‹ Dictionnaire de locutions proverbialesChapitre 118 sur 336 · CITE · texte numérisé non relu

CITE

mène ;i Rome. Où va ce chemin ? Au moral, on dit de même : suivre une mauvaise voie.

Rai)elais explique cette locution d'une manière burlesque, en disant (|uautrefois les cheaiins cheminaient réellement. On se mettait sur la route, et elle vous conduisait au but. (Liv. Y, chap. 26.) Mais il se trouva des batteurs d'estrade, qui battirent tellement ces pauvres chemins, que ceux-ci ne voulurent plus marcher. Depuis lors ils sont immobiles. Mais la locution restée dans le langage atteste encore cet ancien et regrettable usage.

— Chemins de fer. En regardant une carte de France, le réseau des chemins de fer ressemble à une énorme toile d'araignée dont le nœud est en haut et à droite, à Paris, où toutes les lignes convergent.

— Vieux comme les chemins. En argot, chemin s'appelle antif. Rattre l'antif signifie marcher. Antif est pour antique.

Un dit aussi : vieux comme les rues.

Cheminée, du latin caminata, garni d'un foyer.

Les cheminées étaient connues des anciens. On lit dans Virgile :

Et jam summn procul villarum culmina fumnnl.

— Dire une chose sous le manteau de la cheminée, c'est la dire dans l'intimité, en confidence.

Cette expression vient de l'usage ancien de construire d'immenses clieminées. dont le manteau était assez élevé pour recevoir toute une réunion de famille autour du foyer.

— Faire une croix à la cheminée. (Voy. croix.)

Chemise, bas-latin camisa, en provençal camiso : et camisole. la ro)np(i(jne perpéiuelle chez les Précieuses. Vêtement intime.

— La peau nous est plus près que la chemise. (Voy. charité.)

— Sous Charles VL on portait des chemises de laine; la toile était à peine connue, et l'on citait comme un grand luxe les deux chemises de toile qu'Isabeau de Ravière avait dans sa garde-robe.

— Ta chemise ne sache ta guise : que ta chemise ne sache pas ta façon de penser.

Le sénateur Q. Métellus le Macédonique disait : * Si ma chemise savait mon secret, je la brûlerais à l'instant. »

— Porter sa chemise sale : être en deuil de sa lilanchisseuse. Retourner sa chemise sale : faire la lessive du Gascon.

Chenapan; de l'allemand schapphahn, happer les coqs.

On appelait chenapans, des partisans Westphaliens cpii infestaient la frontière lorraine par une guerre de tirailleurs.

En mars 1G90, M. de Boufllers, dit Dangeau, a chassé les chenapans de leur poste sur la frontière du Palatin at, et a détruit leurs lial>itations et leurs forêts.

Chenet^ pour chiennet, petit cliien couché sur le ventre.

Cheptel, provençal captai : du latin capitalem.

Bail de hestiaux, par lequel on donne à garder et à soigner du hétail, moyennant certaines conditions par tète de bétail.

Chèque. En anglais, check, du verbe check, contrôler, vérifier.

Bon à vue détaché d'un Uvi-e à souche, et payaltle au porteiir par le banquier qui a reçu une provision préalable.

Cher, du latin carum.

A la double signification de aimer, chérir, et de dépenser. »

Vendre très cher : écorcher.

Payer très cher : être logé à l'auberge de l'étrille.

Les voyageurs évitent les hôtels et les pays où ils sont trop exploités. Il se forme alors ce qu'on pourrait appeler la rjrève des érorchés; et. comme l'Iiounue de la fable, l'exploiteur tue la poule aux œufs d'or.

L'expression salé, pour signifier d'un prix élevé, vient de l'impôt du sel, appelé gabelle, un des plus odieux, et qui était très cher à acquitter. (Voy. salé.)

En lo4'l, François P'' augmenta les droits sur les sels, qui étaient déjà très lourds.

Chercher, du latin circare; en provençal cercar, faire le tonr, regarder autour.

On a dit cercher.

Par li'fstont lo pays vont la torvo cercliant.

(Berle aux grnnt pies, iôiS.)

— Cherchez, et vous trouverez. (Saint Mathieu, VII — Luc, 11.) Il cherche toujours, et trouve souvent.

Il n'y a point d'invention sans recherches, point de génie sans mouvement. (Bailly.) Chercher une aiguille dans une botte de foin. Une goutte qi:; clierche une autre goutte au fond de l'océan.

Nodum in scirpo quœrù.

(TKiîE.Nct:, Andriennr, V, 4.;

(Cbercher des nœuds dans un jonc.)

— Clierriier midi' ;'i quatorze heures, se dit des esprits inquiets, difficites à satisfaire, qui se contentent rarement de la réalité et sont toujours à la reclierclie d'un mieux imaginaire.

Cette locution est sans doute venue d'Italie, où les horloges portent (les cadrans divisés en vingt-quatre heures.

— Voltaire fit ce quatrain pour un cadran solaire placé sur la l'acade d"iine auberge :

Vous qui frcHiueiilcz ces demeures.

Etes-vous bien, tenez-vous y, Et n'allez pas chercher midi A (|uatorzeiieures.

Chère, du grec kara (visage), par l'intermédiaire du latin : en l'oman rara, visage, et carouha, corps.

La bêla cara es plus agradans à la persona entièra que la bi'la carouha. (Liv. de Sidrac, f" 109.) La belle face est plus convenable à la personne entière, que le beau corps (?).

— En itaUen, bona ciera signifie bonne chère et lionne mine : faire bon accueil avec un visage souriant.

Le sens primitif du mot s'est oublié pour se concentrer dans l'idée de faire un bon repas, ce qui est le signe le plus expressif du bon accueil. C'est ainsi que bonne chère, en est venu à signifier absolument la quantité et la quaUté des mets. Il n'est pas douteux, que la ressemblance de son avec chair n'y ait contribué.

Bcmir costra (jcntit, phizen cara.

(Troulj:idi)iii- anonyme.)

(Je contemple votre gentille, agréable figure.) Mot II fes la la cara. {Prise de Jérus.) Lui fit très laide figure. Vesibla/ncnt, cara a cara. (Sidrac.) Visiblement, face à face. Jarier en la penchiira ab duas caras (Brer. d'a/nor.) .lanvier eu la peinture avec deux visages.

Ge lins rers lui la cliière encline.

(Roman de In Rose. ;ilOO.)

Les yeux et la chière basse, va à la messe en dévotion. (///.s7. de Jehan de Sain l ré.)

Le duc de Bourgogne alla au devant de lui, et s'entrefirent granl chière. (Monstrelet, T. II.)

Que vous ressemblez bien de chière Et de tout à vostre bon père !

(Palhcliii.)

Raltelais dit : « A bonne chère », pour de bon cœur.

Un vieux proverbe dit : « Belle chère vaut un mets. »

— Chérer signifiait se réjouir, faire des amalnlités. Chérir, qui n'en dérive pas, a un sens bien diiïérent.

— On n'emploie plus aujourd'hui bonne chère au sens de visage. mais on dit : faire bon accueil, bonne mine.

Chérubin, ange du second chœur de la première hiérarchie.

En liébreu kheroubim.

Les chérubins sont représentés avec un visage rouge, pour exprimer l'amour de Dieu qui les enflamme: d'ofi la locution: rouge comme un chéruf)in.

Chétif, doui)let de captif, de captivum, prisonnier. I^es misérables étant souvent l'objet d'un mépris dédaigneux, il a tini par prendre le sens de vil, faible.

En Normandie .sont caitifs Mis en aniaux et en K^ïoles.

{Roman de la Rose.)

Cheval, jadis ca r« /A : espagnol caballo : du latin caballum, cbeval de fatigue, de peu de valeur.

Au contraire, le mot allemand ross (cbeval de luxe), a fait échange de sens avec caballus.

En général, les primitifs germaniques qui ont été gardés dans notre langue, ont reçu une acception défavorable. Tels : lande, lippe, etc.

— La forme cncilh est restée dans beaucoup de dérivés : cavalier, cavalcade, et dans l'argot se cavaler, s'enfuir rapidement.

— Le cheval prend, selon les cas, les noms de bidet, dada, criquet, haridelle, rossinante, roussin, etc.

Jusqu'à trois ans, le jeune s'appelle poulain, la femelle poulicJie, termes de la même famille que poulet.

— Le cheval des romans de chevalerie est le type du courage et du dévouement. Les chevaux de bataille étaient de grands chevaux appelés destriers, haquenées, palefrois. (Voy.)

Le cheval de labour s'appelait roncin ou roussin : sommier le cheval de fatigue.

On appelle un cheval maigre : cheval de l'Apocalypse ; ou rossinante.

Un grand cheval : coffre à avoine.

— Certaines espèces de chevaux sont nommés de leur couleur. Cheval alezan, ou alezan In-rdé (en roman rocenc, de coideur

Page 1