CAP
. . .L'irritabilité du capital est si .srandc, que la lésion qu'il éprouve sur un point se communique à tous les autres. (Mollien.)
— La vertu des filles est un capital: c'est le capital innocence. (Alex. Dumas, 1875.)
Capitan, acteur de la comédie italienne.
Personnage fanfaron, faux brave. Il est d'origine napolitaine, toujours botté, cuirassé, ne parlant que de l)atailles, et fuyant devant l'ombre du danger; il descend du miles ///or^o^wi^ de la comédie antique. Son rôle, peu agréable, consiste à recevoir des coups de bâton, supportés très patiemment après beaucoup de br^^iit.
Le Matamore (Yoy.) est le même rôle babillé à l'espagnole.
Le capitaine Fracasse et Scaramouclie sont de la même parenté,
Capitole, latin capitolium, de capiU.
On trouva une tête en creusant les fondations du temple de Jupiter. Les devins consultés prédirent que ce lieu serait un jour la capitale de ritalie.
Le Gapitole s'élevait sur le mont Capitolin, qui s'était appelé auparavant mont Saturnin, et mont Tarpéien, par suite de la trabison deTarpéia.
De cette rocbe escarpée on précipitait les criminels, tandis que le Capitole était le lieu où les triompbateurs allaient recevoir le prix de leur victoire. Aussi disait-on à Rome, pour indiquer que les grandes prospérités sont souvent suivies de grandes infortunes : « Il n'y a pas loin du Gapitole à la Rocbe Tarpéienue. »
Capitonner (se), s'envelopper la tête, dans Rabelais.
Capot. Etre capot : perdre au jeu de piquet sans marquer un point ; être confus.
Une caricature de 1792 représente Louis XVI jouant aux cartes, avec le fameux démocrate Héliert, surnommé le père Ducbêne. Le roi dit: « J'ai écarté les cœurs : il a les piques : je suis capot. «
Capoue. Les déUces de Capoue.
Tit('-Li\e et Pline dérivent le nom de Capoue ^(^ campus, plaine.
Capua a campo dicta, à cause de la fertilité de ses terres, qui fut une source de voluptés et de délices fatales aux troupes d'Annibal.
L'ancienne Capoue n'existe plus.
— Les rois de Perse, pour conserver leur domination dans Babylone, y introduisirent des musiciens, des danseurs, des lustrions et des courtisanes. Ils établirent partout des lieux de plaisir et appro-
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visionnèrent les celliers des nieilleurs vins. Les Babyloniens, énervés par la mollesse, ne songèrent jamais à se révolter.
Caprice, lubie, toquade, verti.uo. Vive et subite affection. Du latin capra, chèvre.
Tu es mon caprice, et, puisqu'il faut sauter le pas, que du moins j'y trouve mon plaisir. (Restif de la Bret.)
Capricieux comme une jolie femme.
Capucin, moine portant une robe del)ure àcapuceoucapuclion.
l'hait comme cafard et cagot (1).
Capucin effronté, dont "la triste îigiu'e
Et la l)arl)o crasseuse, et le manteau de bure
Sont, donnés en spectacle à nos regards surpris,
Quels mécliants ou quels sots l'ont lancé dans Paris ?
Es-tu le précurseur de cette vile espèce
Qu'avec le fanatisme engendre la paresse ?
(ViK»;tT, vers isiOi
Rabelais, dans la description de Vile sonnante (V, in.\ les nomme capucingaux, et annonce leur prochaine venue. L'ordre des capucins, étabh en 1525, ne tarda pas, en effet, à se propager. Le Uvre Y de Rabelais parut en 1550, ce qui pourrait faire supposer qu'il y avait eu des éditions antérieures à celle que nous possédons (?).
Les capucins se donnèrent l'épitliète de « glorieux ».
Après leur année de noviciat, ils se font appeler « frère Ange, frère Archange, frère Séraphin... »
Caque, du hollandais kaaken, ou'ica, (Uer les ouïes, puis mettre en tonneau ; d'où le tonneau même.
Petit haril de la contenance de 1/4 de muid.
La caque sent toujours le hareng...
En provençal on dit : Lou mort lé sente toujours l'ayé. (Le mortier sent toujours l'ail.)
Manent vestujia ruris. (Horace.)
Caquer, c'est faire une incision à la gorge du poisson, soulever avec les doigts les opercules des ouïes, qu'on saisit des deux côtés et qu'on arrache avec l'estomac et l'intestin : de sorte qu'il ne reste plus dans le corps que les œufs ou la laitance... (Lamiral.)
Caquet, d'où caqiietage, onomatopée du bruit que font les poules qui vont pondre.
Caquet-bon-liec, la poule à ma tante : un bavard. CaiiiK't-lion-bec alors de jaser au plus dru.
(La Fontaine. FaM. XII. î.i
CAR iOO
Car, conj., autrefois qunr, de quare.
Ce monosyllabe, qui commence d'une manière si étrange le Moyen de parvenir fou Solmigondis), de Béroalde de Vervillc, n'est pas répété une seule fois dans tout le cours du livre.
Carabas (le mai'quis de) est le héros du conte de Perrault, le Cluit bofié. Ce marquis imaginaire possède des propriétés infinies.
Caractère, du grec karakiér. empreinte, marque. Conservez un caractère égal dans la mauvaise fortune.
Œqunm mémento rébus in arduis Sercare menlem... '
(HoRACF, Ode IIL liv. II.)
Un prodigue vendit sa jument et dépensa l'argent. On lui appliqua le vers d'Horace en en modifiant le premier mot, equam au lieu de œquam.
— Mauvais caractère : grinclieux, quinteux.
Il est des gens auxquels un caractère sec et bilieux donne toujours l'air d'avoir mangé une pomme aigre. (Sévigné.) Diseur de bons mots, mauvais caractère. (Pascal. — La Bruyère.)
Carat, en arabe qlrat; grec keration (?), la graine du carouliier qui pèse quatre grains, et a été prise comme unité de poids : un peu moins de deux décigrammes.
Galien appelle keratonia, le caroubier (du grec kéras, corne), parce que la gousse a la forme d'une corne.
— Carat est un terme de comparaison pour marquer la pureté de l'or. Ainsi l'or pur est à 24 carats. Un carat de tin est un 24" degré de pureté pour un morceau d'or... Le carat pèse, en poids décimal, 20C milligrammes.
— Bète à 36 carats, est une locution byperltolique, qui signifie une bêtise dépassant de beaucoup les limites.
Carbonaro, en italien, charbonnier.
Synonyme de démocrate.
Membre d'une société secrète fondée vers 1800, en Italie, pour le renversement de la Monarchie.
Cardinal, du latin rardo, gond, ce sur quoi roule une chose.
Les cardinaux sont les fondements de l'Eglise. Ils sont divisés en trois ordres : 6 évèques, oO prêtres, 14 diacres : en tout 70. qu'on appelle le Sacré-Collège.
La proclamation d'un cardinal s'appelle y^rt-Vo/i/.?^;'.
En 1227, sous Grégoire IX, les cardinaux prirent le costume rouge : \^ pourpre romaine. Le chapeau rouge leur a été donné en 1243 par Innocent lY, pour leur rappeler qu'ils doivent être prêts ;i répandre leur sang pour J.-C. (Trévoux.)
En 1630, Urbain YIII ordonna qu'à l'avenir on donnerait à ces dignitaires le titre d'Éminences {EmineiUissijni), au lieu de celui de Illustrissimi qu'ils portaient avant.
— Qui entre pape au conclave, en sort cardinal. Carême, jadis quaresme, de quadrac/ésimam. On dit aussi la Sainte-Quarantaine :
Fait ai longua qnarantena
Mas huei mais
Sui al dijoiis de la Cena.
(B. DE Bonx.)
(J'ai lait longue quarantaine, mais désormais je suis an jeudi delà
Cène.)
La mala (juarantoiia o le mal an avatz...
{p. Mir.oN.)
(Puissiez-vous avoir le mauvais carême ou le mal an ! ) iîna galllna kareimal (Cartul. de Bruges) : une poule de carême (maigre).
— La macreuse {macer anas), canardmaigre, est un gibier d'eau accepté comme aliment maigre par l'Eglise ; et les gens qui veulent mellre d'accord leur estomac et leur conscience, peuvent, sans rien compromettre, faire figurer sur leur table, les jours d'abstinence, c£t aliment qui n'est ni chair ni poisson.
— Le Carême rappelle le jeûne de quarante jours que le Christ observa dans le désert. Il a lieu pendant les six semaines qui précèdent Pâques. Cet usage existe dans presque toutes les religions.
Le Rhamadan est le carême musulman.
Le Carême a été institué par les apôtres, car il nest question de son institution dans aucun concile, et saint Augustin a dit que tout ce qui se trouve étaldi dans l'Eglise avant les Conciles, doit passer pour une institution des apôtres.
— La maigre quarantaine qui commence le mercredi des Cendres, était autrefois bien ])lus rigoureusement observée qu'aujourd'hui.
Le Carême, dans la primitive Eglise, n'était pas l'abstinence, mais la famine. On exténuait le corps presque jusqu'à l'apparence de la mort, afin de le préparer à une sorte de résurrection lorsque Pâques arrivait.
Les dévots du xix" siècle qui suivent les prescriptions du Carême,
sont bien loin des premiers chrétiens, qui ne mangeaient que des herbes crues sans aucun assaisonnement, qui ne buvaient que de l'eau croupie, et jamais à leur soif. Saint Siméo'n Stylite et sainte Marie l'Egyptienne ne mangeaient qu'une fois la semaine, et seulement quelques feuilles de chou.
Il y a loin de là aux austérités mondaines d'aujourd'hui.
— Un capitulaire de Charlemagne ordonne la peine de mort contre ceux qui ont mangé de la chair en Carême.
Sous Louis XIY encore, on était condamné au carcan, à la prison, à l'amende.
Heureusement il est passé, le temps où les délinquants étaient punis de mort !
— En dehors de la question du dogme et delà pratique religieuse, je crois qu'il ne faut pas se livrer à une commisération exagérée pour les austérités et l'abstinence des gens qui se condamnent à manger exclusivement du poisson pendant les jours où l'Eglise défend les ahments gras.
La prescription de se régaler de poisson en Carême, et à certains jours de la semaine, a toujours été une des plus scrupuleusement obéies par les communautés religieuses.
Cette macération rappelle un peu trop celle de ce marin de Marseille, qui, ayant fait vœu de faire le pèlerinage de Notre-Damede-la-Garde avec des pois chiches dans ses souliers, les fit cuire d'ahord.
Loin d'être une macération, le poisson a été considéré de tout temps comme le mets le plus recherché et le plus délicat. Les Hébreux, dans le désert, le regrettaient plus encore que les oignons : « Il nous souvient des poissons que nous mangions en Egypte... » {.Yoînbres XI, o.)
Pbne et Plutarque disent que, de leur temps, le poisson était la nourriture la plus chère, et ceux qui s'en abstenaient par austérité, avaient une réputation de quasi sainteté. Le grand luxe des tables romaines était de servir de beaux poissons et de les montrer vivants aux convives, avant de les faire cuire.
Les Romains faisaient grand cas des murènes, des dorades, des esturgeons, des turbots. Un surmulet (rouget) fut vendu 600 francs de notre monnaie. (Pline.)
Le luxe'du poisson et l'entretien des viviers coûtaient si cher, que Martial, dans une épigramme, dit : « Gourmand, tu as vendu un esclave pour faire un bon dîner, dont la pièce principale a été
un poisson rouoc de quatre livres : ce n'est pas un poisson, c'est un homme que tu as mangé. »
— Au pape, qui lui reprochait de ne pas faire maigre en carême, Erasme répondit : « Jai lame cathoUque, mais l'estomac'kithérien. »
— Le poète Desl»arreaux mangeait une omelette au lard un vendredi saint, (piand survint un orage avec grands éclats de tonnerre. Il jeta son dîner par la fenêtre en disant : « Yoilà hieu du hruit pour une omelette ! »
— Un cardinal d'Yorck avait pour père un boucher. Son houlïon lui dit : « Je voudrais que vous fussiez pape, parce que, de même que saint Pierre a établi le Carême pour faire gagner ses parents, qui étaient pêcheurs, vous l'aboliriez pour enrichir les vôtres qui sont bouchers. »
— Un évêque disait au prince de Gonti : « Mangez un l»œuf, mais soyez honnête homme. »
— Saint Jérôme dit qu'il ne faut pas préférer le jeune à la charité. C'est un moyen moins sûr d'être agréable à Dieu, de jeûner rigoureusement, que d'empêcher les pauvres de trop jeûner.
— Aujourd'hui, l'orthodoxie se montre moins sévère et fait de grandes concessions. Le Carnaval et le Carême paraissent s'en aller bras dessus, bras dessous ; la Providence, du reste, semble se charger d'imposer elie-même le jeûne à un grand nombre d'humains, par la cherté des subsistances.
— Arriver comme 7nars en carême, ou comme marée en carême. Une chose arrive comme marée en carême quand elle arrive bien à propos, et comme mars en carême quand elle ne manque jauuiis d'arriver à une certaine époque.
— Avez-vous, dit Epistémon, noté comment ce meschanl et malautru fredon nous a allégué mars comme mois de rufhennerie ? — Oui, répondit Pantagruel, toutes foys,il est toujours en quaresme, lequel ha esté institué pour macérer la chair, mortifier les appéliz sensuels gX resserrer les furies vénériennes. (Rabelais, Y, 29.)
Carêmentrant, ou Caréme-prenant, se dit des trois derniers jours du Carnaval, et spécialement du mardi gras. Il est personnifié par les déguisements avec lesquels on court les rues en faisant mille folies.
Carence, procès-verbal de carence : acte par lequel un oflicier pulilic. chargé de saisir les valeurs mobilières d'un débiteur, constate l'al^sence de toute valeur saisissable (de carentetn, manquant.)
Cariatide, quelquefois caryatide, mot .arec.
Les Gi-efs se servaieut aussi du mot allantes, pluriel de atlas, et les Romains de telamones.
Statues employées en architecture en guise de pilastres ou do colonnes, pour soutenir une corniche, une console, un balcon, un en ta! dément.
— La ville de Caryate s'étant alliée aux Perses, fut prise par les Grecs, et les habitants furent réduits en esclavage. •
Il ne fut pas permis aux femmes de qualité de quitter les longs habits et les ornements de leur condition, afin de ^rendre leur servitude plus honteuse.
De là vint l'usage de substituer des statues aux colonnes, ce qui fournit à l'architecture un motif nouveau de décoration.
Yitruve, qui rapporte celte origine, dans son ouvrage sur l'architecture (liv. I, ch. I), et attribue aux Grecs le mérite de cette invention, a omis de rappeler qu'on avait employé, a\ant cette époque, des statues en guise de colonnes, en Orient et en Egypte.
En etVet, les cariatides rappellent les colosses Osiriensde l'Egypte, qui existaient sur des monuments remontant à 2.000 ans avant J.-C.
L'emploi des figures pour soutenir les édifices est antérieur à l'invasion de la Grèce par les Perses, et c'est aux temples de l'Egypte et de l'Inde que les artistes grecs les ont empruntées. (Voy. DorUjue, Ionique.)
— L'ornement cariatidique ne convient qu'à la tyrannie ; l'homme ne doit jamais être avili, même dans les fictions. (Gius. Pecchio.)
Caricature, du latin carricare, charger : d'où charge et l'itahen carricatura.
— Ce qui distingue la caricature de Dantan (18G6), c'est une précieuse qualité de l'esprit et du cœur, assez rare dans la satire : la bonté. Il n'y a ni méchanceté, ni laideur même dajis ces figurines, dont les bosses hienveillantes ressortent et s'exagèrent à plaisir, reléguant dans l'omhre les saillies ou les dépressions mauvaises oi'i percent et se cachent les instincts vicieux. Tous les personnages caricaturés par Dantan sont restés ses amis.
Carillon, du bas-latin quadrilio, un quadrille, parce que le carillon se composait de quatre cloches.
Carmagnole, ville de Piémont, qui fut prise au coaiiuencement de la Révolution. Elle a donné son nom à une ronde révolutiouuaiiv et au costume des .facobins. en 1793.
Carmin, couleur écarlate : de kermès, sorte de cochenille qui donne celte couleur.
De là aussi cramoisi.
Carminatif; du latin carminare, carder, nettoyer.
Médicament ouiployé contre les gaz intestinaux, les flatuosités, la tjiiipanite.
La mélisse, la sauge, les graines d'anis, le fenouil, la coriandre, sont des carminatifs.
— Scarron (Don Japhet, I, o), lait dire à don Japliel :
Depuis deux ou trois mois j"ai la tête pesante ; Je m'en vais exercer ma vertu caminante Dans les lieux d'alentour...
C'est-à-dire je vais cheminer, faire une promenade.
Dans une édition de 1775, on a imprimé par erreur « vertu carminante », ainsi que dans les chefs-cVœuvre dramatiques de Didot (1823)."
Ch. Nodier, en 1826, a reproduit volontairement cette coquille.
Carn, radical de carnem, chair, qui se retrouve dans hon nonihre de mots : carnage, carnation, carnassier, et, par changement de c en ch, dans charnel, charnier, acharné.
Carnaval, du latin carnem. et de raie, adieu, ou de aral {ad vallem), ou carnis levamen (!).
— Le Carnaval, qui dure depuis TEpiphanie jusqu'au mercredi des Cendres, est une tradition (?) des Clieruhs des Egyptiens, qui se céléhraient en septemhre ; des Bacchanales des Grecs, qui avaient lieu au solstice d'hiver ; des Saturnales des Romains, qui arrivaient en décemhre, et pendant lesquelles les esclaves prenaient la place de leurs maîtres et étaient ser>is par eux. Aux Lupercales. on se couvrait dé peaux de hêtes.
— Au Moyen-Age, la fête des fous, celle de la Mère folle de Dijon ; les carnavals de Venise et de Rome ; les mascarades du roi René, ont contrihué à maintenir la tradition.
— Le Carnaval Israélite coïncide cette année (1872) avec la semaine sainte, '2'i au 31 mars. Cette fête se nomme en héhreu Furim. Ce jour-là, les enfants se déguisent, et les familles se réunissent dans un hal masqué.
Carogne, carne, sont des termes injurieux dérivés de carnem, mauvaise chair ahaudonnée aux animaux.
CAU 20o
Carotte, du latin carota ; grec ki'oJxOlos, coiileur de salraii.
— Tirer une carotte : tromper. Demander, en alléguant des mensonges, un argent qu'on ne rendra pas.
— Carotter : vivre d'escroqueries.
Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas. (Gavarni.) Les Italiens disent : planter une carotte ; sans doute dans le jardin
du voisin.
Dans \ Enéide (ravestie de Lalli (II, sonnet 21), Enée reconnaît,
en arrivant chez Didon, qu'il est sur un terrain favorahle à la
culture des carottes ; il cherche à se rendre intéressant, par le récit
de ses aventures :
E(jli, che ben conobbe al primo Irullo Ch'era in un cainpo dn piantar envole...
Dans la description de l'Enfer,, au G'^ ciiant du Malmanlile, de Lippi (lY, sonnet 18), se trouve un maquignon auquel, en punition de ses mensonges, on a 'arraché la langue et les dents, qu'on a remplacées par des carottes, par allusion à celles qu'il a tirées pendant sa vie :
IjH hanno a minislcrio in quallc sinnze vole Compo-sto denti e lingue di carotc...
— Cette locution a dû nous venir d'ItaUe, à la suite de nos armées. (Ext. de F. Génin.)
Carpe, en latin ajpriîius, de Cijpj'is, Vénus, à cause de sa fécondité.
Saut de carpe : la carpe est très agile pour sauter des filets où elle est prise.
Carré, du latin quadratus : d'où équarrlr.
C'est cai'ré comme l'hypoténuse (0-
Carré, carrément. Dire carrément sa pensée.
Faire une chose carrément, est une expression métaphorique, pour faire entendre qu'on y met de la conviction et de l'aplomh.
Tète carrée : homme entêté.
On dit aussi d'un homme qu'il est roud eu affaires, par opposiliou à pointilleux.
Carreau, pour carrel.
Carreau des halles, jadis carroi, place puhlique : de cai'vus, char, rue, carrière.
Quand fut en plein carrui...
(Marot.)
Provençal carreAroun. ruelle.
Carrière, du celtique care, pierre, rocher : ou plutôt de la forme carrée qu'on y donne aux pierres qu'on en extrait.
— Qu'on me ramène aux carrières !
Denys l'Ancien envoya aux carrières Plùloxène de Gythère, poète, musicien et gourmand célèbre (350 avant J.-C), qui avait eu la franchise de trouver ses vers mauvais. Le tyran, espérant l'avoir corrigé, le lit venir quelque temps après, pour lui lire une de ses tragédies. Philoxène se contenta de dire : « Qu'on me- ramène aux carrières ! » Denys, cette fois, lui pardonna.
— Carrière, champ de courses fermé par des barrières : de rarruf;, char.
Il excelle à contluire un char dans la carrière.
(Britannkus, IV, 4.)
En provençal carrière, rue.
Carte, du latin cliarla, plaque mince de matière dure; d'où aussi charte.
On traduit charta ^^^ papier, quoiqu'il n'ait pas eu cette signification, puisque le papier n"était pas connu des anciens.
Pline le Jeune, pour désigner une plaque de plomb, dit : e/tarta ]ilianbea.
De même tôle vient de toile, fer mince comme de la toile. (S'il ne vient pas plutôt de tabula, taoule, tôle et table.)
— Cartes à jouer. En Provence, les enfants les appellent caroles, de Charles YI, pour qui elles furent inventées.
Rabelais appelle un jeu de cartes le « livre des quatre rois ».
— Le jeu de cartes a été composé dans un sens allégorique.
Le roi, la dame et le valet représentent le roi, la reine et leur fils.
L'«5, (pii vaut plus que le roi, représente l'argent, le nerf de la guerre.
Le t relie indique qu'un général doit cauiper son armée dans des lieux abondants en fourrages.
Les piques et les carreaux sont les armes du temps : les carreaux étaient de lourdes flèches à fer carré.
Le cœur indique le courage des troupes. •
— Cartes vues, cartes rebattues : cartes retournées, à redonner. , Carte à payer : addition (du prix des consommations), le quart d'heure de Rabelais.
— Perdre la carte, ou la boussole : perdre la léte, se déconcerter,
CAS i07
être désorienté, comiiie le voyageur qui iturait perdu sa carte routière ou son guide.
Cartel, appel, provocation en duel: de l'italien cartcHo -. diminutif de carte.
Cartésianisme, systèuie philosophique de Descartes. Méthode de raisonner procédant, par déductions logiques, du doute à la certitude.
Cas, en latin casiis, de cadere, tomher, arriver.
En provençal casi signifie presque. (Vient de quasi.y
— Tout mauvais cas est niable. iMala causa silenda est. (Ovide.)
— Ne faire aucun cas d'une chose : Pili non facio. (Caton.) Je n'en fais pas plus de cas que d'un cheveu.
Casaque, de casacca, venant lui-même de casa, maison. C'est le logement du corps.
De même chasuble vient de casula, petite maison. lia pris le sens de cape, de caban.
— Tourner casaque : changer de parti.
Cette locution vient de l'usage des anciens partis de se distinguer par des vêtements de couleurs dilTérentes, ce qui ohligeait les transfuges à changer leur casaque, ou simplement à la retourner, s'ils avaient eu la précaution de la douhler des couleurs du parti ennemi, comme faisait, dit-on, Charles-Emmanuel I^r. Son justaucorps, blanc d'un côté, rouge de l'autre, lui permettait d'endosser à volonté les couleurs de France et celles d'Espagne.
Case, petite maison ; latin casa, d'où casanier.
Caserne, vient du même mot (?), ainsi que casemate (casa tnatta) maison basse, maison folle.
Casson, nom du sucre tin quand il est en pains informes ou en gros morceaux; d'où cassonade., sucre en poudre grossière.
Castille, du latin questilla, pour c/uesta, de queror, se plaindre, querelle ; ou de castellum.
Le soleil levant vit notre castille. (Th. français.)
Autrefois castille désignait un comi)at dans une lice. Dans les tournois, on simulait des cluMeaux (casti/tes), que l'on attaquait d'une part et qu'on défendait de l'autre. De là, le mot prit le sens de débat, querelle.
Castor, nom populaire du chapeau.