‹ Dictionnaire de locutions proverbialesChapitre 44 sur 336 · ARD · texte numérisé non relu

ARD

dressent au moyen de pans do l)ois, et qu'ils garnissent ou rerouvrent de chaume ou d'alfa.

L'igloo est une maison de neige où TEsquimau passe la saison d'hiver. Pendant l'été, il s'abrite dans une tente de peau nommée tiipic.

Citons le kiosque turc, la maison 7'oulnnte des saltimbanques.

Le rancho des Brésiliens ; c'est la hutte primitive du nègre et de l'Indien. Il consiste en quatre pieux fichés en terre, et supportant une toiture de chaume ou de feuilles de palmier. Il suffit de quelques heures pour l'élever et d'un ouragan pour le détruire.

Taudis, du vieux mot taudir, se couvrir.

Taverne, du latin taberna, maison de planclies.

Voy. Lacustre, Troglodytes.

Ard. Le suffixe tudesque liard, qui signifie fort, véhément, devenu ard en français, marque .que la qualité ou le défaut exprimé par le radical est porté à un très haut degré. Renard ou Regnard signifie très pur ; Godard, très bon ; Richard, très riche ; Giscard ou Guiscard, très brave.

Ard est augmentatif dans milliard.

Dans les noms communs français, ce suffixe marque en général l'intensité ou Fexcès de la chose indiquée par le radical ; or, comme l'excès en tout est un défaut, la plupart des mots en ai^d sont pris dans un sens péjoratif.

Babillard, braillard, cafard, criard, couard, gaillard, goguenard, gueulard, jobard, descendant du vieux patriarche contemporain d'Abraham, qui est le type de la patience humaine, doublée de bêtise ; lombard, usurier ; musard, sonlard ; vieillard, auquel la galanterie française refuse un féminin.

Quelques mots en ard expriment même quelque chose de fâcheux, de méprisable. Tels sont : camard, cornard, mouchard, paillard, papelard, pendard, poissard.

Outre la raison donnée plus haut, les mots en ard ont dû être mal reçus dans la langue française, parce que le suffixe est germanique et a pris une acception peu flatteuse pour l'amour-propre du vainqueur en passant par la bouche du vaincu.

La haine des peuples conquis par leurs conquérants s'est toujours montrée dans le sens méprisant que le vaincu donne à certains mots de la langue que le vainqueur lui impose. Ainsi pour le Gallo- Romain, après la conquête des Francs, la terre de Germanie devient une lande: sa maison une hutte, son coursier une i^osse: le seigneur

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lui-inèiiie (Jierr), Unit par n'être qu'un pau\rc hrre: et le dédain s'étend même, en liaine du maître, jusqu'à la servante du logis, dont le nom Ratchen (Catherine), se transforme en catin, synonyme de tille de mauvaise vie. C'est le nom que Béranger a donné à sa vivandière.

Faire un gros bacJia (soulager son ventre), expression provençale; souvenir liaineuxdela domination des Sarrazins en Provence.

Are, du latin area, aire, surface.

Unité de mesure agraire ; c'est un décamètre carré, ou un carré de dix mètres de côté, ayant, par conséquent, cent mètres de superficie. C'est le centième de l'hectare; il se divise en centiares ou mètres carrés.

Arène, du latin arena, sable.

On a donné ce nom à la partie de l'amphithéâtre où avaient lieu les combats de gladiateurs, parce qu'on en couvrait la surface de sable; d'où les gladiateurs étaient surnommés arenarii. Il s'est appliqué, par extension, à l'amphithéâtre lui-même : mais alors il s'emploie au pluriel : les arènes de Nîmes.

Desceudre dans l'arène : se présenter au comi)at.

Aréopage, du grec Ares, Mars, jmgos, colline. Les séances de ce tribunal se tenaient dans un lieu appelé colUne de Mars, parce que Mars y avait été jugé, pour avoir tué le fils de Neptune.

Argent, du latin argcntum. en grec arguros, de argos, blanc. Ancieunoment on disait auber, qui se dit encore en argot.

Blanquette (Vidocq), argenterie.

Chez les Latins, le trésor public s'appelait œrarium : les premières monnaies étant de cuivre, œs, œris.

Syn. : coquilles, espèces, noyaux, pécule, piraillons, quibus, sonnettes. (Voir ces mots.)

Le vil métal... Dans ï Utopie, de Th. Morus, l'argent est tellement méprisé, qu'il n'est employé qu'à la confection des vases de nuit.

Pecunla (ua tecum slt in y>crf/<7/o/iew<. (Saint Pierre à Simon le Magicien.)

L'amour de l'argent — ou de l'or — est une des passions dominantes de l'humanité. Le Yeau d'or, qu'adoraient les Hébreux, et les dangers auxquels s'exposèrent les guerriers grecs pour conquérir la précieuse Toison, sont des symboles qui indiquent que l'antiquité a été, à cet égard, soumise aux mêmes faiiilesses que les sociétés modernes. La possession des richesses est la préoccupation

dominante, et les personnes peu favorisées de la fortune ont toujours cette idée si présente à l'esprit, que souvent elles désignent l'araent par un pronom. « En as-tu? — Je n'en ai pas. Il faut pourtant que j'en gagne. » Il a de quoi (vivre). On dit aussi alisolument d'une personne pauvre : Elle n'est pas heureuse (?).

L'homme attache une si grande importance à l'argent, que l'idée d'argent, dans certaines langues, s'est souvent suhstituée à une idée morale, et que, d'autres fois, une idée morale s'est suhstituée à une idée d'argent. Il est curieux de voir, par l'analyse de quelquesuns de ces mots, à quel point est arrivé le cynisme et l'impudeur du vocahulaire llnancier. Ainsi :

Acquit, vient du latin quietus, tranquille, comme acquitter signifie rendre tranquille. De même payer vient Aq x>ocare, apaiser. On dit aussi : se hhérer (acquitter une dette), c'est-à-dire se délivrer des poursuites du créancier.

Aisance, vient du grec aisios, heureux, de Ijon augure.

BÉNÉFICE, de beneficiian, qui est hien fait.

Bien, synonyme de bon. Avoir du hien, n'exprime pas l'idée de vertu, mais celle de fortune.

Capital, de caput, tête, chef, qui commande.

Crédit, mot latin, signifie confiance.

DÉPENSE, de.dispensare, d'où dispenser les faveurs.

Espèces, espèces sonnantes, argument que tout le monde entend.

Estimer, du latin œs, monnaie. Comme si la richesse était la vertu par excellence, qui dût servir de mesure à tout ce qui est hien. (Voy. talent.)

Finance, du vieux mot fine)-, pour finir, achever, parce qu'avec l'argent on vient à.hout de tout.

Fortune, déesse aveugle du paganisme, venant de fors, liasard : honne chance au jeu. On en a fait le synonyme de richesse, et c'est dans ce sens que Scrihe l'a employé dans sa devise : Inde fortuna et liberlas, accompagnée d'un encrier et de deux plumes en sautoir, armes parlantes de son nom.

Honoraires, pour salaire. Quel rapport y a-t-il entre l'honneur et l'argent? (Voy. titre.)

Mandat, du latin mandatum, commandement. L'argent, par son pouvoir, est, en eiïet, le roi des rois.

Moyens, comme talent., s'emploie dans une doulde acception. Avoir les moyens... de se passer ses fantaisies.

Obligations, ob ligare, lier... à cause de la dette.

Obérer, de ob, œs, pris par la dette ; c'est le contraire de acquitter.

Plackr, mot nouveau, signifiant les terrains aurifères de la Californie ; en espagnol, plaisir, délices, la promenade, le lieu où l'on se rencontre avec plaisir.

Prêter, latin jn'œstare, être supérieur, exceller, fournir.

Priser, de prix, pi'etiutn; mépriser, ne donner aucun prix.

QuiBUS {flniunt omnia), ce avec quoi on obtient tout.

Rançon, latin redewptio7iem, rachat.

Reconnaissance, au lieu de : Je reconnais avoir reçu. Balzac a dit : « Les hommes font entre eux un commerce de services ; le mot )'ccon?iatssance indique un débet. »

Siècle d'or (âge d'or), nom donné au temps de bonheur et d'innocence de l'humanité, où, précisément. For était inconnu.

Solde, solvable, soulte, du latin solvo, solutum, payer.

Somme, summa, le point le plus élevé, ensemble.

Spéculer, du latin specnh)', regarder les astres.

Talent, latin talentumi grec talanton, poids d'or ou d'argent; monnaie de convention. Le talent attique d'argent valait 60 mines, ou 6.000 drachmes, environ 6.000 francs de notre monnaie. Le talent d'or valait dix fois plus. Ce mot a été appliqué par extension aux trésors de l'esprit.

Titre, qualité des monnaies ; titulus, marque d'honneur.

Toucher (sous-entendu : de l'argent). Le crédit est fondé, en etîet, sur la solvabilité de l'emprunteur, et la confiance en affaires ressemble beaucoup à l'incrédulité de saint Tliomas, qui veut toucher pour se convaincre.

Valeurs, du latin valeve : être fort, synonyme de courage et de vaillance. Les valeurs financières baissent, c'est-à-dire reculent au moindre bruit de guerre.

Assem habeas, assem valeas. (Pétrone.)

« Argent et sainteté, moitié de la moitié... » Cela signifie que l'opinion qu'on a en public de la fortune et de la probité des gens, perd 7o 0/0 à l'escompte.

« Argent frais et nouveau ruine le jouvenceau. » Lorsqu'un jeune homme entre en possession de grands biens ; qu'il est mis, suivant l'expression des livres saints, sous la main de son propre conseil, in manu consilii sui, il n'a d'autre désir que de se procurer toutes

les jouissances de la vie, et perd bientôt à ce jeu santé et fortune.

L'argent est plat, pour s'amasser. Maxime des avares.

L'illusion des avares est de prendre l'or et l'argent pour des biens, au lieu que ce ne sont que des moyens pour en avoir. (La Rocbef.)

L'argent est rond, c'est pour rouler. Maxime du prodigue.

L'argent est pour le corps social ce que le sang est pour le corps bumain. Il doit couler sans cesse dans les veines de la nation, pour porter la vie à tous ses memljres. Le capital est l'organe essentiel qui donne la vie à la société. Son irritabilité est si grande, que la lésion qu'il éprouve sur un point se communique à tous les autres. (MolUen.)

L'argent profite mieux dans les cotïres des peuples que dans ceux des rois. (Vaubau.)

L'argent ressemble au fumier, qui ne profite que lorsqu'il est répandu. . . (Proverbe persan .)

L'argent est un bon serviteur, et iin mauvais maître. (Bacon.)

Jmperat mit servit collata pecunia cuique. (Horace, E. l, 10.)

On disait de Néron qu'il n'y eut jamais un meilleur esclave, ni un plus mauvais maître. Nec servnm metiorejn, ?}ec ulluni detcrlorem domhium. (Suétone, 10.)

L'argent cliercbe l'argent. On ne prête qu'aux ricbes.

Le bien cherche le bien. A la grange va le blé... L'eau va toujours à la rivière. La pierre tombe toujours au clapier... (Proverbes provençaux.)

Qui chapon mange, chapon lui vient...

Le premier écu est plus difficile à gagner que le dernier million. . (J.-J. Rousseau.)

Avoir la paille et le blé, l'argent et le drap. (Pathehn.)

L'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue.

L'argent est la fausse monnaie du bonheur.

L'argent n'a pas de nom : non quœritur origo pecuniœ...

Avoir de l'argent bien placé : « Vous avez de l'argent bien placé », dit Méry à quelqu'un qui, dans un duel, avait reçu une balle amortie par son portemonnaie.

Chargé d'argent comme un crapaud de plumes. (Ral)elais, II, 2.)

Celui qui a de l'argent se sent gai et léger, tandis que celui qui en manque a l'esprit triste, deux faits qui sont en raison inverse des lois de la gravitation. On dit aussi : « embarrassé dans ses finances » , d'un homme sans argent. C'est ainsi que l'esprit fin et léger l'emporte dans la ])alance de l'opinion, sur la lourde bêtise.

Le chevalier de Grnnimont ayant forcé son vieux valet de chambre Brinon à lui donner les quatre cents pistoles destinées à son entrée eu campa.une, ajoute: « On eût dit que je lui arrachais le cœur. Je me sentis plus létrer et plus gai depuis le dépôt dont je l'avais soulagé: lui, au contraire, parut si accahlé qu'on aurait dit que je lui avais mis quatre cents livres de plomb sur le dos, en lui ôtant ces quatre cents pistoles. » (Mém. du chev. de Grammont.)

— Dans certaines locutions, plume est équivalent &'a7'ge7\t (?). Passer la plume par le bec à quehiu'uu : le frustrer d'un bénéfice. (Vo\ . oison bridé.) Plumer quelqu'un, un pigeon ; c'est-à-dire dépouiller au jeu. Tirer une plume de l'aile à quelqu'un. Plumer la poule sans la faire crier.

Se remplumer, c'est-à-dir<) réparer ses pertes : Pennœ re/iascuntur. Mon crédit se rétablit. (Cicéron.)

— Très nombreuses sont les locutions qui expriment le manque d'argent :

N'avoir ni croix ni pile. (Conf. jouer à croix on pile.) N'avoir ni sou. ni maille. Etre à sec, ou gretïé sur marlin-sec. Etre bas percé. Etre brouillé avec le directeur de la Monnaie. Loger le dial)le dans sa bourse. Tirer le diable par la queue.

• Désargenté comme le crucifix d'Asnières : dicton tiré des profanations commises par les protestants dans l'église d'Asnières.

L'argent est rare... L'or est une chimère.

Emporter l'argent. Emporter la caisse. Manger la grenouille. Faire Cliarlemagne.

Pas d'argent, pas de Suisses. (Racine. Plaideurs.) On n'a rien pour rien.

N'a pas homme, qui n'a somme. On dit aussi : Qui a de l'argent a des coquilles.

Amour fait moult.

Argent fait tout.

Le bon Dieu est tout puissant, et l'argent est son lieutenant. Pas de serrure contre un crochet d'or.

Quand l'or parle, la langue doit se taire. Rien n'est éloquent comme l'argent comptant.

Qui a de 1 "argont, on lui fait fête ; Qui n'en a pas, n'est qu'une béte.

L'argent est le nerf de la guerre. (Turenne.) C'est le nerf de la guerre, ainsi que des amours. (Regnard, Folie amoureuse.)

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