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COLCHIQUE. THÉRAPEUTIQUE

Le colchique, suivant lui, exerce une action puissante et favorable sur l’évolution de l’inflammation goutteuse; il se montre encore tout-puissant contre les formes larvées et irrégulières de la goutte : il agirait même, suivant Holland, avec grand succès, dans les manifestations chroniques de la diathèse goutteuse, dans les cas d’ophthalmie, de bronchite goutteuse, de céphalalgie liée au même état diathésique.

Pour ce qui est du colchique agissant seulement par ses propriétés purgatives, dans la perturbation de l'accès goutteux, Garrod est, contre cette opinion, très-net et très-aflirmatif. « Je puis alléguer, dit-il, que le soulagement qui résulte de l’emploi du colchique ne se produit pas sous l’influence des plus fortes purgations déterminées par d’autres substances. J’ai constaté de plus qu’un amendement rapide des plus vives douleurs de la goutte peut suivre l’emploi du colchique sans qu’il survienne aucune évacuation diarrhéique. »

Si l’action du colchique dans la goutte était due tout entière à ses propriétés sédatives, on verrait ce médicament modilier les inflammations de tout genre au même degré qu’il modilie l’inflammation goutteuse : il n’en est rien cependant : l’action du colchique comme diurétique éliminant en excès l’urée, l’acide urique, ne peut guère être admise, puisque nous savons, par les recherches mêmes de Garrod, que le colchique, loin d’être toujours diurétique, diminue souvent la quantité des urines rendues et n’a en réalité sur la quantité d’urée et d’acide urique excrétés, aucune influence certaine.

Garrod regarde comme incontestable et décisive l’action toute-puissante du colchique sur l’inflammation goutteuse : il fait de ce médicament le spécifique de l’inflammation goutteuse, « action comparable «à celle que le quinquina exerce sur la fièvre intermittente. » Que de fois les goutteux, soulagés de précédentes attaques, ne prennent-ils point le colchique sans même consulter leurs médecins, et ainsi s’explique la grande faveur des prétendus spécifiques, Eau médicinale, Teinture de Wilson, Remède de Reynolds, etc.

Quant aux effets secondaires du médicament, bien que Garrod et Watson soient d’un avis contraire, cependant on doit admettre, comme l’a fait remarquer Todd, que le colchique ne doit pas être donné sans précaution, à doses progressivement élevées, car on peut craindre pour le colchique, comme pour la digitale et la strychnine, les effets de l’accumulation.

Voici maintenant dans quels cas, à quelles doses et comment Garrod donne le colchique dans le traitement de la goutte :

Dans la goutte aiguë , on doit donner, en une seule fois, une dose élevée, 2 à 4 grammes de vin de colchique, puis continuer par des doses plus faibles, 50 à 60 centigrammes, deux ou trois fois dans les vingtquatre heures.

Dans la goutte chronique , on ne doit prescrire le colchique que lors des exacerbations.

Enfin, toujours suivant Garrod, le colchique donné dans l’intervalle

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des accès de goutte pourrait empêcher le développement des paroxysmes.

Rhumatisme et diverses autres affections. — Haden publia en 1820 un long mémoire sur l’emploi du colchique dans le rhumatisme. Après lui, Bart, Williams, Bushell, Godard, publièrent des faits qui semblaient concluants. — En 1850, Kuhn reprit tous ces travaux dans une histoire complète des propriétés du colchique. — Maclagan, qui est un des très-grands admirateurs du colchique, lui reconnaît une action sédative et le regarde surtout comme précieux « dans ces rhumatismes articulaires à forme erratique, dans le cours desquels les viscères internes peuvent être affectés. »

Trousseau et Pidoux, sur ce sujet, dénient au colchique toute action élective, et prétendent, d’après des expériences personnelles, que ce médicament n’agit ni mieux ni plus mal que tout autre drastique. Monneret avait, en 1844, publié sur ce même sujet un travail basé sur 21 cas de rhumatismes observés par lui. — 11 regarde le colchique comme un simple drastique et comme un médicament plutôt nuisible qu’utile dans le traitement du rhumatisme.

Nous avons vu, quelques lignes plus haut, que le colchique est sédatif et ralentit les battements du cœur : Lewins et Haden l’ont donné avec succès, dans les affections fébriles.

Bennett dit avoir employé le colchique avec succès dans un cas de scarlatine avec délire, coma, urine diminuée de densité, etc., mais comme il donnait en même temps l’éther nitrique et l’acétate de potasse, on ne sait trop quelle part attribuer au colchique dans l’heureux succès de cette médication : dans Yhydropisie , Stôrck et ses élèves ont préconisé le colchique. — S’appuyant sur la prétendue action du colchique sur l’excrétion de l'urée, Maclagan l’a conseillé dans la maladie de Briglit, dans Y urémie : ceci est purement théorique, Maclagan ne l’ayant pas expérimenté dans un seul cas d’urémie.

L’action anesthésique sur la peau, dont il est question dans le mémoire d’Albers (de Bonn), a donné l’idée d’employer le colchique dans quelques affections de la peau : Elliotson a guéri ainsi un cas de prurigo : on a également employé le colchique dans le traitement de Y urticaire.

L’action drastique du colchique a donné à penser qu’il aurait contre la gonorrhée et la blennorrhagie une action utile. (Eisenmann, Ticinus (de Dresde), Ritton.)

Dans le traitement de la chaudepisse cordée , Brodie recommande d’administrer ce médicament. Pour favoriser les contractions utérines , expilU ser te placenta, Chetterbuck, Melta, disent l’avoir employé avec succès: Comme il est peu de médicaments qui n’aient été essayés comme anthelminthiques , on pouvait presque a priori penser et prévoir que le colchique avait dû être donné dans ce but : Chisholm et Baumbach ont en effet trouvé au colchique une grande action anthelminthique.

Dans le traitement des névralgies , Burdach est le premier qui ait conseillé le colchique : Hawin a essayé son action dans Y hystérie , Alderson dans la chorée ; et nous croyons avoir assez fait pour l’honneur de ce mé-

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dicament si prôné, en disant enfin que Smith en a fait le remède du tétanos et Cotter, du choléra.

Toxicologie. — Les préparations de colchique peuvent donner lieu à des empoisonnements accidentels. Le colchique est la base des remèdes secrets antigoutteux que l’on délivre aux malades sans ordonnance du médecin. Ils pnt ainsi sous la main un médicament dangereux dont ils peuvent, dans le paroxysme des douleurs de la goutte, exagérer la dose dans l’espérance d’amener rapidement le soulagement de leurs douleurs. Un seul cas d’empoisonnement criminel a été cité par Galtier; mais comme la colchicine est, à petites doses, un violent poison, il importe de savoir d’avance quels sont les accidents que produit l’empoisonnement par cette substance et les moyens à l’aide desquels il serait possible de reconnaître l’alcaloïde, dans un cas d’empoisonnement.

Doses. — La quantité de poison suffisante pour amener la mort dépend de la préparation : une des plus usitées, le vin de colchique, a donné la mort, dans deux cas cités par Taylor, à la dose d’une once à une once et demie. Casper cite le cas d’individus empoisonnés après avoir pris chacun environ un verre devin de colchique. Les cinq forçats, empoisonnés accidentellement à Toulon et dont J. Roux rapporte l’observation, succombèrent tous : ils avaient pris enrivon 60 grammes de vin de colchique, qu’on leur avait donné au lieu et place du vin de quinquina qui leur avait été prescrit.

Chez un enfant, deux ou trois onces de vin de colchique suffisent pour amener la mort.

Les alcaloïdes du colchique sont toxiques à très-faibles doses : c’est ainsi que 5 centigrammes suffisent pour tuer un lapin en quelques minutes; Schroff (de Vienne), auquel on doit ces expériences, a essayé comparativement la colchicine et la colchicéine.

Un centigramme de colchicine (de Hesse) est suffisant pour faire périr un lapin, après 12 ou 18 heures.

La même dose de colchicéine tue l’animal en moins de temps (10 à 12 heures environ).

Marches et symptômes. — Nous essayerons, en nous reportant aux observations assez nombreuses de mort accidentelle par l’ingestion de vins ou de teintures de colchique, de tracer un tableau des accidents de l’empoisonnement .

Après quatre ou cinq heures, les individus empoisonnés sont pris d’un sentiment de constriction à la gorge, avec salivation, soif vive, dysphagie ; — puis surviennent des vertiges, des douleurs de ventre avec nausées, vomissementsbilieux; selles très-abondantes; la matière des évacuations alvines est souvent glaireuse, mêlée de sang. Le pouls est petit, irrégulier, la respiration embarrassée, la peau froide. A la suite de cet état nauséeux, cholériforme, les malades tombent dans un coma profond ; la respiration devient stertoreuse et la mort a lieu après 12, 56 ou 40 heures, quelquefois après trois jours.

Nous n’avons pas parlé dans cette série des accidents de l’empoisonne-

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