III. — CLIMATS TEMPÉRÉS
Les deux zones qui représentent les climats tempérés sont comprises, dans chaque hémisphère, entre les lignes isothermes de -h 15° et de -b 5°, et séparées, l’une de l’autre, par une distance moyenne de 1,900 lieues. L’australe est la plus rapprochée de l’équateur, et cela tient à la différence de température que nous avons dit exister entre les deux hémisphères. Elle est recouverte par la mer, dans presque toute son étendue ; trois des cinq parties du monde lui sont étrangères et les régions qu’elle embrasse se réduisent à quelques îles de l’Océanie et à la partie la plus avancée vers le pôle austral, du grand triangle représenté par l’Amérique du Sud. Dans la zone septentrionale, au contraire, la terre ferme égale presque la mer en surface. Les contrées qui y sont comprises tiennent le premier rang sur le globe par leur importance politique ; elles marchent â la tête de la civilisation, dont elle renferme les deux grands foyers, l’Europe dans l’an-
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cien continent, les États-Unis dans le nouveau. Placés à égale distance des pôles et de l’équateur, ces beaux pays ne connaissent ni les chaleurs énervantes de la zone torride, ni l’action dépressive des froids polaires et leurs populations unissent à l’intelligence vive et brillante des méridionaux, l’énergie patiente et la constance des hommes du Nord.
Tous les éléments de la météorologie s’y font remarquer par leur mobilité, qui contraste avec le caractère uniforme des climats extrêmes. La température y subit des oscillations continuelles. La moyenne annuelle, calculée d’après les observations faites sur 322 points, dont 5 seulement appartiennent à la zone australe, est'de 9U, 57, mais l’amplitude des variations change tellement d’un point à un autre, qu’il est impossible de la soumettre à des lois générales. Ainsi, tandis que, dans certaines localités, les moyennes des mois extrêmes présentent à peine une différence de sept degrés, il en est d’autres où l’écart va jusqu’à quarante. Les oscillations quotidiennes sont dans le même cas. Les saisons y sont bien tranchées et d’une longueur à peu près égale. L’automne et le printemps, qui ne sont que des périodes de transition, sous la zone torride et dans les régions polaires, atteignent, dans les climats tempérés, une durée égale à celle de l’hiver et de l’été. C’est l’époque des perturbations atmosphériques, des oppositions et des contrastes ; mais, en dépit de ces vicissitudes, ce sont les deux périodes les plus agréables de l’année. Nous ne nous étendrons pas sur les caractères qui distinguent les saisons sous cette latitude; nous tomberions inévitablement dans l’inconvénient que nous avons signalé au commencement de ce travail, celui d’établir des lois générales, d’après des faits particuliers. Le tableau qu’on en trace d’habitude ne peut se rapporter qu’à l’Europe; il devient faux de tout point, quand on en fait l’application aux régions correspondantes de l’Amérique et de l’Asie. Son inexactitude est encore plus frappante lorsqu’il s’agit de l’hémisphère austral.
Les pays tempérés sont situés en-dessous de la limite des grands courants généraux, dans la zone des vents variables, mais, parmi ces derniers, il en est qui l’emportent de beaucoup sur les autres, comme nous l’avons indiqué en exposant les idées de Maury. La prédominance des vents de sud-ouest se fait sentir dans l’hémisphère nord, jusqu’au pôle boréal, ils dominent dans toute l’Europe. Le résultat final de ce déplacement de l’air est égal à celui qui se produirait, si, sur un total de 1,000 jours, le vent soufflait, pendant 175, de cette direction, les 825 autres étant tout à fait calmes. (Kæmtz.) 11 en est de même sur la côte occidentale de l’Amérique, mais, à la côte orientale, les vents régnants affectent une direction différente. C’est encore le sud qui l’emporte, mais l’axe de la rose des vents météoriques est dirigé du sud-est au nord-ouest. (Miihry.) Dans l’hémisphère sud, la marche des vents généraux est diamétralement opposée. C’est l’alizé de sud-est qui règne entre les tropiques, c’est le ventgénéral de nord-ouest qui le remplace sous les latitudes élevées.
Les pluies sont moins abondantes et moins régulières que dans les régions plus rapprochées de l’équateur; ainsi, tandis qu’entre les tropiques,
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il tombe en moyenne 2,456 millimètres d’eau, par an dans la zone tempérée de l’hémisphère nord, il n’en tombe que 947, et 676 seulement dans celle de l’hémisphère sud. (Berghaus.) En général, c’est en automne qu’elles présentent leur maximum de fréquence. C'est du moins ce qui arrive en Europe, car les observations font défaut en ce qui concerne les régions correspondantes de l’Amérique et de l’Asie.
Les pays tempérés, pris dans leur ensemble, sont salubres. C’est là que la race caucasienne se développe dans toute sa puissance, qu’elle subit la mortalité la plus faible, qu’elle présente l’accroissement de population le plus considérable. Le cadre nosologique y est beaucoup plus varié que sous les latitudes extrêmes, et plus immédiatement soumis à l’empire des saisons, des intempéries, des vicissitudes atmosphériques; les constitutions médicales y sont beaucoup plus nettement accusées. En un mot, tandis qu’entre les tropiques le règne pathologique est dominé par une cause constante et exclusive et se montre immuable comme elle, dans les pays tempérés, il obéit aux moindres influences et partage la mobilité de leur climat capricieux.
A. Hémisphère nord. — I. Région européenne. — Les trois quarts de l’Europe font partie de la zone tempérée, mais ses contrées présentent entre elles des différences si considérables, qu’il est impossible de donner une formule générale de leur climat. Il faudrait, pour en tracer un tableau exact et complet, adopter des subdivisions sans nombre, et faire pour ainsi dire la topographie médicale de chaque localité. Ce travail est possible car, dans ces régions si biens connues, les documents abondent et sont faciles à recueillir ; mais il est tout à fait en dehors de notre cadre, et il nous est complètement interdit de le tenter; nous nous bornerons donc à des aperçus très-sommaires, en nous résignant à demeurer incomplet.
« L’Europe, dit de Humboldt, représente un prolongement péninsulaire de l’Asie. Elle doit la douceur de son climat, à sa conliguration richement articulée, à l’Océan qui baigne ses côtes occidentales, au Gulf-Stream qui déverse scs eaux chaudes dans la mer du Nord, à la mer libre de glaces qui la sépare des régions polaires, et surtout à l’existence et à la situation du continent africain, dont les régions intertropicales rayonnent abondamment et provoquent l’assession d’un immense courant d’air chaud. » Ces influences s’affaiblissent à mesure qu’on s’avance de l’ouest à l’est, et lorsqu’on parcourt, sur un même parallèle, la France, l’Allemagne, la Pologne et la Russie, jusqu’aux monts Ourals, on voit les températures moyennes suivre une série décroissante; la forme du continent devient, en même temps, déplus en plus compacte, sa largeur augmente, l’influence de la mer et des vents d’ouest diminuent ; ceux-ci deviennent des vents de terre au delà de l’Oural, ils n’y parviennent qu’ après avoir passé sur de grandes surfaces glacées et couvertes de neige ; ils refroidissent le sol au lieu de l’échauffer. Dans certains points, la transition est plus brusque encore ; ainsi, sur la côte occidentale de la Norvvége, l’hiver est d’une douceur remarquable, tandis que, de l’autre côté des Alpes Scandinaves, on
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rencontre le climat âpre et continental qui caractérise la Russie. En Emu les départements de l’Ouest ne ressemblent pas à ceux du centre, et encc moins à ceux qui longent le pied des Alpes et des Vosges. Il n’est f possible de tenir compte de toutes ces nuances, mais, en les laissant côté, on peut rattacher les régions de l’Europe tempérée à deux grouj climatériques, dont l’un comprend les contrées occidentales, avec le climat océanien, doux, uniforme et humide, et l’autre, les contrées Centre et de l’Est, dont le climat continental se ressent de plus en p de l’éloignement de la mer et du voisinage de l’Asie centrale. La ligne démarcation qui sépare ces deux groupes est assez exactement représt tée par une courbe sinueuse, qui part du fond du golfe de Bothnie, pc aboutir à l’Adriatique, en passant par la Baltique et la mer du Nord, suivant le cours du Rhin et des Alpes.
a. Groupe occidental. — La partie de l’Europe située à l’ouest de ligne que nous venons d’indiquer, comprend les îles Britanniques, presqu’île Scandinave et le Danemark, la Belgique et la Hollande, France, moins la petite partie de son littoral méditerranéen dont ni avons parlé, et l’Italie continentale. Ces contrées sont le type des clim maritimes.
Météorologie. — Le long des côtes, le thermomètre s’abaisse rarerm au-dessous de 0°, la neige y séjourne à peine sur le sol, la différence en les moyennes hibernales et estivales ne va pas à plus de 10 degrés. E près les tables de Kæmtz, sur 1,000 vents qui soufflent, dans un ten donné, sur l’Europe occidentale, il en est 627 qui proviennent de la dei circonférence ouest de l’horizon. Par suite de cette prédominance, pluies y sont plus abondantes et plus continues que dans les contrées centre; elles diminuent rapidement en marchant vers l’est. Dans la di sion lvyétographiqne admise par Gasparin, 1 Europe occidentale apparti à la zone des pluies automnales, l’Europe centrale à celle des pluies d’c Les brumes et les brouillards sont très-communs sur tout le littoral l’Atlantique et des mers qui en dépendent, surtout en s’avançant ver; nord. La douceur de la température et l’humidité constante forment caractère dominant de ces climats, mais il n’en exclut pas les variatb brusques qu’on retrouve partout au voisinage de la mer. Ces conditio éminemment favorables à la végétation, donnent à la flore de ces pays cachet particulier. Bien n’égale la fraîcheur de leurs bois et de leurs pi ries; dans les parties septentrionales, on peut élever en pleine terre plantes qui redoutent le froid des hivers et qu’on n’obtient qu’en se dans le Midi, tandis que celles qui exigent une liante température estivi la vigne, par exemple, n’y arrivent pas à maturité. Les habitants sul sent également celte influence; le lymphatisme et l’anémie domin dans leur constitution avec leurs conséquences pathologiques, et les vai tions de température, jointes à l’humidité, donnent aux maladies de { trine un degré de fréquence qu’elles n’atteignent pas dans le reste l’Europe.
1° lies Britanniques. — Les îles Britanniques représentent le typ<
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plus accentué de ce climat maritime. Dans aucun point de leur étendue, même aux îles Féroë, la moyenne hibernale ne s’abaisse au-dessous de 0°. Les pluies y sont fréquentes, et le nombre des jours pluvieux s’élève en moyenne à 152 par an dans le Royaume-Uni. Ce résultat est dû surtout à l’absence de chaînes assez élevées pour arrêter les vents d’ouest. L’Écosse seule est fortement accidentée, surtout au nord. C’est un pays de lacs et de montagnes, sauvage et pittoresque, dont le climat plus froid est aussi plus salubre. A Edimbourg, la moyenne annuelle de température est de 8°,1; celle du mois de janvier, de 2°, 8; celle du mois de juillet, de 14°, 6. L’Irlande, basse et marécageuse, couverte de lacs et de cours d’eau, dans ses parties centrales, ne présente de montagnes que dans le nord et dans le sud, encore sont-elles peu élevées. L’air y est doux et humide. A Dublin, la moyenne annuelle est de 9°, 5; celle de janvier, de 4°, 5; celle de juillet, de 16°. L’Angleterre n’est montagneuse qu’à l’ouest, dans le pays de Galles. Son centre, légèrement ondulé, est formé par de grandes plaines, dans lesquelles on remarque les magnifiques prairies du Cheshire et du Shrospire. Les montagnes du pays de Galles, malgré leur peu de hauteur, suffisent pour modifier le climat. Ainsi, tandis qu’à la côte ouest, il tombe annuellement 950 millimètres d’eau, on n’en compte que 650 dans l’est et au centre. Tandis qu’à Penzance, sur la côte de Cornouailles, la moyenne hibernale est de 7U,04, et l’estivale de 15°, 85; à Londres, la première s’abaisse à 5°, 22, et la seconde s’élève à 16°, 75.
2° Suède et Norwége. — L’influence océanienne ne pénètre pas à la même distance, sur cette longue ligne de côtes qui sépare le cap Nord du cap Saint-Vincent. C’est dans la presqu’île Scandinave qu’elle est le plus promptement limitée. Les Dofrines courent parallèlement au littoral et à petite distance; elles mettent obstacle aux vents d’ouest et aux nuages qu’ils entraînent. C’est le pays où le passage d’un climat à l’autre s’opère le plus rapidement, où les lignes isothermes subissent l’inflexion la plus brusque vers le sud. La côte ouest, la plus accidentée de l’Europe, est remarquable par la douceur de sa température et par l’humidité de son atmosphère. Il y pleut, pendant des journées entières, par le vent de sud-ouest, et le sommet des montagnes est couvert de brume, tandis que sur leur versant opposé, c’est à peine si quelques grains troublent la sérénité du ciel. A Bergen, il tombe par an 2,250 millimètres d’eau, quantité qu’on n’observe que sous les tropiques; de l’autre côté des Dofrines, c’est à peine s’il en tombe 540 millimètres, et le rapport entre les pluies d’hiver et celles d’été est complètement changé.
La Suède, abritée contre les vents de mer par ses montagnes et largement ouverte à ceux qui soufflent de la Sibérie, jouit d’un climat froid et peu variable. L’hiver y est sec et dure six mois, le printemps est nul, l’été court et chaud, l’automne nébuleux. La température moyenne de l’année est à Stockholm de 5°, 6 ; celle du mois le plus froid, — de 4°, 5 ; celle du mois le plus chaud, de 17°, 6.
3° Danemark. — Le Danemark ne présente pas de pareils contrastes ;
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c’est un pays plat, marécageux, un prolongement péninsulaire des vastes plaines qui bordent la Baltique à l’est et au sud. Ses plus liantes inégalités ne dépassent pas 200 mètres dans le Sleswig et le llolstein. Le sol n’est composé que de sable et d’argile, que recouvre partout un sédiment crayeux. Il ne possède pas de rivières importantes, mais il est sillonné de cours d’eau larges et profonds qui forment, avec les lacs et les marais, le vingtième de sa surface. Ses côtes sont tellement découpées, qu’il n’est pas un point du territoire qui soit à plus de 15 lieues de la mer.
Son climat, essentiellement marin, est moins froid que celui de la Suède. A Copenhague, la moyenne annuelle est de 7°, 6; celle de l’hiver, de — 0°,5 ; celle de l’été, de 16°, 5. L’humidité y est extrême, les brouillards continuels, le temps très-inconstant. Le printemps est signalé par des pluies alternant avec du vent et de la gelée ; l’été dure deux mois et demi; l’automne est beau, mais court; l’hiver, pluvieux et neigeux, dure cinq mois. Le thermomètre descend souvent à — 15° dans cette saison.
4° Belgique et Hollande. — La Belgique et la Hollande servent de transition entre les contrées septentrionales que nous venons de passer en revue, et la France dont nous parlerons bientôt. Elles sont, en grande partie, formées de terrains conquis sur la mer, qui les couvrirait encore, si des digues puissantes ne les protégeaient pas contre ses invasions. Ces pays plats, entrecoupés de canaux et parsemés de marécages, ne présentent de montagnes que dans le sud, où s’étend un prolongement des Ardennes.
Le climat est extrêmement brumeux et humide; il est un peu plus froid que celui de l’Angleterre; cependant la moyenne hivernale n’y descend pas au-dessous de 0U. A Bruxelles, la moyenne annuelle est de 10°, 2; celle du mois le plus froid, janvier, de 1°,2 ; celle du mois le plus chaud (juillet), de 18°, 8. C’est, à peu de chose près, on le voit, la température de Paris. La direction habituelle des vents, le nombre des jours pluvieux et la quantité d’eau que reçoit le sol, sont les mêmes que sur les côtes de la Manche; mais les brumes y sont plus persistantes, principalement sur les bords de l’Escaut.
5° France. — La France, avec sa longue frontière orientale, les trois mers qui la baignent, et les Pyrénées qui l’abritent au sud-ouest, offre des différences climatériques plus marquées que les contrées qui l’entourent. Les montagnes sont concentrées à l’est et n’opposent aucun obstacle au passage des vents de mer. Elles courent du nord-est au sud-ouest, et forment la ligne de partage des eaux. Le versant occidental les dirige vers le golfe de Gascogne, l’océan Atlantique, la Manche et la mer du Nord; l’oriental les porte à la Méditerranée. La France se trouve ainsi divisée en six grands bassins parcourus par ses principaux lleuves. Elle reproduit en petit les conditions que nous avons indiquées en parlant de l’Europe prise dans son ensemble.
« La France, dit Martins, a l’immense avantage de réunir toutes les variétés de climat, dont les types existent dans les pays voisins. C’est la
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cause la plus réelle de sa richesse, c’est le secret de sa puissance. On peut la diviser en cinq régions climatériques :
« 1° Le climat vosgien ou du nord-est. Il embrasse toute la région comprise entre le Rhin, la Côte-d’Or, les sources de la Saône et la chaîne qui s’étend de Mézières à Auxerre. La température moyenne est de 9°, 6 dans les villes. Les hivers y sont plus froids et les étés plus chauds, à latitude égale, que dans l'Ouest. La différence moyenne entre ces deux saisons est de 18°; le nombre des jours de gelée, de 70, année commune; la quantité moyenne de pluie, de 669 millimètres; le nombre des jours de pluie, de 157. Les pluies d’été l'emportent sur celles d’automne; on compte annuellement de 20 à 25 orages. Les vents de sud-ouest et de nord-est dominent.
« 2U Le climat séquanien ou du nord-ouest. Il comprend toute la frontière du nord, depuis Mézières jusqu’à la mer, d’un côté; et de l’autre, le cours de la Loire et du Cher jusqu’à Auxerre. La température moyenne de l’année est de 10u,9, la différence entre celle de l’été et celle de l’hiver est de 15°, 6, moindre, par conséquent, que dans la région précédente. Le nombre des jours de gelée est de 50 ; la quantité annuelle de pluie, de 548 millimètres répartis entre 140 jours. On y compte de 12 à 20 orages; le sud-ouest y souffle pendant un tiers de l’année.
« 5° Le climat girondin ou du sud-ouest. Il s’étend depuis la Loire et le Cher jusqu’aux Pyrénées. Il a pour moyenne annuelle 12ü,7, pour différence entre l’été et l’hiver, 15°, 7. On y compte 150 jours pluvieux, 586 millimètres d’eau et 15 à 20 orages. Les vents de sud-ouest y dominent encore.
« 4° Le climat rhodanien, ou du sud-est, comprend toute la vallée de la Saône et du Rhône. Moyenne annuelle de température ; 11°; différence entre l’hiver et l’été : 18°, 8; nombre annuel de jour pluvieux: 120 à 150; quantité d’eau que reçoit le sol : 946 millimètres. On y compte de 25 à 50 orages, et les tremblements de terre y sont plus fréquents que dans le reste de la France. Les vents qui dominent sont ceux du nord ou du sud.
« 5U Le climat méditerranéen ou provençal. 11 comprend le triangle formé par Montpellier, Marseille et Viviers. C’est le plus chaud de la France; sa moyenne annuelle de température est de 14°, 8; la différence entre l’été et l’hiver est de 16°, 1 ; la quantité moyenne de pluie s’élève à 651 millimètres, mais on n’y compte que 55 jours pluvieux. L’été est d’une sécheresse extrême ; les orages sont rares. Leur nombre varie de 11 à 25. Le mistral domine dans la moitié orientale de cette région; le vent d’ouest dans la moitié occidentale. »
Il est difficile d’assigner une moyenne annuelle de température à un pays qui présente de pareilles différences d’une région à l’autre ; Martins, en résumant les résultats obtenus dans toutes les villes où les observations ont été faites avee une précision suffisante, est arrivé au chiffre approximatif de 12°. Becquerel a trouvé que les moyennes annuelles étaient toutes comprises entre 10° et 15° : les estivales entre 16° et 25°,
nouv. cicT. MÉn. et chir. VIII. — 12
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les hibernales entre 2° et 8°. La plus basse température observée en France a été de — 28°, 1 à Mulhouse, en février 1850, la plus haute de 40°, 2 à Orange, en juillet de la même année (Boudin). La température décroît en moyenne d’un demi-degré par chaque degré de latitude; mais, dans le Nord, la diminution est moins rapide que dans le Midi. Ainsi, la température moyenne de Paris, situé par 48°, 50', est de 2 degrés inférieure à celle de la France, prise dans son ensemble. Elle est de 10°, 8, celle du mois de janvier de 1°,9, celle du mois de juillet de 18°, 7. Le tracé des lignes isothermes suit assez régulièrement les parallèles géographiques dans le Nord et dans l’Ouest, mais au centre ces courbes sont fortement influencées par le massif des Vosges, du plateau central et des Alpes. Elles s’abaissent vers le sud, ce qui indique une moyenne de température plus basse dans la région qui verse ses eaux dans la Méditerranée que dans les autres bassins de la France. Les lignes isothères s’élèvent toutes vers le nord, en pénétrant dans le continent; les isochimènes au contraire s’abaissent rapidement vers le sud. Ces deux résultats sont d’accord avec les règles générales précédemment établies.
6° Italie continentale. — L’Italie continentale termine au sud cette longue zone curviligne, qui commence à la Norwége, et dans laquelle la Suisse et le Tyrol pénètrent comme un coin. L’élévation de sa température la sépare sans doute des contrées précédentes, mais elle s’en rapproche par la constance et surtout par l’extrême humidité de son climat, si différent de celui des régions de l'est. Nous avons déjà fait connaître ce magnifique bassin, que les Alpes et les Apennins bordent de trois côtés, qui ne s’ouvre que vers l’Adriatique, et que parcourent le Pô et ses innombrables affluents. Nous avons signalé ses nombreux cours d’eau, ses lacs, ses vastes plaines, ses rivières inondées, son climat mobile et pluvieux ; il est donc inutile d’y revenir.
Salubrité; maladies. — Les pays que nous venons de passer en revue sont d’une salubrité remarquable, et ceux du nord, malgré la rigueur relative de leur climat, présentent un chiffre de mortalité moindre que ceux qui se rapprocheht de la zone des pays chauds. Ainsi, c’est la Suède et la Norwége qui occupent le premier rang : le nombre annuel des décès ne s’y élève qu’à 1,8 pour 100; il est de 2,12 dans le Danemark, de 2,25 en Angleterre, de 2,27 en Belgique, de 2,4 en France, de 2,65 en Hollande, et de 2,85 en Piémont. Ces chiffres, empruntés au Traité de géographie et de statistique médicales de Boudin (1857), remontent déjà à une date assez ancienne, et, pour la France, du moins , la proportion s’est notablement abaissée, car le dernier recensement, celui de 1860, ne la porte plus qu’à 2,14 pour 100.
Dans tous les pays, on le sait, la mortalité pèse surtout sur les premières années de la vie; elle suit la même gradation dans les contrées que nous venons de citer. Il résulte d’un mémoire présenté tout récemment, par Farr, à la Société de statistique de Londres, que, sur 100 enfants, il en arrive à l’âge de 5 ans, 85 en Norwége, 80 en Suède et en Danemark, 74 en Angleterre, 71 en France, et 65 en Italie. Ces diffé-
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rences dans le nombre des décès ne doivent pas être attribuées exclusivement au climat; elles dépendent aussi du genre de vie des habitants. Les populations Scandinaves, industrieuses, éclairées, sobres, sont répandues dans les campagnes ; elles y mènent la vie salutaire des champs, et doivent payer aux maladies un tribut moindre que celles de la France et de l’Angleterre, qui ne sont pas placées dans les mêmes conditions. La France, on le sait, a près du tiers de sa population entassée dans les villes, dont la mortalité excède d’un cinquième celle des campagnes.
Dans toute l’Europe occidentale, les maladies les plus répandues et les plus meurtrières sont les affections des voies respiratoires et la lièvre typhoïde. Les premières sont la conséquence inévitable de l’humidité du climat et de ses variations continuelles, que les poitrines délicates redoutent beaucoup plus qu’un froid sec et continu. Aussi les voit-on diminuer de nombre et de gravité en remontant vers le nord, aussi bien qu’en descendant vers le sud. C’est en Angleterre qu’elles présentent leur maximum de fréquence; c’est, on le sait, la terre classique de la phthisie pulmonaire, et, bien qu’elle n’y représente pas, comme le dit James Clark, le tiers de la mortalité, elle y entre pour un chiffre plus élevé que partout ailleurs. La statistique des décès survenus à Londres, de 1842 à 1856 donne, pour les maladies de poitrine prises en bloc, la proportion de 52 pour 100; pour la phthisie, de 12,42, et pour la pneumonie, le chiffre de 6,7 pour 100 (Boudin, Annales d'hygiène , 1857). En France la proportion est plus faible : les documents publiés par Trébuchet, dans le même recueil, et relatifs aux décès de la ville de Paris pendant la période comprise entre 1822 et 1855, établissent, pour les maladies de poitrine, le rapport de 25 à 100; pour la phthisie, celui de 10,87, et pour la pneumonie, celui de 6,55. Cette dernière maladie fait plus de ravages sur les côtes ouest de la France : il résulte de nos recherches qu’elle entre, à Brest, pour 8 pour 100 dans la mortalité, et de celles de Maher, qu’elle ligure, à Rochefort, pour 12 pour 100.
Nous avons comparé les tables de mortalité de Paris et de Londres, parce qu elles portent sur des nombres considérables et qu elles présentent toutes les garanties d’exactitude qu’on peut désirer; si l’on pouvait accorder la même confiance aux chiffres que nous allons produire , il en résulterait que la phthisie fait encore plus de ravages en Belgique, en Danemark et en Suède. Le relevé statistique dressé par ordre du gouvernement belge pour la période quinquennale comprise entre 1851 et 1855, lui assigne la proportion énorme de 16 pour 1 00; la pneumonie n’y figure, au contraire, que pour 4 pour 100, et la pleurésie pour 1,4 seulement. (Boudin.) D’après le même auteur^ la phthisie entrerait, à Copenhague, pour 15,2 pour 100 dans la mortalité générale, et la pneumonie, pour 6,5; enfin, à Stockholm, sur 2,207 décès survenus dans la garnison de 1829 à 1851, la tuberculisation pulmonaire en aurait causé 827, soit 58 pour 100, proportion sans égale dans le monde entier, et qui, comme les précédentes , ne peut pas manquer d’inspirer quelques doutes.
CLIMAT. — CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE .NORD)
L’Italie continentale, malgré la douceur de sou beau climat, se rapproche des contrées du nord, pour la fréquence des maladies de poitrine : la phthisie est très-commune à Gènes, à Milan, elle est rare à Venise; mais celte ville contraste avec les précédentes, par l’uniformité de sa température; elle se rapproche de Pise, et constitue aussi une station favorable aux tuberculeux. La pneumonie est très-répandue dans toute l'Italie; dans le Milanais, au dire de Rasori, elle entre pour un dixième dans le chiffre total des maladies.
La fièvre typhoïde marche immédiatement après les affections de poitrine, sur les tables de mortalité de l’Europe occidentale. Dans les armées françaises, c’est elle qui tient le premier rang parmi les maladies aiguës; la statistique médicale que le département de la guerre vient de publier pour l’année 1 8 fcj'i , le démontre avec toute l’autorité des grands nombres. Dans le cours de celte année, sur un effectif moyen de 572,166 hommes, on en a compté 2,514 cas, dont près du tiers a été suivi de mort. Elle figure pour 9,1 pour 100 dans la mortalité de la ville de Paris, d’après les recherches de Trébuchet. La proportion est un peu plus faible dans le Royaume-Uni : le septième rapport du registraire général pour la période comprise entre 1858 et 1842, portant sur près de 2 millions de décès, en attribue le vingtième au typhus, c’est-à-dire 5 pour 100. Des recherches du même genre, faites par Chadwick pour l’année 1847, lui ont fourni une proportion plus forte, 7,5 pour 100; enfin la statistique déjà citée pour la ville de Londres lui assigne un chiffre beaucoup plus faible, puisqu’il n’excède pas 4 pour 100. Dans les grandes villes d’Ecosse, au contraire, il s’élève à plus de 12 pour 100. En Danemark et en Belgique, la fièvre typhoïde représente, comme en Angleterre, le vingtième des décès ; enfin elle paraît très-répandue en Suède, si l’on s’en rapporte aux observations faites par Magnus lluss, à l’hôpital des Séraphins.
Les fièvres éruptives entrent pour une proportion très-notable dans le chiffre des décès. Avant la découverte de la vaccine, la variole y figurait pour un dixième à Londres. En 1858, année exceptionnelle, il est vrai, elle y a encore fait 16,000 victimes, près de 5 pour 100 de la totalité des morts. Depuis 1840, époque à laquelle le Vaccinât ion- a et a reçu son exécution, ce chiffre ne dépasse pas 1,4 pour 100. Eu France, la proportion est encore plus faible : elle est représentée par 1,2 pour 100. La scarlatine et la rougeole sont plus meurtrières dans les deux pays.
Pendant que les maladies de poitrine et les fièvres continues acquièrent dans LEurope occidentale la prépondérance que nous venons d’indiquer, ou voit diminuer celle des maladies endémiques, qui occupent une si large place dans le cadre nosologique des pays chauds. L’intoxication paludéenne, la dysenterie et l’ hépatite y sont reportées aux derniers échelons des tables • le mortalité. La fièvre intermittente ne s’y montre plus que sous une lorme atténuée. En Suède, on ne la rencontre pas au delà du 60° degré de latitude; la ville de Gèfles, sur la mer du Nord, est sa limite septentrionale. En Norwége, elle est inconnue à partir des monts Dovre, et, dans le sud, elle n’apparaît qu’à l’élut épidémique. 11 en est de même en Danemark,
CLIMAT. CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE NORD)
encore ne s’y est-elle montrée que 2 fois en 30 ans. Elle était autrefois assez commune à Laaland, mais elle en a disparu sous l’influence de la culture du sol; elle a considérablement diminué en Angleterre, à la suite de travaux d’assainissement bien entendu. C’est surtout aux environs de Londres que ces résultats ont été frappants. Au seizième siècle, les fièvres de marais ravageaient la population, ainsi que le prouvent les écrits de Willis, de Morton et de Sydenham ; au dix-septième siècle les diarrhées, les dysenteries, les maladies puludéennes, faisaient encore, chaque année, de 2,000 à 5,000 victimes. Aujourd’hui, les fièvres intermittentes qu’on y observe portent presque exclusivement sur des individus venant de la campagne, et la dysenterie ne figure plus que pour un chiffre insignifiant sur les tables de mortalité. (Boudin.) En France, nous n’avons pas fait autant de progrès dans cette voie. On estime à 45,000 hectares la superficie de nos marais; on les trouve encore abondamment répandus sur tout le littoral de l’Océan et de la Manche, depuis les Landes jusqu’à la Somme, et sur celui de la Méditerranée, depuis Aigues-Mortes jusqu’à l’embouchure du Rhône, où le dépôt limoneux de ce fleuve a formé Bile de la Camargue, le type des formations géologiques de cette espèce. (Michel Lévy.) Les départements des Bouches-du-Rhône, de la Vendée, de la Charente-Inférieure, de la Gironde, de la Loire-Inférieure, du Loiret, en sont couverts, et lés fièvres intermittentes y sévissent avec une fréquence et une ténacité désolantes; elles sont encore beaucoup plus répandues en Belgique et en Hollande; on les y désigne sous le nom de fièvres des polders; elles y régnent surtout en automne, et ont souvent fait, dans les armées, autant de ravages que sous la zone torride. Pringle raconte qu’en 1747, les troupes anglaises eurent tant à souffrir des fièvres de marais, en Zélande, que peu de corps conservèrent 100 hommes valides. L’île de Walcheren fut deux fois funeste, en 1806 et en 1809, aux troupes anglaises et Iran-' çaises. Dans cette dernière année, les deux tiers des deux armées furent mis hors de combat par les fièvres, qui forcèrent les Anglais à évacuer l’ile. La fièvre intermittente est très-répandue dans toute l’Italie continentale; elle prend sa source dans les rizières et dans les grandes plaines inondées que traversent de si nombreux cours d’eau; elle y est relativement bénigne, et l’intoxication paludéenne est loin d’offrir, dans cette région, les redoutables caractères qu’elle revêt sur le littoral méditerranéen de l’Italie maritime.
A part les fièvres intermittentes, on ne compte, dans l’Europe occidentale, qu’un petit nombre de maladies endémiques; encore ne s’y montrent-elles que dans des sphères assez restreintes , et tendent-elles à disparaître de jour en jour. La lèpre, qui fit irruption en Europe à l’époque des Croisades, et qui y prit une telle extension qu’on put compter jusqu’à 19,000 léproseries dans toute la chrétienté, la lèpre, disons-nous, se trouve reléguée aujourd’hui dans les contrées du Nord, et ne s’observe plus qu’en Islande et en Norwége, où on la désigne sous le nom de spedalskhed , et où on la rencontre à l’état endémique sur toute la côte, du 60e au 70e degré de latitude. Elle est rare dans l’intérieur des terres;
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c’est aux environs de Bergen qu’elle sévit avec le plus d’intensité : on cite certaines communes, celle d’Askevold, par exemple, où l’on a compté un spedalsklie pour 95 habitants, lors du dénombrement de 1846, qui a fixé à 1,122 le nombre des lépreux répartis dans toutes les provinces, sans compter 196 malades internés dans les hôpitaux de Bergen, Drontheim, Molde et Christiania. Le nombre paraît s’en être accru depuis cette époque : Danielssen et Boeck,les savants auteurs du Traité de la spedals khecl, ont affirmé au docteur Guérauit, médecin de la marine, qu’elle avait fait depuis dix ans de notables progrès. Ils l’attribuent à l’extrême pauvreté des pêcheurs de la côte occidentale, chez lesquels elle se déclare le plus souvent, à la mauvaise qualité de leurs aliments, à l’insalubrité de leurs maisons étroites et basses, enfin à l’influence permanente de l’air humide et brumeux des fiords sur le bord desquels ils habitent. Ces auteurs ont prouvé, d’une manière incontestable, l’identité de la spedalskhed et de l’éléphantiasis des Grecs ; ils en ont décrit deux formes, la tuberculeuse et l’anesthésique.
On n’est pas aussi bien fixé sur la nature d’une maladie analogue qui règne également en Suède et en Norwége et qu’on nomme la radezyge. Elle a été étudiée avec soin en Norwége par le docteur Hjort, et en Suède par Magnus Huss. D’après ces auteurs , elle appartient, comme le sibbens d’Ecosse et le scherlievo des provinces danubiennes, à la classe de ces affections indéterminées qu’on désigne sous le nom de pseudo-syphilis, parce qu’on ignore leur véritable nature et qu elles offrent avec elle quelques traits de ressemblance, à côté de différences capitales qui ne permettent pas de les confondre. Cette maladie qui, d’après Hünefeld, a faitson apparition en Norwége vers 1710, et en Suède vers 1787, affecte, comme la spedalskhed, une prédilection pour le littoral. Son domaine particulier se compose, en Suède, des trois arrondissements de Tjorn, Oroust, et Lahne, dans lesquels on compte, d’après le docteur Kjerulf, un cas de radezyge sur 5,000 habitants. En Norwége, le nombre en serait plus considérable d’après Hjort, et s’élèverait à 1 malade sur 1,500. Le scorbut règne également, à l’état endémique, sur les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, et n’est, pas rare dans les îles Britanniques, principalement en Irlande.
En France, ces affections sont à peu près inconnues. C’est à peine si on retrouve encore quelques vestiges de la lèpre sur le bord des marais salants de Martigues, de Vitrolles, des étangs de Berre et de Bognac, et au village de la Turbie, près de Nice, où Baumès a eu l’occasion d’en observer un certain nombre de cas en 1855. Le goitre et le crétinisme sont très-communs en Suisse , dans le Piémont et dans le Tyrol , mais en France, ils ne s’observent guère qu’à la frontière de l’Est et sur le versant nord des Pyrénées. Les principaux foyers de ces deux maladies qui marchent côte à côte sont localisés dans une partie de la Lorraine, de l’Alsace et de la Franche-Comté, dans une portion des Pyrénées, dans les Alpes et sur les deux rives du Rhône. Dans la Savoie et la Haute-Savoie, ou compte en moyenne 6 crétins et 20 goitreux sur 1,000 habitants. A Saint-
CLIMAT. — CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE NORD). 185
Jean-de-Maurienne, le goitre est si commun qu’on le considère comme un agrément. Cette maladie du reste n’est pas exclusive au continent, elle s’observe également en Angleterre, et, d’après le D‘ lngles, elle est aussi répandue dans certains districts du Yorkshire que dans la vallée des Alpes que nous venons de citer. La pellagre, rare au sud de l’Apennin, est trèscommune dans le Piémont et dans la Lombardie. C’est le fait pathologique qui établit, entre les deux divisions climatériques de l’Italie, la différence la plus tranchée. Cette maladie existe également dans le midi de la France, Elle n’y a été reconnue qu’en 1829, époque à laquelle le B*' Hameau, médecin à la Teste de Buch, en signala la fréquence parmi les habitants de cette localité. En 1841, Léon Marchant, médecin des épidémies de la Gironde, annonça à l’Académie qu’il avait rencontré plus de 3,000 pellagreux dans le seul département des Landes. Depuis on en a retrouvé dans toute la partie de la France comprise entre l’embouchure de la Gironde et celle de l’Adour, et depuis la Garonne jusqu’à l’Océan.
Ce sont là du reste les seules maladies endémiques dans notre pays, car on ne peut donner ce nom ni à la suette miliaire qui a régné à diverses époques en Picardie, en Languedoc, en Normandie, dans le Berry et dans l’Alsace, mais qui y revêt toujours le caractère épidémique, ni à la diphthérie des bords de la Loire, ni à d’autres affections qui se montrent, à la vérité, plus fréquentes et plus graves sur certains points que sur d’autres, mais qui ne méritent pas pour cela le nom d’endémies que quelques auteurs leur ont donné.
b. Groupe oriental. — Le second des groupes climatériques que nous avons admis se compose de l’Allemagne, à laquelle on peut rattacher la Suisse, de la Bussie méridionale et de la Turquie d’Asie. Cette vaste surface continentale est traversée du sud-ouest au nord-est par le faîte de partage des eaux européennes. De ses deux pentes, l’une, inclinée vers l’océan Glacial, la Baltique et la mer du Nord, est formée par des plaines immenses; l’autre dirigée vers la Méditerranée et les mers intérieures qui en dépendent est couverte de hautes montagnes dans l’est et parcourue par les plus grands fleuves dp l’Europe, le Danube, le Dniéper, le Don et le Volga.
Météorologie. 1° Allemagne et Suisse. — L’Allemagne, au point de vue climatérique, peut se diviser en trois régions. La première est celle des plaines septentrionales. Son climat subordonné aux influences maritimes n’offre pas encore le caractère continental que nous avons assigné à ce groupe; il se rapproche, par son humidité et ses variations continuelles, des contrées occidentales de l’Europe et surtout de la Belgique et de la Hollande qui l’avoisinent. Deux mers envoient à cette région leurs brouillards, leurs pluies et leurs tempêtes, mais la plaine du nord-ouest, exposée à la mer du Nord, éprouve des froids moins vifs, des brumes plus épaisses, et des coups de vent plus violents que celui du nord-est, qui étend, le long des côtes de la Baltique, sur une étendue de près de 600 kilomètres, ses côtes basses, sablonneuses, bordées de dunes et de flaques d’eau. La seconde région embrasse tout le centre de l’Allemagne, la Mo-
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ravie, la Bohème, la Saxe, la Franconie, la Souabe, etc. Ces pays montagneux sont à l’abri des influences maritimes, des brouillards et des variations causées par les vents, mais leur élévation en rend le climat assez rigoureux. C’est cependant la partie la plus agréable de l’Allemagne. La troisième région est celle des Alpes; l’élévation considérable du sol, et la rapidité des pentes y produisent le rapprochement des températures extrêmes et les contrastes climatériques les plus accusés. Les glaciers du Tyrol y touchent aux vallées fertiles de la Styrie et de la Carniole, aux délicieuses plaines de la Vénétie.
C’est à cette région que se rattache la Suisse, la région la plus accidentée de l’Europe, celle qui renferme les plus hautes montagnes, si l’on en excepte le mont Blanc. Les Alpes centrales en couvrent la plus grande partie et en font une des contrées les plus pittoresques de l’Europe. La limite des neiges perpétuelles y est en moyenne de 2,900 mètres. Elles s'accumulent, pendant l’hiver, sur les pics et dans les cavités où les rayons du soleil ne peuvent pénétrer; elles y fondent à moitié, lorsque la température se radoucit et se congèlent presque aussitôt, en donnant naissance à ces vastes glaciers dont le nombre s’élève à plus de 600, dont quelques-uns n’ont pas moins de 20 kilomètres de long sur 5 de large, et dont la superficie totale s’élève à 2,750 kilomètres carrés. Ces glaciers sont les réservoirs qui alimentent les grands fleuves de l’Europe occidentale, et ces beaux lacs qui font l’admiration des touristes. Le quart de la Suisse est occupé par les eaux, les glaciers et les rocs; le reste est fertile et déploie, sur les pentes de ses montagnes, les produits de la flore la plus variée, depuis la vigne qui croît sur le bord des lacs et des cours d’eau, au-dessous de 500 mètres d’altitude, jusqu’aux mousses et aux lichens qui poussent à regret au milieu de rochers isolés qu’entoure une mer de glace.
Aucune observation générale ne peut s’appliquer à des contrées aussi dissemblables. Dans les pays de montagnes, le climat change avec l’altitude. En Suisse, on passe en quelques heures d’ascension de la température des contrées méridionales au froid des régions polaires. Dans certains points, le thermomètre monte parfois à 51°, dans d’autres il descend -à
— 51ü. A Genève, par 595 mètres d’altitude, la moyenne annuelle est de 9°, celle de janvier de — 0°,6, celle de juillet de 17°, 9. Sur le mont Saint-Bernard, à 2,494 mètres d’élévation, la moyenne annuelle est de
— 1°,5, celle de janvier de — 9°, 2, celle de juillet de 6°, 8. La pluie est tout aussi inégalement répartie. L’air est en général serein, pur et salubre, excepté dans les vallées basses et humides. Les orages sont fréquents dans les montagnes et d’une violence extrême ; la grêle y fait chaque année de grands ravages, les tremblements de terre y sont communs.
Le climat de l'Allemagne centrale est franchement continental. La moyenne annuelle de température est, à Vienne, de 10°, 2, celle de l’hiver de 0°,1, celle de l’été de 20°, 2. A Munich, sous la même latitude, la moyenne annuelle n’est plus que de 8°, 9, celle de l’hiver de 0°,4, celle de l’été de 1 7°, 4. Dresde fournit des chiffres presque identiques. A Berlin,
CLIMAT. CLIMATS TEMPÉRÉS (hémisphère nord).
la moyenne annuelle est de 9°, celle de l’hiver de — 0°,5, celle de l’été de 18°, 3; enfin, en remontant encore plus au nord, à Dantzig, sur la Baltique, on trouve pour moyenne annuelle 7°, 6, pour moyenne hibernale — 1°,2, pour moyenne estivale 16°, 4.
Les vents qui dominent, en Allemagne, sont ceux de l’ouest et du' sudouest, comme dans toute l’Europe, mais ils se sont dépouillés de la plus grande partie de leur humidité, et les pluies y sont moins fréquentes et moins abondantes que sur le littoral de l’Atlantique. On compte en moyenne, par année, 141 jours pluvieux et 540 millimètres d’eau.
2° Russie et Turquie d'Europe. — La Russie et la Pologne représentent dans leur ensemble une immense plaine triste et monotone, entrecoupée de lacs et de marais, couverte de forêts, et ouverte aux vents glacés qui soufflent de l’Asie. Tout le pays compris entre le Dniéper et le Volga, la mer d’Azof et la mer Caspienne, n’est qu’une grande steppe dont le niveau ne dépasse nulle part 00 mètres, et dont l’altitude moyenne est de 10 à 20. Le sous-sol est formé par une argile compacte, recouverte d’une couche épaisse de terre noire sur certains points, d’un sable tin et mouvant sur quelques autres. Les forêts s’arrêtent à la limite septentrionale de ce territoire; les rivières y sont rares. Les provinces moldo-valaques et le nord de la Turquie, au contraire, sont parcourus par une multitude de cours d’eau qui descendent des monts Carpathes pour se jeter dans le Danube.
Dans toute cette région, le climat est plus rigoureux que ne le comporte la latitude. Sauf dans les parties les plus méridionales, la moyenne de l’hiver descend au-dessous de 0°, et partout elle présente, avec celle de l’été, des écarts considérables. Plus on avance vers l’est, dans cette région formée de terres compactes et de plaines continues, et plus les différences entre les saisons extrêmes se prononcent. A Astrakan, sur la mer Caspienne, la moyenne annuelle est de 10°,1, l’estivale de 21", 9, l’hibernale de — 2°, 8. 11 n’est pas rare de voir le thermomètre monter dans l’été jusqu’à 55°, et descendre dans l’hiver jusqu’à — 15°. A lvisliar, à l’embouchure du Terek, sous la latitude d’Avignon, il s’abaisse souvent à — 25° et — 50°. Pour peu que l’hiver soit rigoureux, le Dniéper et le Bug ne se débarrassent de leurs glaces que vers la fin d’avril, et pourtant on voit prospérer dans ce pays les végétaux de l’Europe méridionale. Les vallées de la Transcaucasie produisent l’olivier, le laurier, le coton et la canne à sucre ; la côte méridionale de Crimée est couverte de vergers, et au nord, même à Astrakan, dont nous venons d’indiquer les températures excessives, la vigne réussit à merveille.
Les mêmes contrastes s’observent dans les provinces moldo-valaques. Ce pays, dit Caillat, a les froids de Moscou et les chaleurs de la Grèce. A Bucharest, la moyenne annuelle est de 9°, 5, celle de janvier de — 5", celle de juillet de 21°. Les extrêmes observés par Caillat ont été — 24" et 57°.
Le climat de la Turquie est aussi excessif, bien qu’elle soit située sous la même latitude que l’Italie, dont l’Adriatique seule la sépare. A Constan-
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tinople, les étés sont aussi chauds qu’à Naples, et les hivers plus froids e plus rigoureux qu’à Paris. 11 n’est pas rare de voir dans cette dernier* saison le thermomètre se maintenir entre — 7° et — 10°, et descendr* dans la nuit jusqu’à — 15°. Au mois de juillet et d’août, il s’élève à 25 et à 25°. Ces différences sont dues à la configuration du sol et à la direc tion des vents. Celui du nord est vif et sec, parce qu’il vient de l’Europi centrale et qu’il a passé sur la cime des Balkans ; celui du sud a travers* les déserts de la Lydie, de la Syrie et de l’Égypte, il a franchi la mer d* Marmara, il est chaud, lourd, malsain, accompagné de brumes épaisses et les maladies s’aggravent sous son influence.
L’humidité de Pair décroît, comme la température, en marchant d* l’ouest à l’est. Dans toute la région méridionale de la Russie, à Echatéri noslaw, à Charkow, à Odessa, à Sébastopol, à Saratow, à Astrakan, c’est i peine si on compte 85 jours de pluie par an en moyenne, et lorsque le: chaleurs arrivent brusquement, 15 jours de soleil suffisent pour desséche: et brûler la végétation printanière qui a remplacé les neiges de l’hiver La Crimée présente, sous ce rapport, des différences considérables sui vant les époques. Certaines années sont signalées par de grandes pluie automnales ; il en est d’autres où il ne tombe ni pluie, ni neige. On ; compté des périodes de 22 et de 25 mois sans une goutte d’eau. En géné ral toutefois, il pleut au printemps et en automne. Les pluies sont rare: dans les provinces danubiennes ; à Bucharest, d’après les observation faites au collège de Saint-Sara et rapportées par Caillat, on a compté ei un an 208 beaux jours et 50 jours de pluie seulement. En Turquie, elle: sont plus abondantes , mais elles tombent rarement pendant plusieur; jours de suite, et le temps est en général pur et serein. Il neige en hive: dans les montagnes et les orages ne sont pas rares, sur tout le littoral de h mer Noire.
En Turquie, dans la Russie méridionale, dans les provinces moldo-va laques, le printemps est la plus belle saison de l’année. Il se montre dan: toute sa splendeur vers le commencement du mois de mai ; à partir de c* moment, la chaleur augmente, mais elle est tempérée par les vents di nord jusqu’à l’approche de la canicule, où ceux du sud prennent le dessu: et où la température devient accablante et la sécheresse complète ; Tau tourne est signalé par de grandes pluies et des ouragans violents ; l’hi vei est rude et franc, ainsi que nous l’avons dit. La neige commence à tombe: sur les bords du Danube du 1er au 15 novembre; elle reste sur la terr* jusqu’au mois de mars ; elle commence alors à fondre et transforme tou le pays en un immense marais bourbeux.
Salubrité , maladies. — Les contrées dont nous venons de parler son moins salubres que celles que baigne l’océan Atlantique, si Ton en jug* par les tailles de mortalité. Il faut toutefois en excepter la Suisse, où l’or ne compte, annuellement, d’après Marc d’Espine, que 2,02 décès sur 1 OC habitants. Dans toute l’Allemagne, le chiffre en est plus élevé que dans les pays de l’ouest. En Prusse, il est en moyenne de 2,85 sur 100; er Autriche, de 5,05; en Bavière, de 2,07; en Saxe, de 5,02; en Wurtem-
CLIMAT. — CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE NORD)
berg, de5,58. La Russie est encore moins favorisée ; la mortalité annuelle y dépasse 5,5 pour 100.
Quant aux maladies qui en sont les causes, il est impossible de les indiquer avec autant de précision que pour les contrées occidentales. La savante Allemagne qui nous a précédés dans l’étude de la géographie médicale, n’a pas fourni, relativement à son propre sol, des documents suffisants pour établir son cadre nosologique. C’est ce qu’il est permis d’inférer du moins du silence que garde, à cet égard, l’auteur moderne qui devrait être le mieux renseigné. Miihry, qui, dans son volumineux ouvrage, entre dans de si minutieux détails sur la météorologie des principales villes de son pays, qui en dresse avec tant de soin les tables de mortalité, ne dit pas un mot des maladies qui la déterminent. Boudin n’est pas plus explicite : quel parti peut-on tirer, en effet, de la statistique relative à la Prusse, et où toutes les maladies sont rangées en deux groupes, maladies aiguës, maladies chroniques? Que penser de celle qui concerne la Bavière et dans laquelle l’espèce morbide qui figure au premier rang est désignée sous la dénomination vague de convulsions?
Le cadre nosologique de la Pologne n’est pas mieux établi. La seule particularité intéressante qu’il présente, c’est l’existence de la plique qui règne à l’état endémique, depuis les sources de* la Vistule jusqu’aux monts Carpathes, en Lithuanie et en Russie. Dans les gouvernements de Cracovie, de Sandomir et dans le duché de Severie, elle attaque, dit La Fontaine, les paysans, les mendiants et les juifs, dans la proportion de 20 à 50 pour 100; les nobles et les riches bourgeois, .dans celle de 5 à 6 pour 100 seulement. En Volhynie et dans l’Ukraine, elle est aussi fréquente qu’à Cracovie.
Les renseignements font complètement défaut, au sujet de la Russie méridionale. Les provinces danubiennes sont mieux connues, grâce au travail de Caillat, auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts. Les maladies qui y régnent offrent beaucoup d’analogie avec celles qu’on observe en Turquie. Ce sont les fièvres paludéennes qui dominent dans toute la Moldo-Valachie. Après la saison des chaleurs, on les voit apparaître sur tous les points de ces immenses plaines que le Danube arrose sur un parcours de 150 lieues et qu’il couvre de ses débordements. Elles affectent le plus souvent le type tierce. Les fièvres pernicieuses font de grands ravages, dans les villes situées sur le bord du fleuve, et surtout à Brada et à Galatz, où on les désigne sous le nom de peste du Danube , de fièvres de Galatz. En Turquie, les fièvres intermittentes sont moins fréquentes et moins graves ; on les retrouve cependant à peu près partout, et elles sont endémiques dans certains quartiers de Constantinople. La fièvre typhoïde n’y est pas rare, bien qu’elle soit plus répandue dans les provinces du Nord. La dysenterie y est très-commune et très-grave. Elle sévit surtout vers le commencement de l’automne, à l’époque où les pluies succèdent aux chaleurs. «Elle prend alors le caractère épidémique et fait de nombreuses victimes dans les classes pauvres. En 1852, elle enlevait à Constantinople 40 malades sur 100. L’hépatite vient souvent la compliquer.
CLIMAT
— CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE NORD)
La variole est, après la dysenterie, la maladie la plus meurtrière e Orient. Elle y faisait d’affreux ravages avant 1844, époque à laquelle vaccine a été rendue obligatoire; mais, comme en Turquie, toute sui veillance est illusoire, le nombre de ses victimes est encore considérabf Sydenham avait déjà noté que les épidémies de peste excluent celles c variole, ou du moins en atténuent notablement les effets. Pruner-Bey fait la même observation en Egypte; elle se vérifie également à Constant nople. La scarlatine et la rougeole s’y rencontrent comme partout, ma la première de ces affections est beaucoup plus rare que la seconde. L’ér sipèle épidémique précède souvent l’apparition des fièvres éruptives, ou : manifeste après elles. Bevran a signalé particulièrement à l’attention d médecins européens deux maladies graves produites, dit-il, par les cou| de soleil et les coups d’air. La première, que les Orientaux désignent soi le nom de (juneche-vourouchou , est caractérisée par du délire ou ( coma; elle enlève le malade en quelques heures, lorsqu’elle ne se ju pas par une sueur abondante et nous paraît être tout simplement une iièv pernicieuse; la seconde, le hava-vourouchou , est, comme il le dit h même, une espèce de typhus.
Tandis que les fièvres et les affections abdominales sévissent surtout été, ce sont les maladies 'des voies respiratoires qui dominent en hivi Leur règne commence à la mi-novembre et finit à la mi-mai. Les bro ch i tes sont alors extrêmement communes, la fréquence des pneumom idiopathiques ou survenant dans le cours d’une fièvre éruptive, est te que, de 1845 à 1848, Rigler en a compté 52 sur 100 malades. Les pie résies sont presque aussi nombreuses, souvent latentes et s’accompagne d’épanchements énormes. L’hémoptysie s’y observe souvent, même cl des sujets non tuberculeux; la phthisie est aussi fréquente qu’à Paris y marche beaucoup plus vite. La grippe règne, tous les ans, à l’é épidémique, ainsi que la coqueluche. Les affections diph téritiques et convulsions y font périr beaucoup d’enfants. L’impuissance, les ma dies vénériennes, les affections de l’utérus sont extrêmement répandi dans un pays où le dérèglement des mœurs vient se joindre à l’abser de toute surveillance, où la pratique de l’avortement n’est l’objet* d’î cime poursuite. L’ovarite est très-commune dans les provinces dar biennes. (Caillat.) Les hémorrhoïdes sont tellement répandues en Oriei qu’on les considère comme une fonction physiologique qu’il est nécessa de respecter. On y observe toutes les variétés de maladies de pea depuis la gale jusqu’au pian, à l’éléphantiasis des Arabes et à la lèpre, bouton d’Alep s’y rencontre également, mais seulement chez des indivic qui l’ont rapporté de Syrie. Enfin, on trouve, dans les monts Carpath un nombre prodigieux de crétins et de goitreux. Ces maladies, au d de Caillat, y sont aussi répandues que dans les Alpes.
II. Région asiatique. — Les contrées qui font partie de l’Asie tem] rée, sont, en allant de l'ouest à l’est, le pays des Kirghiz,. qui appartii à la Tartarie indépendante, la Dzoungarie, la Mongolie, la Chine sept» trionale et le Japon.
CLIMAT. CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE NORD]
a. Kirghiz , Dzoungarie, Mongolie. — Le pays des Kirghiz n’offre que des steppes sans bornes, au milieu desquelles s’élèvent çà et là des collines, sans direction déterminée, et que parcourent des hordes nomades, vivant à cheval, couchant sous la tente et faisant paître leurs innombrables troupeaux. Les vents du nord passent, sans obstacle, sur ces plaines ouvertes; ils y souillent avec une extrême violence, en soulevant des tourbillons de poussière. Le climat y est âpre et excessif. Dans l’été, on y ressent des chaleurs tropicales, le thermomètre s’élève jusqu’à 55°; dans l’hiver, il s’abaisse au-dessous de — 29°. (Mühry.) Comme dans toute l’Asie tempérée, les pluies sont rares et ne s’observent qu’en automne. Dans la saison où la végétation se développe, il s’écoule des semaines et quelquefois des mois entiers, sans qu’il en tombe; mais les vents humides y suppléent. Les plantes salines dominent dans ces contrées sauvages, mais sur le bord des rivières on rencontre de grands pâturages qui suffisent à la nourriture des troupeaux. On ne possède pas de renseignements sur les maladies de ces hordes à demi sauvages.
La Dzoungarie offre le même aspect que le pays des Kirghiz dont elle est séparée par la chaîne de l’Atlaï. C’est une assemblage de forêts et de steppes couvertes de roseaux entre lesquels serpentent quelques rivières qui vont se jeter dans de grands lacs solitaires. Les loups abondent dans les bois, les sangliers dans les marécages; la population diminue de jour en jour.
A l’est de la Dzoungarie, s’étend le grand désert de Gobi, dont la longueur totale est d’environ 5,000 kilomètres. Son sol est formé de sables mouvants, au milieu desquels on aperçoit, de loin en loin, des collines de gypse, quelques lacs salés, et dans l’est, du côté de la Mantchourie, de petites oasis comme celles qui bordent le Sahara. Les points les plus déserts sont à la partie centrale, qui n’a pas 800 mètres d’altitude. On s’accorde généralement à regarder le désert de Gobi comme le lit d’une mer desséchée. 11 sépare la Mongolie en deux régions climatériques distinctes. Au nord s’étend le pays de Khalkhas; c’est un grand plateau, haut de 1,600 mètres, couvert de forêts, où les arbres du nord commencent à l’emporter, et de grands pâturages où paissent les petits chevaux mongols. Le climat y est très-rigoureux; l’hiver dure neuf mois, pendant lesquels la neige couvre la terre et le mercure se congèle. L’été est court, mais torride; le désert asiatique rappelle alors le désert africain, avec ses tempêtes, ses ouragans, ses pluies diluviennes. Les saisons y sont soumises à des perturbations terribles. En 1852, le printemps et l’été se passèrent sans pluies, et de hâtives gelées arrivèrent en automne, quand les céréales étaient encore en herbe. Tout périt; les animaux quand ils eurent dévoré les maigres pelouses des montagnes, les hommes quand ils eurent mangé les dernières racines extraites de la terre. Les villages entiers disparurent et les os de leurs habitants blanchissent encore le sol. Les extrêmes de température s’y observent souvent dans la même journée; ainsi le R. P. lluc, auquel nous empruntons ces détails, raconte qu’après avoir été forcé, pendant deux jours, de casser la glace à coups de hache pour
CL1BÀT. — CLIMATS TEMPÉRÉS (hÉMISPHËBE NORD).
faire boire ses chevaux, il fut contraint, le troisième, de quitter ses pelleteries, le vent du nord et la neige ayant cessé tout à coup. Cette contrée se rapproche beaucoup, comme on le voit, de la Sibérie, dont elle n’est séparée que par les monts Sayansk. La Charra-Mongolie, au contraire, située entre le désert de Gobi et la frontière de Chine, jouit d’un climat tempéré qui rappelle celui de l’Allemagne. L’hiver y est court et la neige ne séjourne pas longtemps sur la terre. Le sol est fertile et se prête à la culture des céréales, des fruits et des légumes.
b. Chine septentrionale. Météorologie. — Le nord de la Chine proprement dite est beaucoup plus froid que les contrées de l’Europe situées sous la même latitude. Les différences entre les saisons sont aussi beaucoup plus prononcées. C’est un climat excessif, mais plus sec et plus tonique que celui de la côte sud. Sur la rade de Tchefoo, où l’escadre française a séjourné pendant l’expédition, la température moyenne de l’année 1861 a été de 15°, 05; celle du mois le plus chaud (août), de 28<J25; celle du mois le plus froid (janvier), de — 1°,80. Le 17 juillet, le thermomètre s’est élevé à 58°; le 24 janvier, il s’est abaissé à — 11°, 50, à bord de la Vengeance , où M. Lagarde a recueilli ces observations. En 1861, le froid fut assez vif et assez prolongé pour faire geler la rade dans toute son étendue. La frégate emprisonnée dans la glace vit ses communications interrompues pendant deux jours. Il y a des hivers où les habitants du continent peuvent traverser à dos de mulet le bras de mer de 5 milles de large qui les sépare de l’île des Serpents.
En pénétrant dans l’intérieur, le climat devient de plus en plus rude. Pékin est situé à l’extrémité d’une grande plaine qui se continue à l’ouest jusqu’à l’Océan et s’appuie à l’est aux premiers contre-forts des montagnes de la Tartarie. L’été, les brises du sud y arrivent sans obstacles et causent des chaleurs excessives; l’hiver, il reçoit les vents glacés de la haute Asie, et la température s’abaisse au même degré que dans le nord de l’Europe. C’est donc avec raison qu’on a dit de son climat : froid de Stockholm, chaleur du Caire. La moyenne. annuelle y est de 12°, 54; celle du mois de janvier, de — 3°, 7; celle du mois de juillet, de 27°, 6. Sur le littoral nord, les saisons sont bien tranchées; le printemps est très-agréable. A partir du mois de mars, le thermomètre ne descend plus au-dessous de 0°. Les neiges commencent à fondre dans les montagnes, et les plaines se couvrent d’une admirable végétation. La température moyenne de cette saison ne dépasse pas 17°; les variations sont plus étendues qu’en hiver; il n’est pas rare de voir la colonne mercurielle s’abaisser de 10° lorsque les vents passent du sud au nord. C’est cette dernière direction qui domine; à cette époque, le temps est clair et serein, les pluies sont rares. Pendant l’été, Ce sont les vents de sud qui l’emportent; ils s’accompagnent souvent d’orages et de pluies torrentielles; l’automne est agréable et beaucoup moins pluvieux que dans le Sud. L’hiver est froid et sec, il ne commence qu’en décembre; c’est alors que tombent les premières neiges. (Lagarde.)
Salubrité , maladies. — Le nord de la Chine est moins insalubre que le Sud. On y rencontre pourtant des localités aussi malsaines que celles dont
CLIMAT. — CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE NORD). 191
nous avons parlé à l’occasion de la partie méridionale. Dans ce nombre, on peut citer Tien-tsin où les troupes alliées ont fait un long séjour en 1861, à la suite de la prise de Pékin et de la signature du traité. Cette ville, située sur une plage vaseuse, à la jonction du canal Impérial et du Peï-ho, est entourée de marais et subit, pendant l’été, des chaleurs équatoriales. Les maladies endémiques y sont presque aussi graves qu’à Shanghaï. La garnison anglaise, forte de 2,000 hommes, y comptait chaque jour 5 ou 6 décès, et le nombre des entrées à l’hôpital s’est élevé, dans le mois de juin seulement, à 17,5 pour 100 de l’effectif. Les troupes françaises furent moins éprouvées; dans le premier semestre de 1861, elles ne comptèrent que 550 malades et 70 décès sur un effectif de 2,000 soldats environ. La population indigène, sale, déguenillée, misérable, affligée de maladies et d’infirmités de toute sorte, présente l’aspect le plus hideux. La rade de Tche-foo est, au contraire, le point le plus salubre de tout le littoral de la Chine. La ville, assise au fond d’une baie profonde, sur un sol en pente et bien arrosé, abritée contre les vents par des montagnes, n’a, dans son voisinage, ni marais, ni eaux stagnantes. Elle se fait remarquer par la vigueur et la bonne santé de ses habitants. Les équipages de nos navires, fatigués et affaiblis par les maladies contractées dans le Sud, s’y rétablirent rapidement. Il en fut de même des malades évacués de Tien-tsin.
Dans le nord de la Chine, la constitution médicale change complètement avec la saison. Pendant l’été et l’automne, ce sont les endémies des pays chauds qui dominent. Les fièvres paludéennes, la diarrhée et la dysenterie constituent, dans les points insalubres, le fond de la pathologie. La diarrhée figure à elle seule pour plus de moitié dans le chiffre des décès survenus à Tien-tsin parmi nos soldats. Elle enlevait surtout les hommes épuisés par la cachexie paludéenne et des dysenteries antérieures. Les Anglais eurent plus à souffrir des fièvres rémittentes. On y compta aussi quelques cas de fièvre typhoïde et de variole. Cette dernière maladie y régnait épidémiquement lors du passage des troupes.
Les endémies disparaissent au commencement de l’hiver pour faire place aux maladies des pays froids. On voit prédominer alors les bronchites, les pneumonies, les angines qui revêtent parfois la forme diphthéritique et les rhumatismes. Ce changement se fit remarquer de la manière la plus tranchée dans l’escadre, au mois de novembre 1860, lorsqu’elle quitta le Petchyli, après le réembarquement du corps expéditionnaire.
La syphilis, dit Armand dans ses Lettres sur V expédition de Chine, est la première maladie qu’on ait à redouter en arrivant dans ce pays. Elle est extrêmement répandue dans la population, et elle revêt, chez les étrangers, un caractère de gravité qui n’est pas en rapport avec celui des accidents observés chez les indigènes. A l’hôpital de Tien-tsin, les vénériens entraient pour plus d’un tiers dans le chiffre total des malades.
Dans le nord de la Chine, les maladies les plus communes parmi les indigènes sont, comme dans le Sud, l’ophthalmie purulente, les affections cutanées, la syphilis et la scrofule sous toutes leurs formes; ils sont de
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plus sujets à l’astlmie, et la phthisie en fait périr un très-grand nombre
c. Japon. — L’empire du Japon est constitué par un grand archipel, étendu de la pointe du Kamchatka à l’extrémité de la Corée, séparé di continent par la manche de Tarrakaï et la mer du Japon. Il se composi d’un grand nombre d’îles dont les quatre principales sont celles de Yezo de Nippon, de Sikok et de Kiousiou. Nippon est de beaucoup la plu: étendue.
La superficie totale de l’empire est évaluée à 7,520 lieues carrée: (Fraissinet), sa population, à 55 millions d’habitants environ. Le sol, di nature volcanique, est extrêmement accidenté et couvert de montagne dont quelques-unes renferment encore des volcans en activité. La plu: élevée, la montagne de Fusijama, a plus de 5,000 mètres de hauteur. Le côtes sont élevées et abruptes ; mais, sur les points où elles s’ouvren pour former des golfes quelquefois profonds, elles perdent leur caractèn sévère, et offrent aux regards un amphithéâtre de collines boisées, enca drant des vallées fertiles, dans lesquelles serpentent de petits cours d’eau Il n’y a pas de fleuves au Japon, les grandes rivières y sont rares ; auss n’y trouve-t-on pas ces vastes terrains d’alluvion, ces grands marécage qui impriment au littoral du continent ce caractère d’insalubrité qui nous avons eu l’occasion de faire ressortir tant de fois. Il existe dans l’îl de Nippon des lacs étendus, formés dans le cratère de quelques volcan éteints. Les tremblements de terre y sont fréquents et occasionnent par fois de grands ravages. (Gaigneron.)
Météorologie. — Le climat du Japon est doux et agréable. A latitud égale, ses moyennes de température sont plus élevées qu’en Europe e qu’en Amérique. Il doit cet avantage à sa constitution insulaire et surtou à l'influence du grand courant équatorial du Pacifique, influence presqu égale à celle du Gulf-Stream. L’une des branches de ce courant baigne 1: côte orientale des îles japonaises, et atteint, à la hauteur de la baie de Yedo une vitesse de 70 à 80 lieues par jour. Sa température, plus élevée di près de 6 degrés que celle de la masse d’eau qui l’entoure, contraste sur tout avec le contre-courant polaire qui longe les côtes de la Chine. Le moyennes de température varient d’une île à l’autre. A Nangasaki (il Kiousiou), par 52’, 44' de latitude, celle du mois le plus chaud (août) es de 28°, 5, celle du mois le plus froid (janvier) de 8Ü,5 ; à Yedo (île Nip pon), par 55°, 58', la moyenne d’août n’est plus que de 25u,5, celle d janvier de 4°, 5 ; enfin, tout à fait au nord, à Nacodadi (île Yezo), I: moyenne d’août descend à 20u,5, et celle de janvier à — 2°, 5; la neig y couvre encore au mois de mai les montagnes qui s’étendent derrière 1: ville. 11 est difficile d’assigner une moyenne exacte à ces différents points parce que les séries d’observations présentent des lacunes ; on ne s’éloi gnerait pourtant pas sensiblement de la vérité en prenant, pour tou 1 archipel, le chiffre moyen de 15°, 6. Il est tout aussi difficile d’assigne des caractères généraux aux autres éléments de la climatologie. La loca lité qui a été le mieux étudiée sous ce rapport, et qui offre, en mêmi temps, le plus d’intérêt, parce qu’elle est devenue le centra de l’immigra
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lion européenne, c’est Yokohama, dans Pile de Nippon. Cette charmante résidence jouit d’un climat délicieux. L’hiver y est beau, quoique un peu froid. La nuit, le thermomètre descend au-dessous de 0°; et, en 1865, il s’est abaissé jusqu’à — 7°; mais les journées sont chaudes, le temps clair et serein. Le printemps est pluvieux, l’été beaucoup moins brûlant qu’en Chine; les pluies recommencent en septembre; l’automne est l’époque des tempêtes et des vents variables du sud-est au sud-ouest : quelquefois, dans le même jour, ils font le tour du compas.
Salubrité , maladies. — Le Japon est d’une salubrité remarquable; nous en avons déjà fait connaître les causes. L’absence de marais et d’eaux stagnantes le met à l’abri des maladies endémiques si communes et si graves sur le littoral de la Chine qui lui fait face. Nangasaki est le seul point où l’on ait signalé des lièvres rémittentes graves, encore n’y ontelles apparu qu’en 1858, à la suite de grandes chaleurs et d’une sécheresse extrême. Le docteur Pompe, qui a eu l’occasion d’observer cette petite épidémie, a guéri presque tous ses malades. Partout ailleurs on ne rencontre que les maladies des climats tempérés; et là, comme en Europe, ce sont celles des voies respiratoires qui dominent. Pendant un séjour de près de deux ans, à Yokohama, le docteur Gaigneron n’a eu à traiter, à bord de la Sémiramis , que des bronchites légères, des pleurésies et quelques rhumatismes. Les variations de température y impriment à la phthisie une marche rapide. La scarlatine et la rougeole y sont communes; il en est de même de la variole, quoique la vaccine y soit depuis longtemps pratiquée et que les Japonais en aient immédiatement apprécié les bienfaits. Le choléra s’y est montré, pour la première fois, en août 1822 et y a fait de nombreuses victimes; il y a reparu en 1859 dans le courant du même mois.
La syphilis y est extrêmement commune et s’y présente sous ses formes les plus graves. Elle y évolue en pleine liberté, favorisée par l’absence de mesures sanitaires, par l’insouciance des Japonais et l’ignorance de leurs médecins. La carie et la nécrose des os du nez et du crâne, la syphilide tuberculeuse s’y présentent comme les manifestations les plus ordinaires. L’ophthalmie purulente y parait endémique. Les affections vermineuses sont très-répandues au Japon, surtout chez les enfants. Le béribéri y est, dit-on, commun, particulièrement à l’ile Kiousiou et parmi les ouvriers employés à l’exploitation des mines.
111. Région américaine. — Météorologie. — La partie de l’Amérique du Nord comprise dans la zone tempérée se fait remarquer par le caractère excessif de son climat, par l’étendue de ses variations annuelles de température et surtout par la différence qu’on observe, à latitude égale, entre la côte de l’Atlantique et celle du Pacifique. La ligne isotherme de H- 15°, sa limite inférieure, la traverse dans une direction presque horizontale; celle de + 5°, qui la borne au nord, présente de l’est à l’ouest une inflexion si prononcée vers le pôle qu’elle s’abaisse à la côte orientale au-dessous du 48e degré, et qu'elle remonte à la côte occidentale au delà du 62e degré, enclavant ainsi, dans la zone tempérée, les îles Aléou-
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tiennes et une partie de l’Amérique russe. Cette différence est surtoul causée par la présence des montagnes Rocheuses qui isolent ces deux parties du continent. Elles abritent leur versant occidental contre les vents glacés du nord-est et y laissent arriver, sans obstacles, les vents d€ sud-ouest qui ont traversé l’immense étendue tropicale de l’océan Pacifique ; elles produisent sur le côté oriental un effet diamétralemenl opposé ; elles arrêtent les vents d’ouest, tandis que les brises polaires viennent s’y réfléchir comme sur un écran pour parcourir ensuite, avec toute leur violence, les vallées qui se dirigent vers le golfe du Mexique. La présence des grands lacs du Nord, le courant de la baie d’Hudson, descendant le long de la côte est, les glaces du Groenland et de la mer d( Baffin qui suivent la même route, contribuent également à cet abaissement de la température, dont l’influence se fait sentir surtout pendanl l’hiver et le rend très-rigoureux sur cette côte, tandis qu’il est d’um douceur remarquable sur le littoral opposé.
Les différences qui s’observent dans le climat de ces deux côtes, portent moins sur les moyennes annuelles que sur l’amplitude des variations Quelques exemples feront mieux apprécier ce contraste. La Nouvelle-Archangel (Amérique russe) est située par 57° de latitude ; elle a poui moyenne annuelle de température 4°, 4 ; celle du mois de juillet est de 11°, celle du mois de janvier de 1° ; l’écart entre les mois extrêmes nt dépasse donc pas 10°. A la côte opposée, Hannover, par 45° 40' de latitude (15° 60' plus au sud par conséquent), a la même moyenne annuelle 4°, 5. mais celle du mois de février descend à — 8°, 8, et celle du mois de juillet monte à 17°, 9; l’écart va donc jusqu’à 26°, 7. Le fort Vancouver (côte ouest), par 46° de latitude, a pour moyenne annuelle 9°, 57, pour moyenne des mois extrêmes 2", 86 et 16°, 6; différence, 15°, 74. Québec, sous h même parallèle à la côte est, a 5°, 5 pour moyenne annuelle; celle du moi; de janvier descend à — 11°, 6, celle du mois de juillet monte à 21°, 8 différence, 55°, 4. L’amplitude des variations annuelles est de 20° à Washington, de 22° à Saint-Louis, de 20° au fort Massachussets, tandis qu’i San Francisco, en Californie, elle n’est plus que de 5°, 5. New-York, plac< sous le parallèle de Naples et de Madrid, a des hivers aussi froids que ceui de Vienne et des étés plus chauds que ceux de Rome et de Montpellier Entin, lorsqu’on compare entre elles des localités situées sous la mênn latitude, dans l’Amérique orientale et dans l’Europe occidentale, on trouvi entre les moyennes annuelles des différences qui, dans le nord, von jusqu’à 11°, 5.
Nous avons insisté sur ces faits, parce qu’ils constituent l’exemple h plus remarquable de l’influence que la disposition géologique d’une con trée peut exercer sur son climat. La direction des vents contribue à l’exa gérer encore. Sur la côte de l’Atlantique, ceux qui prédominent dan; l’hiver sont les vents froids du nord-ouest, et ceux qui l’emportent pen dant l’été sont les vents chauds et humides de l’ouest et du sud-ouest; ; la côte orientale, la direction générale des vents est sud-est et nord-ouest tandis qu’à la côte occidentale, elle est comme en Europe nord-est et sud
CLIMAT. CLIMATS TEMPERES (HÉMISPHÈRE NORD). l'J5
ouest, au moins pour les couches inférieures de l’atmosphère; dans le nord, à Philadelphie, on voit régnera peu près constamment, dans les hautes régions, un courant occidental que révèle le passage continuel de nuages en forme de cirrus. (Miihry.)
La distribution des pluies correspond à la direction des montagnes et des côtes. Sur la moitié orientale du continent, elles vont en diminuant du littoral vers l’intérieur ou plus exactement du sud-est au nord-ouest. Elles deviennent rares et très-peu abondantes le long des lianes orientaux des deux grandes chaînes, parce que celles-ci retiennent, dans les couches inférieures de l’atmosphère, le courant équatorial de sud-ouest, aussi la végétation devient-elle de plus en plus pauvre, à mesure qu’on se rapproche des hauts plateaux du centre. En s’avançant dans cette direction, on trouve d’abord des forêts, puis des prairies, et enfin des déserts : les pluies, au contraire, sont extrêmement abondantes à la côte occidentale ; dans les îles Silka, on compte à peine, dans l’année, de 40 à 60 jours sans pluie ; en 1828, elle tomba sans interruption pendant 120 jours. L’humidité y est extrême, la gelée ne dure jamais que quelques jours, et la neige ne séjourne pas sur le sol. Ces différences s’expriment par les nombres suivants : il tombe 1,143 millimètres d’eau par an à Philadelphie, 965 à Boston, 812 à Saint-Louis, 675 au pied des montagnes Rocheuses, et 540 près d’Utali, dans le grand bassin désert dont nous avons parlé. Dans les îles Sitka, elle va jusqu’à 2,916. Les pluies tombent, en toute saison, du 40e au 60e degré de latitude, et dans l’hivernage seulement du 28e au 40e. L’état hygrométrique de l’air présente les mêmes différences : autant il est humide, nébuleux et chargé de brouillards à la côte occidentale, autant il est vif et sec à la côte orientale.
Salubrité , maladies. — En somme, le climat des Etats-Unis du Nord est rude, mais franc et beaucoup plus salubre que celui des États du Sud. Ce fait que nous avons déjà signalé, en parlant de ceux-ci, se traduit, avons-nous dit, par une mortalité beaucoup moindre dans les rangs de l’armée ainsi que dans la population civile. La mortalité, dans les grandes villes du Nord, est inférieure à celle des capitales de l’Europe; ainsi, à Philadelphie, on ne compte par an, en moyenne, que 1,9 décès sur 100 habitants; à Baltimore, 2,1 pour 100; à Boston, à New-York, 2,5 pour 100. Cette mortalité pèse surtout sur l’enfance; c’est pendant la première année de la vie que survient le quart des décès.
Contrairement à ce que nous avons indiqué en parlant des États du Sud, ce sont les affections de poitrine qui l’emportent dans le Nord. Elles figurent pour 28 pour 100 dans le chiffre total de la mortalité; celles des voies digestives pour 21; la phthisie pour 14; les fièvres éruptives, la lièvre typhoïde viennent ensuite. Les fièvres paludéennes, au contraire, entrent à peine pour 5 pour 100 dans la mortalité. On les retrouve pourtant sur un très-grand nombre de points; elles remontent jusque sur les bords du ileuve Saint-Laurent et du lac Érié où la fièvre tierce est trèscommune. En 1843, elle frappa près du tiers de la population des bords de ce lac. Les fièvres rémittentes sont assez communes à New-York et,
lÿü CLIMAT. CLIMATS tempérés (hémisphère nord).
dans l’état d’indiana, il règne en automne des lièvres pernicieuses d’un caractère très-grave.
Les vastes contrées qui séparent le Mississipi des montagnes Rocheuses sont à peu près inconnues. Il n’en est pas de même du littoral de l’océan Pacifique. Les riches placers de la Californie ont, depuis 1848, appelé l’attention du monde entier sur ce pays dont la population a décuplé en quelques années. Il se prête, par la salubrité de son climat, aux pénibles travaux qu'exige l’extraction de l’or, et qui auraient été presque impossibles dans une contrée malsaine. Le sol est couvert de montagnes échelonnées depuis le rivage, et séparées par de riantes vallées et par des ravins profonds. Il est boisé dans la plus -grande partie de son étendue et parcouru par des cours d’eau, dont quelques-uns, comme le Sacramento, le San Joaquim, le San Felippe, sont de véritables rivières. La température est douce et uniforme sur le littoral où régnent les grandes brises d’ouest de l’océan Pacifique; dans les montagnes, le froid est vif et le climat plus rigoureux. Le thermomètre s’élève en moyenne à 25° en octobre et à 10u en février. Deux saisons s’y partagent l’année : l’hiver, qui s’étend depuis novembre jusqu’en mars; et l’été, qui comprend les sept autres mois. L’hiver est humide et pluvieux; il neige souvent en décembre et en janvier, et les pluies, qui sont souvent torrentielles, tombent surtout en février. Elles cessent complètement à partir du mois d’avril, le sol se dessèche et la chaleur va croissant jusqu'en septembre. Le vent du large souille avec plus de force pendant l’été; il se lève vers 10 heures du matin et tombe à 5 ou 6 heures du soir. Les nuits sont calmes et splendides, les rosées abondantes, l’atmosphère d’une limpidité parfaite : les orages, les grandes perturbations atmosphériques sont rares en toute saison.
Le climat de la Californie est, avons-nous dit, aussi salubre qu’il est beau. Les endémies y sont inconnues; on n’a pas vu survenir une épidémie de quelque importance, au milieu de cette foule d’émigrants qui la parcourent dans tous les sens. Garnier aflirine même que les constitutions débiles s’y raffermissent et qu’un grand nombre de valétudinaires y recouvrent la santé. Les lièvres paludéennes et les diarrhées sont les affections qui dominent à la lin de la saison des pluies; elles régnent surtout aux mines, et ce fait trouve son explication dans les travaux qu’exige leur exploitation, dans l'oubli le plus complet des plus simples précautions hygiéniques et dans les excès de tout genre qu’on y commet. Les fièvres intermittentes affectent le type quotidien ou le type tierce, et parfois la forme rémittente sur les bords du Sacramento; mais nulle part elles ne présentent ce caractère de fréquence et de gravité que nous avons eu l’occasion de signaler tant de fois. Dans l’hiver, ce sont les maladies aiguës des voies respiratoires et les rhumatismes qui l’emportent. La fièvre typhoïde n’est pas rare dans cette saison. Le choléra s’y est montré en 1849, mais il n’y a pas fait de grands ravages. Les fièvres éruptives y régnent comme partout, mais la variole a presque complètement disparu depuis l’introduction de la vaccine. Les affections vénériennes sont très-eom-
CLIMAT. — CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE SUD)
munes; elles alimentent, pour les deux tiers, la clientèle des médecins de San Francisco.
B. HômSsplière sud. — I. Région américaine. — Celle région a la forme d’un grand triangle dont le sommet est tourné vers le pôle austral. Elle comprend le Chili, les États du Rio de la [Mata et la Patagonie. Les Cordillères en longent le côté occidental et se rapprochent de plus en plus de la mer jusqu’au détroit de Magellan où elles se terminent par des escarpements brusques. Leur hauteur diminue du nord au sud, comme si la chaîne s’enfonçait peu à peu dans les profondeurs de l’Océan, en ne laissant plus surnager que ses pics les plus élevés. Au Chili, elles atteignent encore 7,000 mètres; dans la Patagonie, elles ne vont plus qu’à 400. Leur versant occidental descend brusquement vers l’océan Pacifique, l’autre forme un plan incliné qui s’abaisse lentement vers les grandes plaines qui couvrent le reste de cette région.
a. Chili. — Le Chili occupe tout l’espace compris entre les Cordillères et le grand Océan, depuis le désert d’Atacama jusqu’à la hauteur des îles Chiloë. C’est une longue bande maritime de 1,850 kilomètres de longueur sur 175 de largeur, hérissée de montagnes que séparent des plateaux et des vallées, et que des tremblements de terre bouleversent tous les ans. Les Andes du Chili, aussi hautes que celles du Pérou, sont jalonnées par 20 volcans en activité, dont les secousses ont renversé Santiago 4 fois en 14 ans, et détruit deux fois Copiapo de fond en comble. Les rivières sont nombreuses, mais leur cours est très-borné, et la plupart ne sont que des torrents. Le Chili renferme quelques lacs dans sa partie méridionale; les côtes, en général, hautes et escarpées, sont cependant marécageuses à l’embouchure des rivières. L’intérieur du pays est très-boisé et couvert, d’une riche végétation, surtout dans les provinces du Sud, qui sont mieux arrosées que celles du Nord. On y trouve de magnifiques forêts et des arbres aux proportions colossales; le sol est propre à toutes les cultures, mais surtout à celles des pays tempérés de l’Europe; la vigne y croît partout; l’olivier y prospère, et les arbres fruitiers de nos climats y croissent à côté de ceux des régions tropicales.
Météorologie. — Le climat du Chili est sain et agréable; l’année s’y partage en deux saisons comme sur toute la côte du Pacifique. L’été s’étend de la lin de novembre au commencement de mai; il est chaud et sec. La chaleur est souvent excessive dans le jour, mais les nuits sont fraîches. Ce sont les vents de sud qui dominent alors; ils soufflent avec force de 4 1 heures du matin à 5 ou 6 heures du soir, quelquefois jusqu’à 9 ou 40. Ces grandes brises polaires soulèvent des flots de poussière et glacent l’atmosphère dafts les lieux qui y sont exposés, tandis que, dans les points abrités, la température s’élève parfois à 50 ou 55 degrés. C’est surtout à Valparaiso que s’observent ces dangereux contrastes. Mars et avril constituent une sorte d’automne sans caractère bien tranché et qui se confond avec la période précédente; l’hiver comprend les mois de juin, de juillet et d’août. C’est l’époque des vents de nord £t des pluies; celles-ci sont d’autant plus abondantes qu’on s’avance d’avantage vers le Sud. La partie
CLIMAT. CLIMATS TEMPÉRÉS (HÉMISPHÈRE SUI))
septentrionale du Chili est d’une extrême sécheresse ; il n’y pleut qu’en avril et en août. Septembre et octobre représentent le printemps, caractérisé par des calmes, quelques pluies et des vents variables.
D’après les observations recueillies à bord de la Constantine , par le docteur Uuploïiv, la température moyenne de l’année est la même à Valparaiso qu’à Rome et à Naples; elle est de 15°, 4; celle de juillet, de 15°, 2; celle de janvier, de 18°, 2, Cette différence de cinq degrés seulement entre les moyennes des mois extrêmes ferait croire à une grande uniformité de température; mais les variations diurnes sont considérables, et des transitions extrêmement brusques se produisent sous l’influence de ces vents de sud dont nous avons parlé.
La pression barométrique varie de 755 à 761 millimètres; la moyenne annuelle est de 758 millimètres; l’amplitude maximum des oscillations diurnes s’élève à 8 millimètres.
« En somme, dit Duploiiy, le Chili se rapproche de la Bretagne par sa constitution géologique, et, par son climat, de la Grèce et de la Provence, avec leurs vents secs et froids de nord et de nord-ouest, représentés par le vent de sud sur la côte du Pacifique. »
Salubrité; maladie. — C’est cependant un pays salubre : lès lièvres paludéennes y sont rares et bénignes ; le choléra ne s’y est jamais montré. Il en est de même de la fièvre jaune : en 1855, elle a descendu lentement jusqu’au sud du Pérou, mais sans en dépasser la frontière. Les fièvres éruptives y régnent souvent à l’état épidémique, et la fièvre typhoïde n’y est pas rare dans l’été. Les maladies les plus meurtrières sont les hépatites et les affections du cœur. L’hépatite y présente les mêmes caractères qu’en Algérie : elle est insidieuse, et il n’est pas rare de voir des malades continuer à vaquer à leurs occupations, jusqu’au moment où la rupture d’un abcès du foie vient les éclairer sur les dangers de leur situation. La dysenterie la complique souvent. L’hypertrophie du cœur et les altérations des valvules s’observent souvent, même chez les jeunes sujets; elles sont presque toujours consécutives à des attaques de rhumatisme articulaire qui est très-commun au Chili, ainsi que la goutte et les névralgies.
Les maladies des voies respiratoires, les coryzas, les bronchites, les laryngites, y régnent en permanence; l’asthme et l’angine de poitrine n’y sont pas rares; les pneumonies y sont nombreuses pendant les saisons intermédiaires dont nous avons parlé; la phthisie y fait de grands ravages chez les Chiliens comme chez les Européens; elle marche aussi vite que sous les tropiques. Il n’est, pas de climat plus dangereux, pour les poitrinaires, que le littoral où des calmes et des brumes épaisses alternent avec un soleil ardent et de grands vents secs et froids. A Valparaiso, on a l’habitude de les envoyer, pendant l’été, dans la jolie vallée de Ouillota, située à 12 lieues dans l’intérieur, couverte de bois et de belles cultures, parcourue par une des plus grandes rivières du Chili, et abritée par un amphithéâtre de montagnes. Celles-ci se couvrent de neige pendant l’hiver, la température s’abaisse, et les malades reviennent à Valparaiso,
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Ces renseignements nous ont été fournis par le docteur Petit, qui exerce la médecine dans cette ville depuis tic longues années.
La scrofule, les maladies charbonneuses, les névroses, ne sont pas rares au Chili; la syphilis y est très-répandue; les bubons d’emblée sont trèscommuns, le goitre s’observe à Santiago, comme dans presque toute la chaîne des Andes. Malgré le caractère tonique du climat, les maladies présentent, dans ce pays, un caractère d’asthénie, un défaut de réaction qui rend les convalescences très-lentes et exige une grande réserve dans l'emploi des émissions sanguines.
b. Bassin de la Plata. — L’espace compris entre les Cordillères et l’océan Atlantique, est occupé par la Confédération Argentine, l’État de Buenos-Ayres et la république de l’Uruguay. Ils forment, dans leur ensemble, le grand bassin de la Plata, le plus important de l'Amérique du Sud, après celui de l’Amazone. Le Parana, descendu des montagnes du Brésil, le parcourt du Nord au Sud, reçoit le Paraguay, et, après un cours de 700 lieues, se réunit à l’Uruguay pour former le Rio de la Plata. Cette grande nappe d’eau, de vingt lieues de large, sépare Montevideo de Buenos-Ayres, et va, en s’élargissant, jusqu’à la mer, dans laquelle elle se jette par une embouchure de soixante lieues. Ces fleuves coulent lentement à travers ces immenses plaines appelés pampas , qui s’étendent jusqu’aux frontières de la Patagonie. Elles se composent de pâturages s’étendant à perte de vue et dans lesquels paissent d’innombrables troupeaux, de prairies marécageuses où les plantes salines abondent, que surmontent çà et là quelques arbustes rabougris, et que sillonnent des cours d’eau aboutissant à des lacs saumâtres, de déserts sablonneux, comme celui du grand Chaco, qui s’étend entre le Paraguay et le Rio-Salado, sur une surface de 500,000 kilomètres carrés. Le pays est plat et sans pente appréciable ; on ne trouve de montagnes que dans les provinces qui avoisinent les Andes et dans la république de l’Uruguay, dont le sol plus fertile est couvert de collines boisées, de coteaux verdoyants qui corrigent l’aspect monotone de ces pâturages sans fin. Les côtes sont des plages basses et stériles.
Météorologie. — Le climat des États de la Plata n’est pas le même sur tous les points de leur étendue: le Tucuman, qui touche à la Colombie, s’en rapproche par la sécheresse de l’atmosphère et les fortes chaleurs de l’été. Les pampas , les provinces du Centre, sont humides et sujettes à des pluies abondantes; le climat de l’Uruguay et des environs de Buenos-Ayres est tempéré, mais variable. De tout le bassin de la Plata, Montevideo est le seul point sur lequel nous possédions des observations précises : les quatre saisons y sont d’une durée à peu près égale, mais elles sont moins nettement tranchées qu’en Europe sous la meme latitude; l’hiver, qui comprend les mois de juillet, d’aoùt et de septembre, est pluvieux, sujet à des brumes fréquentes, mais les orages et les coups de vent sont rares. C’est l’époque où l’on observe le moins de maladies. Le printemps, qui s’étend de la fin de septembre au commencement de décembre, est la saison la plus désagréable de l’année, par les variations de température ; le
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ciel est habituellement couvert, les pluies et les orages fréquents l’été s’étend depuis le commencement de l’année jusqu’à l’équinoxe de mars. C’est l’époque des grandes brises et des orages qui éclatent presque tous les soirs; l’automne, compris entre l’équinoxe de mars et le solstice de juin, est la plus belle saison de l’année.
D’après les observations faites par Saurel, à bord de l'Alcibiade, en 1849 et en 1890, la température moyenne de l’année est, à Montevideo, de 17°, 57; celle du mois le plus chaud (janvier), de 24°; celle du mois le plus froid (août), de 11°; les limites extrêmes, pendant ces deux années, ont été 50° et 2°; il est extrêmement rare qu’il y gèle, tandis que, dans l’ouest et sur les bords de l’Uruguay, on trouve souvent de la glace. Les changements de température sont brusques et fréquents : dans le jour, lorsqu’il fait calme ou qu’il souffle une petite brise de nord ou de nordest, la chaleur est accablante; il en est de même le soir quand le temps est à l’orage, mais lorsque celui-ci vient à éclater, le thermomètre descend quelquefois de 15 ou 17 degrés en quelques heures. A Buenos- Ayres, la température est un peu moins élevée : la moyenne annuelle est de 10°, 9; celle de janvier de 11°, celle d’août de 25°, 8. (Kæmtz.)
Les oscillations du baromètre sont très-étendues dans la Plata, surtout pendant l’hiver: à cette époque il se maintient habituellement au-dessus de 760 millimètres, tandis que pendant l’été il est presque toujours audessous; les limites extrêmes observées par Saurel ont été 772 au mois d’octobre et 744 au mois d’août. Les indications du baromètre offrent un grand intérêt, parce qu’elles annoncent, d’une manière à peu près certaine, les orages et les coups de vent.
Le ciel est habituellement clair et serein, l’air y est souvent d’une transparence parfaite ; cependant on observe, à toutes les époques de l’année, mais surtout en hiver, des brumes épaisses qui durent souvent plusieurs jours de suite. Il pleut plus souvent à Montevideo que dans le reste de la république Orientale ; il ne s’écoule presque jamais un mois sans pluie; elles sont presque toujours amenées par les orages; aussi ne tombent-elles guère que le soir et le matin. D’après le docteur Mendoza, le sol reçoit en moyenne chaque année 780 millimètres d’eau. Pendant un séjour de dix-huit mois, Saurel n’a vu tomber de grêle que dix ou douze fois, et une seule fois de la neige qui se fondait à 1 instant. Lorsque le temps est clair, il se forme pendant la nuit une rosée abondante, et souvent, pendant l’hiver, on observe de la gelée blanche.
Dans le bassin de la Plata , les vents suivent le cours des saisons. A Montevideo, ils sont variables et souvent très-violents, mais, quelle que soit leur direction, ils faiblissent sensiblement au coucher du soleil. Les vents de nord sont les plus fréquents; ils sont chauds même en hiver, et s’accompagnent d’une grande humidité et d’une forte tension électrique. Lorsqu’ils soufflent pendant plusieurs jours, ils déterminent une forte dépression barométrique, et on peut être certain qu’ils ne tarderont pas à passer au sud-ouest. C’est la direction de ces coups de vent qu’on désigne sous le nom de pamperos, parce qu’ils arrivent sans obstacle à
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travers ccs immenses pampas qui s’étendent des Cordillères au Rio de la Plata. Le pampero est, pour ces contrées, ce que le mistral est pour les côtes de Provence; il est, comme lui, sec et l'roid, il éclaircit le ciel et déploie parfois une violence telle , que les arbres sont arrachés, les maisons emportées, les cavaliers renversés avec leurs montures, et que les navires au mouillage se trouvent en perdition.
En somme, le climat de ce pays est tempéré et analogue à celui du midi de la France; seulement, toutes les conditions en sont exagérées : les variations incessantes dans la température, la pression et l’humidité de l’atmosphère, la fréquence des orages et la tension électrique, en forment les caractères dominants.
Salubrité, maladies. — Les bords de la Plata sont d’une salubrité parfaite. Quoiqu’ils soient couverts de marais, de lagunes et de plaines noyées, malgré l’insouciance des habitants qui laissent pourrir, autour des saladeros, les cadavres des animaux qu’on sacritie par milliers, pour la préparation du tasso et des cuirs qui forment le principal commerce du pays, on n’y observe pas de maladies endémiques. Le choléra, qui a apparu au Brésil en 1855 et y est revenu en 1858, n’a pas encore touché la Plata, quoique ses ravages aient été considérables dans la province de Rio-Grande. La fièvre jaune qui, jusqu’en 1857, avait respecté Montevideoj y éclata, au mois de mars de cette année, avec une extrême violence. En quatre mois, elle fit 1,200 victimes, dans cette ville dont la mortalité annuelle moyenne ne dépasse pas 1,000 décès; et cependant les deux tiers de la population avaient fui devant le fléau. L’année suivante, au mois d’avril, ce fut le tour de Buenos-Ayres, mais elle n’y fit que peu de ravages, et le nombre des morts ne s’éleva qu’à 70. (Martin de Moussy.) Les fièvres intermittentes sont extrêmement rares dans les contrées si éminemment palustres qu’arrosent l’Uruguay et le Parana. On en observe pourtant, dans les provinces de Tucuman, de Salta, de Jujuy, de Corrientès, ainsi qu’au Paraguay. On les voit survenir dans la saison sèche, après les grandes pluies, mais elles sont bénignes et guérissent souvent d’elles-mêmes. A Montevideo, à Buenos- Ayres, elles sont à peu près inconnues. Nous avons déjà signalé cette étrange immunité, en parlant de l’Océanie; Boudin fait remarquer qu’oit ne l’observe que dans l'hémisphère sud; cette réflexion très-juste constate le fait, mais ne l’explique pas.
La salubrité du climat de la Plata est attestée par l’excédant véritablement remarquable des naissances sur les décès. On le constate dans la bande orientale, comme dans la campagne de Buenos-Ayres, comme dans toutes les provinces de l’intérieur. D’après les patientes recherches et les longs calculs de Martin de Moussy, le rapport est en moyenne de 2 à 1. Le chiffre de la mortalité est à peu près le même qu’en Europe; il est, d’après cet auteur, de 2,5 p. 100 dans la confédération Argentine, prise dans son ensemble, et de 5,52 p. 100 à Montevideo. Ce sont aussi les enfants qui lui payent le plus fort tribut. Les maladies vermineuses, les convulsions et surtout le tétanos en font périr un très-grand nombre, et
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c’est probablement à cette cause que sont dus les chiffres assez élevés qu nous venons de produire, et qui contrastent avec ceux que citeMarroin Le corps expéditionnaire dont il était le médecin se composait de 1,51 hommes, et pendant un séjour de 25 mois, dans la Plata, il n’en est moi que 15, ce qui donne la proportion de 0,44 p. 100 par an, laquelle es inférieure de plus de moitié à celle que fournit l’armée française, dan les garnisons de l’intérieur.
Les maladies qu’on observe dans le bassin de la Plata sont celles de régions tempérées de l’Europe, et présentent la même variété. Les épidt mies y sont fréquentes. Il est rare qu’il se passe une année sans qu’o voie apparaître, sous cette forme, la variole, la scarlatine, la rougeole, 1 coqueluche ou la grippe. La variole, importée par les Espagnols, déci mait les populations indigènes avant l’introduction de la vaccine qui y pénétré en 1805, grâce à l’initiative du roi d’Espagne, Charles IV, et y été accueillie avec un véritable enthousiasme. Bien qu’elle ne soit pas prati quée avec toute la régularité désirable, les épidémies sont aujourd’hi beaucoup moins meurtrières sur le littoral, mais la variole est encore 1 fléau le plus redouté des tribus du Sud et du Chaco, qui fuient, dans 1 désert, en abandonnant leurs malades, lorsqu’ils la voient apparaître dan leurs campements. La scarlatine est aussi fréquente et plus insidieuse qu la variole. Elle se répand un peu moins dans l'intérieur, mais elle ne fai pas moins de victimes sur le littoral. Par une particularité très-remai quable, elle n’attaque guère, au dire de Martin de Moussy, que les indivi dus nés en Amérique; les Européens n’en sont presque jamais atteints La rougeole est beaucoup moins grave, mais elle laisse souvent à sa suit des affections auxquelles les jeunes sujets finissent par succomber.
En dehors des épidémies, ce sont les maladies des voies respiratoire qui offrent le plus d’importance. Les laryngites, les angines et les bron chites s’observent à toutes les époques de l’année, mais surtout pendan l’hiver, où les variations de température sont si marquées. Les personne qui y sont prédisposées doivent fuir le pays ou s’y astreindre aux plu grandes précautions. Les bronchites surtout ont une tendance à se perpé tuer qui en fait des maladies sérieuses. La pleuro-pneumonie est très-ré pandue dans l’intérieur; elle règne depuis le mois de mai jusqu’en oc tobre, et attaque surtout les gens du pays. La phthisie est très- commun à Montevideo ; elle y marche avec une rapidité telle qu’elle arrive ei quatre ou cinq mois à sa dernière période, et qu’il est rare que le malad résiste plus d’une année. C’est elle qui entre, pour le chiffre le plu élevé, dans la statistique des décès de Montévideo, dressée par Martin d' Moussy, et dans celle que produit Marroin, elle figure pour un quart dan la mortalité du corps expéditionnaire.
La fièvre typhoïde n’est pas rare dans la Plata. Elle y affecte une remar quable tendance aux hémorrhagies par les muqueuses et aux gangrène de la peau. Elle n’offre cependant pas un haut degré de malignité, car sui 84 cas que Marroin a été appelé à traiter, il n’en a perdu que 7. Le rhu matisme, sous toutes les lormes et les affections du cœur qui l’accompa
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gnent, s’observent fréquemment à Montevideo; ces maladies sont cependant moins communes qu’à la côte opposée. Les névroses sont extrêmement répandues dans toute cette contrée; il n’est peut-être pas de pays où les névralgies soient plus fréquentes et plus tenaces. Les nerfs de la face et le nerf sciatique en sont les sièges de prédilection. Les gastralgies, les entéralgies ne sont pas rares. Le tétanos y est très-commun, sous ses deux formes. A la suite du combat d’Obligado, beaucoup de nos blessés succombèrent à cette complication qu’on voit souvent, comme dans l’Inde, survenir à l’occasion de lésions insignifiantes ou même de vieux ulcères. Les gauchos le traitent en enfermant le malade dans la peau d’un mouton écorcbé vif. Le tétanos des nouveau-nés qu’on nomme, à Montevideo, maladie de sept jours, y fait, comme nous l’avons dit, de nombreuses victimes. L’hystérie y est très-répandue ; il en est de même de l’aménorrhée, de la chlorose et des maladies utérines. Les femmes du pays sont prédisposées à ces affections par leur constitution nerveuse et débile, leur vie oisive et sédentaire, leur alimentation capricieuse et l’activité de leur imagination. Les maladies vénériennes sont très-communes dans la Plata, la blennorrhagie et les bubons d’emblée principalement.
c. Patagonie. — Entre le Rio Negro et le détroit de Magellan s’étend le vaste territoire presque entièrement inconnu qui porte le nom de Patagonie. C’est un pays sauvage et stérile, montagneux à la côte occidentale où se termine la chaîne des Andes, plat et aride dans tout le reste de son étendue. Quelques rivières, dont on ne connaît guère que l’embouchure, le parcourent de l’ouest à l’est, l’intérieur renferme des cours d’eau qui vont se perdre dans des lacs salés dont la position n’est pas mieux déterminée. Des plaines sans bornes, de vastes prairies, de grandes forêts, remplissent l’intervalle compris entre les Cordillères et l’océan Atlantique; aucune route ne les traverse, peu de voyageurs y ont pénétré. Le sud de cette région ressemble, à la chaleur près, aux déserts de l’Afrique; le nord est moins aride et rappelle les pampas de l’État de Buenos-Ayres.
Le climat correspond à la constitution géologique. La région montagneuse de l’Ouest, arrosée par des torrents et des rivières, est soumise à des froids assez vifs et à des pluies presque continuelles ; les plaines de l’Est nues et sans végétation jouissent d’une température plus élevée, d’un air sec et serein; la partie méridionale, la seule qui soit bien connue, contraste avec les précédentes, sous Je rapport des conditions météorologiques, ainsi que de la végétation. Le climat des terres Magellaniques est exceptionnel. Leur flore et leur faune appartiennent à des latitudes plus élevées. Dans la presqu’île de Brunswick, on voit croître les fuchsias et les véroniques arborescentes, sur des coteaux qui touchent aux glaciers et ceux-ci descendent jusqu’au bord de la mer. La température y est assez uniforme. Port-Famine, placé au centre du détroit, sous une latitude correspondante à celle du nord de l’Angleterre, est le seul point où il ait été fait des observations météorologiques. D’après celles qui ont été recueillies, à bord du Beagle , par le capitaine King, la moyenne annuelle de température. serait de 5°, 25, celle de l’hiver de 0°,60, celle de l’été de 10°, mais
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ces chiffres ne peuvent être qu’approximatifs. L’expédition de Dumont d’Urville y a séjourné pendant vingt-six jours à l’époque de la belle saison. La plus basse température observée abord de l'Astrolabe, a été de 5°, 4, le 21 décembre, la plus haute de 15°, 40, le 51 du même mois. L’atmosphère y est extrêmement humide; la pluie et la neige y tombent en abondance, les brumes y sont presque continuelles, les bourrasques, les grains à peu près incessants, surtout par les vents de sud-ouest qui dominent dans ces parages et qui soufflent souvent avec une extrême violence.
IL Région océanienne. — a. Tasmanie. — La Tasmanie, séparée de la Nouvelle-Hollande par un détroit de 120 kilomètres de largeur à travers lequel passe la ligne isotherme de -+- 15°, est une grande île, de forme triangulaire, traversée par plusieurs chaînes de montagnes, dont quelquesunes atteignent une hauteur de 1,500 mètres, et dont les sommets sont couverts de neige pendant près de huit mois. De nombreuses rivières en descendent et l’intérieur offre des lacs, dont un, situé au centre, n’a pas moins de 20 kilomètres de longueur. L’ile est couverte de hois et renferme de beaux pâturages ; le sol en est très-fertile, excepté au nord, que borde une côte aride et inhospitalière.
Le climat est sensiblement plus froid que celui du continent voisin. Les observations recueillies à IIobart-Town, sa capitale, donnent une moyenne annuelle de température de 11°, 9, par conséquent inférieure de plus de 6°, à celle de Sydney. La moyenne du mois le plus froid (juillet) est de 6°, 5, celle du mois le plus chaud (janvier) de 16°, 7. Il y tombe, par an, 568 millimètres d’eau. La gelée et la neige y sont fréquentes, pendant l’hiver; l’été, les vents de nord-ouest, qui viennent de l’Australie, y apportent cette chaleur sèche dont nous avons parlé, à l’occasion de celle-ci.
Ce pays n’est pas insalubre. Sa population, presque exclusivement européenne, jouit d’une bonne santé. Elle se compose, pour près d’un tiers, de déportés, dont le nombre augmente chaque année, depuis que les Anglais ont cessé d’en envoyer en Australie.
b'. Nouvelle-Zélande. — La Nouvelle-Zélande est formée de deux îles dont le sol volcanique est extrêmement tourmenté. Les montagnes qui le couvrent presque entièrement sont couronnées par des neiges éternelles, leurs flancs escarpés et stériles contrastent avec la riche végétation qui croît à leur base. Les vallées y sont étroites et peu profondes; le littoral est fertile, les cours d’eau très-nombreux, et des sources jaillissent de presque tous les rochers.
Le climat de la Nouvelle-Zélande offre quelque analogie avec celui de la France, dont elle est l’antipode, mais il est plus humide. La température est plus basse que celle de l’Australie et plus élevée que celle de la Tasmanie. A Auldand, la moyenne annuelle est de 15°, 1, celle du mois le plus froid de 9°, 7, celle du mois le plus chaud de 20°, 7. Le thermomètre ne descend jamais au-dessous de — 4°, et cela n’arrive que pendant quelques nuits de la mauvaise saison, qui s’étend de juin en septembre. Il y gèle rarement, et la neige ne séjourne pas dans les plaines. Dans la belle sai-