iites qu'en cm banquet ma foi se fortifie; Ll que mon c iiir souvent, en y puisant la \ie, Kn goûte les chast4;s douceurs.

■- >iirre f!e puri;tf' que les an.:;is adorent.

'>• «oulez pasen vain |K>iir ceux qui vous im|)lo-

[rciit ; i>jiis nos sens cpuré» faiU;s n'-giicr la paix ; Singqiie l'amour répand, dont l'iinioiirnous inonde, I) »iii une M-nle goull»;, en racjr-lant le monde, l'eut expier tous nos forfait.-!

0 Jésus! que ma foi dérouvre so-is ces voiles ! I'»iiss«;-je nn j )ur, voy.int à mes pieds les éloil.s. Très du Dirii dont l»'s cietiv priM-Linicnt la grandeur Jii'iir dr \olre gloire cl jouir de \ous-mèni)-, <.'»iilempler ti;l «piil est cidiii ipir; mon c<j'ur aime,

Kl m'idivrer de sa splendeur !

\ji souI roprooho (\\ï()1\ puisse f/iin; ,'i l'.iul'ur (If; cfs tra<]ijf;tioris, c'est d'avoir ('Ut |ir<';ocf;ij{»é On les f/iisarit de V'uUu; des [toésics el.issiqijr;s de Collin et d»; .Snntfuil, «;l 'jii'il a lro|) eliorciif; à doreur (|ij(;b(ii(' elujse M<r leur /ii.itiière aux helles liyinnes de sairil

1 iioiiias. Nous ne [ir/rleridons pourLinl < u .'"iciine manière nir;r le mr'rite poétirpio de • ;o(Iin l't rlo Santeuil; leurs hymnes sont

'luverit l>e|loH et toujours dignes de la ^ra- <\V(: et dr; la d/jccnce d(;s ofliees divi'is. Nous •^ommes dispfis*'! h leur savoir ^^f'; (J';ivf»ir eombli'; plus d'une lacune, tant dans le \\v6viaire<pjedans l'Kueolo^o ; mais (;e(pi(! nous II'.' leur ((ardofiriMiis p;is, c'est d'avoir sidislilu/' leur Jaiin de rrdl/'Ke el leurs strojdies lt<»r,ifierines h la majestueuse anlupiile de.s liyiiine» liinéeb el de la lilurj^ie golhupie.

HYMNE

Comment n'ont-ils pas senti le respect de cette auguste vieillesse, la piété de ces formes naïves, la sainteté de cette rouille même? Ne sentaient-ils pas en eux la religion des reliques? Ne trouvaient-ils rien de touchant dans ces rimes empreintes de je ne sais quelle harmonie toute particulière à la foi? N'avaient-ils jamais pleuré en chantant les anciennes proses ou les hymnes h la sainte Vierge? L'Ave,maris Stella, par exemple, que par bonheur ils n'ont pas essayé do nous traduire en vers de Catulle.

Ave, maris Stella, Dci mater aima Atque semper virgo, Félix cœli porta.

Otez celte simplicité, ôtez ces rimes si harmonieuses qui rappellent à la fin de chaque vers le nom si doux de Maria, et l'hymne aura perdu tout son charme.

Sumens illud ave Cnbriclis ore, Fnndn tins in pace M titans Eva- nomcn.

Salve vincla rcis, Profer lumen cncis.

Main nostru pelle, Bonn cnnctu posée.

Monstra te esse matrem, Sumat per te pièces Qui pro nobis natus J'ulit esse tnus.

yirijo siiKjuInris Inler omnes mitis,

Mos culpis sohilos Mites fnc el castos I

Vilnm pra-stn purnm, Ilir puni tut uni, It vidcnli's Jrsiuii Semper collœtemnr!

Salut, étoile de la mer, Du (Ircalciw mère féconde, Toujours vierge, malgré l'enfer i*orlc du ciel ouverte au monde !

Gabriel est à vos genoux Pour vous (tffrir noMe |>rièi'e; Change/, en \olre nom si doux Le nom d'une coupable mère !

Des captifs brisrz les liens.

Aux aveugles rende/, la vue :

Lloigne/, le mal (|ui nous tiu>, Dbli;ne/. pour nous tous les biens.

Monlre/.-nous ((ur- vous èles nièn- Celui (|ni fut llioiMuie pour nous Se doima d'aboi d tout a vous; Il recevra votre pi inr.

0 Vierge unique en |iureti'' Kl doiire enire lonles les femmes, Ueiide/ I iiiiioeeiiee a nos âmes, I>a douceur el la cliaslelè !

Soyez, notre guide lidèle, (■aille/, nos p.is et notre amour :

l.t nous verrons Ji'stis un joui Vu sein de la joie éU-riselli;!

Cell(; liaducliuii «!sl un essai que nou.s dofirionsà no"- lecteurs seuleuMMil eouniie un exemple de la ri^/»ureuso fiiiélité et de la

ISAIE

simplicil(^ nnx(iin>llos nous croyons (]nun Iradudcnr doit saslrcintlrc, s'il viMit n'iidrn avec (iiiriqnc boTilicur la poésie des li\ nin(;s de rKiilisc. Puisse cet exemple n'être pas

ISAIE

une pienvi- (ju on puisse opposer à notre syjlème de traduction 1 [Voij. Oi-ficks. Liturgie, PUOSKS.)

KiNACE (sainte, martyr. {Voy. Apostoli- OiES ((écrivains des temps).

niATiK. (Vo//. Ai.LÉdoniE Fiction.) IMAGINATION. {Voy. Style ) IMITATION de la nature. {Voy. Poésie.) INVENTION. {Voy. Fiction.) INVOCATION. {Voy. Hymnes, Poésie épi-

QIE ET LYHigiE.)

IRÉNÉE (saint). — Saint Irénée, évôqne de Eyon au n' siècle de l'ère chrétienne, est presrpie un écrivain des temps apostoliques; ses écrits intércsseU plus la théologie que la littérature religieuse: son style , toutefois , a cette force et cette grandeur divine qui caractérisent les docteurs dont la tète était toujours sous la hacHe et l'Ame préparée au martyre. Il s'est appli(jué surtoit à réfuter les rêveries des gnostiques, et l'on voit par ses écrits que le nom de gnostiques, usurpé par des sectaires impies , était alors un nom honorable dans l'Eglise , car saint Irénée donne les caractères du vrai gnostique, qui n'est autre que le parfait chrétien. {Voy. Mysticisme.)

Saint Irénée enseigne les doctrines des millénaires, (pii n'étaient pas condamnées à I époque où il vivait et cju'il tenait de Papias, disciple de saint Jean. Il parait (jne ce Papias était un honmie simple vX de peu d.' jugement, (jui avait |)ris h la leltre et dans un sens tout matériel ce cpii ne doit être entendu (prallégoruiueim nt et dans un sens tout spirituel.

ISAIE. — Isaie,(ils d'Ainos, est sans contredit le plus éln([ue!it et le plus sublime de tous 'es prophètes. On l'a appelé le ci iquièmcév.uigéiiste, tant il décrit fidèlement tour itour les souiriauces et les triomphes du Sauveiw. Sa poésie est plus correcte et son élocutioM |)lus pure cpie celle de tous les autres; il y a dans .-a diction uni» sorte dt' majesté rovale : oi croit entendre un princ(îde la cour du Messie ; sa parfde tombe de haut sur les tètes coupables, et il ne ménage i)as phis les maîtres (pic les esclaves, l>as plus les piètres ([ue les rois. Mais sa ndère est calme et patiente comme celle de Dieu; car il est consolé des alUiclions (lu présent par les visions d(>, l'avenir : le crime et la rédtunption toujours jtrésenls à ses veux égalisent son Ain'e comme les plateaux "d'une balance, et rim|)récation s'échappe de; ses lèvres sans v laisser de traces de colère ; il menace, puisil console, et la consolation est aussi douce que la menace était terrible. In seul poète dans notre langue eôt été < ajiahlu de bien traduire Isaïc et l'a heureuse-

ment imité. Tous ceux qui savent par cœur la célèbre prophétie de Joad dans Athalie, comprennent déjà que nous voulons parler de Hacine.

Le début du prophète est plein d'enthousiasme ; rempli du Verbe divin dont il sent la toute-puissance, il ose interpeller le ciel et la terre et leur ordonne de l'écouler. Ce n'est pas lui en etr(!t (jui [)arle, (;'est Dieu (jui se plaint de son peujile , et tout le premier cha|)itre d'Isaïe, (jui sert comme de prologue (\ sa pro[>hétie, est plein de reproches et de menaces. C'est la haute satire avec une sanction divine, c'est une éloquence dont Juvénal et les autres anciens n'ap|»rochenl pas. Ce chapitre a été traduit avec fidélité et l)onheur par M. Victor de Perrodil, que nous avons déjà cité à l'article saint Grégoire de Nazianze.

Prophéties d'Isnïe,

Cieiix cl Icrrc, écoulez ! Dlen parle cl vous appelle ; S(^rvcz-iiii de lémoins contre un peuple rebellt' :

J'ai choisi des enfanls el je lésai nourris; J'ai niarclié devanl eux contre leurs cnnenus; Je leur ai partagt' des campHi^nes i'erliles, J'ai bâti leurs maisons, forlitié leurs villes; Kl ces enfanls ingrats, rëToltés contre moi. Ont blaspliénié mon nom el déserté ma loi ! Peuple sans souvenir cl sans inlelli{,'cnre. Us ont entre eux el moi rompu loule alliance. Malheur .î celle race impie el sans remords, Dans le crime plong<*e el \oisiue des morls; A ces enfanls ingrals délounK^s de ma voie. Sur (piimou bras vengeur vaiiieuient se déploie! De (|ntl nouveau fléau piiis-jc encor les frapper? Lu seid de ces pervers a-l-il pu in'tThapper'? Non, tout cuMir est treuddanl, toiile lèle aballue; Celle terre recèle ini venin tpii la lue. Leur corps n'esl (lu'irne plaie; ils n'onl, pns l'.e

linotiiir, Ni lin poiu" la sécher, ni vin pour l'adoueu'.

Vos champs sonl dcvaslés, vos villes sonl dé.i r-

Vos voisins Irioiuphanls insidlenl a vos perles; l'n maiire iinpiioyable asservi! vos maisons; Il mange sons vos yeux le pain de vos moisMUis, Il n-colle vos fruits, il \endange vos vignes; Vous pâlisse/, decrainle aux moindres de ses siu'iic-. Trisie Jérusalem! lu n'as plus d'habilanls ; Tclli*ipie, pour (m jour, dans le milieu des ch mps, Sclc\edu licigerl.i eal>ane isoli'e, Telle sur des débris lu l'asseois di'solée . Kl, sans l'espoir du juste euferuK' dans Ion sein, l,e destin de Sodonie eill ele Ion dcslm.

Unis pervers, écoule/,! écoule, peuple impie! Ave/.-v(»us assez, loin poussé l'hypocrisie? Au |»ied de mes autels que vone/.->oiis rhercher? I, es mains teintes de sang, osez-vous m'approcbcr ' PiMisez-voiis (|ue la graisse el le sang des viclimes KlTateiil devanl moi le moindre de vos crimes.' Vixis .li-je deiuan.lé ces préseii's o lieux IJii so'iiilent mes autels el f,ili;;uni» me* jeux?

ISAIE

ISAIE

Cessez, remportez-les, reprenez ces lioslics;

Je hais et vos sabbats et vos néoménies;

Le cri des opprimés, le sang des innocents.

Se mêlent dans mon temple anx vapeurs de l'encens,

Et, prenant en horrenr une épouse adultère,

De ce temple souillé j'ai fui le sanctuaire.

C'en est fait, tout commerce est détruit entre

[nous.

Je t'ai répudiée et tu n'as plus d'époux ; Et, dans ces mêmes lieux, témoins de mes merveil-

[les, Je n'aurai plus pour toi des yeux ni des oreilles.

Sortez, sortez du crime où vous êtes plongés. Témoignez en effet que vous êtes changés ; Arrachez de vos cœurs l'orgueil et l'avarice ; Aimez la vérité, recherchez la justice.

Protégez, secourez la veuve et l'orphelin. Et, sans plus re'outer de m'invoqner en vain, Si, d'un vrai repentir la flamme vous pénètre, Revenez, à mes pieds hàtez-vous de paraître ; Vos péchés fussent-ils rouges comiuele sang, 1,'agneau sous sa toison ne sera pas plus blai:c ' El ilélivrés du joug de la rare étrangère. Vous mangerez en paix 1 s fruits de votre terre. Mais si, persévérant dans de noirs attentats, Vos cœurs incirconcis ne se rep^-nîent pas. Si, lorsque ma bonté vous offre voire grâce. Votre fureur s'accroît et jamais ne se lasse, Mon glaive, de carnnge et de sang enivré, Ne s'arrêtera plus qu'il n'ait tout dévoré.

Comment cette cité, fil'e de la justice, Est-elle devenue im repaire de vice?

Ses enfants, dans ses murs l'un par l'autre égorges, En impurs assassins ont tous été changés. Ton argent est du plomb, t;i gloire de la ro-iille; Tu répands jus'|u'à moi le venin fini te souille : Tes rois Sfjnt des tyrans sans hoiuieiir et sars f(»i ; Ee mensonge e->t h-ur dieu, lavariceii-iir hii. Comme une marchandise expr»sée ii la vue, iJfvant leur tribunal la justice est vendue ; La veuve et l'orphelin n'v trouvent point d'acres, El le pauvre est ciiass<; du seuil de leurs pabiis.

Ce*l trop longtemps souffrir leurbrutalc insfdence; Je répandrai snretix les feux de ma vengeance. Sur eux, sur leurs forfaits, jélcndrai cellf ni.iiti Dont ils ont blasphémé le pouvoir souverain ; J'irai, j'arracherai de c lie ville impie Tout ce qu'elle a rl'orgueil, de luxe et de folie. Elle redeviendra ce (pi'elle fut jadis, Pleine d'un peuple pur à mes ordres S0!imis; La iiistice et |:i p;iix remitlironl son enceinte; Ses rois s*;ront mes fils; son nom, l;i ville saint»;. Aucun des déserteurs de ma rlivinr- loi. Aucun ne trouvera de ^.'tàf e de\a;il moi ; Je les inonderai deb (lois «le ma cobre. Ces idoles de bois, d'or, d'argent et i\i- pierre, (>A jardins où leurereiir dan<i la honte perdu Brùle aux pieds de Raal un eh<ens qui m'est drt, Coiiiine lui cèdre tm ma main vient d4; laïuer la fou-

|dre, f)i)iparaiH<tenl déjà W'cJk^h, réduil<t en {Kuidre; Il n'en rente plus rien, et leurs ailoraleurs Ont eux-mèmen éprouvé le poids île mesluri-urs. Ils Minl morts, et l>ur vie impure et criminelle A duré ce que dure une, aril<:nl<:élim;4-lle.

\\trf'H <:("^ U-rn\)hiH irivf;ctiv«'S vieniifiil les nlij* magnifiques prorrrjsses r-t h;s ftoinfiires ]('% pins rnviss.inlos (\\i si/'clo h venir, lors- <]U(: |<'S glaivr-s seront cli.in^/'H en conlres rjrr ch«rrn'v<« et |e«» Kiricos en fnnx, /•(lOqne «le f»aix ijriiv«Tse|le, |»ré'lit<r nus»,! dans \i\s litre» Mhylliiis, AKe 'l'ov '|'»f noits afle xions

toujours, mais auquel le monde ne croit plus.

Après ce chait d'espérance, la harpe du prophète gronde de nouvelles menaces, et sa prophétie tout entière n'est qu'un mélange de joie et de larmes : les souffrances du peuple surtout l'irritent, et il maudit de la part du Seigneur l'insolente prospérité des heureux du siècle. « Pourquoi écrasez-vous mon peuple? leur dit-il. Pourquoi broyezvous sous la meule la tête de mes pauvres? » a dit le Seigneur, Dieu des combats. Puis Dieu maudit le luxe des filles de Jérusalem, qu'il va dépouiller de toutes leurs parures. « Leur chevelure bouclée et brillante sera rasée, leurs vêtements de pourpre et de soie seront remplacés par un cilice, leurs ceintures et leurs bijoux par une corde. Jérusalem, privée de ses défenseurs, va s'asseoir veuve et désolée à ses portes désertes. Dieu est las de cultiver une vigne ingrate ; elle va être arrachée et foulée aux pieds : malheur à vous, qui vous levez le matin pout; chanceler à la poursuite de l'ivresse, et qui vous plongez jusqu'au soir dans les excès du vin, pour que l'iniquité bouillome ensuite dans vos veines ! Malheur à vous qui vous attelez au char du vice avec les chaînes de la vanité, et qui traînez le péché comme un joug! Malheur à vous qui appelez mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ! qui faites de la nuit le jour, et du jour la nuit, de l'amertume la douceur, et de la douceur l'amertume ! .Malheur à vous qui justifiez l'impio pour des [irésents, et qui ôtez au juste sa justice ! L'ennemi se lève, il ne se reposera plus; ses flèches sont aiguisées, ses arcs sont tendus, les ongles de ses chevaux sont connue «les cailloux, les roues de ses cluus loiubillonnent comme la tempête. 11 rugira comme le lion ampiel ses lionceaux répondent ; il grincera des dents et saisira sa proie; il l'enserrera dans ses griffes, et persorme ne poiiiia la lui arr.uher. Il bruira comme la mer; et «juaiid nos yeux cherche- ^(r^l la t«'rre [tour nous y réfugier, nous la tiftnverons eoiivcrti! de ténèbres, et la lumière du ci(d s(Ma peidue dans celte imil! »

Plusieurs commiîiitateuf s croieiil «pie le comiiiencenient de la prophétie d'Isaïc a été transposée et setrf)uve au chapitie sixième. Lh en «-ffel notjs trouvons la vision qiuî Lamartine traduit en ces termes :

O/.ias n'était plus. Dieu m'apjiarul ; je vis Adonai \èlii de gloir«; «-t «rc|>iiiivaiilr. L<-s lK>nls •■blouissanls de sa robe Ilollaulo U niplissaicnt le sacré parvis.

C'«'st/il«)rs «pTun chéiul'in prend sur l'/iul(,-l un cliarb')!! ardent ^^[ vi«!iil purifier h's lèvrfH d'Is/iie. Il s«'nd)le en ell'et «pie «•elle vi.si«)n «jevrait être «:«)tniii(' h; fr«»ntispi«n (h; j/t pntpliétic : (pi«)i «pTil en s«)it, les [tromcs- SfS et les m«'nares, les «îlniits de lri<)mi>he et l(;s lamenlaliuiis ««inlinucnt : le prophète « liante les vi(loir«!s et la «huit! d«! Sentin- ( hérib. Iliei de plus énergiipie at«)rs «|iie les li;<(n«'s «le son style. S«»us la ligiwe d'!",/.!'cliias, «l'inl 1,1 pii'-lé doit Iriomjilier, il repié-

oM

ISAIE

sente le roi pacilKiiie el fort, le roi de l'avenir, le Mcssi(^ La description de la marclie des Assyriens, (jui se trouve h la lin du dixième cliapi're, est d'une ra|)idité do stylo (|ui fait iniagt\ « 11 viendra dans Acalli, il jiassera à .Magron : il laissera ses bagages h .Maelinias. lis uni traversé (laha au pas de course : Ilania est dans la stupeur, Ciabaalh, la ville de Saiil, est déserte. Fille de GalHiu, pousse un cri d'épouvante ! Prends garde, Laïsa?... Malheureuse Anathoth !... Medi';nn>na s'est exih'o : courage, habitants de (ial)im !.. Encore un jour, el il est à Nohé, et de là il étendra la n)ain sur la montagne; sainte contre la lille de Sion. Mais voici (juo Dieu, le doniinatcur des années, va briser ce vase d'argile renii)li de terreurs, il va couper les géants |)ar la racine, el nuîtlre h bis les tèles su[)erbes. Le fer passera dans la forêt, el le Liban tombera avec ses grands cèdres. »

Jamais l'enlliousiasme lyrique ne s'est élevé plus haut : ce n'est pas une description, ce sont des cris arrachés de l'àme par le' spectacle môme de la dévastation : le pro- [)hète voit el nous fait voir Sen;iachérib qui court de ville en ville : la poésie est rapide dans les formes connue dans l'idée ; on arrive palnitanl jusqu'aux portes de Jérusalem : là le style change ; le torrent dévastateur se brise; Dieu aj)paraîtdans sa majesté, et quehpu'S |)lirases calmes et simples représentent ranéanlissement et le silence éternel de celle multitude si audacieuse et si bruyante.

La ruine de Sennachérib a été regardée par les interprètes comme l'image de la dernière délivrance d(^s justes, qui doit arriver à la fin des temps : en elfel le prophète annonce ensuite une ère de félicité donl il avait déjà es(iuissé précédennnenl le tableau, le loup alors habitera avec l'agneau, le veau, le lion et la brebis demeurt'ront ensembhî, et un [)etit enfant les conduira. Le mal el le meurtre auront cessé partout sur la montagne! sainte, i)arce ([ue la terre sera envahie jtar la science du Seigneur connue i)ar les eau\ de la mer

Transporté de joie à la vue de c(îlle épo- (pie de charité parfaite, Isaïe chante un caniHjue d'aclion do grâces; puis il s'éveille comme en sursaut, se retrouve dans le présent f'I recounnence ses (;hanls di; deuil et de colère. Malheur h tous les pcMiples ipii participent à la perte d'Israt-l 1 L'ange du Seigneur rassendjle les inicpulés d(> chacu-i d'eux connue un fardeau, et les leurjetl*; sur les épaules. Voici la charge de llabylone, voici la charge de Moab. voici la charge de Damas, voici la charge dtîl'Egvple. Le (liant funèbre sur la nioil du roi de Uabylone est assez célèbre, el Louis Uaciue en a donné une traduction digne de soi père :

Cnmmcnl est ilispnrn re niallrc ini|)iioy;il.lt; ? Kl coiniuonl ilii Irii.iil iloiil nous frtiurs cliaiK<>

Sonimos-nons sonLi^fs?

1.0 Srismiir :» l>ris«> le s<<'|ttri' r.-doiil.ililo Donl k pui li .iiralilail \vs humain-. I iii}5<iis»aiil.s,

ISAI+: CH)

Ce sceptre qui frappait (rnnc plaie incuralilc Les peuples gémissants.

Nos cris sont apaisés, la terre est en silence ; l.c Seigneur a (!r)mplé la l>arl)aie insoleiico.

Cruel et siiporlx' tyran.

Les cèdres inènu^ <jii |jl>an

Se réjoiii^seiit de la perle:

Ils est nn)il, dis"Ml-iis, el nous ne verrons pi 13

C.DniiiK niilrelois la eani|)a};ne couverte De nos tristes déhns par le fer abattus !

I\oi cruel, ton aspect fit trembler les lieux sonbrc^ ; ï,>;it renfer se troubla : les pins superbes oin!)re>^

Courureiil pour te voir.

î.L'S rois des nadoiis, diîseoiidant de leur troue,

T'AlIcrenl recevoir :

Toi-même, dirent-ils, ô roi de RabyIoiu>, Toi-m«;nie, comme nous le voilà donc piîrcé,

Sur la poiissirre reversé ?

Des vers tu deviens l.t pâture,

Lt ton lit est la pourriture!

ComnieiU es-la tombé des cieux, .\slre biillant, (ils de l'aurore?

Tyran cruel, prince or^'ueilleuv, La terre aujourd hiii te dévore :

Comment es-tu tombé des cieux, .\stre brillant, lils de l'aurore?

Dans Ion cœur lu disais : à Dieu même pareil, .rétablirai mon trône au-dessus du soleil, Ltprès de l'aiiiiilon, sur la montagne sainte,

J irai m'asseoir sans crainte :

.V mes pieds lieiulderont les humains éperdus*

Tu le disais, et lu n'es plus.

F>es passants qui verront ton cadavre paraître Diront en se baissant pour te mieux reconnaître : Ksl-ee là le mortel qui irotdda l'univers? Oui laissa ses caplils soupirer dans les fers? Oui perdit tant d'Klals, dt^truisit tant dcvillo; Qui ravaiçeant nos cauqiagnes fertiles, Les changeait en déserts?

Tous les rois de la terre ont de la sépulture

0 tenu le dernier hon:ieur;

Toi see.l privé de ce boMlieur, En Ions lieux rejeté, riiorreur de la nature. Homicide d'un peuple à les soins conru'. De ce peuple au;ourd'hui lu te vois oublié.

Préparez à la mort ces enfants misérables; La race «les méchants ne sidisistera pas : Courez à Ions ses (ils annoncer le trépas : Qu'ils pt'rissenl , rautcur de leurs jours déploraMei

Les a couverts de sou iniquité.

Frap|)e/., laites sortir de leurs veines coupables Le reste impur du sang dont ils ont hériU'.

C'est ainsi (iiie la justice de Dieu parcourt en i-ercle les nations ; puis elle revient à .lérnsalem. Ici le pro[)hèle pousse un cri d'angoisse : il voit une ville livrée au caruag»' et à rép(nivaiit(> ; il parle à ses concitovens ell'rayés : « X)n'ave/.-vous donc pour iiionler ainsi sur les loils, ville pleine de bruit, ville pleine de monde, ville pleine de joie".' Tes morts n'ont pas été frappés par le glaive, el ne sont pas morts à la guerre; les princi's ont fui ; tous ceux (ju'on a trouvés sont enehaiiés... » Voilà le siège et ses horreurs. Mais les grands et les [irinces ne se repentent pas de leurs crimes : « Huvons el mang(!oiis , se sont-ils écriés , puisque di;luain il taudra mourir 1 »

Le pioi)hèlc nous laisse sur celle épou-

ISAIK

vante, et tourne ses menaces du côté de TsT. Sa voix se prolonge et expire dans ua chant funèbre. « Malheur au t('m[)le ! malheur à vous, qui faites le mal eu pensant qu'on ne vous voit pas ! malheur à ceux qui espèrent du secours de TEgypte et qui se confient dans la multitude de ses chars! Les bêtes sauvages vont bientôt trouver leur repaire parmi les débris de ce beau temple; des bêtes hideuses y allaiteront leurs faons difformes, et des voix lamentables s'y répondront pendant la nuit. » Quel abaissement , ô Jérusalem ! mais enswite , quelle joie et quelle gloire! Les chapitres suivants, à partir du trente-quatrième, ne sont plus de la prédiction ; c'est de l'histoire , Thistoire du saint roi Ezéchias, dont le cantique a été interprété avec tant de sentiment et d'harmonie par le premier de nos lyriques sacrés.

Ode tirée du Cantique d'Ezéchias.

{haie, diap. xxxviii.)

l'ai VII mes irislcs joiirnces Décliner vers leur penchaiil, Au miûi de mes aiiiices.

Je louchais à mon coiiclianl.

Li mort, d plwant ses ailes, r.ouvrait domines élernelles La clarté dont je jouis; El dans celle unit funeste Je cliercliais eu vain le reslc De mes jours évanouis.

Grand Dieu, votre main réclame l,es dons f|uej'en ai reçus :

Klle vient couper la trame Des jours ipi elle ma tissus.

Mon •lernier s4)l.-il »<; levé; Kl votre soiillli; iu"enlevc \Ui hi terre ries \ivanls, Connue la l'iMiille sécliée, yiii rie sa lige arrachr-e Devient le jouet ries vents.

Oumne un tigre impiloyalde Le mal a l)riM'; mes os, f'A sa rage insatiable Ne me i:iisse aucun rejwis.

Victiun; faillie et Ire.ulilaiile, A cctl»' imagfî sanglanle Je MXipirr; nuit et jiur ; Kl dans (ua crainlr- iisrirlr Ile, Je suis criiiuu)' I liirou'lr'llr- Srjus les griHe-. rlii VMUlrtiir.

Ain»! de cris et d'alarux-s Mon huw vmildail se nourrir; lit rues yeux nr»yis dr'l;iini<'s Klaient lassr;-, rie s'ouviir.

Je disais .1 la ruiit v>iidtre :

O nuit, lu vas rhns Inu ondire M'fnvvelir prtur toujours.

Je rerii».iiH a i'^nrorf :

Le jour que lu fais éclore K>1 le iKriiier <1<; mcH jours.

Mf»n îime e»l rlans !<•■> Icnrlues, McH vns sont glae*^ rli-irroi :

l>oul«'/, m«'H crin tttwUrvM, Dieu juste ré|K*» '''-moi.

Mais enfin sa main propir e.

A r otiilili; le pur ipir <• (J)ui s rritr' ouvrait sOus me«i p;iH : S<iii wiours mr- forlihi', Kt me r.iil IrrMMri la vie Ihins le<« liorreurt <lii lr«iiaH.

ISAIE 64i

Seigneur, il faul que la Icrrc Connaisse en moi vos bienfaits :

Vous ne m'avez lait la guerre Que pour me donner la paix.

Heureux l'honnne à qm la grâce Départ ce don ellicace, Puisé dans ses saints (résors; Et qui rallumant sa flamme.

Trouve la santé de Fànie Dans les sonfiTrances du corps.

C'est pour sauver la mémoire De vos immortels secours ; C'est pour vous, pour voire gloire.

Que vous prolongez nos jours.

Mon, non, vos bontés saciées Ne seront point célébnies Dans l'horreur des monuments :

La mort, aveugle et muette, Ne sera point rinterpiélo De vos saints commandeinciits.

Mais ceux qui de sa menace Comme moi sont raehelé's, Annonceront à leur race Vos celesles vérités.

J'irai, Sei;;neur, dans vos temples Ilécliauflér par mes exemples Les mortels les plus glacés ; Et vous offrant mon hommage, Leur montrer l'unique usage Des jours que vous leur laissez.

La prophétie d'Isaïe se trouve ainsi divisée, par l'hisloire d'Ezéchias, en deux parties bien dislitictes, dont la seconde ne coininence (}u'au chapitre quarantième. Cette seconde partie est plus sublime encore cpie la première. Dieu s'y révèle dans tout son amour; il adresse à son peiqtle les reproches les plus tendres; il réitère ses |U'0messes ; il annonctî la veiuie prochaine du juste, du grand Orient, de l'étoile de Jacob; il décrit d'avance toutes les vertus et tout»! la douceur de ce lils , ol)jet de toutes les cornpi.'.isances du père ; il ne marchera pas sur le roseau brisé, et il n'éteindra pas la mèche qui fume encore. Un nouveau pouvoir , celui de la miséricorde et de la paix, va renouveler la face du monde. La mer ouvre des chemins à la concorde universelle; les torrents «.reusrnt des sentiers [»our le zèle iivA apôtres : le mal est vaincu. « Monstres des déserts, glorilie/. Dieu, car Dieu abreuve les déserts, et y fait couler les eaux vives du salut. Oonsoiiî-tfii , mou p(!iq)le ; vaines idoles, disparaisse/ ! Ouoi I un l)ôcherou aura cf)Up<'; un cIiô'K! ou un cèdre; il en aura l'ail des planches vl des in.sUuintjnts jiour son usage;, du Jjois pour son foyer, <'t du reste, dont il ik; savait tpie faire, il s'est fait un Dieu 1 Votre Dieu à vous n'est pas l'ouvrage des honnuos ; mais le ciel et la terre sont l'ouviagi! d«! ses mains : (|u'il soit élernellriiienl béni ! »

Aucli.iitilie rpiarante-ciiiquième, on trouve celle brdie pro|théti(j louchant I<î roi Cyrus : « Je l'ai /ip|iel('' [lai- Ion nom , lui dit le Seigneur ; ji- l'/ii soumis la terre à cause «Je mon peuple, et lu ne m'as pas connu. »

l'ionqM'/. vos fers , Tril'UH eaiiiivcH , Tiriupi-s lu|;ilives,

rr. JACQUES

Ropass»/. les nioiils ol les mors Uasscmblez-votis des bouls de l'univers.

On poiil citer Racine lorsqu'on analyse l.saie : le poote n'est pas indigne du prophète, et l'a parfaitement compris.

Cependant, après tous ces chantsd'allégresse, la liarpe sacrée semble se souvenir de ses premiers accents de douleur. Les cliapitres M.vii et xLviii siirlout sont pleins encore d'amertume et de reproduis ; il semble que la sentinelle du Seigneur ne veuille pas laisser les mècliants s'endormir dans leur crime. « 11 n'y a point de |)aix |)Our les inipies , dit le Seigneur. Ecoulez C(>pendant, îles de la mer; prêtez l'oreille , peuplades lointaines , car vous (Mes tous appelés , et tous vous pouvez être élus. Plus de barrières entre les hommes; partout la concorde et la j)aix. Dieu l)rise les chaînes des captifs ; il essuie les larmes de ceux qui pleurent. Ses enfants désormais n'auront plus faim , ils n'auront plus soif, et ils ne seront plus brûlés par les feux du soleil :

Celui qui a [)itié d'eux les gouvernera désormais , et les abreuvera dans l'eau de ses fontaines.

Quelle Jérusalem nouvelle Sort (lu lond des déserts brillante de clartés, El porto sur le Iront une marque éternelle ?

Peuples de la terre, chantez.

Jérusalem renail plus charmante et plus belle ;

D'où lui viennent de tous côtés (les enfants qu'en son sein elle n'a point portés ? Lève, Jérusalem, lè\e ta tète allicir ; Regarde Ions ces rois de ta içloire étonnés : Ia's rois d'^s nations dcvaiil loi prosternés

De tes pieds l)ais<nl la poussière. :

Les peuples à l'envi marchent a ta lumière.

Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur

Sentira son ànie embrasée!

(lieux n'pandez votre ros('(!

Kt que la terre enfante son sauveur !

JACQrFS 641

Il est impossible d'analyser et de traduire en nu'me temps d'une manière nlus parfaite les derniers et les plus beaux cliapitres d'Isaïe, dont l'esprit se retrouve tout entier dans la belle prophétie de Joad. Racine a eu le talent de faire tenir tout Lsaic dans une page, sans rien lui faire perdre de ses inimitables beautés.

Rien de plus tendre et de plus doux que les dernières paroles d'isaïe. Dieu n'est pas seulement un bon maître, un charitable sauveur, un père; c'est une mère pour ses enfants: il leur prodigue ses consolations comme le lait, il les comble de ses caresses. Ici les images de félicité surpassent les espérances et les forces de la vie présente ; il s'agit du ciel, car h tant de bonheur s'oppose comme une grande ombre l'éternité cadavéreuse des pécheurs. « Leur ver ne mourra point et leur feu ne s'éteindra point ; et ils exislei ont jusqu'à ce que tous les yeux se soient fatigués de les voir. » Ainsi se termine le chant si varié du prophète de la palingénésic humaine. On pourrait i)eut-ôtre, s'il s'agissait d'un simple poète, trouver qu'il se répète quehiuefois ; mais dans l'original hébreu les couleurs variées du langage einpèchent la trop grande uniformité du discours. Les menaces d'ailleurs succèdent aux promesses, et les joies aux douleurs, avec un art (jue nous avons fait déjh remarquer. Peut-être ([uelques clia})itres ne sont-ils pas tout h fait h leur [dace, le temps et le nnm- Ito des copistes ayant pu occasionner des transpositions. Tels qu'ils sont d'ailleurs, les chapitres se suivent assez pour que rien ne choque ni n'embarrasse l'esprit. M. do (îenoude a fait sur Isaïe. d'après les cahiers de M. Garnier, supérieur général de Samt- Sulpicc, un travail qui mérite d'être consulté, (juoique sa tiaduction ne soit pas toujours rigoureusement exacte.

ISIDORE (saint) de Séville. {Voy. Crovvnr,i:s roETivji Ks et rori;L..\i«KS.^

JACQUES (saint). — L'EpIlre catholique du l'apAtre saint Jacques est remnn|Mable entre toutes les autres par ses mouvements oratoires et l'énergie de ses expressions. Il scMléchaine contre l'incontinence de la langue; il prouve rpie la foi sans les leuvres est morte ; il sépare la sagesse céleste de la sagesse huiuaiiu!;il établit les bases de la morale chrétienne, défend ([u'on fasse ac- ( epiion devs personnes et met hors du christianisme ceux (pii honorent les riches plus que les pauvres. « Si dans votre assemblée, (îit-il, entrent en même temps un homme richement velu, avec un anneau d'or, et un pauvre en habits soidides, et que, vous tournant Vers celui qui bnlle par son extérieur vous lui disiez : Mettez -vous h la place d honneur, et (|ue vous disiez ensuite ati

pauvre : Toi, reste à la porte, ou assieds-loi sur l'c^scabeau de mes pieds, ne vousjuge/.vous pas ainsi vous-mêmes, ne vous faitesvous pas aitisi les juges de vos mauvaises pensées?

« Ecoulez, frères bien-aimés, est-ce que Dieu n'a pas choisi les pauvres en cemondii pour être riches dans la foi et jiour hériter du royaume qu'il a promis h ceux qui l'aiment ?

« Et vous avez déshonoré le pauvre ! Estce donc (juo ce ne sont pas les riches qui vous op[)riment par h^ pouvoir? Ne sonl-ce pas eux (pii vous traînent devanl les juges ? ..

Puis saint Jacrjucs exhorte ses frères à ne rechercher ni les premières places, ni les premières fondions ; car, dit-il, vous at

Cr, JEAN (Svim)

tireriez sur vos tôtes un jugement plus terrible.

Puis il termine son Epître par une terrible invective contre les riches :

«Allez maintenant, riches, pleurez avecdes hurlemt-nts sur vos misères qui vont bientôt tomi)er sur vous. Vos richesses sont en putréfaction, vos vêtements sont mangés par les vers !

« Votre or et votre argent sont rongés par la rouille, et cette rouille témoignera contre vous, et elle dévorera vos chairs comme le feu.

a Vous vous êtes thésaurisé la colère des derniers jours.

< Voilà que le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos campagnes, et que vous leur avez retenu par fraude, crie vengeance, et ce cri est entré dans les oreilles du Dieu des combats.

« Vous avez fait bombance sur la terre et vous avez engraissé vos cœurs de luxure pour le jour delà tuerie.

'< Vous avez cité en jugement et vous avez fait mourir le juste, et il ne vous a pas résisté.

« Sovez donc patients, mes frères, jusqu'au jour de l'avènement du Seigneur. »

Ainsi les terribles menaces de saint Jacques ne sont pas des provocations à la haine, à la vengeance et à la guerre civile. S"il fait des menaces, c'est au nom du Seigneur; mais après avoir tonné contre les riches, il ne s'adresse aux {lauvres que pour les exhorter à la patience et h la paix.

JEAN fsainl) l'Evangéliste. — Saint Jean, successeur de Jésus-Christ, et souverain pontife de l'Eglise sur le Calvaire, [luisque saint Pierre alors était absent, saint Jean, à (\m le Sauveur du monde dofina sa mère, parce qu'il était un autre lui-même, le conlidcMilde toute sa [)erisée et de tout son cieur; saint Jean qu'on représente toujours jeuiu!, parce que la charité n - vieillit |).is, est le plus divin des hommes a[)rès rHonmie-Dieu Du premier mot qu'il dit en cominerieant son livangde, il se pia<e plus haut (|ue .Mois»: : Aucommenremfnt /Meu créa, avait dit l'auteur de la (ienèse. — Au rommcncrment était le Verhe, s'écrie le pr0(>hèle de l'Apocalypse, et l'*ut esldit ; car l'intelligence humaine n'a jamais pu <;t ne pourrajamaisrnoi ter plus haut. <'.eque saint Je-'ui prêche surtout, c'est \i\phi- Innlhropie du Sauveur, mot que nous employf^ns, parce qu'il ap[»arti«;ril au texte sacré et mj'il y a été (>ris par les faux .ipêjlres de Il bienfaisance qui l'ont profané. Jésus- Christ avait réduit toute la loi n deux préeeple»; saint Jean réurnt ces deux |>réceples dans un seul : Aimez-voux Iph unn (en autres. Si Tou$ n'aimez pa» votre frire que vous rnijez, ajoute-t-il, comment aimrz-roun /)ieu fjue vous ne voyez pan't Celui (fui n'aime pan 'lemeure dann la mort. On sait cfMiime'il le saint apAtre mettait lui-même en iiralique le \t\hv\tW. de la f harilé fiaternelle. On sait la loiichanle hi'tloire de ce vrileur (pj'il alla luifuôine chercher dan» la inonLai^ne, et qu'il

JKAN ni: LA CHOIX

fiilJ

ramena d.ins son église. [Voy. les citations à l'article Clément d'Alexandrie.)

Les Epîtres de saint Jean roulent toutes sur un même objet : la charité envers le prochain. Aimez-vous les uns les autres, répétait-il toujours dans sa vieillesse; et ses disciples lui demandaient pourquoi il leur répétait toujours l,i même chose. — C'est que je n'ai rien de plus à vous dire, répondait le saint vieillard, puisque c'est toute la loi (!u Seigneur. On croyait dans l'Eglise apostolique que saint Jean ne devait pas mourir, et même après qu'il se fut endormi du sommeil des justes, on disait qu'il respirait encore dans sa tombe, et que son souffle agitait doucement la poussière de sa sépulture; il sortait aussi de son tonibt^au une huile qui guérissait tous les malades : traJitions touchantes et vr.nes; car, selon la promesse de l'apôtre, la charité ne doit jamais mourir, et Dieu laissera toujours au mo id^, affligé et brisé par la verge de sa colère, l'huile de la miséricorde qui guérit toutes les blessures. [Voy. Apocalypse et Evangile.)

JEAN DE LA CHOIX (saint), né en 15'r2, réformateur des Carmes, a laissé des poésies mystiques pleines de grâce, dont nous donnons ici une traduction nouvelle, calc|uée ligoureusement sur le texte espagnol.

La montée du mont Cannel.

ARC-IMENT.

Sous les emblèmes mystérieux de l'époux et de l'épouse, le saint décrit ici les nieiveilles de l'amour de Dieu |)()ur l'Ame tidèle et de l'Ame fidèle poiir son Dieu Ici commence le récit des délices de la sainte union des Ames avec Jésus-Christ. L'Ame tidèle, après avoir fait taire en elle-même les passions et leurs vains désirs, pressée d'une angoisse d'amour qui la sollicite h se donner à Dieu tout (nitièrr', sort d'elle-même par un plus parfait renoncement et va cherclierson bieiiaimé h travers la nuit obscnn-e de la foi ; elle le trf)uve dans la solitude, et s'abandonne à ses chastes embrassiiments, heureuse d'être à lui, parce; qu(! tef e est sa volonté sainte, ne voyant que lui au milieu de ses (tresses et le préférant toujours h son jiropre bonheur.

I,'l'!pf)IISC.

I>»iis le (':iliii)' (|iic hi imil soiiilire |-':iil siir.iurdrr :iiix hriiits du Jniir, Qii:iiiil je si'iiCiis ImiiIim' <hiiis i'oiiihru \a-m an^'oissirH di- mon iiiiioiir , ()iivr:iiil l.i porle solilairi-, 0 Koiivfiiii' dclicitriix !

h', suis sni IJi- ;iv<'<: iiiyslcre IK; mon n-diiil silencieux.

Koile d':imoiir et dVsnéniiicc , <]ouverl(! d'un voile dncnjl, J4' iiif suis ({lissi-e en silence l'ar I esciiliiT li- plus s(«:n!l.

Avec moi lonl. scnihhiil se Uiirc :

0 soiivrnii dflinciix !

l/oinltK' <(;iil pleine de mvsicre Fit mon reiliiil silem icnx.

f;4<5 JKAN m. I,\ CROIX

Pciiil;!!!! CCMC iinil forliini'O Jiillais sniis miido ot s:iiis soiilicn l*;ir mit* roiilt» (K'tonrrirc Où mes youx ne distingiiaionl ri(Mi.

Sans cr.iiiito, heureuse avenlnricre , J'allais on voulait mon vainijMeiir, Kn suivant jx)ur toute liiiuière O.lle qui luisait dans mon cœur.

Elle ne m'a pas é|:nn'e, Car (lu feu sacré de l'amour La sj)lenil(Mir est plus épune Que les plus beaux rayons du jour, Kl bienloi je suis parsemif Où nie dcsirail sans témoin Celui (pii m'avait reconnue Kt qui me souriait de loin.

0 nuit, que je bénis encore !

Ineffable et <li\in sommeil !

Nuit plus aimable ipie l'aurore»

FMus brillante que le soleil !

Nuit (pii vis l'union charmante De mon âme avec le Seigneur :

Car de Dieu mon âme est l'amante, Kt mon repos est sur son cœur.

Avec une haleine paisible , L'agneau s'endort parmi les fleurs, Kt mon âme est inaccessible Aux désirs qui causent des pleurs.

4e la garde à lui toute entière , Je contemple mon bien-aimé, Kt j'agite sur sa paupière Lu rameau de cèdre embaumé.

Lorsque le souffle de l'aurore , Kaisànt voltiger ses cheveux , Klfleurait son front qiu" j'adore D'un baiser chaste et lumineux, Conmie une goutte de rosée Sur les feuillages frémissants , Sa main sur mon front s'est posée, Et j'ai senti mourir mes sens.

Aiors, en m'onbliant moi-même, Je ne vis cpic nn>n bien-aimé ; Je laissai près du Dieu que j'aime Tond»er mon visage enflainnn'' ; Ses reganls etaiint ma lumière; Loin tie moi le momie avait lui , Kt mon âme é'iait toute entière l'armi des lis blancs comme lui.

La nuit obscure de l'diuC'

r\\v.M\i:ny. PAnTit:.

1^0 fiivin ('|)()iix, j.iioiix do lotit co qui |)uiirrnihli.slrair(ï rAiiir liilrlf, iicsc coiitiMile pos (lo l'.ivoir (lt';jt()iiill(''o (1*^ loul cv. qui n'rsl lias lui ; il veut In priver ou a|tparonce <lo lui-m('^ino, do pour (pi'clli'uo snuiollisso ou lie (b'viejiiio vaiiio dans l<'s délires do la saiii'u union. Il dis|)arail doiio nnur un temps h SOS regards intôrifuis, el l,i laisse dans uno inoxpriiiiahlo désolai ion : c'osl alors (lu'ellcsont coinhitMi pou ollo ôtait oncort» géiiorouso dans son amour, car o!lu a pfuno h se souinoUro d'ahord aux rij^tiours du céleste aiuanl ; ollo lo ohi-rclic avec inipiioludo, oll(.' lo domando mémo aux oréaluros (pi'olle voyait na.^uôro si aii-dossous dollo ; mais icscréaluros no peuvent la ronsolor el ne lui montrent (|uiino iiiiparfaile image de celui qu'elle noil avoir perdu.

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