‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 96 sur 233 · JEAN DE LA CROIX · texte numérisé non relu

JEAN DE LA CROIX

Où vous cachez-vous , mon amour , Loin des pleurs do votre conqiagne ?

M'avez-vous donc fui sans retour Comme le cerf de la nmnt;igne !

.Après m'avoir blessé-e au cœur Vous m'avez ainsi délaissée , Kt je cours comme une insensée Sans rien tronver (|iie ma douleur.

Pasteurs, vous tous (pii m'entende/, , Si vous passe/, par le village Kt si bientôt vous v<uis rendez Aux colliiies du voisinage.

Vous IroiivtTe/. p.inni les fleurs Celui que mon exil adore ; Dites-lui (jue je me devove , Que je languis et que je meurs !

En le cherc haut j'irai pleurer

Le long des eaux el des montagnes.

Sans la cneilbr pour me parer

ic. verrai la lleur des canqiagnes

t'^t Jl' ne craimirai ni les our

Ni les antres bèies cruelles ;

J affronlerai les citadelles.

Les ponts, les remparts el les lours.

Des ombrages qu'il a |ila;ilés, 0 forets, épaisseurs profondes, Prés par le zéphyr habités, (Campagnes mouvantes et blomles.

Si vous le eacliez à mes yeux , A ma douleiu' daignez le rendre , Ou du moins parlez pour m'apprendr.' S'il a passé dans ces beaux lieux !

Il a passé par nos forêts En y répandant milles grâces; La iM^aulé (|ni suivait ses traces Les revêtit de mille attraits.

Il s'est miré dans leur fraicheur Et le regard de son visage A tout rempli sur son |»assagc De l'empreinte de sa douceur.

Ilclas! qui me pourra guérir !

Venez, ù Dieu que mon copur aime !

Pour (pie jt> cesse de souiîi ir , Venez, et |>arlez-moi vous-même; Car ceux qui ii:e iiarlenl de vous Ne huit que redoubler ma flamme , Ils ne peuvent dire à mon âme Ce dont mon amour est jaloux.

Ceux qui ne t'ont vu qu'en passant Ont vanté ta grâce divine.

.\ mon cœur triste el languissant, Qui les prévient cl les devine , Ils me disent je ne sais quoi Qui me laisse tonte mourante !

Ah ! leur parole est ignorante Kl Ix'gaie en parlant de toi !

Mais commenl puis-je vivre encore Puisque ma vie est mou trépas ?

Ma langneur ne vient-elle pas De celui même qu'elle implore?

Qui peut te sainer, o mon cftiir.

Si la lleelie qui te déchire Vient de la main (pie lu désire Kl si lu chéris ton vainqueur !

Pourquoi donc m'avez- vous blcsséc Si j'étais indigne d(> vous ?

Si de moi vous êtes jaloux, Pounpioi m'avez-\ons délaissée?

I>ites ponripioi vous m'onbliez Apres n^a^oir('>le ma joie , Kl poiiiipioi vous laissez la proie Qui tombe moiirinte à vos pieds?

ftIO JEAN DE LA CROIX

Éteignez roiinui qui consurae Ce cœur qifon ne saurait guérir :

Vous seul pouvez le secourir Et tempérer son amertume.

Venez, oh ! venez éclairer Ces yeux éteints sous ma paupière Qui, privés de votre lumière , Ne s'ouvrent que pour la pleurer.

Découvrez-moi votre présence , Afin qiie j'expire d'amour.

Vous savez bien que sans retour J'ai perdu toute autre espérance.

Le mal d'amour ne se guérit Qu'auprès de la personne aimée :

La (leur mourante est lanimée Lorsqu'un beau soleil lui sourit.

Fontaine pure ei cristalline, Oh ! si mes yeux pouvaient le voii Se dessiner sur le niiroir De votre surface argentine !

Dans votre claire profondeur, Que ne peut son brillant vi agc Terminer la vivante image Coiniiicncée au fond de mon cœur !

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