CLO
— Fondre la cloche, se disait pour faire une opération difficile.
— Qui n'entend qu'une cloche, n'entend cpi'un son.
C'est la traduction populaire de l'axiome de droit : Testis anus, testis niillus. (Un seul témoin ne prouve rien.)
— Aller à cloche-pied, est dit pour croche-pied, l'une des jamhes formant un crochet (?).
C'est le verhe clocher, venant de clandU-arc. ou pris pour doper: d'où aussi clopin-clopant, éclopé. (Voir le suivant.)
Clocher: 1" boiter en marchant; du lalin cfoppus, rpii parait tenir à l'allemand kloppen, frapper; 'i" campanile, tour où l'on suspend les cloches.
....L'une dit : « C'est granrt'honte ' Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils. »
(U Fontaine, Fables 111, 1.)
L'usage des clochers a été généralement adopté par les églises d'Occident, tandis qu'il en existe très peu dans celles d'Orient. Ici c'est la coupole qui est le type caractéristique. On peut prendre pour modèles Sainte-Sophie de Constantinople, et Saint-Marc de Venise, pour la coupole : les cathédrales de Strasbourg, d'Anvers, etc., pour le clocher.
— Clocher se prend pour pays, village, famille.
On dit d'un homme qui n'est jamais sorti de son pays : « Il n'a jamais perdu de vue son clocher. »
Il soutint jusqu'au bout l'iionneur de son clocher.
(Boii.em:.)
— Il faut mettre le clocher au milieu du village : placer les objets utiles à la portée de tous les assistants ou convives.
Cloître, du latin claustrum, de claudo, fermer.
De là aussi claustral, claustration.
Le couvent est un suprême égoïsme, qui lire une vraie lettre de change sur la mort.
Au cloître, l'enfer est accepté comme avancement d'Iioirie sur le paradis. (V. Hugo.)
— Le cloître des couvents chrétiens a son origine dans Xatrium romain, ou cour entourée de quatre portiques, qui existait dans presque toutes les maisons romaines, et que Numa avait lui-même importé d'Hatria, ville étrusque, lorsqu'il créa à Rome le cloître des Vestales, ou Atrium de Vesta.
Clou, de claviis: provençal clavéou, qui ferme.
CGC 267
Rabelais a dit esclouer, pour ouvrir, faire éclore.
Clown (prononcez A'/o?^n), paysan bouffon, personnage burlesque de la comédie anglaise.
Clystère; lavement, remède: du grec khutérion, action de laver.
Hérodote et Galien en attribuent l'invention aux Egyptiens.
Pline (VIII, 17) dit que ceux-ci l'apprirent de l'ibis, espèce de cigogne qui se fait de pareilles injections avec son bec transformé en canule. (Yoy. animaux nous apprennent à vivre.)
Co, col, com, con, cor, du latin cum, avec.
Préiixe qui entre dans un grand nombre de mots, en se modifiant, devant le radical du simple : coaccusé , compère , condisciple, confrère, conséquent, colla liorer. collatéraux, collège, corriger, corroborer. Exprime la similitude d'action ou la participation commune.
Cocadriile, reptile fantastique et malfaisant qu'on suppose né d'un œuf de coq (coquard).
La cocadrille. dans le Berry. apparait la nuit parmi les ruines des manoirs féodaux.
Par grans serpcns et par dragons gouluz. Par cotiuadrilies et par crapaux veliiz. Dévorez soient comme gens mallieureuses.
Ces gros souillars et infâmes Angloys !
('.Maistre, La l'olije des Angloys.)
On trouve dans le supplément du Dictionnaire de l'Académie, ainsi que dans le Dictionnaire de Trévoux : cocatrix, espèce de basilic, engendré dans les cavernes.
C'est aussi le nom d'une rue de Paris.
Cocadrille n'est peut-être qu'une corruption de crocodile, que le peuple prononce souvent mal. C'est précisément un reptile, et partant un ovipare.
Cocagne, du latin coquere, faire cuire : cotiuina, cuisine.
Pays de cocagne : pays imaginaire, où tout abonde, oi'i Ion trouve cà profusion les cailles toutes rôties.
— On appelait cocagne, en Languedoc, un petit pain de pastel en forme de coque ; et comme le pastel ne croît qu'en des terrains fertiles, et donne plusieurs récoltes par an, qui enricbissent rapidement ceux qui le cultivent, on a donné le nom de cocagne aux
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pays où tout est en abondance, où l'on l'ail arande chère. (E. Daurial, Siècle du 16 octobre 1858.)
paris est pour le riche un luiys de cocagne.
(Buii.KAi:, Sat. VI )
Les descriptions du pays de cocagne sont puisées dans celles cpie les Grecs nous ont laissées de Tâge d'or.
— En 1360, l'italien Petrus Nobilis a donné une carte du pays de Cocagne, avec description et gravures.
On y voit un volcan de pâtes d'Italie, qui porte à son sommet une chaudière pleine de macaroni c}ui s'échappe à pleins bords et va roulant sur les flancs caséeux de la montagne, où il s'enveloppe de fromage râpé, pour se rendre dans un lac de l)eurre en fusion, où les habitants le recueillent à loisir. On y voit des tables dressées, sur lescpielles tomlient des pluies de rôtis ; à côté sont des fontaines de malvoisie, des fleuves de vin muscat, de Chypre et de malaga. des arbres à lieignets, des fours naturels de pâtés chauds ; un palais du Sommeil et une prison d'État pour ceux qui sont surpris travaillant.
— Mât de cocagne. Géniu tire ce mot de coccarjna, mot napolitain dérivé du vieux français cocquaign^, lutte, dispute. (Yoy. Ducange, au mot cocagium.)
Ce mot a pu être importé à Naples lors de l'expédition de Charles VIII, en 149o.
— Pendant le xvi^ et le xvii" siècle, on élevait à Naples, à l'occasion des fêtes pubhques, une montagne figurant le Vésuve, d'où sortait une éruption de viandes cuites, de macaroni, etc., que le peuple se disputait avec rage ; cela s'appelait un cocagne.
Mais ce mot, qui représente aujourd'hui l'idée d'abondance, exprimait alors celle de lutte, puisqu'il fallait en soutenir une pour avoir part aux éruptions en miniature.
Le sens primitif reste dans notre mât de cocagne, où l'idée de lutte l'emporte évidemment sur celle d'al)ondance.
Il y a encore une analogie de plus, celle de hauteur, entre mât et montagne.
Ces largesses, faites au peuple pendant les réjouissances pubhques, ont été de tout temps l'objet de luttes acharnées.
Le mot graffi, cité par Jaubert {Glossaire du centre de la France), vient de graffigner, égratigner.
Il en est de même de l'usage provençal de jeter des dragées ou de la monnaie à tire-péous, à tire-cheveux.
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— L'idée d'aljondance peut venir, comme on l'a dit plus haut, de re que les pains de pastel avaient nne forme conique, qui les faisait ressembler au Vésuve de macaroni des Napolitains.
— Les marins ont imaginé un pays de Gipoutou, qu'ils placent au 36" degré au-delà de la lune ; où les cochons portent le sel dans une oreille, le poivre dans l'autre, la moutarde sous la queue, courent tout rôtis, avec une fourchette et un couteau dans le dos.
— Le premier màt de cocagne fut planté à Paris, le l'^'" septembre 142o, dans la rue aux Ours, en face de la rue Quincampoix.
On avait attaché au sommet un panier contenant une grasse oie (oie"), et six blancs. {Journal (fun bourgeois de Paris, sous Charles VIL)
Cocardeau, galantin, pris dans un sens ridicule. Rabelais et Gavarni ont popularisé ce mot.
Cocatrix. (Voy. cocadrille.)
Cocher, conducteur de coche, de code, ou de Kotsie, ville de Hongrie, où fut inventée cette voiture.
Synonymes : automédon, phaéton.
Rabelais (IV, 42) parle du cocher de la reine Niphleset.
— Aux coches succédèrent les carrosses ; d'où l'on a dit carrossier pour cocher; mais ce dernier a prévalu, et est aujourd'hui seul en usage.
Le carrossier de Madame Veret... (D'Aubigné, Fœneste, I, 8.)
Cochon, celtique caiocli, plein de boue.
Le mâle, entier, s'appelle verrat ; le petit, à la mamelle, cochon de lait : à six mois, porcelet ou goret : la femelle, truie, laie, et lorsqu'elle est vieille et engraissée, coche.
A l'état sauvage, il s'appelle sanglier (sus singularis) : son petit, marcassin. A un an, c'est une bête de campagne: à deux ans, un ragot : k cinq, un inii^e : à six, un grand sanglier.
Cochon se dit pour avare : cochon malade : ladre.
— Le compagnon de saint Antoine ; compagnon d'Ulysse : habillé de soie ; noble.
La magicienne Circé a fait école, et certaines femmes d'aujourd'hui ont trouvé le moyen de changer en pourceaux les compagnons d'Ulysse. On prétend que Gryllus, un des compagnons d'Ulysse, changé en pourceau par Circé, ne voulut point reprendre sa première forme.
— Sous François I*^'". en loHl), on défendit de laisser les cochons
m coc
errer dans les rues de Paris. Le bourreau fut cliargé de saisir ceux: qu'il trouverait errants, à moins qu'ils n'appartinssent aux Antonins, ou religieux de saint Antoine.
....Le porc de saint Aiiloiiie,
Céleste porc, embtèine de tout moine.
(VoLTAiitE, la Piicelle, XX, :220.)
— Cependant vint ung commandeur jambonnier de saint Antoine, pour faire sa cpieste suille. (Rabelais, I, 17.)
Moine jambonnier, c'est-à-dire quêteur de jambons. Suille, cbair de porc.
Rabelais appelle les moines rentes et les clianoines « codions du bon Dieu » .
— Le Mcmdit, roman satirique contre le clergé, attribué à un
prêtre, vers I860, a inspiré le quatrain suivant à M. Salles, préfet
de l'Aube:
Poiu" voir si l'auteur était nu)in(', J"ai soulevé son capuchon :
.le croyais trouver saint Antoine, Je n'ai trouvé que son cochon.
. — Les paysans provençaux appellent leurs cocbons « les nobles »: en Normandie, on dit « gentilsbommes ».
Le gentilbomme d'autrefois était, en effet, le seul être dans la société, qui ne travaillât pas, et il avait cela de commun avec le cocbon, qui passe sa vie à manger, boire et dormir.
La nature a fait l'bomme encbn à la paresse ; le travail est le cliâtiment auquel il se soumet, moins par goût que par nécessité.
Outre ce fait pbysiologique, le préjugé a fait longtemps de l'oisiveté et de l'ignorance un des signes et même un des devoirs delà noblesse, qui interdisait au gentilbomme toute profession, excepté celle dos armes, sous peine de déroger.
— « Foi de demoiselle, disait ma mère pansant ses pourceaux, mon mari est aussi noble que le roi, il aime l)ien à ne rien faire. »
Et encore : «Le métayer ne disait-il pas vrai, voyant les pourceaux : 0 la belle noblesse que voilà ! » (Moyen de j)arvenir.)
La terra que porta e noijris los porcs e los grapaul-z aysi hen cons los reys. ( V. de Vert, {" 34.) La terre qui porte et nourrit les porcs aussi bien que les rois.
La truie anoblit le cocbon. (Voy. savonnette à vilain.)
— Cocbon ! injure. On dit aussi marsouin, de maris sus, cocbon de mer.
X... écrivit, sur la poussière qui recouvrait les meubles d'un loge-
nient de garçon malpropre, le mot cochon. « Je suis allé chez toi », (lit-il à son ami, à la première rencontre. — « Je le savais, dit 1 autre, tu as écrit ton nom sur les meubles. »
Quelqu'un disait plaisamment à Talleyi-and, eu parlant des Amél'icains : « Ce sont de fiers cochons. — Oui. reprit-il. mais ce sont des cochons fiers. »
— Cochon de Troie. Sous les empereurs romains, un mets très recherché, c'était un cochon rôti tout entier, contenant plusieurs animaux dans son ventre.
On l'appelait ainsi par allusion au Cheval de Troie, qui, selon l'expression de Bayle, était «farci de soldats ». (Yoy. Pétrone.)
— Vie de cochon : courte et bonne.
— Le jour de Saint-Thomas (21 décemltre), fais tuer ton cochon gras.
Cochonnet, petite boule qu'on envoie en avant. C'est sans doute parce qu'elle se souille comme un petit cochon, ou goret, en roulant, qu'on la nomme ainsi (?).
— Le jeu du cochonnet-va-devant, ou de la truye. (Rabelais.) Dans ce jeu. dont parlé Rabelais, le nom de truie avait la même
origine que cochonnet. C'était le jeu du mail, avec lequel on poussait la petite boule, c[n'on appelle aussi bouchon.
Cocodès, petit-maître, de coco, tète.
Le cocodès est un imbécile ayant des prétentions à l'élégance, et qui fréquente plus volontiers les femmes galantes qne les femmes honnêtes.
Cocotte, féminin de cocodès, a remplacé loretle.
Au pi-iv où la beauté de ces dames se cote, Il est l)ien moins coûteux, pour qui solde l'écot,
D'avoir du goût pour le coco
Que d'en avoir i)our la cocotte.
(1SG7. Voy. Femmes f/alanles.)"
Les cocottes sont les hohèmes du sentiment.
Cocu, de coucou, du latin cuculum Le provençal cogui a les deux sens.
Celui dont la femme manque à la fidélité conjugale.
Coêsre, chef des mendiants, an Moyen-Age. Mot probablement rapporté des Croisades, par quelque association de pèlerius marchands (coquillards), ou emprunté à la langue des
Bohémiens, et venant du persan kosrou, dont les Grecs ont fait kosroéii.
Cœur, du latin cor: de là accord, concorde et discorde.
Trais li le cor (M venlre. (G. de Cabastaing.) Lui arrache le cœur du ventre.
E Vempereire ah lo cor altalo esperonet. (Ramh. deVaqueiras.) L'empereur éperonne avec le cœur au talon (cœur est pour volonté).
— Le roman avait des dérivés de cceur, qui n'ont pas d'équivalents en français : corada, poitrine ; corduelh, chagrin : baticor, émotion, battement de cœur ; acorar, apprendre par cœur.
Autrefois le cœur passait pour être le siège de la mémoire.
— On disait autrefois i-ancœur, dégoût. Ça fait rancœur : c'est répugnant.
Ce mot est sans doute composé de re^id cœur, rendre ce qu'on a sur le cœur : mais il avait plutôt le sens de rancune, chagrin, jalousie. A moins qu'il ne vienne de rancorem, rancidité. Excuse, par pitié, ma jalouse rancœur.
(Régniep,.)
Dans l'estomac, jette-lui la rancœur.
(RoxsAim, Frnnciade.)
G. GoUetet dit de la Charité:
Elle aime autaitt comme elle s'aime ; Elle est sans fiel et sans rancœur.
— Rancœur avait fait le verbe rancœurer, dégoûter, qui a fait place à écceurer.
— Le cœur, pour les physiologistes, est l'organe central de la circulation du sang ; une machine motrice vivante, une véritable pompe aspirante et foulante : un irrigateur organique, qui distrilme le hquide nourricier à toutes les parties du corps; maislemot«ï';/r est passé dans la langue des poètes et des gens du monde avec des acceptions l)ien ditTérentes.
Dans le langage ordinaire, le cœur n'est pas seulement un muscle nécessaire à la vie ; c'est aussi le siège et remblême des sentiments les plus nobles et les plus tendres.
Cette contradiction entre la science et l'art n'est qu'apparente, et Cl. Bernard, dans une étude sur la physiologie du cœur {Revue des Deux iMondes, 1805), développe cette idée, et démontre que les nombreuses métaphores poétiques, qui attribuent au cœur un r()le si important, dans les choses de l'esprit, sont dues aux relations physiologiques du cœur avec le cerveau, et que l'esprit a deviné
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n priori et par intuition, les prninit'tôs mystérieuses de l'artion du (Mpur sur le cerveau.
Le siège des passions est dans le cerveau. Le'caractére des passions est l'interuiittence, car l'habitude d'un sentiment tend à s'émousser ; doù il résulte que le bonheur est dans l'inconstance.
L'etïet des passions est de faire naître un changement et de modilier l'état normal dans la vie organique, c'est-à-dire dans les organes de la circulation, de la respiration, etc.
Par instinct, on a toujours dit dans la langue populaire : une tête forte, bien organisée, pour exprimer une intelligence supérieure : un l)ou cœur, un cœur sensil)le, pour indiquer la perfection du sentiment.
Les gestes eux-mêmes expriment la même idée: et, pour exprimer en langage muet l'intelligence ou l'amour, nous portons la main à la tête ou sur la région du cœur.
Le cceur est celui de tous les organes qui ressent le plus et le plus vite rinfluence des excitations sensitives, déterminées par les autres centres nerveux.
Le cerveaif envoie ses impressions au cœur par deux sortes de nerfs : les ralentisseurs et les accélérateurs. Les premiers diminuent le nombre et augmentent la puissance des pulsations ; les nerfs accélérateurs agissent en sens inverse.
Tous les mouvements agTéal)les de l'âme excitent les nerfs accélé rateurs du cœur et font battre cet organe plus vite. Les expressions: le cœur palpite de joie, tressaille de joie, caractérisent ces effets des nerfs accélérateurs.
Au contraire, tous les sentiments tristes diminuent la vitesse des battements du cœur et retardent la circulation vasculaire : d'où il résulte une sensation douloureuse, que la langue traduit par les expressions : le cœur oppressé, avoir le cœur gros. Une mauvaise nouvelle, annoncée brusquement et sans précaution, brise le cœur.
Le cœur est le premier organe qui se montre dans l'être vivant; et dans la mort successive des organes, il reste le dernier à manifester ses {owQ\\Q\\?>. Primum oicens, iiltimum //îo;'/e;?.ç, dit Haller. (Il vit le premier et meurt le dernier.) De même que son premier battement est le signe de la vie. son dernier battement est le signe de la mort.
Le cœur, qui est l'organe le plus sensible de la vie végétative, et le cerveau, l'organe le plus sensible de la vie animale, sont dans
des rapports incessants d'action et de réaction, et se trouvent dans une solidarité d'action réciproque des plus intimes.
Ciiez l'homme, l'influence du cœur sur le cerveau se traduil par la syncope et l'émotion. La syncope est due à la suspension momentanée des fonctions cérébrales, causée par la cessation de l'arrivée du sang artériel dans le cerveau. La privation du sang au cerveau se manifeste par la pâleur du visage, tandis que l'émotion, qui est le phénomène inverse, c'est-à-dire un aftlux de sang plus considérable envoyé par le cœur au cerveau, produit la rougeur.
— Les sensations violentes, en échauffant le sang, le font monter à la tête par un tlux rapide, dont le reflux vers le cœur est exprimé par les proverbes :
Se fâcher tout rouge: n'avoir pas une goutte de sang dans les veines.
De là viennent les locutions de : cœur brisé par la douleur, cceur gros, cœur serré.
— Les impressions agTéal)les. les douces émotions, qui traversent l'esprit comme un éclair, pour atteindre le cœur, s'y manifestent par des palpitations qui le font bondir et battre plus fort.
Ainsi, dire que « l'amour fait palpiter le cœur » n'est pas seulement une expression poétique, c'est une réalité physiologique.
De même, quand on dit à quelqu'un qu'on l'aime « de tout son cœur », cela indique que la personne ou son souvenir fait réagir notre cœur, pour provoquer dans notre cerveau une émotion alïective. Le phénomène physiologique ne se produit, bien entendu, que si l'aveu est sincère ; sans cela, le cœur n'éprouverait rien, et le sentiment ne serait que sur les lèvres.
— L'homme peut maîtriser son cœur et étouffer ses passions, car la volonté peut dominer certaines sensations physiques, comme la raison peut exercer le même empire sur les sentiments ; mais, plus la raison tendrait à triompher, plus le. sentiment tendrait à s'éteindre.
La puissance nerveuse capable d'exercer ses violences sur l'action physiologique est moindre chez la femme que chez l'homme : c'est ce qui. lui donne la supériorité dans le domaine de la sensibilité physique et morale.
La femme, comme l'a dit M™« de Sévigné, a une libre de moins dans la tète, et une de plus dans le cœur. C'est ce qui a fait dire qu'elle a le cœ,ur plus tendre que l'homme.
— Avoir du cœur, être tout cœur, être plein de cœur, se dit
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dans le sens de couriiiJîe : de même que plein d'esprit, d'imapfination.
— Le médecin Riolan assure qu'en faisaul l'autopsie de quelques personnes mélancoliques, il avait trouvé le cœur très volumineux.
— Cor cordium (le cœur des cœurs), épitaphe du poète Shelley, par lord Byron, son ami.
— De grand cœur : avec grand plaisir.
— Un grand cœur, se dit pour un homme plein de courage, magnanime.
Un Gascon évitait les comi)ats parce qu'il était tout cœur : la moindre blessure, disait-il, devait lui être mortelle. Avoir le cœur gros : être chagrin.
Avoir le cœur léger, indique une disposition contraire. Avoir le coeur sur la main : être très franc.
Que le Vray du Propos estoit cousin germain^, Et (ju'uii chacun parlait le cœiu- dedans la main.
(Rfc<^MEn. Satire XII, S.)
...Elle a le cœur sur la main, et elle donne la main à tout le monde.
X... a un cœnr d'artichaut, il en donne une feuille à tout le monde.
Elle a un cœur d'or..., mais l'a mis au mont-de-piété.
— Avoir mal au cœur, signifie avoir des nausées, par suite d'une mauvaise digestion.
Dans cette locution, le cœur est accusé injustement d'un méfait de l'estomac. C'est par suite d'une erreur des anatomistes grecs, qui donnaient le nom de cœur à l'oritice cardiaque ou supérieur de l'estomac, que la tradition a conservé cette locution.
Ambroise Paré (I, 14) dit : « Le dit ventricule a deux orifices, à sçavoir un supérieur, nommé estomach, et vulgairement cœur, et l'autre inférieur, nommé pylore. »
— Apprendre par cœur. Les Grecs croyaient que toutes les facultés de l'intelligence résidaient dans la poitrine.
Cette locution nous est venue d'eux, et est restée en usage, quoique la pliysiologie moderne nous ait enseigné que la mémoire a son siège dans le cerveau et non dans le cœur.
— Dans un monument élevé au Palais de Justice à la mémoire de Malesherbes, le sculpteur Bosio a représenté la statue de la Fidélité avec un cœur d'or sur la main.
— Avoir le cœur dur, un cœur de marbre, de bronze...
N'nvoir pas de cœur : avoir le cœur froid, ,alacé.
Pcponem cordis loco Itabere.
l'Ti'iiTfi.i.iPx, Mari-ion.)
M'"" de Sévigné (^f) a dit dans le inème sens : « Il a on cœur de laitue fricassée à la neige. »
Avoir des cailloux dans le cœur :
Scojmlos m corde (jeslare.
Silex in corde tibi stat.
Illi robur et u'.s- triple.i Circa pectus erat.
(HoRACi;, Crn-m., LUI, 9.) '^
Le cœur est dur quand il est plein. (Ali.)
On s'exerce à endurcir son cœur, on cache sa pitié, de peur qu'elle ne ressemble à la faiblesse; on s'applique à dissimuler sa compassion, sans songer qu'à force d'enfermer un bon sentiment, on étouffe le prisonnier. (Vigny.)
Il n'y a rien de si beau que l'esprit de l'homme : il n'y a rien de si effroya])le que son cœur. (De Lassay.)
— Un jour, une gentille daraoiselle jeta son gant dans l'arène, où luttaient des bétes féroces, et dit à son chevaUer : « iMessire, irez-vous bien chercher mon gant? — Pourquoi non ? répondit le ciievalier. — Eh l)ien ! messire. si vous l'osez, je vous aimerai. »
Le ciievalier s'élança dans le cirque, rapporta le gant, non sans avoir couru risque de la vie, et le présentant à la dame : « Voici votre gant, mais gardez votre amour. Je méprise l'amour d'un cœur aussi dur que le vôtre. »
— Bon cœur, mauvaise tête.
Si Dieu nous a mis la tète plus haut que le cœur, c'est pour qu'elle le domine. (Vigny.)
Loin des yeux, loin du cœur. (Voy. absent.)
L'amitié, dit Montaigne, a les bras assez longs pour se tenir et se joindre d'un coin du monde à l'autre.
QiKtntuiii ociilis, nnimo lam procul ibit amor.
(PUOPEKCE, V, 21, 10.)
Pour parler au cœur, il faut parler aux yeux. (Hoffmann.)
Des yeux qui ne se voient pas, tinissent par s'oublier. (Proverbe
grec.) L'œil ne pleure que celui qu'il connaît. (Proverbe nègre.) Le cœur est comme un miroir : il ne réllècliit robjet que lorsqu'il
est présent.