BAN
Au Moycn-A.ue, le banco était la table, le comptoir, derrif'ro lequel étaient assis en pleine rue les banquiers génois et llorentins.
Banlieue, de ban et lieue \ étendue de territoire autour d'une ville, espace dans lequel se faisaient les proclamations des bans et ordonnances de Tautorité.
Bannière, en provençal bandière, du gotliique bandro, signe, enseigne.
Bandon a signitié bannière, cri public, encan.
— Cent ans bannière, cent ans civière. C'est la roue de la Fortune, qui abaisse aujourd'hui ce qui était élevé hier. Le mot bannière exprime ici une haute situation, parce qu'il n'y avait que les seigneurs qui eussent le droit d'avoir une bannière, sous laquelle ils réunissaient leurs vassaux pour les conduire à la guerre.
— Il faut l'aller chercher avec la croix et la bannière, se dit d'une atïaire qui demande beaucoup de démarches préalables.
L'usage était h Baveux, jusqu'en 1640, que les chanoines se rendissent en procession avec la croix et la bannière chez ceux d'entre eux qui n'assistaient pas à Matines.
Banque, banquier, dérivent dans presque toutes les langues, de mots qui signifient table, comptoir : trapècités chez les Grecs, ?nensarius chez les Latins, banchiero chez les Italiens du Moyen- Age.
— Les banquiers étaient, dans l'origine, des changeurs et des préteurs sur gages, qui étalaient les monnaies sur un banc, pour faire les avances sur les marchandises ou sur les gages. Ils reçurent par la suite de l'argent en dépôt, et lorsqu'ils avaient manqué à leurs engagements, on brisait leur comptoir. (Voy. le suivant.)
Chez les anciens, les trapécitai et les mensarii pratiquaient déjà les opérations de banque, car dans les Captifs de Plante, Hégion dit :
Ibo intro, atque inlus subducam ratiunculam QuantiUum argenti mi apud trapezitam siet.
(Je rentre et vais voir un peu ce qui me reste d'argent ciiez mon banquier.)
— M. de Botschild est le roi des banquiers, et le banquier des rois.
Banqueroute, banco, rofto, comptoir rompu. Sou\enir de l'acte syml)olique, jadis usité en Italie, de briser en pubUc le banc ou comptoir du négociant qui ne pouvait pas payer.
Au xvie siècle, les Lomliards ont introduit ce mot dans la langue française.
De là le dérivé banqueroutier.
Ral)elais trouve la formation de ce mot ridicule, comme tous les rébus de Picardie, que Ion composait alors pour servir de devises, « qui sont homonymes tant ineptes, tant fades, tant rustiques et barbares, que l'on devroyt attacher une queue de regnard au collet, et faire une marque de bouse de vache à ung chacun d'iceulx qui en vouldroyeut doresnavant user en françoys après la restitution des bonnes lettres » .
— L'ingratitude est la l)anqueroute du cœur. Faire banqueroute à l'honneur-: se déshonorer.
Faire un trou dans la hine, montrer son cul: faire faillite.
Baptême, du grec baptô, je plonge dans l'eau. Dans la primitive Eglise, le l)aptême se faisait par immersion, comme il se fait encore dans l'Eglise d'Orient.
— Le baptême est le premier sacrement que l'Eglise confère, avec de l'eau et la parole de vie, pour etlacer le péché originel, et nous faire membres de l'Eglise chrétienne. Il est indispensable pour le salut.
Toute eau naturelle est bonne pour le baptême, et Tertullien dit qu'il n'y a point de ditîérence d'être baptisé dans la mer ou dans un étang, une rivière, une fontaine.
— On distingue le baptême d'eau ; le baptême de vœu (rolum), qui est un désir ardent de recevoir le sacrement, dans le cas où l'on meurt sans pouvoir l'obtenir ; le baptême de sang, ou martyre, est le dévouement que les catéchumènes témoignent en mourant pour l'Evangile.
— Le baptême de la ligne est une mascarade maritime, qui consiste à asperger al)ondamment ceux qui passent la ligne pour la première fois.
Bar, préfixe péjoratif, Oer ou hre. (Yoy. breloque.)
— Ch. Nodier dit que bar a été pris pour fo^"teresse, puissance, et est entré dans les mots Bar-le-Duc (appelé Éaran sous Hugues- Capet), qui fonda celte ville pour servir de barrière à la Lorraine contre les incursions des Champenois : Bar-sur-Aul)e, Barfleur.
— Le mot bar a signilié homme en vieux français, dans le roman du Midi : Lo bar no es criât per la fenina, vias la femna
perlobar. (L'iioninio n'ost point civi' jiniir la fonimo, mais la fciiimo pour riioniine.)
Baragouin, du ltas-l)reton bava, pain, gicin, vin. De girin, on a fait le diminutif guinguet, petit vin faible, et son dérivé guinguette.
Baragouiner, c'est ne savoir d'une langue que les mots les plus indispensables, tels que pain et vin.
Baraterie, du vieux mot Imrata, tromperie, du celtique barater, frauder.
On nomme ainsi toute fraude ou prévarication d'un capitaine de navire marchand contre les intérêts des armateurs.
Barbare, du grec barbaros, nom que les Grecs donnaient à tous les peuples qui ne parlaient pas leur langue. Les Romains tirent de même.
De là vient le mot baj'barisme, emploi vicieux d'une expression étrangère à la langue que l'on parle.
— Ovide, qui était un des Romains les plus délicats, dit qu'il était considéré comme un barbare par ceux chez qui il était exilé :
Barbarns hic ego siim, quia non intelligor ulli, El rident alolidi verba latina Getœ.
{Les Tristes, V, 10 )
Tous les peuples qui n'étaient pas soumis aux Romains étaient appelés par eux barbares ; mais l'Afrique, dont la conquête leur avait coûté si cher, dont la langue et les mœurs étaient si étranges, avait reçu par excellence le nom de Barbarie, c'est-à-dire le peuple le plus barl)are ; comme la Provence était la province par excellence.
— De Baj'barie, les Arabes ont fait Berbères: et nous. Etats barbaresques, clieval barbe.
— De même pour les Parisiens, tout ce qui n'est pas Paris est la campagne ; un Parisien en pi'ovince se croit toujours exilé chez les Scythes. On sait combien M'"^ je Staël regrettait le sale petit ruisseau de la rue du Bac.
— Aujourd'hui, le mot barbare exprime surtout l'idée d'ignorance, de grossièreté, de cruauté ; parce que les Arabes ou Sarrazins, qui habitent l'ancienne Barbarie, ont ravagé la France à l'époque où la langue s'est formée, et que les idées de barl)are et de cruel se sont confondues en une seule acception.
Barbe, du latin bnrba.
Du côté (le la harlie est la toute puissance.
(MoLiKRR, Ecoh des Fem.)
Vir caput est 7nulieris. (Saint Paul, l""^ Coinnth.) Les cheveux sont l'emblème de la force, témoin Samson. Vir villosus, aut robustiis, mit lascivus.
— Femme à barbe: qui a la tète de Judith et la l)arl)e d'Holopherne.
— Faire la barbe à quelqu'un, ou faire une chose à sa barbe, lui faire la queue, et les locutions être rasé, tondu, sont tirées de l'ancien privilège des liommes libres de conserver la barbe et les cheveux longs, tandis que les serfs et les criininels avaient les cheveux rasés.
Marcher la barbe sur l'épaule. (Prov. espagnol.)
— Sainte-Barbe, patronne des artilleurs, artificiers et de toutes les professions qui touchent à la poudre.
Plusieurs légendes ont couru sur sainte Barije ; elles ont toutes un rapport assez direct avec l'arme qu'elle protège. L'une d'elles afiirme que Barbe était une jeune fille des Flandres, qui avait le bonheur d'être sainte, et le malheur d'être belle.
Un grand prince, on dit même un roi, remarqua la seconde de ces qualités, sans se douter de la première. Ses otîres de séduction furent repoussées avec indignation. Pour se venger, il ordonna de remplir de poudre la bouche de la courageuse jeune fille et d'y mettre le feu. Cette johe tête se trouva ainsi changée en bombe. Mais Dieu fit un miracle pour sa fidèle servante : la téie n'éclata pas, ses dents seules se brisèrent et sa beauté disparut.
Lorsque le 4 décembre, les artilleurs célèlirent, à leur façon, la fête de leur glorieuse patronne, le bon Dieu qui ne peut pas toujours faire des miracles, surtout pour des braves qui n'ont pas les mêmes vertus que la sainte qu'ils chôment, consent à ne pas leur enlever les dents, mais leur permet de perdre la tête.
— Cheval barbe. (Voy. barbare.)
Barbiche ou royale. Louis XIII rasait bien, et un jour il coupa la harlte à ses officiers, et ne leur laissa qu'un petit bouquet au menton. (Tallemantdes Réaux.) De là, sans doute, le mot de royale (dit Monmerqué), qui devint impériale avec Napoléon.
Barbon, de l'itahen barbone, homme plus cpie mùr.
.Mais je suis trop barljoa pour oser soupirer.
(Moi.iKRE, Amjihilrijon. I, 1.)
BAR m
Barcarole, composition musicale chantée par les bateliers.
Bariolé, diminutif du vieux mot barré, qui se dit encore dans le Berry pour bigarré, ou mieux pour rario/é, varié de couleurs, qui correspond à oair, yeux vairons.
On dit plaisamment d'un costume bariolé : vert tout l)leu mon habit jaune.
Baron, vient du tudesque bar, homme fort, né libre, répondant au latin cir.
Il y a un grand nombre de noms propres, d'origine germanique, dans lesquels bar, ber, entrent comme éléments étymologiques : Barat, Bérard, Béranger. Peut-être (?) du grec bai'os, poids.
— Les Romains appelaient baî^o un homme fort, puissant, et aussi un homme brutal, féroce.
Cicéron appelle baro un homme lourd et stupide. En provençal, bai^oou signifie idiot.
— Baron vient peut-être de barre, obstacle ; d'où le vieux barri, rempart, qui s'est conservé en provençal, et dans le mol barricade. Le baron serait alors le gardien des villes fortifiées, de même que le marquis était le préposé aux marches ou provinces frontières.
— Les Montmorency se disaient les premiers barons de France. Baroque, perle qui n'est pas d'une forme régulière, ce qui
en diminue la valeur.
Barque, du danois bark, écorc^ ; bateau fait d'écorce.
— Conduire la barque : diriger une atïaire.
Deux patrons font chavirer une barque. (Prov. turc.) Il vaut mieux un mauvais général que deux lions généraux, (^'apoléon.)
— C'est un grand art de bien mener une barque, et il y a des personnes assez adroites pour mener plusieurs barques à la fois. Il y a, par exemple, la barque de la dévotion et celle des plaisirs, qui vont souvent de conserve : il y a toute une flottille d'autres barques, que les habiles mènent en louvoyant et sans avaries à travers les écueils de fopinion. Il n'y a que les imprudents et les maladroits qui soient capables de faire ce qu'on appelle des folies, et de brûler leurs barques.
Barreau, être cité à la barre.
Ces expressions viennent de ce qu'il y avait autrefois une barre de fer (encore visible au Palais de Justice à Paris, en 1453), entre le juge et les accusés.