JEAN DE LA CHOIX
Par renchanlement de la lyre El par les (hauts de nu>n amour.
Je vous interdis le st'jour Où ma jeuiu^ épouse respire.
I,aissez devant ces murs jaloux Mourir vos voix respectueuses, Pour que les heures amoureuses Lui versent un sonmieil plus doux.
0 jeunes filles de Jud('-e!
Pendant qu'entre les rosiers verU L'andire gris parfunu; les airs Pour celle que jai posM'dée, Uejouissez-vous loin de nous El laissez-uous cueillir nos roses; Maintenant de nos portes closes Le seuil n'a plus besoin de vous.
L'épouse.
Tournez la, yeux vers les monl.ignes, 0 le hien-aimé de mes jours !
Cachons nos célestes amours.
Mais regardez vers les campagnes.
Mon ànie s'égare et se péril A travers les iles Uiintaines, El l'aniour enq»orle mes iH'ines Dans le silence du déseii.
Quand la colomhe fugitive Eut (juille l'arche du repos.
Elle y revint rasant les flots Et i»ortant la braïuhe d'olive.
La lourlerelle, en soupirant.
Cherche sa conq)agne chérie El la trouve dans la prairie Au bord du ruisseau inurmuranl.
Elle vit dans la solitude El bàlil loin de tous li-s yeux Le pelil niil deliei(<ux Qiu' couve sa soliicilude.
Dans im solitaire séjour ElU; suit son ami lidele, Qui veut être seul avec elle ; Ain i Dieu seul est mon anuxir.
Abandonnons- nous à la joie!
Montnv. à mon co^ur enchanté Le Miiroii de votre beauté, Alin (jue mtui anuuir s'y voit'.
Sur les monts et sur h>s loleaux Suivons les bords heureux de fonde.
Entrons dans la Ibrél profonde El cachons-nous sous les rameaux.
Dans les grottes inaccessibles Nous oujbragerons nos amours; Nous y verrons couler nosj(Mirs.
Aux mortels loiis deux invisibles Nous cui'illerons pour nous nourrir QueUpies grt>nades savoureuses Que les chaleurs oflieieuM's Autour de nous viendr«>nl mûrir.
Là vous nuuilrerez à mon âme Ce (jneile a tant «lesiri' voir ; Là vous consommerez resjxiir IK' la vive ardeur cpii m'enflamme; Là, dans un instant fortuné.
Vous m'appreiiiire/ ce que j'ignore El vous me donnerez encore Ton! ce que vous m'avez donné.
Le souiflc de l'air qui soupire, La voi\ du rossignol charmant.
Les bois el leur egareuuMil Où la Irai» heur des nuits respire, El la flanune (jue dans mon cunir Déjà vous avez allumée
653 JEREMIE
El dont je me sens consumée Sans en éprouver de douleur.
Votre rival esl mis en fuite.
Aminadab no parait plus :
Sentant ses eflorts superflus,
Il a ralenti sa poursuite;
Le bruit du pas de ses chevaux
Ne trouble plus ces lieux tranquilles,
Et tous ses soldats iiuitiles
Sont descendus le long des eaux.
La vive flamme d'amour.
Ce cantique n'a pas besoin d'argument ; ci'ux à qui Dieu donnera de le comprendre n'ont pas besoin qu'on le leur explique, et ii serait impossible de le faire comprendre aux autres.
0 vivante cl céleste flamme Qui causez un si doux tourment En caressant légèrement Le milieu secret de mon hme, Puisque votre toudier mest doux, Prenez la victoire furiic ¥.1 brûlez Tobstacle fragile Qui me sépare cncor de vous !
0 feu qui brûle et qui console, Blessure pleine de douceur, Main b-gére qui frappe au cœur Avec le trait «i'une parole!
L'univers ne me doit plus rien, El je ne «lois plus rien au monde ; Je vis dans une mort pro 'onde Qui me rend ma vie cl mou bien !
0 flambeau de clarté divine Dont les rayons resplendissants Pénétrent au fond de mes sens, Q<ie leur douce ardeur illumine.
Vous donnez à la fois le jour Et la (-|i;deur qui fait rena trc, Feu divin, qui savez connaître Celui que vous brûlez d'amour!
Avec quel amour plein de cbarrnefi Vous éveillez-vous d;iuh mon comm, Ou vous savourez la douceur De mon sib-nce et de mes larmes!
Que de (.'loire vou*. aspirez Dans <:e néant plein de riclicssc, Et de (piel torrent de tendresse En m'allérant vous m'enivrez !
J^^HÉMIK. — Le proplif-te J/'r(''mio, ron- 5«orré; (Us le sein de sa mère ii la |>ropli(''lir <*l aux larmes, est le grand [loéle rjlè^^i.'upic de la Kible. I>es cinrpiaiite-deux (Inpitres de sa propliètie, ses trois livres de Lamentations et la [)ri«'.Te qui les termine n'ont qu'un objet, appeler le |»eupie à la f)<;niten( e soit avant, snit après les cbAliments du Seigneur. Toute la vie du projdiétft ne fut (pi'un b»n^ rnart}Te,. Témoin des désordres de son jieupU; et de l'aveuglement de-s eliets <i\i peuple, il voyait s'avancer ^ grands pas la ruirn; de sa patrie, et |»arlait en vain a dr-s aveugles et ,'i fies sourds. Il menaf;-iit, et ses m«!naees faisaient rirfv, il priait , il eormir-ut nvei larnir-s, et on détournait la if-.U' en naus- Haiil les épaules. Il annonçait la ruine f»rorhainc, de la ville et du tempU;, et nn l'aeeu- »ait de blnspbémer et de niaudir(! sa patrie. On le mofitrail au dr»igt eomiru; un traître, on If jetait tantôt da'is no caeliot , tantôt
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dans une citerne bourbeuse ; mais rien ne pouvait étoufTer l'esprit qui le dominait, ni faire taire en lui le verbe de vérité. On trouve dans ses prophéties moins d'allégories que dans les autres prophètes. Le danger est prochain, il est imminent, on y touche, il faut s'exprimer clairement; Jérémic n'exhorte pas seulement, il supplie, il prû-^ che moins qu'il ne pleure. Ses accents sont pleins d'une tendresse ineffable et d'une tristesse infinie. 11 ne faut pas chercher dans sa prophétie un autre intérêt que celui de la douleur. On comprend combien les vérités pénibles qu'il répète sans cesse devaient sembler fastidieuses à des cœurs endurcis qui ne voulaient rien écouter ni rien com- I)rendre. En vain la voix de Dieu prend dans la bouche de Je -émie des accents partis des entrailles, des cris sublimes de maternitéi « Non , c'en est lait , répond Jérusalem , il n'est plus temps , j'ai donné mon amour , et je m'en irai avec les étrangers ! — Reviens, mon peuple, reviens encore à moi que tu as offensé , et lout sera oublié. Jérusalem , épouse adultère, toute souillée et tout im^ pure que lu es, reviens à moi, et je te rece-^ vrai encore 1 Lève les yeux, regarde sur les chemins, cherche un endroit oij lu no te sois pas piostituée! Tu étais assise à l'angh; des roules, attendant les passants comme le voleur dans la solitude. La terre a été soiiillée de tes infamies : lu t'es fait un front de courtisane, et tu ne sais plus rougir!... Eh bien I maintenant, maintenant encore, appelle-moi , et je viendrai. Dis-moi : Tu es mon père , c'est toi qui as veillé longtemps sur ma virginité !... O ma tille, seras-tu donc toujours irritée? Persévéreras-lu donc dans le ( lime jus(ju'à la lin ? Tu l'as voulu , tu as fait le m,d, et tu as vu qu'il était facile... » Est-ce U'i Dieu qui |)arle, ou plutôt n'est-ce [las une mère (jni jileure? Quoi! c'est le maître olfensé (jui supplie? c'est lui (pii sembli.' demander gr/ice ? « O ma tille ! serastu donc t'iujours irritée? » Nntu/uid irasce^ rix in finrm ! Non, rien d'aussi louchant n'avait été eneore exprimé ni senti par les hommes; la révélation est évidente ici et se prouve [lar elle-même, et le Dieu r|ui parle ici n'est déjà plus h* .vfmibre Jéhov.i, si lerlibN; dans ses V(;ngeances. .Maintenant surtout, nous, enfantsdu (.hnstianisme, nous devrais reconnaître la voix de celui (jui j)arle ; c'est unr; voix rpii nrnis est bien connue et bien r;hèrc : c'est la voix de celui (pii étend v(;rs nous ses mains sanglantes et (pii nous nir)ntrc son ca;ur blessé; c'est le. maîlre au regaid si df)U\ et au fiont couronné d'éjjines; c'est celui qui soulfre, qui pleure, (pii prie et fjui [lar lonm; toujours. Jérémie, en elfet, n'a pas seulement |)ro[)hétisé rHomme-Di«!H, il l'a re[»réscnté dans sa vie, il a été le. premier précurseur d(; sa miséricorde; : aussi, comnK! saint Jean-Raptisie, h; second précurseur, il a été sanctilié dès le sein d(! sa mère. Il f.nit être bien innocent et bien pur pour comprendre si bien la miséiicorde et le pardon. To-il l'esjtrit dr* Jérémi(! est dans (•Ai [»nssage (|U(! nous vrîuons d»; citer, et cet
çv; JERF-MIE
esprit esl aussi celui de rEvaiigile. Toutefois, couunc tlcv.iil faire plus tar.i le Sauveur (lu monde, Jéréniie adresse les re|)iorhes les plus sévères aux profanateurs du temple et aux violalfurs de la loi. La [laroic la plus dure qui soit sortie de la bouclie du Sauveur était empruntée h Jérémie : L(i maison de won Pcrr r:^t In maison de la prière, ri vous en avez fait la caverne de voleurs. Jéréniie avait dit : N'avez-vous pas fait tme t-avernc de voleurs de cette maison , où mon voni a été invoque 't C'est moi, c'est moi qui l'ai vu, dit le Seigneur.
11 est diiiicile de donner du prophète Jérémie une analyse comi)lète et suivie, il se répèle comme "les personnes afiligées et comme celles qui prient. Son expression est toujours poétique et d'une maf^nititjue couleur, mais c'est moins à l'esprit (|u"il s'adnîsse qu'au cœur qu'il essaye de convertir; s'il ne lait [las pleurer, il lasse, car il ne faut pas le lire avec un cœur froid ni avec un esprit distrait. Comme Isaie, il raconte l'accomplissement de ses prophéties et le siét;c de Jérusalem par Nabuchodonosor. Ainsi Jérémie survit à ces princes et à ces rois rpai avaient juré sa mort et (jui insultaient à sa douleur, il reste seul sur les ruines de Jérusalem ((u'il avait voulu sauver. 1,'événement qu'il avait [irévu passe sans l'étomuMet sans changer le cours de ses larmes. Toutefois ses pleurs ne sont pas sans es|)érance. La captivité maintenant est commencée , mais il i)ro|)hélise déjà le retour. Ses larmes sont toutes généreuses; il ()lcure sur sa [)atrie, et il soulfre lui-uuhne sa'is se plaindre. Ses lamentations mêmes, il les fait au nom de son peuple : c'est Lsraël allligé qui pleure, ce n'est pas le tils d'Helcias. Aussi reprend-il sévèrement sou disciple IJaruch , qui, au milieu de ces innuenses ealau)ités publiques, avait trouvé cpiclques pleurs pour ^es propres maux. '< Voici ce que le Sei- ^lu'ur Dieu d'Israël te dit à loi, lîaruch, » ^■écrie h- pro()hète en appuyant avec amcrtiuue sur ce nom [)roi)re et .-ur cette parole : à loi. « Tu as dit : Mali)eur à moi, malheureux, parce que le Seigneur ajoute la douh'ur h ma douleur. Je me suis fatigué h géiiur et je n'ai pas trouvé le re|)os.
« Le Seigneur m'a dit : Voici ce que tu lui (liras, à lui : Ce (juc j'avais éditié, je le détruis; ce que j'avais planté, je l'arrache, et je dévaste ma propre terre, cl tu veux (|ue je m'occupi,' de tes grandes destinées! (^essc d(! te plaindre toulelois, i ar j\unènerai l'extermiualion sur toute chair, et jeté laisserai la vie sauve dans les exils I
« .Vfais tpie Babylone ne s'enorgueillisse pas de sa victoire; ([ue Moab, qu'Arnon et Damas n'applaudissent pas h notre ruine : Dieu propare le calice brûlant (ju'il vous fera boire et ([ui vous assoupira d'un assoupissement éternel. Les fleuves de Hahylone s'épuis(!ronl connue les veines d'un homme égorgé ; la mer déserte n'est [ilus sillonnée par ses vaisseaux, la cilé d'Assur esl changée en une morne nécropole où sifllenl les scrpeuls qui se répondent de ruine en ruine.
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La mer enfin montera sur la place où fut H.ibylone , et on n'en tnuivera plus de traces.
« Va, dit le pro.thète à Saraias, lils de Nérias, et (pii était un des principaux entre les prophètes, [)rends ce livre où j'ai écrit les (icstiriécs de IlahylorKî, cl emporte-le avec loi dans la terre de la cajitivilé. Dis à celle grande ville que Dieu l'a condamnée à n'être plus qu'une funèbre solitude, et cpunid lu auras achevé de lire les menaces du Seigneur, lu attacheras une pi<^rre au livre et lu le jetteras au milieu d • l'Euphrate, et lu diras : Ainsi sera submergée Bab.lone, et elle ne reparaîtra plus. » Ici s'arrêtent, dit le livre sacré, les paroles de Jérémie.
],•' livre des Thrènes, ou des Lamentations, esl distinct de la prophétie. Ce sont, à proprement parler, des chants éîégiaipies qui ont dû être mis en musi(iuc cl que le prophète a dû chanter sur les ruines en s'accompagnant de la harpe. Elles sont divisées en strophes, marquées et distinguées piar les caractères de ral[)habet hébraïque. La poésie s'y élève jusqu'au lyrisme, cl le début eu est saisissant :
« Comment est-cllc assise solitaire, la cilé (pii était pleine de peuple? Elle est devenue comme veuve, la reine des nations; la têttî des provinces du monde s'est courbée sous le tribut. Elle p.Ieure, et ses larmes coulent dans l'ombre sans que persoime les essuie. Et persoime de ceux qu'elle aimait n'est venu pour la consoler. Tous ses amis l'ont méprisée et sont devenus ses ennemis.
« Les rues de Sion sont en deuil, parce qu'il n'y a jilus personne ([ui vienne à si s solennités; ses portes sont détruites, ses prêtres sont dans les géiniss"iuenls , s s vierges sont souillées et passent écrasées d'amertumes.
1,0 Sfiïtnoiir, in'.iccaltiaMl du pouls de sa colore. Retire loiir à tour el raiiiéne sa main : Vous qui {(.isscz par le cheniiii , Esl-il une niiscîre égale à ma misère?
(L\M,vnTi.\K.)
(.oiuiueiil en un ploml) vil lor pur s'est-il eliango?
(RvciM.)
Dt'ploraliles vielimes,
Que nous ser\iMil, liilasl des regiels superflus? ^os pères ont peehe, nos pires ne sont plus, l*]l nous portons la peine de leurs crimes.
(Id)
Ainsi les sou[)irs de lérémie ont encore des échos sur toutes les lyres sacrées (Voij. Ei.K(iii:) ; ainsi ses larim>s sont immorl Iles comme les tlonhuirs de riiumanité : la prièn» qui termine tout le livre est la plus touchante des élégies et la plus tendre des prières,
«Souvtnez-vous, Seigneur, de ce fjuinous est arrivé; regarde/, et considérez notre opprobre. Notre héritage esl passé à des étrangers el notre maison h des hommes rpii ne nous sont rien. Nous sommes devenus orphelins sans pères ; nos mères sont comme si elles élaienl veuves. Nous buvons notre
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eau à prix d'argent nous achetons notre bois au prix de l'or. »
Le minisire de l.\ colère Prive la veuve el rorphelin Du dernier vêtement de lin Qui sert de voile à leur misère.
I)e nos mains il reprend encor, Comme un vol fait à son trésor, Un épi glané dans nos pliines, El nous ne buvons t[ni\ prix d'or L'eau qui coule de nos fontaines.
Nous avons cité tout entière , à l'article Klégie, cette belle imitation de la prière de Jérémie faite par Casimir Delavigne.
C'est la destinée des propliètcs de malheur de n'être jamais écoutés d'abord, puis d ôlre rendus responsables ensuite des maux qu'ils annoncent. C'est ce qui arriva à Jérémie, qui finit pir être lapidé par ses concitoyens, irrités et fatigués de ses larmes éternelles et de ses prédications incessantes. Ainsi il compléta en lui-même la tigure du Uédempleur, et le sang ne manqua môme pas à la gloire de son auréole de pro- {ihèto.
JEROME (saint). Voy. Pères du désert.
JOB. — Quel que soit l'auteur du livre de Job, ce que nous n'avons pas à discuter ici, ce beau poéine dram.itique , entremêlé de chants lyriques et éiégiacjues, doit être regardé comme l'u.'uvre la plus remanjuable (jue nous ait transmise l'antiquité hébraïque. Le sujet en est sinq»le : l'action se renferme entre Dieu, un juste et l'ange tentateur, aufjuel les autres persoimages servilont d'auxiliaires ou dinslrumenls. Dieu jtcrmet que le juste soit éprouvé de la manière la i>lus cruelle [lour mieux le récomj»criser lorsqu'il sortira triomphant de ses éjiriuves.
Le but (jue l'auteur sacré semble s'è re pro[)Osé a été de réiiomlre à cette antique objection que l'existence du mal fait soulever contre la divine providr.-nce ; la réponse est complète et solennelle : le mal existe parce que Dieu peut le changer en bien, et de jdus, fieul-on dire encore, quel est donc le génie assez puissant pour interroger l'Et-rnel?
Job est un de ces personnages ty[)iques qui résuMjenl l'humanité tout entière. Le livre de Job est ré()0f>ée des douleurs humaines ; il semble avoir été envoyé de Dieu pour consoler h;s martyrs de toutes les é[)0ques, et [lour préluder, par la patience d'un juste, aux iiiysli riiijises douiruis (1(3 cejusl*! par excelhfucc, (jrii d(;vait absorber vu lui si\\\ toutes l(!H amerluHKîS de la vie humai/Kî pour I«!s changer en une source étenielhî U'auiour, de iniséri.;«jrd(î el de gloin;.
L'; style (h; Job est simple comme l'afUiquité la plus sévère, et riche en même lem|)s ccruiiii; rO/ieul dans toute sa pompe.
La (igure majestueuse et câline de J(jb est dessinée en traits aussi pur,-, (jiie l'âme d.; ï;<î jusl»r. Le lécit rommen(;e par la poinlur(î de «wi vi»; iialfiarcahî :
« 1. Un liofiinie était dans In l«!rre de Hus, r.'jUiiué Job. et ' cl !i'j;niiie ('•( lit iinijde cl
droit, craignant Dieu et se retirant du mal. 2. Et il lui naq^uit se])t lils et trois filles. 3. Et sa possession lut de sej)t mille brebis et de trois luille chameaux ; il eut cinq cents paires de bœufs et cinq cents Anesses, et une famille de serviteurs extrèaiement nombreuse : et cet homme é ait grand entre tous les Orientaux. 4. Et ses fils allaient et Jaisaient un festin dans leurs maisons chacui à son jour, et, envoyant, ils appelaient leurs trois sœurs pour qu'elles vinssent manger et boiie avec eux. 5. Et lorsqu'à la ronde étaient passés les jours de festin, Job envoyait vei's eux et les sanctifiait, et se levant dès l'aube, il oifrait un holocauste pour chacun, de peur, disait-il, que mes lils n'aient péché et n'aient pas béni Dieu dans leurs cœurs. Ainsi faisait Job tous les jours, w
Ce cercle de ban(-[uets fraternels (jue sanctifie toujours la prière du père de famille, cette vie d'amour et de sacrifices accomplis dans l'opulence et dans la joie, offrent l'image du ciel sur la terre. La justice, à ce prix, est accompagnée de trop de bonheur pour ne pas exnter l'envie et les sarcasmes de l'esprit qui doute et qui nie : Satan no croit pas à la vertu de Job.
Ici l'écrivain sacré nous transporte dans l'iulini, et nous fait assister à une de ces scènes mystérieuses qui font hérisser d'une sainte horreur les cheveux des prO[)hètes :
« Or un jour les lils de Dieu étaient veims pour se tenir devant le Seigneur, el [tarmi eux se présenta aussi Satan. Le Seigneur lui dit : D'où viens-tu? Il répondit en disant : J ai fait le tour de la terre et je l'ai parcourue. »
Combien s'élève tout à coup au-dessus des idées vulgaires, et môme au delà de toutes les concejdions humaines, ce liibunal divin oiî Satan lui-même a la i)arole pour répondre, et où il j)eut foi-uiulcr ses accusations et exhaler son envie sans en troubler la séiénité immuable et le recueillement éternel !
Mais la majesté paisible du Tout-Puissant, et le bonheur inaltérable (|ui resplendit autour de lui, auguKînteut le supplice de l'ange rebelle; il a vu les ciimes et les madieurs du monde, et c'est pouniuoi il ose se présenter devant Dieu avec le dédain de l'inciédulité sur les lèvtcs. La sagesse divine le conq)rend et ne h; méprise nièiiK! pas, tant elle est plus forte ipn; lui. Dieu lui l'ail iino rpn.'stion pour l'aulori.ver à ri''p(jndr(! ; I'I-IUmi;(!l daigne (himander h Salati : « D'où vumistii? » La réponse du démon est pleine d(! réticences cl d(! Iianie Irioiuphanle : « J'ai fait 1(! tour de la terre et je I ai parcourue. » Il n'en dit pas davantage. I^a l(;rr(! avec; ses crimes et ses douleurs lui siiubhî un assez grand blasphème, et il croit (pu; poui' tiiompher d(.* Dn:U il suflil de dire (pi on l'a vui;.
C'est ainsi ipie l'écrivain .sacré p(!rsonnilie, dés le début dt; sou ouvrage, h; sophisMu; auqu(!l il veut répondr(!. Le (bjulo se dresse au milieu (h;s peus(';e5 i eligieuse.s connue Satan au milieu des anges, et ost; interroger rEteinc-l en lui disant : J'ai vu le monde, et
jon
JOB
j'ai ôié forcé do croire h l'existence du in.il. Kroulons niniiUenarit co (}Uo le Soigneur ré pond h SiU.TU : « As-tu considéré mon sorvi- Icur Jol), qui n'a pas son seinl)I;d)!o sur la tt-rro : homme simple et droit, craignant Ditni et s'éloignantdu mal 1 » Ainsi voilai l'ar- 'isan céleste qui ré|iond en montrant son
.ef-d'teuvre. Le triom|)lio d'un seul juste juslilie pleinement la rigueur do l'éprouve. Dieu a pu permettre le mal , puisipi'u-i lionuuc, avec son secours, suillt pour on vaincre tous les elforts.
loi le tentateur lui-môrao va rendre nécessaire un nouveau mal, et le plus grand peut-être de tous ceux qui sont sur la terre : il suppose que Job n'est juste que par égoïsme; il nie la persévérance de la vertu dans le malheur : et Dieu, non pas précisément |)our confondre Satan, mais pour donner uu nouveau spectacle sublime au ciel et h la terre, à son nom une gloire nouvelle et i» son serviteur un nouveau mérite, Dieu permet h Satan do frapper Job dans sa famille et dans ses biens : l'esprit mauvais se retire et se met h l'œuvre.
Toutes les calamités les nlus imprévues et les plus terribles fondent a la fois sur Job sans l'ébranler ; ses enfants sont écrasés .sous un toit qui s'écroule, ses troupeaux sont enlevés par les larrons du désert, ses esclaves sont massacrés, tousses biens cntin
sont perdus Job alors se prosterne et
adore I « Je suis sorti nu du sein de la terre et nu je vais y retourner. Le Seigneur a dotiné, le Seigneur a rei)ris. Comrne il a plu au Seigneur fout est arrivé : que le nom du Seigneur soit béni I »
Ici se révèle toute la grandeur do l'clme humaine lors(pi'eile est élevée au-dessus d'olio-méme par le sentiment religieux. Jamais la poésie profane n'eût imaginé une guerre pareille Oîitro les élres surnaturels l)our faire triompher ainsi dans une créature mortelle la religion victorieuse do la nature. Los dieux d'Homère se passioiniaient pour les rois de l'Iliade, par cies motifs plus misérables encore (jue ceux dos assaillants euxmC'mes : Junon et Minerve von:;(.'aiont leur vanité blessée, ^■énus protégeait l'adullèrc do IMris, et Mars adultère lui-mèmo faisait cause connuuno av(M', la déesse dos liassions impures. Los honnuos étaient les jouets (juo brisaient sans |)itié ces divinités plus déraisoru)ablos que dos enfants, et l'on s'étonne avec raison do cotte majesté iU'.^i |)arolos et de celle puissanco de l'harnionie (|ui sauve du ridicule, du moins dans les vers du jioote, les dieux célébrés par Houu''ro. Le livre do Job révèle h la fois un ciel, un monde et une humanité nouvelle. Le Dieu <iu prophète arabe ne s'intéresse (pi'au Iriompho de la vorlu et semble s'enorgueillir lui-moun;, si j'ose parler ainsi, dos victoires do son serviteur; di'-jà, on lisant le livre divin, ou pressent ces paroles étranges (jui doivent tenir plus tard étcjnner et changer 1,1 terre : « Heureux ceux (pii plouriMilI »
V.n ctrot Job est riche, il a une nombreuse f.KMillc, il est honoré uuroii le^ hommes, et
ce serait peu (pu; tout cola poni- son bonheur si Dieu ne lui avait donné autre chose : car si'senfants peuventmourir, il |iout perdreses i)ions. et la lAcheté du vulgaire, qui insulte toujours au malheur, lui rendra en ignominie le cenfu|)le de ses honneurs passés. L'homme, pour être vraiment heureux, doit posséder dos biens que personne no i)uisso lui ravir, et telles sont les richesses de i'ân;o; mais comment saura-t-on si l'Ame de Job est plus grande que ses richesses et s'il est .supérieur par sa vertu h sa fortune? Il faut qu'il soit dépouillé de tout ce qui n'est pas inhérent à lui, et c'est alors que nu, sur la terre nue, et le front dans la poussière, il olfrira au ciel un spectacle digne de Dieu et do ses anges : c'est alors (ju'il montre vraiment sa supériorité sur les biens de la terro et le droit qu'il avait do les posséder j)uisqu'il sait les perdre en restant toujours le même. Ses disgrAces sont un progrès pour sou courage, sa pauvreté soudaine investit son âme de la royauté que donne la résignalion. La fortune ne s'était pas rendue maitresse do lui et n'entraîne pas cotle grando Ame dans sa fuite; l'esprit calomniateur est vaincu, et la rage dans le cœur il se présenfo une seconde fois devant le trône de l'Kternel.
Dieu en daignant de nouveau l'interroger l'autorise a [)arler encore, et l'esprit ialoux répète son premier sarcasme : — « J ai fait le tour do la terre et je l'ai parcourue, » Mais il ne parle ()as de Job, car il ne veut pas encore s'avouer vaincu.
Le Seigneur, alors, prenant la {)arnlo : « As-tu vu mon serviteur Job? sais-tu qu'il n'y a pas son [lareil sur la terre, homme droit et simple et craignant Dieu, s'éloignant du mal et faisant le bien et conservant encore l'innocence. Kt loi tu m'as soulevé contre lui pour me h; faire allligeren vain! »
Remarquons ici la forme poétiipie des exnrossious de la Bible et le sons protoîid qu olhîs renfermiMit. Quoi de plus calme et (le plus majostueusemont solennel une ces deux tableaux, si semblables l'un h Vautre, de l'apparition du mauvais es|)rit devant Dieu : il y a dans cette uniforn)il(^ do traits (luehpie chose (pii point mieux l'hunuiable, agissant avec sérénité dans son repos éternel, (pi'on ne pourrait le faire par les plus longs discours. Satan seul se tonrnu'ute au milieu de Iharmoine universelle, et son tourment mémo a été teliomont prévu p-ar lo Oi-alour, Dieu le contient tellomonl sous sa loi, (pie nous entendons rKlernel lui-niènie se reprocher en (piohpu' sorte les maux que Satan a pu iniligor h l'homme juste : « l'ii m'as soulevé contre lui et je l'ai allligé -ju vain ! »
Satan répond : « La ( hair seule peut pay«'r lo prix de la clnir et l'tiomme doruiera tons ses biens pour conserver sa vie. Mai> au- \rement étends ta main et touche son vis.igo et sa ciiair, et lu verras alors s'il te bénit omore en fac-e! » Dieu dit h Satan ; n Noilh (pi'il est dans ti main; cependant conserve lui la vie. »
6Gl
JOB
JOB
La beauté de celte double i.tèiie entre Dreu cl Satan a été si bien sentie par (loëihe, qu'il l'a presque littéralemont copiée au début de ce drame symbolique de Faust, qui a tant de réputation en Allemagne, et qu'on l»ourrait regarder peut-être comme une partjdie sérieuse ou du moins une contrepartie du livre de Job. {Voy. les articles Goethe et Faust).
.\insi le spectacle de la résignation du jnste n'était pas encore assez sublime : il Caut donner à la force morale un triomphe si grand sur la nature qu'on ne puisse le voir sans une admiration mêlée (répouvante.
Or voici ce qui arrive à Job : « Satan, s'étant retiré de devant la face du Seigneur, frappa Job d'un abominable ulcère de la pl.înte du pied jusqu'au sommet de la tête : FA avec un fragment d'un pot de terre, Job raclait la sanie de ses plaies et il était assis sur un furaier. »
Voilà le grand symbole des dowleurs humaines I arrivée à ra[)ogée des souifrances ; une seule figure désormais pourra se contracter d'autant d'aflliclions et s'inonder de plus de larmes, ce sera la figure pûle et sanglante de VEcce homo !
Cependant il reste .'i Job des consolations morales : il a encore um^ épouse et des .'imis... Hélas! Satan a bien eom[ilé sur la faiblesse humaine pour intligr'rau juste des tourments dont lui-même n'avait pas osé parler devant Dieu ; il se fera d»'S auxiliaires de ceux qui devaient soutenir la [latience du héros : la femme de Job ne pfut résister .'i Ihorreur que lui inspirent les f-laies dont son mari est couvert : (die veut qu'il bénisse Dieu et qu'il meure. Klle croit (pie l'horrune peut justemcnl accuser son Dieu d'injustice et lui rcjf-lcr son Ame avec une bériédietion ironifpjc, et clic ne trouve plus d'autres remèdes à tant de (hjuleurs <pj(; le l)las|)hème et le suicidt;. Job ne s'indigne pas conlr»' elb', [larcf! qu'étiiiil faible elle u défailli; il lui répond seulement avec calme : « Tu as parlé comme une femme insensée ; si nous recevons des biens de la main de Dieu , |JOurquoi ne reci'vrir>ns-nous pas aussi l(;s maux qii'il nous envoie 1 » El J'écrivain sacré reniarque qu'en loul ceci Job conserva ses lèvres pures de tout péché.
Cejjendanl Job n'avait pas été abreuvé «les douleurs murales les plus amères : «o femirie avait clu-rclié à le déscspérc-r, Satan allait lui envoyer des consolateurs.
Trois anciens atnis de Job vierment le voir et il semble (pi'il y ait dans celte déniar<:he rpieUpie chose (pli honore l'humanité. t]('ii\ mjï sont .iiissi malhiimux cjue Job sont onliiiaireirKîril abamlonnés et ceux <pji se disaieul hrius amis, loin (h; songer à le» visiter, ne veuhrnl (»ius même les connaîtra : il est vrai ; mais lors(ju'on a été aussi heureux (pie Job, on a du avoir autant d'envieux (pie d arjiis : Kliplias, Hald.id et H<.phnr en s(mt la preuve. Ils vienne'il irioiHs pour coiiH(>ler l'aflligé (pie [tour se consoler cut-iii(}nics par lu bpcclaclo de su
ruine : s'ils pleurent on le voyant gl kils déchirent leurs vêtements en poussant des exclamations et en jetant de la cendre sur l(>ur tête, c'est pour mieux déchirer le cœur du pauvre lépreux, en lui faisant comprendre combien son aspect est clVroyable ; pendant sept jours et sept nuits ils le torturent par leur accablement et leur silence, et le eœur du malheureux, tout gonflé do gémissements et de sanglots , éclate enfin sous la pression de cette fausse i>itié : il parle, il se lamente et ses pleurs vont résusumer la douleur des siècles passés et prévenir les sanglots des Ages futurs ; ses sanglots vont se transmettre de génération en génération pour servir d'expression aux plaintes de 1 humanité souffrante : ici l'élégie s'élève à toute la puissance de l'ode. « Périsse le jour où je suis né et la nuit dans laquelle il fut dit : Un homme est conçu ! » Job maudit le jour de sa naissance, mais il n'accuse pas son créateur; sn plainte est amère , mais elle n'est point impie. Il faut nous souvenir d'ailieui s que la résignation de Job ne peut j^as être encore celle d'un chrétien. Mais dans celte plainte du saint Arabe que d'expressions saisissantes! comme la tristesse qu'il exprime tous niend au cœur et vous force à pleurer avec lui! Ecoulez-le regretter de n'être pas mort en naissant
« Maintenant, endormi, je mo tairais et je me reposerais dans mon sommeil avec les rois et les consuls de la terre, qui se bAtissent des solitudes, oU avec ces princes qui possèdent l'or et remplissent d'argent leurs denuMires. Semblable h l'avorton caché, je ne subsisterais plus, je serais comme ces germes con(;us (pii n'ont jamais vu la lumière. C'est l<i (jue les inq)ies ont fini leur tumulte (;t se reposent fatigués de puissance. Et près d'eux sommeillent leurs égaux, ceux (jui étaient jadis à la chaîne; exeiiq)ls désormais de toute peine, ils n'entendent plus la voix de l'«îxacteur. Le polit et le grand sont là ensemble, et le serf y est affranchi de son maître....)/
Arrêtons-nous icidevantcettemaiostédo la mort, (jui égalise tous les fronts inclinés sous son sceptr(i redoutable. Ouelle mélancoli(» resf'ire (lans toutes les paroles (pii tombent si tristes cl si lentes vu brisanl toutes les grandeurs de la terre! Ici s(! devine la loi chrétienne et conniKînce l'o^péranc»; du pauvr(! ; ici un frein esl donné h la puissance, elles ablim.'fi du néant .s(î creusent sous les pieds de la riclie'<se. (Jue [)ense/.-vous tlo. ces roi.v qui consumeril leur vi(^ à s(! bAlir des tombeaux pour isoler un jour leurs cadavres? N(! rêvez-vous pas avec énoiivanle h tout h; bruit (pi'a f/iil mm- la terre le pa>>sag(! de l'im- |tie, (!t ne sentez-vous pas \i\\ froid (glacial parcourir vos os, dans ce silence soudain «^ui se fait autour de s(»n ci rciicil ?
Ecoul(!Z enc(jr(! : le p(j(it(! (hîs douleurs va caractériser en p'(Mi de mots la vanité v\ h;8 alllictions de la destinée humain(r tout entière : • iVnir |uoi la lumière a-l-elle été donnée uu misérablu et la vie à ceux i\n\ .sont