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PREFACE DE L'AUTEUR

L'histoire des mots et des locutions proverbiales est, en quelque sorte, l'histoire de l'humanité.

Les proverbes sont la force et la grâce de la langue populaire, qui, dans sa naïveté, les perpétue d'âge en âge, et les transmet presque sans changement aux générations de l'avenir. C'est pour cela qu'ils affectent les formes surannées du vieux langage, car le langage du peuple change moins que celui des savants et des poètes : il est toujours en retard sur ce dernier, et telle locution, sortie de la langue littéiaire depuis des siècles, persiste souvent longtemps encore dans l'usage populaire.

Cette mystérieuse tradition rend souvent obscures certaines formes du langage : à ce sujet, beaucoup de personnes font de la prose sans le savoir, et seraient étonnées si elles apprenaient le sens véritable de certaines locutions les plus usuelles, de certaines phrases toutes faites, qui ont la fortune colossale de se dire à la fois dans tous les temps et dans tout l'univers.

Un recueil de proverbes est un véritable code du bon sens et de la raison. Les mots meurent, les langues et les idiomes disparaissent à leur tour ; mais les idées formulées en proverbes et en maximes morales sont éternelles, comme l'esprit de l'homme, et c'est à l'aide des recherches les plus profondes que l'on peut arriver à retrouver les fossiles linguistiques, pour rétablir la série des étapes que l'humanité a parcourues sur la grande route de l'intelligence.

Lorsqu'une langue meurt ou se transforme, le proverbe, c'est-

à-dire la pensée qu'il exprime, survit et se traduit littéralement dans le nouvel idiome.

Napoléon a dit : « H y a une filiation dans les idées, comme dans les hommes. » C'est cette filiation, cette généalogie de l'idée, que l'on retrouve en remontant aux époques les plus reculées de l'histoire d'un pays, et en comparant les divers idiomes qui ont contribué à en former la langue.

Pour la langue française, les principales origines sont : le celtique, que parlaient les Gaulois ; le grec, importé par les Phocéens, fondateurs de Marseille et de nombreuses colonies sur le littoral de la Méditerranée; et le latin, introduit par les Romains dans les Gaules. AussiVarron appelle-t-il Marseille Trilinguis, parce qu'on y parlait ces trois langues.

Dans les temps les plus reculés de la tradition historique, la France était occupée, au centre, par les Gaulois, et dans la partie méridionale, par les Ibères et les Ligures, peuples venus d'Espagne.

Plus tard, vers 600 avant jésus-Christ, des Grecs, pour éviter le joug des Perses, s'expatrièrent de Phocée et vinrent s'établir sur le littoral du midi de la Gaule.

Les Gaulois parlaient la langue celtique (indo-européenne), dont une des variétés s'est perpétuée dans le bas-breton actuel.

Les Celtes, nos ancêtres, ont eu pour berceau, il y a quatre ou cinq mille ans, les hautes montagnes de l'Asie centrale. Hérodote signale leur séjour entre l'Oxus et l'Iaxarte, fleuves qui descendent de ces montagnes et vont se jeter l'un dans la mer Caspienne, l'autre dans la mer d'Aral.

Par suite de leurs relations d'origine et de voisinage avec les Indous, qui parlaient le sanscrit, la langue des Celtes possédait une multitude de racines sanscrites, dont la prononciation et la signification se sont à peine altérées pour arriver jusqu'à nous, à travers un si long espace de temps.

Dans leur migration d'Asie en Europe, les peuples celtiques parcoururent, depuis la Crimée jusqu'à l'extrémité des Iles- Britanniques, une ligne de 1.300 lieues, laissant sur tout ce long trajet des traces ineffaçables de leur idiome.

Mais c'est surtout dans les langues anciennes, grecque et

PRÉFACE. li

romaine, que l'on retrouve les origines de la langue française, celles de ses mots et de ses locutions populaires.

La colonie grecque de Marseille, trop faible pour soutenir une guerre contre les Ligures, appela à son aide les Romains, ses anciens alliés, qui, profitant de cette occasion, s'emparèrent de la partie sud-est de la Gaule, qu'ils appelèrent Province romaine transalpine (150 avant Jésus-Christ).

Un siècle plus tard, Jules César, nommé proconsul de cette province, soumit toute la Gaule, après une guerre de dix ans. Dès lors le latin s'introduisit dans les Gaules, par l'administration, les lois, les institutions, la religion, le commerce, la littérature, le théâtre, et surtout par l'obligation de recourir au magistrat romain pour obtenir la justice, car le préteur devait rendre tous ses décrets ou arrêts en langue latine.

Au V® siècle, la langue latine était parlée avec la plus grande perfection dans les Gaules, et le celtique était relégué dans les pays montagneux, ou dans ceux qui étaient éloignés des principaux centres de population et des grandes voies de communication.

Plus tard, un nouvel élément s'introduisit dans la langue gallo-romaine. Lorsque la Gaule fut envahie par les nations germaniques, les Francs apportèrent le tudesque ou le principe germanique.

Ainsi les éléments de la langue française ont leur origine dans le sanscrit, par le gallo-celte; dans le grec et le latin, et en résumé, dans la langue d'oc, ou langue provençale, qui est la première transformation de la langue latine, imposée par la domination romaine, qui a été la piemière forme de la langue française, et qui conserve bien mieux que le français les voyelles sonores de leur mère commune. C'est cette langue provençale, si vivante encore, si féconde, si méprisée par les ingrats enfants du Nord, que Mistral vient de réhabiliter et d'imposer à l'admiration des esprits les plus sceptiques, par ses belles poésies.

Les citations sont inévitables dans le cours de cet ouvrage : car le sens primitif des mots est souvent l'idée matérielle et visible d'une chose dont le sens actuel présente une nuance vague et abstraite, mais facile à justifier. Pour en bien connaître la valeur,

il faut retrouver clans les langues-mères les racines et les idées primitives qui ont servi à les former, de même qu'on trouve dans les écrivains de l'antiquité les locutions proverbiales et les expressions les plus familières usitées de nos jours.

On ne peut donc éviter les citations en langues étrangères, qui sont d'autant plus indispensables qu'elles deviennent lapreuve des faits énoncés, les témoins qu'il fautentendre, et, en quelque sorte, les pièces du dossier.

DICTIONNAIRE DE LOGDTIONS

A, première lettre de l'alpha hel dans presque toutes les langues. — Préposition, s'emploie quelquefois pour /'/c: Le fils à Martin, le denier à Dieu.

Ab. Parmi les mots counneneant par ah. les seuls cpii redoublent le b sont abbé et Ses dériM^'S : abbaye, abbatial, Abbeville, etc. — .46 au commencement des mois siuiiilif i\w\(\\\i'\Q\^ cloirjnement : comme dans ;\U\vv\ ((th. loin. Jaccvc, jclcr) : qui est rejeté ou digne de l'être: ablatif (de ah, latuin, porté) : abroger.

Ab Jove principium : Commençons par Jupiter. Cette locution antique cori'espoud à iu)tre proverbe: « A tout seigneur tout honneur. »

Abbé, en hébreu, en syriaqiu), en chaldéen, signifie yjère.

Le moine répond comme chante l'abbé. Le bedeau de la paroisse est toujours de l'avis de son curé.

Conimo chanli' le rii;i|iolain.

Ainsi rriiond lo sacrislaiii.

(XVI"C SlKCI.E.)

Ce qiK^ cliantc la corneille, Si chante le fornilloii.

Re(jis ad exemplar talus componititr urbis.

(UOKACE.)

Lorsque Ant;nste a\aillju, la l\)logne était ivre. — Monsiriir lAlih' où altez-voiis?...

(Chaiisoii s,ali]ii|iii- à l'adresse de l'abbé Dubois, ministre du Régent.)

Able {ihlc}, suffixe venant du latin ahi/is, propre, apte à : aimable, favorable, mangealtle, misérable, stable, loual)le ; noble, nuisible, possible, risible.

Ablette, du latin a/has, pour all)ette. par métathése : petit poisson

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