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C'est parce que l'or est rare que Ton a inventé la dorure, qui, sans en avoir la solidité, en a le luillant. Ainsi, pour remplacer la bonté qui nous manque, nous avons inventé la politesse, ipii en m toutes les apparences. (Lewis.)
— Compliments de la place Maubert : injures.
Rengainer son compliment. Locution prise du Mariage joué, de Molière. Sganarelle, mis en demeure de se battre, et à qui Alcidas présente deux épées, en lui disant qu'il vient lui faire « un petit compliment », prie ce dernier de rengainer « son compliment ».
Comprendre, latin comprchendere, saisir ensemble. Ce doit être iieaii, je n'y comprends rien.
Comptable. O'oy- compter.)
(. Tout comptable est pendable. » Mézeray, travaillant au Dictionnaire.-de l'Académie, avait ajouté cette phrase comme exemple, au mot comptable. Ses collègues n'ayant pas voulu l'admettre, il l'elTaça et écrivit en marge : « Rayé quoique véritable. »
Les comptables sont comme les éponges : il faut les presser quand elles sont pleines. (Mot de Domitien.)
Un comptable convaincu de concussion fut destitué : « On a bien tort de me chasser, dit-il : j'ai fait mes atïaires, j'allais faire celles de l'Etat. )
Compte, dérivé comme comput de computinn, calcul ; ou sultstantif verbal de compter.
Les Itons comptes font les bons amis.
Compter, du latin computare, peser, estimer. Autre forme, conter. Rabelais (Ilf, 2) écrit toujours de cette seconde manière: « Vendant à lion marché, je dis argent contant. » Qui compte sans son bote, compte deux fois. Brebis comptées, le loup les mange.
Compter sur ses doigts.
Concert. La langue française a emprunté vers ioGO, à l'italien, le mot concerto, qui signifiait alors conférence. Ce terme fut ensuite appliqué à l'harmonie des voix ou des instruments.
Au xviie siècle, on disait : concert de musique.
C'est ainsi que Molière, dans le Bourgeois gentilhomme, qui fut représenté en 1G70, fait dire (acte II, scène I) à Tun des personnages : « Il faut qu'une personne comme vous ait un concert de musi(pie tous les mercredis ou tous les jeudis. »
Au xviiie siècle, concert s'emploie absolument et ce serait, aujourd'hui, un pléonasme de dire concert de musicpie. On dit cependant : un concert de musique religieuse.
Concis, du latin concision, de conridere, retrancher.
Synonymes : bref, laconicpie.
Style concis, serré : qui dit beaucoup en peu de mots.
Démostlièue est si parfait dans sa concision, et Cicéron dans son abondance, qn'on ne peut rien retrancher à l'un, ni rien ajouter à l'autre.
Conclave, du latin conclave, de cum, clavis, fermé à clef.
Assemidée des cardinaux pour l'élection d'un pape. Ils sont alors enfermés dans des appartements du Vatican, dont ou mure les portes jusqu'à l'élection du nouveau pape. Cet usage remonte à 1270.
Clément lY étant mort à Viterbe, en 12G8, les cardinaux furent deux ans sans pouvoir s'entendre, et ils allaient se séparer sans avoir rien terminé, lorsque les halùtants de Viterbe, sur les conseils de saint Bonaventure, les enfermèrent dans le palais pontifical dont ils enlevèrent la toiture et murèrent les portes. Ils les forcèrent ainsi à faire l'élection.
— Qui entre pape au conclave, en sort cardinal.
— Il n'y a point de mer si agitée qu'un conclave: les choses y changent mille fois de face ; la situation des esprits varie à chaque instant par les intrigues et les artifices qu'on y met en usage. Souvent celui que l'opinion proclamait pape, se voit préférer un sujet moins digne.
Concordat, mot latin, accord.
Convention entre un pape et un souverain, qui se fait en matière bénéficiale, et généralement sur toutes les affaires ecclésiastiques contentieuses et obligatoires.
En 1510, Léon X fit, à Cologne, un concordat avec François Ie^ dans le but de donner au roi le pouvoir de nommer tous les évèques, abl)és, prieurs de France. Il abolissait la Pragmatique Sanction et la liberté des élections canoniques, qui appartenait au clergé.
Napoléon I«'' a fait aussi un concordai avec Pie VII.
Concupiscence, du latin concupiscent ia, désir violent.
Inchnation vers les choses sensuelles.
Concussion, du latin concussionem.
Détournement des deniers publics par un fonctionnaire chargé de les administrer : ou crime d'un fonctionnaire qui abuse de son auto-
rite pour extorquer de l'aroent, percevrait ou exi.aeant des droits trop forts.
Confession, du latin con/'essione/n. aveu.
La confession est une opération qui consiste à se débarrasser des péchés qu'on a commis, pour faire place à ceux qu'on va commettre.
Le confessionnal, c'est la boîte au\ lettres de la conscience... (Gerl)et.)
Confiance, du latin conpdontiam, qui a donné aussi confidence.
La conllance est la bravoure de l'âme. (Préault.)
La confiance est la première condition du succès.
Il a tant de conllance en lui-même, qu'il ne lui en reste plus pour les autres.
Ne vous contiez pas à un lioumie, de quelque ranu- qu'il soit, s'il n'est consciencieux en tous ses actes.
Confidence, autre forme dn mot confiance.
Communication de pensées secrètes entre personnes amies.
La dénumoeaison de parler fait plus de confidences que l'amitié. (Coran.)
Conflagration, du latin ciun, avec, fhKjrarc hrfiler.
Embrasement général, qui, selon quelques philosophes anciens et la doctrine chrétienne, doit arriver à la tin des siècles, et dans lequel la terre sera consumée par un déluge de feu.
Confondre. Exemples de confusion :
Prendre l'astronomie de Josué pour celle de Copernic ; le masque pour le visage : le Manzanarès pour le Pactole : les choses futiles pour les choses utiles, etc.
Confort. Le confort est la tyrannie du corps.
Confortable, anghcisme qui signilie bien-être matériel, commodités, aisances de la vie.
Il n'y a rien de plus insupportable qu'une vie bien arrangée, confortable, qui vous permet de vous approprier les moindres parcelles de la matière et d'en faire une pulpe nourrissante et cotonneuse, brillante et propre, au sein de laquelle l'Ame expire dans la jouissance. C'est l'atïreuse monotonie de ce Inen-être qui donne le spleen aux Anglais. (Balzac.)
Sainte-Beuve, à la fin de sa vie, disait : « La saturation, il y a un moment où cela vient, dans ce repas qu'on appelle la vie ; il ne faut qu'une goutte alors pour faire déborder la coupe du dégoût. »
Congé, du Intin congiarlum, distribution de sel et d'iiuile faite an peuple romain par les magistrats qui célébraient leur avènement à l'édibté.
C'était une mesure appelée congiu^ (environ trois pintes), qui avait donné son nom à ces distributions.
Le mot congiarlum désigna plus tard toute espèce de dons faits au peuple.
— Le français congé a conservé le sens du mot latin jusqu'en 1372, époque où il prit le sens absolu de permission, par suite d'une ordonnance de Cbarles Y.
— Nota : Les formes anciennes congiet et conget, et le provençal comyaL supposent foy;??«e«^?/;;?, permission d'aller :1e t final fait rejeter congiarium.
— La langue ne doit jamais parler, sans congé au cœur demander.
Conjungo, nom donné au mariage dans le langage familier; mot latin qui signifie « mettre ensemble sous le joug ».
Cbez les Romains, une des cérémonies du mariage consistait à faire passer sous le joug les nouveaux époux.
Dans le mariage religieux moderne, le poêle que l'on place sur la tète des époux représente le joug, et continue ainsi la tradition de l'antiquité.
Au Moyen-Age, le ciel-de-lit s'appelait poêle : le prêtre, à cette époque, encensait la cbambre nuptiale, et bénissait les époux au bt.
Connaître, du latin cognoscere.
Connais-toi toi-même. Nonce te Ipsum.
Traduction d'une célèbre inscription placée an fronton du temple de Delpbes : « Gnôthi séauton », et attribuée à Cliilon, l'un des Sept Sages de la Grèce.
Les Anglais disent : « Seigneur, fais que je me voie comme les autres me voient. »
« Qui se connaît, connaît aussi les autres ; car cliaque bomme. dit Montaigne, porte la forme entière de l'bumanité. »
— Connu comme Barabbas et la Passion : comme le loup Idanc.
Connu dans l'univers et dans mille autres lieux.
(T. Gauthier.)
Expression ironique et plaisante dans son exagération.
— La devise de Pic de la Mirandole, qui s'offrait à soutenir des
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thèses sur toutes les connaissances humaines, était : De omni re ftcibili. (De toute cliose qui peut se savoir.)
Un plaisant y ajouta : et quibusdam aliis (et de quelques autres.)
La devise est passée en proverbe, avec son supplément, pour désigner un ignorant vaniteux qui tranche toutes les questions.
— Il ne connaît pas son bonheur : il n'apprécie pas ce qu'il a.
Bien n'est connu, s'il n'est perdu. (Meurier, xvi« siècle.)
Le bien perdu mieux on cognoist Quon ne faisoit quand on lavoit.
(XVl"e SlfXT.F.)
Marchand d'oignons se connaît en ciboules.
W' Mézeray, artiste peu spirituelle, disait à Baptiste cadet, qui jouait les niais à la Comédie-Française : «Vous jouez bien les bêtes. — Votre suffrage est d'autant plus flatteur pour moi, répondit-il, que vous devez vous y connaître : votre père en faisait. ^)
Conquérant: Démoboros, mangeur de peuples. (Homère.)
Conscience, latin conscientia, ntm, scîre.
La conscience est la raison éclairée par la loi naturelle et la loi écrite : c'est la loi des lois.
La conscience est le puits de la vérité. (De Clinchamp.)
La conscience vaut mille témoins. (Quintilien.)
La conscience est le meilleur hvre de morale que nous ayons. (Pascal.)
La conscience n'est pas soumise à un arbitrage absolu : tout dépend du point de vue où se place le casuiste. Tout peut se justilier, tout peut se soutenir : Don Juan et Céladon, l'ange et la bête, la nuit et le jour, la bagatelle et le parfait amour. La vie a du bon, mais que savons-nous de la mort ?... (Cherbuhez.)
La conscience est un tribunal secret érigé dans notre cœur.
Une mauvaise conscience est un bourreau qui déchire le cœur.
L'emblème diine mauvaise conscience est Prométhée déchiré par le vautour.
La conscience est comme une coupe remplie, dont le vice forme la he.
— Avoir la conscience large... comme la manche d'un cordelier.
— La main sur la conscience : avec franchise.
Mais, monsieur, mettez la main sur la conscience : est-ce que vous êtes malade? (Molière, Malade, I, o.)
Je déclare, la main sur Ve.stotnac, que je préfère la bouillabaisse de Marseille à la soupe aux pidocchi de Venise. (Tb. Gautier.)
Conscription, du latin conscribere, inscrire sur les rôles. « Liinp(U (lu sang », mot célèbre, créé par le «énéral Foy, dans un discours à la Chambre, le 28 mars 1824.
— Synonymes : enrôlement, recrutement, levée, tirage au sort. Le conscrit est le jeune soldat, aussi appelé recrue, de recroitre :
ce qui a crû, la récolte de l'année.
Conseil a deux sens : 1° assemblée ; 2° résolution.
Latin consilium, qui se rapporte à consM^ere, veiller à, consulter: ou concilhim, de concalare, assembler, qui a donné aussi concile, assemblée d'évêques réunis pour décider des .questions de foi et de discipbne, et conciliabule, assemblée de prélats irréguliers et hérétiques.
— Le conseil sert à diriger : l'avis, à faire connaître : l'avertissement, à éclairer, à prémunir.
Les conseils sont aussi faciles à donner que difficiles à recevoir. Il faut conseiller aux gens de faire ce qu'ils voudront ; c'est le seul conseil qu'ils soient disposés à suivre.
— Chose faite, conseil pris.
A parti pris, point de conseil.
Il a l)ient(U assemblé son conseil, se dit d'un liomme résolu. On disait que la mule de Louis XI était bien forte, car elle portait le roi et son conseil.
— La nuit porte conseil.
On dit aussi : consulter l'oreiller.
Les Latins disaient : In nocte consilium.
Dans les ténèbres de la nuit, La raison voit plus clair que quand le jour nous luit.
Il y a des surprises de l'âme comme des sens : attende/ au lendemain, la réflexion est une douche morale.
Conseilleur; radical conseiller.
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. (Proverl)e.) Les hommes les moins généreux sont toujours prodigues de conseils.
On ne donne rien si libéralement que ses conseils. (La Rochef.) On pourrait ajouter qu'ils sont reçus ordinairement avec aussi peu d'empressement cpie de reconnaissance ; quoique les conseils soient donnés giatuitement, on est quelquefois tellement obsédé par les conseilleurs, qu'on les paierait volontiers pour les faire taire.