‹ Dictionnaire de mâedecine et de chirurgie pratiquesChapitre 17 sur 113 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Les maladies sporadiques sont, avons-nous dit, beaucoup moins fréquentes et moins graves. Elles régnent pendant toute l’année, mais plus spécialement pendant les saisons qui rappellent les conditions climatériques de l’Europe, c’est-à-dire pendant l’ hiver et le printemps. C’est alors qu’on voit régner les affections des voies respiratoires. Rares sur le littoral, elles deviennent plus fréquentes quand on s’élève dans les montagnes. A Constantine, les pneumonies et les pleuro-pneumonies sont communes et graves pendant l’hiver. Sur le littoral même, on remarque de grandes différences, suivant la longitude. À l’hôpital de la Salpêtrière, à Alger, les maladies de poitrine entrent pour 10 p. 100 dans la mortalité (C. Broussais) ; dans celui d’Oran, elles n’y figurent que pour 7 p. 100 (Marseilhan), et dans celui de Bougie pour 4,4 p. 100 seulement (Anselin). Les bronchites, si communes sous nos latitudes, entrent à peine en ligne de compte en Algérie. Tous les médecins de l’armée signalent la rareté de la phthisie parmi nos soldats. Dès 1856, Costallat avait proposé au ministre de la guerre de fonder à Alger un hôpital pour les phthisiques. Cette proposition devint le point de départ d’une longue discussion à laquelle nous avons nous-même pris part, et sur laquelle nous n’avons pas l’intention de revenir. On peut établir aujourd’hui, comme un fait incontestable, que la tuberculisation pulmonaire fait moins de ravages en Algérie qu’en France, et que la ville d’Alger, dont les conditions climatériques sont si favorables, peut offrir un refuge aux phthisiques, à la condition toutefois qu’ils n’attendent pas trop tard pour s’y réfugier, carde l’avis même des plus chauds partisans de l’émigration algérienne, la maladie y marche avec une effrayante rapidité, lorsqu’elle a franchi sa première période.

Jusqu’ici, c’est le climat d’Alger qui nous a servi de type, parce que c’est le mieux connu et celui qui nous intéresse davantage. L’empire de Maroc présente des conditions analogues. L’Atlas le partage aussi en deux parties, dont l’une, située sur le versant occidental de la chaîne, représente le Tell, et dont l’autre, située sur le versant opposé, offre toute l’aridité du désert. Baigné par l’Océan et par la Méditerranée, le Maroc est accessible aux vents de mer par deux de ses côtés. Ses montagnes et ses plateaux sont un peu plus élevés que ceux de l’Algérie ; il jouit par conséquent d’une température moins élevée, mais plus inégale; il passe pour salubre.

La régence de Tunis, au contraire, sert de transition entre les Etats tripolitains, plus arides et moins accidentés, et nos possessions d’Afrique, qui leur sont, à tous égards, infiniment supérieures. On y retrouve le prolongement des chaînes de montagnes que nous avons signalées en parlant de celles-ci; la région du littoral, ou Sahel, est, comme le Tell, fertile et bien cultivée. Son sol léger et pierreux est couvert d’oliviers; mais, à partir de Sfax, il devient de la plus désolante aridité, et depuis Gana jusqu’au puits de Boussab, qui marque la limite du désert, on ne rencontre plus que des plaines de sable, des montagnes nues, d’immenses marais salés, et de rares oasis couvertes de dattiers.

La température est plus élevée dans la Régence qu’en Algérie, à latitude

CLIMAT. CLIMATS chauds (zone septentrionale). loi

égale. Alger et Tunis sont placées sous le même parallèle, et cette dernière a une moyenne annuelle plus élevée de 2°, 5. Soussa est plus au nord qu’Oran, et la différence va jusqu’à 7°. Cette supériorité se retrouve à toutes les époques de l’année. Elle est duc à la direction de l’Atlas qui abrite l’Algérie des vents du sud, et les laisse, au contraire, souffler en liberté sur la Régence. En rade de Tunis, lorsque le vent vient de cette direction, la chaleur est insupportable; elle m’a même paru plus acca blante, pendant le séjour que j’y ai fait, que dans bien des pays situés som la zone torride.

Tunis réunit toutes les conditions d’insalubrité imaginables. Ce devrait être un foyer permanent de lièvres graves et de dysenteries malignes, une proie réservée à toutes les épidémies, et cependant il n’en est rien; tous ceux qui l’ont habitée depuis Louis Frank, en vantent la surprenante salubrité. L’absence de fièvres intermittentes dans une ville entourée de marais infects, est un fait constant bien qu’inexplicable. Les maladies qu’on y rencontre sont les fièvres éruptives et surtout la variole, les ophthalmies et les maladies cutanées. C’est principalement sur les noirs venus de l’intérieur qu’elles sévissent ; c’est également sur eux que frappent les épidémies qui passent de temps en temps sur les Étals barbaresques. La peste y a fait de grands ravages à plusieurs reprises; elle n'est pas endémique dans le nord de l’Afrique, elle y a toujours été importée du Levant. Depuis la terrible épidémie dont parle Orose, et qui eut lieu 151 ans avant l’ère chrétienne, on compte au moins douze apparitions de ce redoutable fléau. Celle de 1793 fut la plus terrible; on en conserve encore le souvenir à Alger, où on la désigne sous le nom de grande peste. L’année suivante elle ravagea le royaume de Maroc, qui a, du reste, été le plus cruellement frappé à toutes les époques. Le consul anglais Jakson porte à 124,500 le nombre de ses victimes. Elle parut s’éteindre alors pour ne plus reparaître qu’en 1817, époque à laquelle elle parcourut tout le nord de l’Afrique, à l’exception de la régence de Tripoli, qui put s’en préserver à l’aide d’un cordon sanitaire, embrassant toute la frontière de la régence de Tunis, où elle avait été importée par un navire du Levant. Depuis 1822 jusqu’au mois d’octobre 1856, on n’a pas signalé un cas de peste dans le nord de l’Afrique. A cette époque, elle fut importée à Tripoli par une frégate turque, et ne cessa complètement qu’au mois de juillet 1857, après avoir fait plus de 500,000 victimes, au dire du docteur Capeleone, médecin en chef de la division turque. Depuis 1857, elle n’avait pas reparu dans le nord de l’Afrique, lorsqu’au mois de mai 1858, elle éclata tout à coup à Benghazi, dans la régence de Tunis; elle y atteignit son apogée en juin et cessa à la fin de juillet, après avoirfait 800 victimes. De Benghazi, elle se répandit dans trois des districts de la province. C’est la dernière apparition qu elle ait faite sur le sol Africain.

Le choléra s’y est montré deux fois, en 1855 et en 1849, époque à laquelle il éclata à Tunis, dans le courant d’octobre. Il arriva à Tibourba et à Bizerte en mars 1850, franchit la frontière algérienne au mois

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d’août, s’étendit successivement à Bone, à Constantine, à Sétif, à Biskara, et atteignit Alger au mois d’octobre. Il y lit, du reste, peu de ravages.

b " Régence de Tripoli; Égypte. — La partie orientale de la région africaine, dont le sol plat et sablonneux contraste avec les contrées montagneuses que nous venons de passer en revue, comprend la régence de Tripoli et l’Egypte.

1° Régence. — La Régence, envisagée dans son ensemble, est une grande plaine de sable traversée par quelques collines arides, et dans laquelle les parties cultivées se réduisent à la zone du littoral et à quelques oasis semées sur le chemin du désert, qui commence aux portes mêmes de Tripoli. A partir de cette ville jusqu’à la frontière égyptienne, on rencontre, le long de la côte, quelques vallées fertiles, des marais ijnmenscs, parmi lesquels on remarque celui dont parle Strabon, et qui n’a pas moins de cent milles de long. Au sud sont les monts Ghazian, qu’on aperçoit de la rade de Tripoli, lorsque le temps est clair, et dans les interstices desquels on rencontre encore quelques points arrosés par des cours d’eau limpide et couverts de grenadiers, de figuiers, d’aloès et d’amandiers; au delà de cette chaîne, on ne trouve plus que le désert dans toute son aridité. Des collines calcaires aux flancs nus et déchirés, des sables parsemés d’énormes blocs d’argile rouge précèdent le désert de l’Hamadah, dont l’imposante solitude semble défendre l’approche du Fezzan, lequel n’est lui-même qu’une portion un peu moins désolée du Sahara.

La régence de Tripoli est la partie la moins arrosée de la région septentrionale de l’Afrique : les seuls cours d’eau qu’on y trouve sont des ruisseaux descendus des monts Ghazian, desséchés pendant la plus grande partie de l’année, et qui ne fertilisent que d’étroites vallées rapprochées du littoral. Au delà de ces monts, on ne trouve plus que de petits étangs et des puits aux eaux saumâtres. Dans tout le Fezzan, on ne rencontre pas un jardin d’une acre d’étendue , et pas un gazon de la largeur d’une table. La pluie est aussi rare dans la Régence qu’en Égypte. Sur l'Hamadah et dans le Fezzan, il ne pleut presque jamais. Les vents y sont assez réguliers; ce sont les vents élésiens qui dominent sur la côte. Ils soufflent du nord et du nord-est dans l’été, et s’engouffrent dans le golfe de la Syrte; en hiver ce sont les vents de sud et de sud-ouest qui l’emportent.

Météorologie. — La régence de Tripoli est la partie la plus chaude des Étais barbaresqucs. Plus au sud que l’Algérie et que Tunis, elle n’a pas d’abri contre le vent du désert, et la réverbération du sol y rend la chaleur accablante pendant le jour. Les nuits, au contraire, sont fraîches, surtout dans le désert. A Tripoli, la moyenne de l’année est de 21°, 4; celle du mois le plus froid (janvier), de 14°, 3; celle du mois le plus chaud (août), de 27°. Ges moyennes résultent des observations recueillies par le docteur Bonjean, à bord du brick le Messager, en 1845 et 1846. La température la plus basse qu’il ait notée, a été de 11 degrés, la plus haute, de 30 degrés. La différence entre les moyennes de deux mois consécutifs n’a jamais

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dépassé 3°, 9, et, dans un même mois, les variations n’ont jamais excédé 9 degrés. La différence entre les jours et les nuits est très-peu marquée : la moyenne barométrique a été de 762 millimètres pour l’année entière, le minimum de 750, le maximum de 771.

Maladies. — Bien que la ville de Tripoli soit dans un état de délabrement et de malpropreté inimaginables, que ce ne soit, à proprement parler, qu’un amas d’immondices, il y règne peu de maladies : les affections dominantes sont les ophthalmies; là, comme en Egypte, et pour les mêmes raisons, toutes les variétés de blépharite et de kératite se rencontrent à chaque pas; on n’y voit que des borgnes et des aveugles. Les maladies de peau, les névralgies et les rhumatismes y sont très-répandus; mais, en somme, ce n’est pas un pays malsain. Il ne faudrait pas, du reste, juger de toute la Régence, par la ville de Tripoli; au voisinage des marais et des lacs salés, il règne des fièvres du plus mauvais caractère. Dans certaines villes, à Benghazi, par exemple, la dysenterie est endémique, et fait souvent de grands ravages. Le Fezzan est de la plus insigne insalubrité : le voyageur Ritchie y est mort; Lyon, Oiulney et Clapperton ont été longtemps malades à Mourzouch, et, d’après ce dernier, il est rare d’y rencontrer, même parmi les indigènes, un visage qui respire la santé. Les étangs salés y donnent la lièvre, les variations diurnes de température y causent de nombreuses affections des voies respiratoires, et le sable y entretient des opbtbalmies graves. Il paraît toutefois que, depuis le passage de Lyon, l'état sanitaire s’est amélioré, par suite des travaux d’assainissement qu’y ont fait les Turcs.

2° Égypte. — L’Égypte est une vallée que le Nil arrose, après l’avoir en partie formée, une bande de terre végétale que traverse le désert. « Pour la peindre en deux mots, dit Volney, qu’on se représente, d’un côté, une mer étroite et des rochers, de l’autre, d’immenses plaines de sables, et, au milieu, un fleuve coulant dans une vallée longue de 150 lieues, large de 5 à 7, lequel, parvenu à 50 lieues de son embouchure, se divise en deux branches dont les rameaux s’égarent sur un terrain libre d’obstacles et presque sans pente. » Cette bande, qui s’élargit en s’approchant de la mer, présente dans son ensemble un relief convexe, sur le sommet duquel le Nil a creusé son lit. Dès qu’il s’élève au-dessus du niveau de ses berges, il submerge toute la partie convexe du pays limitrophe, la seule qui soit cultivée. L’Égypte n’est que le lit du Nil, n’existe que par lui, et retournerait au désert s’il venait à se tarir. Les pluies tropicales qui amènent ses crues, commencent en Nubie et en Abyssinie, dès le mois de mars; mais elles ne se font sentir en Égypte qu’à la fin de juin. Le fleuve s’élève alors lentement pendant trois mois et inonde toute la vallée; vers le solstice d’automne il commence à décroître, et, au bout de trois autres mois, il est rentré dans son lit. Pendant l’inondation, l’Égypte ressemble à une mer, du sein de laquelle sortent des villes, des édifices, des chaussées plongées dans une immense nappe rouge, qui laisse après elle un limon fécondant répandu sur un sol noir et fangeux, dans lequel on sème le trèfle, l’orge et le blé, en suivant le

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retrait des eaux. Pendant l’hiver, la fraîcheur, la force et l'abondance de la végétation dépassent tout ce qu’on peut imaginer : L’Égypte n’est, d’un bout ci l’autre, qu’un champ de fleurs, qu’un océan d’épis, sous le ciel le plus uniformément pur qu’on puisse rêver. Cette délicieuse période ne dure guère; le sol se dessèche à l’époque du printemps de nos climats, et reprend toute son aridité.

Météorologie. — Quatre saisons correspondent aux quatre phases de l'évolution du Nil; elles offrent la plus grande analogie avec celles que nous avons indiquées en parlant de l’Algérie, si l’on en juge par les caractères palhogéniques que leur assigne Larrey. Elles se distinguent par la constance des vents régnants qui, pendant le cours de l’année, font le tour du compas avec une régularité remarquable. La saison morbide, ainsi que l’appelle Larrey, s'étend de mars à la fin de mai; elle est signalée par la fréquence et la gravité des maladies qui coïncident avec le dessèchement du sol. Ce sont les vents de sud-ouest qui dominent alors. C’est aussi l’époque du khamsin qui est, pour l’Égypte, ce que le simoun est pour le Sahara, et l’harmattan pour la côte occidentale. Lorsqu’il souffle, on croirait qu’il a passé sur une fournaise ; le thermomètre monte de 10 à 15 degrés en quelques heures ; les habitants s’enferment dans leurs maisons pour laisser passer la tourmente, et les caravanes courent les plus grands dangers. L’armée française en ressentit, pour la première fois, les effets dans le désert de Cathieh, en quittant Gaza.

Il pleut très-rarement en Égypte : ces gros nuages, qu’on voit d’avril en juillet, remonter vers les montagnes de l’Abyssinie, vont se résoudre en pluies torrentielles sous les tropiques, qui les rendent à l’Égvpte par la voie des inondations. Il ne tombe presque jamais d’eau dans le Sud; dans le Delta, on compte en moyenne de 25 à 50 averses pendant l’été, jamais en hiver. Il pleut plus souvent à Alexandrie et à Rosette qu’au Caire. A Djirdjé, la pluie est presque un prodige ; son absence est compensée par des rosées extrêmement abondantes. Le brouillard est rare même en hiver; la neige ne se voit que sur le littoral, encore est-elle assez rare pour exciter, lorsqu’elle tombe, un étonnement général.

La température moyenne de l’année est de 22 degrés; celle du mois le plus froid (janvier), de 15°, 55; celle du mois le plus chaud (juillet), de 29u,G6. Les extrêmes de température présentent des écarts considérables : ainsi, tandis qu’on a noté au Caire 40°, 2 (Coutelle), à Esneh 4/°,4 (Burckardt), à Tlièbes 48° (Prisse d’ Avenues), on voit quelquefois, dans la haute Égypte, le thermomètre descendre ît — 2U et — 5°; on prétend même qu’au neuvième siècle, sous le khalifat de Mamoun, le patriarche jacobite d’Antioche, Denys de Felmasi trouva le Nil gelé en arrivant en Egypte. La moyenne barométrique de l’année est de 758; la pression maximum, en janvier, de 762; la pression minimum, en juillet, de 755.

Salubrité; maladies. — L’Égypte n’est pas aussi insalubre que pourraient le faire croire ses inondations périodiques, sa température élevée et variable, son sol couvert de marais, comme le lac Maréotis, et l’insigne malpropreté de scs habitants. Tous les auteurs sont d’accord à cet égard:

« La salubrité de l’Egypte, dit Desgenettes, est définitivement jugée par les résultats qu’a fournis l’expédition ; pendant les 27 mois qu’elle a duré, les 50,000 hommes qui la composaient n’en ont perdu que 8,915, dont 4,578 sont morts à la suite de blessures, et dont 4,157 ont été enlevés par les maladies. Dans ce nombre, la peste a fait, à elle seule, 1 ,689 victimes. » Cette proportion de 6,16 pour 100 est extrêmement faible pour une année en campagne. La salubrité augmente à mesure qu’on s’éloigne de la côte. Le Caire est plus sain qu’ Alexandrie, que Rosette et que Damiette. D’après les relevés de Desgenettes, la mortalité annuelle ne dépasse pas 5 pour 100. Alexandrie, au contraire, si salubre au temps de Strabon, est maintenant le point le plus malsain de la côte. Cela tient au voisinage du lac Maréotis. Avant l’expédition d’Égypte, c’était une source de prospérité pour la contrée, il régularisait les inondations du Nil, et neutralisait l’effet de l’inégalité des pluies tropicales. Le 4 avril 1801, l’armée anglo-turque coupa ses digues. Pendant 70 jours, les eaux de la mer s’y précipitèrent. Ce déluge submerga 40 villages et les terres cultivées qui les entouraient. Aujourd’hui le lac n’est plus qu’un marais communiquant avec la mer, et dont les émanations sont directement portées sur la ville, sans qu’aucun obstacle les arrête. (Isambert.) Les canaux à demi desséchés, le port qu’on ne nettoie jamais, les débris d’animaux qui se putréfient au soleil sur la plage, répandent sur la ville, par les vents d’est surtout, des miasmes infects. Rosette et Damiette présentent de moins mauvaises conditions.

Les maladies qu’on observe en Égypte, sont les mêmes qu’au temps de Prosper Alpin. Nous y retrouvons toujours l’ophtbalmie endémique, les lièvres paludéennes, les engorgements du foie et de la rate et les affections des voies urinaires. Cependant la peste n’y figure plus. Depuis 1844, on n’en a pas observé un seul cas authentique et médicalement constaté. Elle n’existe plus, du reste, à l’état endémique, dans aucune partie du Levant. C’est un fait bien établi par les rapports des médecins sanitaires institués par l’ordonnance du 18 avril 1847. La maladie la plus répandue en Egypte c’est l’ophthalmie purulente. Elle y est si commune, dit Pariset, qu’il n’est village, bourg ou ville, où l’on ne rencontre, à chaque pas, un borgne, un aveugle, des yeux actuellement rougis par l’inflammation ou altérés par des inflammations antécédentes. Elle est plus répandue sur le littoral que dans la haute Égypte, dans les campagnes que dans les villes; le Caire est l'endroit où on en rencontre le plus. Elle sévit plus particulièrement sur les gens du peuple, bien qu’elle n’épargne, d’une manière absolue, aucune classe de la société. Les Mameluks et les étrangers y sont moins sujeis que les naturels, et cependant les armées européennes lui ont payé un large tribut, depuis le temps des croisades jusqu’à l’expédition conduite par le général Bonaparte. Après la bataille du 50 ventôse an IX, presque tous les soldats campés sur les bords du lac Maréotis en lurent atteints. En deux mois et demi, dit Larrey, il en passa plus do o, 000 par les hôpitaux. L’armée anglaise ne fut pas plus épargnée ; elle la rapporta même en Europe, et on la vit apparaître, sur son parcours, à

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Malte, en Sicile, à Gibraltar, en Espagne et en Portugal. Un an après, en 1804, elle s’étendit à toutes les divisions de l’armée britannique, et en quelques années, le nombre des aveugles s’éleva à 5,000. Cette ophthalmie règne dans tout l’Orient, mais elle est plus commune en Égypte; elle s’y développe sous l’influence de causes locales, elle se généralise par l’encombrement et se transmet par le contact.

Après l’ophthalmie, la maladie la plus répandue est la dysenterie. Elle fit plus de ravages que la peste, dans les rangs de nos soldats, puisqu’elle en enleva 2,468, tandis que la peste n’en fit périr que 1,689. La peste, dit Desgenettes, nous laissait des instants de répit; la dysenterie sévissait en tout temps. C’est elle qui ligure, avec le chiffre le plus élevé, dans les statistiques de mortalité de toutes les localités de la basse Égypte. .Elle y présente les mêmes caractères que dans tous les pays chauds, elle s’y allie, comme dans toutes les contrées palustres, aux diarrhées de mauvais caractère et aux lièvres intermittentes. Celles-ci sont très-répandues, et, comme au temps de Prosper Alpin, elles affectent de préférence le type tierce. Elles sont très-communes à Alexandrie, surtout en automne, et y prennent souvent le caractère pernicieux. Elles existent également, mais avec un degré de gravité moindre, à Rosette, suivant le médecin sanitaire, Reggio, et à Damiette, d’après Savaresi. Isambert dit qu’elles sont inconnues au Caire, on les voit cependant figurer au nombre des maladies observées par le professeur Griesinger, à l’hôpital de Casr-el-Aïni ; et, pendant l’expédition, Eruant et Desgenettes en ont observé un certain nombre de cas. Elles régnent aussi, dans la haute Égypte, avec la même prédilection pour le type tierce. Les accès pernicieux ne sont pas rares, c’est à eux qu’il faut rapporter ces phrénésies terribles dont parle P. Alpin, et qui enlevaient les malades en quelques heures. Enfin, les fièvres rémittentes s’observent également au printemps. Ici, comme dans tous les pays de marais, l’intoxication paludéenne traîne après elle son cortège inévitable d’hydropisies et d’engorgement viscéraux, et l’anémie essentielle n’est pas rare parmi les Fellahs.

Les lièvres continues s’y rencontrent sous des types variés dont quelques-uns sont rares en Europe. On y voit de véritables fièvres typhoïdes dont Griesinger distingue trois formes : 1° l'ileo-typhus qui n’est autre chose que notre dothinentérie, caractérisée par ses taches rosées lenticulaires, spécialisée par l’intensité insolite de la bronchite et démontrée, à l’autopsie, par la lésion caractéristique des plaques de Peyer; 2° le broncho-pneumo-typhus : c’est une fièvre typhoïde adynamique, avec prédominance des symptômes pectoraux ; 5U la fièvre typhoïde bilieuse, caractérisée par la teinte ictéricjue, l’engorgement du foie et de la rate, et qui, sans l’absence des vomissements, ressemblerait, à s’y méprendre, à la fièvre rémittente bilieuse des régions intertropicales. A l’encontre de celle-ci pourtant, elle épargne les Européens et ne frappe guère que les Fellahs. Ges fièvres continues jouent un grand rôle dans la pathologie du Caire, puisque sur 1,027 malades, admis à l’hôpital de Casr-el-Aïni, Griesinger en a observé 200 cas. Elles sont moins graves que nos fièvres

typhoïdes, puisqu’il n’en a perdu que 51 , c’est-à-dire moins de 15 p. 100. La rougeole et la scarlatine sont assez rares en Egypte, la variole au contraire y règne souvent à l’état épidémique.

Par une compensation facile à prévoir, les affections de poitrine sont rares. C’est à peine si, dans la saison froide, on y observe quelques maladies aiguës des voies respiratoires. Sur 1,0*27 malades, Griesinger n’a eu à traiter que 21 pneumonies, 17 pleurésies et 88 bronchites. Les affections diphthéritiques sont très-rares. L’asthme au contraire y est fréquent au dire de Renali.

Depuis Celse, le séjour de l’Égypte passe pour très-favorable aux phthisiques. Cette maladie ne s’y observe, dit-on, que chez les nègres du Sennâr et du Soudan, pour lesquels l’Égypte est un pays froid. Elle est cependant assez répandue dans certains points du Delta, le Behcrch par exemple ; et, pour le dire en passant, elle y marche côte à côte avec la fièvre intermittente. La plupart des médecins, qui ont habité l’Égypte en recommandent le séjour aux tuberculeux. Drus, Griesinger, Isambert, Burguières sont d’accord à cet égard. Cependant cette Égypte, avec ses journées brûlantes et ses nuits froides, son atmosphère incessamment agitée, sa poussière fine, les transpirations profuses et les refroidissements subits auxquels on y est exposé, ne parait guère convenir à des malades aussi impressionnables, et je ne m’étonne pas qu’Isambert leur recommande de remonter le Nil, en décembre et en janvier, et de quitter l’Afrique dès le mois d’avril, tandis que Griesinger les envoie en Syrie à la même époque. Mes doutes sont confirmés par l’opinion d’un juge très-compétent, le docteur Schnepp, médecin sanitaire à Alexandrie, qui a fait de cette question l’objet d’un travail spécial. Il déclare que la phthisie est trèscommune en Égypte; qu’au Caire, elle entre pour 14 p. 100 dans la mortalité générale; il affirme « n’avoir vu aucun cas où des malades, venus du dehors avec une phthisie déclarée, se soient rétablis ; que la maladie prend dans ce pays une marche rapide et arrive promptement à une terminaison funeste* La fonte tuberculeuse une fois commencée, la désorganisation s’accélère avec une vitesse effrayante, l’appétit se perd complètement et des selles colliquatives viennent mettre fin à l’existence. » Les cures merveilleuses dont on a fait tant de bruit ne peuvent s’expliquer, d’après cet auteur, que par des erreurs de diagnostic.

La scrofule est très-répandue dans toute la basse Égypte, et cela n’a pas lieu de surprendre, lorsqu’on connaît la mauvaise alimentation, l’affreuse misère et la malpropreté de ses habitants. Le rachitisme enlève une grande quantité d’enfants de 1 à 5 ans. (Renati.) C’est, avec les convulsions et les accidents de dentition, la principale cause du dépérissement de la population. Depuis leur naissance jusqu’à 7 ou 8 ans, les enfants sont faibles, chétifs et ne se développent pas. Au Caire surtout, ils ont l’air misérable et avorté, l’œil creux, le teint hâve et bouffi, le ventre gonflé, les extrémités maigres et la peau jaunâtre ; ils ont l’air de lutter sans cesse contre la mort. (Volney.)

La syphilis est extrêmement répandue dans toute l’Égypte. On croirait

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que toute la population en est atteinte. A l’époque de l’expédition, Larre’ fut obligé d’établir un hôpital spécial pour y recevoir les femmes infec tées et les retenir jusqu’à parfaite guérison, tandis qu’il consignait le soldats à l’ hôpital militaire. Les maladies cutanées, la gale et le psoriasi sont très-communs. La lèpre y règne encore comme au temps des croi sades. C’est sur les bords du Nil qu’elle a très-probablement pris nais sance pour se répandre dans le monde entier. Suivant Gibert, elle s’es transmise des Égyptiens aux Hébreux, de ceux-ci aux peuples de l’Asii et de la Grèce ; plus tard elle a passé en Italie ; aujourd’hui elle s’est con centrée dans les régions tropicales et dans quelques contrées excentrique comme la Suède. Elle est encore endémique en Égypte, et on l’y observsous ses deux formes principales. Enfin, le docteur Farsara a rencontri plusieurs cas de pellagre dans le Beherch.

Les. maladies des voies urinaires et les calculs sont extrêmement ré pandus en Égypte. Prosper Alpin avait déjà signalé ce fait, mais san remonter à sa cause. Ijeux médecins sanitaires allemands, établis au Caire Griesinger et Bilharz, sont parvenus à la découvrir et à expliquer en mêm temps les phénomènes particuliers que présentent ces affections si com munes chez les indigènes qu’on les retrouve à peu près sur la moiti d’entre eux. D'après ces observateurs, elles sont dues à la présence d’ui entozoaire de la classe des trématodes, le distomum haematobium, qu n’avait pas encore été décrit. Il existe chez la plupart des Coptes et de Fellahs, on le rencontre aussi chez les Nubiens ; mais il n’existe ni che les Européens ni chez les Turcs. Le distomum hæmatobium n’est pas 1 seul que ces médecins aient découvert en Égypte. Indépendamment di distomum heterophyes , qui offre beaucoup d’analogie avec les distome déjà reconnus chez l’homme, ils ont signalé l’extrême fréquence en Égypt del’ ancylostomum duodenale , découvert par Dubini (de Milan) et éludi par Pruner-Bey sur les lieux mêmes. Les entozoaires jouent du reste u grand rôle dans la pathologie égyptienne. Les ascarides lombricoides sont très-communs; le dragonneau, qui y était inconnu avant la conquèt du Sennâr par Méhémet Aly, y est maintenant assez répandu. Il attaqu de préférence les noirs de l’IIedjaz, de la Nubie et de l’Éthiopie, mais o le trouve parfois chez les Égyptiens, et même chez les Européens.

Les hernies, les hydrocèles sont extrêmement communes en Egypti L’éléphantiasis du scrotum y atteint des proportions monstrueuses. Lai rey en a vu 10 ou 12 dont le poids approchait de 100 livres.

II. Bégion méridion M.E de l’Europe. — La partie de l’Europe si tut dans la zone des pays chauds comprend toute l’Espagne, une très-peti portion du littoral méditerranéen de la France, les provinces de l’Ital situées au sud de l’Apennin septentrional et la Grèce. Ces régions fo ment, ainsi que nous l’avons dit, le versant nord du bassin de la Méd terranée. En parlant de celui-ci, nous avons indiqué les caractères dom nants de leur climat et les analogies qu’il présente avec celui du nord i l’Afrique. A part les traits communs que leur imprime la mer intérieu dont elles forment les rivages, elles présentent entre elles des différenc

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trop considérables pour qu’il soit possible de les réunir, dans une étude commune.

a. Espagne. — L’Espagne contraste, par son rude climat, avec les riantes contrées situées sous la même latitude, et ne s’en rapproche que par ses provinces orientales. Cet âpre pays porte les traces des convulsions les plus profondes. De puissantes chaînes de montagnes le sillonnent dans tous les sens. Une longue crête de hauts contre-forts, partant de l’extrémité orientale des Pyrénées et se dirigeant vers le sud-ouest pour atteindre le cap Saint-Vincent, la partage en deux zones dont le climat diffère essentiellement. La zone septentrionale est formée par une superposition de hauts plateaux arides, disposés en amphithéâtre et contrastant avec les pentes escarpées, les cimes abruptes, les crêtes déchirées du système pyrénéen. On les désigne sous le nom de paramos. L’un d’eux, celui de Madrid, a 675 mètres d’altitude et dépasse la hauteur de tous les plateaux un peu étendus de l’Europe. Nous reviendrons sur les caractères particuliers de son climat excessif. La zone méridionale, au contraire, essentiellement maritime, s’incline en pente douce vers la Méditerranée. Elle développe, sur une étendue de près de 600 lieues, ses côtes découpées par une série de criques, de haies, de promontoires, et offre tous les caractères du climat méditerranéen.

Météorologie. — Dans la zone septentrionale, la température est variable et peu élevée. L’air est glacial sur les paramos. Les vents du nord et du nord-est y dominent. Descendus des cimes neigeuses des Pyrénées et des monts Carpetano-Vettoniques, ils traversent sans obstacle ces larges plateaux arides et déboisés, et arrivent jusqu’à Madrid, à traversins plaines nues des deux Castilles. La zone maritime, inclinée à l’est, est protégée parles montagnes contre les vents du nord, et ouverte à ceux qui soufflent d’Afrique et qui lui arrivent attiédis par les eaux de la Méditerranée. Dans la zone septentrionale et surtout dans la vaste plaine sablonneuse, au milieu de laquelle s’élève Madrid, l’air est d’une pureté et d’une limpidité sans égales; mais il est froid, incisif, et, la nuit, le rayonnement, joint à l’altitude, détermine des abaissements de température considérables; dans la zone maritime, il est tiède, calme, humide et rafraîchi, le soir et le matin, par les brises de mer. La différence est si marquée, que, tandis que la moyenne annuelle de température n’est que de 15°, 95 à Madrid, elle atteint 18°, 42 dans la Huerta de Valence, la partie la plus riante et la plus fertile de l’Espagne. Le même contraste s’observe dans la végétation. Au nord, la flore des pays tempérés, les céréales, le pommier et le cidre; au sud, les végétaux d’Afrique et les vins généreux du

Midi.

Maladies. — Le règne pathologique de ces deux régions si différentes est en rapport avec leur météorologie. Le climat des paramos est excessif, mais salubre. A Madrid, où les vents de nord-est et de sud-ouest alternent et se succèdent avec une extrême rapidité, où les variations annuelles de température vont jusqu’à 40 degrés, où la glace, la neige et la grêle se montrent tous les hivers, les maladies aiguës des voies respiratoires for-

140 CLIMAT. CLIMATS ciiadds (zone septentrionale).

ment le fond de la pathologie. Les pneumonies, les bronchites capillaires y sont d’une fréquence et d’une gravité extrêmes. L’air de Madrid est si subtil, dit le proverbe espagnol, qu’il tue un homme et n’éteint pas une chandelle. Les apoplexies, les congestions cérébrales et pulmonaires, y sont extrêmement fréquentes, les névroses et les convulsions de l’enfance trèscommunes. Les maladies chroniques y prennent une marche aiguë, la phthisie y galope. En revanche, les pyrexies y sont rares. On n’y rencontre guère que des lièvres continues à forme bilieuse ou catarrhale. A l’époque des chaleurs, on y voit apparaître quelques dysenteries; mais les fièvres paludéennes ne peuvent pas germer sur ce sol sablonneux et desséché, où les pluies sont si rares qu’il tombe à peine 550 millimètres d’eau par an.

Dans la zone maritime, où la température est plus élevée et plus uniforme, l’air plus dense et plus humide, où la glace et la neige sont presque inconnues, le climat est mou et débilitant, et, dans quelques localités, la présence de marais étendus en altère la salubrité. Leur présence s’explique par la constitution géologique du pays. Les grands fleuves, qui parcourent la Péninsule, prennent naissance dans le massif montagneux du centre; avant d’arriver à la mer, ils traversent la zone du littoral, en ralentissant leur cours, et forment, dans leur trajet et à leur embouchure, des marais d’où se dégagent des miasmes d'une grande activité. C’est ainsi que le Guadalquivir coule pendant quinze lieues, dans une plaine vaseuse de plusieurs kilomètres de largeur, qu’il inonde périodiquement et prolonge ses marécages jusqu’aux portes de Séville. Les rizières qui couvrent la huerta de Valence, les bords vaseux du lac d’Albufeira, produisent les mêmes résultats et donnent naissance à des fièvres qui affectent le plus souvent le type tierce, et qui se compliquent promptement d’anémie et d’engorgement du foie. La phthisie n’est pas rare à Valence ; cependant, d’après Cazenave, cet air mou et tiède convient aux tuberculeux dont l’état n’est pas trop avancé; .à la troisième période, dit-il, il les épuise et les tue. Le climat de Malaga plus chaud, plus sec, avec sa température moyenne de 4 9°, 14 et la moyenne hibernale de 15°, 12 est favorable aux phthisies torpides. Pour ce genre de malades, c’est une résidence d’hiver. Ils doivent fuir, au contraire, Cadix, malgré la beauté de son ciel. La température y est trop changeante et les variations diurnes trop étendues. Les maladies les plus communes, dans ces localités, sont les affections des voies digestives, les rhumatismes articulaires et les névroses. La lèpre existe encore à Grenade. La magnifique léproserie, fondée à l’époque de la conquête, en 1492, renfermait encore, au moment où Cazenave l’a visitée, 61 cas de lèpre tuberculeuse.

b. France [littoral Méditerranéen). — La portion du territoire français, comprise dans la zone des pays chauds est si peu étendue, que nous n’en dirions rien, si toutes nos stations hibernales maritimes, Hyères, Cannes, Nice, Menton, Villefranche, ne se trouvaient pas concentrées dans cet étroit espace, par lequel notre littoral s’unit à celui de l’Italie et qu partage les charmes de son beau climat. Largement ouvert aux brises de la Méditerranée, abrité contre les vents du nord par les Alpes, contre ceux

CLIMAT. — climats chauds (zone septentrionale). 141

de l’est par l’Apennin, il ne redoute que l'action du mistral, ce fléau des côtes de Provence. Encore s’y fait-il beaucoup moins vivement sentir que dans la vallée du Rhône et que sur le reste du littoral. Il souffle assez fréquemment à Hyères, où il pénètre par une large brèche que présentent les collines auxquelles la ville est adossée. Il est déjà plus rare à Nice et n’y dure presque jamais plus de vingt-quatre heures ; on ne le ressent à Cannes, que quand il se déchaîne, à l’état de tempête, dans la vallée du Rhône; enfin, à Menton et à Villefranche, il est à peu près inconnu. Les vents qui y dominent sont ceux du sud et de l’est, variant du sudest au nord-est, et les brises de terre et de mer y soufflent régulièrement.

La température, assez variable à Nice, est plus uniforme à Hyères, malgré les perturbations qu’occasionnent le mistral ; à Cannes, à Menton, à Villefranche, elle est d’une douceur et d’une égalité remarquables. La moyenne annuelle, pour l’ensemble de ces localités, est de 10° ; l’estivale de 25°, 8 ; l’hibernale de 5°,1. La pression barométrique oscille entre 743 et 772, le nombre des jours pluvieux entre 56 (Cannes) et 78 (Menton) : il est de 65 en moyenne. La quantité d’eau qui tombe, chaque année, varie de 677mm (Cannes) à 1380mm (Nice), elle est en moyenne de 887mm. Les brouillards, assez communs à Hyères et à Nice, où ils apparaissent surtout le matin, sont à peu près inconnus à Menton et à Villefranche.

En somme, une température douce et uniforme, un ciel pur, une atmosphère lumineuse et sereine constituent les caractères principaux du climat de cette petite zone, sur laquelle les malades se dirigent de préférence, depuis l’annexion. Nous avons déjà exprimé notre opinion sur la valeur de ce moyen thérapeutique; il n’entre pas dans notre plan de nous livrer à une étude comparative de ces localités, nous nous bornerons donc à signaler la supériorité bien reconnue aujourd’hui de Villefranche, de Menton et de Cannes, sur Hyères, et surtout sur Nice, dont le climat beaucoup plus variable éloigne les valétudinaires qui ne demandent à l’émigration que le retour à la santé.

c. Italie méridionale. — La ligne isotherme de -+- 15° qui limite au nord la zone des pays chauds, partage l’Italie en deux régions climatériques distinctes; au nord, l’Italie continentale; au sud, l’Italie maritime. Cette ligne suit, de l’ouest à l’est, la direction de l’Apennin septentrional, le coupe entre Rologne et Florence et s’infléchit brusquement au sud, après l’avoir franchi. Elle décrit ainsi une courbe à concavité inférieure qui embrasse le golfe de Gênes, le duché de Lucques, la Toscane et le reste de l’Italie méridionale. C’est la seule partie qui doive nous occuper en ce moment. Elle représente, suivant l’élégance comparaison de Pline, une longue feuille de chêne, dont l’Apennin forme la nervure principale, et dont les contours découpés sont figurés par cette longue série de baies, de golfes et de promontoires qui accidentent son littoral. Nous avons fait ressortir l’influence qu’exerce, sur la température d’un pays, l’étendue de ses côtes, nous avons dit que l’Europe devait, à cette condition, la douceur

142 CLIMAT. CLIMATS chauds (zone septentrionale).

et Tuniformité de son climat; de toutes ses contrées, il n'en est pas d plus favorisée, sous ce rapport, que l’Italie, dont le littoral présente u développement estimé par Carrière à 5,000 lieues. La mer se multiplie pour ainsi dire, pour l'envelopper d’une atmosphère douce et humide L’Apennin en traverse le centre, parallèlement aux côtes, et la elivis en deux zones soumises à des inlluences contraires, l’une orientale qu baigne l’Adriatique, l’autre occidentale qui longe la Méditerranée. Elles s distinguent tout d’abord par une condition très-importante. La rive orier taie est plus élevée, et ses berges dominent presque partout les flots d l’Adriatique; du côté opposé, les terres sont basses et ne dépassent guèr le niveau de la Méditerranée. Les eaux n’y trouvent pas d’écoulement ( forment, en s’unissant à la mer, des marécages qui s’étendent chaque jou par le retrait de celle-ci. Ce retrait est tellement prononcé, à l’embou chure du Tibre, qu’il s’y est produit une marge maritime de 4 mille; entre l’ancien rivage et le nouveau. La ville d’Ostie se trouve maintenar au milieu d’un marais; le beau port construit par Trajan est à 1,500 mi très, dans les terres, et la ville, autrefois trop petite pour contenir s population, n’a plus pour habitants qu’un prêtre, un aubergiste, quatr ou cinq soldats et quelques familles qui n’osent même pas '['habiter tout l’année. Le même phénomène s’est produit, à un moindre degré, sur d’au très points du littoral méditerranéen.

Météorologie. — Les deux versants de l’Apennin diffèrent également sous le rapport des conditions atmosphériques. La température de la zon orientale est moins élevée que celle du côté opposé. Nous avons déj signalé l’inflexion vers le sud que subit la ligne isotherme de -h 15°, aprè avoir franchi l’Apennin. Les écarts de température y sont égalemen plus marqués; les hivers sont plus froids et les étés plus chauds; ainsi à Bologne, qui occupe à peu près le milieu de cette longue marge adria tique, la moyenne d’hiver descend jusqu’à 2°, 8, et la moyenne d’ét s’élève à 25°, 2, tandis que Lucques, située dans une position analogue sur la zone opposée, et, sous la même latitude à peu près, présente un moyenne hibernale de 4°, 6 et une moyenne estivale de 25°, 6. Ces diffé rences tiennent à l’orientation des deux versants et à la présence de 1 chaîne qui les sépare. Les vents chauds de l’ouest et du sud arrivent sans obstacles, sur le littoral tyrrhénien et sont mis à l’abri de tout anta gonisme sérieux, par la longue barrière de l’Apennin, qui les empêch au contraire de parvenir sur la rive opposée, largement ouverte aux vent froids du nord et de l’est. Il en résulte des différences analogues dans 1; répartition des pluies. L’Italie maritime, prise dans son ensemble, en re çoit moins que l’Italie continentale. Au nord de l’Apennin, la quantib d’eau qui tombe, par an, s’élève en moyenne à l,021mm, tandis qu’au su< de cette chaîne, elle ne dépasse pas 804mm. C’est en automne que le pluies sont le plus abondantes dans toute la Péninsule, mais, dans 1: zone occidentale, elles ne tombent guère qu’en cette saison et sont torren tielles; dans la zone opposée, au contraire, elles mettent plus de temp à tomber et se répartissent plus régulièrement sur le cours de l’année

CLIMAT. CLIMATS CHAUDS (zONE SEPTENTRIONALE) .

A l’ouest de l’Apennin, l’humidité est plus grande, en raison de l’évaporation plus active, mais elle est de courte durée; du côté de l’Adriatique, elle est moins forte, mais plus persistante ; les beaux jours sont plus rares, les brouillards plus fréquents. Dans la zone méditerranéenne, le développement de l’électricité est plus considérable, et de grand orages y remplacent les pluies ordinaires; ils inondent le sol, en dévoilant le ciel. L’humidité du climat de l’Italie n’est pas due seulement à l’ctendue de sa ceinture maritime, le nombre et l’importance de ses cours d’eau y contribuent puissamment. Sous ce rapport, l’Italie continentale l’emporte de beaucoup sur la Péninsule. Indépendamment du grand fleuve qui la traverse de l’ouest à l’est, sans parler des lacs de Corne, de Guardia, du lac Majeur, le Milanais est arrosé par d’innombrables canaux qui dispensent l’eau aux rizières, entretiennent pendant les chaleurs une évaporation des plus actives et créent ainsi de véritables marais factices qui répandent leurs miasmes, dans cet air saturé d’humidité.

L’Italie maritime, quoique moins richement pourvue, compte cependant de nombreux cours d’eau. La zone orientale est parcourue par de petites rivières qui n’offrent d’intérêt que par les souvenirs qui s’y rattachent ; mais le versant opposé de l’Apennin donne naissance à des fleuves qui voftt mêler leurs eaux à celles de la Méditerranée et forment, le long du rivage, les marécages dont nous avons déjà parlé. Ceux-ci s’étendent depuis la lisière des Calabres jusqu’à l’endroit où l’Apennin se rapproche brusquement de la mer. En marchant du sud au nord, on trouve successivement les marais de Pæstum, qui viennent jusque sous les murs de Salerne, ceux qui couvrent le territoire de Baja et de Pouzzoles, et qui ne sont interrompus que par le golfe de Gaëte, et enfin ce grand foyer pestilentiel qu'on appelle les marais Pontins. Ce bassin palustre, formé par des alluvions, sur le fond d’un ancien golfe, a 150,000 hectares de superficie et mesure 48 kilomètres de longueur sur 18 de largeur. On estime à 2,550,000 mètres cubes le débit annuel des torrents, des sources et des ruisseaux qui l’alimentent. Les Romains l’avaient assaini par un système de canaux bien entendus, et 25 villes florissaient dans ce canton aujourd’hui presque désert, dont la population hâve et clair-semée s’éteint chaque jour, sous la double étreinte de la misère et de la cachexie paludéenne. A son extrémité septentrionale s’élève, comme un promontoire, la riante colline d’Albano, qui le sépare de la campagne romaine ; mais les terrains insalubres ne finissent pas aux champs du vieux Latium, ils reparaissent au nord, sous le nom de Maremmes, et couvrent tout le rivage de l’Etrurie. La côte de l’Adriatique, plus haute et plus accidentée, présente beaucoup moins de marécages. On en trouve cependant de distance en distance, jusqu’à la terre d’Otrante, et quelquefois à des intervalles trèsrapprochés. Ils occupent un bien plus grand espace sur le littoral de la mer Ionienne et surtout au fond de ce beau golfe, illustré par les souvenirs de la Grande-Grèce. (Carrière.) L’Italie maritime renferme aussi des lacs formés pour la plupart dans le cratère de volcans éteints, qu’on rencontre à chaque pas dans la zone occidentale et surtout dans la campagne

144 CLIMAT. CLIMATS chadds (zone septentrionale).

de Naples, où pullulent les solfatares, les sources bouillantes, les éma nations gazeuses, où le Vésuve brûle encore et menace la ville de se éruptions.

Les moyennes de température varient sur les différents points de soi étendue, cependant les écarts sont assez peu sensibles pour qu’on puiss arriver, en résumant les observations faites dans les villes principales, i une expression générale qui se rapproche suffisamment de la vérité. C calcul donne les moyennes suivantes : Pour l’année entière, 15°, 6; pou l’hiver, 8°,1 ; pour le printemps, 14°, 7 , pour l’été, 25°, 5 ; pour l’au tomne, 16°, 5; pour le mois le plus froid (janvier), 7°, 2; pour le mois L plus chaud (juillet), 24°, 5.

Les saisons y sont régulières. Le printemps est calme et serein, favo risé par les vents d’ouest au début, et par ceux de l’est à la fin. L’été es chaud et sec. Il est signalé par les vents étésiens qui commencent ver le 8 juillet; ils dissipent les nuages et entretiennent la sérénité du ciel Pendant l’automne, le vent de sud et ses collatéraux prennent possessio de l’atmosphère qui devient lourde et accablante. C’est l’époque de grandes pluies, des orages et des débordements. L’approche des premier froids s’annonce par l’arrivée du vent de N. 0., le plus impétueux d ceux qui soufflent sur l’Italie; enfin, avec l’hiver apparaît le vent de N. E. le Borée des Grecs, l’Aquilon des Romains. Cette succession ne s’observ avec, toute sa régularité que sur la côte occidentale. Nous avons indiqu les raisons qui faisaient prédominer les vents de l’est et du nord sur 1 versant occidental de l’Apennin.

En somme et abstraction faite des différences fondamentales qu existent entre ces deux zones, malgré les causes d’insalubrité que nou avons fait ressortir, l’Italie est une des contrées de l’Europe les plus fa vorisées sous le rapport du climat. Un ciel d’une pureté, d’un éclat, d’un transparence admirables; une atmosphère dont la température soutenu ne présente jamais d’écarts considérables; des saisons régulières ; un so fertile et accidenté; une végétation splendide; une population intelli gente et sympathique ; des souvenirs historiques ; des merveilles artisti ques à chaque pas, tout ce qui peut, en un mot, faire le charme de 1; vie, se trouve réuni dans cette belle contrée, sur laquelle les peuples du Nord ont toujours jeté des regards d’envie, qui a été le berceau de; sciences et des arts, a tenu longtemps le monde dans ses mains, et ; laquelle il ne manquait, pour renaître de ses cendres, que de s’affranchir du joug de l’étranger.

Maladies. — Les détails dans lesquels nous venons d’entrer ont déj; fait pressentir la nature des maladies qu’on doit s’attendre à rencontrer er Italie. Deux genres d’affections y dominent: les fièvres intermittentes, dans les régions paludéennes du littoral ; les affections aiguës des voies respiratoires et les rhumatismes articulaires sur les lieux élevés. Le: fièvres paludéennes dominent sur toute la côte occidentale, à l’exceptior des points privilégiés que nous avons signalés. On les voit régner dans h golfe de Tarente, dans la Terre de Labour, dont les habitants se fonl

remarquer par ce tempérament lymphatique, cette nonchalance, cette mollesse qui les distinguaient déjà au temps d’Annibal, dans les plaines de Pæstum, de Pouzzole, de Bahia; mais elles ont leur summum d’intensité dans les marais Pontins et dans les Maremmes de Toscane, bien que celles-ci aient été considérablement assainies depuis un demi-siècle. Ce sont encore les maladies les plus répandues dans la campagne de Rome. Ce sont elles qui ont fait le plus de victimes dans les rangs de nos soldats, pendant le siège et après l’occupation : à la fin d’août 1849, sur 50,000 hommes on comptait 4,000 malades, presque tous atteints d’affections paludéennes ; du 5 juillet, date de la prise de la ville, jusqu’à la fin de Tannée, on a enregistré 440 décès, dont 100 ont été causés par la fièvre pernicieuse. Les mois de juillet, d’août et de septembre sont, il est vrai, ceux pendant lesquels la fièvre règne avec le plus d’intensité; elle atteint son apogée au mois d’août. Je m’y trouvais en 1847; à cette époque de Tannée tous les palais étaient déserts, les grandes familles s’étaient réfugiées à Gaëte, à Naples ou à Florence, pour fuir la malaria. Ces fièvres sont intermittentes ou rémittentes, jamais continues. Le type tierce y est aussi fréquent que le type quotidien; la quarte est rare même en automne ; l’état saburral des premières voies les accompagne le plus souvent, mais l’embarras gastrique bilieux y est fort rare, la dysenterie et l’hépatite ne s’y observent presque jamais.

La constitution pathologique de l’Italie méridionale offre donc une expression atténuée de celle des pays torrides, où l’humidité est constante et dont les Guyanes et la Cochinchine nous ont offert le type. Les accès pernicieux y sont fréquents ; les formes délirante, comateuse, ataxique, sont les plus communes. Les fièvres des Maremmes, des marais Pontins et de l’agro Romano, sont d’une extrême ténacité et récidivent d’une manière presque fatale; aussi la population porte-t-elle, dans les points les plus insalubres, l’empreinte profonde de la cachexie palustre. Après ces affections, les maladies les plus communes à Rome sont les flux intestinaux et la fièvre typhoïde; les affections aiguës des voies respiratoires, à peu près inconnues pendant la saison chaude et sous le règne de l’endémie paludéenne, apparaissent en automne et deviennent, en hiver, presque aussi communes qu’en France. A Naples, ce sont les seules maladies qu’on ait à redouter. Cette ville, placée entre les Apennins et la mer, reçoit alternativement les brises tièdes du sud et les vents glacés qui ont passé sur la cime neigeuse des montagnes; les variations atmosphériques y sont brusques et étendues; il y vente presque toujours. Aussi, malgré la sérénité de son ciel, la phthisie y est commune et y marche vite. Les tuberculeux qui émigrent vers l’Italie doivent en éviter le séjour; ils doivent également fuir Rome et Florence, et se rendre de préférence à Pise, justement renommée pour l’uniformité, la douceur et l’influence sédative de son climat de serre chaude, qui peut être mis sur la même ligne que celui de Venise.

Les mêmes maladies s’observent sur le littoral de l’Adriatique, avec prédominance toutefois des phlegmasics aiguës sur les affections palu-

J 46 CLIMAT. CLIMATS CHAUDS (zone SEI'TENTIUOiNALe).

déennes, différences qu’expliquent la moindre étendue de scs marais et l'âpreté plus prononcée de son climat. L’Italie maritime n’a pas d’affection qui lui soit spéciale, car nous ne parlerons ni du tarentisme, qui n’est pas une maladie, ni du male ciel ferjato , des habitants de Commachio, qui n’est autre chose que le scorbut. Quant à la pellagre, qui a une toute autre importance, nous la retrouverons à l’état endémique dans l’Italie continentale; mais, au sud de l’Apennin, elle n’est pas plus commune que dans le midi de la France.

d. Grèce. — La Grèce est la partie de l’Europe qui s’avance le plus vers le sud. C’est une sorte de promontoire tourné vers l’Afrique, que la Méditerranée entoure de toutes parts. Ses côtes sont profondément découpées, et la Morée principalement présente une série de caps élevés et de baies profondes qui multiplient ses points de contact avec la mer. Cette disposition, jointe à la latitude et au voisinage de l’Afrique, en élève la température et en fait la contrée la plus chaude de l’Europe. Son sol montagneux et accidenté n’offre aucune disposition régulière. Les montagnes s’y enchevêtrent, sans qu’il soit possible de leur assigner une direction déterminée. Aucune d’elles n’atteint la limite des neiges éternelles. La plus élevée, le Taygète, ne dépasse pas 2,425 mètres. Aucun fleuve important n’y prend naissance. Le plus considérable, l’Aspro-Potamos ou Achéloüs, n’a pas plus de 180 kilomètres de cours. Le Péloponèse n'a que des torrents ou des ruisseaux. Les vallées y sont étroites, tourmentées; on n’y trouve plus de grandes plaines, comme dans la Thessalie. C’est le pays des contrastes. Des bois de chênes, de pins, de mélèzes croissent, sur le versant des coteaux, à côté des arbrisseaux et des plantes sauvages. Des rochers nus et déchiquetés alternent avec de frais gazons, les montagnes arides avec les riantes vallées ; le sol est en général stérile et mal cultivé, le littoral bordé de récifs et de falaises ; cependant la côte de Morée, au sud du golfe de Lépante, est basse et plate, et des marais assez étendus se rencontrent entre Patras et Corinthe.

Météorolofjie. — Le climat est splendide, le ciel d’une pureté, d’un éclat, d’une transparence dont on ne peut se faire une idée dans nos contrées brumeuses. L’air y est vif, sec, chaud et salubre, sauf dans les localités marécageuses du littoral et dans quelques vallées de l’intérieur, où régnent les fièvres paludéennes. Les saisons sont moins tranchées que dans les autres pays de l’Europe; on n’en distingue guère que deux, l’hiver et l'été; le printemps et l’automne sont à peine marqués; ce sont des époques de transition. L’hiver commence avec le mois de janvier et finit avec mars; il n’est jamais rigoureux. Le thermomètre descend très-rarement au-dessous de 0°; il marque en moyenne au Pirée 5° à 7 heures du matin et 9° à midi. Les vents qui dominent au mois de janvier sont ceux du sud et du sud-ouest; ils sont humides et ne s’observent jamais pendant la belle saison. Les vents froids et secs du nord et du nord-est prennent faveur en mars. A celte époque, la neige tombe parfois en abondance, mais elle ne persictc que sur le sommet des montagnes, encore y fond-elle dès le commencement de l’été. Au mois de janvier, les aman-

CLIMAT. — CLIMATS CHAUDS (ZONE SEPTEKTRIO.NALe) .

diers commencent à fleurir; en mars, la végétation est dans tout son éclat, les prairies se couvrent de fleurs ; c’est avec le mois d’avril, l'époque qui représente le printemps, mais il ne dure guère, car la saison chaude commence en mai et s’étend jusqu’en novembre. En mai la température moyenne oscille entre 27° et 50°; elle varie de 51° à 54° dans les mois de juin, de juillet et d’août, et s’élève parfois jusqu’à 40u en septembre ; elle redescend à 50°, et en novembre elle retombe à 28°, 5. La moisson se fait en juin et, avec juillet, commence une longue période de sécheresse qui brûle les plantes, tarit les sources et les ruisseaux, et pendant laquelle pas un nuage n’apparaît à l’horizon. Les vents de l’est et du sud-est alternent alors avec le vent d’ouest, qui est le véritable sirocco de l’Attique. Les vendanges se font en septembre; les premières pluies se montrent en novembre et deviennent continuelles le mois suivant.

Salubrité , maladies. — Le climat de la Grèce se rapproche, comme on le voit, de celui du nord de l’Afrique; la même analogie se retrouve dans le cadre nosologique. Cette ressemblance, qui a frappé les médecins de l’armée, avait été déjà signalée par Littré (18 40). « La Grèce antique et la Grèce moderne, dit-il, sont, à vingt-deux siècles de distance, affligées par les mêmes fièvres, ce qui prouve que les conditions climatologiques n’ont pas essentiellement changé. Les fièvres décrites par Hippocrate, dans les épidémies, offrent la plus grande similitude avec celles des pays chauds. C’est toujours l’influence paludéenne qui domine. » Il est certain que la fièvre intermittente règne encore au Tirée, dans la campagne d’Athènes, aux environs des Thermopyles, où le Sperchius forme de grands marécages, où la ville de Lamias est ravagée tous les ans par l’endémie paludéenne, dans les golfes de Corinthe, de Yolo, de Salonique, dans le canal d’Oréos et Poros, ainsi que dans le Sud de la Morée, où la

Ibaie de Navarin et la plaine d’Argos, qu’avoisine le marais de Lerne, sont d’une grande insalubrité. Ces fièvres sont toutefois moins graves que celles de l’Algérie, si l’on en juge du moins par les observations que les médecins de la marine ont faites au Tirée, à l’époque où les troupes françaises l’occupaient. Notre collègue fillette, chargé de la direction du service de santé de l’escadre et du corps d’occupation, pendant les années 1855 et 1856, a eu la bonté de nous adresser une note très-détaillée sur les maladies qui s’y sont présentées, et c'est à ce travail que nous avons emprunté la plupart des faits relatifs à la pathologie de ce pays. Les fièvres intermittentes commencent à se montrer en mai, elles se multiplient en juin et en juillet et deviennent ensuite de plus en plus rares. Elles se présentent toutes, à l’invasion, avec le type quotidien; ce n’est cju’après i plusieurs récidives qu’elles revêtent le type tierce, le quarte est fort rare et ne s’observe que chez les individus soumis depuis longtemps à l’influence palustre. Les accès pernicieux sont tellement rares que, dans un I séjour de quatre ans, et sur un chiffre annuel de plus de mille malades, Villette n’a eu l’occasion d’en observer que trois cas, dont aucun n’a été suivi de mort. Toutefois les fièvres de l’Attique récidivent avec une déplo-

148 CLIMAT. CLIMATS chauds (zone septentrionale).

rable ténacité, et la guérison ne s’obtient le plus souvent qu’à la condition de quitter le pays. Hippocrate avait déjà signalé la fréquence des accidents bilieux dans les fièvres qu’il a décrites; Villette a fait la même remarque. Ces phénomènes consistent dans la teinte ictérique et les vomissements bilieux, mais jamais on n’observe de véritable fièvre rémittente bilieuse, semblable à celles de la zone torride. Les hépatites y sont très-rares, l’ictère simple est très-commun aux mois de septembre et d’octobre, mais il ne présente jamais de gravité.

La fièvre typhoïde est fréquente dans l’Attique et affecte le plus souvent la forme ataxo-adynamique. Elle se complique plus fréquemment qu’en France de pétéchies, de parotides, de gangrène et d’hémorrhagies buccale et intestinale. La dysenterie n’est pas rare pendant les chaleurs, mais elle est presque toujours bénigne.

Les pneumonies et les pleurésies ne sont pas fréquentes ; on ne les observe qu’en février et en mars ; les laryngites sont au contraire très-communes, et se présentent souvent chez les enfants sous la forme striduleuse; mais le croup vrai est fort rare, et Villette n’a pas observé un seul cas d’angine couenneuse. La phthisie n’est pas très-répandue en Grèce, mais le médecin que nous venons de citer l’attribue beaucoup moins au climat qu’à la vigueur de constitution des habitants, à leur extrême sobriété, au souci qu’ils ont de leur santé, et surtout au soin avec lequel ils évitent de s’allier aux familles entachées de ce vice héréditaire. Aussi la présence d’un phthisique dans l’une d’elles est-elle considérée comme une honte, et met-on la plus grande attention à la dissimuler. Lorsque la maladie est déclarée, dit Villette, elle marche avec une rapidité effrayante, et la forme galopante est celle qu’elle revêt le plus souvent.

En somme, la Grèce peut être considérée comme un pays sain. La campagne d'Athènes et le Pirée ne sont assurément pas les points les plus salubres, puisque la fièvre intermittente y est endémique, cependant le corps d’occupation n’y a subi que dos pertes très-faibles. En 1855, son effectif était de 2,200 hommes, il a compté 1,232 malades et 68 décès; en 1856, sur 1,900 hommes, il n’a eu que 657 malades et 14 décès seulement, ce qui donne une mortalité moyenne de 2 p. 100.

III. Région Asiatique. — Cette région s’étend des bords de la Méditerranée et de la mer Rouge jusqu’au rivage du grand Océan. Elle embrasse une étendue de plus de 800 myriamètres de l’ouest à l’est, et comprend le nord de l’Arabie, la Turquie d’Asie, le nord de la Perse, le Turkestan, l’Afghanistan, le royaume de Lahore et tout le sud de l’empire Chinois, avec ses États tributaires. Cette immense zone n’est bien connue qu’à ses extrémités; les parties centrales n’ont pas été l’objet d’observations suffisantes pour permettre d’en établir la climatologie. Les contrées de l’ouest se rapprochent beaucoup plus de l’Afrique à laquelle elles sont unies par l’isthme de Suez, que de l’Europe dont les séparent la mer Noire, la mer de Marmara et la Méditerranée. Cela est surtout vrai du nord de l’Arabie, dont nous ne dirons rien, parce qu’il ressemble à sa partie méridionale que nous avons décrite en parlant des climats torrides.

CLIMAT. - — CLIMATS chauds (zone septentrionale). 149

a. Syrie. — La Syrie offre de son côté quelque analogie avec nos possessions d’Afrique. Elle présente aussi trois parties distinctes. La première, à l’est de 1 Oronte et du Jourdain, confond ses déserts avec ceux de l’Arabie, et forme un plateau de 660 mètres d’altitude, couvert de rochers et de steppes de sable ; la seconde est formée par la chaîne du Liban, qu’on peut comparer à l’Atlas, et dont les pics escarpés laissent apercevoir, à travers leurs larges crevasses, de longues vallées et de profonds ravins. Son versant oriental regarde le désert et ne présente qu’aspérilés et précipices ; son flanc occidental tourné vers la Méditerranée est fertile, pittoresque, arrosé par des sources abondantes, et jouit d’un climat délicieux. La troisième enfin, la zone du littoral, est analogue au Tell et se fait remarquer par sa fécondité, ses chaleurs élevées et l’insalubrité de scs plages marécageuses. Les fièvres intermittentes sont très-communes dans la plaine de Saint-Jean-d’Acre et à Tripoli. A Alcp, elles commencent au printemps, cessent en juin, reparaissent en juillet, et augmentent à l’époque de l’équinoxe, pour cesser complètement en décembre. La dysenterie s'y montre en été, ainsi que les diarrhées et le choléra infantile ; les ophthalmies régnent en toute saison, mais avec plus d’intensité pendant les mois d’août et de septembre. En hiver, c’est-à-dire de décembre en avril, on voit prédominer les affections inflammatoires, les angines, les pneumonies, les pleurésies et les rhumatismes : les affections éruptives y régnent souvent à l’état épidémique. La syphilis, les maladies cutanées, y compris la teigne et la lèpre, y sont communes. Il y existe enfin une affection de peau d’une nature spéciale, qu’on désigne sous le nom de bouton d’Alep, et qui s’observe dans toute la Syrie, ainsi que dans la Mésopotamie. (Mi'ihry.)

b. Asie Mineure. — L’Asie Mineure, dont trois mers baignent les côtes, dont le sol accidenté est parcouru, de l’est à l'ouest, par les chaînes du Taurus et de LAnti-Taurus, jouit d’un climat délicieux que les anciens et les modernes ont célébré à l’envi. « Le climat de l’Asie, dit Hippocrate, est meilleur et les peuples y ont un caractère plus doux et plus facile. La cause en est dans le juste équilibre des saisons. Située entre les deux levers du soleil, l’Asie est à la fois exposée à l’orient et éloignée du froid... Ni 1 excès de la chaleur ne brûle ces régions, ni la sécheresse et le manque d eau ne les désolent, ni la rigueur du froid ne les accable. » Ce riant tableau ne peut pas s’appliquer à toute l’Asie Mineure, il n’est vrai que de la côte occidentale, la seule du reste qui fût connue des Grecs. Les bords de la mer Noire reçoivent, sans obstacle, les vents froids qui ont passé sur les steppes de la Russie, et leur climat se rapproche de celui de la Turquie d’Europe, dont nous ferons ressortir plus tard les caractères excessifs. La côte sud, au contraire, se ressent du voisinage de l’Afrique. On y éprouve dans l’été des chaleurs insupportables; la température s’élève parfois alors jusqu’à 59° ; la moyenne de cette saison est de 25°, 5, celle de 1 hiver de 12u, la moyenne annuelle de 47°. Les pluies sont rares et font complètement défaut de juin en octobre. Bien que les côtes soient en général élevées, elles présentent, de distance en distance, des marais

CLIMAT. CLIMATS CHAUDS (/ONE SEI'TE-NTniON AI,F.) .

étendus, et. la fièvre intermittente y sévit avec intensité. La plaine de Troie est couverte de marécages au milieu desquels serpentent, dans un lit fangeux, les vestiges du Scamandrc et du Simoïs. La Laie de iîesika est extrêmement malsaine. Pendant le séjour qu’y fit l’escadre française, en 1854, les équipages furent en proie à des fièvres intermittentes rebelles; au mouillage de Marmorique, la division turque fut décimée parles fièvres paludéennes et par la dysenterie.

Dans les montagnes du centre, le climat est variable. L’hiver y est assez rude; la neige couvre la terre depuis le milieu d’octobre jusqu’en mai. Le printemps est agréable, l’été est chaud et signalé par la prédominance des vents de nord et de nord-ouest. Cependant, en août, le sirocco souille souvent pendant plusieurs jours de suite, et fait monter le thermomètre à 28 ou 50 degrés.

c. Arménie. — A l’est de l’Asie Mineure, entre la mer Noire et la mer Caspienne, l’Arménie dresse, comme un rempart, ses hautes montagnes couvertes de neige. Le Tigre et l'Euphrate en descendent et parcourent cette grande vallée placée entre les monts de la Perse et les sables de l’Arabie, et à laquelle se rattachent tant de souvenirs historiques, depuis les temps bibliques jusqu’à la conquête musulmane. Le climat de la haute Arménie est froid et excessif, celui de la basse au contraire est doux et se prête à la culture de la vigne et de l’olivier. Tiflis, par 450 mètres d’altitude, se fait remarquer par ses variations de température annuelles et journalières. La moyenne de l’année est de 11°, celle dejanvier de — 0% 11, celle de juillet de 20°, 2. Les vastes plaines de la Mésopotamie, couvertes d’immenses pâturages, arrosées d’innombrables cours d’eau, sont chaudes et humides, surtout dans le sud et au voisinage du golfe Persique, où les chaleurs sont excessives. A Bagdad, la moyenne de Tannée est de 20", 57, celle de décembre de GM, celle d’août de 50°, 5. Les fièvres paludéennes qui surviennent après le débordement des fleuves, les ophthalmies, la lèpre et la variole sont les maladies les plus communes.

d. Perse. — La Perse représente un plateau de 1,100 à 1,200 mètres d’altitude, qui s’abaisse, en pente douce, au nord, vers la mer Caspienne, se termine par des escarpements brusques à l’ouest, vers le golfe Persique, et se continue sans ligne de démarcation à l’est avec 1 Afghanistar et le Beloutchistan. Il est parcouru par des montagnes arides et sans direction constante. Les trois quarts de sa surface sont formés par des déserts, par des plaines salines ou sablonneuses, à travers lesquelles serpentent des cours d’eau sans nom qui vont se jeter dans des lacs sans écoulement.

Sous le rapport du climat, cette contrée présente, du nord au sud, troi: zones distinctes. Les rives de la mer Caspienne, basses comme cette me) elle-même, dont le niveau est inférieur à celui de l’Océan, sont extrême ment humides en toute saison. L’été, la chaleur y est presque aussi élcvéi que dans l’Inde, l'hiver y est très-doux, grâce aux vents de nord qui vien nent de la mer. Le plateau central, environné de montagnes dont les plu hauts sommets sont couverts de neige en toute saison, présente les carac

loi

CLIMAT. — CLIMATS chauds (zone septentrionale).

tères des climats excessifs. Des clés brûlants y alternent avec des hivers rigoureux, l’air y est d’une siccité extrême, les orages fort rares. Quelques vallées comme celles de Chiraz font exception et trouvent dans leur ceinture de montagnes un abri contre les froids de l’hiver. En descendant du plateau vers le golfe Persique, on retrouve tous les caractères du climat de l’Arabie, ses chaleurs, sa sécheresse et son simoun. Les Persans donnent à cette partie le nom de guermsir (pays de la chaleur); nous en avons parlé à l’occasion de la zone torride.

La salubrité des différents points de la Perse se déduit de ces dispositions géologiques. Le plateau et le littoral du golfe Persique sont peu habitables, mais on n’y observe pas de maladies endémiques. Il n’en est pas de même des côtes de la mer Caspienne. La province de Ghilan qui la borde au sud est couverte de marais, et les fièvres intermittentes n’y épargnent presque personne; de l’autre côté des monts, la capitale, Téhéran, située dans une plaine basse et marécageuse, exposée pendant l’été à des chaleurs insupportables, est désolée, dans cette saison, parles fièvres paludéennes, et la cour est forcée de l’abandonner. La fièvre typhoïde et les maladies éruptives sont communes en Perse. La variole notamment y est très-meurtrière ; la scarlatine, la rougeole, la miliaire y sévissent souvent à l’état épidémique. Les érysipèles, les furoncles, les phlegmons, le pemphygus, la teigne, la gale, la lèpre, sont au nombre des affections les plus répandues ; le dragonneau s’observe sur la côte du golfe Persique, et le bouton d’Alep s’y rencontre également. (Mühry.)

e. Afghanistan. — Cette contrée, essentiellement montagneuse, forme la partie la plus élevée du plateau de l'Iran qui domine la Perse, vers laquelle il s’abaisse doucement, tandis que son versant opposé s’incline par une pente rapide vers la vallée de l’Indus. Le noyau central des montagnes de ces deux pays est l’Hindou-Koh, point de départ occidental de la chaîne de l’Himalaya. Les pics couverts de neiges éternelles atteignent jusqu’à 0,000 mètres d’altitude, et sa triple ceinture abrite contre les vents du nord la splendide vallée de Kaboul, qui déploie, à 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, ses riches cultures, ses jardins et ses vergers.

Le climat de l’Afghanistan est celui de tous les pays de montagnes, âPi’e, excessif sur les points élevés, doux et tempéré dans les vallées bien abritées. Les étés sont brûlants, les hivers froids, Pair vif et sec et le brouillard extrêmement rare. Les pluies périodiques commencent à se faire sentir dans le sud, mais elles sont loin d’offrir la régularité et surtout l’abondance de celles de l’Inde. Les maladies les plus communes sont, d’après Mühry, les fièvres intermittentes au printemps et dans l’automne, les bronchites et les ophthalmies dans les lieux élevés. La variole y est commune, bien que l'inoculation y soit depuis longtemps pratiquée. Ces données sont trop vagues, nous en convenons, pour établir la climatologie d’un pays qui n’a pas encore été l’objet d’observations suivies.

f. Turkestan. — Nous ne sommes pas plus avancés, par rapport au Turkestan, dont la superficie est presque double de celle de la France, et

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qui ne compte pas cinq millions d’habitants. Il fait partie de cette immense dépression de l’Asie occidentale, dont le niveau est inférieur à celui de l’Océan, et qui n’est probablement que le lit desséché d’une vaste mer, dont la Caspienne et le lac d’Aral représentent les dernier vestiges. Il est couvert de steppes immenses, de lacs saumâtres et de dunes de sable mouvant. Les seules parties cultivées sont les vallées que traversent les fleuves. Le climat du Turkestan est rude comme celui de toute l’Asie centrale; l’air y est sec, l’atmosphère transparente; les saisons y sont très-accentuées. Le printemps est court, les chaleurs de l’été sont tempérées par le voisinage des montagnes couvertes de neige et la proximité des déserts de la Sibérie. En juin, le thermomètre s’élève souvent jusqu’à 25 degrés dans le jour, et s’abaisse à 10 degrés pendant la nuit. L’automne est pluvieux, l’hiver tardif, mais rigoureux, même dans les parties les plus méridionales : le thermomètre descend parfois , en janvier, à — 8 degrés. Les vents d’ouest, qui viennent du Caucase, à travers la mer Caspienne, y soufflent sans obstacle, soulèvent des flots de poussière et renversent quelquefois les récoltes et les habitations. La pathologie de cette contrée est presque inconnue ; on dit que les maladies de peau et les ophthalmies y sont très-communes, que les fièvres intermittentes y régnent dans certaines localités et notamment à Bukhara.

g. Royaume de Lahore. — A l’est de l’Afghanistan, au sud de l’IIimalaya, s’étend le royaume de Lahore ou Pendjab, habité par la race guerrière des Sicks, et englobé depuis 20 ans dans les possessions anglaises. Ce beau pays, qu’arrosent les cinq affluents de l’Indus, est montagneux dans le nord, plat, fertile et bien cultivé dans le reste de son étendue. Son climat est beaucoup plus sec, plus tempéré et plus salubre que celui de l’Inde. Les saisons y sont à peu près les mêmes qu’en Europe; l’hiver s’étend du 15 novembre à la fin de février; il règne alors un froid vif et sec, et les montagnes se couvrent de neige. Les vents régnants soufflent de la partie du nord-est et descendent des montagnes; le thermomètre oscille entre 8°, 88 et 15°, 55. Le printemps ne dure que six semaines; l’été commence vers le 15 mai, et se termine à la fin de juillet; il est extrêmement chaud et sec; le thermomètre monte alors à 54°, 44 en moyenne. Cette ascension se produit sous l’influence des vents de sud, qui arrivent de la Perse, chargés d'une poussière ardente et ressemblent au khamsin. Les pluies tombent pendant les mois d’août et de septembre; elles sont torrentielles et accompagnées de violents orages, pendant lesquels le tonnerre gronde dans les montagnes avec un fracas effrayant. La chaleur est alors humide et accablante.

Le climat du Pendjab est très-salubre; cependant, après la saison des pluies, on voit survenir de nombreux cas de fièvres intermittentes; elles sont bénignes et affectent presque toujours le type quotidien, très-rarement le type tierce. Les Sicks les traitent avec succès par l’arsenic, qui est chez eux un remède vulgaire. Jamais elles ne prennent le caractère pernicieux et ne donnent lieu à la cachexie paludéenne. On ne voit régner, dans le royaume de Lahore, ni les hépatites ni les diarrhées tenaces des

contrées palustres ; quelques cas de dysenterie légère seulement y apparaissent à l’époque des chaleurs.

Les pneumonies, les pleurésies, les bronchites, sont fréquentes dans la saison froide et souvent mortelles, parce qu’elles sont mal traitées; la phthisie y est assez rare; les rhumatismes articulaires sont très-communs pendant la belle saison, surtout chez les gens riches. Pour fuir la chaleur ils passent leurs journées dans des huttes de terres à l’intérieur desquelles ils font croître des plantes qu’on arrose continuellement. Des courants d’air frais, entretenus par de nombreuses ouvertures, convertissent ces réduits en glacières. C’est à une affection de cette nature que Rundjet-Sing succomba en 1839. La variole (en sick, mata) fait souvent de grands ravages dans ce pays, où la vaccine n’a pas encore pénétré. Le cancer y est trèscommun, ainsi que les calculs, que les hydrocèles, et surtout que la syphilis; les ophthalmies sont fréquentes et graves pendant la saison chaude. Les maladies de peau sont plus rares que dans l’Inde ; cependant on y observe quelques cas de lèpre et de nombreux psoriasis. Nous devons tous ces renseignements à l’obligeance du docteur Bennet-Deperraud, qui a été, pendant cinq ans, attaché à la personne du roi de Lahore Rundjet-Sing, et médecin en chef de ses armées.

h. Empire chinois. — L’empire chinois, dont la superficie et la population dépassent d’un quart celles de l’Europe, remplit tout l’espace compris entre les contrées précédentes et l’océan Pacifique, entre le 69e et le 141e degré de longitude est. Il appartient à la zone qui nous occupe par les deux tiers de son étendue. Les contrées qui y sont situées sont la petite Boukharie et le Tibet à l’est, la Chine proprement dite à l’ouest.

lü Boukharie; Tibet. — Les deux premières offrent tous les caractères des pays d’un niveau élevé, situés au centre des continents. Les hauts plateaux du Tibet, couverts de roches escarpées, de plaines arides et monotones, sont parcourus par des torrents et par des rivières dont quelques-unes se rendent dans de grands lacs intérieurs ou deviennent la source des fleuves de l’Inde et de la Chine. Le climat en est excessif, et si nous faisons rentrer ces contrées dans les climats chauds, c’est seulement par respect pour le tracé des lignes isothermes qui nous sert de base. Le révérend père IIuc dépeint le Tibet comme une véritable Sibérie. Pour y arriver, il lui fallut franchir des fleuves glacés, des montagnes couvertes de neige, où sa caravane semait à chaque pas des cadavres. Plus de quarante de ses compagnons y restèrent, et les animaux périrent en foule. L’hiver y est tellement rigoureux, que les habitants des montagnes sont obligés de se réfugier dans les vallées et dans les gorges profondes, et que, dans les parties les plus méridionales, par 28 degrés de latitude, le thermomètre descend aussi bas que dans les Alpes, sous le 46e degré. Cet implacable hiver dure près de neuf mois; le printemps est signalé par de grandes variations de température et de fréquents orages ; l’été es.t chaud, mais très-court, car il tombe encore de la neige en juin, et il gèle déjà en septembre. C’est l’époque des pluies; elle présente des phénomènes météorologiques remarquables qui lui ont fait donner, dans

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le pays, le nom de saison des vapeurs de terre. Chaque matin, des brouillards épais couvrent le sol; ils s’élèvent dans la journée, se condensent en nuages opaques, et retombent le soir en pluies abondantes. La nuit, les vapeurs se reforment à la surface de la terre, et, le lendemain, les mêmes phénomènes se reproduisent. Pendant cette saison, l’économie est accablée, languissante, les animaux restent couchés, et l'homme éprouve un inexprimable malaise. Au mois de septembre, les rivières se remplissent et vont contribuer aux inondations du Bengale; en octobre les pluies cessent, et, jusqu’au printemps suivant, le ciel reste constamment serein.

2° Chine. — La Chine proprement dite occupe la majeure partie du versant oriental de l’Asie; elle est parcourue par de grandes chaînes de montagnes dirigées de l'ouest à l’est, et dont les principales sont celles de Pe-ling (monts du nord) et de Naw-ling (monts du sud); elles divisent la Chine en quatre grands bassins horizontaux parcourus par quatre grands tleuves qui sont, du nord au sud, le Peï-ho, le Ilouang-ho ou fleuve Jaune, l’Yang-tse-Kiang ou fleuve Bleu, et le Si-Iviang. Elle renferme de grands lacs dont un, celui de Toung-Thing, a plus de 100 lieues de tour; elle est traversée par un nombre infini de canaux qui la sillonnent dans toutes les directions. Ils servent de moyens de communication entre les différentes localités, et constituent, en même temps, un système d’irrigation qui entretient la fertilité de ce pays, dont la richesse et la [culture avancée ont fait de tout temps l’admiration des voyageurs.

Météorologie. — 11 est difficile de donner une formule générale du climat d’une contrée qui touche à la fois à la zone torride et aux glaciers de la Sibérie, qui subit, dans ses parties occidentales, l’influence des plateaux de la liante Asie, et dont les côtes sont baignées par le grand Océan. Le littoral, du reste, en est seul connu; encore n'avons-nous de renseignements précis que sur les points que fréquentent nos navires. La ville de Canton avec l’île dTIong-Kong et la presqu’île de Macao, situées à l’embouchure du Si-Kiang, par 25°, 8 degrés de latitude, peuvent donner une idée suffisante du sud de la Chine; Shang Haï, sur le AVampoo, 1 un des affluents du Yang-tse-Kiang, par 51°, 5 de latitude, en représente le centre, et lorsque nous serons arrivés à la zone tempérée, Péking et les bords du Pei-llo, nous serviront, à leur tour, de type pour l’étude des provinces du Nord.

L’immense plaine que parcourt le Si-Kiang, est sillonnée de canaux et couverte de rizières. Ses conditions la rapprochent de la basse Cochinchine, et la même analogie se retrouve dans le climat, qui est également chaud et humide. Toutefois, la température y est moins élevée et beaucoup plus variable. La moyenne annuelle est, à Canton, de 21 degrés; celle du mois le plus froid (janvier), de 11°, 4; celle du mois le plus chaud (juillet), de 28°, 3. A Macao, les différences sont moins marquées et s’expriment par les chiffes suivants: 22°, 11 pour moyenne annuelle, 15°,1 en février, 28°,6 en juillet.

Les bords du Wampoo sont, comme ceux du Si-Kiang, des terrains

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d’alluvion. Des plaines immenses bien cultivées, mais envahies par les eaux, s’étendent à perte de vue; les digues qui les protégeaient contre les envahissements du fleuve sont rompues sur plusieurs points. Shang-IIaï s’élève au milieu de ces marécages, et l’état d’abandon dans lequel on la laisse, les égouts, les cloaques infects qu’on y rencontre à chaque pas, \ iennent ajouter encore à l’insalubrité du sol sur lequel elle repose. Comme elle est située beoucoupplus au nord que Canton, son climat est plus froid et surtout plus variable; la moyenne annuelle, d’après les observations de Friedel, est de 15°, 64; celle du mois le plus froid (janvier), de 5°, 5; celle du mois le plus chaud (juillet), de 28 degrés; mais il n’est pas rare de voir le thermomètre s’élever, en été, jusqu’à 58 degrés, et descendre, dans l’hiver, à — 8° et — 9°. De plus, on y éprouve souvent, dans la même journée, des oscillations brusques, suivant que le soleil brille ou que le temps se couvre; en janvier 1865. le thermomètre est tombé, en quelques heures, de -h 15° à — 6'\ Le ciel est habituellement gris, obscurci par des brumes qui régnent d’une manière à peu près constante à l’entré du Yang-tse-Kiang et en rendent l’accès difficile; l’air y est très-humide, la pluie fréquente. En 1865, d’après le docteur Lockart, le nombre de jours pluvieux s’est élevé à 102, et la quantité d’eau tombée à 1,512 millimètres. La pression barométrique varie de 755 à 762 millimètres pendant l’été, et de 765 à 770 pendant l’hiver. (Laure.) Tout se réunit donc pour faire de Shang-IIaï une des localités les plus insalubres de l’extrême Orient; l’été et l’automne y sont surtout à craindre, et la mortalité y atteint, depuis quelques années, des proportions très-élevées. Les équipages des navires y sont souvent décimés.

L’archipel de Chusan ne le cède en rien à Shang-IIaï : l’île principale est un vaste foyer de miasmes palustres où les fièvres intermittentes et rémittentes, où la dysenterie déciment les Européens. Elle s’est acquis une triste célébrité, pendant la dernière guerre que les Anglais ont eu à soutenir contre la Chine : le 26e régiment, arrivé de l’Inde au mois de février 1840, dans l’état le plus satisfaisant, comptait 904 hommes à son arrivée à Chusan; au bout d’un an il en était mort 800 sous les atteintes de ce climat meurtrier. Fouchow, sur les bords du Min, par 26°, 8, à égale distance, par conséquent, de Canton et de Shang-IIaï, jouit d’un climat plus égal , les hivers y sont moins froids, les transitions moins brusques ; les extrêmes de température sont 5°, 56 et 57°, 78. Les bords du Min, bien que marécageux, sont moins insalubres que ceux du Wampoo.

Sur tout le littoral de la Chine, les saisons sont bien tranchées et soumises au régime des moussons, qui déterminent le degré de salubrité des différentes phases de l’année : celle de sud-ouest commence à la fin d’avril et finit avec octobre, pour faire place à celle de nord-est. Ces dates varient de 12 à 15 jours, suivant la latitude des localités; la mousson de sud-ouest commence plus tôt et dure plus longtemps dans le Sud que dans le Nord. C’est l’époque de l’humidité, des pluies, des calmes, c’est la saison la plus insalubre de l’année. Pendant la mousson de nord-est, au contraire, le temps est sec, l’air est pur, les brises de terre et de mer

alternent régulièrement , et les maladies offrent un caractère moins grave.

Maladies. — Celles qui dominent sur le littoral de la Chine méridionale, sont, comme il est facile de le prévoir d’après les données qui précèdent, les fièvres paludéennes et les affections qu’elles tiennent sous leur dépendance, la diarrhée et la dysenterie. Elles apparaissent avec les chaleurs et en suivent la marche. Les fièvres prennent souvent, à cette époque, le caractère rémittent; elles s’accompagnent alors de délire, avec tendance à 1 état soporeux, et présentent un haut degré de gravité. Les accès pernicieux s’observent, sur tout le littoral, mais surtout à Shang-Haï, où ils affectent souvent la forment typhique. En général, ils surviennent chez les malades épuisée par la diarrhée ou par la dysenterie. Ces dernières maladies sont endémiques en Chine, pendant la mousson de sudouest. La diarrhée est remarquable par sa ténacité, sa tendance aux récidives et l’épuisement rapide qu’elle occasionne. Elle précède presque toujours la dysenterie, et ce sont elles qui ont fait le plus de victimes parmi nos soldats. Diarrhée, dysenterie, lièvre paludéenne, dit le docteur Laure, telle est la trilogie endémique observée pendant l’expédition. Ce sont aussi les affections les plus communes parmi les indigènes. L’hépatite consécutive s’observe quelquefois, mais l’inflammation idiopathique du foie est extrêmement rare en Chine.

Les maladies précédentes sévissent pendant la saison chaude; en hiver et au printemps, ce sont les affections catarrhales qui dominent, les bronchites et les angines surtout. La pleurésie y est rare, la pneumonie plus rare encore. Le choléra y a sévi, à diverses reprises, avec une extrême intensité, et notamment en 1865. La petite vérole fait des ravages cflrayants parmi les Chinois, bien qu’ils pratiquent l'inoculation, depuis un temps immémorial. Elle n’épargne pas toujours les équipages des navires. C’est une des stations où on la voit le plus souvent apparaître à l’état épidémique, ainsi qu’on a pu le constater pendant la dernière expédition. La syphilis atteint, chez les naturels, un degré de gravité inconnue sous nos latitudes. Toutes les variétés d’ulcères et de maladies des os s’y observent à chaque pas. La scrofule, sous ses formes les plus hideuses, les ophthalmies et la lèpre, complètent le cadre des affections les plus répandues au milieu de ces malheureuses populations.

IV. Région océanienne. — Elle est représentée, par quelques petits archipels clair-semés, appartenant à la Polynésie septentrionale. Ils font partie du même système géologique que les autres îles de l’Océanie, sont, comme elles, d’origine volcanique et entourés de longs récifs de corail. Leur sol est accidenté et couvert d’épaisses forêts. Les îles Sandwich en forment le groupe le plus intéressant, parce qu’elles servent de point de relâche aux nombreux navires qui poursuivent aujourd’hui la baleine, dans le nord du Pacifique. Composé de huit îles et de quatre îlots inabités, cet archipel est dominé par le volcan deMaona-Roa, dont le sommet s’élève à 5,700 mètres. Des vallées riantes et boisées s’étendent au pied des montagnes et prolongent, jusqu’à la mer, leurs massifs de verdure, au

CLIMAT. CLIMATS chauds (zone septentrionale).

milieu desquels s’élève la ville d’Honolulu. La plaine qui l’entoure, formée de calcaires et de roches volcaniques, est couverte de plantations de taro.

La température est à peu près la même que celle des îles de la Société qui appartiennent pourtant à la zone torride, mais elle présente des variations moins étendues. La moyenne annuelle est de 24°, 57, celle du mois de décembre de 22°, celle du mois de juillet de 26°, 8. La différence entre les deux mois extrêmes ne va pas à 5 degrés. Pendant le séjour qu’y a fait la Constantine , notre collègue Duploiiy n’a pas vu le thermomètre s’élever à bord à plus de 28°. Aux mois de janvier et de février, il descend parfois, pendant la nuit, jusqu’à 11°, 6. Les oscillations barométriques sont à peu près nulles; le mercure se maintient entre 700 et 765. Les deux saisons sont d’une durée bien inégale. Celle des pluies ne dure que quatre mois, de décembre en mars,; la saison sèche comprend les huit autres; les vents alizés régnent, sans interruption, pendant toute sa durée; dans l’hivernage, ils sont interrompus, par des brises variables, du sud-est au sud-ouest. Le climat est chaud et humide dans les vallées; il est sec sur le littoral, où régnent les vents généraux. 11 est salubre et cependant la population indigène décroît d’une manière effrayante. En laissant de côté les évaluations approximatives de Cook et des premiers navigateurs, et en s’en tenant aux recensements faits depuis une trentaine d’années, on constate une diminution qui finira, si elle se prolonge, par amener l’extinction de cette race. Le chiffre des décès y est presque double de celui des naissances. Pendant les six années comprises entre 1852 et 1857 inclus, le premier s’est élevé, à 17,568, pour tout l’archipel, et le second n’a pas dépassé 9,358. L’abus des liqueurs alcooliques, le libertinage, les unions précoces et l’insuffisance de l’alimentation sont les causes principales de cette dépopulation. Le docteur Duploüy, au rapport duquel nous empruntons ces faits, ne fait pas entrer la phthisie, en ligne de compte, bien qu’il soupçonne cette maladie de jouer un grand rôle dans la pathologie des'indigènes. Un grand nombre d’entre eux passent pour être atteints d’asthme, et la tuberculisation pulmonaire doit souvent s’abriter sous ce nom. Elle ne fait que s’aggraver chez les Européens qui en apportent le germe, et prend alors cette allure rapide qui lui est habituelle dans les pays chauds. Les indigènes sont sujets à une affection continue fébrile qu’ils désignent sous le nom de bouou , et qui paraît se rapprocher de celle que nous avons signalée en parlant de Taiti. La variole y règne souvent à l’état épidémique; en 1855, elle a quintuplé la mortalité de l’année. Le choléra ne s’est jamais montré aux Sandwich. Les maladies les plus communes chez les Kanaques, sont, en premier lieu, la syphilis, dont les progrès sont devenus tels, que le gouvernement a fondé un hôpital pour les y traiter gratuitement; en second lieu, la scrofule et les maladies cutanées, la gale surtout. Les ophthalmies y sont fréquentes et graves.

Les Européens jouissent, en général, d’une bonne santé; la seule maladie qu’ils aient à redouter est la dysenterie, encore y est-elle rarement grave.

CLIMAT. — CLIMATS CHAUDS (zO.VE SEPTEKTBIOXALe) .

V. Région américaine. — La partie de l’Amérique, située dans la zone septentrionale des climats chauds, comprend le nord du Mexique et le sud des États-Unis; elle a la forme d’un grand triangle dont la hase, de 5,000 kilomètres de longueur, est représentée parla ligne isotherme de -4- 1 5° qui passe auprès de Richmond sur l’Atlantique, de Saint-Louis sur le Mississipi, de San-Francisco sur le Pacilique, et dont le sommet tronqué est exprimé par la ligne de + 25°, qui passe au nord de Mexico.

L’Amérique du Nord, prise dans son ensemble, olfre une constitution géologique analogue à celle du Sud. La chaîne des montagnes Rocheuses, continuation de celle des Andes, la parcourt également du nord au sud, en la divisant en deux parties inégales, l’une très-étroite tournée vers le grand Océan, l’autre beaucoup plus étendue, vers l’Atlantique. Celle-ci est traversée par les Alleghanys, qui rappellent les montagnes du Brésil, et sillonnée transversalement par une série de collines et de petits plateaux qui séparent les eaux du golfe du Mexique, de celles de la baie d’Hudson, et constituent l’un des plus remarquables faîtes de partage du globe, puisqu’il en sort plus de 2,000 rivières. 11 divise l'immense région située à l’est des montagnes Rocheuses, en deux grands bassins semblables à ceux de l’Amérique du Sud. Le bassin du Saint-Laurent, symétrique de celui de l’Amazone et le bassin du Mississipi, symétrique du Rio de la Plata. Le territoire des Etats-Unis se trouve ainsi partagé en quatre zones dont le climat est différent : 1° la région maritime des côtes de l’Est, bornée par la chaîne des Alleghanys, c’est la partie la plus peuplée et la plus florissante ; 2° la vallée large et profonde qui sépare les Alleghanys des montagnes Rocheuses et forme le bassin du Mississipi, constitué par des terres déboisées et d’immenses prairies; 5° le grand plateau désert et peu connu placé entre les montagnes Rocheuses et la Sierra-Nevada. Ce plateau, dont l’altitude est de 1 ,500 mètres, est aride, rocailleux et d’une sécheresse extrême, parce que les montagnes Rocheuses l’abritent contre les vents humides du sud-ouest ; 4° enlin, la côte étroite et basse que baigne l’océan Pacifique. (Lorin Blodget, Climatologie des États-Unis.)

Les États du Sud, qui doivent seuls nous occuper maintenant, comprennent la partie méridionale de ces quatre zones. A la première se rattachent les Carolines,la Géorgie, l’Alabama et la Floride. Ils représentent dans leur ensemble un plan incliné formé, en allant de l’intérieur vers le littoral, par des montagnes couvertes de forêts et peu habitées, auxquelles succèdent des collines bien cultivées et fertiles, et qui se terminent, du côté de la mer, par des plaines tantôt marécageuses, tantôt sablonneuses, étendues le long de la côte, depuis la Virginie jusqu’au sud de la Floride, qu’elles forment presque entièrement. Cette presqu’île, de 540 kilomètres de longueur, est plate et couverte de savanes, de marais et de bois épais. A la deuxième zone se rapportent le Kentucki, le Tennessee, l’Arkansas, le Mississipi et la Louisiane. Ils occupent la grande vallée qu’arrosent le fleuve immense et scs affluents. C’est là qu’il se déploie dans toute sa splendeur. Ses alluvions ont formé, à son embouchure, un delta large de 250 milles, sillonné dans tous les sens par un labyrinthe

C LIMAT . — climats ciiai'ds (zo-se septentrionale) 159

do canaux et de digu es, qui ont régularisé le cours des eaux et fait disparaître les marais, à la place desquels on voit aujourd’hui de riches plantations, des villages, des villes, où s’élève la Nouvelle-Orléans, avec sa population de 170,000 âmes. Le Texas appartient à la troisième zone; il présente le meme aspect que les Etats de l’Est. Ses plaines sont d’une extrême fertilité, à l’exception des côtes proprement dites où l’on retrouve encore les landes stériles de la Virginie, ses marécages insalubres, et qui sont bordées d’îles basses et de lagunes.

Les provinces septentrionales du Mexique sont couvertes de montagnes, de forêts et de pâturages. Le climat en est tempéré et assez salubre. La vieille Californie, au contraire, est d’une aridilé sans égale : c’est un pavs nu et désolé sans végétalion et sans eau. Le climat est chaud et sec à l’excès. Les pluies qui tombent dans l’été s’accompagnent d’orages et de coups de vent, mais elles ne durent pas.

Météorologie. — Le climat des États-Unis du Sud diffère essentiellement de celui des États du Nord, dont nous ferons ressortir plus tard les caractères excessifs. Il est dominé par le voisinage du golfe du Mexique, la plus étendue des côtes maritimes de ce pays, par la présence du Gulf- Strearn qui, sortant du canal de Bahama, remonte le long de la côte de la Floride jusqu’à la hauteur de Charlestown ; il est soumis à l’influence des vents alizés qui régnent jusqu’à la latitude des Bermudes. Les ouragans de la mer des Antilles s’y font sentir dans toute leur violence. Plus au nord, les vents de sud-est alternent avec les vents de nord-ouest. Les saisons se rapprochent de celles de la zone torride; il n’y pleut que pendant l’hivernage; la quantité d’eau qui tombe, pendant l’année, est beaucoup moindre qu’aux Antilles; elle ne dépasse pas, d’après Mühry, 1,700 millimètres. La température est moins élevée et plus variable, sur la côte de l’Atlantique que sur celle du golfe du Mexique. Ainsi, à Charlestown, par 52°47' de latitude, la moyenne annuelle est de 1 8°, 8 ; celle du mois le plus chaud (juillet) de 26°, 7 ; celle du mois le plus froid (février) de 9°, 9 ; à la Nouvelle-Orléans, par 29°58' de latitude, la moyenne annuelle est de 21°, 1 ; celle du mois le plus chaud (juillet) de 28°, 8, celle du mois le plus froid (décembre) de 12°, 2.

Salubrité , Maladies. — Sous le rapport de la salubrité, ces contrées présentent un caractère commun. Elles se composent, à l’intérieur, de régions élevées et salubres et d’une lisière maritime bordée de marais, et soumise aux mêmes influences que les Antilles et que le littoral du fond du golfe. Nous devons par conséquent nous attendre à retrouver le même cadre nosologique à peu de chose près. On ne peut avoir de renseignements précis à cet égard que pour les États-Unis ; mais les rapports statistiques sur les maladies des armées et sur leur mortalité comparée, dans le Nord et dans le Sud, fournissent d’excellents termes de comparaison.

Le premier fait qu’ils font ressortir c’est un excédant de mortalité considérable dans les Etats du Sud. Ainsi, de 1829 à 1858, les troupes (pii y ont tenu garnison ont perdu 4,9 p. 100 de leur effectif, tandis que celles du Nord n’ont perdu que 1,8 p. 100. En 1842, la différence a été

J 60 CLIMAT. — CLIMATS chauds (zone australe).

plus forte encore. Les armées du Sud ont perdu 5,4 p. 100, et celles d Nord 0,9 p. 100 seulement. La même différence s’observe dans la popi lation civile. Dans les grandes villes du Nord, la mortalité n’excède pj 2,5 p. 100; à la Nouvelle-Orléans elle s’élève jusqu’à 5,9.

Les maladies qui entrent pour la plus forte part dans cet excédant d mortalité sont, en premier lieu, les lièvres paludéennes; les llux intest naux (diarrhée, dysenterie, choléra) viennent ensuite; la phthisie maref en troisième lieu. Ces maladies réunies forment les 6/1 0es de la totalil des décès. Ce sont elles qui ont fait le plus de ravages dans l’armée d l’Ouest et dans celle du Potomac, pendant la guerre civile qui a tout r< cemment désolé ce pays.

Les fièvres intermittentes régnent sur toute la côte marécageuse dor nous avons parlé, ainsi que dans toute la vallée du Mississipi. Elles prei nent souvent le caractère rémittent en automne et deviennent alors d’un extrême gravité. Sous leurs différentes formes, elles entrent pour u tiers dans le chiffre des admissions aux hôpitaux, et pour un cinquièm dans celui de la mortalité qui affecta les armées du Sud.

La fièvre jaune s’y montre souvent à l’état épidémique, surtout à 1 Louisiane ; il est rare qu’elle règne aux Antilles, sans qu’on, la voie s manifester à la Nouvelle-Orléans, où elle a de tout temps fait de granc ravages. C’est un des points du golfe du Mexique que ce tléau visite 1 plus fréquemment. Il n’épargne du reste aucun point de la côte sud. Il fait de nombreuses apparitions à Cliarlestown ; on l’a vu parcourir tout 1 littoral de l’Amérique du Nord et remonter jusqu’à Québec, par 48° de h titude.

Nous avons déjà parlé de la fréquence et de la gravité des flux intest naux. C’est surtout dans le premier âge de la vie qu’ils sont à redouter le choléra infantile est une des maladies les plus meurtrières aux Etat Unis. Les affections aiguës des voies respiratoires n’y sont pas rares; ma elles sont beaucoup moins graves qu’en Europe. Elles n’entrent pas poi plus de 6 p. 100 dans la statistique des décès des armées du Sud, et phthisie n’y figure que pour 14 p. 100.

B. Zone ausïrale «les climats chauds. — Les pays chauds s tués dans l’hémisphère sud offrent une étendue beaucoup moindre qi ceux de l’hémisphère nord. Us comprennent l'extrémité sud de l’Afriqui la presque totalité de l’Australie et la partie moyenne de l’Amérique m< ridionale.

I. Région africaine. — Elle a la forme d’un triangle dont la bai s’étend du cap Negro à l’embouchure du Zambèze, et dont le cap c Bonne-Espérance occupe le sommet. L’intérieur est peu connu. La cô ouest est inhabitable. Les Anglais, en 1824, y ont vainement cherché u point qui pût leur servir de lieu de déportation. Us n’y ont trouvé que d( plages arides, sans eau potable et sans végétation. La côte orientale e plus fertile, mais elle est aussi marécageuse et aussi insalubre que celle d golfe de Guinée. Dans l’intervalle, s’étendent des plages sablonneuses < de grands plateaux couverts de végétation pendant la saison des pluie

CLIMAT. — CLIMATS CHAUDS (ZONE AUSTKALe).

arides et desséchés pendant le reste de l’année. Deux chaînes de montagnes peu élevées contournent le littoral. La principale, formée par les monts Nieuwereld, s’élève jusqu’à 4,000 mètres, et se couvre de neige, pendant cinq ou six mois de l’année. Deux grandes rivières en descendent et coulent de l’est à l’ouest. L’Orange, la plus importante des deux, sert de limite aux possessions anglaises représentées par la colonie de Port- Natal et par le gouvernement du Cap ; ce sont les seules parties de cette région qui soient connues.

La ville du Cap, dont la population s’élève à 25,000 habitants, s’étend au bord de la mer sur un sol horizontal, qui monte ensuite en pente douce jusqu’à l’amplii théâtre de rochers, dont la muraille de granité entoure la ville et dont le plateau le plus élevé, la Table, a 1,500 mètres d’altitude. Des jardins, des bois, des bruyères remplissent cet intervalle et transforment les environs de la ville en un véritable parterre. Le climat du Cap est doux et agréable, bien que sujet à des variations brusques. Il rappelle celui de l’Algérie. La température moyenne de l’année est de 19°, 1 ; celle du mois le plus chaud (janvier) de 24°, 1, celle du mois le plus froid (juillet) de 14°, 5. (Kæmlz.) Les extrêmes, observés au phare du cap des Aiguilles en 1858, ont été 25° en janvier et 17° en septembre. Ce pays est soumis à des alternatives d’extrême sécheresse et de pluies abondantes suivies d’inondations. Ces pluies se produisent pendant l’hiver qui dure de mars en septembre; elles sont rares dans l’été, qui représente le reste de l’année. Les vents de nord-est dominent dans cette dernière saison. Ils souillent parfois pendant quatre ou cinq jours avec une extrême violence, en soulevant des Ilots d’un sable lin qui pénètre partout et cause une sensation très-pénible. Ces coups de vent sont annoncés par un phénomène météorologique qui ne trompe jamais. C’est l’apparition, sur le sommet de la Table, d’un nuage blanc qui la couronne d’abord comme une vapeur légère, se condense ensuite pour l’envelopper tout entière, et finit par descendre dans la plaine, poussé par le vent de terre dont l’intensité croissante dégénère souvent en tempête. Les vents de sud-sud-ouest., qui viennent du large et amènent la pluie, sont annoncés par un phénomène inverse. On peut les prédire à coup sûr, lorsqu’on voit de gros nuages s’amasser sur la tête du Lion, l’un des contre-forts de la Table, pendant que le sommet de celle-ci reste à découvert.

Le Cap est d’une salubrité parfaite. C’est là que les Anglais vont se rétablir des maladies qu’ils ont contractées dans l’Inde. Ils ont fondé, dans ce but, un bel hôpital qui peut recevoir bOO malades et ne renferme guère que des convalescents. Leurs troupes y perdent moins de monde qu’en Angleterre. Avant 1857, la mortalité moyenne était de 1,59 p. 100; en 1862, elle n’a été que de 0,97. Les maladies les plus communes sont, d’après les statistiques, celles des voies respiratoires, de l’appareil gastrointestinal et les fièvres. Celles-ci se présentent sous les formes les plus variées : fièvre intermittente simple, rémittente, bilieuse ; mais elles sont rares et se terminent presque toujours par la guérison. Les bronchites, les angines, les pneumonies, le croit]), s’observent assez fréquemment au

NOUV. DICT. HÉD. ET CMR. VIII. — 11

changement de saison, sous ce climat variable. La phthisie y est assez commune et, suivant les docteurs Roux et Chiappini, elle marche rapidement vers sa terminaison funeste chez les étrangers qui en ont apporté le germe dans le pays. La dysenterie n’est pas rare et se complique souvent d’hépatite. Les rhumatismes sont fréquents et s’accompagnent parfois d’endocardite. C’est, on le voit, le règne nosologique de la zone torride sous une forme extrêmement atténuée, et mêlé à quelques-unes des maladies des régions tempérées qui s’y développent sous l’influence des vicissitudes atmosphériques. (Armand.)

II. Région océanienne. — a. Australie. — A l’exception de son extrémité nord qui fait partie des régions torrides, l’Australie tout entière appartient aux climats chauds. Elle en remplit la zone australe dans toute sa hauteur et sur une longueur de 5,850 kilomètres. L’intérieur de cette ile, grande comme un continent, n’est pas connu. Elle a été traversée pour la première fois, en 1860-61, parBurke et Mac Donald-Stewart qui, partis de la côte sud, sont arrivés au golfe de Carpentarie, après avoir traversé des plaines désertes, arides ou marécageuses et n’avoir rencontré, en lait de cours d’eau, que des torrents se perdant dans les marais ou dans les sables. Quatre chaînes de montagnes longent les côtes'. Les plus intéressantes sont les montagnes Bleues, dont les cimes abruptes et les pentes escarpées limitent les possessions anglaises. L’Australie n’a pas de grands fleuves; la plupart de ses rivières sont à sec pendant la belle saison. La plus considérable, le Murray, vient se jeter dans le lac Victoria après avoir reçu le Lochlan, le Murrumbridge et le Darling dont le cours n’a jamais été complètement exploré.

Météorologie. — Etendue du 11e au 59e degré de latitude sud, l’Australie présente des différences climatériques considérables dans ses différentes parties ; mais la côte orientale est la seule qui offre de l’intérêt. C’est là que les Anglais ont fondé ces grands établissements qui, depuis quinze ans, ont acquis un développement si remarquable. Le pays est magnifique et d’une salubrité parfaite. La température y est modérée, mais sujette à d’assez grandes variations. A Sydney, la moyenne annuelle est de 18°,1 ; celle du mois le plus froid de 11°, 7, celle du mois le plus chaud de 24°, 7. C’est à peu de chose près ce qu’on observe à Alger, donl la latitude est presque la même; mais le climat de l’Australie ne présente ni la douceur, ni l’uniformité de celui de notre colonie d’Afrique. Les saisons y sont plus tranchées ; l’hiver, qui coïncide avec notre été, s’} montre bien plus rigoureux : les nuits sont très-froides, et il n’esi pas rare de trouver, au lever du soleil, une mince couche de glace à la surface des eaux ; les gelées blanches sont habituelles et les ouragans trèsfréquents à cette époque de l’année. L’été, qui coïncide avec notre hiver, est signalé par de grandes brises ; la chaleur, toujours élevée, devient insupportable par les vents de nord-ouest qui dessèchent la terre et soulèvenl des tourbillons de poussière. Le printemps est caractérisé par d’épais brouillards, l’automne par des pluies abondantes qui font déborder les rivières, et parfois la grêle tombe avec assez de violence pour dévaster les

plantations. La quantité d’eau que le sol reçoit chaque année est de 0"“u,676 à Sydney, et de 0"*'“,7o0 à Paramatta.

Salubrité. Maladies. — Malgré ces inconvénients, le climat de l’Australie est extrêmement favorable aux Européens. Ils y prospèrent à tel point que la Nouvelle-Galles du Sud qui a commencé, en 176S, par un noyau de 760 déportés, compte aujourd’hui plus de 350,000 habitants. Cet accroissement de population est surtout dû à l’immigration, dont le mouvement ne s’est pas ralenti depuis le commencement du siècle, et qui a pris, à l’époque de la découverte des mines d’or, une extension incroyable; mais ce n’est pas la seule cause. Toutes les statistiques signalent un excédant considérable des naissances sur les décès. Nous avons sous les yeux le rapport adressé par le registraire général au secrétaire colonial de la Nouvelle-Galles du Sud, pour l’année 1855 et les dix derniers mois de 1856. 11 constate que, dans cette période de 22 mois, le chiffre des naissances s’est élevé à 18,890, taudis que celui des décès n’a été que de 7,528, ce qui établit, en faveur des premières, la différence énorme de 11,562. Nous ne connaissons pas de point du globe où la colonisation ait fourni d’aussi beaux résultats. La mortalité annuelle, qui atteint en Angleterre la proportion de 2,25 p. 100, n’excède pas 1,17 en Australie. Celle des troupes n’y est que de 1,41, et dans le Royaume-Uni elle dépasse ce chiffre, même dans les corps d’élite.

Les maladies des enfants font toutefois plus de victimes à Sydney qu’à Londres. C’est cet âge de ila vie qui paye le plus fort tribut au climat. Les convulsions et les accidents de la dentition entrent dans la statistique des décès, pour un chiffre plus fort que toutes les maladies zymotiques réunies. Cette classe qui renferme, comme on le sait, toutes les maladies épidémiques, endémiques et contagieuses, depuis le choléra jusqu’à l’hydrophobie, et qui, dans les pays chauds insalubres, absorbe toutes les autres, n’entre à Sydney que pour 15 p. 100 dans la mortalité générale. Les affections des voies respiratoires marchent après les maladies de l’enfance, et la phthisie y conserve sa prédominance habituelle ; la diarrhée, la dysenterie, les lièvres rémittentes viennent en troisième lieu, mais la fièvre intermittente ne ligure pas parmi les causes de décès. Le croup, la coqueluche et les affections du foie y sont placés sur une ligne parallèle ; les autres maladies se comportent comme en Europe, dont le cadre nosologique se rapproche beaucoup de celui de l’Australie.

b. Nouvelle-Calédonie. — A peu de distance des côtes de la Nouvelle- Hollande et sur la limite septentrionale de la zone des climats chauds, se trouve située la plus récente de nos acquisitions dans l’océan Pacifique. La Nouvelle-Calédonie, dont la France a pris possession en 1855, est une grande île de 560 kilomètres de longueur sur 45 de largeur. Elle est sillonnée par des montagnes dont la direction est parallèle à celle de ses côtes, et dont les points culminants atteignent jusqu’à 1,21)0 mètres d’altitude. Son sol accidenté est parcouru par de nombreux cours d’eau, qui débordent à l’époque des pluies et couvrent les terrains d’alluvion formés à leurs embouchures. De nombreux marécages bordent le littoral. La côte

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orientale, généralement abrupte, n’en présente qu’à l’ouverture de ses vallées; la côte occidentale, moins escarpée, en est couverte dans toute son étendue.

Météorologie. — Le climat est doux et agréable, la température uniforme. D’après les observations recueillies par de Rochas pendant un séjour de trois ans, la moyenne annuelle est de 22°, 5, celle du mois le plus chaud (février), de 26°, 8, celle du mois le plus froid (juillet), de 20°, 4. Les extrêmes observés ont été 15° et 56°; la moyenne barométrique a été de 758 millimètres. La colonne mercurielle s’élève parles vents d’est-sudest (vents alizés) et s’abaisse par les autres vents. Les plus fortes dépressions s’observent pendant l’hivernage. Deux saisons s’y partagent l’année : celle des pluies et des chaleurs, qui commence en janvier et finit en avril ; la saison sèche ou fraîche, qui comprend le reste de l’année. Elles ne diffèrent pas autant que sous la zone torride. Il ne s’écoule jamais un mois sans pluie, et l’hivernage compte aussi de beaux jours. Les rosées sont peu abondantes; les orages très-rares ne s’observent que pendant la saison pluvieuse, qui est aussi celle des calmes et des vents irréguliers. L’alizé d’est-sud-est est le vent qui domine. Il tombe le soir et est remplacé par la brise de terre.

Salubrité , maladies. — Le climat de la Nouvelle-Calédonie est extrêmement salubre. La mortalité des troupes en garnison à Port-de-France a été de 1,14 p. 100 par an, pendant la période comprise entre le 15 août 1856 et le 15 août 1858.

En parlant des îles de la Société, nous avons déjà eu l’occasion de faire remarquer l’immunité dont elles jouissent, malgré leur sol palustre, à l’endroit des lièvres intermittentes; la Nouvelle-Calédonie partage ce privilège. Port-de-France est entouré de marais de tous les côtés, les Européens y ont pratiqué des chaussées et en ont desséché quelques-uns, ont remué le sol dans tous les sens, sans qu’un cas de fièvre se soit déclaré parmi les travailleurs. Les naturels, qui construisent leurs cases sur la vase même et couchent presque nus sur la terre , en sont également exempts. Pendant les expéditions, nos soldats ont bivouaqué en rase campagne et sans abri, traversé de nombreuses rivières, et marché avec leurs vêtements mouillés, sans que leur santé ait eu à en souffrir.

La maladie la plus commune est la lièvre typhoïde qui atteint surtout les jeunes soldats. On y observe aussi des diarrhées, des embarras gastriques et des fièvres éphémères sans gravité. Les laryngites, les bronchites et la phthisie y sont très-répandues. A l’exception d’un seul, tous les décès survenus dans la garnison de Port-de-France, pendant le temps qu’y a passé de Rochas, ont été causés par la lièvre typhoïde ou par la phthisie. Celle-ci fait autant de ravages parmi les naturels qu’aux îles de la Société. D'après ie médecin que nous venons de citer, elle enlève à elie seule la moitié de la population. Elle affecte presque toujours la forme galopante, et emporte souvent le malade en un ou deux mois. Le docteur Vinson signale le même fait et tous deux l’attribuent aux mêmes causes. Ce sont celles que nous avons indiquées en parlant de Taïti.

La scrofule, sous toutes ses formes, est tellement répandue parmi les indigènes, qu’on peut en constater l’existence sur plus d’un tiers de la population. Après ces deux maladies, les plus fréquentes sont : chez les enfants, le tétanos des nouveau-nés, les convulsions, les affections vermineuses et le carreau ; chez les adultes, la bronchite, la dysenterie et les maladies cutanées, parmi lesquelles on remarque surtout le psoriasis, l’ecthyma, l’impetigo et l’eczéma. L’éléphantiasis des Arabes y est beaucoup moins répandu que dans la Polynésie, mais ils sont sujets à une autre affection qui ne respecte qu’un petit nombre d’entre eux et qui existe également aux îles Fidji. Cette maladie, désignée dans le pays sous le nom de tonga , et dont de Rochas a donné une description complète, présente la plus grande analogie avec le pian.

III. Région américaine. — La partie de l’Amérique du Sud qui appartient à la zone des pays chauds, représente un grand trapèze, dont la longue base est au nord et dont la hauteur mesure 20° de latitude. Elle comprend le Pérou, la moitié sud du Brésil et les provinces nord des États de laPlata. De nombreuses chaînes de montagnes la parcourent. Les Cordillères qui la dominent de toute leur hauteur, longent sa côte occidentale, et c’est dans cette partie de leur immense parcours qu’elles présentent leur noyau central. Il est le point de départ d’un long contre-fort, qui traverse, de l’ouest à l’est, toute la largeur du continent, pour se terminer au cap Saint-Roch, et sépare le bassin de l’Amazone de celui de la Plata. Les montagnes du Brésil complètent le système orographique de l’Amérique du Sud. Les versants de ces différentes chaînes donnent naissance aux innombrables rivières qui la sillonnent, en suivant deux directions principales. Les unes remontent vers le nord-est, pour aller se jeter dans l’Amazone, les autres descendent vers le sud-ouest, et deviennent les affluents du Paraguay, du Parana et de l’Uruguay, dont la réunion forme le Rio de la Plata. La chaîne centrale sert ainsi de faîte de partage aux eaux de ces deux fleuves, et leurs embouchures sont séparées par une distance de plus de 1,000 lieues. Les montagnes partagent cette partie de l’Amérique méridionale en trois régions : l’une aride et sablonneuse, placée entre les Cordillères et l’océan Pacifique ; l’autre, située au nord de la chaîne transversale et formée par les immenses plaines du bassin de l’Amazone, la troisième au sud représentée par une succession de plateaux, de terrains et de vallées, couvertes d’épaisses forêts et parcourues par de nombreuses rivières.

a. Pérou. — Le Pérou, situé au point de jonction des deux chaînes, fait à la fois partie de ces trois régions. Sa côte occidentale forme, des Cordillères à la mer, un plan incliné, dont la largeur varie de 40 à 80 kilomètres; dans le Sud, il est de la plus désolante aridité. Le littoral de la Bolivie ne présente que des collines grisâtres, sillonnées de profondes crevasses que les torrents ont creusées, et où croissent de grands cactus, la seule végétation qui puisse s’y développer. L’eau douce y fait partout défaut, et sur certains points les habitants sont réduits pour s’en procurer à distiller l’eau de mer. Dans le Nord, la côte est moins stérile, elle offre

de loin en loin des plaines bien cultivées. Le pays embrassé par les Cordillères, et qui porte le nom de Sierra, est un assemblage de montagnes et de rochers nus, entrecoupés par des vallées peu profondes, dans lesquelles on récolte les quinquinas, les résines et les baumes. Derrière la chaîne des Andes, commence au nord la grande plaine qui descend vers l’Amazone; au sud, s’étendent les terrains accidentés de la Bolivie, les liants plateaux où se trouvent réunis tous les grands centres de population, les plaines fertiles qui se continuent jusqu’au Brésil et au Paraguay-

Météorologie. — Le climat présente la même variété. Froid et salubre sur les hauteurs, chaud et humide dans les plaines de l’Ouest, il est doux et agréable dans les parties habitées de la côte du Pacifique. On n’y ressent ni chaleurs excessives, ni froids rigoureux. Au Callao, d’après les observations faites par Duploüy à bord de la Constantine , la température moyenne de l’année est de 19",6cS, les extrêmes de 16°, 4 et de 22°, 1. A Lima, où les brises fraîches du sud et le voisinage de la mer se font moins vivement sentir, la moyenne annuelle est, d’après Unane, de 25°, 5. Le baromètre se maintient presque toujours entre 757 et 760 millimètres. L’absence de pluies est le trait le plus caractéristique du climat de tout le littoral péruvien. Elles sont remplacées par d’épais brouillards qui régnent matin et soir pendant presque toute l’année, et que les rayons du soleil ont peine à traverser. Dans l’hiver, ils persistent souvent jusqu’à onze heures, et sont alors entraînés vers les montagnes par la brise du sud; elle se lève plus tôt en été et dissipe la brume de meilleure heure. Ces deux saisons ne présentent entre elles que des différences bien légères, la première s’étend de mars en septembre, la seconde comprend les six autres mois de l’année.

Salubrité , maladies. — Le Pérou passe pour très-salubre, mais cette réputation nous paraît un peu usurpée. A Lima, le chiffre des décès dépasse notablement celui des naissances. Les enfants y figurent pour plus de moitié. Le rapport annuel de la mortalité à la population s’élève à 5,1

Le règne pathologique présente un mélange à proportion presque égale des maladies des régions tropicales et de celles des pays tempérés; le climat leur imprime une marche insidieuse et un caractère particulier d’asthénie qui fait du reste le fond des constitutions péruviennes, souvent ruinées par le jeu et l’ivrognerie, les deux fléaux de ces populations. i Les affections dominantes sont, en premier lieu, les fièvres intermittentes, souvent compliquées d’accès pernicieux et de cachexie paludéenne; les fièvres éruptives y régnent comme en Europe; la variole y faisait de grands ravages chez les nègres et chez les Indiens avant l’épidémie de 1859, qui a imprimé une impulsion puissante aux progrès de la vaccine; la fièvre jaune s'y est montrée pour la première fois en 1852, et y a sévi avec assez d’intensité pendant les années 1854, 1856 et 1857.

La dysenterie est la maladie qui cause le plus de décès : d’après les recherches faites par le docteur Duploüy dans les hôpitaux de Lima, elle

entre pour un cinquième dans la mortalité générale; l’hépatite la complique souvent.

Malgré la douceur et l’égalité de la température, les maladies de poitrine sont communes au Pérou. Les brouillards, et l’humidité qu’ils entretiennent, impressionnent vivement les sujets délicats, et, dans l’hiver, bien que le thermomètre ne descende guère au-dessous de 14 ou 15 degrés, on voit se développer un assez grand nombre de pneumonies et de pleurésies. La phthisie pulmonaire y fait de grands ravages : dans la statistique produite par Duploüy, elle marche immédiatement après la dysenterie, et figure pour 17 pour 100 dans la mortalité générale.

Les névralgies et les rhumatismes y sont moins communs qu’à Valparaiso; mais la syphilis, la scrofule et les maladies cutanées, y sont beaucoup plus répandues dans les classes pauvres. C’est à ce groupe d’affections que se rattache celle qu’on désigne dans le pays sous le nom de veruga, et sur le compte de laquelle nous ne possédons encore que des renseignements incomplets. Tschudi la dit exclusive au Pérou et endémique sur le versant occidental des Cordillères, ainsi que dans les hautes vallées qu’elles circonscrivent. Elle est inconnue dans la Sierra, ainsi qu’en Colombie et qu’au Chili. Son foyer principal est le village de Santa-Ulaya, situé à 14 lieues de Lima, par 1,700 mètres d’altitude. Schmidt prétend qu’elle ne respecte aucune race, mais qu’elle s’attaque plus particulièrement aux blancs. Il ne la croit pas contagieuse; on l’attribue dans le pays à l’usage de certaines eaux qui descendent des Cordillères, Du reste, son histoire est enveloppée de tant d’obscurité qu’il est impossible, d’après les descriptions qui en ont été données, de se faire une idée exacte de sa nature; on a très-probablement englobé sous ce nom des états pathologiques essentiellement différents ; on y a évidemment fait entrer, comme le pense Le Roy de Méricourt, des syphilides, des cas de moluscum, de lèpre, des varioles hémorrhagiques, etc. Une étude plus attentive fera peut-être un jour rayer la veruga du cadre nosologique. (Archives de médecine navale, t. II, p. 101.)

h. Brésil. — Le Brésil, suivant l’expression de de Ilumboldt, est une plaine boisée, placée entre les steppes de l’Amérique méridionale. Il est traversé par des chaînes de montagnes, parcouru par de nombreuses rivières et couvert de la plus splendide végétation. Je n’ai vu nulle part d’arbres aussi beaux, de forêts aussi imposantes, qu’aux environs de Rio-Janeiro; je ne connais rien au monde d’aussi majestueux que sa rade, sur le bord de laquelle s’étend cette grande et belle ville qui compte aujourd’hui plus de 500,000 habitants.

Météorologie. — Le climat d’une contrée aussi vaste ne peut pas être partout le même : chaud, humide et assez semblable à celui des Guvanes dans les provinces du nord qui confinent au bassin de l’Amazone, frais et agréable dans les montagnes de l’intérieur, il se rapproche, en descendant vers le sud, de celui des pampas , qui forment la majeure partie des Etats de la Plata. Sur le littoral, il est caractérisé par une chaleur élevée que

modèrent cependant les brises du large, et par une grande pureté du ciel.

A Rio-Janeiro, la température moyenne de l’année est de 23°, 1; celle du mois le plus froid, de 19°, 6; celle du mois le plus chaud, de 26°, 7. Les extrêmes observés ont été 14°, 44 et 57°, 77; les moyennes sont plus élevées à Rallia. Dans les montagnes, le thermomètre descend souvent au-dessous de 0°. L’humidité de l’atmosphère est très-grande, et varie, dans des proportions considérables, suivant les saisons et les heures de la journée; elle augmente de juin en février, et diminue de février en juin. En deux années d’observation, le docteur Freire-Allemâo a trouvé, pour moyenne, 80 degrés de l’hygromètre de Saussure, et, pour extrêmes, 42 degrés à midi, au mois de janvier, et 100 degrés à six heures du matin, en avril. R n’y a pas d’époque de sécheresse absolue : les pluies n’affectent pas au Rrésil la même régularité que sous la zone torride, elles ont leur maximum dans les mois de février, de mars et d’avril. On compte, en moyenne, 84 jours pluvieux par an à Rio-Janeiro. Les orages y sont très-fréquents; on remarque, toutefois, que depuis la destruction des forêts, qu’amènent peu à peu les progrès de l’agriculture, ils diminuent de nombre et de violence; il en est de même de la quantité d’eau qui tombe annuellement. La grêle est tellement rare, que Sigaud n’a eu l’occasion d’en voir tomber que deux ou trois fois, pendant son long séjour au Rrésil. Dans les montagnes de l’intérieur, au contraire, la neige et la grêle ne sont pas rares; il y gèle même parfois. Sur tout le littoral, mais surtout à l’embouchure des grandes rivières, il règne d’épais brouillards que le soleil a de la peine à dissiper; à Rio même, pendant l’hiver, ils durent toute la matinée. La direction des vents varie avec la saison : pendant le printemps et l’été, ils soufflent de la partie du nord et du nord-est; dans l'hiver et dans l’automne, de celle du sud-est. Les brises de terre et de mer s’y font sentir régulièrement; la première domine pendant la saison froide, la seconde pendant la belle saison.

Salubrité; maladies. — Le Rrésil ne peut pas être considéré comme un pays malsain : il est exempt des grandes endémies des régions intertropicales; les Européens y jouissent d’une bonne santé et s’habituent assez facilement au climat. Les maladies semblent même s’attaquer de préférence aux enfants du pays, et L. Papillaud, qui insiste sur ce fait, l’attribue à leur mauvaise hygiène, à leur alimentation presque exclusivement animale, à l’abus des épices, des boissons chaudes, et particulièrement du mate, infusion de l’ilex paraguayensis, qu’ils hument toute la journée, à une température aussi élevée que possible.

Les provinces du sud sont au nombre des contrées les plus agréables du globe; les villes du littoral, situées sur des points élevés, comme Olinda, sont d’une salubrité parfaite; Rio-Janeiro, et surtout Fernambouc, 1 emportent de beaucoup sur Rallia, et, à très-petite distance de la capitale, on trouve dans les montagnes des villages qui ne le cèdent, sous aucun rapport, aux plus délicieuses résidences de l’Italie. Les provinces centrales ne sont pas aussi favorisées : le débordement des rivières, et les inondations qui en résultent, y entretiennent des foyers palustres

d’une grande activité, et les fièvres déciment les populations elair-semées de ces pays encore peu connus.

L’intoxication paludéenne est la seule des maladies endémiques des pays chauds qui conserve au Brésil un certain degré d’importance; on l’y retrouve presque partout, variant dans sa gravité et dans ses formes, suivant la nature plus ou moins palustre du sol. A Rio, dit le docteur Jubim, la fièvre intermittente est rarement simple; elle se complique presque toujours de phénomènes étrangers, et prend souvent le caractère pernicieux. 11 en est de même à Baliia ; à Fernambouc, au contraire, elle est le plus souvent bénigne. Dans les localités marécageuses du centre, elle amène rapidement la cachexie paludéenne ; les accès pernicieux sont très-communs, et l’hydropisie est une de ses terminaisons habituelles. '

Les fièvres rémittentes bilieuses régnent souvent au Brésil à l’état épidémique; mais la lièvre jaune rfy a fait que de rares apparitions. La première paraît remonter à 1082; elle borna ses ravages à Fernambouc. Depuis cette époque, jusqu’en 1850, c’est à peine si de loin en loin on a pu en observer quelques cas isolés; et Sigaud, dans sa longue pratique, n’a pas pu en constater plus de 5. Au mois de janvier 1850, elle fut importée à Rio-Janeiro par un navire venant de Bahia; elle y régna jusqu’en juillet, et y lit près de 10,000 victimes appartenant presque toutes à la population européenne. La fièvre typhoïde est commune et règne souvent à l’état épidémique; il en est de même de la variole, de la scarlatine et de la rougeole. La dysenterie s’y observe en tout temps, mais à l’état sporadique; elle se complique assez souvent d’hépatite. Celle-ci fait la préoccupation constante des médecins du pays; mais ils sont disposés à l’admettre partout où ils observent quelques-uns de ces phénomènes bilieux si communs sous ces latitudes.

La maladie la plus meurtrière au Brésil est la phthisie. C’est un des points du globe où elle fait le plus de ravages : elle s’attaque aussi bien aux blancs qu’aux noirs et enlève, au dire de Sigaud, le cinquième de la population. On a fondé à Rio un hôpital spécial pour les tuberculeux, et, dans celui de la marine, ils entrent, année commune, pour un tiers dans la mortalité. Dans le nord, au Para, à Babia, la phthisie épouvante par la rapidité de sa marche; on l’y regarde, dit le docteur Justiniano da Sylva Cornez, comme la première des maladies aiguës. Il en est de meme, d’après le docteur Jubim, dans les provinces du sud, à Sainte-Catherine, à Rio-Grande, à la Coïritiba. Au Brésil, comme dans la plupart des pays chauds, on la croit contagieuse, et les médecins eux-mêmes partagent cette opinion, avec laquelle il faudra bien compter désormais. Là, comme partout, on a cherché des refuges pour les phthisiques : Sigaud leur recommande les petites colonies suisses de Morro-Queimado et de Cantagallo, situées dans les montagnes, près de Rio-Janeiro ; ceux de Bahia émigrent, pendant la mauvaise saison, dans les terrains nommés Catingas.

La pneumonie et la pleurésie ne sont pas rares; elles revêtent d’habitude

le caractère bilieux, et l’élément intermittent vient souvent les compli quer. C’est pendant l’hiver, si redouté des Brésiliens, qu’elles se montren de préférence; c’est aussi l’époque des bronchites qui se font remarque par leur ténacité. La coqueluche et la grippe régnent souvent à l’éta épidémique, et cette dernière acquiert parfois un degré de gravité inconm sous nos latitudes.

Parmi les maladies chroniques, celles du cœur occupent le premie rang; elles s’attaquent surtout à la population brésilienne, mais elle n’épargnent pas les étrangers, lorsqu’ils séjournent longtemps dans 1 pays. Les affections de l'utérus et celles des voies urinaires n’y sont pa très-répandues; les calculeux y sont rares, mais on y rencontre asse fréquemment l’hématurie chyleuse dont nous avons parlé à l’occasion d l’île de France et de Bourbon. L’ophthalmie purulente est souvent im portée dans les ports par les navires qui transportent des noirs de la côt d’Afrique; elle éclate alors, à l’état épidémique, dans les établissement publics, et surtout dans ceux qui renferment beaucoup d’enfants. Sigair range parmi les maladies endémiques du Brésil, les érysipèles, le goitre l’hydrocèle, les hémorrhoïdes , le pian et la lèpre. L’érysipèle, plu commun à Rio qu’à Fernambouc et à Bahia, s’observe d’habitude chez le hommes, et souvent sous la forme phlegmoneuse ; l’angéioleucite s’adress plus particulièrement aux femmes.

Le goitre se rencontre sur tout le parcours des Andes : il est tellemcn commun dans les provinces du sud, qu’on l’y considère comme un agré ment. Dans ce pays plat, sillonné de rivières, on ne peut l’attribuer ni l’altitude, ni à l’air confiné des vallées, ni à l’eau provenant de la font des neiges, et cependant il s’étend chaque jour davantage. On le connais sait à peine il y a vingt ans, dit Sigaud, dans le Rio-Grande du Sud, c maintenant on l’y rencontre à chaque pas. R n’attaque guère que le familles établies dans le pays depuis plusieurs générations; les Européens les nègres et les mulâtres en sont exempts. Il est beaucoup plus fréquen chez les femmes que chez les hommes.

L’hydrocèle est la maladie chirurgicale la plus répandue au Brésil depuis le Para jusqu’à Rio-Grande. Elle y atteint un degré de fréquenc qu’on rencontre rarement, même entre les tropiques. Toutes les races toutes les professions y sont également sujettes. Sigaud cite un médeci du pays qui en a opéré 1,250 à lui seul. Les hémorrhoïdes sont très communes dans toute l’étendue du Brésil , et y constituent une maladi grave. On y rencontre également une affection du rectum que les Portu gais désignent sous le nom de bicho , et qui passe pour endémique dans 1 pays. Il est encore difficile de lui assigner une place dans le cadre nosc logique, d’après les renseignements très-imparfaits que nous possédons cet sujet. C’est, dit Boudin, une espèce de gangrène du rectum qui donn lieu à d’atroces douleurs, et se termine souvent par la mort. Pison est, j crois, le premier auteur qui en ait parlé, et sa description peut s’appl quer, d’une part, à des tumeurs hémorrhoïdales sphacélées, et, de l’autre à des cas de dysenterie gangréneuse. Le Blond la mentionne égalemer

CLIMAT. CLIMATS TEMPÉRÉS

dans ses observations sur les maladies des tropiques, mais ce qu’il en dit n’est pas de nature à faire avancer la question. Sigaud, qui aurait pu en faire une étude complète, puisqu’il a eu l’occasion d’en traiter quatre cas, se borne à reproduire ce qu’en ont dit les médecins portugais. D’après ces derniers, elle parcourt deux périodes successives : la première caractérisée par la paralysie du sphincter et la dilatation passive de l’anus; la seconde, par la gangrène du rectum. 11 est évident que ce sujet appelle de nouvelles recherches.

Le pian et la lèpre sont très-répandus dans les provinces du nord et du centre. A Maranham, à Saint-Paul, les deux maladies se montrent avec une égale fréquence. On rencontre des lépreux échelonnés sur toute la route de Saint-Paul à Rio-Janeiro, et aux portes de chaque ville on trouve une cabane qui leur sert de refuge.

L’espace compris entre le Pérou, le Brésil et les Cordillères, est occupé par le Paraguay et par les provinces les plus septentrionales de la Confédération Argentine. Ce pays, montagneux et accidenté dans le nord , où il confine aux plateaux de la Bolivie, est formé, dans le reste de son étendue, par d’immenses plaines dont les points les plus élevés ne dépassent pas 100 mètres d’altitude. Les nombreux affluents du Paraguay et du Parana sillonnent cette surface unie, où les terrains arides, brûlés par le soleil, les sables mouvants et les pâturages, alternent avec les marais et les étangs saumâtres où viennent se perdre des cours d’eau sans issue. Ces solitudes désertes, sans routes et sans villes, sont peuplées par des tribus de sauvages indépendants, et parcourues par ces innombrables troupeaux de bœufs et de chevaux, dont la race y a été importée au seizième siècle, et qui forment la principale richesse du pays.

Le Paraguay, placé entre les deux fleuves qui l’entourent avant de se réunir, est une plaine entrecoupée de lacs, de marais, de bois et de collines dont les plus élevées n’ont pas 200 mètres de hauteur. Le sol, inondé pendant la saison des pluies, est d’une fertilité extrême; le climat est le même que celui des provinces méridionales du Brésil.

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