COLCHIQUE. — THÉRAPEUTIQUE
de l’urine : il semble même, lorsque l’action du médicament est prolongée, qu’il y ait diminution dans la quantité de l’acide urique excrété.
Le colchique n’agit pas toujours comme diurétique; tout au contraire, on voit diminuer la quantité des urines lorsque l’action sur le tube digestif est très-prononcée.
Pour terminer ce qui a traitau colchique considéré comme médicament diurétique et sédatif, il convient de revenir sur l’action qu’il exercerait sur le cœur. Expérimentalement, cette action est loin d’être démontrée : le colchique n’est pas un poison du cœur.
Si l’on en croit Garrod, l’action sédative exercée par ce médicament, tant sur le cœur que sur d’autres parties du système vasculaire ne saurait être mise en doute : elle est attestée par la lenteur et la faiblesse du pouls qui surviennent après son administration.
Dans deux expériences faites sur lui-même, le docteur Maclagan a vu , après l’injection de 12 centigrammes de colchique, le pouls baisser de
20 pulsations en cinq ou six
heures,
ainsi qu’il résulte du tableau
sui-
vant :
Première expérience.
Deuxième expérience.
À 8 heures du soir, pouls à
A 6 heures du soir, pouls à
Pendant ces expériences, il n’y eut d’autres effets physiologiques apparents qu’un peu de nausée.
En résumé, on ne sait rien de précis sur l’action physiologique du colchique, ni de l’un ou de l’autre des alcaloïdes qu’on en peut extraire : les indications thérapeutiques sont toutes données par l’empirisme : et en faisant connaître dans quels cas et pour quelles maladies on a donné le colchique, nous ferons voir combien il est regrettable qu’un médicament actif et dangereux soit administré ainsi le plus souvent sans raison, au hasard, et il en sera ainsi tant que l’étude des actions physiologiques d’un médicament n’aura pas donné la seule base réelle de ses applications thérapeutiques.
Action thérapeutique , — Les préparations du colchique ont été administrées dans un très-grand nombre de maladies. — Il y a près d’un siècle que Storck préconisa ce médicament dans le traitement des liydropisies : vers le même temps, on donnait des remèdes secrets contre les douleurs de la goutte (Eau médicinale, etc.), dans lesquels le colchique entrait pour la plus grande part.
Pour traiter des applications thérapeutiques du colchique, nous indiquerons d’abord son usage dans le traitement de la goutte : car c’est à ce titre surtout, comme antigoutteux, que le colchique mérite quelque
690 COLCHIQUE. — thérapeutique.
intérêt. Dans une seconde partie nous énumérerons toutes les maladies dans lesquelles on a, le plus souvent au hasard, administré et prescrit, avec un succès variable, les préparations du colchique.
Emploi du colchique dans le traitement de la goutte. Au siècle dernier, Husson mit en très-grande vogue, sous le nom à’ eau médicinale , un remède secret contre les paroxysmes de goutte. (Waut, qui fit plus tard l’analyse de ce remède, reconnut qu’il avait pour base le colchique.) Vers la fin du siècle, en 1763, un peu après la découverte de l’eau médicinale, Storck introduisit le premier et préconisa le colchique dans le traitement de la goutte.
Si le colchique et rhermodacle sont deux variétés d’une même espèce; on doit reconnaître que les anciens en savaient tout autant que jious sur l’action du colchique : « 11 y a lieu de remarquer, dit Paul d’Egine, que l’hermodacte agit sur l’estomac d’une manière fâcheuse, produisant des nausées et de l’anorexie ; c’est pourquoi il convient de l’employer seulement chez les gens très-pressés de se guérir. Cette substance possède en effet la propriété de faire disparaître très-rapidement, dans l’espace de deux ou trois jours au plus, la fluxion articulaire , et les malades sont bientôt à même de reprendre leurs occupations. »
Sans nous préoccuper des théories émises pour expliquer l’action du colchique dans le traitement de la goutte; voyons d’abord quelle est son action.
Trousseau et Pidoux ne le regardent guère que comme un purgatif dont l’emploi ne serait pas plus indiqué ou contre-indiqué qu’aucun autre des médicaments du même genre.
Copland regarde le colchique comme très-dangereux : ce médicament ayant pour effet de rendre les accès plus fréquents, de les rapprocher et d’augmenter l’intensité des accidents précurseurs.
Todd n’admet l’intervention du colchique que dans les cas où les paroxysmes sont accompagnés de trop vives douleurs : il craint que l’abus du colchique ne transforme en goutte asthénique presque inguérissable, la goutte aiguë simple.
lleadland croit à l’action (tout à fait incertaine et peu probable) du colchique sur le sang, et par cela même sur l’activité des assimilations qui se font dans le sang.
Maclagan attribue l’action du colchique dans le traitement de la goutte à ses propriétés sédatives et diaphorétiques.
Quelle que soit l’opinion que l’on veuille adopter, il est une chose certaine; c’est que, contrairement à l’idée de Trousseau et Pidoux, ce n’est pas seulement comme purgatif qu’agit le colchique, puisque son action est d’autant plus certaine, que le médicament n’a pas été donné à doses purgatives, de façon à ne point amener d’abondantes évacuations alvines.
Garrod qui a si bien étudié la nature, les formes et le traitement de la goutte, donne à cet égard des règles et des préceptes qui ne doivent point être oubliés.