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JAY (GuY-MicuFx Le) , savant avocat au parlement do Paris, était très-versé dans; les langues anciennes et étrangères. C'est lui qui lit imprimer une Polyglotte à ses dépens. Cet ouvrage, en lui acquérant de la gloire, ruina sa fortune ; il eût pu la conserver et l'augmenter considérablement, s'il avait voulu laisser paraître sa Bible sous le nom du cardinal de Richelieu, jaloux de la réputation que le cardinal Ximénès s'était faite par un ouvrage do ce genre. A un défaut de complaisance, Le Jay ajouta une imprudence; il mit sa Polyglotte à un trop haut prix , et refusa d'en laisser six cents exemplaires aux Anglais , qui n'en voulaient donner que la moitié de la somme qu'il exigeait. Ceux-ci chargèrent Walton de l'édition d'une Polyglotte beaucoup plus commode , et liront tomber celle de Le Jay. ( Voy. la Bibliolheca sacra du P. Lelong, tom. P'% page 3 s.) Le Jay, devenu vieux et pauvre, embrassa l'i tat ecclésiastique, fut doyen de Ve/elai, obtint un brevet de conseiller d'Etat, et mourut en KîTo. La Polyglotte de Guy-Michel Le Jay est en 10 volumes, très-grand in-folio. C'est un chef d'œuvre de typographie; mais elle est incommode par la grandeur excessive du format et le poids des volumes Elle a, de plus que la Polyglotte de Ximénès, le syriaque et l'arabe. Elle parut depuis 1G2S jusqu'en 16i5. — Il ne faut p"s le confondre avec Nicolas Le Jay, baron de Tilly, garde des sceaux et premier président du parlement de Paris, mort en 1GV0, après avoir rendu des services signalés à Henri IV et à Louis Xiji.
JAY (Gabriel-François Le), jésuite, né à Paris en 1UG2, régenta la rhétorique au collège de Louis-le-Giand, pendant plus de trente ans, et s'attira l'estime de ses élèves par sa science, sa piété et son caractère doux et honnête. Il était collègue du père Jouvency , et mourut à Paris l'an 17oi. Ou a de lui: une traduction en français des Antiquités romaines de Denys d'Halycarnasse, et Bibliothecœ rhetorum, Paris, 1725, 2 vol. in- 4°. C'est une collection des œuvres classiques de ce savant littérateur , qui contient bien des choses peu analogues au titre : ehe renferme : lihetorica, divisé) en 5 livres; c'est peut-être l'ouvrage le plus méthodique et le plus clair que nous ayons sur cette science; Orationes sacrœ, pleines d'éloquence et d'une latinité pure, mais moins riches en choses et en idées qu'en paroles; Orationes panegyricœ. Ce sont des harangues, dont la plupart sont à la louai. ge de la nation française; des Plaidoyers, les uns on latin, les autres en français ; Fpistolœ, Fabula', Poetica, Tragœdiœ , dont quelques-unes sont traduites par l'auteur même on vers fiançais; des Comédies en latin. On a fait un grand nombre d'éditions de la Itéthorique, qui est devenue un livre classique dans bien des collèges. Voltaire eut pour précepteur d'éloquence le Père Le Jay ; mais il [(référait le Père Forée , qui ne lui parlait que de littérature. Le jeune élève , qui n'aimait pas la piété du Pore Le Jay, lui lit un jour une réponse impie. Son maître, justement irrité,
le secouant rudement, lui cria à plusieurs reprises : Malheureux, lu seras un jour le porte-étendard du déisme en France.
JEAN, surnommé Gaddis, fils de Mathathias, ei frère des Machabées, tut tué on trahison par les < niants de Jambri, comme il conduisait Je bagage «les Machabées ses frères, chi /. les Nabuthéens leurs alliés.
JEAN-BAPTISTE, précurseur de Jésus- Christ, tils de Zacharie et d'Elisabeth, naquit l'an du monde '+UQI, environ six mois avant la naissance du Sauveur. Un ange l'annonça à Zacharie son père, qui, n'ajoutant pas assez defoi àsi'S paroles, parce qu'Elisabeth, sa femme, était avancée en âge et stérile, perdit dès le moment l'usage de la voix. Cependant Elisabeth devint enceinte. Lorsque la sainte Vie ge alla la visiter, Jean-Baptiste tressaillit dans les entrailles de sa mère. Devenu grand, il se retira dans le désert, et y vécut d'une manière très-austère. Son habillement était fait de pod do chameau, et sa nourriture n'était composée que dé miel sauvage et d'une espèce de sauterelles qui, dans ces provinces, fournissent un aliment aux |auvres. L'an 29 de J.-C, il commença à prêcher la pénitence le long du Jourdain, et baptisa tous ceux qui vinrent à lui. La sainteté de sa vie fit croire aux Juifs qu'il était le Messie; mais il leur dit qu'il était la « voix de celui qui crie dans le désert. » Jésus-Christ étant allé se faire baptiser, il le moi tra à tout le monde en disant : « que c'était l'Agneau de Dieu, la victime par excellence. » Sun zèle fut la cause de sa mort. Ayant repris avec force Hérode-Antipas, qui avait épousé Hérodias, femme de son frère, ce prince le lit mettre en prison au château de Maçheronte. Quelque temps après, il eut la faiblesse de le sacrifier à la fureur de cette femme, qui sut profiter d'une promesse indiscrète qu'Antipas avait faite à Salomé, fille d'Hérodia le. Saint Jérôme dit qu'Hé.odas lui perça la langue avec une aiguille de tète pour se venger après sa mori de la liberté de ses paroles. Les disciples de Jean ayant appris sa décollation vinrent enlever son corps. L'Evangile ne marque pas où ils l'enterrèrent ; mais du temps de Julien l'Apostat on montrait son tombeau à Samarie.
L'historien juif Fiave-Josèphe a rendu témoignage à la sainteté de Jean-Baptiste, et attribue à sa mort la défaite de l'armée d'JTérode ; témoignage que ;tous les critiques reconnaissent, si on excepte le seul Blondel, qui parait en douter sans aucune raison (1).
(1) « Apud Judseos fuit opinio, justa uliionc Niiminis delcMini Herodis exercilum propte* Joannem, qui Bapiisia cognoininalus est. Ilunc enim leliareha necavil virum optimum, Jadseos excitantem ad viivlutum studia, imprimis pieiatis ac justice, simulque adnaptismi lavacrum... Conique niagni concursut» a;l eum fièrent, plèbe lalis doclrinai avida, Herodes veriius n^ lama hominis aueloiiias defectlonem aliquain pareret, quod viderentur nihil non fac;uri ex tj'is eonsilio, judicavil satius esse, priusquam novi aliquid exorireiur , ilknn tollere, quam rébus lurbalis serain pœnitenliam agero. ltaque vïmtum inissuin in Machajruntem..-. illie occidi imperal. Quod
La fête de saint Jean est de la plus haute antiquité dans l'Eglise 11 a été un temps que l'on célébrait trois messes ce jour-là comme à la fête de Noël Comme saint Jean-Baptiste vécut dans la retraite et dans la mortification, saint Jérôme et saint Augustin l'appellent ,1 tnachorumprineeps, et cette dénomination qui est juste suflit pour rendre respectable un genre de vie qui, par son bul el ses œuvres, fixe la haine des siècles irréligieux et corrompus. Plusieurs églises se disputent l'avantage de garder le chef du saint précurseur. On [tout consulter sur ce sujet le Traité historique du chef de saint Jean-Baptiste, par Ducange, ou bien Antiquitates christianœ de cultu sancti Joannis Baptistœ, par le Père Paciaudi. La fête de saint Jean-Baptiste est célébrée le 2V juin.
JUAN l'Evangéliste [saint), l'un des douze apùtres, né à Bethsaïde en Galilée, était tils de Zébédée et de Salomé , et frère cadet de saint Jacques le Majeur. Leur emploi était de gagner leur vie à la pèche. Jean n'avait que 25 à 26ans lorsqu'il fut appelé àl'apostolat par le Sauveur, qui eut toujours pour lui une tendresse particulière : il sedésigne lui-même ordinairement sous le nom du Disciple que Jésus aimait. Il était vierge, et c'est pour cette raison, dit saint Jérôme, qu'il fut le bienaimé du Sauveur; qu'à la cène il reposa sur son sein, et que Jésus-Christ sur la croix le traita comme un autre lui-même. Le Sauveur lui donna des marques singulières de son amour en le rendant témoin delà plupart de ses miracies, et surtout de sa gloire au moment de la transfiguration. Ce disciple fut le seul qui l'accompagna jusqu'à la croix, où Jésus-Christ lui laissa, en mourant, le soin de la sainte Vierge. Après la résurrection du Sauveur, Jean le reconnut le premier, et fut un de ceux qui mangèrent avec lui. Il assista au concile de Jérusalem, où il parut comme une des colonnes de l'Eglise, selon le témoignage de saint Paul. Ce saint apôtre alla prêcher l'Evangile dans l'Asie, pénétra jusque chez les Parthes, auxquels il écrivit sa première Epître, qui portait autrefois ce titre. 11 tit sa résidence ordinaire à Lphèse, fonda et gouverna plusieurs églises. Dans la persécution de, Domitien, vers l'an 95, il fut mené à Rome et plongé ians de l'huile bouillante, sans en recevoir aucune incommodité. Il en sortit plus vigoureux, et fui relégué dans la petite iïo de Pàthmos, où il écrivit son Apocalypse, livre mystérieux et qui, sous diverses figures, annonce la destinée de l'E-
factum, secuta est Judœorum existimalio ab iralo Dco perdilum esse Herodis exercitum. » (Joseph, lib. 18, Ant. c. 7.) Une observation qui prouve évidemment qu'aucun chrétien n'a inséré ce passage, c'est que Joséphe donne une raison toute différente de l'assassinat de saint Jean, que celle qu'on lit dans l'Evangile, el qu'un chrétien n'eût ni ignorée ni dissimulée. Le grand crédit que Jean avait sur le peuple, el le danger de l'entraîner dans quelque émeute esl sans doute le prétexte dont Hérodias se servit pour le perdre, n'ayant garde de dire le vér.ilable motif : mais l'Évangile n'en parle pas. Ce n'est donc pas là que le passage de Joseph'; a été pris.
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glise chrétienne. Voy. Ai.caçafi. L'obscurité qui enveloppe plusieurs de ses pass ges n'empêche pas qu'on n'y découvre la lumière et l'onction de l'esprit de Dieu. « Ceux qui « ont le goût de la piété, dit Bossuel, trouvent « un attrait particulier dans cette admirable « révéla1 ion de saint Jean. Malgré les profon- « dénis de ce divin livre, on ressent en le « lisant une impression si douce et tout eu- « semble si magnifique de l'esprit de Dieu; « il y parait 'les idées si hautes du mystère a de Jésus-Christ, une si vive reconnais- « sance du peuple qu'il a racheté par son « sang, de si nobles images de ses victoires « et de son règne, avec des chants si mer- « veilleux pour en célébrer les grandeurs, « qu'il y a de quoi ravir le ciel et la terre. « Toutes les beautés de l'Ecriture sont race massées dans ce livre ; tout ce qu'il y a de « plus touchant, de plus vif, de plus majes- « tueux dans la loi et dans les prophètes, y « reçoit un nouvel éclat, etc. » Les sectaires de tous les siècles ont fait sur ce livre divin des commentaires fanatiques, parmi lesquels on distingue ceux de Jurieu, de Newton, et les Sept âges de l'Eglise, attribué à un moine convulsionnaire, Paris, 1783, 2 vol. in-12. Nerva, successeur de Domilien, ayant rappelé tous les exilés, Jean revint à Ephèse. Ce fut dans cette ville qu'il composa son Evangile, à la sollicitation des évoques d'Asie , pour réfuter les erreurs de Cérinthe et d'Ebion, qui soutenaient que Jésus-Christ n'était qu'un homme. Nous avons encore de lui trois Epîtres qui sont au nombre des livres canoniques : la première, citée autrefois sous le nom des Parthes ; la deuxième, adressée à Electe, et là troisième à Caius. Jean vécut jusqu'à une extrême vieillesse; et ne pouvant plus faire de longs discours, il ne disait aux fidèles que ces paroles : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. Ses disciples, ennuyés d'entendre toujours la même chose, lui en parlèrent, et il leur répondit : Cest le précepte du Seigneur, et si on le garde, il suffit pour être sauvé. Enfin ce saint apôtre mourut à Ephèse d'une mort paisible, sous le r^gne de Trajan, la 100' année de Jésus-Christ, âgé d'environ % ans. On le surnomme le Théologien, à cause de la sublimité de ses connaissances et de ses révélations, et surtout du commencement de sou Evangile ; car les autres évangélistes ont i apporté les actions de la vie mortelle de Jésus-Christ ; mais saint Jean s'élève comme un aigle au-dessus des nues, et va découvrir, jusque dans le sein du Père, le Verbe de Dieu égal au Père.
JEAN, surnommé Marc, disciple des apôtres, qu'il ne faut pas confondre avec saint Marc l'évangéltste, était fils d'une femme nommée Marie, qui avait une maison dans Jérusalem, où les fidèles et les apôtres s'assemblaient ordinairement. Jean-Marc s'attacha à saint Paul et à saint Barnabe, e! il les accompagna dans le cours de leurs prédications, jusqu'à ce qu'ils furent arrives à Perges en Pamphylie, où il les quitta pour retourner à Jérusalem. Quelques années après
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Paul et Barnabe, se disposant à retourner en Asie, Barnabe voulut prendre avec lui Jean-Marc, qui était son parent; mais Paul s'y opposant, ces deux apôtres se séparèrent, et Marc suivit Barnabe dans l'île de Chypre. On ignore ce que fit Jean-Marc depuis ce voyage jusqu'au temps qu'il se trouva à Rome, en Tan 63, et qu'il rendit de grands services à sa:nt Paul dans sa prison. On ne connaît ni le genre, ni l'annéo de la mort de ce disciple; mais il y a assez d'apparence qu'il mourut à Epbëse , où son tombeau fut depuis f>rt célèbre.
JEAN (saint), martyr de Nicomédie au commencement de la persécution de Dioclétien. On croit que c'est lui qui arracha l'édit des empereurs contre les chrétiens, et fut rôti sur un gril le 24 février 303. Eusèbe et Lactance ne nomment pas le chrétien qui fit cette action, ils disent seulement qu'il était d'une qualité distinguée; Usua:d et Adon l'appellent Jean, et en font mention au 7 septembre, de môme que le Martyrologe romain. Eusèbe, dans son Histoire, liv. vm,chap. 5, et Nic^phore, liv. vu, chap. 5, parlent de la constance de sa foi, et des tourments cruels qu'on lui fit souffrir. Quelques hagiographes le nomment Georges, et croient que c'est ie saint qu'on honore sous ce nom {Voy. (Georges). L'action de ce saint martyr, considérée en elle-même, a été censurée par quelques moralistes qui ne l'ont excusée que par la charité et le zèle pour la foi qui l'ont provoquée; mais si on la compare à celle de Mathathias, on trouvera qu'elle n'a pas besoin d'excuse , qu'elle est exactement dans le même genre, et qu'elle lui cède même en vigueur et en éclat. Il y a bien cette différence, que Mathathias agissait au nom et par le vœu d'une nation en cor >s , ayant ses droits et ses lois, et que les chrétiens de l'empire romain étaient comme des particuliers soumis aux lois générales; mais sous Dioclétien, les chrétiens étaient tellement répandus et multipliés, que leur religion pouvait déjà être considérée comme nationale.
JEAN CALYB1TE (saint), naquit d'une illustre famille de Constautinople. Son père se nommait Eutrope et sa mère Théodore. Ils rélevèrent de bonne heure, à l'étude des sciences. Saint Jean Calybite quitta secrètement, à l'âge de 12 ans, la maison de son père, et alla se faire religieux dans un monastère des Acémèles. Six ans après, le désir de revoir ses parents le fit retourner à Constantinople. Comme il y revenait, ayant rencontré un pauvre fort mal vêtu , il lui lui donna ses habits et se revêtit des haillons dont ce pauvre était couvert. En cet état, il alla se coucher devant la maison de son père, et obtint des domestiques la permission de se faire une cabane sous la pot te de la maison pour s'y retirer. Il y vécut ainsi, sans être reconnu de personne, exposé au mépris et au rebut de tout le monde. Cependant le père , touché de la patience avec laquelle ce malheureux supportait sa pauvreté, lui envoyait tous les jours les choses nécessaires à la vie. Enfin saint Jean Calybite
Diction*, de Biographie helig. H.
étant sur le point de mourir, se découvrit h son père et à sa mère, en leur disant : Je suis ce fils que tous avez si longtemps cherché. 11 leur témoigna en même temps sa reconnaissance , et rendit l'esprit un instant après, vers l'an 450. Il fut nommé Calybite, formé d'un mot grec qui signifie chaumière, petite loge. L'analogie des circonstances de la vie de ce saint et de celle de saint Alexis les a f a t confondre, jusque-là que des auteurs ont dit que ce n'était qu'un même saint connu sous différents noms ; cependant les bollandistes ont tâché de prouver que c'étaient deux saints différents, Acta sanctorum, tom. IV, julii, et Comm. ad januar. grœcum metricum, tora. VI, et Biblioth. orient., tom. I. JEAN CHRYSOSTOME (saint) , né à Antioche en 344, d'une des premières familles de la ville, y ajouta un nouveau lustre par ses vertus et son éloquence, qui le fit surnommer Chrysostome, c'est-à-dire bouche d'or. Après avoir fait ses études avec succès, il voulut suivre le barreau ; mais la grâce ayant parlé à son cœur, il quitta toutes les espérances que le monde lui donnait pour s'enfoncer dans le désert. Il choisit pour le lieu de sa retraite les montagnes voisines d'Antioche. Se trouvant encore trop près du monde, il s'enferma dans une grotte où il passa deux ans dans les travaux de l'étude et les exercices de la pénitence. Ses maladies l'ayant obligé de revenir à Anlioche, Mélèce l'ordonna diacre, et Flavien , son successeur, l'éleva au sacerdoce en 383. Ce fut alors qu'il fut chargé du soin de prêcher la parole de Dieu, fonction qu'il remplit avec d'autant plus de fruit, qu'à une éloquence touchante et persuasive , il joignait des mœurs célestes. Ce fut lui qui composa le discours que Flavien adressa à l'empereur Théodose le Grand, pour obtenir le pardon des habitants d'Antioche. Ses vertus le tirent placer sur le siège de Constantinople après la mort de Nectaire, en 398. Son premier soin fat de réformer le clergé. Il déracina l'abus qui s'était introduit parmi les ecclésiastiques, de vivre avec des vierges, qu'ils traitaient de sœurs adoptives, ou sœurs agapètes, c'està-dire charitables. Ce bon pasteur donna l'exemple en tout à son troupeau. Il chassa les loups de la bergerie : il se réduisit à une viepauvre; il fonda plusieurs hôpitaux; il envoya des prêtres chez les Scythes pour travailler à leur conversion. La vé lémence avec laquelle il parlait contre l'orgueil, le luxe et la violence des grands; son zèle pour la réformation du clergé et pour la conversion des hérétiques lui attirèrent une foule d'ennemis : Eutrope, favori de l'empereur Atcadius; le tyran Gainas, à qui il refusa une église pour les ariens ; les sectateurs d'Arius, qu'il fit bannir de Constantinople. Ces hommes pervers se réunirent tous contre le saint archevêque, qui eut encore un autre adversaire dans la personne de Théophile , patriarche d'Alexandrie, prélat estimable à bien des égards, mais qu'un zèle outré contre les origénistes animait contre Chrysostome, s'imaginant qu'il les favorisait. Théophile avait
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chassé du déserl de Nitrie quatre abbés, et saint Isidore d'Alexandrie, poureaus • d'origénisme; saint Jean les avait admis a la coiuiuuniiiii, «près avoir examiné leur apologie, et exigé d'eux la condamnation expresse des erre» rs qu'on leur imputait. Théophile en fut vivement piqué. L'occasion de si; venger se présenta bientôt. Chrysostome erul que son ministère l'obligeai! d • s'élever contre les injustices de l'impératrice Eudoxie et de - m parti : il <vn parla indirectenieni dans un sermon sur le luxe des femnii's. Ses ennemis ne manquèrent pas d'envenimer ses paroles auj rès de l'impératrice qui, dès lors . conçut une ba ne mortelle contre le saint prélat. 1 suffit d'être liai des princes pour l'être bientôt des co iriisans. Quelques-uns (te ceux-ci inventèrent i\^s crimes, présentèrent ors mémoires : Eudoxie les appuya; elle lit tenir le fameux, conciliabule du Chône en W)3. L'archevêque y fut condamné par Théophile d'Alexandrie, qui s'était rendu à ConstantipO| le avec un grand n. mbro d'évêques d'Egypte, qui lui étaient entièrement devo lés. L'empereur lui uonna ordre de sortir de Constantinople ; l'archevêque déclara qu'il n'abandonnerait po nt 1 Egiise conliée a s s soius par la Providence, à inoins qu'on ne l'\ forçât. On eut etfec ivement recours aux voies de fa t : et comme le peuple était toujours attaché à son pa leur, on envoya le samedi saint une troupe de soldats pour le chasser de l'égli e; ils s'y portèrent à de si grands excès, que les lieux saints en furent ensanglantés. Le saint prélat, après sa condamnation, écrivit au pape Innocenl l*% pour le prier de déclarer nulles toutes les procédures faites contre lui, puisqu'on v ava t violé toutes les règles de la justice" Théophile , de son côté, envoya au pape les actes du conciliabule du Chêne. A la seule inspection de ces actes, innocent découvrit qu'ils étaient l'ouvrage delà cabale, et manda à Théophile de venir à un concile où l'on jugerai' l'aifaire conformément aux canons de Nicôej mais l'empereur et Eudoxie trouvèrent le moyen d'en élu ier la tenue. Le saint archevêque était encore à Coustantino.ile. 11 fut c as^é dn son si et l'empereur lui envoya l'ordre de partir pour le lieu de son exil; mais il ne dura ; as longtemps. La nu.t qui su, vil son uépar il arriva un tremblement de terre si violent que le palais en fit ébranlé. Lu .oxie, effra.ée, pria Fempe eur de rappeler l'archevêque. Jean Chrysostom i revint donc dans son église. 11 y fut reçu aux acclamations de tout le peuple, et r prit les fonctions de .-on ministère, malgr ■ la sent» nce du conciliabule. A peine avait-il été huit mois en repos depuis son retour, qu'on d, essa à Constantinople une statue en l'honneur ée l'impératrice. Elle fut éi* vée dans la place, entre le palais où se lenait le sénat et l'église de Sainte-Sophie. A la dédicace de cette statue, le préfet de la ville, manichéen et demipaïen, excita le peuple à des réjouissances extraordinaires, mêlées de superstition. 11 y eut «les danses, des farceurs qui s'attiraient
de grands applaudissements, et des cris, dont Je servir., divin était troublé. Le pontife ne pm souffrir ces désordres; il en parla avec sa liberté ordinaire, et blâma non-seulement c u\ qui les faisaient, mais ceux qui les commandaient. Eudoxie, oir usée, résolut d'assembler un nouveau concile contre lui; plusieurs évoques, gagnés par les libé al tés de la cour, turent ses accusateuis. ArC"dittS, connaissant la sainteté du prélat, d.t à l'un d'eux que cette affaire lui donnait ue grandes inquiétudes. L'évêque, dévoué à Eudoxie, lui répondit : Seigneur, nous prenons sur notre tétt lu déposition de Jean. L • sait t fut condamné, chassé de l'église, le lundi 10 juin 'i0+, a envoyé eu Bithvnie. Son exil fut suivi d'une horrible persécution contre tous ceux qui d' rendaient son innée nce. On imagina différents prétextes pour v> rser le sang, comme on avait fait sous les empereurs païens. Saint Jean Chrysoslome sodf.it beaucoup dans son exil : toute sa consolation fut dans les lettres (pie lui écrivaient le pape Innocent 1er et les plus grands évèques d Occident, qui prenaient paît à son infortune. L'empereur llonor us écrivit inutile eut en sa faveur a son frère Arca dus. Eutin, après une longue détention à Cucuse, lieu d s. rt et dénué de toutes les choses nécessaires à la vie, on le transféra à Arato sse i n Arménie. Comme on ie me,, ail à l'vlli onte sur le Pont-Euxin , il fut si maltraité des sol lats qui le conduisaient, qu'il mouiut en chemin, à Coma ne, le 14 septembre 407, âgé d'environ 03 ans, après neuf ans et demi d épiseopat et plus de trois années d'exil. Saint Lan Chrysostome a été une dis plus grandes lumières de l'Orient. Ses principaux ouvrages sont: un Traité du sacerdoce, qu'il composa dans sa solitude. L'excellence du sacerdoce chrétien, la sublimité de ses fonctions, ta sainteté requise en ceux qui les exercent, la d gnité de l'épiscopat, la grandeur et la multiplicité des devoirs qu'il impose , le zèle , la prudence, la capacité, entin toutes les qualités qu'il exige de ceux qui y sont élevés, tels suit les ( bjCiS qui occupent saint Chrysostome dans cet ouviage, qui est d'autant meilleur, que l'auteur uonna, durant tout le cours de sa vie , la leçon et 1 ex mple; un Traité de la Providence, où il montre que Dieu gouverne tout par sa prudence; que les achetions entrent dans l'économie ie si miséricorde, a l'éga d des élus, et que 1 s plus rudes épreuves sont des moyens de saiu', pourvu que l'on en fasse un bon usage. Un Traité de la divinité de Jésus-Christ. Il la prouve par les merv, îll s que sa grâce opère. Des Homélies sur r.criture sainte. Saint Jean Chrysoslome l'avait et diée depuis s ,n en ance jusqu'aux derniers jouis de son épiscopat. Un grand numore d'autres Homélie» sur ditlé. ents sujets. On peut i egarder cet illustre Père comme le Cicéion de l Eglise grecque. Son éloquence ressemble beaucoup à celle de ce prince des orateurs latins. C'est la même facilité, la même clarté, la même abondance, la même richesse d'expressions, la même hardiesse dans les figures, la même
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force dans les raisonnements, la même élévation dans les pensées. Tout porte l'empreinte, chez l'un et chez l'autre, de ce génie heureux né pour convaincre l'esprit et toucher le cœur. Quelque grand que soit saint Augustin, on n a pas assez loué saint Cliryostome en le comparant a lui, du moins pour l'éloquence de la chaire. Celle du Père latin esl dé.iguréc quelquefois par les pointes et les jeux de mots , les antithèses , qui faisaient le goût dominant de son pays et de son siècle. Celle du Père grec aurait pu être entendue à Athènes et à Rome, dans les plus beaux jours de ces deux républiques. « il n'y eut pe it-ètre jamais, dit un « critique, d'orateur plus accompli que saint « Chnsostome. Quelle elarté ! rien chez lui « n'embarrasse le lecteur : on le comprend « sans peine et sans étude. Qu'on cesse de « nous va, ter l'harmonie des périodes d'Iso- « crate; elle n'est, cette harmonie , qu'un « assemb'age puéril de mots artistement « compassés, lors |u'on la compare1 à ladou- « ctur incomparable qui résulte, dans sai t « Chrysostome, d'une expression aussi heu- « reuse qu'aidée et naturel e. Qui connut «jamais comme lui cette délicatesse et cet « alticisme qui ca aetérisent plus ou moins « les célèbres écrivains de la Grèce? Quelle « beauté et q elle élégance dans tes t urs? « Quelle fécondité dans le ciioix des taots, « qui couknt comme d'une source intarissa- « ble ! Est-il obligé de traiter plusieurs fois « le même sujet? jamais il no se copie, il est « toujours original. La vivacité de son ima- « gination lui lournit une multitude d'im i- « ges et de fleurs dont il embelli- chaque « période. Uien de tiré dans ses métaphoivs et «ses comparaisons; elles sortent du fond « môme du sujet, et ne servent qu'à donner « plus de fo.ee au discours, et à l'imprimer « pi us avant dans l'esprit. Habile dans la « connaissance des ressorts qui font mouvoir « les passions, il les excite à sou gré, et sert Ion la nature delà matière qu'il traite. Son « style, toujours approprié au sujet, est, « quan I il le faut, simple, fl uri, suoiiine, « tempéré. Ses discours ne so.it pas égalc- « ment chAt es. Mais ceci venait bien moins « dudéf.iut de préparation, que des langueurs « de la maladie, de l'embairas des ad'aires, « et de ces inégalités qu'éprouvent quel jue- « fois les plus beaux génies. Aux t lents qui « font le grand orateur, il joignait la profon- « deur du plus hdbile dialecticien. De là « celle supériorité avec laquelle il résout les « difficultés les plus captieuses, et pousse « l'erreur jusque dans ses derniers retran- « chements, supériorité qui éclat:' surtout « dans les ouvrages polémiques que ce Père « composa contre les Juifs, les anoméens et « quelques autres héré iques. On ne peut pas « plus lui comparer les plus célèbres ph.lo- « sophes de l'antiquité, il l'emporte autant « sur eux, que la morale évangén:pie l'em- « porte sur cel e quipart de l'esprithuinain. » De toutes les éditions des ouvrages de saint Jean Chrysostome, les plus exactes et les nlus complètes sont celles de Henri Savile, en
1613, 8 tom. in-fol., tout grec ; celle de Coin melin et de Fronton du Duc, en grec et en latin, 10 vol. in-fol. , et ce. le de dom Mont faucon, 17 8 à 17.'tt, en 13 vol. in-fol., en grec et en latin. Cette dernière édition est enrichie de la Vie du saint docteur, de préfaces intéressantes, de notes, de variantes* quelques critiques ont trouvé cependant qu'elle n'était pas assez exacte, ni dans un ordre commode pour les lecteurs. Dom Montfaucon a adopté la traduction latine du P. Fronton du Duc, et n'a traduit que les ouvrages qui ne l'avaient point été par ce jésuite. On désirerait que ce qui est de lui fût d'un style plis élégant, et aoproelnH davantage de la beauté originale. Plusieurs des ouvrages du célèbre évoque de Con-tantinople, ont été traduits en français. Nico as Fontaine a traduit ses Homélies sur la (îenèse, 2 vid. in-8° ; sur saint Mathieu, 3 \ ol. in-i°,ou in-8°, celles sur saint Paul, 7 vol. in-8°. 11 fut obligé de se rétracter, parce qu'il avait fait parler le saint docteur en historien. Le P. Duranti de Bonrecucil a trad. ses Lettres, 2 vol. in-8'. M.mcroix a trad. ses Homélies au peuple d'Antioche, in-8°. Beilegarde a traduit ses Sermons cho sis, 2 vol. in-8"; ceux sur les Actes des apôtres, 1 vol., et ses Opuscules, 1 vol. in-b": en tout 19 vol. in-8°. L'abbé Augera donné une traduction estimée des Homélies, discours et lettres choisies de saint Jean Chrysostome, en k vol. in-8° ; et plus récemment M. l'abbé Guiilon, professeur d'éloquence sacrée, a fait paraître une nouvelle et excellente traduction des différents ouvrages de cet illustre Père ; elle fait partie de sa Biblioth. choisie des Pères de ï Eglise grecqueet latine, et comprend ïOvol. de l'ouvrage; le savant traducteur l'a fait précéder d'une Vie et d'un Jugement des écrits de ce grand évoque, aussi célèbre par son éloquence que par sa sainteté. Nous avons en outre deux Vies de ce saint : la ; remière par Hermant, Paris, 16îii, in-4°, écrite d'un style un peu entlé, mais d'ailleurs très-estimable ; la seconde par T.leinom, écrite plus simplement et avec une exactitude que rien n'égale. Celle-ci se trouve dans le tome 11 de ses Mémoires. — M. l'abbé Migne a publié : OEuvrcs très-* compl les de saint Jean Chrysostome, nouve-lle édition, reproduisant intégralement celle des Bénédictins, revue et corrigée d'après les manuscrits de France, du Vatican, d'Angleterre et d'Allemagne, et surtout d'après les éditions de Savile et de Fronton du Duc, enrichie de préfaces, d'avertissements, de notes, de variantes, d'une Vie du saint docteur , et de plusieurs appendices, 9vol. in-4°, divisés en 13 tomes. L'é .iteur annonce que le grec seia donné en regard du latin, dans sa reproduction des Pères de l'Eglise d'Otïei t.
JEAN LE NAIN (saint), abbé et solitaire, ainsi nommé à cause de la petitesse de sa taille, se co .sac a dans la solitude de Scété au travail, au jeûne, à la prière, et aux exercices de piété. Un frère lui demandant à quoi servaient les veilles et les jeûnes : « Ils « ï rvent, répondit-il, à abattre et humilier