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Les nerfs des bataillons'sont les pécunes. (Ra])elais. I, 44.)
Nervus belli, pecunia. (Cicéron.)
Quand on coml»at à lances d'argent, on a souvent la victoire. (Lauis XI.)
lYuftwius vincit, nummus régnât, nummiis iinperat.
— Semer rargent : jeter l'argent par les fenêtres. (Voy. niangcr son blé en herbe.)
Dans un tournoi qui eut lieu en 1174. à Beaucaire. Bertrand Boibaux fit, par magnilicence, lal)Ourer le cbamp du tournoi, et y lit semer 30.000 pièces de monnaie.
Argile, comme argent, remonte au grec argos, blanc : couleur de cette terre quand elle est pure. On en extrait l'aluminium, métal blanc et inoxydable, comme l'argent.
Argot. L'argot, appelé latin des voleurs, catéchisme poissard, se compose de termes et d'expressions qui appartiennent à un vocalnilaire dont le pittoresque et les hardiesses inattendues sont une révolte contre l'Académie.
Argot vient, selon Furetière et Nicolas Ragot (dit Granval. auteur du poème de Cartouche), (Cargos. Le Duchat le tire de Ragot, célèbre bélitre du temps de Louis XII, que les gueux du temps considéraient comme leur législateur.
Vergy le fait venir du grec argos. qui signifie fainéant, sans métier ni travail. Ch. Nodier pense qu'il vient du vieux mot narquois; ce serait le langage des narquois, c'est-à-dire des mendiants.
Peut-être vient-il de ringaro, bohémien ; c'est le langage que ces aventuriers ont appelé eux-mêmes rer^o, d'où seraient \emis Jargon et aî'got (?).
Selon Y. Cousin et JoJianneau. argot répond à argoterie, qui s'est dit au xvii'' siècle pour ei^goterie, argutie.
Argot, est tiré par Génin, de jargon, gergo: en italien lingua gerga. Salvini dérive gei^go du grec hiéros, sacré, langue sacrée, secrète, connue des seuls initiés. En effet, les mots grecs commençant par ht changeaient autrefois cette syllabe en je: Jérôme, Jérusalem (Hiéronymos, Hiérusalem.)
Argot, d'après Lorédan Larchey, dérive de argutie, et signilie ruse, subtihté.
Parler argot, c'est user d'une subtilité de langage, et. à ce compte, les salons ont autant contribué à le créer que les tapis-francs ; les Précieuses en ont usé comme les voleurs. Toutes les classes de la
société, en un mot, ont fourni leur contingent ;i cette bingue dont les mots, étrangers aux dictionnaires classiques, se recrutent dans les hagnes et les prisons, comme dans les ateliers, les casernes, les halles, le journalisme et les salons.
— Beaucoup de mots de l'argot sont d'anciens termes de la langue romane, qui ont cessé d'avoir cours ; d'autres, créés dans le xvii<^ et le xviiF siècle, ont tini par devenir français.
« L'argot, dit F. Michel, idiome âpre et farouche, dont l'énergique couleur a passionné quelques écrivains modernes, et qui s'est formé lentement d'éléments très variés, et d'expressions empruntées aux langues les plus diverses et les plus anciennes, a pour caractère principal la forme métaphysique de ses expressions. Un mot français qui exprime une idée, a souvent son équivalent en argot dans un autre mot qui exprime run,e des qualités, l'un des attrihuts de cet o])jet ou de cette idée. D'autres fois l'argot dénature la terminaison. S'il ajoute quelquefois, le plus souvent il retranche, et l'apocope est le trope qu'il atfectionne le plus. »
— Lorsqu'un mot n'est pas compris par le peuple, il est transformé par lui dans le vocable qui s'en rapproche le plus par le son ou la forme. C'est ainsi que ridicule, sac à ouvrage des dames, a pris la place de réticule. La pantoulle de vair de Cendrillon est devenue une pantoufle de verre. On dit : « être en nage », au lieu d'être en âge, c'est-à-dire en sueur (âge, de aqua eau.) On nomme l'architecture gothique de Gott,Dieu en allemand, et non des Gotiis, qui n'ont jamais eu d'architecture.
Destitué, déchu, vieiUi, se traduit dans la langue du peuple par dégommé, pour décomé, de coma, chevelure, cela revient à tondu, en souvenir de ce qui se passait chez les Mérovingiens et les Carlo- \ingiens. — Décati, synonyme de dégommé, signifie aussi vieilli dans l'argot populaire.
— L'habitude du travail physique chezle peuple, et les souffrances qu'il endure, expliquent et excusent les licences de son langage et l'amertume des termes dont il se sert. C'est ainsi qu'il a adopté des comparaisons bestiales en appelant la peau, couenne : la main et le pied, abatis, paturon, patte, arpions; le visage, nni/le; la boiuhe, bec, gueule ; etc.
Ce langage des classes déshéritées, qui manque d'expressions pour nommer les l)ons instincts, est très riche en termes flétrissants et injurieux pour l'homme et la femme.
A'on a mille formes ; oui n'en a pas une. La qualité s'aflirnie par
la né.aation cUi défaut. « 11 n'est pas déjeté » signifiera « il est bien fait » ; « il n'est pas déchiré » s'emploiera pour « il est beau » ; « il n'est pas piqué des a ers » siiinitio « il est jeune » . « Etre bon » se traduit par « il n'est pas méchant », qui équivaut plutôt à « il est béte, sot ». — Avoir du vice, c'est être ingénieux, qualité nécessaire pour faire dès dupes.
En argot, les pénalités infligées i)ar la loi sont couqjarées à des maladies. L'avocat est appelé médecin ; le plaidoyer, purgation ; être compromis, c'est avoir la fièvre chaude ; le prisonnier est un malade ; le condamné à mort, un incurable. Le libéré est guéri.
— L'argot itaben, ou fourbesque, a précédé le nôtre, parla raison que l'Italie a été civilisée avant nous.
L'argot espagnol, ou germania, dérivé de r/ermanus, contient la clef du langage des voleurs du temps«cle Philippe II, et peut servir d'appendice aux mœurs picaresques de cette époque.
L'argot portugais s'appelle calao : celui des Allemands est le tothwehch. Les Itabens nomment l'argot rjerno.
L'argot des joueurs est la langue verte.
Les Anglais nomment l'argot proprement dit canf, chant, par allusion à la plaintive mélopée dont les mendiants font usage pour attendrir le passant. Ils appellent slang, d'un mot zingari qui signifie roiunani (langage bobême), ce langage mobile, cbangeant et éphémère des famibarités à la mode, qui se rencontre dans toutes les langues des civilisations blasées, langage dont tous les mots jailbssent spontanément d'une source ignorée, d'un caprice ou d'une imagination malsaine ; néologismes vulgaires, nés dans la rue ou dans la liante vie, tantôt en baut, tantôt en bas, d'un roi ou d'un lioufion, et qui vont réveiller, par une loi d'acoustique indéfinissable, mille retentissants échos.
Tels sont en France, les mots : Et ta sœur ? — Eh ! Lambert ! — A Cbaillot ! — Vous nous la faites à l'oseille. — Des navets. — ïu peux te fouiller. — Tu t'en ferais mourir. (Pour dire non.)
Tels aussi ces ineptes refrains populaires, qui régnent quelquefois pendant des années, et sont entonnés à la fois sur tous les points du territoire avec un enseml)le qui paraît une épidémie de stupidité.
Ce pliénomène psychologique n'a pas encore de nom en France.
Le slang côtoie parfois le cant.^ et s'y mêle; mais le vocabulaire liybride des malfaiteurs et des classes dangereuses n'emprunte jamais ses expressions à la cacologie des salons : tandis que ceUe-ci
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s'alimente constamment, à Londres comme à Paris, des niétaplioi'es empruntées au cnnt (cf. Francisque Micliel.)
— Vidocq dit, dans son livre les Voleurs (1837) : '< La lan.aiie aruotifiue semble arrivée aujourd'hui à son apogée : elle n'est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas, et l'entrée des salons lui sera permise. »
En 1842, Uoqneplan conslale l'invasion des salons par Taruot.
Argousin. On a dit abjo-znn, de aUjuuzil, agent de police.
L'alguazil est le bas oîlicier de police en Espagne.
C'est un mot arabe, introduit à l'origine des bagnes en France, où l'on attachait au même banc un Français et un musulman prisonnier. (Lauvergne, les Forçnfs, 1841, p. 404.)
Argus, nom d'nn prince argien, qui avait cent yeux et à qui Jiuion avait coudé la garde d"Io ou Isis. lo, aimée de Jupiter, fut trafisformée en génisse par ce dieu, qui voulut la soustraire ainsi à la vengeance de la jalouse Junon. Celle-ci la confia donc à la garde d'Argus ; mais Mercure, par ordre de Jupiter, endormit le gardien au son de sa flûte, et le tua. Junon sema les cent yeux d'Argus sur l'extrémité des plumes du paon, son oiseau favori. — Argus était surnommé Panoptis, Ae pan, tout, nptomai, voir. — C'est le symbole de la vigilance.
C'est un argus, c'est-à-dire un gardien attentif.
Régnier a dit d'une nuit très obscure :
Argus pourrait passer pour un des Quinze-Vingts.
Aristarque, grammairien célèbre, et commentateur d'Homère.
C'est un aristarciue, c'est-à-dire un critique éclairé.
S'emploie aussi ironiquement.
Sous Ptolémée Philadelplie, plusieurs savants furent chargés de revoir les œuvres d'Homère avec la plus grande exactitude. Aristarque, de Samos, né 160 ans avant J.-C, se distingua entre tous par ses ol)servations sages et judicieuses, et son nom est devenu depuis appellatif pour désigner un critique impartial et savant ; de même que Zode, qui écrivit à la même époque contre Homère, a laissé son nom aux critiques envieux.
Arguet ambiguë dictum, mulanda nuluhil : Fiet Aristarchns.
(HoiiACE, Art poétique, 449.)
Aristocrate, aristocratie, vient du grec aristos, très bon, cralos,
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pouvoir. Le gouvernement des meilleurs, où l'autorité serait confiée aux hommes les plus éclairés et les plus vertueux. Cet idéal n'a jamais été réalisé et la ricliesse est encore venue ici prendre la place du mérite.
Le mot aristocrate, aujourd'hui abrégé par le peuple en celui cVaristo, a été souvent employé pour désigner non-seulement les nobles et les riches, mais ceux qu'on suspectait d'être attachés aux idées de l'ancien régime, et dans un sens pertide et injurieux. Xe mot fut surtout très populaire en 1789, après la fusion des trois ordres. On le parodia même d'une manière burlesque. Le comte d'Artois, dont la tète avait été mise à prix, fut appelé aristncrdne. Le comédien La Rochelle, du Tliéâtre français, qui avail un catarrhe, fut appelé arhtocradiG, etc.
— Certaines expressions de la langue révèlent la puissance exercée par l'inlliience aristocratique de la Féodalité et delà Royauté sur les juccurs et les usages. C'est à la Cour que l'on va prendre les belles manières, la courtoisie. Le suzerain investissait le vassal, qui, de son côté, se déclarait son homme, et lui faisait hommage. Les gentilshommes n'ont garde de comparer leurs nol)les sentiments avec ceux des vilains, ni les gentillesses de leurs manières avec les manières bourgeoises des manants.
Les aristocralies sociales se forment par l'art, le pouvoir, l'argent : c'est-à-dire le principe, le moyen, le résultat (?). Elles se manifestent par la force pliysique. la beauté, le génie, la fortune, la^naissance.
Arlequin. On fait venir ce nom de ce que, sous Henri III, l'acteur qui jouait ce r(Me était accueilli dans la maison du président de Harlay : et ses camarades l'appelaient Harlequin, suivant l'usage italien de donner au client le nom de son patron.
Arlequin, cpii est resté un des héros de farces populaires, se rattache aux légendes du Moyen-Age. Ce nom vient peut-être de l'Allemand Eirl-Kœnig (le roi des Aulnes), personnage légendaire immortalisé par la ballade de Gœtbe.
Les traditions le représentent errant pendant la nuit avec une troupe de fantômes, tous punis pour leurs crimes., et désignés sous le nom de mesnie^ ou compagnie d"Herlequin.
La mesnie d'Arlequin était célèbre cb(v. tous les peuples d'Europe.
— Arlequin est le même personnage que le dialde Arlecliino, dans Y Enfer du Dante (Chant XXX.)
— Une légende de Provence fait aussi mention d'Herlequin, qui apparaissait la îâuit dans l'Aliscans d'Arles, avec une suite nombreuse
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de démons, dont faisait partie Pierrot, avec sa face blême et sou vêtement en forme de suaire, représentant le fantôme hlanc, tandis qu'Arlequin représentait le fantôme noir de ce cortège infernal.
Cette légende remonte à l'an o7 de notreére, où saint Tropliiine. premier évêque d'Arles, purifia la grande sépulture de cette ville pour en chasser les démons. Elle se perpétua pendant plus de dix siècles et s'eflaça peu à peu au Moyen-Age, lorsque le scepticisme tourna en ridicule les croyances naïves des populations primitives.
Lorsque le diable lui-même devint un boutïon dans les Mystères, Arlequin et Pierrot servirent à leur tour de risée à ceux qu'ils faisaient jadis frissonner. Ce terriljle fantôme d'Arlequin a eu le sort de ses semblables : il a été travesti, ridicubsé par les siècles plus éclairés : il est tombé aux tréteaux de la foire, et ne sert plus cpi'à amuser les enfants.
L'bistoire légendaire d'un mot peut être plus dramatique que celle d'un fait bistorique: par exemple, qu'est Denys le Tyran devenu maître d'école, auprès d'Hellequin devenu Arlequin ! (Voy. F. Génin, Variât, du langage. — Yoy. AUscamps.){V.).
— Arlequin est un personnage de la comédie italienne, que la scène française a emprunté, et qui est devenu au xyiii^ siècle, le type des rôles à la fois naïfs et boulîons. Arlequin est gentil, aimable et galant ; il est jeune avant tout, et pauvre ; il est l'amant de cœur de Colombine, dont les parents le repoussent. Son costume, qui se ressent de sa pauvreté, est composé de lambeaux d'étotïe cousus ensemble. Les couleurs variées de ce costume signifient l'inconstance de ses atïections, et complètent le caractère d'Arlecpiin, qui personnifie la jeunesse.
Arlequin descend des anciens mimes lalins, qui avaient comme lui, la tête rasée, et qu'on appelait planipkles. Son origine, comme celle de Polichinelle (Voyez), remonte peut-être jusqu'aux Egyptiens ; mais à coup sûr, il faisait partie de la famille osque des Sannioni> ou bouffons, qui vinrent d'Atella à Rome au commencement de la république, et jouaient des comédies appelées .4?e//ff ne,?. Ils avaient, dit Apulée, un habit composé de pièces de diverses couleurs, et, suivant Yossius, le visage barl)ouillé de noir 'de fumée. Dans les temps modernes. Arlequin a pris un masque noir, représentant la figure d'un grillon, grillas, caricature. Depuis la renaissaïu-e des arts en Italie, les descendants des gens venus d'Atella prirent le nom de Zanni, et remplacèrent les Atellanes par la Comedia dell'arte.
— Arlequin ne se montra sur notre scène que vers la fin du