‹ Dictionnaire de locutions proverbialesChapitre 116 sur 336 · CH · texte numérisé non relu

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Je mo brûlerais la cervelle... si j'en avais.

César, titre que portaient les empereurs et les princes romains, quoique étrangers, depuis Néron, à la famille des Césars.

Le nom de César devint commun à Jules et aux onze princes (pii héritèrent de sa puissance, et dont Suétone a écrit la vie.

— César (Caïus-Julius) le Grand, descendait d'un membre de la famille Julia, et reçut le surnom de César soit à cause de sa lonuue chevelure (cœsaries) : soit parce qu'il avait tué un éléphant, appelé césar en langue punique ; soit enfm parce qu'il avait été tiré du sein de sa mère par l'opération appelée césarienne {cœso matris utero).

— On a trouvé dans César l'anagramme de Sacré.

— Rendez à César ce qui appartient à César (Mathieu, XXII, 21) : Il faut rendre à chacun ce qui lui revient.

Réponse de J.-C. aux Hérodiens, qui lui demandaient s'il fallait payer le tribut aux Romains.

Le P. Rouhours dit que cette locution est vicieuse, parce que César n'était pas le nom propre des successeurs de Jules, mais un tern:e appellatif : et qu'il faut dire « au César », car il s'agit de Tibère qui régnait cpand J.-C. prononça ces paroles.

xMénage est de l'avis contraire, parce que Tibère ayant été adopté par Auguste, s'appelle César par le fait de son adoption, et il soutient que ce passage de l'Évangile est bien traduit.

(Voy. Rouhours, Remarq. îiouv. t. I.)

— César, qui a aujourd'liui un sens général, et qui est devenu, dans le fait, un nom commun, était chez les Romains un nom propre. Après la mort de Néron, dernier représentant de la famille des Jules, il fut pris comme titre par Galba, pour ne rien changer aux usages adoptés.

— Le nom de César a été donné à un grand nombre de villes et de localités :

Césarée, ville d'Asie, et aussi ville d'Afrique. ((]hercliell. )

Cereste (Rasses-Alpes).

Ceyreste (Rouches-du-Rhône). Cœsaris statio.

Tours s'appelait Cœsarodunum, mont de César.

Saragosse (Cœsarea Àuf/usta).

Ch. Nombre de mots français ont remplacé le c dur par le son chuintant; c'est l'ordinaire dans le français propre, ou dialecte de l'Ile de France, quand le c est suivi d'un a dans le mot latin.

Tels sont : château, chair, chaise, chant, che\al, chèvre, dérivés de castellam, carnem, cathedram, cantu/n, cabnllum, capram.

Chacun, pronom indéfini, distributif, sans pluriel, de quisque unuH : d'abord chascAui.

En provençal cadun.

Se joint quelquefois à un : un rliaciin. clKicnn avec sa chacune.

El accumhit cuiii pure quisque aufi.

Pensant qu'il fallait à ung chascun faire droit. (Rabelais.) iJaiilt'inont (k' chacun elle blâme la vie.

(rart>,/r,'.\.i.)

Chafouin, de chat-fouin.

Se dit d'une personne dont le caractère parait tenir de celui de ces deux animaux.

Il a un pelit air chafouin très déplaisant.

Chagrin. Peau rude et grenue, employée pour user, polir.

Est devenu par métaphore l'expression d'une peine qui ronge. (Littré.)

On a dit rc'chin et aigrln, parce que le chagrin aigrit le caractère.

On dit aussi familièrement rhlffanner.

On a dit aussi déchagriner, pour consoler.

Cliagrin d'autrui ne touclie qu'à demi. (Prov. russe.)

La rouille ronge le fer, le chagrin ronge le cœur. (Prov. russe.)

Po.v/ equitem iied'el atra cura.

(HoiiACK, Canu. ni, 1, 40.)

Le chagrin monte en croupe et galope avec lui.

'BOILKAU.)

Cent ans de chagrin ne paient pas un sou de dettes. Non est nuxllium flere. (Ovide.) Pleurer ne sert de rien.

Chaillot. x\ Ghaillot, les gêneurs ! Expression triviale du slang parisien : ^ous m'ennuyez! laissez-moi tranquille! allez vous promener !

Cette locution, toute parisienne, sort du même moule qu'une foule d'autres, telles que : Et ta sœur? Olié ! Lambert ! etc.

Chair, du latin caro, carnem.

On a dit rarn, charn. eliar.

Les chars salées. (Joinville.)

Avoir la chair de poule, d'où l'expression peau amérine (?), qui est couverte d'aspérités comme celle d'une oie plumée.

— Les œuvres de la chair (saint Paul, Galalei^, V) sont :. la concupiscence, la débauche, les impudicités, les querelles, etc.

L'esprit est prompt, miiis la cliair est faillie. (Malli. XXVI. M. — Marc. XIY. 38.)

L'âme el le corps souvent discors.

La ciiair est un ciieval fougueux, qu'il faut dompter par le ti-avail et l'ahslinence. (Saint-Evremond.)

Chaire et chaise. On a dit autrefois chaire (do cathedra), qui est resté dans chaire à prêcher, à enseigner.

Apportez-moi à ce bout de table une chaire. (Rabelais.)

— L'inlliience parisienne au xvi'' siècle a amené parfois le cbaiigement en s dans tous les sens.

Les savants ne sont bons que iimu' prêcher en chaise.

— Chaire ou cliaise à madame. Les porteurs croisent leurs mains et serrent chacun de la main droite le poignet gauche de l'autre porteur, de sorte que les dos de leurs quatre mains forment un siège fort commode. La dame consolide sa position en passant ses bras autour du cou des porteurs.

— Les Précieuses appelaient les porteurs : mulets baptisés.

— Chaise percée : les œuvres de Cujas.

Pour les Précieuses, c'était la soucoupe inférieure.

Chaland, du grec kaleln, appeler (?) ; vieux français calant, chalaiulre : bas latin chelandiam, bateau plat.

— On appelait chalands, au xviii'= siècle, les petits bateaux qui naviguaient sur la Seine. Les Parisiens nommaient j^ain chaland celui qui était apporté par ces bateaux : ceux qui en achetaient étaient, par métonymie, des chalands.

D'oi'i lioulique achalandée, qui a beaucoup d'acheteurs.

Chaleur, du latin calorem.

Tous les phénomènes de mouvement et de vie qui se produisent sur le globe sont dûs à la chaleur solaire. Elle produit les vents. Elle pompe l'eau des mers, l'élève à l'état de vapeur dans l'atmosphère, où les vents la charrient dans diverses régions. Elle se condense pour retomber en pluie ou en neige, forme les glaciers qui donnent naissance aux rivières et aux fleuves.

— C'est aux dépens de la chaleur solaire que se produit Un\W la vie végétale, qui l'emmagasine et la rend, soit comme conihusliiile. soit comme aliment : et, comme la nutrition provienl d'aliments végétaux, c'est en résultat la chaleur solaire qui eutretieni la \ie animale.

— Il fait si chaud dans ce pays, que les poules pondent des œufs durs. (Burlesque.)

Chaloir, de calere, se soucier de, avoir intérêt.

^> s'emploie qu'impersonnellement.

Est resté dans nonchalant, nonchalance.

Comparez l'expression : cela ne me fait ni froid ni chaud.

Chamailler, frapper avec une arme olTensi\e sur le camail, armure de fer qui recouvrait la léte et le cou, et appelée aussi haubert.

Au figuré : se disputer.

...Gomhattant au miheu de plusieurs Macédoniens qui le chamaillaient de toute part. (Montaigne, I, 1.)

Moi, cliamailler, bon Dieu! Suis-jc un Roland, mon maitro?

(Mor.iÈuK, Dépit amoureux, V, 1.)

Chameau, du latin ramelus : grec kaniêlos.

Le chameau est un animal doué de rares qualités : il est sohre, doux, laborieux : aussi quand on donne son nom à certaines gens, c'est à lui qu'on fait injure.

— On appelle, dans le langage populaire « biche d'Alger », ou « chameau », une tille de mauvaise vie.

Ce nom est donné par antiphrase, sans doute, car les femmes de cette espèce sont loin de posséder les qualités que nous avons reconnues à l'animal.

LEncyclopedlana fait remonter cette locution à la campagne d'Egypte, où les soldats avaient remarqué la docilité avec laquelle le chameau se couchait pour recevoir son fardeau.

Depuis l'occupation de l'Algérie, on a employé biche, pour itiche d'Alger, synonyme poli de chameau.

— Il est plus aisé qu'un chameau passe parle trou d'une aiguille, qu'un riche entre dans le loyaume des cieux. (Saint Math., XIX, 24. Trad. Le Maistre de Sacy.)

Cette ligure bizarre et qui parait absurde, à juste titre, est due à une mauvaise lecture faite par celui qui a traduit du grec en latin. Il prit pour kanii/o.f, câble, kaméfo.s-, chameau : de là tout le mal.

Champ, en latin campus.

Avoir la clef des cluimps ; donner campo : le congé qu'on donne aux écoliers.

Champenois. « nii;itre-vin,ul-di\-neiif irioiitoiis ot mi (;ii;iiii|iênois font cent liétes. )■

Vercecuiti in pntria, cnis.soque sitli tiëre nasci.

(jLVK.NAr., X, 50.) '

(Naitre dans une atmosphère épaisse et dans la patrie des moutons.)

L'expression cerrecmn patina était proverbiale chez les anciens.

— Les Béotiens en Grèce, et les Campaniens en Italie, passaient pour les plus sots.

Les Champenois (Campant, dans les Chartes du Moyén-^^oe). ont sans doute hérité du renom de leurs homonymes de l'antiquité.

Champi, nom des enfants trouvés, dans le Berri ; vient de ca/npis.

Rabelais (III, 14) se sert du mot avec cette signification.

Le mot est dérivé comme champignon (italien campignno/o).

C'est dans ce sens peut-être qu'on dit aux enfants, pour répondre à leurs questions naïves et indiscrètes, qu'on les a trouvés sous un chou.

Championnet, général de la République, reçut ce nom à cause de son origine.

Le maréclial de Montluc. tlls naturel d'un évèque de Valence, se nommait M. de Cbampis, quand il n'était que capitaine. Henri lY. en 1394, le nomma maréchal, et lui fit épouser la sœur de Gabrielle.

Chance, du latin barbare cadentia, de cadere, tomber.

Points heureux qui arrivent au jeu de dés. Hasard.

Avoir bonne chance, de la chance.

Les Grecs disaient d'un homme lieureux : « H naviguerait sur une claie. >)

11 n'est chance qui ne tourne.

Chance, dans le sens actuel, est un pseudonyme dédaigneux dont on alTuble le succès dû au mérite.

En réalité, la chance s'appelle travail, courage, talent.

Chandeleur. Fête de l'Eglise, célébrée le 2 février, en mémoire de l'a Purification de la Vierge et de la Présentation de J.-C. au Temple.

Ce nom vient des chandelles de cire, ou cierges, qu'on allumait aux processions faites ce joui-là, pour marquer que le feu [mi-ilie tout, et que J.-G. est la lumière du monde.

On attribuait encore à ces lumières la vertu de conjurer les tempêtes et les démons.

Cette fête a été instituée par Gélase, à l'imitation des Lupercales des païens, qui se célébraient en février, 'dans les champs, et pendant lesquelles on se couvrait de peaux de bêtes.

On lit dans un sermon d'Innocent III que la purilicalion fut substituée aux fêtes de Cérês, où l'on faisait de grandes illuminations, et où les femmes portaient des flambeaux.

— A la Chandeleur, l'hiver passe ou prend rigueur.

— A la Chandeleur les grandes douleurs (ou les grandes rigueurs), parce qu'il fait souvent très froid à cette époque. Ce proverbe est plus pour la rime que pour la raison.

— Fé^ rier court est le pire de tous.

M. Babinet {Débats du 30 octol)re 1856), dit qu'on a observé qu'au commencement de février et vers le 5 mai, il y a pendant quelques jours un aljaissement subit de la température, qu'on attribue à des nuées qui cachent alors le soleil.

Chandelle, du latin candela, de candej^e, être blanc, lu'iller.

Cliandclle de suif (inventée en 1830) : Bougie de Poissy, c'est-àdire faite avec la graisse des bœufs dont le marché se tenait à Poissy.

A chaque saint sa chandelle.

Il n'y a si petit saint qui ne veuille sa chandelle.

Donner une chandelle à Dieu, et l'autre au diable.

Il doit une belle chandelle à son patron.

Le jeu. n'en vaut pas la chandelle : il y a plus de peine que de prolit.

— On dit des gens qui passent leur vie à des occupations hitiles, qu'ils dépensent une chandelle d'un sou pour gagner deux liards.

Et le jeu, couime on dil, iren vaut pas la chandelle...

(GoR.NKir.l.E.)

Si les astres qui peuplent le tirmament n'étaient destinés qu'à nous égayer la vue, le jeu n'en vaudrait pas la chandelle.

— Voir trente-six chandelles. Lorsqu'on excite les nerfs spéciaux qni desservent chaque sens, on éprouve la sensation propre à chacun deux : de sorte que l'éclair qui apparaît lorsqu'on comprime fortement l'œil dans l'obscurité, n'est qu'une sensation, et nedonne"lieu en réalité à aucune production de lumière ; de même, lorsque tes oreilles tintent, on croit percevoir un bruit, qui ne se produit pas.

Le physiologiste Millier raconte qu'nn homme attaqué la nuit par des voleurs, prétendait en avoir reconnu un, grâce à la viveluniièie

produite par un coup qu'il avait reçu sur l'œil. Le fait, soumis ;i l'appréciation de la médecine légale, fut jugé impossii)le.

Change (prendre le): se tromper.

Locution empruntée à la vénerie, où l'on dit (prune meute prend le change, cjuand elle quitte la trace du gil»ier pour courir après une autre lîéte qui se présente sur la voie.

— Donner le change : trompei-, empêcher.

A cet, amour naissant il faut donner le clianKO.

(MoJ.iKriK, Eloiin/i.)

— Clianger sou cheval horgne pour \m aveugle : tomher de mal en pis.

Les anciens avaient le proverhe : Cmnrrinaf/i ne nwvcins. (Ne change point la Gamérine.)

— Plus ça change, plus c'est la même chose. (Gavarni.)

Les Italiens disent : Clii. s/// hene, non si muove. (Qui est hien ne remue.)

— Changer d'une chose comme de chemise : souvent.

Ah! que j'ai de dépit que la loi naulnrisc

A changer de mari comme on lait de clic mi se!

(MoLiKRi;, Cocu imrif/innire.)

— L'homme ahsurde est celui qui ne change jamais. (Bartliélemy.)

Versi pelle»! fnuji concenil esse hominem pectu.s cui sapit.

. (Pi.Aun;, Baech., IV. 10.)

(Il convient que l'homme sage et avisé change quelquefois de peau. — Vorsipollif; signifie loup-garou.)

— L.iiirirr. député du Yar, radical intransigeant avant l'élection,

s'est rallié au gouvernement de comhat (Broghc-Buftet, 187o). On

l'a appelé raiguilleur du chemin de Damas.

Le temps, qui change tout, change aussi nos humeurs : Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.

(BOILKAU.)

La constance n'est point la vertu d'un morte! Et, pour être constant, il faut être éternel.

11 y a des gens dont le caractère inégal n'est pas amusant, et qui sont doués d'une amahilité intermittente.

Quantum mutalus ab illo !

(ViR,;ii.K, Eitoiile. II.)

'yComme il est changé!)

Chanoine, en provençal canongo^ de canon/mm : du grec Aanà/t, règle. Qui possède la science du droit ecclésiasliiiue.

Vivre comme un chanoine : se prélasser dans l'altondance et l'oisiveté.

Je iiaurai qu'à chanter, rii-e, boire d'autant, Et, comme un gros chanoine, à mon aise et content. Passer tranquillement sans souci, sans affaire, La nuit à bien dormir, et le jour sans rien faire.

(Boii.EAu, Satire H.)

Les chanoines vermeils et brillants de santé. S'engraissent d'une longue et sainte oisiveté.

(Boir.iu-. Lutrin.)

Chanson, jadis cançon ; latin cantlo, cantique, de candis. Le radical est resté cant dans les langues méridionales : d'où cantate, cantatrice, cantilène.

Nonque cançon ne fis jour de ma vie Se Sire Amors ne m'enseigne avant.

(GossF-, poète du temps de S.iint-Loiiis.)

— Béranger a été TAnacréon moderne. Gomme poète national, sa gloire est plus grande que comme poète erotique ou voltairien.

Avant Béranger, la chanson française n'avait d'autre prétention que d'égayer au dessert (?). Il en a élevé le ton, et l'a rendue l'interprète des idées et des sentiments humains les plus noltles.

— G'est toujours la même chanson... la même rengaine.

Cnntilenam liane milii semper insusurru.

(Cici.;t.on.)

(Test toujours le refrain qu'ils font à leur ballade.

(R.;..N,Hn, Satire II.)

C'est la chanson du ricochet. (Rahelais, III, 10.)

— On dit aussi d'une chose répétée trop souvent : c'est une vieille romance.

Appuyer sur la chanterelle : insister avec importunité. (Voy. Litanies, rabâclier, etc.)

— Payer en chansons, ...en monnaie de singe.

Un tailleur mélomane, à qui Farinelli devait une forte somme, lui en donna quittance, après que le célèhre virtuose eut consenti à lui chanter un air.

Chant (le) du Cygne: les derniers vers d'un poète.

On parle souvent du chant de la cigale, du grillon. Rien de plus inexact. Ces insectes ne chantent nullement; mais on pourrait dire qu'ils jouent du violon. G'pst en frottant leurs ailes et leurs pattes qu'ils produisent les sons qui ressemblent à un chant.

Chantage. Extorsion d'arocnt sons mciiiicedp révrUitions smii-

daleuses.

Lo clinntaKe, c'est : la bourse ou l'honneur. (Balzac.) Action vile qui consiste à surprendre les secrets d'une personne,

d'une famille, pour en tirer prollt.

— Chanter, c'est être victime du chantage.

— Faire chanter, c'est rendre quelqu'un victime.

Faire chanter, dit Roqueplan (ISVl), signifie obtenir de l'argent de quelqu'un en lui faisant peur, par la menace de publier des choses qui pourraient nuire à sa considération, ou qu'i| a, pour d'autres raisons, grand intérêt à tenirignorées.

— La pince à otïraction des voleurs est appelée « Monseigneur », devant lequel toutes les portes s'ouvrent ; et « rossignol », qui fait chanter les colïres-forts.

L'Académie a refusé d'accueillir ce mot, qui est des plus usités de l'époque.

— Chauler, se trouve déjà chez Furetière avec cette acception : « On dit d'un homme à qui on veut faire faire quelque chose par force, qu'on le fera chanter, qu'on l'ohligera à payer. »

Génin fait venir cette locution de l'usage ancien de chanter à table, au dessert. Si l'un des convives voulait s'en dispenser, on n'admettait aucune excuse. Il finissait hon gré, malgré, par chanter.

Chanteau de pain : du latin canthus, jante de roue; reste d'un objet arrondi, qui a été entamé : pain rond entamé.

Il nous donnèrent de leurs chanteaux, et Inismes à leurs barrils à bonne chère. (Ralielais, Y, 31.)

Chantepleure, arrosoir, entonnoir percé de trous pour arroser, qui chante et pleure en même temps, à cause du bruit que fait l'eau en s'écoulant. Voici ce qu'en dit Cailly :

Depuis deux jours on m'entretient Pour savoir (îoii vient cliante-pleure : Du cliagria que j'en ai, je meure !

Si je savais d'où ce mot vient.

Je \'\ renv errais tout à IMinirc.

Vwc fontaine d'Italie s'appelle aqua die favolUi. Il y a à Paris la rue du Puits-qui-Parle.

Chanter... comme un rossignol, comme une sirène, ... comme une seringue (voy.) : la palinodie (voy.) Chanter faux la chanson de la vie : gaspiller sa vie. Chanter femme sensible. (Voy.)

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— La poule ne doit p;is chanter devant le coq. (Molière, femmes savantes.)

Molière rajeunit ici le proverbe qui se trouve dans Jean de Meung :

C'est cliose qui moult déplait, Oiiaiicl [loulc parle et coi{ se tait.

(Romnn fie In Roxe.)

— Pour chanter un Achille, il faut être un Homère.

Pour cliaiiter un Auguste, il iaut être un Virgile.

(BOM.KAC.)

C'est une imitation du vers de Yiruile :

Si laniiims sUvas, .sih-te sint cunsule digiue.

— Heureux Achille, disait Alexandre, d'avoir eu Homère pour clianter ses exploits !

Chanteur, latin cantorem : féminin cantatrice, latin cantairiceni.

Un ler "ténor de grand opéra, aux appointements de 100.000 francs, jouant 7 fois par mois, soit 84 par an, touche un peu plus de 11.000 francs par soirée. En supposant un rôle de 11.000 notes ou syllal)es, ce sera 1 franc par syllalie.

M°ie Malihran recevait à Londres, au théâtre Drury-Lane, pour chaque représentation, loO livres sterling, 3.500 francs.

La Grisi a reçu, à Ne>v-York, pour une soirée, 400 livres, ou 10.000 francs. Elle a recueilli, à Londres, pour une seule représentation. 60.000 francs.

Adelina Patti (18G7) ne joue pas à moins de 3.000 francs par soirée.

Paganini donnait des leçons de violon au prix de 2.000 francs le cachet.

On a olïert à Rossini, eu Italie, un million pour six mois, s'il voulait remplir lui-même le r(île de Figaro, du Bart>ier.

— Chanteurs sopranistes. (Voy. castrats, virtuoses.) Cf. Scudo (Revue des Deux-Mondes).

En février 18G1, est mort un cjianteur italien, qui a joui pendant plus d'un demi-siècle d'une grande célébrité ; c'est Yeluli, le dernier sopranisle remarquable qu'on ait entendu au théâtre. Il était né à Monterone, dans les Marches d'Ancône, en 1781. Après avoir brillé par son talent eu Italie, il se rendit à Londres et y resta plusieurs années.

Catïarelli. autre chauteiu* sopraniste, eut à Rome un succès

iiiuiiï. Ou se le disputait, ou se l'arracliiiit, ou reiile\ail luystérienseiueut, sans consulter son ooût, et il courut souvent des dangers causés par la jalousie de cei'taius maris maussades. Enfin, le charinant ca/iarino quitta Rome \ers 1730, et alla porter ailleurs son ramage et ses séductions innocentes.

En France, sa fatuité fut curieuse. On ne pouvait s'empêcher de rire du contraste de ses prétentions avec son état... qui pourtant n'était pas dédaigné par toutes les femmes.

Catïarelli avait fait mettre sur la façade de la maison qu'il avait l)àtie à Naples, cette audacieuse inscription : « Ampliion ax'onstruit Tlièbes avec sa lyre, et moi cette maison. » {Amphlon Thebas, ego (lomum.) Un plaisant ajouta : « lUe cum, tu sine. »

Farinelli et Gatî'arelli ont été les deux chanteurs les plus étonnants du xviii" siècle. Leur talent résume tout ce qu'il y a de plus merveilleux dans l'existence de ces curieux phénomènes.

— Les chanteurs castrats, connus dans l'antiquité, se montrèrent en Itahe à la fin du xii^ siècle.

Le premier castrat qu'on ait entendu, dans la chapelle du pape, en 1(501, s'appelait Rossi.

Cinquante ans après, les castrats jouaient sur tous les théàft^es de l'ItaUe. Us venaient presque tous du royaume de Naples, et surtout de la petite ville de Lecce, dans la Fouille.

La mutilation ramenait leur organe vocal à l'échelle musicale de la femme, et donnait des voix de soprano et de contralto.

L'opération se faisait vers l'âge de 10 à 12 ans, et lorsque la voix obtenue par ce sacrifice monstrueux était d'un beau timbre, l'enfant était placé sous un maitre qui hii enseignait son art pendant huit ou dix ans. -

Après ses débuts, et lorsqu'il était devenu célèbre en Italie, il était recherché dans toutes les cours de l'Europe, comblé de faveurs et de riclicsses par les femmes et les souverains. On en vit même devenir les premiers personnages de l'État, comme Farinelli, qui eut pendant un quart de siècle l'iniluence d'un premier ministre, en Espagne, à la coiir des rois Philippe Y et Ferdinand YI.

L'engouement du public pour ces pauvres victimes maladives de la sensualité musicale, leur avait composé un caractère étrange, d'humeur fantasque, de vanité puérile et d'insolence, (\m se traduisait en despotisme envers les directeurs et les compositeurs, qui devaient se soumettre à tous leurs caprices.

Leurs voix étaient très étendues, éclatantes, lle\il)les. Doués

d'une belle fioiire, d'une méthode savante acquise par de longues éludes, ils parvenaient à exprimer toutes les nuances de la passion et à émouvoir le public le plus grave.

L'action exercée par les castrats sur Fart du cliant au xviii'^ siècle, est considérable ; elle a entraîné le mouvement musical de cette époque et l'a fait arriver rapidement, en Italie, à la plus haute perfection.

Les sopranistes italiens ont apparu dans l'opéra au milieu du xviiie siècle.

On ne sait trop à quelle époque remonte l'usage monstrueux de cette mutilation ; mais tout porte à croire que c'est à l'Église que revient l'invention de ce sacrilège. Les femmes n'étaient pas admises à chanter dans la chapelle papale : les enfants ne pouvaient conserver le diapason qui leur est propre, que jusqu'à l'époque de la puberté ; on dut concevoir le projet de fixer cette voix juvénile. Ce qu'il y a de certain, c'est que les castrats ont été admis de très bonne lieure, à la chapelle Sixtine, et que, depuis la fin du xvi<= siècle jusqu'à nos jours, ils n'ont cessé d'y chanter les louanges de Dieu.

— A la naissance de l'opéra, les sopranistes se jetèrent avec empressement dans la carrière dramatique; dès le commencement du xviii'^ siècle, ils sont les maîtres de l'opéra italien.

Tous les grands compositeurs : Scarlati, Pergolèse, Hœndel, Gluck, ont écrit pour les sopranistes.

— Les castrats se distinguent en deux classes : ceux qui ont possédé une voix élevée, dite voix de soprano, et les contraltistes, dont le diapason correspondait à la partie inférieure de la voix de la femme.

Lorsque la voix d'un enfant donnait des espérances, on se décidait à lui faire sul)ir la cruelle mutilation, mais il arrivait que la victime succombait, ou que la voix de l'enfant changeait de caractère et perdait son charme.

— On assure que Farinelli, qui fut élevé par Porpora, fut contraint par son maître à étudier, pendant des ann^ées, une page de vocalisation, sans qu'il lui fût permis de chanter autre chose. L'élève, qui s'ennuyait de cet exercice, demanda quand il pourrait en changer : « Dans deux ans », aurait répondu Porpora. Ce temps prescrit étant écoulé : « Va, dit Porpora à Farinelli, tu peux chanter maintenant tout ce que tu voudras, tu es le premier virtuose de l'Italie. »

— Les convenances firent peu ;'i peu disparaître les castrats de la scène. Les deux derniers qui ont été entendus en Europe, furent Crescentini et Yeluti, qui chantait encore à Londres en 1820.

Rossini les remplaça par des contraltos féminins, et il se forma bientôt toute une famille de chanteuses incomparal)les, qui firent oublier les castrats. La GatTonini, la Marcolini, la Mariani, M'"'^^ Pisardini, Parta, Malibran, Allioni, furent les principaux contraltos qui exercèrent sur le talent do Rossini une infiuence remarqualde. (Y. Scudo.)

— Le Seigneur a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Mais ce n'était pas pour les dresser par des procédés barbares à cbanter ses louanges dans la chapelle des papes.

Chaos, du grec k/iaôs. ouverture, ailîme. Les poètes entendent par ce mot l'assemlilage confus qui a existé avant la création du monde et eu a dû former les éléments. Hésiode dit que le Chaos était le père de l'Erèlie et de la Nuit.

Chapeau, chapel, capel. Provençal capeou, de caput.

Synonymes : castor, gibus (du nom de l'inventeur du cba[)eau mécanique).

Bolivar, chapeau de forme évasée ou tromltlon, à la mode en 1820. Il prit le nom du béros populaire qui fonda à cette époque la RéiHiblique de Venezuela et détacba ce pays de la domination de lEspague. Les libéraux avaient adopté des chapeaux à larges bords, ou boliDcu's, tandis que les royalistes en portaient à petits bords, appelés morillos, du nom du général espagnol.

— Chapeau de femme : bibi, lucarne. Chapeau du temps de la Restauration, qui avait une grande saillie en avant.

Cette dénomination rappelle l'ancien proverbe : « Détiez-vous des gens qui ne voient le jour que par une fenêtre de drap » : par comparaison du capuchon des moines avec une fenêtre.

— Gomme dit Aristote... dans le Chapitre des Chapeaux... Dans le Mariage forcé, Pancrace est outré qu'on lui ait soutenu

qu'il fallait dire « la figure » au lieu de « la forme » d'un chapeau ; parce que, dit-il, la forme se dit de la disposition extérieure des objets inanimés, et la figure, de celle des objets animés, — et ce sont les termes exprès d'Aristote, dans le cbapitre de la qualité.

Aristote est complètement étranger au Chapitre des Chapeaux, quoiqu'on le fasse souvent intervenir dans cette locution.

Dnns le Médecin ma/gré lui (acte 2, scène 3j), Sganarellc dit à Gérontc :

« Hippocrale dit... que nous nous couvrions tous deux.

Géronte. — Hippocrate dit cela ?

Sganarklle. -7- Oui.

Gkrontk. — Dans quel chapitre, sil nous plaît i

Sganarkllk. — Dans son chapitre... des Chapeaux. »

— Donner un coup de chapeau. (Yoy. saluer.)

Courtois de houcho l'i nuiin au bonnet, Peu coule et bon est.

La politesse est la cliose qui coûte le moins, et qui rapporte le plus. C'est une monnaie qui* enrichit plus celui qui la dépense que celui qui la reçoit.

Un tmancier passa un jour devant six personnes de sa connaissance, sans les saluer : « On voit, lui dit-on. que vous n"ètes pas. aujourd'liui, aussi intéressé qu";i Tordinaire, puisque, pour un coui) de chapeau, vous en auriez six. »

— Au comble du tumulte, dans les assemblées parlementaires, le président se couvre. Le chapeau du président est le qiios ego des ouragans parlementaires : devant lui, tout s'apaise.

— Être comme saint Roch en chapeaux : al)ondamment pourvu de quelque chose.

Diderot {Jacques le Fataliste) dit : « Te voilà en chirurgiens, comme saint Roch en chapeaux. » L'éditeur des œuvres complètes de Diderot (1821), pour exphquer ce pluriel, fait remarquer que saint Roch avait trois chapeaux, avec lesquels on le voit souvent représenté.

Il n'existe aucun fait iconologique de ce genre, et il est probalile que l'éditeur a pris ces trois chapeaux sous son bonnet.

Aristote, s'il pouvait revoir son chapitre, ne manquerait pas déclaircir ce doute.

Chape-chute, bonne aubaine, occasion favorable, trouvaille protilahle. Ao}- Moyen de parvenir, ch. 20.)

Messer Loup alli'iidail elia|ie-rbule à la i>orb'.

iLa Fo.ntai.nk.)

Ce mot signifie « chape toml)ée » .

Le trouvère Wace conte qu'une femme s'empara d'une chape chute et fut punie d'après les lois rigoureuses de RoUon ou Roii. duc de Normaiulic.

De là la locution pour désigner un objet trouvé dont on s'empare. Dans le vers de La Fontaine, le loup attend une honne anijaine.

Chapelet, synonyme de rosaire, siunilie petit chapeau; comme rosaire, guirlande de roses.

Le chapelet, composé de 15 dizaines de grains, représente une espèce de chaîne, et Léonai'd de Vinci a peint dans la chapelle dn Rosaire, de Milan, un tahleau où le Purgatoire est représenté au fond d'un puits profond, d'où la sainte Vierge retire les âmes avec un chapelet, qui sert de chaîne.

Les Précieuses ont appelé le chapelet « une chaine spirituelle ».

— Synonymie: Prière aux petits pois.

Dévotion à faux pois.

Chapelle, en provençal, capefle.

Au viu" siècle, l'église de Saint-Martin de Tours, où se trouvait son tombeau, passait pour le lieu des Gaules le plus fécond en miracles. Les rois de France, pour s'assurer la protection divine, tirent garder auprès d'eux la cape du saint. De là le nom de chapelle que reçut l'oratoire où elle fut déposée.

Chapelure, chapehire de pain : du latin capulare, tailler, trancher.

En provençal chaplat\ fendre, haciier : rhaple, massacre, carnage. D'où chaparder (j).

Senors, ara c/i<iplal:-.

(Seigneurs, maintenant taillez.)

Pur l'annn d'unn li(ina, an feril et chaplat.

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