JEAN DE LA CROIX
La pourpre l'enrichit encor, La paix le porte et l'environne, t.1 la charité le couronne De ses mille boucliers d'or.
De vos pas en suivant la trace Les âmes tendres ont couru; Voire nom leur est r.pparu Comme une étincelle de grâce; L'itincellc a touché leur cœur; Et pour leur tendresse enflammée Du vin la sève est parlumée.
Le baume a donné son odeur
J'ai pris la coupe des délices Dans le cellier du bien-aimé.
D'un vin par ses mains exprimé Ma lèvre a goùlé les prémices; Puis mes pas, de joie enivrés.
Erraient au hasaril dans la plaine.
Et loin de ma vue incertaine Mes troupeaux se sont égarés.
Là j'ai puise sur sa poitrine Les secrets d'un chaste bonheur, J'ai savouré les profondeurs D'une science hum; le et divine ; Puis, toute à son amour jaloux, J'ai donné mon âme et ma vie Et j'ai coiilenlé mon envie Des secrets de Dieu mon époux
Lui seul remplit ma destinée :
Je ne garde plus mes troupeaux, Lui seul dirige mes travaux Depuis que je me suis donnée.
Mais, helas! pour me conformer A sa volonté souveraine, Il ne m'en coule aucune peine 11 ne m'ordonne que d'aimer.
Si donc mes compagnes chéries Sont tristes de ne me plus voir.
Si l'on me cherche en vain le soir l'our fouler l'herbe des prairies.
Dites (pie je suis, sans retour, Peiilne au sein du Dieu (pie j'aime, J'ai voulu m'y perdre inoi-mémc Pour me trouver dans son amour.
D'emeraudes et de fleurs belles Qu'au malin nous irons choisir Ndiis Icidiis pour votre plaisir Toujours des giiiil.uides iioinelles.
Votre amour, fidèle à mes vomix, Les trouvera lonjoiirs ('•clos(!s :
Sous ferons desboïKjuels de roses Liés de ruii de mes cheveux.
l'ii seul cheveu que h- /.«'pliyre Sur mon fiiml faisait se joner Nagnèi'i* a siiUi pour nouer Des iid-nils dont \oiis aime/ l'empire.
Il n'a laliii (1111111 de mes yeux l'our bli*ssrr et bniier voln; àme, La charilt^ (pii vous cnthimiiK; Du niiaiit vous rend amoiir(MJ\.
Save/.-\oiis pourquoi je suis belle?
C'est ipruii regaiil délicieux M'a d(^ la urac.(; de vos yeux Imprime rima^e lidèie; (re-,1 poiiiipioi d'un amour si doux Vous Halle/, en moi voire oiivnigi; Mes yeux, rein|tlis de votre image, Ne soiil pas imlignes de vous.
J'élai» brune comme uni; Maure; Pourtant w. nu* (b'daigiie/ pas : Vos yeux m'ont dmme des appas Qui ctiaiij/cnt ma nuit eu aurore.
Gno
ft'l JEAN DE LA CROIX
A vos yanix je n'osais céder ^)ii:iiul inoit :^mc était avilio.
Mais vos roxards m'oiU ombclHe, Kl vous pouvez nie rejfirder.
Noire vigne est déjà fleurie.
Prenez ces renards ravisants Qui rongent les pampres naissanl»
IH; notre vendange chérie.
Tandis qu'en bouquet doux el frai^i Nous lions les roses divines.
Que personne de no» collines Ne vienne interrompre la paix '.
Arn^tez, mortelles haleines l>u sepieiUrion menaçant!
Viens du midi, souille innocent, lléveiller les lis dans nos plaines ; Képands les suaves odeurs l>e mon parterre de délice, El <pie k hien-aimé jouisse De son repos parmi les fleurs !
TBOISIÎÏME PARTIE.
Après les épreuves la récompense, anrès les agitations de l'Ame captive la helle et douce inquiétude de la sainte liberté. L'épouse est intimement unie h l'épouv.cl elle sent qu'elle n'en sera jamais séparée; elle se repose doucement sur le cœur du bienaimé, el ne vit plus qu'en lui et |)ar lui. Comme un fleuve qui cesse de s'agiter et de courir lorsqu'il entre dans la vaste profondeur de l'Océan, cette âme perdue en Dieu se dilate et se repose en lui; alors elle est tranquille de la paix de cet océan de délices ou agitée des moi^vemenls mystérieux de ses ondes; un zèle ardent lui fait chercher le salut des hommes sans que son individualité liumaine y soit pour quelque chose ; sa volonté n'est plus qu'un consentement sans borne, un amen sans fin h la divine volonté; la terre s'abaisse loin d'elle : et le rugissement du lion infernal parvient à peine jus- (ju'h ses oreilles dans la profondeur du ciel, où l'emportent et la soulèvent les grandes eaux du divin amour.
Maintenant l'épou?* est entrée
Dans le jardin du bien-ainié :
Sur un lit de roses semé
Elle dort de joie enivri'O.
L'âme s<»uril en s'endormanl
Dans la paix que son Dieu lui donne^
Et la charité la couronne
Des grâces du céleste amant.
L'éi)Oux.
Sous un pommier je lai connue, El la je l'ai donné ma loi ; Là tu me juras d'être à moi Avec une grâce ingénue.
Ainsi j'ai sauvé la pudeur Où ta mère jMTdil la sienne, Afin que ton c<eur se souvienne De ce que lu dois à mon cœur.
Ailes promptes el frémissantes Des oise^mx nés dans nos vergers, Cerfs timides el daims légers, Lions des forets rugissantes.
Eaux qui miirm\irez avec hruil, Vrnts qui descendez des monlagncs, Ardeurs qui hrùlcz les campagnes, Craintes qui veillez dans la nuil.