GOG
Gnan-gnan, onomatopée, mot imagé pour désigner une personne sans énergie : lambin ; homme ou femme qui geint sans cesse.
Litlré pense que c'est un mimologisme, un terme pour imiter la voix et la prononciation d'une personne qui, pour cause de souffrance habituelle ou d'indolence, traîne sur la finale de cerlains mots, notamment de ceux qui se terminent en ant ou en ent.
Gnome, semble venir du grec fjnônU', intelligence.
Petit génie auquel on donnait la forme d'un nain, et que l'on croyait préposé, dans les profondeurs de la terre, à la garde des trésors et des mines.
ôo (tout de), anciennement goh. verbal de tjoher.
Tout d'un trait.
J'entrai tout de go dans la taverne. (Don Quichnite.)
Gobeiin. lias-latin gobelinus, se rattachant au grec kobalo.^. Esprit follet, sorte de lutin. (A vieilli.)
Esprit familier auquel les marins donnent pour habitation la cale du navire. .
— Les Gobelins étaient une famille de teinturiers déjà célèbre au xve siècle, et dont plusieurs membres furent anoblis. Leur établissement, acheté par Louis XIV, garda leur nom. (Voy. Diable vert.)
Le marquis de Brinvilliers était, de son nom, Antoine Gobeiin.
Gober, d'un radical celtique signifiant bouche. Godailler, boire lieaucoup. Origine incertaine.
Godelureau. Origine incertaine.
Qui fait le galant auprès des femmes.
Selon Le Duchat, godelureau est le diminutif de godelu. qui s'est dit d'un moine encapuchonné, encoqueluché.
Un godelu est, au propre, un gros moine réjoui : un godelureau, c'est un jeune moine propre à séduire certaines femmes.
— Peut-être que goguenard vient de la même source.
Gogo (à), rédupHcation du celtique go, beaucoup (?).
Ou de gnudium, joie.
Avoir tout à gogo : en abondance.
Jai du l)on Ijrouet et du rôt Dont" à gogo j'eaiplis ma paiiso.
GOR o27
Gogo, du vieux mot (fofjucr. railler (?).
« Monsieur Gouo » personnifie l'actionnaire niais, que les faiseurs crafTaires véreuses allèchent par l'appât des dividendes.
Goguenard, du celticpie iiofjuc, raillerie. Mauvais plaisant.
Goguette, dérivé de f/ogne, plaisanterie, joyeuseté.
Picpu'-niqiie oii Ton chante au dessert.
Conter goguettes, c'est dire lihrement à table tout ce qu'on veut.
Gond, anciennement f/nnf: du latin gomphum: grec fjomphos. Ce seroit assez pour me faii-e trespasser hors des gonds de patience. (Rabelais, III. 0.)
Gordien (nceud) ; origine historique.
Trancher le nœud gordien : se tirer violemment d'un embarras.
De là, trancher une difficulté, décider une question.
— Gordius, roi de Plirygie, avait consacré dans le temple de Jupiter, son cluir, doiit le joug était rattaché au timon par un nœud qu'il était impossible de délier. On croyait qiie l'oracle avait promis l'empire de l'Asie à celui qui parviendrait à le dénouer. Alexandre, passant à Gordium, coupa le nœud avec son épée, et prétendit avoir ainsi accompli la prédiction.
Gorge, du latin (jnni'Uem. goutïre (latin populaire gorja).
A ce mot se rattache inç/urylter.
, — Gorge- chaude : gibier fraîchement tué qu'on donne aux oiseaux de proie, et dont ils sont très friands.
— Rendre gorge: au figuré, restituer un bien mal acquis.
— Regorger : suralionder.
— On appelle gorge, en fauconnerie, la mangeaille de loiseau de proie. Lorsqu'on veut faire chasser l'oiseau, on hii arrache cette mangeaille du jabot.
— Se rengorger : se pavaner, faire le beau. Rabelais emploie .ve gorgla.sser, étaler sa gorge.
On appelait gorgla>t ou gorgerette, un tour de gorge.
Tl'Uu (]ui t'en fies et repoiiises Ton gorgiasafe deux i)ons poiUces.
(Mamot.)
Gorgones, nom propre grec, mythologique.
Les Gorgones étaient trois sœurs : Méduse, Euryale et Sthéno, qui avaient le pouvoir de frapper de mort et même de pétrifier
ceux qui les regardaient. Ce pouvoir était attribué surtout à Méduse. (Voy.)
Gosier, origine iucounue ; d'où : dégoiser, égosiller. Synonymes : avaloir (Yidocq) ; rue au pain : gargamelle (Rabelais) ; vallée d'Angouléme (jeu de mots sur avaler et engouler).
Gothique, étymologie historique.
Les Gotbs, peuple germain, ravagèrent et asservirent une partie de l'empire romain, au v« siècle.
C'est en souvenir du mal qu'ils ont fait, que los Italiens ont employé, pendant la Renaissance, le mot (jothlque, comme épithète llétrissante, exprimant leur dédain pour les monuments du Moyen- Age, qui n'avaient aucun rapport avec les Gotlis.
Gothique devint synonyme de suranné, de mauvais goût.
Le vrai nom de l'architecture appelée à tort gothique, est (xjirale. Elle tleurit du viii^ au xv^ siècle.
Gouge, anciennement jeune fille.
Gargamelle, fdle du roy des Parpaillons, belle gouge et de bonne troigne. (Rabelais, I, 3.)
Depuis Rabelais le sens de gouge a bien changé : il signifie femme de la plus 1)asse prostitution ; la femelle du goujat, valet de soldats.
Gouine semble dérivé de la même origine que gouge et goujat. Femme de mauvaise vie.
Goujat, correspond à gouge.
Valet d'armée, homme très grossier.
Goujon, du lalin golrionein : provençal gofji.
Avaler le goujon : gober l'hameçon (hamum rora?'e).
Être très crédule, se laisser attirer comme le goujon, qui est très vorace, et avale aisément l'hameçon présenté.
Molière {Pourceaugnac) a dit : « Tous deux également sont propres à gober tous les hameçons qu'on veut leur tendre. »
Goule, du latin gulam.
Espèce de larve, de stryge.
Femme vouée aux mauvais esprits, qui se repait de cadavres.
Gouliafre, dérivé de gueule, gulam (populaire).
Gi-and mangeur, âpre à la gueule.
Le proverbe : « Brebis qui bêle perd sa goulée », ne saurait leur
être appliqué, car les gourmands de ce genre font en l)ien mangeant l'éloge des morceaux, et ne parlent pas.
Goupillon, du vieux mot (joupil, renard.
Petit pinceau de poils pour jeter Teau bénite, et qui ressembla d'abord à une queue de renard.
Gourd, du latin rjurdum, grossier, sot.
A donné : engourdi, dégourdi, gourdin.
Mains gourdes: eau dégourdie (tiède).
Piastre gourde, c'est-à-dire lourde, plus forte que la piastre ordinaire.
Il s"oii allait, enl'onraut son chapeau,
Mettro ralariiio en tout le voisinage,
Batlro sa femme et dire au peintre rage.
Et léiiioigniT (jii'il n'avait les bras gourds.
(Lx Fo.vrAixF, Les Rémois.)
Gourde, provençal cougoiirde, qui est, en efï'et, composée de deux parties renflées et lourdes, séparées par un étranglement ou espèce de cou(?).
— En réalité, le mot n'est point composé, mais dérive du latin cucnrbitani: ancien français : courjourde, goourde.
Ung vaisseau crystallin en fonue de coucourde, ou ung urinai. (Rabelais. Pantagruel, Y, 4.)
Gourmand, autrefois safrc, origine incertaine.
Synonymes : liclieur, gourmet, gastrolâtre.
Gulœ jmrens, qui obéit à son ventre; esclave de son ventre.
Un gourmand n'est pas un bomme : c'est un estomac. (Balzac.)
Le gourmet goûte, le gournuind avale.
L'estonuic est, pour le gourmand, le premier devoir à remplir. (Jos. Prudbomme.)
Le gourmand est placé entre les craintes de l'estomac et les témérités de la gourmandise.
— Il y avait trois frères, célèbres gourmands, du nom d'Apicins. L'un d'eux publia un traité de l'art d'aiguiser l'appétit : De guUe ivrilamentis.
— Gourmande comme une cbalte.
Gour mander, origine inconnue, mais radical commun avec gourmette.
Gournuinder un cbeval, le tirer durement par la gourmette. D'où, au ligure : réprimander durement. Gourmade.
Gourmandise : l'esprit du palais.
Brillât-Savarin, qui était magistrat, a publié sous le voile de ranonyme, Tapologie de la gourmandise : Physiologie du goût. Nul mieux que lui n"a su décrire les finesses de l'esprit du palais.
Goût, du latin guslum.
Le goût est celui de nos sens qui perçoit les saveurs.
Ce qui est agréable au goût est savoureux.
— Le ])on goût, au figuré, est la conscience du beau. C'est un jugement prompt des défauts et des beautés dans tous les arts. C'est, étymologiquement, savoir : sapere, avoir du goût.
— Le goût dans l'art, est ce que le tact est dans les relations, le coup d'œil dans les affaires. (J.-J. Ampère.)
La Rocbeïoucanld a dit : « Le goût vient plus du jugement que de l'esprit. « Le goût et le jugement ont, en etïet, la même aptitude pour découvrir le beau : mais le goût est distinct du jugement, car il agit spontanément, ta la première impression : tandis que le jugement agit par raisonnement et par comparaison.
— Dans les aflaires, le jugement est plus nécessaire que le goût : le goût est un luxe que seuls les gens de loisir peuvent se donner.
Les artistes et les bons écrivains forment le goût du public, qui. à son tour, gouverne les auteurs.
Puisque le goût est un sentiment naturel et indépendant de rinstruction acquise; on ne doit pas dire : se former le goût, mais tout au plus perfectionner son goût, ou plutôt son jugement. 11 ne l'aut dispuior dos goùls ni des couleurs.
(LKcrtAiNu, l'Aveufjlf rlairvnijant .\
— Tous les goûts sont dans la nature.
Cela est évident pour les goûts sensuels et les répugnances pliysic{ues ; mais le goût dans les arts est absolu, et on doit le discuter, pour cbercber à convaincre ceux qui nient le beau où il se trouve, parce qu'ils ne l'aperçoivent pas, ou que leur organisation ne leur permet pas de le reconnaître.
Cette tàclie n'est pas toujours facile, car Tieck a délini le beau : « un rayon de clarté céleste qui, en passant à travers le prisme des imaginations diverses, se décompose de mille manières » .
Winckelmann ledéiinil : « funilé dans la variété ».
— Tous les goi'/iii sont discutables, mais le goût ne se discute pas.
Goûter, latin gustare. Provençal lastu7\ Prendre un tant soit peu, un tantinet, tantiUum.
D'où : coûter, petit repas qui se fait entre le dîner et le souper. S'appelait autrefois ressie. dérivé de rasseoir.
Lorsque les comniéres entrent, elles desjonent, elles disnenl. elles mangent à raassier. {Les Quinze joyes.)
Kabelais (lY, 4) emploie ressiner (comme déjeuner, dîner) : « Il n'est desjeuner que d'escliole, disner que d'advocats, ressiner que de vignerons, souper que de marclians. »
Goutte, du latin guttatn.
La goutte d'eau perce la roche.
Sdxa cavanlnr aqwt.
(Ovide.)
(iulln citi-iit Itipidcin, non vi, sed scepe cadendo:
(OVIDK.)
L'eau qui toinl)e goutte à goutte Perce le plus dur rocher.
(Ql-ixau>,t, Atys.)
— Goutte, maladie des petites articulations, a la même origine :
on l'attribuait à des gouttes d'humeur viciées qui arrivaient aux
articulations.
Au mal de goutte Le mire n'y voit goutte.
Tollerc nodo'iam nescit medicina podagram.
, ^ lOvinK.)
...Goutte bien tracassée Est, dit-on, à demi pansée.
(LX FONTAINK, UI,8.)
Pour guérir la goutte, il faut vivre avec douze sous par jour et les gagner. (Laurence.) La goutte vient de la fillette ou de la feuillette. (Mézeray.)
Gouverner, du latin rjubei^nare.
Ad (jutiernucula reipublicœ sedere. (Cicéron.)
— Toute constitution sociale, tout gouvernement se résume toujours dans cinq hommes : un bailleur de fonds ; un entrepreneur, sous le nom de propriétaire terrien, ou d'industriel ; un ouvrier agricole ; un commerçant ; un fonctionnaire civil: c'est-àdire : la propriété foncière, la propriété mobilière, l'agriculture, le commerce et l'administration.
Pour les différentes formes, voir les mots : aristocratie, autocratie, démocratie, démagogie, oligarchie, répul)lique ou gouvernement du pays par lui-même, que les Anglais appellent self-<jorernement : ploutocratie, théocratie, tyrannie.
§3â GRA
Ces noms indicfiient en quelle personne ou en quelle catégorie de personnes réside le pouvoir.
— Dans un gouvernement constitutionnel, le roi règne et ne gouverne pas. (Thiers.)
Graal (Saint). Selon la tradition du Moyen-Age, le Saint Graal était un vase précieux, où Joseph d'Arimathie avait recueilli le sang qui sortait des plaies de Jésus-Christ.
Ce mot paraît formé de sang-réal (royal).
— Les anciens romans de chevalerie représentent Arthur et les chevaliers de la Tal)le-Ronde poursuivant la conquête du Saint Graal, qui, selon la légende, avait été transporté au Catliay.
On reconnaît, dans ces légendes l'esprit des Croisades.
— Sanfjraal était une espèce de calice, qu'on croyait taillé dans une énieraude, mais qui n'était que de verre vert, et se gardait à Gènes, sous le nom de Sacro catino. On y voyait aussi le cihoire dont s'était servi Jésus-Clirist le jour de la Cène. (Rahelais.)
Grâce, du latin gratlam {gratus, agréable).
— Dans la religion sensuelle des Grecs, les Grâces o\\ Khanlcs étaient trois jeunes filles sveltes, nues et dansant en rond, compagnes inséparables de Vénus (Ausone, Epigr. 121), et résumant dans un seul groupe toutes les perfections de la beauté humaine. On les appelait : Aglaé (lumière), Euphrosyne (sagesse), Thabe (tleur). On en connaissait trois autres : Auyo, Comasia, Gelasia. Les trois Grâces étaient lilles de Racchus et de Vénus. Leur pouvoir s'étendait à tous les agréments de la vie : elles dispensaient aux hommes la grâce, la gaieté, la libéralité, et présidaient à la bienfaisance et à la reconnaissance.
Marot leur donne leur nom grec de Kharltes :
Je viens pour chanter la tienne Sur la corde, Dorimène, Des Charités ennohlies.
Le Christ a emiu'unté cette ravissante fiction du paganisme (?) en donnant à la vertu fondamentale de sa doctrine le nom de Charité.
— En théologie, la grâce est le don surnaturel et gratuit ([ue Dieu fait â l'homme pour lui inspirer les saints désirs, les résolutions louables, et le conduire â sa fin; et sans lequel il ne peut être sauvé.
La difficulté de concilier l'action de la grâce avec le libre arbitre, a donné lieu à un grand nomi)re d'hérésies : Pélagiens, Socinicns. etc.
GRA o33
— Grâce se prend dans les diverses acceptions : d'élégance, de faveur, de pardon, de remerciement.
La grâce est la beauté en mouvement. (Lessing.) La beauté sans la grâce est un bameçon sans appât. (Ninon.) Et la iji'àco, plus holle eiicor (|iu' la boaulé.
(La l'oNTAINK.)
— Sacrifier aux grâces. Platon en faisait souvent la recommandation à Xénocrate, dont les mœurs étaient grossières.
— Bonnes grâces : faveur, amitié.
Accorder une grâce à quel<iu'un, c'est donner à titre gratuit, sans idée d'intérêt. Escompter un Ijicnlait, assimilerait la cbarité â une opération usuraire.
Le plaisir qu'on a de faii-e le liien doit suffire comme récompense, l'obligé se montrât-il ingrat.
— Donner le coup de grâce : acbever de perdre.
Terrible antipbrase, qui se rattacbe à l'ancien supplice de la roue. Le bourreau donnait au patient un dernier coup sur la poitrine, afin d'abréger ses souffrances.
De même, dans les combats singuliers, le vainqueur acbevait son adversaire lorsqu'il criait : merci ! Le poignard dont il se servait s'appelait « miséricorde ».
— Faire grâce : pardonner.
On dit de même trouver grâce : être pardonné.
— Rendre grâce : remercier, savoir gré.
— Grâces, prière après le repas.
Après grâces... ils dcmaiuliMit à lioiro.
(RKC..MER.)
— Les grâces du Lombard, trois dés sur la table. Gracieux, dérivé de grâce. Dû â Mallierbe (?). Les gens de l»ien sont toujours gracieux.
Graillon, du vieux français graille, pour gril (?). Goût, odeur de graisse et de viande brûlée.
Graillonner, cracher avec des efforts de toux qui imitent le cri de la corneille, appelée jadis graille.
Graisser la patte â quelqu'un : gagner sa confiance par des présents.
Autrefois, les solliciteurs donnaient du lard aux personne* qu'ils voulaient se rendre favoral)les. Aujourd'liui, le lai-d est démodé et remplacé par des chapons du Mans, etc.