L. Martineau
COIilTË. Voy. Intestins.
COIilsAPSUS. Voy. Forces.
COÏflLODIOff. — Le collodion est un liquide visqueux, opalin, à forte odeur d'éther ; étendu sur des surfaces exposées à l’air libre, il forme un enduit adhérent qui devient bientôt une pellicule parfaitement transparente lorsque le collodion est bien préparé, résistante, rétractile, imperméable à l’air, insoluble dans la plupart des liquides et soluble dans un mélange d’alcool et d’éther. Il est employé en photographie comme excipient des réactifs à fixer sur une lame de verre ; le procédé dit au collodion permet d’obtenir les images de la chambre noire en quelques secondes ; il sert, en médecine et en chirurgie, comme topique et comme agglutinatif. (Voy. Agglutinatifs.)
Le collodion est une solution de pyroxyline ou fulmicoton dans de l’éther sulfurique additionné d’alcool. Il ne se fait pas, à vrai dire, de dissolution, mais bien un gonflement des fibres analogue au gonflement des granules d’amidon ou de la colle de poisson dans l’eau. La pyroxyline est le résultat de la modification de la cellulose sous l’influence de l’action de l’acide azotique monohydraté sur le ligneux, soit qu’on fasse agir l’acide azotique additionné d’acide sulfurique, soit qu’on emploie un mélange d’azotate de potasse et d’acide sulfurique. Sa formule est celle du ligneux, dans laquelle un certain nombre d’équivalents d’eau sont remplacés par un même nombre d’équivalents d’acide azotique. La for-
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mule du ligneux étant donc C2*H!0O20, celle de la pyroxyline sera C24H1801S (AzO5)2, ou C24H17017 (AzO5)5, ou C24H1(!016 (AzO5)4, ou C24H15015 (AzO5)5.
La proportion d’acide azotique lixée varie suivant le mode de préparation employé et suivant la durée du contact du ligneux avec l’acide. Le coton-poudre ou pyroxyline présente quatre variétés, selon qu’il contient 2, 3, 4 ou 5 équivalents d’acide. Celui à 5 équivalents d’acide est insoluble dans l’éther alcoolisé, dans lequel il se gonfle seulement. Celui qui contient 4 équivalents est le vrai coton-poudre, se dissolvant dans l’éther alcoolisé et laissant, après évaporation, une couche mince et transparente. Le coton à 2 équivalents est soluble dans l’eau.
Pour obtenir la pyroxyline destinée à la préparation du collodion employé en médecine, le seul dont nous ayons à nous occuper, le Codex (édition 1866), en suivant le précepte déjà antérieurement publié par M. Adrian, prescrit la formule suivante :
Acide sulfurique à 1,84 1000
Acide azotique à 1,42 500
Coton séché à 100° 55
Versez l’acide sulfurique dans l’acide azotique, et laissez refroidir le mélange jusqu’à la température de 50° environ ; introduisez-y le coton par petites portions, afin d’éviter un trop grand développement de chaleur. Abandonnez le tout pendant 24, 30 ou 48 heures, selon que la température sera de 35°, 25° ou 15° centigrades. Retirez alors le coton et lavez-le à grande eau, pour lui enlever jusqu’à la dernière trace d’acide. Faites-le sécher à l’air libre. Le fulmicoton ainsi préparé doit être conservé à l’abri de l’humidité. On pourrait, dans la préparation de la pyroxyline, remplacer le coton par toute autre substance représentant la cellulose dans un état de pureté convenable. Les acides concentrés sont sans action sur le fulmicoton ; on a proposé de se servir de cette substance pour les filtrer.
Le fulmicoton ainsi préparé est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, mais il se dissout dans un mélange d’éther et d’alcool, et constitue alors le collodion, dont le mode de préparation inscrit au Codex est le suivant :
Fulmicoton 7
Éther à 0,720 64
Alcool à 90° 22
Huile de ricin 7
L’huile de ricin, qui a pour but de donner de l’élasticité au collodion, peut être remplacée par de la glycérine, dans la proportion de 3 à 7.
Dissolvez le fulmicoton dans le mélange d’alcool et d’éther, et ajoutez-y l’huile de ricin. Ce collodion, dit riciné ou élastique , doit être conservé dans un flacon hermétiquement bouché.
Les collodions dont on se sert dans les arts, analogues à ceux que la chirurgie employa au début, ne contiennent pas d’huile de ricin. Ils sont plus secs, plus cassants, plus rétractiles, et irritent assez vivement les
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parties sur lesquelles ils sont appliqués. L’addition d’un corps gras rend le collodion plus souple et moins rétractile, mais elle diminue ses qualités adhésives.
Dès qu’il fut découvert (par Maynard, de Boston, 1847), le collodion fut l’objet d’un engouement à peu près général, et chacun de chercher à lui trouver des applications thérapeutiques dans les maladies chirurgicales et même médicales. C’est là l’histoire de presque tous les médicaments nouveaux. Pendant quelques années, on cherche à en faire des panacées universelles; puis, lorsqu’on a reconnu qu'ils n’ont pas rendu les services si multiples qu’on n’était pas en droit d’attendre d’eux, la réaction contraire se produit, et ils tombent dans un oubli souvent aussi peu mérité que leurs prétendus triomphes.
Telle est à peu près l’histoire médico-chirurgicale du collodion. De 1848 à 1858 environ, les publications périodiques fourmillent de communications trouvant au collodion des applications nouvelles. Depuis cette époque, on ne découvre que de loin en loin quelque timide mémoire cherchant à le sauver d’un abandop trop complet, et, suivant nous, immérité. Loin de nous l’idée d’indiquer toutes les affections médicales et chirurgicales dans lesquelles le collodion a été conseillé; ce serait faire un long et fastidieux catalogue pathologique. Nous nous contenterons d’indiquer, en même temps queles propriétés dont il est doué, les indications qu’il est appelé à remplir et le moyen de les réaliser.
Nous avons vu qu’en se desséchant rapidement, lorsqu’il est étendu en surlace à l’air libre, il forme une membrane mince, suffisamment souple, rétractile, imperméable, insoluble et adhérente aux parties sous-jacentes, pourvu que ces dernières ne soient ni grasses ni humides. Aussi, dès sa découverte, fut-il employé comme adhésif et agglutinatif dans le pansement des plaies. Le simple bon sens indique quelles sont celles dans lesquelles on peut l’utiliser. Éliminons d’abord toutes les solutions de continuité qui, par leur nature même, sont appelées à suppurer, telles que les plaies contuses et les coups de feu. Restent les piqûres et surtout les coupures.
Lorsqu’elles sont superficielles et qu’elles ne présentent pas une tendance marquée à l’écartement, on peut les réunir par une couche de collodion déposée sur les lèvres rapprochées, au moyen d’un pinceau que l’on passe plusieurs fois sur la solution de continuité. Grâce à sa rétractilité, le collodion adhérent aux parties sous-jacentes les comprime légèrement, les maintient à l’abri du contact de l’air, et favorise la réunion immédiate; son contact avec les bords de la plaie cause une douleur cuisante momentanée; il provoque aussi vers le troisième jour quelques démangeaisons, et même, chez certains sujets à peau fine et irritable, de l’érythème et des phlyctènes. Ces légers accidents sont moins précoces et moins fréquents depuis que l’on emploie de préférence le collodion riciné ou élastique.
Au lieu d’appliquer le collodion avec un pinceau, on peut enduire de celte substance une bandelette de linge et la coller rapidement sur la so-
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lution de continuité, dont on a eu soin de nettoyer, de sécher et de rapprocher les bords. Ce mode de réunion présente un peu plus de solidité que fiTprécédent.
Qu’il soit appliqué seul ou soutenu par une bandelette de linge, lecollodion nous a semblé, dans les petites coupures superficielles, remplacer avantageusement le taffetas gommé et le sparadrap de diachylon.
Si la plaie est profonde, le collodion, à lui seul, ne suffit plus. Il ne réunit, en effet, que les parties les plus superficielles, et ne maintient pas bien en contact les parties profondes. Il lui faut alors le secours des sutures. Lorsque ces dernières sont appliquées, on peut recouvrir la plaie d’une couche de collodion ; elle se trouve ainsi bien à l’abri de l’air. Cette précaution est souvent inutile, et partant, habituellement négligée. Je préfère, pour ma part, n’employer le collodion qu’après avoir enlevé les sutures, si la réunion faite dans les parties profondes est incomplète à la superficie. C’est ainsi qu’il a été employé dans la réunion des plaies, du bec-de-lièvre, dans les opérations anaplastiques et même dans les amputations.
Dans ce mode d’application, le collodion n’agit que sur les lèvres mêmes de la plaie et tout près de ses bords. On s’en est aussi servi de façon à exercer des tractions favorables cà la réunion sur les téguments avoisinant la solution de continuité. Ce sont les sutures sèches : les plus ingénieuses sont celles de Mazier, de Vesigné, de Goyrand (d’Aix) et de Kœberlé.
Suture sèche de Mazier. — La pièce fondamentale de l’appareil consiste en deux petits morceaux de toile ourlés sur le bord par lequel ils doivent se faire face l’un à l’autre. On fixe ces bandelettes, que l’auteur nomme coüujateurs , parallèlement, le long de chaque bord de la plaie, et à une distance de ce bord, qui varie de 5 à 10 millimètres, selon que la traction à opérer pour rapprocher les bords de la solution de continuité aura besoin d’être plus ou moins forte. Le moyen employé pour fixer les colligateurs sur la peau est le collodion.
Une fois l'adhésion produite, on passe, avec une aiguille, un fil plus ou moins gros, du bord ourlé d’un colligateur à l’autre ; puis, en serrant ce fil de la même façon qu’on serre le lacet d’un corset, on agit sur les colligateurs, qu’on rapproche, et, comme on ne peut les rapprocher sans amener en contact les bords de la plaie, il en résulte que celle-ci se trouve réunie sans qu’on ait besoin de faire endurer de violence aux tissus et sans causer de douleur.
Suture sèche de Vesigné. — L’appareil se compose de bandelettes, d’épingles ordinaires, de fil ciré, de collodion. L’opérateur prend un nombre de bandelettes double de celui qu’il croit devoir placer dans une direction verticale à la solution de continuité. Chaque bandelette est armée d’une épingle qui part d’un de ses bords, et perpendiculairement à sa longueur, pour sortir du côté opposé. Cela fait, le chirurgien applique à 1 centimètre de la plaie, à l’aide du collodion, chaque bandelette, qui sera plus ou moins longue, suivant la région et la profondeur de la lé-
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sion, perpendiculairement à la solution de continuité, de manière que l’épingle lui soit parallèle.
Il est aussi indispensable que chaque bandelette soit placée exactement vis-à-vis celle qui lui correspond, pour éviter le froncement des lèvres de la plaie ; le collodion solidifié, le chirurgien fait rapprocher les bords de la division, et il engage sur les épingles un fil, comme on le fait, à peu près, pour la suture entortillée.
Suture sèche de Goyrand. — Elle se compose de deux bandelettes ayant la longueur de la plaie ou un peu plus, et une largeur qui varie selon la profondeur de celie-ci. Les deux bandelettes sont bien imbibées de collodion et collées parallèlement sur les deux côtés de la blessure, de manière à ce que les bords, par lesquels elles se regardent, se trouvent l’un et l’autre à quelques millimètres de la plaie. Sur ces bandelettes, et perpendiculairement à leur direction et à celle de la solution de continuité, on colle par une de leurs extrémités des rubans étroits, minces et très-souples, qui font corps avec ces pièces de linge, et se détachent de leur bord voisin de la plaie. En liant ensemble les paires de rubans qui se correspondent, on rapproche les bandelettes, et, par suite, les bords de la blessure, qu’on affronte très-exactement et que l’on peut même presser l’un contre l’autre, autant qu’on le juge convenable. Goyrand, auquel nous empruntons la description de ces sutures, s’en déclare zélé partisan. Il faut reconnaître, toutefois, que seules elles sont, la plupart du temps, insuffisantes, mais qu’elles peuvent rendre de très-grands services pour soutenir les sutures ordinaires, lorsqu’on les emploie concurremment avec ces dernières.
On peut aussi se servir des sutures sèches pour soutenir, pendant les premiers jours, une réunion obtenue au moyen des sutures sanglantes. Kœberlé enlève, du cinquième au septième jour, les épingles et les fils métalliques qui réunissent la plaie abdominale de l’ovariotomie, et les remplace par une suture au collodion réalisée de la façon suivante : Des fils de coton d’une longueur suffisante sont collés par une de leurs extrémités sur les téguments, à quelques centimètres des bords de la plaie. A droite et à gauche, on les réunit en petits faisceaux de 2 à 3 centimètres d’implantation ; on les tord légèrement, et on les noue sur la ligne médiane. C’est une excellente suture, plus simple et aussi solide que les précédentes. Elle est représentée dans la figure 61, que nous empruntons à Kœberlé.
On s’est aussi servi du collodion pour maintenir sur la surface du corps des topiques ou des objets de pansements. Il remplace ici les bandes et les bandages de corps. Demme le père et après lui Billroth, son successeur, ont adopté cette application du collodion dans leurs salles de clinique. S’agit-il, par exemple, de panser un vésicatoire sur la poitrine ou sur le dos, au-dessus et au-dessous du point où il est appliqué, on nettoie bien les téguments avec de la poudre de sous-nitrate de bismuth, pour que l'adhérence soit solide, puis on y colle, au moyen du collodion, deux pièces de linge fin et souple, que l’on rabat sur les objets de pansement,
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et que l’on maintient avec des épingles. La plupart des substances agglutinatives rendraient ici les mêmes services que le collodion.
Fig. 61. — Appareil de pansement, après extraction des points de suture. (Kœbeblé.)
Stœber, Moliimont, etc., ont employé le collodion pour obtenir \ occlusion palpébrale. Il suffit à cet effet, les paupières étant rapprochées, de les recouvrir d’une couche de collodion. Il est bon de faire passer plusieurs fois le pinceau sur les voiles palpébraux pour que la pellicule de collodion soit assez épaisse, et de renouveler l’application le lendemain et même le surlendemain. Les secrétions oculaires dont la rétention pourrait être fâcheuse s’écoulent facilement au dehors au niveau de l’angle interne de la fente palpébrale. Cette application n’est douloureuse que si le bord des paupières estulcéré.
On s’est servi avantageusement du collodion dans le traitement de l’entropion. Stœber préfère alors le collodion non riciné qui est doué d’une rétractilité plus grande, son mode d’action est purement mécanique il ré-
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trécit la surface externe du voile palpébral sur lequel il est appliqué et le déroule en tirant au dehors son bord libre.
Le collodion a joui aussi d’une certaine faveur comme topique antiphlogistique. On comprend, à la rigueur, que dans une inflammation superficielle, dans un érysipèle par exemple, il puisse agir d’une façon favorable en maintenant les parties à l’abri du contact de l'air et en exerçant sur elles une pression favorable au dégorgement des capillaires. Mais il est difficile de s’expliquer les succès que Robert de Latour et Dorhn (de Marbourg), lui ont attribués dans la péritonite. Quant à ceux que Bonnafont a obtenus dans le traitement de l’orchite en enveloppant l’organe malade d’une couche de collodion, ils ont été discutés et mis en doute par Velpeau et Ricord. En comprimant les parties enflammées et les relevant vers l’anneau inguinal, cette coque élastique favorise le dégorgement sanguin, mais son application sur le scrotum est des plus douloureuses, et la durée de la maladie n’est pas sensiblement abrégée.
Tout récemment Grynfeltt (de Montpellier) vient de publier un mémoire sur l’emploi du collodion dans le céphalæmatome. Il rapporte quelques succès obtenus dans cette affection par M. le professeur Dumas au moyen de couches successives de collodion non rieiné appliquées journellement sur la surface de la tumeur. Le quinzième jour habituellement la guérison serait complète. Nous n’avons pas eu l’occasion de l’expérimenter ou de le voir expérimenter dans cette affection ; mais son emploi ici nous semble très-rationnel. Par la compression élastique qu’il exerce sur le céphalæmatome, le collodion doit arrêter ses progrès et favoriser la résorption de la collection sanguine.
Enfin le collodion a servi comme véhicule d’agents de vésication et de cautérisation, et comme tel il mérite d’être conservé dans la pratique. On applique très-facilement un vésicatoire avec le collodion cantharide que l’on obtient de la façon suivante. On déplace 100 grammes de cantharides par 100 grammes d’éther sulfurique et 25 grammes d’éther acétique. Dans ce liquide on fait dissoudre 2 pour 100 de coton-poudre. On applique 5 ou 4 couches de ce collodion cantharidé sur la partie où on veut obtenir une vésication; en 6 ou 8 heures l’effet est produit.
Le collodion caustique s’obtient en dissolvant dans du collodion du bichlorure de mercure. Les quantités indiquées par Devergiesont : collodion, 50 grammes ; bichlorure de mercure, 0,50 centigrammes. Il préconise son emploi comme traitement abortif du zona. Une à trois applications suffisent pour obtenir une guérison durable ; on peut, en augmentant la dose de sublimé, rendre ce caustique plus actif. Macke de Saurau,qui s’en est servi pour détruire des nœvi et des télangiectasies superficielles, indique les quantités suivantes : collodion, 50 grammes; bichlorure de mercure, 4 grammes; ainsi préparé, le collodion devient un caustique assez énergique et très-commode à appliquer. Sous tous les rapports, il mérite d’être conservé.
Nous n’en dirons pas autant des mélanges suivants que nous ne ferons que signaler. Aran, dans le but d’augmenter les propriétés antiphlogis-